‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 70 sur 470 · F. BONNARD · texte numérisé non relu

F. BONNARD

RABAN MAUR, célèbre polygraphe du ixe siècle. I. Vie. II. Action. III. Œuvres.

I. Vie. — La vie de Raban Maur fut écrite, peu de temps après sa mort, par Rudolfe, son disciple; mais elle est si incomplète que Trithème, soit qu'il l'ignorât, soit qu'il ne la considérât point comme une véritable biographie, se tient, en 1515, comme son premier biographe. Le texte de Rudolfe et celui de Trithème se lisent dans P. L., t. cvn, col. 39-106.

Raban, ou Hraban, ou Rhaban, surnommé Maur par Alcuin, naquit à Mayence, vers 776, si l'on adopte la date proposée par Mabillon, P. L., t. cvn, col. 12; vers 784, d'après Diïmmler, dans Mon. Germ. hist., Epislolœ, t. v, p. 379. Dès son enfance, il fut confié à l'abbaye de Fulda, d'où on l'envoya à Tours, pour y étudier sous la direction d'Alcuin. Alcuin mourut en 804; un billet de lui, adressé à Maur, « benoît enfant de saint Renoît », nous indique que le disciple était rentré à Fulda, avant la mort du maître, et que, déjà, il y enseignait. Valeas féliciter cam pueris tuis. P. L., t. c, col. 399.

En 814, il est ordonné prêtre. Écolàtre de Fulda, il eut à souffrir de la part de son abbé, Ratgar, qui, « saisi d'une véritable passion pour les bâtiments, supprima l'école, et obligea, parfois même par des sévices, tous ses moines à travailler à ses nombreuses constructions ». Hefele-Leclercq, Hist. des conciles, t. iv, p. 131. Raban vit ses notes et ses cahiers confisqués; il s'en plaignit en vers latins, mais n'obtint pas gain de cause. Carminu Rabani, P. L., t. cxn, col. 1600. Martène et Mabillon pensent que, durant cette crise, Raban quitta l'abbaye pour voyager; un texte du Commentaire de Raban sur Josué semble faire allusion à un pèlerinage en Terre sainte : Ego quidem, cum in locis Sidonis aliquoties demoratus sim... P. L., t. cvm, col. 1000 et 1053. Finalement, les moines obtinrent que leur abbé fût déposé, et ils élirent à sa place Eigil, qui rétablit la paix. Raban Maur reprit tranquillement ses travaux. Eigil mourut en 822, et Raban fut élu pour lui succéder. Pendant les vingt ans qu'il resta à la tête de l'abbaye, ce fut pour celle-ci une période très brillante de rayonnement intellectuel. En 842, il donna sa démission; les causes de cette démission sont assez difficiles à élucider, vraisemblablement, les difficultés politiques y furent pour beaucoup : Raban Maur avait toujours entretenu de bons rapports avec Louis le Débonnaire; à la mort de celui-ci, fidèle à l'idée impériale, sa sympathie le portait plutôt vers Lothaire, ce qui lui valut, semble-t-il, la disgrâce momentanée de Louis le Germanique. Cl. Kleinclausz, L'Empire carolingien, p. 334 et 372; Dùmmler, Mon. Germ. hist., Poelse, t. ii, p. 155. Son ami, Hatton, qui avait été avec lui élève d'Alcuin, lui succéda, et Raban mena une vie de prière et d'étude dans une solitude relative au Petersberg, non loin de Fulda.

C'est là qu'on vint le chercher, en 847, pour le faire archevêque de Mayence. Les difficultés qui avaient provoqué sa démission étaient apaisées, et l'abbé Hatton put écrire au pape Léon IV, que cette éléva-

tion s'était faite « par le choix des princes francs, et l'élection du clergé et du peuple. » Son épiscopat fut marqué par trois synodes importants, tenus à Mayence, sur lesquels nous aurons à revenir. Hefele-Leclercq, op. cit. p. 131, 137, 190. Il mourut le 4 février 856. Son nom se trouve dans plusieurs martyrologes. Les Rollandistes, au t. ier de février, lui consacrent une longue étude, et donnent ensuite les deux Vies par Rudolfe et par Trithème, signalées ci-dessus.

