III. Reviviscence des mérites. — /. doctrine
CATHOLIQUE SDR I.A REVIVISCENCE DES MÉRITES. — 1° Affirmation. — On a exposé ailleurs les conditions requises pour qu'un acte bon soit méritoire de la vie éternelle. Voir Mérite, t. x, col. 780. Il convient de rappeler que, par rapport au salut éternel, les actes humains doivent être distingués en : 1. œuvres vives
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(opéra viva), lesquelles, faites en état de grâce et sous l'influence de la charité, sont méritoires de la vie éternelle ; 2. œuvres mortifères (opéra morlifera), lesquelles ayant malice de péchés mortels, donnent la mort à l'âme et éteignent tout mérite; 3. œuvres mortes (opéra morlua), œuvres bonnes et honnêtes en soi, mais qui, accomplies en état de péché mortel, sans l'influence de la grâce et de la charité, n'ont pas de mérite strict pour la vie éternelle; 4. œuvres mortifiées (opéra morlificata), « qui ont été des œuvres vives, mais qui, le péché survenant, sont mortes pour le ciel. Le mérite de ces œuvres mortifiées ne compte donc plus actuellement; cependant il n'est pas détruit tout à fait: il demeure en puissance, c'est-à-dire dans l'acceptation de Dieu, mais il est comme, un titre frappé d'opposition ou, si l'on veut, comme un organisme paralysé, capable pourtant de revivre ». A. Goupil, Les sacrements, t. m, p. 65. Cf. S. Thomas, Sum. theol., IIIa, q. lxxxix, a. 4.
C'est de ces œuvres qui furent accomplies en état de grâce et, par conséquent, furent des œuvres vives qu'il est question ici. Le péché mortel les a mortifiées : tant <[iie leur auteur demeure dans l'inimitié de Dieu, leur valeur pour le ciel est rendue inopérante et comme morte. Si leur auteur rentre en grâce avec Dieu, ces œuvres peuvent-elles revivre?
Ici, le mot est pris dans son sens propre et les anciens théologiens l'ont utilisé explicitement ; cf. S. Thomas, Suni. theol., IIIa, q. lxxxix, a. 5. A cette question de « la reviviscence des mérites », la théologie catholique répond affirmativement. Les mérites passés du pécheur, mortifiés par le péché, peuvent revivre et revivent de fait, quand la grâce est rendue : c'est une doctrine, non de foi, mais certaine ou communément enseignée, dont il n'est pas permis de s'écarter sans erreur théologique ou tout au moins sins grave témérité. Cf. Van Noort- Verhaar, De sacramentis, t. n, n. 114.
2° Démonstration. — A vrai dire, il est difficile de trouver dans la sainte Écriture ou même chez les Pères des arguments explicites en faveur de cette doctrine. On invoque Ez., xvm, 21 sq.; xxxm, 12 sq. ; Joël., ir, IX sq.; Cal., m, 4;Heb., vi, 10. Il suffit de se reporter a ces textes pour constater qu'on n'y trouvepas en réalité d'argument véritable. Voir C.hr. Pesch, Prcelectiones dogmaticœ, t. vu, n. 317-320. Tout au plus la parabole de l'Enfant prodigue pourrait-elle présenter une indication lointaine en faveur de la reviviscence des mérites. Les interprétations patristiques de la parabole n'ont, jias plus que la parabole elle-même, de valeur démonstrative. Toutefois il est certain que les Pères ont enseigné la reviviscence des mérites. Leurs commentaires sur Heb., vi, 9-10 et Gai., ni, 4 en font foi. On cite habituellement, à propos de I Eeb., vi, 9-10, S. Épiphane, Hœr., lix, n. 2, /'. <;.. t. xi.i, col. lui'.:, auquel Suarez ajoute Primasius, Alcuin et saint Thomas, r.f. Suarez, Opusc, v. disp. 1, sect. r, n. 12-13. A propos de Gai., m, 4, on cite S. Jean Chrysostome, In epist. ad (ici., c. m, n. 2, P. (i.. t. LXI, col. 650; S. Jérôme, />/., P. /..,t. xxvl, col. 350 et d'autres (pie rappel! ' Suarez, lue. cil.
(/est donc la tradition, manifestée par ce sentiment des Pères, par l'enseignement unanime des théologiens et par une indication précise du concile de Trente, qui fournit ici l'argument péremptoire.
On s'appuie sur le concile de Trente, sess. VI, De jusliflcatione, c jcvi, et can. 32 : voir les textes a l'art. Mérite, t. \, col. 756 et 759. Denz.-Bannw., n. 809, 842. A vrai dire, ces textes conciliaires ne louchent pas directement la question de la reviviscence des mérites. .Mais, disent les théologiens, « les expressions du concile sont telles qu'on en peut conclure avec certitude la reviviscence des mérites mortifiés. Dans ce texte, en effet, le concile explique la doctrine catholique du mérite îles bonnes enivres an point de \ ne de l'acquisition
et de l'augmentation du bonheur éternel, il faut donc écarter absolument la pensée qu'il peut avoir omis un seul élément essentiel parmi les conditions requises pour mériter le ciel. Or, puisque « les œuvres faites en Dieu » (opéra in Deo facla) procurent une récompense éternelle, la persévérance ininterrompue dans le bien n'est donc pas requise par le concile : il suffit de mourir en état de grâce. Mais cette dernière condition peut exister alors même que l'homme pèche mortelbment, après avoir accompli des œuvres méritoires, pourvu qu'avant sa mort il rentre en grâce avec Dieu. Par conséquent, celui qui quitte cette vie en état de grâce reçoit au ciel la récompense de tous les mérites qu'il a acquis durant sa vie tout entière, qu'il ait persévéré dans li justice ou qu'il l'ait recouvrée après l'avoir perdue. » N. Gihr, Les sacrements de l'Église catholique, trad. française, t. m, p. 2<>8-2(i9. Cf. P. Galtier, De pœnitentia, n. 503.
Les théologiens invoquent aussi en faveur de la doctrine la nature même des choses : « Si les mérites ne revivaient point, le péché, bien que remis par Dieu, serait encore éternellement puni par la privation du mérite mortifié par lui, c'est-à-dire en réalité par la privation d'un bien auquel le pécheur, avant de tomber, avait acquis un droit réel par ses bonnes actions. Que Dieu ne punisse pas ainsi les péchés déjà pardonnés, cela ressort : 1. de l'oubli, tant de fois par lui manifesté, à l'égard des péchés passés, qui sont comme s'ils n'avaient jamais existé; 2. de l'amitié qu'il rend pleinement au pécheur, laquelle exige la restitution des biens acquis par les mérites antérieurs, biens dont le pécheur avait été privé en raison de ses fautes... En bref, s'ils ne récupéraient tous leurs mérites, les saints du ciel seraient éternellement punis pour leurs péchés pardonnes. » P. Galtier, De psenilenlia, n. 5G4; cf. N. Gihr, op. cit., p. 2G9.
C'est bien la doctrine générale exposée par saint Thomas, Sum. theol., IIIa, q. lxxxix, a. 5. Dans l'ad lllm et l'ad 2 im, le Docteur angélique résout l'objection tirée de la comparaison avec les péchés effacés par la pénitence et qui ne reparaissent pas ensuite : « Les œuvres du péché, dit-il, sont détruites en ellesmêmes par la pénitence... .Mais les œuvres faites en charité ne sont pas détruites par Dieu, dont elles restent agréées...; leur efficacité est seulement empêchée par l'obstacle qui survient du côté de l'homme. »
//. PRÉCISIONS APPORTÉES l'Ml LEX THÉOLOOI ES S. — Il s'agit de savoir dans quelle mesure les mérites sont rendus ou, plus exactement, de déterminer la valeur de ces mérites récupérés, par rapport à la gloire qui doit les récompenser. Seront -ils récompensés par une gloire équivalente à celle qu'ils auraient obtenue avant le péché qui les a mort i liés?
