‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 459 sur 470 · ROSAIRE · texte numérisé non relu

ROSAIRE

présidence d'un professeur de sténographie nommé I Wigard. Quinze communautés y étaient représentées. La sainte Écriture y fut proclamée l'unique norme de la foi chrétienne, son interprétation étant abandonnée à un chacun. Le « concile » réprouva le magistère ecclésiastique, la primauté du pape, la confession auriculaire, les indulgences, le célibat ecclésiastique, l'invocation des saints, le culte des images et des reliques, les pèlerinages et les jeûnes. Pour ce qui concerne les sacrements, le « concile » n'en admit que deux : le baptême et l'eucharistie, laquelle devait être administrée sous les deux espèces. Une liturgie en langue allemande, dans laquelle le canon était supprimé, devait remplacer la messe.

Pour les dogmes trinitaire et christologique, Czerski, l'associé de Ronge, aurait voulu s'en tenir au symbole de Nicée-Constantinople; mais le « concile » décida de le remplacer par la profession de foi suivante : « Je crois en Dieu le Père, qui a créé le monde par sa parole toute puissante et qui le gouverne par sa sagesse, sa justice et sa bonté. Je crois en Jésus-Christ notre Sauveur. Je crois au Saint-Esprit, à une sainte Église chrétienne et universelle, à la rémission des péchés, à la vie éternelle. » En promulguant cette profession de foi, le « concile » précisa qu'il n'entendait pas la rendre obligatoire comme norme de la foi. Enfin il fut décidé que les prêtres seraient élus par les fidèles, que le « concile général » se réunirait tous les cinq ans, et que la nouvelle confession s'appellerait « Église catholique allemande » (Deulschkallwlische Kirche) dans les pays de langue allemande et « Église catholique chrétienne » (Christkatholische Kirche) dans les pays slaves et anglo-saxons.

Après la clôture du « concile », Ronge entreprit une tournée de propagande. A Rerlin, il fut reçu par le prince Guillaume de Prusse, le futur empereur, et par le ministre des cultes. Mais il n'obtint pas la tenue des registres de l'état-civil pour les prédicants de sa secte. L'Autriche, la Bavière et la Hesse électorale s'opposèrent à la propagande de Ronge mais, dans les autres États allemands, elle réalisa des succès assez considérables, du fait que les protestants, dans leur ensemble, et ce qui restait de tenants de YAufklàrung parmi les catholiques épaulèrent Ronge, qu'ils estimaient capable de contrecarrer la restauration catholique alors à son plein essor en Allemagne. C'est ainsi qu'au deuxième « concile général » de la secte, qui se tint à Berlin du 25 au 29 mai 1847, 259 communautés catholiques allemandes étaient représentées et le nombre total des adhérents paraît alors avoir atteint le chiffre de soixante à quatre-vingt mille, disséminés, dans la basse et la moyenne Allemagne et parmi les Allemands des États-Unis d'Amérique.

La révolution de 1848 fit disparaître les entraves que divers gouvernements allemands avaient mises jusqu'alors à la propagande catholique allemande. Mais l'étoile de Ronge était déjà à son déclin. Son radicalisme théologique, qui l'éloignait toujours plus du christianisme positif, lui avait déjà aliéné ceux de ses adhérents qui voulaient rester fidèles au dogme chrétien. Son radicalisme politique éloigna de lui, en 1848, les protestants conservateurs. Sous le coup de poursuites judiciaires du fait de ses menées politiques, Ronge se réfugia en Angleterre en 1849. La secte qu'il avait fondée fusionna en 1 850 avec un groupement protestant de gauche qui s'intitulait « Libres communautés protestantes » (Frei protestantische Gemeinden).

De retour en Allemagne en 1861, Ronge fondai' «Association de réforme religieuse » (Religiôser Rejormverein) dans le but de combattre le « cléricalisme » (Pfafjenlum). Il s'occupa aussi de la création de jardins d'enfants en Autriche et en Hongrie et mourut en libre penseur le 26 octobre 1887. Il fut enterré à Bres-

DICT. DE THÉOL. CATIIOL

lau au cimetière de la « communauté religieuse libre », laquelle est une association à tendances nettement athées.

