ROIS (LIVRES III ET IV DES). ANALYSE
une description de la prospérité du pays et de la très grande sagesse de son roi. C. iv-v, 14.
Les chapitres suivants se réfèrent aux constructions de Salomon. Ce sont d'abord les préparatifs en vue de la construction du temple au c. v, puis la construction elle-même au c. vi et celle du palais royal ainsi que des différents ornements du temple et des objets du culte au c. vu. La dédicace solennelle de la maison de Dieu est décrite et la prière de Salomon à Jahvé rapportée au c. vin ; le Seigneur y répond en promettant au roi longue durée à sa maison et à son royaume s'il demeure fidèle aux préceptes de la Loi, mais en le menaçant aussi de l'extermination d'Israël s'il est infidèle. C. ix, 1-14.
La fin du c. ix revient, pour le compléter, surlc récit des préparatifs en vue de la construction du temple, et signale la construction d'une flotte. Suivent plusieurs épisodes qui ont pour objet de manifester la richesse et la sagesse du roi, entre autres la visite de la reine de Saba, c. x, tandis que le chapitre suivant laisse entrevoir les funestes conséquences des fautes de Salomon, surtout de sa faiblesse vis-à-vis de ses femmes étrangères, pour lesquelles il bâtit des sanctuaires idolâtres aux portes mêmes de Jérusalem; et déjà apparaissent les ennemis, entre autres Jéroboam, le fauteur du schisme. L'histoire du règne de Salomon se termine par la formule que l'on retrouve à la fin de chacun des règnes suivants. C. xi, 41-49.
2° Deuxième partie: Histoire des royaumes de Juda et d'Israël (III Reg., xn- 1 V Reg., xvn). — Pour retracer cette histoire de deux États voisins pendant plus de deux siècles, l'auteur aurait pu raconter d'abord et intégralement celle de l'un des royaumes pour passer ensuite à celle de l'autre ou bien prendre selon l'ordre de leur succession chronologique les événements survenus dans les deux royaumes pour passer continuellement de l'un à l'autre, il a préféré un autre procédé qui consiste à raconter entièrement le règne d'un roi de Juda, par exemple, depuis son avènement jusqu'à sa mort, quitte à revenir en arrière pour reprendre l'histoire d'un ou de plusieurs des rois d'Israël qui ont régné dans l'intervalle; procédé, a-t-on observé, qui a l'avantage de mener de front les deux histoires sans les hacher en menus morceaux et d'éviter des retours en arrière trop considérables. Gautier, Introd. à l'A. T., t. I, p. 292.
A la mort de Salomon, son fils Roboam lui succède; mais les tribus du centre et du Nord se séparent de celles du Sud pour constituer un royaume distinct avec Jéroboam. III Reg., xn, 1-20. Grâce à l'intervention de Séméïas, homme de Dieu, une lutte fratricide est évitée. C. xn, 21-24. Le chef du nouveau royaume pour détourner son peuple de la maison de Jahvé à Jérusalem organise le culte à Dan et à Béthel avec les veaux d'or. G. xn, 25-33. Pour pareil méfait la menace du châtiment ne tarde pas ; un homme de Dieu, venu de Juda, annonce la destruction des hauts-lieux et l'immolation de leurs prêtres, mais cet homme de Dieu lui-même, pour être entré dans la maison d'un vieux prophète à Béthel, est dévoré par un lion. C. XIII. Jéroboam n'en persiste pas moins dans sa voie mauvaise, aussi un prophète, Allias, prédit le châtiment qui frappera le roi et sa maison. Mort de Jéroboam. C. xiv, 1-20.
De xiv, 21 à xvi, 28, il y a une suite de courtes biographies des rois de Juda, Roboam, Abia et Asa, puis de ceux d'Israël, Nadal), Baasa. l'.la. /ambri et Amri.
Sur le règne d'Achab, marqué par la lutte entre les prophètes de Baal et ceux de Jahvé, le récit s'étend longuement. Le mariage d'Achab, roi d'Israël, avec Jézabel, la fille du roi des Sidoniens, amène l'Introduction du culte du Baal phénicien en Israël. C. xvi, 29-33. Le prophète Elle intervient alors pour Venger les droits du Dieu d'Israël. Il annonce une longue sécheresse et
aussitôt, sur l'ordre de Jahvé, s'enfuit au torrent de Carith et chez une veuve de Sarepta dont il ressuscite le fils. C. xvn. La troisième année de la sécheresse, le prophète reparaît devant Achab et, par son triomphe sur les prophètes de Baal au mont Garmel, met fin à la sécheresse. C. xvin. Il n'est pas pour autant à l'abri des poursuites de Jézabel; pour y échapper il se réfugie au mont Horeb, où le Seigneur lui apparaît et lui ordonne d'oindre Hazaël pour roi de Syrie, Jéhu pour roi d'Israël et Elisée pour prophète à sa place. G. xix. Une double victoire est remportée par Achab sur les Syriens, dont il épargne le roi Benhadad; un prophète le lui reproche et le menace du même châtiment qu'il aurait dû infliger au vaincu de Damas. C. xx. Avec le c. xxi reprend ce qu'on peut appeler le cycle d'Élie, un moment interrompu. C'est l'histoire de Naboth, indignement mis à mort par Achab sur les instances de Jézabel, et l'annonce par Élie du terrible châtiment réservé aux coupables. Allié à Josaphat, roi de Juda, Achab se met en campagne, malgré les avertissements du prophète Michée, fils de Jemla, pour reprendre aux Syriens la ville de Bamoth-en-Galaad. Il y fut tué et, selon la menace d'Élie, les chiens léchèrent son sang. C. xxn, 1-40. Une courte notice sur le règne de Josaphat et les débuts du règne d'Ochozias d'Israël termine le chapitre xxn, 41-54 et le IIIe Livre des Rois.
Avec Ochozias reparaît Élie, le messager redoutable, pour annoncer au roi malade, qui avait envoyé consulter Béel-Zébub, dieu d'Accaron, une mort certaine. IV Reg., i. Le prophète lui-même est enlevé au ciel sur un char de feu; Elisée prend sa succession. Commence alors, parallèle à celui d'Élie, le cycle d'Elisée, dont les débuts sont déjà marqués de quelques prodiges : assainissement des eaux de Jéricho et châtiment de ses insulteurs. C. n. Dans la campagne de Joram, fils d'Achab, allié aux rois de Juda et d'Édom contre les Moabites, le prophète interrogé par les rois coalisés leur annonce qu'ils trouveront enfin de l'eau et remporteront la victoire; Mésa, le roi de Moab, pour conjurer le sort qui l'accable, immole son fils premier-né en holocauste. C. in.
Les chapitres suivants relatent toute une série de prodiges opérés par Elisée : multiplication de l'huile d'une veuve, résurrection du fils de la Sunamite, assainissement de la nourriture des prophètes et multiplication des pains, c. iv, guérison du général syrien Naaman de la lèpre et châtiment de Giézi, frappé de cette même maladie, pour avoir extorqué de l'argent à Naaman. C. v. L'anecdote de la hache perdue et retrouvée, le récit de l'attaque de Dothan, du siège de Samarie par le roi de Syrie, c. vi-vn, une nouvelle anecdote concernant la Sunamite, la relation d'un voyage du prophète à Damas et de son entrevue avec Hazaël sont autant d'occasions de mettre en relief la puissance miraculeuse d'Elisée. G. vin, 15.
Après le cycle d'Elisée vient une brève description du règne de deux rois de Juda, Joram et Ochozias. C. viii, 16-29. Le récit de la mort de ce dernier est reporté un peu plus loin, après les chapitres ix et x, qui relatent avec force détails la révolution qui mit fin au règne du dernier descendant d'Amri et plaça sur le trône Jéhu. Le nouveau roi, auquel Elisée avait fait donner l'onction royale, tue Joram, son prédécesseur, fait massacrer Ochozias de Juda ainsi que Jézabel, dont la triste fin réalise les sombres prédictions d'Élie; périrent également soixante-dix princes de la maison d'Achab et quarante-deux de la maison de Juda. L'extermination du culte de Baal par le massacre des serviteurs du dieu phénicien et le pillage de son sanctuaire n'empêchèrent pas le vengeur de la religion de Jahvé de tomber dans les mêmes errements (pie Jéroboam; hauts-lieux et veaux d'or n'en sont pas moins tolérés; Hazaël, roi de Syrie, se fit l'instrument du châtiment divin. C. ix-x
ROIS (LIVRES III ET IV DES). BUT
A la mort d'Ochozias, Athalie, fille d'Achab, croyant avoir fait périr tous les membres de la famille royale, s'est emparée du pouvoir qu'elle garde six années. Mais Joas, échappé au massacre et secrètement élevé dans le temple, est proclamé roi à la faveur d'un soulèvement et Athalie massacrée. G. xi. Sous le nouveau règne, le premier de ceux de Juda qui ne soit point relaté d'une façon sommaire. eut lieu la restauration du temple et le rachat, au prix de l'or qui se trouvait dans la maison de Jahvé, de la paix avec Hazaël qui menaçait Jérusalem. C. xn
Une invasion syrienne menace gravement le pays sous le règne de Joachaz, roi d'Israël; son successeur, Joas, parvient à secouer le joug syrien en reprenant à Benhadad, le fils de Hazaël, les villes perdues, selon la promesse que lui en avait faite le prophète Elisée peu de temps avant sa mort. C. xm. En lutte également avec Amasias, le roi de Juda, il parvint à pénétrer dans Jérusalem, dont il emporta les trésors, aussi bien ceux du temple que ceux de la maison du roi. Amasias périt assassiné, son fils Azarias lui succéda. C. xiv, 1-22.
Le règne glorieux de Jéroboam II en Israël, dont il rétablit les anciennes limites, est brièvement raconté. C. xiv, 23-29. Après une courte mention du règne d'Azarias en Juda, xv, 1-7, vient la série des derniers rois d'Israël, Zacharie, Sellum, Manahem, Phacée, sous lesquels la ruine du royaume, déchiré par des luttes intestines, se précipite pour s'achever sous les coups des Assyriens. Téglatphalasar s'empare d'une partie du territoire, xv, 8-38, puis, appelé par Achaz, roi de Juda, contre Israël et la Syrie, prend la ville de Damas. C'est là que le roi de Juda, venu à la rencontre du roi d'Assyrie, fait construire un autel semblable à celui qu'il avait vu clans la capitale syrienne et, de retour à Jérusalem, y offre des sacrifices. Le successeur de Téglatphalasar, Salmanasar, après avoir assujetti Osée, le dernier roi d'Israël, et lui avoir imposé le tribut, s'empare de sa capitale, Samarie, et emmène son peuple captif en Assyrie. C. xv, 39-xvn, 6. C'est la fin du royaume d'Israël, dont les trop nombreuses infidélités à Jahvé ont causé le juste châtiment. C. x vu, 7-23. A la place des déportés s'en vinrent des colons assyriens qui, tout en gardant le culte de leurs divinités, honoraient aussi Jahvé, dont un prêtre captif était venu leur apprendre la loi. C. xvn, 24-41.