Telle est la question proprement théologique qui se greffe sur la doctrine catholique de la reviviscence des mérites.
Deux grands courants se partagent l'enseignement des écoles :
1° Le courant thomiste. — 1. La doctrine de saint Thomas. —Saint Thomas présente une explication complète, dont les contours, quoi qu'on en ait dit, sont fermement dessinés. Il dislingue, dans la vie éternelle promise comme récompense aux mérites, un double élément : I.a gloire essentielle cl la gloire accidentelle. Voir ici GLOIRE, t. VI, col. 1393, 1 106. La gloire essentielle, récompense des mérites, est proportionnée au degré de charité rendu au pécheur par la pénitence; mais, d'autre part, toute la récompense accidentelle, méritée par ses bonnes œuvres avant son péché, lui sera intégralement rendue: « Celui qui, par la pénitence, ne ressuscite qu'à un degré moindre de charité, obtient une récompense essenti Ile correspondant au degré de charité dans lequel il est trouvé (à la mort). Mais il
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aura plus de joie des œuvres faites dans son premier état de charité que de celles du second : ce qui appartient à la récompense accidentelle. » Sum. theol., IIla, q. lxxxix, a. 5, ad 3um: cf. In Ill^m Sent., dist.XXXI, q. i, a. 4, qu. 3, ad 4um.
Ainsi, pour saint Thomas, « dans l'estimation du mérite, deux éléments sont à considérer. Il y a d'abord le principe radical de charité et de grâce, d'où procède l'acte méritoire. Au degré de mérite de cette charité répond la récompense essentielle, qui consiste dans la jouissance de Dieu... Une seconde estimation du mérite se fait d'après la valeur de l'œuvre (considérée indépendamment de la charité qui l'inspire)... et cette valeur de l'œuvre, absolue ou relative (à la personne qui la produit), n'appelle qu'une récompense accidentelle. » Id., 1 •', q. xcv, a. 4. C'est la lumière de gloire qui est la mesure de la gloire essentielle, et cette lumière de gloire est proportionnée à la grâce et â la charité de l'esprit bienheureux. Cf. [a, q. xn, a. 6; Ia-IIœ, q. cxrv, a. 1 ; Suppl., q. xcin, a. 3, ad 3um; voir ici Intuitive (Vision), t. vu, col. 2385. D'où il résulte que, dans l'opinion de saint Thomas, les mérites revivifiés, en quelque degré que ce soit, seront donc récompensés non seulement par la gloire accidentelle, mais par la gloire essentielle :
« Que devient la reviviscence des mérites dans le cas du pénitent? Ces mérites retrouvent exactement la même efficacité qu'ils avaient avant le péché. Tous méritent au pénitent la vie éternelle; tous ont concouru à l'amener à son degré présent de grâce sanctifiante et tous concourent encore â lui valoir les grâces actuelles dont il a besoin pour continuer à développer sa vie surnaturelle et â la défendre contre de nouveaux périls. Mais, après la conversion, comme avant le péché, l'augmentation réelle de charité appelée par tous ces actes méritoires reste subordonnée à l'usage (pie fera le pénitent de la grâce actuelle, pour des actes plus fervents, qui le mettront en disposition de recevoir un degré supérieur de grâce sanctifiante et de charité.
A sa mort, il recevra un degré de gloire essentielle proportionné au degré final, non pas de son dernier acte, mais de sa charité habituelle. Ce degré final sera la récompense de tous ses mérites, comme son état final sera la résultante de tous ses actes. Si ce degré reste inférieur â certains actes plus fervents antérieurs à l'état de pc ché dans lequel le pénitent aura quelque temps vécu, il ne peut accuser de ce déficit que l'imperfection de sa pénitence, comme le damné ne peut accuser que son péché, s'il est frustré de la vie éternelle que lui méritaient ses premières bonnes actions.
Mais si le degré de récompense essentielle, de vision béatifique, se mesure exactement à l'essentiel de l'état d'âme de l'élu entrant au ciel, la récompense accidentelle, l'expansion de la vie essentielle de l'élu dans ses relations avec les saints du ciel, de la terre et du purgatoire n'est plus mesurée et modalisée par l'intensité de la charité, mais par la nature, le nombre et l'importance des actes de vertu qu'il aura faits sous le commandement de sa charité, selon les diverses circonstances de sa vie mortelle. ■ E. Hugueny, (). 1*., La pénitence, t. i. Somme théologique, édition de la Revue des Jeunes, appendice n, p. 297-298.
Les textes cités plus haut et le clair commentaire qu'en fait le P. Hugueny montrent qu'il est impossible de faire de saint Thomas l'initiateur d'une doctrine qui n'attribuerait aux mérites revivifiés qu'une récompense accidentelle. Panez s'est trompé en l'expliquant en ce sens. In IDm-IIx, q. xxiv, a. C>, dub. vi, concl. 3, tout comme il semble bien se tromper en attribuant cette opinion à tous les thomistes antérieurs à François Vittoria. Le P. Galtier accueille trop facilement ces assertions. De pœnitenlia, Paris, 1923, n. 507. Suarez, plus attentif, déclare n'avoir jamais rencontré pareille opinion chez aucun théologien. Opusc, v, disp. II, sect. i, n. 1. Cf. Chr. Pesch, De sacramento pœnilentiœ, n. 332.
D'un mot on peut résumer la pensée de saint Thomas : le degré de charité est, pour l'âme adulte, la mesure de la récompense; les mérites sont les litres à
cette récompense. S'il en est ainsi, la reviviscence des mérites s'explique facilement. Le mérite n'est pas totalement effacé par le péché mortel; il est seulement mortifié. La justification de l'âme rend au mérite sa valeur pour le ciel ; mais le degré de la rétribution sera mesuré au degré de grâce rendue â l'âme. Toutefois les mérites revivent tous, parce épie tous demeurent des titres â cette rétribution. Nous trouverions facilement un terme de comparaison élans le monde matériel des affaires. Voici les actions d'une société industrielle. Au temps d'une première prospérité, ces actions, au nominal de 100 frs par exemple, se sont élevées en bourse jusqu'au cours de 1 000 frs: survient une crise, la faillite : les actions tombent à 0. La négociation en bourse devient impossible. Mais bientôt la société est renflouée; les actions sont cotées de nouveau et reprennent de la valeur. Mais le nouvel état de la société étant bien moins florissant qu'avant la chute, les actions sont cotées seulement 50 frs. Pourtant ce sont les mêmes actions. Ainsi — toutes proportions et dissemblances respectées — en est-il dans le domaine des mérites. Le mérite est une « action », titre négociable pour le ciel. Le péché mortel réduit â 0 la valeur ele cette action, laquelle cependant subsiste. Le renflouement survient, c'est-à-dire la justification; mais la valeur d'échange de l'action ele meure proportionnée au nouveau crédit qu'offre la société renflouée, c'est-àdire au elegré ele grâce et ele charité que possède l'âme ressuscitée a la vie surnaturelle. Crédit bien moindre élans le cas présent. De même qu'avec son action — la même action — qui valut jadis 1 000 1rs, le capitaliste n'obtiendra plus que 50 frs, après le renflouement de la société en faillite, ainsi le juste, tombé en péché mortel et ressuscité a la grâce n'aura plus, avec les mêmes mérites précédents, qu'une récompense proportionnée à la vie surnaturelle diminuée en laquelle il ressuscite. Les titres demeurent identiques, leur valenr d'échange varie.