II. Action. — Les Allemands ont qualifié Raban Maur, de Preeceptor Germanise. L'expression est heureuse; Raban Maur est bien, en effet, « le fondateur des études théologiques en Allemagne ». Dom Ursmer Berlière, L'ordre monastique des origines au XIIe siècle, p. 119. Moine, abbé, archevêque, parmi la multiplicité des affaires, tant religieuses que séculières, auxquelles il fut mêlé, on peut discerner dans sa vie, ce qui en fait l'unité, l'idée directrice, autour de laquelle s'ordonne tout le reste : « Raban est avant tout pédagogue; ce qui lui importe, c'est de transplanter sur le sol de la Germanie l'amour des lettres, et aussi la culture théologique qu'il a hérités d'Alcuin ». Cependant, abbé d'une des plus grandes abbayes de la chrétienté, puis archevêque, il ne pouvait se désintéresser des difficultés politiques qui troublaient alors l'empire d'Occident; d'autre part, il eut à continuer activement l'évangélisation de son diocèse ; et, placé aux frontières de la chrétienté, le problème missionnaire se posa pour lui.

1° Action politique. — Raban Maur ne chercha jamais à jouer un rôle politique. Sincèrement attaché à l'idée impériale, il laissa à d'autres le soin d'en développer la théorie. Il est en relations suivies avec Louis le Débonnaire et l'impératrice Judith, puis avec Lothaire et Louis le Germanique; il correspond avec eux, leur dédie ses ouvrages; ses lettres et dédicaces montrent son loyalisme, elles révèlent aussi la pensée qui le domine : l'aspect moral des choses; les combinaisons politiques, la solution pratique des questions litigieuses ne sont pas de son ressort.

Le préambule de son étrange Liber de Cruce nous présente, au seuil même du poème, «l'image de César ■>, l'empereur Louis, en majesté : le souverain est debout, le front couronné et entouré d'un nimbe, il appuie la main gauche sur son bouclier, et de la droite, il tient une longue croix; dans le nimbe est inscrite cette invocation : Tu Hludovicum Criste corona. C'est là, une figuration naïve de l'idée impériale. P. L., t. cvn, col. 141. En 834, à la suite de la déposition de Louis, il lui envoie une lettre de consolation, que l'on trouve parfois marquée sous ce titre : De reverenlia filiorum erga patres, Diïmmler, Mon. Germ. hist., Epist., t. v, p. 403. Raban explique, à l'aide de citations scripturaires, que la dignité royale devrait inspirer aux enfants plus de respect encore qu'on n'en doit aux parents ordinaires, mais la cupidité des biens terrestres produit l'orgueil et la sédition ; il conclut en exhortant Louis au pardon, car, peut-être, s'est-il montré lui-même .trop dur à l'égard de ses fils.

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Dans I'épitre dédicatoire des livres d'Esthcr et de Judith, à l'impératrice Judith, il lui donne discrètement des conseils de sagesse et de prudence, plutôt que de force : « Ces deux femmes, écrit-il, à cause de leur vertu insigne, sont des modèles pour les hommes comme pour les femmes; leurs ennemis spirituels, elles les ont vaincus par leur énergie, mais leurs ennemis temporels, elles les ont vaincus par la solidité de leur jugement. Ainsi donc votre louable sagesse, qui déjà a remporté sur ses ennemis une victoire non petite, dominera heureusement tous ses adversaires, pourvu qu'elle continue l'œuvre commencée, et s'efforce toujours de se rendre elle-même meilleure ». P. L., t. cix, col. 540. Au c. xv du Pénitenliel adressé à Otgar, il ne craint pas, au lendemain de la bataille de Fontanet, de qualifier d'homicides les meurtres commis « pendant les derniers troubles et révoltes de nos princes ». « Ceux, dit-il, qui pour plaire à leurs maîtres temporels ont méprisé le Maître éternel, ... ont commis un homicide, non pas accidentel, mais bien volontaire. » P. L., t. cxn, col. 1411, 1412.

De Lothaire, il fut particulièrement l'ami; mais avec ce prince qui eut quelquefois des allures de moine et de théologien, les échanges de lettres ont pour objet, non la politique, mais la sainte Écriture. Une fois, cependant, à propos de ce texte de l'Épître aux Hébreux : Obedite preepositis vestri.s... Ipsi enim pervigilanl, quasi ralionem pro animabus vestris reddituri (xin... 17), il remarque que ce texte expose les devoirs des sujets et les devoirs des princes : les sujets doivent être obéissants pour faciliter la tâche difficile des princes; ceux-ci doivent être vigilants et conscients de leurs responsabilités; mais ils ne doivent pas se venger s'ils sont méprisés par leurs sujets : ils doivent prier et gémir devant Dieu, qui se chargera du châtiment. P. L., t. ex, col. 181.

