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QUESNEL. DISCUSSIONS AUTOUR DE LA BULLE

« Justification du silence respectueux » (t. xiv, p. 3-339) et la Lettre sur l'infaillibilité de l'Église touchant les textes dogmatiques (t. xiv, p. 343-410), dont nous parlerons plus longuement parce que ces deux écrits caractérisent le mieux la position de Fénelon dans la question du jansénisme.

Mais Fénelon ne lut pas le seul défenseur de la thèse qui soutint l'obligation de signer le Formulaire imposé par la bulle: il faut citer encore les écrits suivants, qui furent publiés de !70l> à 1710 : Yera dejensio auctoritatis Ecclesise in qua asserilur gravissimum pondus ejus conslitulionum et novella quiedam principia illi injuriosa, cum Epistola Leodiensi de Formula Alexandri VII re/elluntur; c'est l'œuvre d'un jésuite, professeur au séminaire de Liège, le P. Henri Robert Stephani. - Réfutation d'un ouvrage de ténèbres, qui est un libelle diffamatoire, schismatique, fomentant l'hérésie des cinq propositions, donné au publie avec ce litre : « Mémoire touchant le dessein », 1 707. — Défense de la constitution de S. S. P. le pape Clément XI, contre un livre qui a pour titre : « Nouveaux éclaircissements sur la signature du formulaire, contenant des répexions. — Deuxième défense de la constitution contre un libelle donné au public de la part du P. Quesnel, avec ce litre : « Lettre à .1/. Bêcher, où l'on réfute son nouveau système », 1707. — Réfutation d'un second ouvrage de ténèbres, 1708. — Dejensio verilatis catholiese contre scriptum jansenianum, oui titulus : « De quœslione facti Jansenii variée quiesliones juris et responsa », quod hic totum referlur et refulalur per..., S. T. I). L'auteur est M. Martin, docteur de Louvain. — Dialogi pacifiai inter Iheologum et jurisconsullum contra libeltum « De qu&stione facti Jansenii variie quiesliones juris et responsa » aliosque anonymos, cum designatione quinque famosarum propositionum in libro Jansenii, 1708; l'auteur est le P. Désirant, augustin et docteur de Louvain. — Appendix sive observaliones in prolestalionem et appellationem ab authore Epistolœ Leodiensis factam, adversus quoddam mandatum Serenissimœ sua- Celsitudinis elecloralis editum; c'est une addition aux thèses du P. Stephani qui ont pour titre : Junsenismus merito condemnalus. — Troisième défense de la constitution « Vineam Domini » par M. L. I). C. Decker, doyen et chanoine de la métropole de Malines, contre un nouveau livre du P.Q., intitulé ' Chimère du jansénisme ». — Concilium Paeis, adversariis propriis inter se dispulanlibus dalum a Roberlo Stephani, 1710. — Lettre où l'on fait voir que. les jansénistes ont tort de se prévaloir du mandement de S. E. M. le cardinal de Nouilles, archevêque de Paris, du 15 avril 1700, par lequel il adopte une lettre écrite autrefois par feu Bossuet, jeune docteur, pour les religieuses de Port-Royal et où on démontre qu'ils avancent contre la vérité, que celle lettre contredit tous les principes de Mgr l'archevêque de Cambrai, 1710; cette Lettre a été attribuée à Fénelon lui-même.

2° Les adversaires. - Mais les adversaires de la bulle et les partisans du silence respectueux ne se taisait point, et leurs écrits furent encore plus nombreux peut-être que ceux des défenseurs; beaucoup se dissimulaient derrière la thèse de Denys, le théologal de Liège; voici les principaux écrits qui répondent aux précédents ou qui les provoquèrent : Avili Academici parœnesis ad alumnos aima universitatis Lovaniensis e qua liquel quid dejerendiim sil constitutioni Clementinte nu[)cr:c quie Vineam Domini Sabanth, de rxordio dicilur, 1706. - Dejensio auctoritalis Ecdesite, in qua asserilur gravissimum pondus ejus conslitulionum, rejellilur novellum qunrumdam principium illi iQJUrio sum, ac Epistola Leodiensis de formula Alexandri nu oindicatur, 1707; c'est une défense de la lettre de Liège contre l'archevêque de Cambrai. Dejensio