2. Les thomistes. — Il s'en faut que tous les théologiens thomistes aient exposé la pensée de saint Thomas d'une façon uniforme.
a) Les anciens commentateurs. — Les anciens commentateurs — et les plus illustres - ele saint Thomas l'ont interprété dans le sens qu'on a pu lire ci-dessus. Capréolus, In 1 Y"" Sent., dist.XIV, q.n, a. 1, concl. 2; Panez, loc. cit. : Cajétan, In 7/7um part. Sum. S. Tlwmœ, q. lxxxiv, a. 1, distinguent, dans la vie éternelle promise comme récompense aux mérites, un double élément : 1. la récompense essentielle, le degré plus ou moins élevé ele vision béatiflque dont jouira l'élu, et 2. la récompense accidentelle, les autres biens qui accompagneront cette vision. Le pénitent n'obtiendra (pie la récompense essentielle correspondant au degré de charité auquel sa pénitence l'aura ramené, au moment de la mort. Ce degré peut être inférieur à ce lui qu'il avait avant son péché; auquel cas il jouira néanmoins de toute la récompense accidentelle méritée par ses bonnes œuvres d'avant son péché. » E. Hugueny, op. cit., p. 280-287. A ces grands commentateurs, on peut ajouter Sylvius, Contenson, Cano (?), Pierre de LaPallu, Gotti, dans leurs commentaires ele la Somme ou sur les Sentences, et, parmi les thomistes récents, Pillot,De sacramenlis, t. il, th. x; A. d'Alès, De sacramento pœnilentiœ, th. xn, p. 101 ; Jannssens, Summa théologien, t. ix (De gralia), p. 497-498; Lépicier, De pœnitenlia, p. 238, et De gralia, p. 424 sq. ; J. Van eler Meersch, De divina gralia, n. 213. Inclinent vers cette opinion Tanquerey, Synopsis thcologiœ dogmalicœ, t. m, n. 276 ; Van Xoort-Verhaar, De pœnitenlia, n. 115. Récemment Hervé s'y est rallié, Manuale, t. iv, Paris, 1937, n. 326, ainsi qu'implicitement, à propos de la récompense due aux mérites des actes « rémittents », le P. Noble, O. P., La charité, t. i, Somme théologique, édition de la Re-
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vue des Jeunes, appendice il, p. 415-418. Cf. Th. Deman, (). P., L'accroissement des vertus dans sain! Thomas et dtms l'école thomiste, dans le Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique, t. i, col. lf>.'i.
b) Jean de Saint-Thomas. — Cet auteur accepte le principe thomiste fondamental : reviviscence des mérites dans un degré proportionné au degré de grâce qui accompagne le retour à la vie surnaturelle. Mais il distingue une double causalité dans les dispositions du pénitent. Non seulement elles appellent un certain degré de charité nouvelle, mais, dans cet le même mesure, elles exigent, en outre, la reviviscence de la charité perdue par le péché. « Le pénitent reçoit donc d'abord, selon la mesure de sa contrition, un degré de grâce présente correspondant à la causalité essentielle de ses nouvelles dispositions, puis il lui est en plus rendu un degré de grâce correspondant à la causalité essentielle, en tant qu'elle n'est pas seulement disposition positive à la nouvelle grâce, mais cause écartant l'obstacle du péché. Si, en dehors de ce degré de grâce, il en est d'autres qui n'ont pu être rendus à cause de la tiédeur des dispositions du pénitent, ils seront rendus, quant â la récompense essentielle, aussitôt que le pénitent arrivera à une ferveur plus grande, à tout le moins au dernier instant de la vie. » Cursus Iheoloqicus, t. ix, disp. XXXVI, a. 2. « Ainsi seraient à la fois sauvegardées la correspondance de la récompense essentielle avec la charité et la restitution des mérites une fois acquis. » Et. Hugueny, op. cit., p. 288; cf. II. Noble, op. cit., p. 417. Pour prendre un terme de comparaison matériel, supposons que le pécheur rentre dans l'amitié de Dieu avec un coefficient de ferveur égal à 8, ce coefficient de ferveur lui donnera 8 degrés de grâce en tant qu'effet des dispositions présentes, auxquels s'ajouteront 8 autres degrés de grâce, en tant qu'effet des mérites précédents, qui désormais peuvent agir, l'obstacle du péché étant levé. Si ce coefficient est inférieur au degré de la ferveur antérieure, l'action des mérites antérieurs, mortifiés puis revivifiés, pourra se faire sentir dans une proportion supérieure au fur et à mesure que s'amélioreront les dispositions du pénitent : et, tout au moins au dernier moment de la vie, le degré primitif de ferveur sera récupéré et, par conséquent, récupérée également toute la récompense essentielle.
c) Gonet. - - Comment expliquer cette nécessité morale de revenir au degré primitif de ferveur, tout au moins au dernier moment de la vie? C'est ici que Gonet tout en reprenant substantiellement la thèse de Jean de Saint-Thomas, y ajoute une légère nuance de précision, fondée sur l'idée de la persistance d'un droit moral à l'intégrité île la récompense essentielle. Nuance subtile qui transparaît si peu dans le texte de Gonet, Clypeus, t. m, tract, v, De ptenitenlia, disp. Vf, a. 2, n. 18-33, que certains auteurs pensent pouvoir la négliger et identifier les deux opinions. Cf. Galtier, op. cit., n. 507.
« Gonet, distinguant dans le mérite le droit moral à la récompense du ciel cl l'augmentation réelle et immédiate de la grâce sanctifiante, enseigne (pie le mérite n'obtient jamais d'augmentation de grâce sanctifiante, (pie dans la mesure permise par la ferveur croissante des dispositions du pénitent. Mais, en pins du degré de ses bonnes dispositions et du droit â la récompense qui correspond â cette grâce, il recouvre aussi une partie du droit moral qu'il avail à la récompense du ciel avant son péché. Cette pari es1 proportionnelle
à son degré de contrition, en sorte (pie, s'il se relève avec une charité moit ié moindre (pie sa charité d'avant le péché, il ne recouvrera que la moitié de sou droit
pour ses lionnes aci ions d'avant le péché. 1 1 recouvrera
le tOUt quand il sera remonté â son premier degré de ferveur. S'il arrive qu'il ne remonte jamais au degré de
charité correspondant au degré du droit moral recouvré par sa pénitence, il recevra, soit à l'heure de la mort, soit à celle de son entrée au ciel, une impulsion de grâce qui lui permettra de faire l'acte de charité plus fervent requis pour le degré de récompense essentielle dû â ses mérites recouvrés. » fît. Hugueny, op. cit., p. 288-289. Parmi les anciens théologiens auxquels se réfère Gonet, il faut citer Soto, Nufio, Alvarez, Ledesma. Hugon, op. cit., p. 560, déclare adhérer à l'opinion thomiste représentée par D. Soto, Gonet, Billuart. Il est difficile de retrouver l'opinion de Gonet dans l'exposé d'Hugon, qui paraît se rapprocher beaucoup plus de saint Thomas interprété par Capréolus, Cajétan et Billot.
d) D. Solo. Billuart. — Quant à Dominique Soto et à Billuart, il semble bien — tout au moins Billuart le réclame — qu'on doive leur faire une place encore à part. Pour D. Soto les mérites revivifiés ne retrouvent leur valeur totale qu'en celui qui, par la pénitence, récupère toute la grâce perdue par le péché. Mais si la pénitence reste en deçà de ce qu'il faut pour recouvrer l'intégralité de la grâce perdue, la valeur des mérites n'est restituée que dans une mesure proportionnelle à la restitution même de la grâce. Il n'est pas question, chez D. Soto, d'une reviviscence totale à l'article de la mort. In /V'"> Sent., dist. XVI, q. n, a. 2. — Billuart déclare que cette explication « lui plaît assez », salis arridet. De saeramento pasnitentiœ, dissert. III, a. 5, § 2. Mais lui, du moins, accepte explicitement que les actes « rémittents » méritent une augmentation de grâce, de charité et de gloire, non certes physiquement, mais moralement et que cette augmentation sera accordée au moment de l'entrée dans la gloire, l'âme produisant alors un acte d'extraordinaire ferveur. De charitate, dissert. II, a. 3.