Avec Louis le Germanique, les rapports furent d'abord tendus. Mais la disgrâce ne dura pas : archevêque de Mayence, qui, malgré sa situation sur la rive gauche du Rhin, faisait partie du nouveau royaume de Germanie, Raban eut à collaborer avec le roi d'une manière continue; il lui rend compte par lettre du synode de 847; Louis assiste aux synodes de 848, 852 (ou 851) à Mayence. Raban lui envoie ses ouvrages et les dédicaces nous montrent les préoccupations liturgiques et théologiques du prince qui, à ce point de vue, semble bien rester dans la tradition carolingienne.

Ces quelques exemples suffisent pour délimiter l'action politique de Raban Maur. Préoccupé d'apostolat intellectuel, soucieux de travailler sur les moines et le clergé, et par eux, sur le peuple chrétien, il s'efforce d'intéresser les princes à son action et, par ses instances, il contribue efficacement à la continuation de l'œuvre de Charlemagne. Mais il se cantonne, autant qu'il est possible à l'époque, dans le domaine religieux. De ce point de vue, il ne ressemble guère à son grand contemporain, Hincmar de Reims, dont le curriculum vilœ a tant d'analogie avec le sien.

2° Action apostolique et missionnaire. — L'évangélisation de la Germanie, si puissamment poussée par saint Boniface, était loin d'être achevée. Raban, abbé de Fulda, ne pouvait oublier que son abbaye avait été fondée pour servir de base d'opérations aux missionnaires. A l'époque qui nous intéresse, la partie occidentale de la Germanie était organisée hiérarchiquement, mais au-delà, vers l'est, et surtout vers le nord, un immense territoire restait à conquérir. D'autre part, malgré la hiérarchie régulière, il y avait fort à faire dans la région de Fulda et dans celle même de Mayence, pour maintenir la foi et la vie chrétiennes dans leur intégrité. Haban connut donc ces deux préoccupations : maintien et développement de la

foi dans le pays chrétien et expansion missionnaire.

Son biographe, Rudolfe, nous le montre faisant construire églises et oratoires, et organisant des cérémonies solennelles de translations de reliques pour la prise de possession de ces nouveaux lieux de culte. Raban conservait le souvenir de ces « dédicaces », souvent marquées par des miracles, en des poèmes qu'il faisait graver sur les murs de l'édifice. L'importance qu'il attachait à cette partie de son activité montre qu'il ne s'agit pas seulement d'actes de dévotion, mais de la constitution de paroisses ou de centres religieux, L'état moral des populations laissait beaucoup à désirer, si nous nous en rapportons aux « pénitentiels » de Raban ou aux dispositions prises par les conciles réformateurs qu'il tint à Mayence. Mais la réforme des fidèles ne pouvait être réalisée que par un clergé, lui-même formé, et c'est ce à quoi vise la plus grande partie de l'œuvre écrite de Raban, comme nous le verrons au paragraphe suivant.

Deux de ces conciles eurent à s'occuper d'une question missionnaire assez épineuse : après la destruction de Hambourg par les Danois, en 844, Anschaire, nommé par le pape Grégoire IV archevêque de cette ville, avait repris le siège de Brème, vacant par la mort de Leuderich (24 août 845), et l'on avait uni les deux ressorts de Hambourg et de Brème. Le concile de 847 compléta cette mesure, toute de circonstance, en supprimant le siège de Hambourg, qui avait été fondé en 831 précisément en vue des missions du Nord; aussi les mesures prises durent-elles être révisées l'année suivante : le synode de 848 trouva la solution équitable. Cf. De Moreau, Saint Anschaire, Louvain, 1930, p. 70 sq.

La correspondance de Raban montre l'intérêt qu'il portait à ces problèmes missionnaires. En 832, Gauzbert était parti pour la Suède, soutenu par l'empereur Louis le Débonnaire et par l'archevêque de Reims, Ébon. « De Fulda... Raban Maur écrivit plusieurs fois à l'évèque et à ses compagnons; il les exhortait à persévérer dans leur pénible apostolat, en dépit de la haine des hommes; il leur envoyait divers présents : ainsi un sacramentaire, un lectionnaire, un psautier, les Actes des apôtres, des ornements et vêtements liturgiques, des linges d'autel et des cloches ». De Moreau, op. cit., p. 61; Cf. Mon. Germ. hist., Episl., t. v, p. 522, 523.