epistola Leodiensis ctinjulala, ubi varia- de subscrip

tione formula' Alexundrinie post conslilutionen Clementinam sententiœ discutiuntur : inter quas ea potissimum refulalur quam luetur illius Epistolie auctor et vindex in libro qui falso inscribitur « Dejensio auctoritatis Ecclesise ». 1707. — Parœnesis vindicala, seu depulsio calumniarum ac cavillulionum quas adversus Avilum Academicum et Cornelium Jansenium intorsit oir abunde notus, Ecclesiasticte auctoritatis defensor, in qua ri latins disculitur Clemenlina periodus, 1707. — ■ Justification du silence respectueux, ou Réponse aux instructions pastorales et autres écrits de M. l'archevêque de Cambrai, 1707, .'{ vol. in-12; c'est l'écrit le plus important de ce groupe, et nous le trouverons plus loin. — Mémoire touchant le dessein qu'on a d'introduire le formulaire du pape Alexandre VII dans l'Église des Pays- Ras, 1707. — Second mémoire touchant l'introduction du jormulaire d'Alexandre VII dans les Pays- Ras, pour servir de réponse, à la réfutation du premier, 1707. — Lettre à M. Decker, doyen de l'Église de Malines, où l'on réfute son nouveau système, du jansénisme et les vaines accusations qu'il jail contre Mgr l'archevêque de Sébasle et contre le P. Quesnel dans la Défense de. la constitution, 1707. — Chimère du jansénisme ou dissertation sur le sens dans lequel les cinq propositions ont été condamnées, pour servir de réponse à un écrit qui a pour litre : « Deuxième défense de la constitution », 1708. — Troisième mémoire où l'on défend contre les Réponses aux deux premiers les droits du roi catholique et des autres souverains touchant l'introduction des bulles, décrets ou formulaires de Rome dans leurs Étais, avec une. déduction historique de plusieurs différends arrivés sur ce sujet aux Pays-Bas, 1708. — De quiestione facti Jansenii variœ quiesliones et responsa, 1708. — Asserlio opusculi quod inscribitur : « De questionc facti Janseniani variée quiesliones juris et responsa ». contra duos libellas, quorum alteri titulus : « Dejensio verilatis catholiese »: et alteri « Dialogi paci/ici », cum animadversionibus apologeticis in decrelum Anlonii Parmenlicr, 1708. — Mandatum proleslalionis et appellationis ad sanctam Sedem, 1708; c'est un placard du chanoine Denys. — Obedientiœ credulie varia religio seu silenlium religiosum in causa Jansenii explicalum, et salua fuie et auctorilute Ecclesiœ vindiculum adversus Iheologum Leodiensem, aliosque obedienlia' credulie dejensores, 1708, 2 vol. — Dissertatio epistolaris de scnlenlia S. P. démentis XI. in decrelo Romie condito XVI mensis Julii M DCCV, quo constituliones Innocenta X et Alexandri VII de famosis V proposilionibus conjirmantur, 1708. — Dséaveu d'un libelle calomnieux attribué au P. Quesnel dans la dernière instruction pastorale de Mgr l'archevêque de Cambrai, 1700. — Lettre à un chanoine pour répondre à la le/Ire de M. l'archevêque de Cambrai, sur un écrit intitulé : • Lettre à S. A. E. Monseigneur l' Électeur de Cologne », 1700. Réflexions sur le mandement de S. E. M. le cardinal de Noailles, archevêque île Paris, portant permission d'imprimer une lettre de feu M. l'évêque de Meaux aux religieuses de Port-Royal, 1700. Lettre à M. l'archevêque de Cambrai au sujet

de sa Réponse à la II' lettre de M. l'évêque de Saint- Pons, I7oo. Denuntiatio solemnis bullte Clémentines fada universm Ecclesise catholiese, ou Dénonciation solennelle de la bulle de Clément XI (i toute l'Église catholique et principalement à. tous ses premiers pasteurs, connue d'une bulle qui renverse la doctrine de la grâce, par laquelle nous sommes chrétiens, qui redonne la vie i'i Pelage cl il ses sa tuteurs, qui expose l'Eglise au scandale de ceux qui sont hors de son sein, qui aigrit plus que jamais des divisions qui n'ont déjà que trop duré et qui. sous l'enveloppe du sens de Jansénius. condamne d'hérésie les premiers cl les plus certains fondements de la piété chrétienne, de l'humilité, de la reconnaissance, de l' espérance et de la charité, savoir