En réalité, toutes ces opinions se ressemblent comme des sœurs. Les Salmanticenses les ont accueillies. Tract, xvi, de merilo, disp. V. Elles sont un moyen terme adopté pour combiner l'opinion de saint Thomas avec l'opinion des théologiens postérieurs au concile de Trente, thomistes nouvelle formule. Au moment même de la justification, les mérites revivent tous, mais ils n'ont actuellement et physiquement qu'une valeur de gloire proportionnée au degré de grâce récupérée : ainsi le principe fondamental du thomisme demeure sauf. Mais lesdits mérites ont, pour l'heure de l'entrée au ciel tout au moins, une valeur morale de gloire répondant au degré de grâce perdue précédemment par le péché.
Est-il besoin de faire observer que cette deuxième assertion, dont Gonet semble le père légitime, est toute gratuite?
2° En dehors de l'école thomiste. — ■ Ici encore il est utile de distinguer les anciens et les modernes, postérieurs au concile de Trente.
1. Les anciens théologiens. — Tous se tiennent dans des affirmations assez générales ou présentent une explication qui s'apparente à celle que nous avons proposée comme expression authentique de la pensée de saint Thomas. Elle se trouve indiquée déjà chez Alexandre de I lalès, Summa. part. IV, q. XII, menib. iv, a. (3. Albert le Grand, In / V'"" Seul., dist. XIV, a. 21, édition Beugnet, t. xxix, Paris, PI04, p. 443, ne touche que d'un mot la présente question : Opéra morlificala co modo quo morlua fuerunl, omnia vivificanlur per pwnitenliam sequentem. Il est donc difficile de lui attribuer unv explication divergente de celle de saint Thomas, ainsi (pie le fait Chr. Pesch. Saint Bonavenlure n'est guère plus explicite dans son commentaire In /V",".dist. XIV, part. II,a.2,q. 3. Même observât ion pour Pierre de Tarentaise, In /Y'"", dist. XXII, q. i, a. 1 , ad 4"'", le problème n'étant abordé par lui qu'incidemment à propos de la reviviscence des péchés. Voir
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plus loin. Richard de Médiavilla, In IVam, dist. XIV, a. 8, q. il, tout comme Alexandre de Halès, se rapproche de saint Thomas et envisage la double récompense, essentielle et accidentelle, comme explication dernière de la reviviscence des mérites.
Une mention spéciale doit être accordée à Duns Scot ■et à Durand de Saint-Pourçain.
a) Duns Scot. — Duns Scot semble bien avoir préparé les voies au thomisme moderne, postérieur au concile de Trente. D'une part, il affirme comme saint Thomas, que la récompense de la gloire sera proportionnée au degré de grâce et de charité possédé par l'âme juste. D'autre part, il tient que tout mérite aura sa récompense, non seulement accidentelle, mais essentielle. Les mérites revivifiés par la pénitence sont donc dans cette condition : omnia Ma opéra prioru reviviscunt... in ordinc ad vilam et gloriam œternam... ; nec tanium correspondet operibus meritoriis gloriaet prsemium occidentale, sed eliam essentiale. Report. Paris., 1. IV, dist. XXII, n. 8. Le pénitent converti peut donc ressusciter à la vie surnaturelle avec une grâce moindre que celle qu'il avait au moment de sa chute. Sur ce point, la pensée de Scot est ferme, et il sépare nettement, pour l'instant de la justilication du pécheur, la condition de la reviviscence de la grâce et celle de la reviviscence des mérites : Cum quodeumque meritum merealur (ut credo) augmentum gratiœ, quia aliquem determinatum gradum gloriœ, ad queni requiritur, ut disposilio prœvia, aliquis gradus gratiœ, et non semper Deus post quemeumque uclum merilorium au geai gratiam proporlionalam merito, videlur quod augmentum debilum meritis remissis reseroet usque ad inslans mortis. In IVum Sent., dist. XXI, q. i, a. 9. On le voit, c'est exactement la position de Jean de Saint-Thomas. Scot maintient le principe thomiste d'une grâce rendue proportionnellement aux dispositions, mais « comme au mérite est dû non seulement une récompense accidentelle mais encore la récompense essentielle..., il faut que tout mérite acquis postérieurement à d'autres déjà possédés obtienne un nouveau degré de gloire qui lui corresponde », et ici il rejoint les thomistes récents et les théologiens posttridentins. Et puisque « le mérite n'entraîne pas toujours immédiatement un degré supérieur de grâce — les mérites revivant alors que la grâce précédente ne revit pas toujours » — Dieu accordera au moins à l'heure de la mort au pénitent justifié de retrouver la grâce nécessaire pour que les mérites trouvent leur récompense. Dist. XXII, q. un., a. 9. Scot ajoute ici une réflexion assez personnelle : « Que les méritent revivent et pas nécessairement la grâce, cela paraît assez conforme à la justice : la grâce antérieure était uniquement don de Dieu, les mérites étaient en quelque façon œuvre de l'homme, et c'est pourquoi dans l'acceptation divine ils sont toujours saufs, mais non pas la grâce. » Id., ibid., édit. Vives, Paris, 1894, t. xvin, p. 715 b; 782 ab ; 783. Voir l'exposé, peut-êtreun peu adouci, de la pensée de Scot, ici même, t. iv, col. 1926.
Certains scotistes pensent que les mérites pourront revivre intégralement pour la gloire indépendamment de la grâce. Cf. Frassen, Scotus academicus, t. x, Rome, 1726, De pœnilentia, tract, i, disp. II, q. m, iv.
b) Durand de Saint-Pourçain. — La position de Scot ne lui est certainement pas particulière. On la retrouve dans un texte assez bref de Durand, où Chr. Pesch croit trouver déjà la théorie qui aura si grande faveur chez les théologiens jésuites après le concile de Trente. En réalité, Durand n'a pas parlé différemment de Scot. Voici d'ailleurs son assertion : Dato quod pœnilentia vivificat priora mérita per peccatum morlificata, non oportet lamen quod restituai œqualem charilalem (voilà la tradition thomiste), quia valor merilorum prœcedentium pensabilur secundum charilalem in qua (acta fue-
runl, et non secundum charitatem in qua pœnilens resurgit. In Illam Sent., dist. XXXI, q. n, ad 3um, Lyon, 1586, p. 600 b.
2. L'école jésuite moderne et les théologiens qui s'y apparentent. — Les théologiens dont nous venons de parler, ainsi que les thomistes récents depuis Jean de Saint-Thomas, semblent avoir voulu faire une conciliation entre deux doctrines. Dans l'école jésuite (sans que cependant s'y rallient tous les théologiens de la Compagnie) et chez les théologiens qui s'y apparentent, c'est la doctrine de la reviviscence des mérites quant à leur pleine valeur pour la gloire essentielle qui l'emporte. La doctrine de la proportion de la grâce aux dispositions du sujet ne vaut plus et pour la grâce et les vertus récupérées et, à plus forte raison, pour la valeur des mérites revivifiés. En ce qui concerne la grâce et les vertus récupérées, voir ci-dessus, col. 2632. a) Exposé. - — Les auteurs sont ici les mêmes que dans le paragraphe précédent, pour la reviviscence de la grâce et des vertus. Le fondement du système, « c'est que la reviviscence des mérites n'est pas suffisamment assurée, si la récompense essentielle est mesurée au degré de perfection de la contrition du pénitent ou à celui de l'acte de charité qu'il fait au jour de sa conversion. Même au cas où cet acte de charité serait plus fervent que ceux d'avant le péché, ceux-ci seraient sans récompense, puisque l'acte plus fervent mériterait, à lui seul, la récompense essentielle qui lui convient. » Et. Hugueny, op. cit., p. 287.