3° Troisième partie: Histoire du royaume de Juda (IV Reg., xvin, 1-xxv, 30). — Le règne d'Ézéchias, restaurateur de la religion de Jahvé, est longuement raconté, du moins en trois de ses épisodes les plus importants : l'expédition de Sennachérib contre Juda, marquée par l'intervention du prophète Isaïe et la destruction de l'armée assyrienne sous les murs de Jérusalem; la maladie d'Ézéchias et sa guérison; l'ambassade de Mérodach-Baladan, occasion pour Isaïe de l'annonce de la captivité de Babylone. C. xvm-xx. De ces mêmes événements le livre d'Isaïe nous fournit un récit parallèle, avec de nombreuses variantes. Is., xxxvi-xxxix.
Avec Manassé, au long règne de cinquante-cinq ans, et Amon, son successeur, les cultes idolàtriques retrouvent faveur et préparent le châtiment. C. xxi. Le pieux roi Josias en retarde l'échéance par la réforme religieuse qu'il entreprend à la suite de la découverte du Livre de la Loi dans le Temple. C. xxii-xxm, 27. A la mort tragique de Josias, Joachaz, son fils, lui succède pour peu de temps; après trois mois de règne, en effet, il est emmené captif en Egypte. C. xxm, 28-35. Durant les règnes des rois impies Joakim et Joachin, la puissance babylonienne pèse de plus en plus lourdement sur Juda; Sédécias, son dernier roi, se révolte contre Nabuchodonosor, à qui pourtant il devait son trône. Jérusalem, après un long siège, est prise et détruite, le temple incendié et de nombreux Juifs em.ne-
nés captifs en Babylonie. C. xxm, 36-xxv, 21. Le livre se termine par la relation de deux faits survenus, l'un aussitôt après la ruine de Juda : le meurtre du gouverneur Godolias, préposé au pays par le vainqueur; l'autre longtemps après: la libération du roi Joachin. C. xxv, 22-30. Le c. lu du livre de Jérémie présente, bien qu'avec de nombreuses divergences, un texte parallèle à celui du dernier chapitre du Livre des Rois.
III. But. — De cette analyse se dégage, entre autres traits caractéristiques et en tout premier lieu, le but didactique et religieux du livre. La relation des événements, encadrée dans des formules stéréotypées au commencement et à la fin des différents règnes en Juda et en Israël, est tout entière ordonnée vers ce but primordial : montrer dans la fidélité à Jahvé et plus particulièrement à la loi de L'unité du sanctuaire la condition non seulement de la prospérité et du bonheur d'Israël, mais encore de son existence même. Si les préoccupations didactiques et religieuses ne sont absentes d'aucun des livres de la Bible, nulle part n'apparaît plus nettement le souci de dégager la leçon des événements; ni les deux premiers Livres des Rois, ni même le Livre des Juges, oùpourtant ce souci s'allinne dans l'exposé de principes placé en tête du corps de l'ouvrage et dans les formules de la fin de chaque judicature, n'ont à ce degré fait œuvre de moraliste. C'est ce but jamais perdu de vue qui rend compte du choix des matériaux, de l'ampleur ou de la brièveté des informations retenues pour les différents règnes, de la nature du jugement porté sur les personnes et sur les événements, du choix même de certaines formules.
L'historien de quatre siècles de l'histoire d'Israël, fertiles en événements de la plushaute importance pour la vie politique et nationale, ne pouvait évidemment passer entièrement sous silence certains faits d'ordre politique qui expliquent d'ailleurs bien souvent l'attitude religieuse des rois, mais il s'en tient à ce qui est indispensable à son but, omettant bien des épisodes que le rédacteur des Paralipomènes, aux préoccupations non moins didactiques, mentionne pourtant, passant rapidement sur d'autres sur lesquels ce même rédacteur s'attarde plus longuement; il insistera au contraire sur certains détails, certaines périodes qui vont plus directement à son but. C'est ainsi que les éléments d'information retenus sont parfois très nombreux, bien que jamais complets, tandis que par ailleurs ils sont très réduits. Sans doute tous les rois d'Israël et de Juda, quelle que soit la durée de leur règne, sont cités et jugés, mais l'histoire de six d'entre eux seulement est l'objet de plus amples développements, parce qu'elle est d'une importance plus grande au point de vue religieux; tel est le cas du règne de Salomon, III Reg., ixi, constructeur du temple; celui d'Ézéchias et de Josias, promoteurs de réformes religieuses, IV Reg., xvm-xx et xxii-xxiii, de Jéroboam Ier, d'Achab et de Joram, fauteurs de pratiques ou même de cultes idolàtriques, III Reg., xn, 25-xiv, 20; xvi, 29-xxii, 40; IV Reg., m, 1-ix, 20.
Dans le même sens, on peut constater la place relativement considérable donnée aux récits concernant les prophètes, au temps surtout de la lutte décisive entre le Dieu d'Israël et les dieux phéniciens, et le relief donné aux portraits de prophètes comme Élie et Elisée.
Chaque roi est jugé d'après son attitude vis-à-vis de la Loi et tout spécialement de la loi deutéronomique de l'unité du sanctuaire; selon qu'il aura combattu ou favorisé le culte des hauts-lieux il sera loué ou blâmé. Les principes, en elïet, dont l'auteur du livre voudrait pouvoir constater la stricte application dans le gouvernement du peuple sont ceux que voulait déjà faire prévaloir le Deutéronome, lorsqu'il demandait aux Hébreux de servir de tout leur cœur le seul vrai Dieu,
ROIS (LIVRES III ET IV DES). COMPOSITION
Jahvé, parce qu'il les avait choisis parmi toutes les nations pour en faire son peuple, et de ne lui ollrir de sacrifices qu'au seul sanctuaire qui serait établi par lui, c'est-à-dire au temple de Jérusalem. A ce compte, le règne de David est pour l'auteur le règne idéal qu'il voudrait retrouver pour chacun de ses successeurs. Ézéchiaset Josias sont loués pour avoir fait ce qui est droit aux yeux de Jahvé et avoir marché dans la voie de David leur père sans se détourner ni à droite ni à gauche. IV Reg., xviii, 3; xxn, 2. Ce ne fut malheureusement pas le cas de la plupart des autres rois, non seulement pour ceux d'Israël, mais encore pour beaucoup de ceux de Juda, selon la sentence trop souvent formulée : « Il fit ce qui est mal aux yeux de Jahvé. » Si pour quelques rois de Juda cependant, tels que Asa, Josaphat, Amasias, Ozias, la formule varie : « Il fit ce qui est droit aux yeux de Jahvé », la louange n'est pas sans réserve, car ce ne fut pas comme David ; les hautslieux ne disparurent pas, on continua d'y offrir des sacrifices et d'y brûler des parfums. III Reg., xv, 11, 14; xxn, 43-44; IV Reg., xiv, 3-4; xv, 3-4. Seuls Ézéchias et Josias sont loués sans restriction car tous deux firent ce que nul de leurs prédécesseurs ou de leurs successeurs n'avait fait, ils avaient fait disparaître les hauts-lieux. IV Reg., xvm, 5; xxm, 25. Malgré l'importance qu'il attache au culte de ces hauts-lieux et la condamnation portée contre eux, l'auteur, tout en regrettant la tolérance dont usèrent envers eux certains rois, sait reconnaître que par ailleurs ils firent ce qui est droit aux yeux de Jahvé.
C'est à la lumière de ce même principe que s'éclaire toute l'histoire du royaume schismatique d'Israël. Jéroboam, son premier roi, n'en est pas plus tôt le maître qu'il en préparc la ruine par l'introduction du culte du veau d'or. III Reg., xn. C'est la faute originelle qui pèsera sur toute l'histoire de ce royaume d'Israël, non pas seulement parce qu'elle est un manquement grave à la défense de faire des images de la divinité, mais parce qu'elle va directement à l'encontrc de la centralisation du culte à Jérusalem. C'est parce que les différents rois d'Israël ont tour à tour maintenu le culte du veau d'or que tous ils sont sévèrement jugés; Jéhu lui-même, malgré son zèle pour l'extirpation du culte du Haal phénicien, n'échappe pas au verdict de condamnation, car lui non plus « ne se détourna pas des péchés de Jéroboam qui avait fait pécher Israël, ni des veaux d'or qui étaient à Béthel et qui étaient à Dan. » IV Reg., x, 21.
Pour le royaume de Juda, malgré les fautes d'un trop grand nombre de ses rois, suivant la même voie que ceux de la maison d'Achab, l'échéance du châtiment est retardée; c'est sans doute parce qu'il est l'héritage de David, mais aussi parce qu'il est le siège du sanctuaire de Jahvé dont Ézéchias et Josias ont essayé de sauvegarder les prérogatives contre l'envahissement du culte des hauts-lieux. Aussi Juda peut-il attendre et espérer une restauration après les épreuves, restauration déjà entrevue à la fin du livre par le rétablissement de Joachin dans sa dignité royale. IV Reg., xxv, 27-30. Cf. Burney, art. Kings I and II, dans Hastings, A Dictionary of the Bible, I. n, p. «57.
Il n'est pas jusqu'aux expressions les plus fréquentes sous la plume du rédacteur qui ne reproduisent les termes mêmes de la loi deutéronomique ou tout au moins n'en portent l'empreinte par l'esprit qui les anime. C'est ainsi que certaines phrases caractéristiques du Deutéronome se retrouvent dans les I.i\ res des Rois, dont elles deviennent également caractéristiques; quelques exemples suffiront a le montrer : « Marcher dans les voies de Jahvé ». III Reg., n, 3; m, 1 I ; VIII, 58; xi, 33, 38... et Deut., VIII, 6; x, 12; xi, 22; xix, 6... • observer les lois de .lahvé, ses commandements, ses ordonnances, ses préceptes. » III Reg., II, 3; m. M ;
vm, 58, fil; xi, 33, 34, 38; xiv, 8; IV Reg., xvn, 13, 19; xvm, fi; xxm, 3 et Deut., iv, 14, 40, 45; v, 1, 28; vi, 2, 17... « De tout son cœur et de toute son âme. » III Reg., n, 4; vm, 48; IV Reg., xxm, 3, 25 et Deut., iv, 29; vi, 5 ; x, 12 ; xi, 13 ; xm, 3, etc. Cf. liste détaillée de ces expressions dans Driver, Introduction to the litcrature of the Old Testament, 7e edit., p. 200-202.
IV. Composition. — 1° Sources. — Ayant à raconter l'histoire d'une longue période — quatre siècles — l'auteur des Livres des Rois avait naturellement à se servir de sources anciennes écrites. Celles-ci nous sont mieux connues que pour les Livres de Samuel, pour la raison bien simple que l'auteur lui-même les mentionne à plusieurs reprises, y renvoyant le lecteur désireux de plus ample information. L'utilisation de documents écrits dans la composition du livre apparaît nettement dans les différences nombreuses et frappantes de style et de vocabulaire, non moins que dans la comparaison avec les Livres des Paralipomènes qui renferment maints passages identiques, parfois mot pour mot, à ceux des Livres des Rois. Le caractère de compilation est ici plus fortement marqué que nulle part ailleurs peut-être dans l'Ancien Testament.