OUESNEL. DISCUSSIONS AUTOUR DE LA HUELK

la grâce de Jésus-Christ efficace par elle-même et la prédestination gratuite des élus, 1709. — Defensio auclorilatis Ecclesise vindicata contra erudilissimum virum Jansenio suppetias ferentem, Avitum Academicum et alios a quibus impugnata fuit, 1709; c'est la réponse de M. Denys à l'écrit intitulé Defensio Epistolse Leodiensis. — Seconde lettre à Mgr l'archevêque de Cambrai, toucliant le prétendu jansénisme, au sujet de la Réponse à la IIe lettre de M. de Sainl-Pons, 1710. — Arles jesuilicœ in sustinendis perlinaciler novilatibus laxilatibusque sociorum (quarum plusquam mille hic exhibenlur) S. D. N. démentis papse XI alque orbi universo denuntiatse per chrislianum aletophilum, editio '-'■', média fere parte auclior, 1710. — ■ Du refus de signer le formulaire, qui est la suite de Trois lettres sur l'excommunication.

Parmi ces très nombreux écrits, qui prirent la défense du cas de conscience et attaquèrent plus ou moins directement la bulle Vineam Domini, l'ouvrage de Jacques Fouilloux est assurément le plus caractéristique. Il a pour titre Justification du silence respectueux ou Réponse aux instructions pastorales et autres écrits de M. l'archevêque de Cambrai, 1707, 3 vol. in-12. L'auteur se vante d'avoir suivi pas à pas Fénelon et d'avoir réfuté un à un tous ses arguments en faveur de la bulle et de la signature du formulaire. Il veut établir trois propositions fondamentales qui prouvent la légitimité du silence respectueux : 1. La croyance du fait, que suppose le formulaire, est une croyance certaine et absolue. 2. On ne peut exiger une croyance certaine et absolue en un fait qui parait douteux qu'en vertu d'une autorité infaillible. 3. L'Église n'est pas infaillible dans le jugement qu'elle porte des auteurs et des livres. Cette dernière proposition est en opposition formelle avec les écrits de Fénelon. A cette attaque contre l'archevêque de Cambrai Fouilloux a ajouté des injures personnelles : Fénelon est un « esprit faux dont l'aveuglement est inconcevable, et l'ignorance profonde; nouvel Apollinaire et nouveau Julien, dont les écrits ne sont que du galimatias ».

Le 1er juillet 1708, Fénelon publia une Instruction pastorale pour réfuter le gros ouvrage de Fouilloux. Œuvres, t. xiv, p. 3-339. 11 souligne la dissimulation des jansénistes pour éluder les définitions de l'Église et les vaines déclarations contre toutes les autorités ecclésiastiques, et même contre les conciles généraux qu'ils avaient paru respecter autrefois. L'Instruction pastorale est établie d'une manière fort méthodique : 1. De l'aveu du parti, l'Église a la promesse de l'infaillibilité pour juger des textes de ses symboles, de ses canons et des autres décrets équivalents. 2. La condamnation du texte de Jansénius est entièrement équivalente à un canon de concile œcuménique. 3. De l'aveu des écrivains du parti et, en particulier, de l'auteur de la Justification, il faut conclure que l'Église est infaillible sur les textes d'auteurs particuliers, comme Jansénius. 4. Enfin la tradition est décisivesur cette question, soit par les conciles, en particulier par le concile de Trente, soit par toutes les assemblées du clergé depuis 1653. Bref, l'Église est infaillible quand elle condamne des textes soit courts, soit longs, qui se rapportent à la conservation du dépôt de la foi, pour régler notre croyance et indépendamment de toute information sur l'intention personnelle des auteurs. Elle est certainement infaillible quand elle exige, par un serment solennel dans sa profession de foi, la croyance intérieure de l'héréticité du texte condamné; il y a une différence essentielle entre le fait de l'intention de l'auteur et l'héréticité de son texte. Fénelon termine son instruction par ces paroles mémorables : « Ce n'est point être uni à l'Église que de ne l'écouter pas quand elle exige qu'on fasse un serment pour promettre une croyance absolue, sans