Fidèles au principe de l'accroissement de la grâce par addition, ces théologiens déclarent qu'il n'y a plus lieu de distinguer entre actes méritoires intenses et actes méritoires moindres ou « rémittents », inlcnsi, remissi. Tout acte méritoire, quel qu'il soit, apporte quelque nouvelle richesse au trésor de l'âme, et ce sont ces richesses totalisées qui, à l'heure de la mort, représentent le degré de sainteté et, par conséquent, de gloire auquel est parvenu le chrétien fidèle. Dans celte opinion, le péché ne fait qu'interrompre la totalisation. Aussitôt l'âme rendue à la vie de la grâce, la thésaurisation reprend et s'accroît. Nous avons lu plus haut, col. 2033, le raisonnement de Suarez concernant l'accroissement de la grâce dans l'âme du pécheur qui tombe et qui se relève. Le raisonnement vaut pour le mérite. A chaque absolution, les mérites passés revivent comme la grâce et les vertus elles-mêmes et le pécheur converti y ajoute le nouveau mérite de sa conversion. Pour Suarez et son école, « le mérite est considéré comme une monnaie d'achat, sans autre relation de la récompense avec l'œuvre bonne que celle de la quantité de mérite fixée par la promesse de Dieu à chaque œuvre méritoire, en fonction de sa valeur absolue ou relative. Le mérite final est le résultat de l'addition matérielle de tous les mérites attachés à chaque acte particulier. Supposons un homme qui aurait posé une succession d'actes de charité représentable par le schéma suivant : 1, 1, 2, 2, 3, 3, 2, 1, 4, 5, 7, 1, puis interruption par le péché mortel et reprise, après conversion, d'une nouvelle série, 2, 3, 4, 2, 5, 3. Cet homme recevrait un degré de vision béatifîquc représentable par le total de tous ces chiffres, soit par 51, quel que soit le degré de sa vertu de charité au moment de sa mort. » Hugueny, op. cil., p. 295-296.
b) Les arguments. — P. Galtier les a présentés d'une manière remarquable, De pœnilentia, n. 569-573. Il distingue les arguments directs et les arguments indirects :
Arguments directs : 1. Le concile de Trente enseigne qu'aux œuvres méritoires est due en justice leur récompense. La seule condition posée est lu mort en état de grâce. Si les mérites n'étaient pas récompensés selon leur pleine valeur, le texte conciliaire serait difficilement intelligible. 2. L'idée même de la reviviscence
REVIVISCENCE DES PECHES
implique que les mérites revivifiés doivent récupérer toute leur ancienne efficacité. 3. Le péché étant parfaitement remis, on ne comprendrait pas qu'il en restât un effet au ciel, c'est-à-dire une gloire moindre. Voir la discussion de ces arguments dans Billot, De sacramenlis t. ii, p. 119-121, et dans Galtier, op. cil., p. 4 11.
Arguments indirects: réfutation de l'autre opinion. 1. 11 est impossible que les mérites revivent seulement quant à leur récompense accidentelle. (Nous savons que Suarez déclare n'avoir jamais rencontré cette opinion.) 2. Il serait injuste qu'ils revivent pour une récompense essentielle possédée indistinctement à des titres distincts, ("est l'argument que nous avons rappelé en exposant le fondement du système, col. 2636. En étudiant de près ces arguments, on s'apercevra bien vite qu'ils n'apportent pas de raison décisive contre l'opinion de saint Thomas.
Nous sommes, en réalité, en présence de deux conceptions théologiques de l'œuvre méritoire : celle de saint Thomas, pour qui le mérite est un titre à la gloire, titre dont la valeur se mesure au degré de grâce et de charité du sujet méritant ; celle de Suarez. pour qui le mérite est une disposition à la grâce et à la gloire, disposition dont la valeur est absolue et doit être réalisée. La solution des thomistes récents et de Scot s'efforce de concilier les deux points de vue, niais elle introduit un élément, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il représente une anomalie psychologique : cette disposition supérieure qui interviendra nécessairement dans l'âme, tout au moins a l'heure de la mort.
En matière si délicate, où l'on peut craindre les écarts d'imagination, où l'on doit surtout être convaincu des insuffisances de notre raison, même éclairée par la foi, il est prudent de ne porter aucun jugement absolu. Pratiquement, il semble que s'en tenir à l'opinion plus sévère de saint Thomas et des anciens théologiens, c'est la seule manière de n'avoir pas de surprise dans l'au-delà. Au moment où elle bénit pour la dernière fois le cadavre de ses enfants, l'Église prie le Dieu de miséricorde « de ne point entrer avec son serviteur en des comptes trop rigoureux ». Non intres in judicium cum servo luo, Domine. Voilà qui nous met assez loin de la comptabilité par doit et avoir qui se trahit en trop d'auteurs modernes. « Il faut prendre garde, en pareille matière, de donner trop d'importance à l'argument de consolation, en adoptant une opinion, simplement parce qu'elle est plus consolante. La vraie consolation est celle qui ne s'appuie pas sur des imaginations, mais sur la vérité dont il est écrit : La vérité du Seigneur demeure éternellement. » Billot, De sacramenlis, t. il, p. 120-121.
On consultera .' 1° Solution de saint Thomas-Danez et des anciens thomistes : les auteurs eux-mêmes, aux endroits indiqués au cours de l'article. Parmi les contemporains : Billot, De oirtulibiis infusis (édil . de L905), prolegomenon, § 1, n. 2; S 2, n. 2, p. 25-29, 44-45; De sacramentis, t. u (édit. de 1922), p. 104-121 ; lie gratin ledit, de 11)12), th. xii. s- II, p. 2S.V288; I.êpicier, De pœnitentia, q. vi, p. 219-245; A. d'Alès, De sacramenio pœnitenlim, c. v, th. mi; Jannssens, De gratia Jiei et Cliristi, Frlbourg-en-B., 1021, p. 497-498; Hervé, Manuale, t. iv, n. 325-326 (niais simplement l'édition de 1937) et même Hugon, nonobstant son affirmation de fidélité à Gonet, Traclatus dogmatici, t. m, p. 554-564. On consultera également Et. Hugueny, O. 1'.. I ■<• pénitence, t. i,
Somme thiologique, édit. de la Re»ue des Jeunes, appen dice n; H.-D. Noble. O. P., La charité, t. i (id.), notes 47,
50, p. 28l>, 287, et appendice n, S 2, Le proi/rcs de la chu
riie. p. 393-421; Th. Deman, o. 1'., L'accroissement des
ocrtiis dans sailli Thonais cl dans l'École thomiste, dans le
Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique, l . i. col. 138- 150; Ami </« clergé, 1932, i>. 358-363; 1933, p. 247. 2.">2. Voir
aussi c rd. Van Hoey, De lirtute charilatis, Malines, 1929, q. 'i, c. .
2° Solution moyenne (le Scoi, -Jean de Saint-Thomas, Gonet, Billuart: voir les références au cours de l'article. Cette opi-
nion hybride, aujourd'hui délaissée, n'a plus qu'un intérêt rétrospectif. On consultera surtout Gonet, Clypeus, t. VI, Paris, 1876, Tractalus de pœnitentia, disp. VI, a. 1 et 2 (n. 1 à 01); Billuart, Cursus Iheologiœ, t. ix, Paris, 1878, Tractalus de sacramenio pœnitentia;, dissert, ni, a. 4 et 5; Salmanticenses, tract, xvi, De gratin, disp. V, dub. un., a. 6.