Les sources auxquelles renvoient les Livres des Rois sont au nombre de trois : le Livre des Actes de Salomon, III Reg., xi, 41 ; le Livre des Annales ou Clironiques des rois d'Israël, cité dix-huit fois. III Reg., xiv, 19;xv, 31... IV Reg., i, 18; x, 34...; le Livre des Annales ou Chroniques des rois de Juda, cité quinze fois, III Reg., xiv, 29; xv, 7... IV Reg., vm, 23; XII, 19... Les Septante ajoutent au texte de la prière de Salomon après la dédicace du temple : « Est-ce qu'elle n'est pas écrite dans le Livre du Cantique, èv fkSÀîco tîjç wSrjç? » S'agit-il d'une quatrième source, le Livre du Cantique, ou plus probablement, d'après la correction proposée, du Livre du Juste (haijijâsâr au lieu de haSsir) dont il est déjà question dans Josué, x, 13? Si au contraire la leçon du grec était à conserver comme originale, on pourrait alors entendre le mot cantique au sens collectif; il désignerait un recueil de poèmes religieux dont les psaumes de la dédicace auraient fait partie.
Quels sont ces documents? Faut-il y voir des actes officiels rassemblés par ce fonctionnaire dont le nom, mazkir, figure dans les listes des personnages de la cour de David, de Salomon, d'Ézéchias et de Josias et figurait probablement aussi dans le personnel des autres rois? II Reg., vm, 10; xx, 24; III Reg., iv. 3; IV Reg., xvm, 18, 37 ; II Par., xxxiv, 8. Ce n'est pas invraisemblable, car ce mazkîr, dont le nom signifie littéralemen t celui qui rappelle, ô Û7toji.i[i.vr)a>«ûv, disent les Septante, avait sans doute pour fonction de tenir une relation officielle des événements publics, gardée dans les archives royales. Pour d'autres, il s'agirait non d'un rédacteur de chroniques, d'un historiographe, mais plutôt d'une sorte de premier ministre ou de grand vizir, chargé de rappeler au roi ses devoirs et ses fonctions. Quoi qu'il en soit, la nature des événements relatés d'après ces Chroniques des rois d'Israël ou de Juda, constructions, guerres, en indique le caractère politique et répond bien au genre supposé de ces sortes de relations officielles. Il est plus probable toutefois. d'après l'opinion de la majorité des critiques modernes, que les sources utilisées pour la rédaction des Livres des Rois étaient une œuvre basée déjà sur ces textes officiels; il importe assez peu d'ailleurs; le document, qu'il soit de première ou de seconde main, ayant généralement gardé sa teneur primitive.
Une autre question se pose au sujet des sources citées dans les Livres des Rois. Quel rapport ont-elles avec celles des Livres des Paralipomènes? Les passages communs aux deux ouvrages sont nombreux et importants et pourraient suggérer l'hypothèse de l'identité de sources, surtout d'après ce qui est dit IV Reg., xv,
ROIS (LIVRES III ET IV DES). COMPOSITION
36 : « Le reste des actes de Joatham et tout ce qu'il a fait, n'est-il pas écrit dans le Livre des Chroniques des rois de Juda? » et II Par., xxvn, 27 : «Le reste des actes de Joatham, toutes ses guerres et tout ce qu'il a fait, voici que cela est écrit dans le Livre des Rois d'Israël et de Juda. » Cf. IV Reg., xxi, 17 et II Par., xxxm, 18; III Reg., xiv. 29 et II Par., xn, 15. Cette identification ne s'impose pas pour autant. Ainsi qu'il a été établi à l'art. Paralipomènes, t. xr. col. 1980-1982, il faut distinguer le Livre des rois d'Israël et de Juda, appelé aussi plus brièvement : Livre des rois d'Israël, non seulement du livre canonique des Rois, mais encore des ouvrages auxquels se réfère ce même Livre des Rois et qui constituent deux ouvrages distincts, traitant séparément de l'un et l'autre royaume.
Outre les Chroniques, expressément mentionnées comme source d'information, le rédacteur a utilisé d'autres documents qu'il ne cite pas nommément, mais dont il est facile d'établir l'existence par les particularités de la langue et le genre des récits qui distinguent nettement certains passages les uns des autres.
A ces autres sources appartiennent en premier lieu les histoires des prophètes Élie et Elisée, dont le texte, s'adaptant sans doute aisément au dessein du rédacteur, a dû être reproduit en grande partie tel quel. Les sources prophétiques, citées par l'auteur des Paralipomènes : Paroles de Nathan le prophète, prophétie d'Ahias de Silo, vision d'Addo le voyant, II Par., ix, 29, paroles de Séméïas le prophète, ibid., xn, 15, paroles de Jéhu, xx, 39, actes d'Osias écrits par Isaïe.xxvi, 22, si elles constituaient, ce qui n'est pas certain, des oeuvres distinctes, ne durent pas être inconnues de l'auteur des Livres des Rois. Cf. art. Paralipomènes, col. 1982.
De plus, certains récits longuement détaillés, comme ceux de l'histoire d'Achab ou de Jéhu, d'Ézéchias ou de Joas, ne semblent pas, dans leur forme actuelle provenir des Annales ou des Chroniques, généralement moins abondantes en renseignements. L'ampleur enfin des informations relatives à la construction et à la dédicace du temple rend assez probable que parmi les sources utilisées devaient se trouver les archives du temple.
2° Rédaction. — Quels que soient le nombre et la nature des documents à la disposition du rédacteur, celui-ci s'est en général contenté d'en reproduire des extraits sans y apporter grande modification, les insérant dans des formules toujours les mêmes, pour annoncer l'avènement et la mort des rois, et qui sont comme la charpente de l'œuvre.
Dans ces formules on retrouve régulièrement des indications chronologiques, le renvoi aux sources et le jugement sur le roi, surtout d'après son attitude vis-àvis des hauts-lieux; leur forme littéraire est fortement teintée de phraséologie deutéronomistique. Une différence est à noter toutefois selon qu'il s'agit de l'un ou l'autre royaume. Pour Juda, la formule d'introduction est plus complète; elle mentionne d'abord le synchronisme avec Israël en datant l'année de l'accession au trône par l'année du règne correspondant du roi d'Israël, puis l'âge du nouveau monarque, la durée de son règne, le nom de sa mère et pour finir une courte apprétion de son caractère. Pour Asa, par exemple, elle est ainsi libellée : « La vingtième année de Jéroboam, roi d'Israël, Asa devint roi de Juda, et il régna quarante et un ans à Jérusalem. Sa mère s'appelait Maacha, fille d'Abessalom. Asa fit ce qui est droit aux yeux de Jahvé, comme David son père. » III Reg., xv, 9-11. Pour les rois d'Israël, la formule n'indique que le synchronisme avec Juda, la longueurdu règne et une appréciation très brève et toujours défavorable, motivée par la continuation des péchés de Jéroboam; aiisi pour Nadab, il est dit que, fils de Jéroboam, il devint roi
d'Israël la seconde année d'Asa roi de Juda et qu'il régna deux ans sur Israël, qu'il fit ce qui est mal aux yeux de Jahvé et marcha dans la voie de son père et dans les péchés qu'il avait fait commettre à Israël.
III Reg., xv, 25-27. Quant à la formule terminale, elle consiste ordinairement dans l'énoncé de la principale source d'information, dans la mention de la mort et de la sépulture du roi ainsi que du nom de son successeur, avec cette différence, selon qu'il s'agit d'Israël ou de Juda, que dans le premier cas sont régulièrement omis les mots : « Il fut enterré avec ses pères. » Omission facile à comprendre étant donnés les nombreux changements de dynastie survenus en Israël.
Ces formules, véritable cadre de la narration, ne constituent pas le seul travail du rédacteur. Non seulement il a fait un choix dans les annales, chroniques et autres sources qu'il avait à sa disposition, mais encore, en reproduisant ces matériaux qu'il jugeait conformes au dessein de son œuvre, il y a introduit des éléments personnels plus ou moins considérables, faciles à reconnaître, car ils sont marqués de l'esprit et du style de l'auteur des formules dont il vient d'être question. Cette élaboration plus personnelle est surtout sensible à la fin du livre, IV Reg., xvm-xxv; on conçoit, en etîet, qu'à mesure que le récit s'approchait de l'époque même où vivait le rédacteur, il put devenir plus circonstancié, grâce à des informations directes et personnelles; d'autre part, les détails plus abondants sur les réformes d'Ézéchias et de Josias s'expliquent encore par l'intérêt tout particulier qu'y attachait !e rédacteur; on a relevé comme étant de sa main plusieurs passages faisant partie de la relation des deux événements les plus importants survenus au temps de Josias : la découverte du Livre de la Loi et la réforme qui en fut la conséquence. Cf. IV Reg., xxn, 13-14, 16-20; xxm, 3, 21- 28; xxv, 22-26.
Malgré ce caractère de compilation, les deux derniers Livres des Rois n'en constituent pas moins une œuvre une dans son plan et dans son esprit, habilement composée par l'heureuse adaptation à son objet. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse y relever quelques inégalités : divergences, par exemple, entre l'affirmation que le roi Salomon ne fit esclave aucun des enfants d'Israël, car ils étaient des hommes de guerre, ses serviteurs, ses chefs, ses officiers, les commandants de ses chars et de sa cavalerie et cette autre qu'il leva parmi tous les Israélites des hommes de corvée au nombre de trente mille, IV Reg., ix, 22 et III Reg., v, 27; inadvertances, comme l'emploi de deux noms différents pour désigner le même personnage, sans aucune indication pour faire comprendre qu'il s'agit bien d'un seul et même roi d'Assyrie, appelé Phul, IV Reg., xv, 19 et Téglatphalasarun peu plus loin, v. 29; répétitions, tel le double récit pas tout à fait concordant des expéditions maritimes à Ophir, III Reg., ix, 26 et x, 11, telle la double formule terminale du règne de Joas,
IV Reg., xm, 12-13 et xiv, 15-16; cf. IV Reg., xvn, 3-6 et xvin, 9-12; IV Reg., xvm, 13-xix, 39. récit de la campagne de Sennachérib contre Jérusalem avec maints doublets.
Pour rendre compte de ces quelques particularités, le recours à l'emploi de sources différentes, dont le rédacteur n'a pas toujours le souci de concilier les divergences ou d'éviter les répétitions, suffira généralement, sans qu'il soit nécessaire d'imaginer toute une série de remaniements et de rédactions successives. Ainsi Stade et Schwally dans leur édition des Livres des Rois (Bible polychrome de Haupt) ont essayé de distinguer documents, remaniements, additions, etc. On assimilerait volontiers l'élaboration de ces livres à celles du Pentateuque, des Juges et de Samuel, en y retrouvant les mêmes documents et des remaniements analogues d'ordre surtout deutéronomistique. Cf. Ben-
ROIS (LIVRES III ET IV DES). COMPOSITION
zinger, Jahwist und Elohist in den Kônigsbùchern, 1019; Hôlscher, Das Bueh der Kôniqe, seine Quellcn und seine Bcdaktion, dans Gunkelfestschrift, 1923. L'hypothèse d'une double rédaction deutéronomistique est particulièrement accréditée : à la première reviendrait la plus grande partie de l'œuvre : le discernement des sources, le choix des extraits à insérer dans l'histoire d'Israël et le ton général ; à la seconde appartiendraient quelques informations complémentaires, entre autres la relation des événements survenus après l'achèvement de la première rédaction et le calcul des synchronismes. « Cette théorie des deux rédacteurs consécutifs, observe un de ses tenants, ne rend pas seulement raison des faits signalés, elle présente encore l'avantage d'expliquer certaines fluctuations dans les procédés de rédaction et même dans l'orientation religieuse. » Gautier, Introduction à l'Ancien Testament, t. i, p. 307. Cf. Sellin, Einleilung in das Alte Testament, 5e édit., 1929, p. 78; Steuernagel, Lchrbuch der Einleitunq in das Alte Testament, 1912, p. 374-377.