La tentative de Ronge est à considérer comme un dernier retour offensif de Y Aufklârung contre la restauration catholique en Allemagne. Sur YAufklàrung, voir Semi-rationalisme. Une notable partie de ses adhérents se recruta parmi les protestants. Les catholiques qui le suivirent étaient pour la plupart de ceux qui ne croyaient pas pouvoir approuver l'attitude de l'Église catholique envers les mariages mixtes. Le mouvement déclenché par Ronge n'eut aucun succès notable dans les pays entièrement catholiques, tels que l'Autriche, la Bavière, les Pays rhénans et la Westphalie. Aucun catholique notable ne suivit Ronge : le vieux Wessenberg, le patriarche de YAufklàrung catholique, lui déclara vouloir demeurer fidèle à l'Église catholique; les disciples de Gùnther, entre autres le professeur de Breslau, Baltzer, le combattirent aussi vigoureusement qu'avaient fait les tenants de l'école de Tubingue ou les rédacteurs du Katholik et des H istorisch-politische Blàtter.

Lexikon fur Théologie und Kirche de Buchberger, art. Ronge, t. vin, p. 981-982; art. Deutschkalholicismus, t. m, p. 237-238; Kirchenlexikon, 2 edit., art. Deutschkalholicismus, t. ni, p. 1603 sq.; H.-J. Cristiani, Ronges Werdeganç, 1923; E. Baucr, Geschichte der Grunduny und Forlbildung der deulsrhkatholischen Kirche, Meissen, 1815; J. Giintlier, Bibliothek der Bekenntnisscliri/len der deulsrhkatholischen Kirche, Iéna, 1815; F. Kampe, Das Wesen des Deutschkalholicismus, Tubinpue, 1850. Pour la polémique catholique contre Ronge, voir les années 18+4 et suivantes du Katholik et des HistoriscL-politische Bldlter.

G. Fritz.

ROSA IRE. — Le mot rosaire désigne maintenant une dévotion de l'Église catholique recommandée par les souverains pontifes, enrichie d'indulgences et munie de toute une réglementation qui assure la fixité des formules de prières groupées sous ce nom. Primitivement il n'en était pas ainsi. Avant de se fixer, au xve siècle et au xvie siècle, sous sa forme actuelle, le rosaire apparaissait, au Moyen Age, lié à l'ensemble des dévotions mariâtes populaires. C'est dans ces antécédents médiévaux qu'il faut chercher l'explication de son symbolisme, son esprit mystique et, le mot n'est pas trop fort, sa théologie.

I. Le symbolisme fleuri de la piété mariale. IL Saluts, miracles, mystères, mariologie populaire. III. Évolution historique du rosaire. IV. Les joies et les douleurs : rosaires et chemins de la croix. V. Gais chevaliers, gai savoir, confréries.

I. Le symbolisme fleuri de la piété mariale. — L'idée que la maternité de la Vierge et les scènes communes de sa vie et de la vie de Jésus sont des joies dépassant toutes les joies est une idée tout à fait traditionnelle dans l'Église. Au v« siècle, le poète Sédulius écrivait : Gaudia matris liabens cum virginitaiis honore, Nec primam similem visa est nec habere sequenlem. Carmen paschale, il, 67-68. Le Moyen Age devait travailler sur ces données traditionnelles. Mais, de même que l'antiquité basait sur la notion de joie, de bonne nouvelle de l'Évangile la piété mariale, qui devait prendre une si grande extension dans les siècles suivants, elle fournissait aussi pour ce développement de la piété mariale tout un symbolisme joyeux, poétique et séduisant. De tous temps, les fleurs ont été utilisées par les poètes pour des langages symboliques plus ou moins compliqués. Or, le plus simple de ces langages, appliqué à la plus classique des fleurs, la rose, consiste à faire de la rose le symbole de la joie, de tout ce qui est agréable. Dans le livre gréco-juif de la Sagesse, n, 8, les libertins s'écrient : Coronemus nos rosis antequam marcescent... Se couronner le front de roses (on dira au Moyen Age d'un chapel, d'un chapelet de roses), est

ROSAIRE. FORMK PRIMITIVK

un signe de joie, joie prise aux choses de ce monde, ou bien joie mystique prise au culte de Marie, comme dans un échange de charité théologale opéré avec la Vierge.