Frédéric, évêque d'Utrecht, qui devait mourir martyr en 834, eut recours à l'abbé de Fulda pour procurer à sa bibliothèque des textes scripturaires; Raban lui envoya plusieurs de ses commentaires pour qu'il les fît copier, entre autres un Commentaire sur Josuê; en le lui envoyant, il rappelle le souvenir du « très saint évêque et bienheureux martyr Boniface » parti autrefois de Fulda pour l'évangélisation de ces peuples. P. L., t. cvm, col. 999.

Mais les « évèques missionnaires » n'étaient pas les seuls à qui cette assistance intellectuelle fût nécessaire, lui bien des régions du pays franc, le besoin de livres, traités, manuels se faisait sentir et les sollicitations arrivaient à Baban Maur, comme à un spécialiste apprécié.

3° Action intellectuelle. — La vocation intellectuelle de Raban Maur lui fut révélée, à Tours, par Alcuin. On sait quel fut le rôle de celui-ci dans ce qu'on a appelé la renaissance carolingienne. Il s'agissait de ne laisser tomber dans l'oubli ni les lettres antiques, ni les ouvrages des Pères : l'effort accompli fut animé beaucoup plus par une pensée de conservation que par un esprit de progrès; il est cependant très estimable. Raban ne dissimule pas ce qu'il doit à Alcuin; dans une miniature du Liber de cruce déjà cité, il se fait représenter à genoux devant le pape, lui offrant son livre; derrière lui, son maître Alcuin, à genoux également, lui appuie affectueusement

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la main sur l'épaule et patronne l'œuvre du disciple. Dict. d'hist. et de ge'oyr. eccl., art. Alcuin, col. 32; P. L., t. cvn, col. 137. A Fulda, il se sert des cahiers qu'il a rédigés à Tours : quœcumque docuerunt ore magistri, ne vaga mens perdat, cuncla dedi (oliis, P. L., t. cxn, col. 1600 : il voudra réaliser dans son abbaye ce qu'il a vu à Tours, en faire un centre de culture intellectuelle, à la fois sacrée et profane, capable de rayonner au dehors; nous avons vu quelles difficultés il rencontra d'abord de la part de son abbé Ratgar, mais la mauvaise volonté de celuici ne doit pas faire oublier ce qui avait été accompli à Fulda même par son prédécesseur Baugulfe : la question était posée, une tradition naissait. A l'œuvre commencée, Raban Maur donna une extension considérable. Pour en apprécier toute la portée, il nous faut examiner successivement : le point de départ et les conditions de cette action intellectuelle, son esprit et la méthode suivie, enfin sa valeur réelle.

1 . Point de départ et conditions. — La « renaissance carolingienne » part de très bas, les lettres de saint Boniface nous permettent d'apprécier la triste situation qui se présentait sous Charles Martel et les derniers Mérovingiens. Un certain relèvement commença à se produire sous Pépin le Bref, mais c'est Charlemagne qui, aidé d'Alcuin et de quelques autres, entreprit le gros elïort dont il vit les résultats appréciables. Son but n'était pas de propager la haute culture intellectuelle, il était beaucoup plus modeste : donner au clergé, aux moines, aux dirigeants laïques, un minimum de culture, pu«r qu'ils fussent capables d'instruire les peuples, de les tirer de la barbarie ou les empêcher d'y retomber. On ne doit pas oublier cette situation initiale, si l'on veut comprendre le sens de l'action de Raban Maur. Parmi les lettres circulaires que Charlemagne adressa, en 787, au clergé séculier et régulier, celle qui, précisément, était adressée à Baugulfe, abbé de Fulda, nous a été conservée : elle marque bien ce que se propose Charlemagne, la portée et les limites de son effort ; cf. Léon Maître, Les écoles épiscopales et monastiques en Occident avant les universités, p. 8. Charlemagne revient à la charge en 789, insistant pour que chaque abbaye entretienne une école. En 802, un concile d'Aix-la-Chapelle donne tout un programme d'études ecclésiastiques. A Fulda, les désirs et les ordres de l'empereur ne furent pas lettre morte; c'est vraisemblablement avec la pensée de faire de lui un écolâtre que l'on avait envoyé le jeune Raban à Tours : de fait, après la déposition de l'abbé Ratgar, nous voyons, sous la direction de Raban, écolâtre, puis abbé, l'organisation scolaire de Fulda fonctionner à plein rendement : un corps professoral nombreux distribuait l'instruction aux moines, aux oblats, aux étudiants du dehors; la bibliothèque était importante et s'augmentait progressivement des copies sorties du scriptorium. L. Maître, op. cit., p. 125, 133, 167.