3° Date et auteur. — 1. Date. — Reste à déterminer l'époque de la composition du livre et la personne de son auteur. Dans leur état actuel, les Livres des Rois ne sauraient avoir été écrits avant la date du dernier événement relaté, à savoir la délivrance de Joachin, qui eut lieu la trente-septième année de la captivité, c'est-à-dire en 561, et il semble bien que ce ne fut pas immédiatement après, puisqu'il est dit que le roi de Babylone pourvut à l'entretien de Joachin tout le temps de sa vie. IV Reg., xxv, 27-30.
S'ils n'ont pas été écrits avant 501, ils ne l'ont pas été non plus après 538, date de la fin de la captivité, car on peut bien supposer que l'auteur, s'il l'avait connu, aurait mentionné l'édit de Cyrus, événement d'importance au moins égale à celle de la délivrance de Joachin. La rédaction se placerait donc entre ces deux dates, 501 et 538, pendant l'exil par conséquent. A l'appui de cette conclusion on invoque certaines données des deux derniers chapitres du livre et quelques allusions dans les chapitres précédents qui toutes supposent déjà la captivité de Babylone, III Reg., xi, 29; IV Reg., xxm, 26-27; mais la menace de la captivité qui fait l'objet des passages en question, n'implique pas, malgré sa précision, une rédaction contemporaine de l'événement annoncé. Plus pertinente est la remarque sur la manière dont il est parlé, III Reg., iv, 24, de la domination de Salomon, s'étendant au-delà du fleuve (l'Euphrate) et qui laisse supposer l'établissement du rédacteur dans la région située à l'est du fleuve, c'est-à-dire en Babylonie avec les exilés; la même expression dans les livres d'Flsdras et de Xéhémie se réfère toujours à la situation des captifs.
Inversement, d'autres indications se rencontrent dans le livre d'après lesquelles on serait plutôt en droit de conclure à une rédaction antérieure à la ruine de Jérusalem et à la disparition du royaume de Juda. On cite en premier lieu l'expression « jusqu'à ce jour », impliquant le maintien, jusqu'au moment où écrivait l'auteur, d'un état de choses tel qu'il se trouvait avant la captivité. Ainsi les barres de l'arche d'alliance qui étaient encore en place « jusqu'à ce jour », III Reg., vin, 8; ainsi les Cananéens, levés comme esclaves de corvée par Salomon, et qui le son! demeurés « jusqu'à ce jour », III Reg., ix, 21 : ainsi encore la séparation entre les dix tribus et la maison de David, qui dure «jusqu'à ce jour ». IV Reg., VIII, 22; XVI, 0. Étant donné que l 'expression se rencontre surtout dans de longs récits, reproduits sans doute d'après le texte même des sources, faut-il l'attribuer à ces sources, ce qui exigerait un temps assez long entre l'événement et sa relation, ou bien plutôt au rédacteur, notant un fait que les contemporains sont a même de vérifier?
Dans le même sens on cite encore les promesses
faites à David d'avoir toujours une lampe à Jérusalem, c'est-à-dire un de ses descendants sur le trône de Juda. III Reg., xi, 36; xv, 4; IV Reg., vin, 19. Il est certain que le rappel d'une telle promesse s'explique plus naturellement si, au moment même, il y avait encore un monarque en Juda; toute la question sera de savoir si le passage provient du document ou s'il est de la main du rédacteur.
On a fait remarquer enfin que le travail de recherches auquel a dû se livrer l'auteur des Livres des Rois se conçoit mieux à Jérusalem que partout ailleurs, car, dans cette ville, les annales ou chroniques, les archives du temple et même les récits appartenant aux cycles prophétiques étaient plus aisément à sa disposition. Gautier, op. cit., p. 306.
En raison de ces observations, plus d'un crit-ique moderne place la composition desLivresdes Rois avant . la captivité et après la découverte du Livre de la Loi sous Josias, en 621, à cause de l'esprit qui anime tout le livre, et qui est le même que celui de la réforme entreprise à la suite de cette découverte. Le travail aurait été achevé avant 600. Quant aux passages qui impliquent une date plus récente, ils seraient le fait de remaniements du temps de l'exil; on sait, en effet, que le texte des Livres des Rois n'était pas encore fixé de façon définitive à l'époque de la traduction des Septante, ainsi qu'en témoignent les nombreuses divergences relevées entre le texte massorétique et la version grecque.
2. Personne, de l'auteur. — Aux divergences de vues sur la date de composition correspondent naturellement des divergences sur la personne de l'auteur. Si l'on admet que la rédaction a eu lieu pendant l'exil, on pourra, et c'est ce que font maints auteurs catholiques, tenir pour l'opinion du Talmud : « Jérémie, y est-il dit, a écrit son livre (ses prophéties), le livre des Melakim (IIIe et IVe des Rois) et les Thrènes. » Baba bathra, 15 a.
A l'appui de l'hypothèse on invoque ordinairement les arguments suivants : a) les affinités nombreuses entre le recueil des oracles du prophète et les Livres des Rois, surtout vers la fin et plus particulièrement IV Reg., XVII, 13-20; xxi, 11-15; xxn, 16-19; Driver en donne la liste dans Introduction to the literalure of the Old Testament, 7e édit., p. 203. Mais pour rendre compte de ces affinités est-il nécessaire de faire de Jérémie le seul auteur des textes où on les rencontre? Pas nécessairement, car ces textes se rapportent à l'enseignement prophétique dont le principal représentant était alors Jérémie, et il n'est pas étonnant que le rédacteur des Livres des Rois ait employé pour en parler une phraséologie qui en bien des points lui est commune avec celle du grand prophète du vne siècle; de plus, n'est-il pas singulier que le verbe hiddiah, dont se servait si souvent ce dernier pour désigner la dispersion des Juifs en exil, Jer., vm, 3; xvi, 15; xxm, 3, 8... n'apparaisse nulle part dans les Livres des Rois? — b) Le rôle capital joué par Jérémie dans l'histoire lamentable des derniers rois de Juda et la place considérable que tiennent dans les Livres des Roislcs événements auxquels se rapportent ses prophéties s'expliquent au mieux s'il en est le rédacteur; l'absence de toute mention de son nom n'y contredit pas, au contraire. — c) La description détaillée de l'activité des anciens prophètes suppose de la part de l'auteur, portant son choix sur des documents qui s'en font l'écho, une sympathie personnelle telle qu'on peut s'attendre à la rencontrer surtout chez un prophète. — ci) Le dernier chapitre du livre de Jérémie lu est un récit historique à peu près textuellement identique à IV Reg., XXIV, 18-xxv, 30. — e) Enfin le but poursuivi parl'auteur des Livres des Rois et celui des oracles prophétiques est bien, le même : Jérémie a composé en grande partie son œuvre
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pour démontrer que Dieu avait été très juste en châtiant sévèrement les Israélites et en mettant fin au royaume théocratique; n'est-ce pas également le but des IIIe et IVe Livres des Rois, rappelant sans cesse la menace du châtiment réservé à l'infidélité?
A l'encontre de ces arguments les raisons ne manquent pas pour prouver que Jérémie ne saurait être l'auteur des deux derniers Livres des Rois. — a) Si celui-ci, en effet, résidait à l'est de l'Euphrate, comme on le conjecture d'après III Reg., iv, 24 (col. 2815), ce ne peut être Jérémie, qui, à la suite du meurtre de Godolias, fut contraint de s'exiler avec ses compatriotes en Egypte, où probablement il mourut. Jer., xltii, G. La tradition juive conservée dans le Talmud et d'après laquelle Nabuchodonosor aurait fait conduire le prophète d'Egypte en Babylonie ne correspond guère aux faits. Cf. le titre du ps. lxiv, d'après la Vulgate. — b) A l'argument littéraire des affinités de style et de langage, s'oppose l'absence dans les oracles du prophète de nombreuses expressions caractéristiques des Livres des Rois, ce qui rend peu probable la composition des deux ouvrages par un seul et même auteur. — c) En dehors de la lutte entre Jahvé et Baal dans le royaume du Nord, dans laquelle Élie et Elisée interviennent d'une manière décisive, ce n'est qu'incidemment qu'est rappelé le rôle des prophètes. Il est certain, par exemple, qu'Isaïe ne tient pas dans les Livres des Rois la place qui fut la sienne dans l'histoire de son temps d'après le recueil de ses prophéties, à plus forte raison Jérémie qui n'est même pas l'objet d'une simple mention. Si donc Jérémie n'est pas l'auteur des Livres des Rois, il est vraisemblable que celui-ci appartenait au milieu qui subissait l'influence du prophète et ainsi s'expliqueraient les analogies de pensée et de style des deux ouvrages.
.Moins probables encore les hypothèses qui font de Baruch, d'Ézéchias, d'Isaïe ou même d'Esdras l'auteur des Livres des Rois.
V. Valeur historique. — L'autorité du témoignage apporté par les Livres des Rois n'est point compromise par l'incertitude qui subsiste au sujet de la date de leur rédaction et de la personne de leur auteur. Elle est garantie, en effet, par le caractère même des documents utilisés, par la comparaison avec les récits parallèles d'autres livres de la Bible surtout des Paralipomènes; elle est confirmée par toute une série de documents extra-bibliques que les fouilles d'Egypte, de Palestine et d'Assyrie surtout ont mis à jour.
Deux observations préliminaires s'imposent pour répondre à des objections tirées du but didactique de l'ouvrage et du caractère merveilleux de certains de ses récits.
Que l'auteur des deux derniers Livres des Rois ait entrepris d'écrire l'histoire d'Israël et de Juda pour en dégager un enseignement, c'est certain. Qu'il revendique pour la loi de l'unité du sanctuaire une fidélité absolue, et que de l'attitude des rois à son égard dépende leur éloge ou leur condamnation, c'est non moins certain. Mais est-ce à dire qu'une telle conception de l'histoire porte nécessairement atteinte à l'exactitude historique? Nullement, car le point de vue religieux auquel l'auteur se place n'influe que sur les jugements qu'il porte sur les personnes et les événements et en aucune manière sur la relation des événements euxmêmes.
Une deuxième remarque vise le caractère merveilleux de maints récits, surtout dans l'histoire des deux grands prophètes du ixe siècle, Élie et Elisée. Leur mission a été et est encore l'objet de nombreuses discussions, non seulement dans tel ou tel de ses détails, mais dans son ensemble même, pourencontestersinon l'existence du moins l'importance que leur attribuent les récits conservés au IIIe Livre des Rois. Beaucoup, qui
I en admettent la valeur historique au moins substantielle, prétendent y retrouver une part plus ou moins grande de légende mêlée à l'histoire. Cependant, si l'on se rappelle que la majeure partie en a été écrite relativement peu de temps après les faits rapportés, une cinquantaine d'années environ, on est bien obligé de reconnaître que la légende n'aura guère eu le temps de transformer, au point de les rendre méconnaissables, les personnages d'Élie et d'Elisée. Mettre sur le compte de la légende tout ce qui, dans un récit offrant par ailleurs toute garantie d'exactitude, présente un caractère miraculeux n'est pas d'une saine critique. Comment prétendre distinguer trait pour trait ce qui est strictement historique de ce qui est simplement légendaire ; d'autant plus que la précision et l'abondance des détails portent la marque d'un témoin et que bien des faits s'étant passés aux yeux de tous, il était difficile d'altérer la vérité dans des relations aussi proches des événements. La valeur historique de l'ensemble de l'ouvrage ajoute encore sa garantie à la véracité des cycles prophétiques d'Élie et d'Elisée.