3° Solution suarézienne, communément adoptée dans l'école jésuite. — La lecture de l'opuscule v de Suarez s'impose : Rcleciio de revwisceniia meritorum (édition Vives, t. ix). Voir également les autres auteurs cités au cours de l'article. Outre les traités De p enilcnliade De Augustinis, De San, Palmieri, l.ercher, Huarte, le trait é De gralia de Mazzclla, on consultera spécialement Chr. Pesch, Prœlectioncs dogmatiae, t. vu, De sacramenio pœnitcntiœ, n. 31C, 344, et P. Galtier, De pœnitentia, Paris, 1923, p. 560-57G. Ces deux auteurs s'eftorcent de s'abriter sous l'autorité de saint Thomas ou tout au moins d'en infirmer la portée. Voir également X. Gihr, Les sacrements de l'Église catholique, trad. française, t. IV.
IV. Reviviscence des péchés. — « La reviviscence, après une chute, des péchés déjà pardonnes, constitue une question que l'on pourrait dire «classée «en théologie depuis des siècles. » J. de Ghellinck, La reviviscence des péchés pardonnes, dans Nouvelle revue théologique, 1909, p. 400. Aussi la traiterons-nous au seul point de vue historique. On peut distinguer trois périodes : 1° Avant saint Thomas; 2° L'œuvre de saint Thomas; 3° Les spéculations postérieures à saint Thomas.
/. avaxt Saint thomas. — 1° Comment se posait le problème? — • Aucune exposition ne vaut celle de Pierre Lombard, Sent., 1. IV, dist. XXII, c. i, édit. de Quaracchi, t. n, p. 885-888.
« On vient d'affirmer, en s'appuyant sur de nombreuses autorités, que par une sincère contrition de cœur les péchés sont remis avant toute confession et satisfaction, môme à celui qui peut-être retombera dans son crime. On demande donc si, méprisant de se confesser après avoir eu la contrition, ou encore retombant dans son péché ou dans un péché semblable, le pénitent verra ses péchés passés revivre. De cette question la solution est obscure et incertaine, les uns affirmant, d'autres niant que les péchés passés revivent ultérieurement quant à la peine.
Ceux qui tiennent pour la reviviscence des péchés quant à la peine invoquent un certain nombre de témoignages :
S. Ambroise (en réalité l'Ambrosiaster) : Donale invicem, si aller in iilterum peccel; alioquin Deus repetit dimissa. Si enim in his contemptus jucril, sine dubio revocahil senlcnliam, per quam miscrirordiam dederal, sicul in Evangelio de servo nequam legilur, qui in conservum suum impius deprehensus est (cf. Matth., xvm, 33). Di episl. ad Eph., iv, 32, P. L., t. xvu (1845), col. 393.
Raban Maux (?) : Nequam servum tradidit Deustortoribus, quoadusque redderel universum debilum; quia non solum peccala, quœ posl baplismum homo egit, repulabunlur ci ad pœnam, sed etiam peccata originalia, quœ in bapiismo ci sunt dimissa. Le texte se trouve dans Gratien, Décret, eau. Si Judas, 1, De ptciulentia, dist. IV.
S. Grégoire : Ex diclis CL'angclicis constat quia, si ex corde non dimillimus quod in nos delinquilur, et hoc rursum cxigilur, quod juin nobis per pœnilenliam dimissum fuisse gaudebamus. Diul., 1. IV, c. i.x, P. L., t. lxxvii, col. 429. Dans C.ralien, can. Constat ex diclis, 2, De psenitentia, ibid.
S. Augustin : Dicit Deus : « Dimille, cl dimillelur tibi (Luc, vi, 37) »; sed ego prius dimisi, dimille vel poslea. Nom si non dimiscris, revocabo le, cl quidquid dimiseram, replicabo te. Serm., lxxxiii, c. vi, n. 7. Dans Gratien. can. Dicit Dominas, 3, ibid.
Le même (?) : Qui divini beneficii oblilus, suas vult vindicare injurias, non solum de futuris peccatis veniam non merebilur, sed etiam prœterita, quœ juin sibi dimissa credcbal, ad vindictam ei replicabuntur. Ne se trouve
REVIVISCENCE DES PECHES
pas textuellement dans saint Augustin, quoique le sermon cité précédemment contienne quelque chose d'approchant. Dans Gratien, ibid., can. 4, Qui divini.
Bède le Vénérable : « Revertar in domum meam » (Luc, xi, 24), Timendus est iste vers iculus, non exponcndus, ne culpa, quam in nobis exslinclam credebamus, per incuriam nos vacantes opprimât. In evang. Lucie, 1. IV, c. xi, ?. 24. Dans Gratien, ibid., can. 5, Revertar in domum.
Le même : Quemcumque enim post baptisma sive pravitas hœretica, seu mundana cupiditas arripueril, mox omnium proslernet in ima viliorum. Ibid., f. 26. Dans Gratien, ibid., can. 6, Quœcumque enim.
S. Augustin : Redire dimissa peccata, ubi fralerna caritas non est, apertissime Dominus in evangelio docel in illo servo, a quo Dominus dimissum debilum peliit, eo quod ille conservo suo debilum nollet dimittere. De baptismo contra donalistas, 1. I, c. xn, n. 20. Dans Gratien, dist. VI, De consecralione, can. 41, Quomodo exaudit, §6.
Telles sont les autorités sous lesquelles s'abritent ceux qui enseignent la reviviscence des péchés, en cas de rechute.
Les adversaires objectent : il semble injuste de punir à nouveau quelqu'un pour un péché dont il a déjà fait pénitence et obtenu le pardon. Si encore il était puni pour avoir péché et ne s'être pas amendé, il y aurait apparence de justice ; mais, dès lors qu'on suppose le pardon déjà accordé, c'est une injustice sans apparence de justice. En ce cas, Dieu semble juger deux fois le même cas et provoquer une double Iribulation, ce qui est nié par l'Écriture (cf. Nahum, i, 9).
A cet argument on peut répondre qu'il n'y a pas ici double tribulution et que Dieu ne juge pas deux fois le même cas. 11 en irait de la sorte si, après une satisfaction convenable, et une peine suffisante, le pécheur était derechef puni; mais celui qui ne persévère pas dans sa conversion n'a satisfait ni dignement ni suffisamment. 11 aurait dû, en effet, garder continuellement le souvenir de sa faute, non pour commettre, mais pour éviter le péché; il aurait dû ne pas oublier toutes les grâces reçues de Dieu (cf. ps. en, 2), aussi nombreuses que nombreux sont les péchés pardonnes. Il aurait dû réfléchir que les dons de Dieu furent aussi nombreux que ses propres misères et rendre grâce pour eux jusqu'à la fin. Mais, parce qu'il fut ingrat et est retourné, comme un chien, à son vomissement (cf. II Pet., ii, 22), il a frappé de mort toutes ses bonnes actions antérieures, et a fait revivre son péché pardonné. Ainsi à celui-là même à qui Dieu avait pardonné parce qu'il s'était humilié, Dieu impute de nouveau le péché, parce qu'il s'élève et se montre ingrat.
Mais parce qu'il paraît déraisonnable d'imputer de nouveau des péchés déjà pardonnes, il semble préférable à certains auteurs d'affirmer que personne n'est puni de nouveau en raison de péchés une fois pardonnes. Si donc les péchés remis sont dits revivre et être derechef imputés, c'est simplement parce que l'ingratitude fait retomber le coupable dans l'état de péché, comme il était auparavant.
Tel est l'exposé du Maître des Sentences, lequel n'ose conclure, laissant au lecteur le soin de choisir entre les deux opinions. Dans la pratique il semble bien que beaucoup de confesseurs imposaient le plus sur. De là, à certaines époques, ces réitérations de eonfes;ion, ces confessions générales répétées, et aussi peut-être ces formules très larges d'accusation dont on a traité plus ou moins en détail à l'art. Pénitence, voir t. xn, col. 924-925; 931.