Attirés par la renommée de Fulda, les étudiants vinrent, comme autrefois à Tours. De Raban Maur, Éginhard fait ainsi l'éloge dans une lettre à son fils, alors novice à Fulda : « Applique-toi aux exercices littéraires, et cherche à acquérir, autant que tu le pourras, le savoir de ce professeur dont les leçons sont si claires, si substantielles; mais imite surtout les mœurs pures qui le distinguent, car les arts libéraux sont vains et nuisibles s'ils ne reposent sur une sage conduite. » L. Maître, op. cit., p. 36. Parmi les disciples de Raban qui devinrent célèbres à leur tour, il faut citer : Rudolfe, son biographe, YValafrid Strabon, Loup, abbé de Ferrières, etc. En 830 fut fondée par Fulda l'abbaye d'Hirsauge près de Spire; grâce aux maîtres venus de Fulda, cette abbaye devint à

son tour un centre de rayonnement intellectuel.

Nous pouvons, par les lettres d'envoi ou dédicaces qui précèdent toutes les œuvres de Raban, nous faire une idée de l'importance de son action intellectuelle et de la manière dont elle s'exerce. De divers côtés, il est sollicité d'écrire et de composer ces ouvrages, que nous appellerions aujourd'hui des manuels, fonds obligé d'une bibliothèque ecclésiastique. Fréculfe, évêque de Lisieux, lui dépeint sa détresse intellectuelle : la population de son diocèse, écrit-il, est très ignorante et l'évêché pauvre en livres : il ne possède même pas tous les livres canoniques ; à plus forte raison manque-t-il de commentaires ; il supplie donc Raban de composer pour lui un commentaire sur le Pentateuque; Raban répond que, malgré les occupations multiples que lui donne sa charge d'abbé, il ne peut rien lui refuser et il envoie successivement chacun des cinq livres avec son commentaire; il ne revendique pas la propriété littéraire : Obsecro, ut commissum tibi opus ca mente accipias. qua tibi directum est, et lam tuis quam tuorum utilitalibus ipsum accommodes : nec etiam, si alicui de a/fmibus tuis illud placueril, prœstare ei deneges. P. L., t. evu, col. 441, 442. Il arrive qu'on lui envoie, des parchemins, pour qu'il fasse exécuter les copies à Fulda, mais souvent, il envoie son manuscrit en communication pour que son correspondant en fasse prendre copie. Dans ce dernier cas, il a soin de recommander que l'on veille à l'exécution des copies, ne scriptoris vitium dictatoris dereputetur errori. A Haistulfe, Commentaire sur S. Matthieu, P. L., t. cvn, col. 730. Humbert de Wurzbourg ne manque pas de livres, il donne une longue liste de ceux que possède sa bibliothèque, mais il voudrait, pour l'étude des Livres saints, un abrégé, plus facile à consulter que les grands auteurs, comme Origène, Jérôme, Ambroise, Augustin, etc.. Il envoie donc à Raban des parchemins pour qu'il fasse copier son commentaire sur l'Heptateuque (Pentateuque, plus Josué, plus Juges et Ruth). 11 désire que sa lettre de demande soit placée en tête de l'ouvrage (on sent d'ailleurs que la lettre a été composée pour être publiée, elle est soignée et même un peu pompeuse) ; il envoie en même temps les reliques demandées. Raban répond qu'il n'a sous la main présentement que les Juges et Ruth, c'est un travail récent qui n'a encore été dédié à personne : qu'il veuille donc en accepter la dédicace; il lui enverra copie, plus tard, dès qu'ils seront de retour, des commentaires sur le Pentateuque, composés, non sans travail, à la demande de. Fréculfe; de même le commentaire sur Josué composé pour Frédéric, évêque d'Utrecht, n'est pas encore revenu, il le lui enverra aussi, et très volontiers, tout autre travail qui pourra lui être utile. P. L., t. cvm, col. 1107-1110.

On pourrait dire de Raban Maur qu'il travaille sur commande; cela est vrai de ses ouvrages d'une certaine étendue, tous précédés d'une et parfois de plusieurs dédicaces; mais aussi, et plus encore, peut-être, de ses petits traités, qui se présentent sous forme de réponse à une consultation, la simple liste de ses œuvres nous le montrera.