1° Nature des documents. — L'autorité du témoignage des Livres des Rois est assurée tout d'abord par la date et le caractère même des documents employés à leur rédaction. Les annales ou chroniques dont ils reproduisent de larges extraits, peu ou point remaniés, sont contemporaines des faits relatés ou du moins en sont très proches; les cycles mêmes d'Élie et d'Elisée, qui n'en proviennent pas, ne sont pas non plus très éloignés de l'époque où vivaient les prophètes; non sans vraisemblance on en a fixé la rédaction aux environs de 800 pour celui d'Élie et une vingtaine d'années plus tard pour celui d'Elisée. Kittcl, Die Bûcher der Konige, 1900, p. 1G0, 186.
Il est certain d'autre part que le rédacteur reproduit fidèlement le texte de ses sources. Le fait même qu'il les cite et y renvoie le lecteur montre assez qu'il n'a pas à redouter le contrôle. Les différences relevées entre les diverses parties de son oeuvre, surtout dans les récits d'une certaine étendue, tant au point de vue. du style que du vocabulaire prouvent une transcription fidèle, où sont demeurées des expressions qui portent la marque de leur époque; c'est ainsi que l'histoire d'Élie, par exemple, est tenue à juste titre pour un des meilleurs spécimens de la prose narrative hébraïque, d'origine éphraïmite et presque contemporain des événements.
Cette fidélité dans la transcription des documents est encore garantie par l'indépendante de jugement de l'auteur, exempt de tlatterie à l'égard des rois et de préférence injustifiée pour le royaume de Juda auquel il appartenait. Si le royaume d'Israël est l'objet de jugements plus sévères, ses destinées sont cependant décrites d'une façon aussi complète que celles de Juda et à l'exception de ceux d'Ézéchias et de Josias, aucun règne de Juda n'est traité avec autant d'ampleur que ceux de la dynastie des Amrides, d'Achat) et de ses fils; il est vrai que c'est aussi le temps d'Elie et d'Elisée.
Le souci de fidèle transcription enfin est poussé si loin que, malgré les divergences que présentent entre elles les données chronologiques des règnes en Israël et en Juda, l'auteur les a laissées telles qu'elles se trouvaient dans ses documents, plutôt que d'essayer de les faire disparaître en rétablissant la correspondance et l'harmonie entre ces indications divergentes.
2° Comparaison avec les autres livres de la Bible. — Nombreux sont les passages parallèles dans les Livres des Paralipomènes, dont le deuxième couvre la même période que les deux derniers Livres des Rois. Il s'agit ou bien d'un emprunt direct par le Chroniqueur aux Livres des Rois, ou bien de l'utilisation de sources communes que les auteurs sacrés auraient adaptées à
ROIS (LIVRES III ET IV DES). VALEUR HISTORIQUE
leur point de vue particulier. Dans le premier cas. le plus probable et le plus généralement admis, le Chroniqueur, par son recours fréquent aux Livres des Rois montre en quelle estime il tenait leur témoignage; dans le second, la concordance des récits de pari et d'autre prouve la fidélité des deux auteurs à reproduire leurs sources d'information.
Les livres prophétiques du temps de la royauté, par leurs allusions aux événements relatés aux Livres des Rois, en confirment l'exactitude. Le problème littéraire des rapports entre Isaïc. xxxvi xxxix et IVRcg., xyiii, 13-xx, 19 est très complexe et a reçu différentes solutions; la plus satisfaisante suppose que le rédacteur de l'histoire de Juda a puisé les éléments de son récit dans une composition d'origine prophétique, biographie d'Isaïe ou vision du prophète Isaie, qui n'a pas nécessairement pour auteur le prophète lui-même, tandis que le texte du recueil prophétique dépendrait fie celui des Livres des Rois. Cf. art. Isaie, t. vm, col. 36- . 38. La présence dans un tel recueil d'un passage important des Livres des Rois ne peut que confirmer l'autorité qu'il tient déjà de son origine probable. Une observation analogue peut être faite au sujet du c. lu du Livre de Jérémie et de IV Rcg., xxiv-xxv, 30. Cf. Condamin, Le Livre de Jérémie, 1920, p. 361-363.
L'auteur du Livre de l'Ecclésiastique, dans son éloge des principaux personnages ayant vécu de la période salomonienne à la captivité, sait où trouver les renseignements autorisés sur les ancêtres glorieux d'Israël; les nombreux points de contact avec les Livres des Rois révèlent assez clairement la source de ses informations. Eccli., xlvii, 12-xlix, 7.
Notre-Seigneur et les apôtres ont emprunté des citations et fait des allusions assez nombreuses aux Livres des Rois, montrant ainsi l'estime dans laquelle ils les tenaient et l'autorité qu'ils leur reconnaissaient. Notre- Seigueur parle de la richesse des vêtements de Salomon et de son incomparable sagesse qui lui avait valu la visite de la reine de Saba, Matth., vi, 29; xn, 42, et III Rcg., x, 25; x. 1-10; à ses compatriotes incrédules, il rappelle ce qui arriva du temps d'Élie et d'Elisée, eux aussi méconnus dans leur propre pays et allant porter ailleurs ics bienfaits de leur puissance miraculeuse. Luc. iv, 25-27, et III Reg., xvn, 1-16; IV Reg., v, 1-19. L'histoire des deux prophètes d'Israël fournit également à l'auteur de l'épitre aux Hébreux, xi, 35, des exemples de la puissance de la foi pour la résurrection des morts; l'efficacité de l'intervention d'Elie pour obtenir la sécheresse ou la pluie est rappelée dans l'épitre de saint Jacques, v, 17. Dans son discours, le diacre Etienne évoque le souvenir de David voulant construire une demeure à Jahvé. Act., vu, 16-48, et III Reg., vi, 1-38.
3° Documents extra- bibliques. — La valeur historique des Livres desRois se trouve enfin confirmée par toute une série de documents étrangers à la Bible (pie les découvertes archéologiques en Assyrie, en Egypte, en Palestine même présentent avec une particulière abondance pour vérifier, préciser, compléter l'histoire des royaumes d'Israël et de Juda.
1. Égyptiens. — Les pharaons avaient été depuis de Inn^s siècles et à maintes reprises les maîtres de Canaan, tantôt d'une manière effective, tantôt d'une manière purement nominale. (Cf. les Ici tics d'El-Amarna.) Avec Salomon les rapports d'État à État commencent réellement; le roi d'Israël eut avec l'Egypte non seulement des relations commerciales comme il en avait avec Tyr, mais aussi des relations politiques; il devint l'allié d'un pharaon, probablement Siamon (970 950), dont il épousa la tille et dont il recul en cadeau de noces, la ville de Gézer, un des derniers refuges cananéens. III Reg., III, 1-ix. 16. Contre la réalité historique d'un tel mariage on ;l objecté qu • les
rois d'Egypte ne donnaient pas leurs filles en mariage à des princes étrangers; la preuve, c'est le refus d'Amenophis III (1111-1380) à Kadashman-Harbé, roi de Babylone, de lui accorder la mai i de sa fille. Cf. Knudzton, Die El-Amarna Tcifeln, n. 4, p. 73. Sans doute ; mais depuis ce refus plus de quatre siècles s'étaient écoulés et entre temps la situation politique de l'Egypte s'étail profondément modifiée, aussi l'alliance avec le souverain d'un État dont la puissance allait grandissant depuis David n'était pas alors à dédaigner. Inutile donc de supposer que la reine d'Israël aurait été choisie parmi les filles d'une des femmes de premier rang du pharaon et non de la première de ses épouses; le faste de la réception de la nouvelle reine suppose la très liante noblesse de son origine. Cf. Dcsnoyers, Histoire du peupl" hébreu, t. ni, p. 58, n. 1.
Les visées de l'Egypte sur la Palestine n'attendirent mêm ■ pas la mort de Salomon pour se manifester à nouveau. Un Éphraïmite du nom de Jéroboam s'apprêtait, sur l'instigation du prophète Ahias de Silo, à affranchir les tribus d'Israël du joug de Salomon qui pesait lourdement sur elles, lorsque, son intrigue découverte, il alla chercher un refuge en Egypte. Le roi l'accueillit comme il avait fait précédemment pour Adad, l'Édomite. III Reg., xi, 17, 40. A la mort de Salomon, le transfuge reparut pour fomenter la révolte contre Roboam, fils et successeur de Salomon. Le résultat en fut la séparation des tribus en deux royaumes; Jéroboam devint roi d'Israël avec Samaric pour capitale. III Reg., xn. En cet événement si désastreux pour Israël apparaît nettement la main de l'Egypte, s'assurant ainsi par la division des Hébreux une domination plus facile. Bientôt, en effet, dès la cinquième année du règne de Roboam, Sésac envahit la Palestine, pille Jérusalem et emporte les trésors de Salomon. III Reg., xiv, 25-26. De retour dans ses États, il fit graver sur l'une des murailles de Karnak le nom des villes qu'il avait conquises; on y voit celui de plusieurs cités de Juda, Aduram, Gabaon, Aïala et aussi d'obscures bourgades, mantionnées dans le but d'allonger la liste des trophées; y figurent également le nom de plusieurs villes d'Israël, Ta'annak.Bethoron, Magaddo, que Roboam avait sans doute prises au roi il' Israël, auquel le roi d'Egypte les avait rendues. Cf. Champollion, Monuments de l'Egypte, 1835, pi. 281-285; Lepsius, Denkmâler, pi. 252-253 ; art. Sésac, dans Dictionnaire de la Bible, t. v, col. 1(>80-168 1.
Plusieurs pharaons dans la suite, surtout dans leurs luttes contre les Assyriens, entreront en contact avec les habitants des royaumes d'Israël ou de Juda, tantôt pour les molester, tantôt pour s'en faire des alliés, selon les nécessités du moment; les noms de certains d'entre eux sont cités dans les Livres des Rois, ceux de Sua (Sabaka), IV Reg., xvn, I. de Tharaca (Taharqa), IV Reg., xix, 9. de Néchao (Nécho II), IV Reg., xxiii, 29; niais jusqu'à présent ni les monuments ni les textes égyptiens n'ont apporté quelque complément d'information à ce sujet. L'existence d'une colonie juive, dans l'île d'Éléphantine à la frontière méridionale de l'Egypte, dont l'établissement remonte peutêtre a la seconde moitié du VIIe siècle, intéresse surtout la période d'Esdras et de Néhémie, mais n'est probablement pas sans rapport avec les déportations comme telles qui eurent lieu sous Néchao II, IV Reg., xxm, 3 1, ou les exodes qui suivirent la ruine de Jérusalem et le meurtre de Godolias. IV Reg., xxv, 25.
2. Assyro-Babyloniens. — Plus abondants et plus précis les documents assyro-babyloniens confirment et complètent a maintes reprises les données des deux derniers Livres des Pois.