2° Comment les théologiens résolvaient le problème? — 1 . La solution affirmative : les péchés revivent quant à la faute. — C'est la solution d'Hugues de Saint-Victor, dans le De sacramenlis, 1. II, part. XIV, c. ix, P. L.,
DICT. DE THÉOL. CATHOL
t. clxxvi, col. 570-578. Solution qui n'est ni une injustice réelle, ni même sans apparence de justice. S'il est juste de pardonner les péchés passés en raison de la pénitence qui les suit, pourquoi les péchés remis par la pénitence antérieure ne revivraient-ils pas en raison de la faute postérieure à la pénitence? Col. 573. Et c'est déjà un grand bienfait d'avoir eu la rémission du péché tant que dura la pénitence. Col. 576.
L'auteur de la Summa Senlenliarum est moins afiirmatif, quoique cependant pas absolument opposé à la reviviscence des péchés. Il rapporte quelques-uns des arguments pour et contre que nous avons lus chez Pierre Lombard et conclut qu'il lui semble plus pror bable d'affirmer que Dieu ne punira pas deux fois le même péché, mais que, en raison de l'ingratitude contenue dans les péchés postérieurs, il punira ceux-ci plus sévèrement. Ceux qui parlent d'une reviviscence proprement dite des péchés, veulent simplement inculquer la terreur du péché : ad terrorem diclum esse videtur. Et cependant, conclut-il, non negamus quin Deus, si districle vellet agere, posset juste pro eisdem punire quœ ipse prius dimiserat... sed, quoniam in Dca non est justitia sine misericordia, verisimilius est ut non ullerius pro dimissis puniat. Part. II, tract. VI, c. xm, ibid., col. 151.
2. La solution négative. — Nous venons de la voir présentée comme plus vraisemblable par l'auteur de la Summa Sentenliurum.
a) Abélard s'y rallie en rejetant d'un mot l'interprétation de la parabole des deux serviteurs dans le sens de la reviviscence des péchés, cum id plane Aposlolus in sequentibus contradicat dicens sine pœnilenlia esse dona Dei et vocationem (Rom., xi, 29). Exposilio in epist. Pauli ad Romanos, 1. II, c. v, P. L., t. clxxviii, col. 861 D. 11 insiste de nouveau sur l'impossibilité d'une double punition infligée par Dieu aumême péché, s'appuyant sur Nahum, i, 9. Id., col. 872 B. Abélard avait annoncé, col. 864, qu'il traiterait cette question suo loco plus diligemment. Au commentaire de Rom., xi, 29, 1. IV, col. 936 BC, il n'y a pas la moindre allusion au sujet. En définitive, Balzer s'est donc trompé en rangeant Abélard parmi les partisans de la reviviscence des péchés. Die Scnlenzen des Petrus Lombard, Leipzig, 1901, p. 145, n. 6.
b) Gratien traite de la reviviscence des péchés dans la deuxième partie du Décret, caus. XXXIII, q. m, dist. IV (= De pœnit., dist. IV), Friedberg, col. 1228 sq. 11 rapporte d'abord l'opinion affirmative qui se fonde, dit-il, tout d'abord sur ces mots du prophète : In memoriam redeal iniquitas patrum ejus, ps. cvin, 14, et sur cette apostrophe au mauvais serviteur, Serve nequam, omne debilum dimisi tibi, etc. (Matth., xvin, 32). On retrouve ensuite les autorités patristiques dont s'est inspiré Pierre Lombard, avec l'addition de deux textes de saint Augustin : le début du canon Si Judas, emprunté à VEnarratio in ps. cvin, n. 15, P. L., t. xxxvn, col. 1437, et un texte emprunté à la q. xlii in Deuleronomium : peccalum quod ex Adam conlrahilur lemporaliler rcddilur, quiu omnes propler hoc moriunlur, non aulem in œternum eis, qui fuerint per graliam spiritualiler regeneruti, in eaque permanserinl usque in finem. Quœst. in Heplaleuchum, 1. V, P. L., t. xxxiv, col. 765.
Gratien nous renseigne ensuite sur une opinion qui doit avoir eu, vers 1140, un certain nombre de représentants, mais qui ne laisse pas de trace chez Pierre Lombard ni chez la plupart de ses contemporains. Nous retrouverons d'ailleurs cette opinion réfutée dans la Somme de saint Thomas. Les péchés qui doivent revivre dimillunlur secundum justiliam, sed non secuibdum prœscientiam, col. 1230. Cf. saint Thomas, Sutn. theol., IIIa, q. lxxxviii, art. 1. Gratien lui accorde une longue dissertation qui va du c. vin au c. xn, col. 1230-
REVIVISCENCE DES PÊCHES
1234. Toutefois, clans la seconde partie de cette dissertation (IVa pars, col. 1232), Gratien envisage plus spécialement le cas d'une rémission complète du péché pardonné, qui permettrait au pénitent converti d'entrer au ciel s'il mourait en cet état de grâce recouvré, mais qui revivra secundum prœscientiam, précisément parce que la mort ne se produira pas en de telles conditions, ("est plutôt la question de la persévérance finale et de la prédestination in libro vilee qui est ici agitée, c. ix-xii.
Enfin, dans la cinquième partie, Gratien envisage l'opinion négative : les péchés pardonnes ne revivent pas. En faveur de cette solution, il invoque l'autorité de saint Grégoire — en réalité il s'agit d'un texte de la Glose ordinaire sur Ex., c. xxxiv, 7, partiellement reproduit de saint Grégoire, Moralium, 1. XV, C. xxii (lisez c. li, n. 57, P. L.,t. lxxvi, col. 1110 C) — et de saint Prosper : Qui [enim ] recedil a Christo et alienus a gratia finit liane vitam, quid nisi in perditionem cadit? Scd non in id quod remissum est recidit, nec in originali peccalo damnabitur, qui (amen propler postremacrimina, ea morle afjlcielur, quœ ei propler Ma quœ remissa sunt debebalur, Responsiones ad capitula objeetionum Gallorum, part. I, c. n, P. L., t. li, col. 158 B. Gratien fait observer que la fin de ce texte semble contredire le début. Friedberg, col. 1230. La sixième partie renferme la conclusion de Gratien : l'opinion négative lui paraît favorabilior, tant en raison des autorités sur lesquelles elle s'appuie, que des arguments qui en démontrent le bien-fondé avec une raison « plus évidente ». Ici., c. c. Les autorités invoquées sont Ez., xvm, 24, avec le commentaire qu'en fait saint Grégoire, In Ezech.,1. I, homil. xi, n. 21, P. L., t. lxxvi, col. 914 BC ; cf. homil. iv, n. 10, col. 820 D; II Pet., n, 20; Heb., vi,l;Os., vu, 13 sq. Col. 1236-1237. La septième et dernière partie explique en quel sens les enfants sont parfois dits être punis pour les péchés de leurs pères, Osée, vu, 2, et utilise principalement le commentaire de saint Jérôme sur Osée, (ou plus exactement la Glose ordinaire). Col. 1237-1238. Cf. S. Jérôme, Comment, in Oseam prophelam, 1. II, c. vu, P. L., t. xxv, col. 915-916.
c) Gandulphe de Bologne est partisan de l'opinion négative, mais d'une façon plus nette que Gratien et surtout que Pierre Lombard. Sur l'antériorité de Pierre Lombard par rapport à Gandulphe, voir J. de Ghellinck, Le mouvement théologique du XIIe siècle, Paris, 1914, p. 191-213, et ici, t. vi, col. 1148. Voici l'analyse qu'en donne le même auteur, La reviviscence des péchés pardonnes, dans Nouvelle revue théologique, 1909, p. 406 : « Dans le chapitre de la reviviscence, [Gandulphe] commence par l'énoncé de la question : An peccata dimissa redeant? Éd. J. von Waltcr, p. 497. Il expose d'abord la réponse affirmative qu'il nuance d'un videnlur (redire); puis viennent à l'appui quelques autorités : un texte mis sur le compte cle Baban Maur, un de saint Grégoire, deux cle saint Augustin (voir ces textes ci-dessus dans l'exposé de Pierre Lombard). Deux lignes sont consacrées alors à l'interprétation de ces appuis patristiques, qu'il dérobe en conséquence à la thèse purement affirmative : « il ne peut être question de reviviscence que dans le sens d'ingratitude »; un nouveau péché engendre une culpabilité d'ingratitude vis-à-vis de la rémission précédente : sed peccata redire dicunliir îdeo quia post remissionem peccando guis [il mis ingratitudinis remissionis peccatorum cuite dimissorum. Aussitôt il énonce l'avis : Quodpeccata non redevint plane Gregorius ostendit et, à la suite, s'alignent trois textes pour le prouver : Grégoire, Prosper et Grélase (voir ces textes ci dessus chez Gratien). Art. cit., p. 406.