crainte d'être trompé... Rien n'est plus pernicieux que de vouloir demeurer dans le sein de l'Église pour lui faire la loi... C'est un nouveau genre de tentation, réservé aux derniers temps, que cette conduite des novateurs, qui affectent de demeurer au dedans de l'Église pour la séduire et qui ne gardent l'unité au dehors que pour diviser les esprits au dedans... Pendant qu'ils affectent de paraître si soumis, ils ne veulent rien écouter, ni examiner... » P. 335.

La Lettre de l'ar hevëque de Cambrai touchant les textes dogmatiques, où il répond aux principales objections (Œuvres, t. xiv, p. 343-410), est un résumé précis de toute la controverse sur le silence respectueux, et elle est capitale dans l'œuvre de Fénelon, car elle vise à détruire les difficultés soulevées contre l'argument fondamental mis en avant par lui : l'Église est infaillible touchant les textes dogmatiques. C'est, dit-il, la doctrine commune de l'Église et de la tradition. En vertu des promesses reçues de Jésus-Christ, l'Église est infaillible sur la signification des textes, qui conservent ou qui corrompent le dépôt de la foi ; sans cela, les vérités chrétiennes, qui sont exprimées dans des textes seront toujours douteuses ou incertaines: l'Eglise juge la catholicité ou l'héréticité îles textes avec la même autorité infaillible qui la fait juge de la foi. Si elle pouvait se tromper, elle ne pourrait pas exiger, avec serment, une croyance intérieure à ses jugements. Comme il le dira dans sa lettre au P. Lami, du 4 mars 1708 (Correspond., t. m, p. 161) : «La croyance certaine est manifestement impossible sans un motif certain. » Or. le seul motif certain qui puisse imposer une croyance certaine, c'est l'infaillibilité de l'Église.

3° La destruction de Port-Royal. — La bulle Vineam Domini eut en France un contre-coup imprévu : la destruction de Port-Royal, sur laquelle les amis de Quesnel ont coutume de s'apitoyer, oubliant qu'avant d'arriver à cette extrémité regrettable le pouvoir civil avait pris des mesures plus douces, qui furent sans effet à cause de l'entêtement des religieuses, soutenues par les conseils de leurs directeurs. Sainte-Beuve lui-même, qui a tant insisté sur les détails de cette destruction, laisse voir que les pauvres religieuses furent quelque peu responsables de leur malheur. M. Albert Le Roy a consacré un long chapitre, où il suit Sainte-Beuve, et il dit : « l'ar un raffinement odieux, on chargea de signifier la sentence d'extirper le jansénisme et de briser son nid, celui-là même qui était réputé le secret protecteur de la faction. » Il s'agit du cardinal de Noailles, traité avec tant de pitié dans les Gémissements d'une âme vivement touchée de la destruction de Port-Royal-des-Champs : il fit ce que n'aurait pas fait son prédécesseur, pourtant si peu ami de Port-Royal. Noailles désobéissait au pape, mais il s'inclinait devant les ordres du roi.

Le 18 mars 17nti, Gilbert, vicaire général de Noailles, intima à M. Marignier, confesseur des religieuses, l'ordre verbal de lire la bulle Vineam Domini et de souscrire, en leur nom, la formule préparée par l'archevêché : on leur demandait de renoncer au silence respectueux et d'abandonner la distinction du fait et du droit. Le 21 mars, le confesseur apposa sa signature, au nom des religieuses, en ajoutant les mots suivants : « Sans déroger à ce qui s'est lait a leur égard, à la paix de l'Église, sous le pape Clément IX. » Sainte-Reuve écrit justement : « Il était singulier et ridicule que, seules, une vingtaine de filles, vieilles, infirmes et la plupart sans connaissances suffisantes, qui se disaient avec cela les plus humbles et les plus soumises en matière de foi, vinssent faire acte de méfiance et protester indirectement en interjetant une clause restrictive. » On essaya de vaincre leur résistance; ce fut inutile. Le P. Quesnel, consulté de loin,

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