Des trois royaumes qui, au ixesiècle, se partageaient la côte méditerranéenne. Syrie, Israël, Juda, le premier était en train d'opérer à son profil cette concentration
ROIS (LIVRES III ET IV DES). VALEUR HISTORIQUE
du pays que ni les Hittites, ni les Philistins, ni les Hébreux n'étaient parvenus à réaliser; le roi d'Assyrie, Salmanasar III, 860-825, empêcha la réussite de cette tentative d'hégémonie syrienne par la défaite qu'il infligea à Qarqar, dans la région de Hamath, en 854, à une coalition dirigée par Adad-idri, roi de Damas. Le monarque assyrien commémore sa victoire dans plusieurs de ses inscriptions, Obélisque noir, Monolithe, Inscription des taureaux, inscription sur une statue provenant d'Assur. La liste des coalisés avec indication de leurs forces respectives figure sur le Monolithe. Cf. le texte dans III Rawlinson, pi. vin; la traduction dans Gressmann, Altorientalische Texte und Bilder, t. i, 1909, p. 109-110; Dhorme, Les pays bibliques et l'Assyrie, dans Revue biblique, 1910, p. 04. Après l'énumération des chars, cavaliers et soldats d'Adadidri de Damas et d'Irhuleni de Hamath, viennent les 2 000 chars et les 10 000 soldats d'Achab d'Israël, l'un des plus puissants rois coalisés, ainsi qu'on peut en juger par son rang dans la liste et le secours qu'il apporte; aucun doute sur son identification, l'Achab de l'inscription de Salmanasar est bien le même que celui du Livre des Bois : A-ha-ab-bu mat Sir-'i-la-a-a = Achab, roi d'Israël. Quant à Adad-idri, roi de Damas, c'est le même personnage que lienhadad, avec qui Achab fît alliance d'après III Reg., xx, 34, et le Monolithe de Salmanasar. Comment l'Adad-idri de l'inscription assyrienne est-il devenu le Benhadad de la Bible? On ne sait; peut-être ce dernier nom était-il une appellation générique, un des prédécesseurs d'Adad-idri, contemporain d'Asa et de Baasa, ayant déjà porté ce nom de Benhadad. III Reg., xv, 16-22. Cf. Dhorme, loc. cit., p. 71.
Cette campagne victorieuse de Salmanasar III s'intercalerait entre la guerre d'Achab contre Benhadad, rapportée III Reg., xx, et terminée par un traité d'alliance, f. 36, et une nouvelle guerre du roi d'Israël contre les Syriens, III Beg., xxii, pour essayer de secouer leur joug, en profitant de la défaite, pourtant partagée, du roi de Damas.
La victoire de Qarqar qui termina la campagne assyrienne contre les coalisés de Syrie, de Hamath, d'Israël et d'ailleurs, « devait rester célèbre dans les fastes de l'histoire d'Assyrie. D'après le Monolithe, Salmanasar avait tué 14 000 guerriers. Dans V Obélisque il y en a 20 500, dans une statue provenant d'Assur, 20 800; sur l' Inscription des taureaux de Nimroud, le nombre en est porté à 25 000. Cette progression de la première donnée numérique est tout à fait dans le goût de l'exagération orientale. Elle indique avec quelle circonspection il faut accepter les chiffres ronds dans I'évalution des pertes de l'ennemi ou des forces du vainqueur ». Dhorme, Icc. cit., p. 07.
Une autre inscription de Salmanasar, sur une statue d'Assur, est pleinement d'accord avec le récit biblique sur l'avènement d'Hazaël, le successeur de Benhadad (Adad-idri). Cf. Winckler, Keilinschriftliches Textbuch zum A. T., 3e édit., p. 25. « Adad-idri étant mort, y est-il dit, Hazaël (Ha-za-'ilu), homme de basse extraction (littéralement : fils de non quelqu'un) s'empara du trône. » A ce renseignement de l'inscription assyrienne correspond bien le récit biblique plus circonstancié, qui nous apprend comment Hazaël devint roi de Damas et comment il se jugeait lui-même; au prophète Elisée qui lui révélait son accession prochaine au trône il répondait : « Qu'est-ce donc que ton serviteur le chien, pour qu'il accomplisse cette grande chose? >» IV Reg., vin, 7-15.
Dans une autre de ses nombreuses campagnes, la dix-huitième année de son règne, Salmanasar franchit l'Euphrate pour la seizième fois, inflige une cruelle défaite à Hazaël et reçoit le tribut des Tyriens, des Sidoniens et de Jéhu, fils d'Ainri. Inscription des
taureaux et un fragment des Annales; cf. Dhorme, loc. cit., p. 72-73. D'autre part, VObélisquc noir, stèle sur laquelle le vainqueur a figuré en paroles et en images le paiement de ce tribut, représente Jéhu, roi d'Israël, ou son envoyé, prosterné devant Salmanasar; la légende énumère les différents objets d'or, d'argent et de bois précieux que le roi d'Assyrie reçoit comme « tribut de Jéhu, fils d''Omri ». « On remarquera que ce titre « fils d'Omri », attribué dans les deux textes susmentionnés à l'usurpateur Jéhu, qui extermina la dynastie d"0mri (cf. IV Reg., x, 1-11), ne peut être pris dans le sens de « descendant »; c'est plutôt une sorte de gentilice, synonyme d'Israélite... On sait en effet que les Assyriens regardaient 'omri comme le véritable fondateur du royaume d'Israël et désignaient ce royaume par l'appellation « pays d'Omri «mat Ilu-umri-i (I Rawlinson, 35, n. 1. I. 12), ou « pays de la famille d"Omri » mat bit Hu-um-ri-a (III Rawlinson, 10, 1. 17 et 26). » Plessis, art. Dabylone et la Bible, dans le Dictionnaire de la Bible, Supplément, t. i, col. 784. Cf. Gressmann, op. cit., p. 111-112.
In petit-fils de Salmanasar III, Adad-nirâri III (810-782), fils de Sammouramat. la Sémiramis dont la mythologie grecque fit la fondatrice de Babylone, travailla à rendre à son empire l'extension atteinte aux temps de son aïeul. L'inscription de Kalah (I Rawlinson, 35, n. 1) résume ses campagnes vers l'Ouest et le Sud-Ouest entre les années 800 et 8()3. Entre autres pays, depuis l'Euphrate jusqu'à la grande mer qui est au couchant du soleil, le conquérant assyrien soumit à ses pieds, le pays de Tyr et de Sidon, le pays d'Israël, appelé pays d"Oinri, Edoni et la Philistie, et leur imposa un pesant tribut. Faut-il voir dans cet événement la libération du joug syrien, qu'Hazaël et son fils Benhadad III, rois de Damas, avaient imposé à Israël, et que Jahvé aurait accordée à la prière de Joachaz, IV Reg., xm. 3-5? Ce n'est pas sûr, et du reste les Israélites n'auraient fait que changer de joug. La promesse d'un libérateur aurait été plutôt réalisée par Jéroboam II, qui rétablit les limites d'Israël depuis l'entrée d'Émath jusqu'à la mer de l'Arabah. IV Beg., xv, 25-27. De l'inscription de Kalah un autre renseignement est encore à retenir. C'est la première fois (pie le nom des Edomites figure dans un texte assyrien; or la Bible nous apprend que les Édomites commençaient alors à formerai! suddeJuda une puissance redoutable, ayant définitivement secoué le joug de Juda. au temps de Joram, fils de Josaphat. IV Beg., vin, 20-22. Le pays des Philistins, également cité dans l'inscription de Kalah et rencontré pour la première lois aussi dans les textes assyriens, n'a pas perdu son antique renom: tandis que celui de Juda, qu'on aurait pu s'attendre a voir figurer après Israël, ne se trouve pas dans la liste des pays soumis, pour cette raison sans doute qu'il avait perdu son indépendance et suivait les destinées de Damas, dont Joas avait en quelque sorte reconnu la suzeraineté en sacrifiant à 1 1 .zael les trésors du temple pour l'éloigner de Jérusalem. Cf. Dhorme, Icc. cit., p. 181-1X7.
Les campagnes successives des Assyriens au cours du vme siècle contre les pays araméens du nord de la Syrie avaient permis aux royaumes limitrophes 'le secouer le joug de leurs puissants voisins, et c'est aii si que Jéroboam 11 (vers 785-745) avait affranchi son peuple de la tutelle de Damas et de Hamath. IV Beg., xiv, 25-27. Mais avec Téglatphalasar III (745-727| nous retrouvons les Assyriens en Palestine, et Us annales de ce roi, appelé Pùl ou Phul dans la Bible d'après son nom babylonien Pûlu, ne sont pas sans intérêt pour l'histoire des Livres des Bois. Dans un fragment de ces annales (Bost, Die Keilinschrifttexte Tiglath-Pilesers III.. t. i, p. 18), il est question d'une campagne dirigée contre un certain Azriiahou du pays
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de Jaudi; longtemps on l'a identifié avec Azarias de Juda, mais par erreur, car le pays dont il s'agit est celui de Jadi ou plus exactement de Jodi, en Syrie septentrionale au nord de l'Oronte; des inscriptions aratnéennes trouvées à Zindjirli ont permis de l'identifier. Cf. Wincklcr, Allorientalische Forschungen, 1. 1, p. 1 sq. ; Dhorme, loc. cit., p. 101). Les mêmes annales nous donnent la liste des princes qui apportèrent le tribut à Téglatphalasar III; deux noms y figurent, dont l'identification cette fois ne prête pas à confusion; c'est Rason, transformé par les Massorètes en Razin. mais que les Septante écrivent Paacôv ou Poeaoao>v, et Mc-hi-ni-me ou Manahem. De ce tribut la Rible nous dit : « Pûl, roi d'Assyrie, vint dans le pays et Manahem donna à Pùl mille talents d'argent afin qu'il l'aidât et affermît le royaume dans sa main. Manahem leva cet argent sur Israël, sur tous ceux qui avaient de grandes richesses, afin de le donner au roi d'Assyrie. « IV Reg., xv, 19-20. Quant à Rason de Damas, c'est le Razin. roi de Syrie, qui, avec l'appui d'Israël, attaquera Juda à la fin du règne de Joatham et au début de celui d'Achaz. IV Reg., xv, 37; xvi, 5; cf. Is., vu, 1-9. On sait que. pour se défendre contre cette coalition, le roi Achaz fit appel au secours des Assyriens. IV Reg., xvi, 7-9. Or, d'après la Chronique des Éponymes (canon H ) et une petite inscription mutilée (III Rawlinson, 10, n. 2, 1. 6 sq.), Téglatphalasar fit campagne en Philistic en 7.34 ; c'est au retour de cette campagne que le vainqueur assyrien, répondant à l'appel d'Achaz, aurait pénétré en Israël, l'aurait livré au pillage et emmené en captivité une partie de la population; Phacée, roi d'Israël fut renversé et mis à mort par une conjuration de gens partisans de l'Assyrie dont le chef A-u-si' (Osée), établi roi par Téglatphalasar, fut assujetti à un tribut de dix talents d'or. IV Reg., xv, 29-30. L'année suivante, c'est Damas que le même roi assyrien « mit en ruines comme par un déluge ». Annales, I, 195-209. Le fait est signaléparlaRible disant que le roi d'Assyrie monta contre Damas et, l'ayant prise, emmena ses habitants en captivité à Qîr et fit mourir Razin. IV Reg., xvi, 9. Enfin une tablette de Nimroud ( 1 1 Rawlinson ,07, I. 57-03; Rost, Die Keilinschrifltexte Tiglath-Pilesers III., t. i, p. 51 sq. et t. n, p. 24) énumère les différents princes des contrées de l'Ouest assujettis au tribut par le même Téglatphalasar; parmi eux se trouve Ia-u-ha-zi de Ia-u-da, qui n'est autre qu'Achaz, tenu à reconnaître le secours assyrien, humblement sollicité contre Phacée et Razin. Cf. Plessis, art. cit., col. 785-