Guillaume de Lorris, au Roman de la rose, adopte pour la joie des choses de ce monde non seulement le symbolisme de la rose, mais celui du chapelet. Il décrit, au jardin d'Oiseuse, la danse du Plaisir couronné de roses avec Liesse, son amie, semblable à la rose nouvelle, v. 829 : «Son amie lui fit un chapel - — De roses qui moult lui sont belles — Savez-vous quelle est cet te amie? — C'est Liesse qui ne le hait mie — L'enjouée, la très bien chantant... — Plaisir la tient par le doigt — Pour caracoler lui et elle — Aussi bien convenait-elle

— S'il était beau, elle était belle. — Elle sembloit rose nouvelle. » Le poète ne se dissimule pas que l'amour humain, bien que couronné du chapelet de roses de Liesse, n'a là qu'une couronne éphémère. Des sentiments volages viennent vite abattre ce diadème fleuri, v. 895 : « Il a au chef un chapelet — ■ De roses; mais rossignolets — ■ Qui entour son chef voletoient — Les feuilles toujours abattoient. »

A l'opposé de ces chapelets profanes, la vierge Marie apporte aux hommes une joie que rien ne vient abattre. Vn manuscrit du xve siècle (bibl. de Mayence, n. 570, fol. 89 r°) en détaille ainsi le motif : « Lorsque la belle rose Marie commença de fleurir, l'hiver de nos tribulations disparut et l'été des joies éternelles commença de briller, et avec lui nous fut rendue la verdure du Paradis des délices. » Dès le xnc siècle, maître Sigeher chantait à la Vierge : « O couronne de roses, assemblage de joies, tes louanges donnent des émotions sublimes. » Bartsch, Deutsche Niederdichler des xn. -xiv. Jalirhunderls, p. 212. A cette appellation de chapelet vient déjà se joindre celle de rosaire. La Vierge est dite en effet jardin de roses. Un poème lui fait dire : «On m'appelle justement le jardin de roses. Venez tous à moi : je veux, je puis, je dois vous exaucer. » Haupt et Holïrnann, All-deutsche Bldtler, t. n, p. 300. Or, jardin de roses, en latin médiéval, se dit rosarium, comme le note Du Gange. D'ailleurs le mot rosarium, appliqué à la dévotion consistant à dire des Ave Maria par groupes de cinquante, cent ou cent cinquante, est employé concurremment avec le mot de psautier de Marie des le xme siècle dans le Livre des aes (abeilles), De apibus, du dominicain Thomas de Cantimpré.

Un long poème mariai dominicain de la première moitié du xive siècle, le Rosarius, sur lequel on aura à revenir plusieurs fois au cours du présent article, précise encore ce symbolisme fleuri de la piété mariale, en relation avec une croyance de la pharmacopée médiévale. On utilisait les roses en médecine, particulièrement contre les maux de dents. On croyait même qu'un chapelet de roses raffermit les dents branlantes, Rosarius, ms. 12 483, fonds français de la Bibliothèque nationale, fol. 32 : « Rosier est arbre espineux. — Petit est, mes molt vertueux... — Se cervel est deconforté

— Par rose est réconforté — Pour ce la vertueuse rose ■ — Chascun met en son chief et pose — Met chapiau de rose en ton chief — La douleur oste et le meschief — La dent qui loche et qui se muet — La raferme et à point met. » Voici comment l'auteur du Rosarius effectue l'assimilation de la Vierge à sa rose médicinale : « Marie quant plus est dépriée — Tant plus est la vertu monstrée Maises humeurs se sont pechié — ■ Que tu en loi alechie — Mes Marie les boule hors — ■ Premier del aine et puis du cors — De double maladie cl cure — De cuer, de cors oste l'ordure — ■ Se nous sommes desconforté — Par lui sommes resconforté... — Marie en toute affliction ■ — Nous est moll adjutorium

— Met cestc rose en ton chief — Lie l'oslera tout meschief... »

En signe des roses spirituelles que figurait la vierge Marie, on allait jusqu'à distribuer des roses bénites. La formule de bénédiction fait allusion aux vertus médicinales de la rose. Au xvne siècle, cette bénédiction liturgique des roses a été remise en honneur en Italie, à la suite de miracles obtenus dans les années 1573, 1574 et 1575. Voir Gorce, La bénédiction des roses dans ta liturgie dominicaine, dans Revue du Rosaire, 1926, p. 294 sq.