d) Ognibene, évêque de Vérone (t 1 157) se demande, lui aussi, si les péchés revivent, il hésite entre les
diverses solutions : Videndum est quid sit peccatum redire. Peccatum redit, id est, homo redil ad peccatum quod dimiseral; vel peccatum redil, id est, pozna quse dimissa erat, quœ debebalur pro peccalo Mo — non pro peccato Mo redit quod dimissum erat, sed pro eo quod postea commiltil — vel peccatum redit, id est, pro peccato quod dimissum erat punialur, quia ad id vel consimilc redil. Alii dicunl, quod nunquam redil in sensu Mo, quem dixi modo, nisi homo ad idem peccatum redeat, et si alia commiltil peccata, non propler hoc redil. Cité par Gietl, Die Sentenzen Rolands, p. 249, n. 13.
e) Boland Bandinelli, le futur Alexandre III, est moins dépendant du Décret que Gandulphe et Pierre Lombard. L'opinion favorable à la reviviscence s'appuie, d'après lui, sur la parabole du méchant serviteur, le Seigneur y déclarant : nunc autem quia non miserlus conservi tui, exigam a le universum debitum. S'il exige le débit intégral, il exigera donc aussi ce qui avait été remis. Elle s'appuie également sur Prov., xxvi, 11 (II Pet., n, 22), commenté par saint Grégoire et sur Ps. xxxvn, 5, commenté par saint Augustin (?). Il semble que Roland se soit inspiré ici de Gratien, De pœnitentia, dist. IV, c. 24. L'opinion négative est surtout prouvée par un texte de Gélase, emprunté à Gratien, caus. XXIII, q. iv, c. 29 : semel in abolilione quœ dimissa sunt peccata, récidiva dolore non debenl iterum reilerari, secundum imilationem divinœ clemenliœ quœ dimissa peccata non palitur in ullionem redire. Friedberg, col. 912. Dieu ne peut punir deux fois le même péché; cf. Nahum, i, 9.
La solution de Roland est nette. Il faut distinguer dans le péché la coulpe et la peine. A aucun prix, il n'admet que le péché revive quant à la coulpe, hoc penitus inficimur. Mais une reviviscence quant à la peine, hoc manifeste concedimus. Toutefois cette peine, qui était due pour le péché remis, n'est due que pour le péché nouvellement commis. Et c'est en ce sens qu'il interprète la parabole du méchant serviteur, le texte de Prov., xxvi, 11 (II Pet., il, 22) et le commentaire qu'en fait Grégoire, ainsi que le commentaire d'Augustin (?) sur Ps. xxxvn, 5. Cf. A.-M. Gietl, Die Sentenzen Rolands, Fribourg-en-B., 1891, p. 249-251.
/ ) La position catholique, à cette époque, semble bien résumée par Maître Bandin, Senlentiarum, 1. IV, dist. XXI : Solel eliam quœri ulrum peccata dimissa redeant iterum peccanti, qui pœniluit? El dicimus quia ulrumque salva fide teneri polest. Utrique enim parti queestionis probali favent doctores, scilicel ut vel dimissa peccata redeanl, aliquo exislenle ingrato bmeficiis : quod evangetica parabola explicare videlur — vel ut non redeant : sed eorum loco toi sint ingratitudines, quoi peccata dimissa fueranl. Unde Augustinus : « Benedic, anima mea, Domino, et noli oblivisci omnes retribuliones ejus : quœ tôt sunt, quoi sunt remissiones; lot ergo sunt et obliviones. » P. L., t. c.xcn, col. 1102 B. Cf. S. Augustin, In ps., en, n. 4, qui dit textuellement : Cogita ergo, anima, omnes retribuliones Dei, cogilando omnia mata facla tua; quam mulla enim mala farta tua, tant multœ bonœ retribuliones ejus. P. L., t. xxxvn, col. 1318.
3° Appréciation. — Nous pouvons aujourd'hui nous étonner de ces hésitations. Au xne siècle, elles avaient leurs raisons d'être. La thèse de la reviviscence des péchés avait, en effet, un lien très intime avec le concept qu'on se faisait alors de la pénitence. Le P. de Ghellinck a bien résumé cet aspect de la question :
■ I.a définition de saint drégoire : Pœnitentia est pneterila muta jlerc cl /tendit non commitlere ( In Evang., homil. xxxiv, n. 15, /'. /.., t. lxxvi, col. 1256) et surtout la formule de sainl Isidore de Séville : Inanis est pœnitentia quam sequens enlpn commaculat (Synonyma, i, n. 77, P. /.., t. i.xxxnr, col. Sl.">i avaient traversé les siècles, détachées de l'œuvre qui les enchâssait et lisait leur portée. Au moment de la
codification plus systématique des donn-.cs patristiques ou
REVIVISCENCE DES PÉCHÉS
conciliaires par les canonistes ou les sententiaires du xue siècle, ces textes avaient pris, dans les idées de plusieurs, un sens dévié de la pensée originale et nettement meurtrier pour tout repentir suivi de rechute. Heureusement, le travail de la conciliation des autorités patristiques, qui met a la torture tous les sententiaires, avait abouti à une conception plus juste :à tout repentir réel s'accorde un véritable pardon, même dans l'hypothèse d'une nouvelle chute. Mais alors surgissait une nouvelle question, celle de la reviviscence : après cette chute, les péchés déjà pardonnes revivaient-ils dans la conscience? L'existence seule delà seconde question supposait déjà ou plutôt exigeait, pour la première, la solution affirmative, bien que par endroits les explications de quelques théologiens fléchissent en route...
Ce n'est pas tout : le jeu organique des diverses parties du sacrement de pénitence n'avait pas encore trouvé dans la théologie du xnc siècle son expression nette et précise. Nous assistons alors au premier stade de ce qui sera plus tard le problème débattu entre saint Thomas et Duns Scot, à propos de l'essence du sacrement : les actes du pénitent en sont-ils la matière? Au xuc siècle, l'on se demandait dans beaucoup de milieux : entre les diverses parties de la pénitence, quelle est celle à laquelle il faut attribuer l'elTacement du péché? Est-ce à la contrition? est-ce à la satisfaction ou à la confession? Pour peu qu'on ait pris contact avec les productions théologiques de l'époque, l'on peut se faire une idée du conflit des opinions; ... beaucoup optaient pour la contrition, supposée parfaite, et admettaient la rémission de la faute en vertu de ce repentir : per cordis contritionem, ante «ris confessiotiem vel operis salisfaciionem. Mais alors surgissait un nouveau problème : dans l'hypothèse de l'omission voulue de cette confession — car celle-ci était néanmoins reconnue comme nécessaire — les péchés déjà pardonnes renaissent-ils? Perdait-on la rémission de ces fautes? ou bien ne se rendait-on coupable que d'un seul péché en se refusant à confesser les premiers? On le voit, à la question qu'on pourrait dire théoiique, s'en entremêlait une d'ordre plutôt pratique; c'est là ce qui nous explique le rang important accorde dans les traités théologiques de l'époque au problème de la reviviscence : la synthèse pénitentielle ellemême en était affectée. » Art. cité, p. 403-404.