Sur la prise de Samarie, que laissaient prévoir les fréquentes interventions de la puissance assyrienne en Israël, les données bibliques et assyriennes semblent à première vue se contredire. D'après un double récit des Livres des Rois, Salmanasar IV (727-722), fils et successeur de Téglatphalasar, monta contre Osée, le dernier roi d'Israël, se l'assujettit et lui fit payer le tribut. Puis à la suite d'une conspiration d'Osée, il le fit jeter en prison et après avoir parcouru tout le pays, vint nul I re le siège devant Samarie qu'il prit au bout de. trois ans, la neuvième année d'Osée, emmenant Israël captif en Assyrie. IV Reg., XVII, 3-6; xvm, 9-11. Selon les Annales de S argon, I. 11-17, et l'Inscription des Fastes, I. 23-25, au palais de Khoisabad, c'est Sargon II, l'usurpateur, successeur de Salmanasar IV sur les trônes de Ninive et de Babylone, qui serait le véritable conquérant de Samarie : i .le cernai, dit-il, la ville de Samarie (Sa me ri mi) et je la conquis. .J'emmenai en captivité 27 200 personnes qui habitaient en elle, je m'emparai de 50 chars qui s'y trouvaient. « Bien des solutions ont été proposées pour résoudre l'antimoine (pli semble bien exister entre le document cunéiforme et la narration biblique. Voici celle (pie propose Dhorme, loc. cit., p. 371. Dans le premier des récits du Livre des
Rois, IV Reg., XVII, 3-6, est rapporté un double épisode, d'abord la venue d'un roi d'Assyrie, du nom de Salmanasar, qui fait du roi d'Israël son tributaire, f. 3, puis une nouvelle invasion d'un roi d'Assyrie, dont cette fois le nom n'est pas donné et qui, après un siège de trois ans, finit pas s'emparer de Samarie; bien que rien n'indique un changement de règne d'après le texte de la Rible, on peut supposer d'après les déclarations de Sargon que le roi d'Assyrie qui mit le siège devant Samarie n'était pas le même que celui qui prit la ville ; le premier était Salmanasar, le second Sargon. Le deuxième refit, IV Reg., xvm, 9-11, qui synchronise la chronologie d'Israël avec celle de Juda, ne retient que le second épisode, le siège et la prise de la ville, et il identifie le vainqueur de Samarie avec le roi de la première campagne en Israël, d'où l'attribution à Salmanasar et non à Sargon de la prise de la ville. Une autre solution suppose l'intercalation au f. 10 du c. xvm du mot «et il la prit », qui serait ainsi une addition qu'un scribe aurait cru devoir ajouter; si l'on laisse ce mot de côté, le texte reste clair et la difficulté disparaît : « Salmanasar... mit le siège devant Samarie; au bout de trois ans la ville fut prise, et le roi d'Assyrie (c'était alors Sargon au début de son règne) déporta Israël en Assyrie. » Cf. Plessis, art. cit., col. 787. Il convient d'ajouter que la leçon du qeri pour ce même mot « et ils la prirent » est trop douteuse pour être retenue comme moyen de solution; les Septante et la Vulgate, en effet, ont, comme l'hébreu massorétique, le singulier, plus normal puisqu'il n'a été question que de Salmanasar et non des Assyriens. Pour d'autres enfin (Hommel, Condamin), la solution serait à chercher tout simplement dans le fait que Salmanasar ayant entrepris le siège de Samarie, l'ayant poursuivi pendant trois ans et étant mort très peu avant la chute de la ville, l'historien biblique a fort bien pu, sans commettre une erreur formelle, lui attribuer cette conquête. Cf. The American journal of semilic languages and lileratures, t. xxi, 1905, col. 179-182; A. Condamin, Babylone et la Bible, dans Dictionn. apol., t. i, col. 355.
Le choix des pays où furent déportés les captifs israélites et de ceux d'où furent amenés les colons étrangers pour remplacer les déportés de Samarie, mentionnés par la Bible seule, IV Reg., xvn, 0; xviii, 11 ; xvn, 24, cadre fort bien avec l'histoire assyrienne. La déportation jusqu'en Médie des habitants de Samarie, où Sargon les fit habiter dans les villes des Mèdes, (et non dans les montagnes d'après les Septante), avait pour objet sans doute de remplacer une partie des Mèdes qu'à deux reprises, en 744 et en 737, Téglatphalasar avait emmenés captifs. De même pour les villes d'où sortirent les colons étrangers, on sait que c'était une méthode déjà suivie par les devanciers de Sargon de déplacer leurs sujets assimilés pour introduire dans les pays conquis les mœurs assyriennes et l'esprit de soumission à la métropole commune; quelques années plus tard, 710-709, Sargon amena à Samarie des colons de Cutha et de Babylone. Ces colons, au reste, n'ont pas dû arriver en un seul convoi; le texte du Livre des Rois aura groupé des envois successifs, échelonnés sur plusieurs années. Du contact des cultes idolàtriques, pratiqués par ces colons, avec le culte national d'Israël devait résulter cette religion samaritaine qui fut un cauchemar pour les Juifs de Juda, surtout après le retour de la captivité. Dhorme, loc. cit., p. 373-375.
Du lits et successeur de Sargon, Scnnachérib (705- 681), de nombreux documents cunéiformes nous ont conservé le souvenir des campagnes qu'il entreprit. On y rencontre maints points de contact avec les récits bibliques des démêlés d'Ézécbias avec le monarque assyrien. IV Reg.. xviii-xix et les récits parallèles d'Isaïe, xxxvi-xxxvii et du IIe Livre des Paralipomènes, XXXII. Si la concordance des relations trans-
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mises par les uns et les autres est sur tel ou tel point matière à discussion, leur accord certain dans l'ensemble apporte une nouvelle garantie à l'exactitude historique des Livres des Rois.
Sennachérib, après avoir assuré la tranquillité de l'Assyrie, ébranlée par la mort violente de Sargon, ne devait pas tarder à reprendre comme ses devanciers le chemin de l'Occident. Les grands royaumes syriens de Hamath et de Damas, le royaume d'Israël ne comptaient plus ou n'existaient plus; Juda avait survécu, mais, sans tenir compte de l'exemple des deux voisins du Nord non plus que des avertissements des prophètes, on y était toujours prêt à tenter une révolte pour s'affranchir du joug pesant de l'Assyrien; à cet effet on comptait bien sur le concours de l'Egypte qui n'avait pas renoncé à son antique suprématie sur les pays de Canaan et d'Amourrou. A son instigation la rébellion éclate dans les peuplades côtières de la Palestine, de la Phénicie au pays des Philistins et jusqu'en Juda. Sennachérib entre alors en campagne, défait les insurgés à Altakou, l'Elthécé biblique (Jos., xix, 44; xxi, 23), et prenant le chemin de Jérusalem par la route de l'Ouest, — Isaïe, x, 28-32, imagine un itinéraire du Nord au Sud pour symboliser la rapidité de l'invasion — vient mettre le siège devant la capitale d'Ézéchias, ayant tout pillé et ravagé sur son passage. Les préparatifs de défense organisés par le roi de Juda prévinrent la chute de la ville qui fut néanmoins obligée de payer le tribut. Dans une inscription Sennachérib célèbre sa victoire : « Quant à Ézéchias le Judéen qui ne s'était pas soumis à mon joug j'assiégeai et je pris quarante-six de ses villes fortes entourées de murs, et des villes sans nombre de moindre importance, situées dans leurs alentours, grâce au pilonnement des béliers, au choc des engins de siège, aux assauts d'infanterie, aux raines, aux brèches et démolitions. J'en fis sortir 200 150 personnes, grands et petits, hommes et femmes, des chevaux, des mulets, des ânes, des chameaux, du gros et du petit bétail sans nombre, que je comptai comme butin. Lui-même, je l'enfermai dans Jérusalem (Ur-sa-li-im-mu) sa capitale, comme un oiseau en cage. J'établis contre lui des circonvallations, et quiconque sortait par la porte de sa ville, malheur à lui! Ses villes que j'avais pillées, je les retranchai de son pays pour les donner à Milinti, roi d'Asdod, à Padî, roi d'Accaron, et à Silli-Bel, roi de Gaza; j'amoindris ainsi son pays. Au tribut que précédemment donnait leur pays, j'ajoutai et j'imposai des dons et des présents pour ma Majesté. Quant à Ézéchias (Ha-za-qi-a-u), la redoutable splendeur de ma Majesté l'abattit! les Arabes (Ur-bi) et ses meilleurs (?) soldats, qu'il avait fait entrer à Jérusalem sa capitale, pour la rendre plus forte firent défection. Avec trente talents d'or, huit cents talents d'argent, des pierres précieuses, des collyres... des lits en ivoire, des fauteuils en ivoire, de la peau d'éléphant, des dents d'éléphant, de l'ébène, du buis, divers objets, un lourd trésor, et ses filles, les dames de son palais, les chanteurs, les chanteuses, je les emmenai derrière moi à Ninive, ma capitale; et il envoya ses messagers pour donner le tribut et faire acte de soumission. » Prisme de Taylor, m, 11-41; traduction dans l'article cité de Plessis, col. 790-791.