II. Saluts, miracles, mystères, mariologie populaire. — La joie paradisiaque de la rédemption a été ressentie la première fois par la vierge Marie lorsque l'archange Gabriel est venu lui dire : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce...» Or, c'est cette joie que nous ressentons dans la charité chrétienne et Marie nous y est toujours intermédiaire. D'où le sentiment affectueux qui, en esprit de charité, veut remercier Marie. Le Moyen Age a imaginé de lui redire, en prenant la place de l'archange Gabriel : « Je vous salue Marie pleine de grâce... » C'est le sens de toute la piété médiévale des saluts Notre-Dame. On avait la croyance qu'à chaque « Je vous salue... », la Vierge ressentait comme un nouvel écho de la joie de l'Annonciation. C'est ce que, dans un de ses miracles, Gautier de Coinci (début du xme siècle), fait dire à la Vierge ellc-mèim, édit. Poquet, col. 484 : « Quar bien sachiez, ma douce suer — Qui me salue bien à trait — Tel bien et tel joie me fait — Et tel douceur du cuer m'en touche — N'e pourroit dire humaine bouche — Suer, cist saluz m'est si très biaux — Que touz jors m'est frès et nouviaus — Qui de bon cuer me le prononce — ■ Autressi grand joie m'anonce — Com fist Gabriel, li archangres — Quant me dis que li Hoys des angres — Si amberroit en mes sainz flans — Fres et nouviaux m'est en touz tans — Quant vient à Dominus Tecum — Tant m'est sades et de douz sum — Qu'il m'est avis qu'en mon saint ventre — Saint Esprit de rechief entre — Au cuer en ai si très grand joie — Qu'il m'est avis qu'enceinte soie

— Si corne je fui quant mon douz Père — Daigna de moi faire sa mère - Si grand leesce au cuer me touche

— Que ne saurait raconter bouche. » Le symbolisme de la rose s'adaptait parfaitement à cette pratique du salul Notre-Dame. En effet la Vierge y était comparée tantôt à la rose de Jéricho, petite fleur fanée qui s'épanouit à nouveau dans l'eau ou tantôt simplement à la rose nouvelle : « Tu es la rose nouvelle — Doncques feuille ne perdis — Et en tous tems reverdis — Quant tu ois la nouvelle. » Rosarius, fol. 59.

Dans ces saluts Notre-Dame, ce qui importe le plus, c'est le développement de la charité et non pas la lettre de Y Ave Maria. La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne. L'essentiel est de saluer la Vierge avec son cœur; et la génuflexion que l'on prêtait à l'ange Gabriel dans la scène de l'Annonciation paraît même plus utile que la reproduction pure et simple dises paroles. Le Salve Rrgina vint même concurrencer la Salutation angélique. L'essentiel est de saluer la Vierge « De saluer Marie doncq — Ne jour ne nuit ne finons oneques — Soit par Salve soit par Ave — qu'ele nous garde tous a ve — ■ qui senifie en l'escripture ■ — Dampnacion i painne dure. » Rosarius, fol. 2. Réciter est bien, chanter est mieux, ou un Ave, ou un Ave «farci», c'est-à-dire glosé, ou une strophe, un refrain, une chanson : « Et si plait si bien à Marie — Quant nous disons Y Ave Marie — Je croit qu'encore miex li plairoil Qui de cuer fin li chanleroit — Ou ce ou une chançonnet le — Mais qu'elle fut honorable e nete — Ou du hl de quoi elle fut mère — C'est de l'Agneau le debon nère... » l'n cistercien qui proposait, par contre, un chapelet, crinalc ou sertum, de Heurs de roses mystiques, roste spiritales, pour saluer Notre-Dame, cinquante strophes de sa poésie, donne chacune des strophes comme équivalente à un Ave Maria: Lrinalc brute

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