Le récit biblique, IV Reg., xvm, 13-xix, 36 et passages parallèles, se rapporte-t-il, ainsi que le pensent nombre d'assyriologues et d'exégètes, à la campagne de Sennachérib, racontée par le Prisme de Taylor, ou ne relaterait-il pas plutôt deux campagnes distinctes du même roi assyrien, séparées par un intervalle d'une dizaine d'années, 701 et 691, selon que l'admettent, à la suite de Stade et de Winckler, Dhorme, loc. cit., p. 511-518; Plessis, art. cité, col. 79Ï-793; Vandervorst, Israël et l'Ancien Orient, 1915, p. 87-95? A la deuxième de ces campagnes appartiennent l'intervention d' Isaïe
et la catastrophe de l'armée assyrienne, xvm, 17-xix, 36; seuls les premiers versets du récit, xvm, 13-16, auraient trait à la première campagne et correspondraient à l'inscription assyrienne, avec laquelle ils concordent de point en point. « On commence par dire que Sennachérib a pris les villes fortes de Juda; ce sont les quarante-six villes fortes du récit assyrien. Jérusalem n'est pas prise, mais le roi accepte de payer le tribut au vainqueur. Ce tribut comprend trente talents d'or et trois cents talents d'argent dans le récit biblique, trente d'or et huit cents d'argent dans le récit assyrien. La différence entre l'évaluation des talents d'argent peut provenir de la divergence qui existait entre le système pondéral babylonien et celui des Hébreux. En tout cas la narration de IV Reg., xvm, 13-16 donne un résumé de la campagne, tandis que les cylindres de Sennachérib détaillent les faits par le menu. » Dhorme, loc. cit., p. 511-512. Une autre difficulté entre les deux relations vient de l'omission dans le document assyrien pourtant plus détaillé, du nom de Lachis, ville où les envoyés d'Ézéchias vinrent trouver Sennachérib, omission d'autant plus surprenante qu'une série de basreliefs, actuellement au British Muséum, représentent le siège, l'assaut et la prise de cette ville avec cette inscription : « Sennachérib, roi du monde, roi d'Assyrie, s'assit sur un fauteuil et le butin de Lachis passa devant lui. » Layard, Monum. of Niniveh, t. n, pi. xxixxiii. Ne serait-ce pas que cet épisode de l'ambassade à Lachis appartient à la seconde campagne, et que le mot Lachis de IV Reg., xvn, 1 I ne serait qu'une glose insérée à cet endroit sous l'influence du récit de la seconde campagne qui commence au f. 17? Un fragment d'inscription, signalé par le P. Scheil, dans Orientalische Lileraturzeitung, 1901, col. 69 sq., permet de situer cette seconde campagne. Il s'agit dans ce fragment d'une expédition assyrienne vers le Sud-Ouest, en Arabie, en 691-690; à son retour, Sennachérib remontant jusqu'à Lachis, y installe son camp et envoie ses messagers à Ézéchias. C'est au retour également de cette expédition que l'armée assyrienne, d'après une tradition égyptienne rapportée par Hérodote, Ilist., 1. II, c. cxi.i, aurait été contrainte à la fuite par une invasion de rats, rongeant les carquois, les cordes des ares et les poignées des boucliers. « Si l'on songe, observe Dhorme, aux ex-voto que les Philistins envoyèrent avec l'arche en souvenir de leur peste bubonneuse, on reconnaîtra dans ces rats les colporteurs de l'épidémie qui envahit le camp de Sennachérib et à laquelle fait allusion le récit biblique (IV Reg., xix, 35). Les privations de l'armée durant son passage en Arabie, les eaux malsaines dont elle avait dû se contenter, autant de causes qui facilitaient la contagion. » L'événement prédit par Isaïe n'en est pas moins surnaturel et l'expression «l'Ange de Jahvé «est habituelle pour signifier des causes secondes qui suttout miraculeusement amènent un désastre.
Pour l'hypothèse de l'unité de campagne dans le récit biblique et la discussion des arguments apportés de part et d'autre, voir : Maspéro, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, t. m, p. 286-295; Van Hoonacker, L'invasion de la Judée par Sennachérib en 701 avant Jésus-Christ et les récils bibliques, dans Mélanges d'histoire offerts à Charles Moeller, t. i, 1914, p. 1-10; Tobac, Les prophètes d'Israël, t. n, 1912. p. 126-
Sur la mort tragique de Sennachérib, assassiné par Adramélech et Sarasar, ses fils, les documents cunéiformes confirment et précisent ce que dit IV Reg., xix, 37. D'après ce passage, Sennachérib fut frappé avec l'épée par Adramélech et Sarasar tandis qu'il était prosterné dans la maison de Nesroch son dieu. Cette indication venant immédiatement après la mention du séjour de Sennachérib à Ninive, y. 36, on pensait que
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le meurtre avait été perpétré dans cette ville, mais un texte des Annales d'Assurbanipal (Cylindre de. Rassam, iv, 70 sq.) indique pour le lieu du crime Babylonc et probablement l'entrée du temple, qui doit être celui de Mardouk, devenu dans la Bible, Nesroch (cf. l'écriture hébraïque des deux noms "]"T*10 et "]"1ÛJ). D'après l'opinion du P. Condamin, longuement exposée dans Recherches de science relig., 1918, p. 18-24, le m:urtre de Sennachérib aurait eu lieu à Ninive. 1 'n nouveau texte cunéiforme publié en 1920 confirmerait, d'après l'interprétation d'Ungnad, cette opinion. Cf. Zeitschr. fiir Assyriologie, t. xxxv, p. 50-51. Quant aux noms euxmêmes des meurtriers, des cinq fils de Sennachérib un seul pourrait être rapproché de celui d'Adramélech. Les prismes d'Asarhaddon et d'Assurbanipal, trouvés à Ninive en 1927-1928, et récemment publiés par Thomson : The Prisms of Esarhaddon and of Ashu.rbcm.ipai jound ai Nineveh 1927-1928, 1931, racontent longuement les événements qui amenèrent Asarhaddon à recueillir la succession de Sennachérib; on n'y trouve pas la moindre allusion à la fin tragique de ce dernier, assassiné par ses fils, d'où le soupçon déjà précédemment formulé qu' Asarhaddon lui-même pourrait bien être le parricide. Cf. Revue biblique, 1932, p. 469-470.
Parmi les nombreux rois tributaires d'Asarhaddon (680-069), figure Manassé, roi de Juda. Prisme B. III Rawlinson, 15-16. Il est encore sur une liste des tributaires d'Assurbanipal (668 625). A la mort de ce roi qui avait porté à son apogée la puissance et la civilisation assyriennes, la décadence de l'empire fut extrêmement rapide, Ninive succombant en 612 sous les coups des Babyloniens, des Mèdcs et des Perses coalisés. Les pays bibliques, assujettis jadis à l'Egypte puis à l'Assyrie, ne vont pas pour autant jouir de l'indépendance. La suprématie de Babylone ne tardera pas à prendre la place de celle de Ninive, et Nabuchodonosor (605-562) portera le dernier coup au royaume de Juda en prenant Jérusalem et en emmenant captifs ses habitants, ainsi que l'avaient prédit les oracles vainement répétés du prophète Jérémie. Sur un événement de cette importance les documents babyloniens n'ont jusqu'alors apporté aucune confirmation ou précision.
3. Palestiniens. — Parallèle au récit biblique des démêlés des rois d'Israël et de Juda avec Mésa, le roi de Moab, IV Reg., m, 4-27, une inscription de Mésa lui-même, découverte en 18">8, à Diban (Dibon), 20 kilomètres environ à l'est de la mer Morte, décrit le règne de ce roi et particulièrement sa lutte contre Israël. « J'ai fait, dit Mésa, ce sanctuaire a Camos de Qorkha en signe de salut, car il m'a sauvé de toutes mes chutes et il m'a fait triompher de tons mes ennemis. Amri, roi d'Israël, fut l'oppresseur de Moab durant de longs jours, car Camos était irrité contre son pays. Et son fils lui succéda et il dit lui aussi, j'opprimerai Moab. C'est de mon temps qu'il parla ainsi et j'ai triomphé de lui el de sa maison et Israël a péri pour toujours... » A en croire l'inscription moabite, Mésa n'aurait connu que des victoires sur Israël, mais ce qu'elle laisse entendre discrètement par ces mots du roi d'Israël : « J'opprimerai Moab . fait précisément l'objet du récit biblique de la campagne de Joram et de ses alliés les rois de Juda et d'Édom. De même ce que dit encore l'inscription de la reconstruction des villes de Beth Bamoth et de Beçer qui étaient en ruines ainsi que de la mise en état de défense de Qorkha, Qir Charoseth de la Bible, IV Reg., m, .25, laisse supposer une campagne parfois malheureuse. Une telle discrétion n'est pas étrangère au récil biblique lui-même, qui termine une campagne victorieuse par la simple ment Ion <\n retour dans le pays des rois coalisés : i Prenant alors son lits premier-né, Mésa l'offrit en holocauste sur la muraille. Et une grande Indignation s'empara d'Israël el ils s'éloignèrent du roi de Moab el ils retournèrent dans leur pays... o
IV Reg., m, 27. Que se passa-t-il exactement? « Le point demeure obscur. Peut-être les Moabites combattirent-ils dès lors avec l'énergie du désespoir, peutêtre les Israélites redoutèrent-ils l'efficacité de l'horrible sacrifice; élevés depuis le règne d'Achab dans des idées à moitié païennes, ils ont pu craindre, non point que Chamos se mît en colère contre eux, mais que Jéhovah, auquel ils ne pouvaient offrir de victimes humai les, se trouvât dans cet état d'infériorité que les anciens coloraient publiquement en disant que leur dieu était en colère. Si l'on admet que le roi de Juda était Ochozias, le plus simple est de supposer que dès lors les Syriens étaient en campagne. Les deux rois, Joram et Ochozias, furent vaincus dans la première année du règne d'Ochozias à Ramoth Galaad et peu après tous deux périssaient de la main de Jéhu. Le triomphe de .Mésa était complet et il a pu croire, au moment où sombrait la dynastie d'Amri et où Jéhu reconnaissait la suzeraineté du roi d'Assyrie, qu'Israël était perdu, perdu pour toujours. » Lagrange, art. Mésa, dais le Dictionnaire de la Bible, t. iv, col. 1020; traduction et reproduction de la stèle dans l'article, col. 1014-1021.
Plus récemment ont été exhumés du sol de la Palestine maints vestiges dupasse, dont quelques-uns ne sont pas sans intérêt pour l'histoire des Livres des Rois. C'est ainsi que les fouilles de Tell-Djezer, à l'emplacement du Gézer biblique, ont mis à jour, entre autres précieuses découvertes, des traces de la reconstruction de la ville par Salomon. Gézer, en elfet, après avoir été incendiée par le pharaon, puis donnée en dot à Salomon, avait été reconstruite par ce roi. III Reg., ix, 15-17. Si les fouilles n'ont pas révélé une destruction radicale de Gézer, elles ont permis de relever la trace de vastes foyers d'incendie, ainsi que des vestiges de tours carrées et d'une partie du mur d'enceinte qui pourraient bien remonter à l'œuvre de restauration entreprise par le monarque israélite. Cf. Macalister, The excavation of Gezer, 1902-1905 and 1907-1909, t. i, p. 255.
Mageddo ou Megiddo fut également une des cités pour les travaux desquelles Salomon leva des hommes de corvée. III Reg., ix, 15. Or les fouilles, entreprises sur son emplacement par une mission américaine en 1928-1929, ont mis à jour des restes de bâtiments à usagj d'écuries, cornai; le prouvent les détails d'une installation remarquable par son ampleur et l'ingéniosité de sa disposition. « Chacune des salles a son passage central pavé d'un dallage de lin calcaire bien conservé en certains endroits. De part et d'autre se développe parallèlement laplace réservée aux chevaux, recouverte de pierres brutes, destinées à prévenir le glissement des sabots et bordée de piliers vaguement carrés entre lesquels se trouvaient les nnugeoires en pierre. Ces piliers servaient en partie a supporter une toiture plate, en partie à séparer les chevaux l'un de l'autre et a les attacher, comme on peut en juger par les trous visibles à travers l'angle des montants et où passait le licou. L'ensemble de la construction mesure 55 mètres de long sur 22 m. 50 de large et pouvait abriter 120 chevaux. Une telle découverte, si intéressante en soi, présente de plus l'avantage de fournir la clef pour l'interprétation de monuments similaires, exhumés ailleurs comme à Tell el-IIezy, Gézer, Ta'annach, et dont la véritable signification avait échappé jusqu'ici. M. Guy (directeur des fouilles) la met en relation avec le maquignonnage auquel se livra Salomon d'après III Reg., x, 26 29. Revue biblique, 1932. p. 152. Un ouvrage hydraulique comprenant puits, tunnel, réservoir, de l'époque cananéenne, niais modifié partiellement au temps de Salomon, a été également découvert à Mageddo. Cf. Guy, New lighi from Armageddon (The Oriental Institiile <>/ the Uni vers ity oj Chicago, n. 9), 1931. A Jéricho, détruite par les armi es de Josué, a une date