2. Esprit et méthode. — Saint Benoît prévoit dans sa règle que les moines, en dehors des heures consacrées à l'office divin, s'occuperont au travail manuel et à la lectio divina : on se rappelle la manière dont Ratgar comprenait la chose. Raban Maur, au rebours, considère qu'après l'office divin, l'occupation essentielle des moines est la lectio divina, c'est-à-dire la lecture des Livres saints, et d'une manière plus générale, l'étude des sciences sacrées. Par la lecture intelligente de l'Écriture sainte, les moines nourriront leur piété, s'entretiendront dans la contempla-

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tion. Mais au souci d'édification personnelle s'ajoute inévitablement le souci apostolique : l'ordre bénédictin, alors, embrasse tout l'ordre chrétien, il n'est pas spécialisé : Anschaire est moine et missionnaire; Raban Maur est moine et apôtre intellectuel. D'autre part on ne conçoit pas, ni pour la piété, ni pour l'apostolat, une étude strictement limitée aux sciences sacrées. Ne serait-ce que pour comprendre la sainte Écriture, il faut une certaine initiation intellectuelle d'ordre général que donne l'étude de sciences auxiliaires, telles que la grammaire, l'histoire, etc.; c'est la voie ouverte vers l'humanisme. Les textes nous montrent toutes ces préoccupations chez Raban Maur.

A ses correspondants qui lui demandent des commentaires sur les Livres saints, il a soin de marquer sa satisfaction de leur zèle pieux : à Samuel, évêque de Worms, à qui il envoie un commentaire sur saint Paul, il indique discrètement son impression personnelle : (Scripturarum divinarum) lectio semper mihi dulcis eral. P. L., t. exi, col. 1273. Il écrit, au 1. III de son De eccksiaslica disciplina : Lectio (Scripturarum) assidua purifical animant, timorem incutit gehennee, ad superna gaudia cor instigat legentis. Qui vult cum Deo semper esse, fréquenter débet orare et légère. Kam, cum oramus, ipsi cum Deo loquimur, cum vero legimus, Deus nobiscum loquilur... Sicul ex carnalibus escis alitur caro, ila ex divinis eloquiis inlerior homo nutritur ac pascitur. P. L.,t. cxn, col. 1233. On trouve le même texte dans l'hom. xlviii, De studio sapientife et meditatione divinie legis. P. L., t. ex, col. 89. Envoyant à Louis le Germanique un commentaire sur les Machabées, il note la coïncidence liturgique : Nunc vero, lempus est illud, quo Romana Ecclesia constituil libros Machabœorum legi in ecclesia. P. L., t. cix, col. 1127. Ainsi pour lui, la prière contemplative suppose nécessairement une préparation intellectuelle.

L'édification personnelle compte pour beaucoup : à elle seule, elle serait un motif suffisant d'étudier; mais à ce premier motif l'idée apostolique venant s'ajouter fait de l'étude un devoir impérieux pour les moines. Dans la disette intellectuelle de l'époque, les moines seuls, ou à peu près, sont en mesure de donner au clergé et au peuple la nourriture intellectuelle, la théologie, dont ils ont besoin. Raban Maur eut conscience que c'était là sa vocation particulière. A Haymon, évêque d'Halberstadt, son ami, il envoie son traité De universo, composé pour lui, et il lui présente ainsi son travail : Neque enim mihi ignotum est qualcm infeslationem habeas, non solum a paganis qui fibi confines sunt, sed cliam a populorum turbis, quse per insolcnliam et improbilalem morum tuœ Patcrnitali non parvam molestiam ingerunt, et ob hoc, frequenti orationi atque assiduœ lectioni te viirare non permillunl. Hœc enim omnia mihi sollicite traclanli venil in menlem ut... ipse libi aliquod opusculum conderem. P. L., t. exi, col. 12. Dans la même lettre il déplore que les hommes d'Église soient beaucoup plus occupés des affaires séculières que du soin de leur ministère spirituel. De toute nécessité, ceux que l'évêque appelle à l'ordination devraient être suffisamment formés aux points de vue spirituel et intellectuel, Ut, cum ordinati /urrint et sacris ordinibus sublimati, magis populo l)ei prosint quam noceant. Ad Iïcginbaldum episcopum, De ecclesiastica disciplina, P. L., t. r.xn, col. 1102. Moine, Raban compose des homélies, ou plutôt des plans d'homélies à l'usage des prédicateurs; il donne sur ce point d'excellents conseils dans le De clericorum inslitutione; il y revient dans le De ecclesiastica disciplina, eu un long chapitre, d'ailleurs emprunté ;'i saint Augustin : Quomodo rudes catechizandi sunt, et il s'en explique dans la préface à l'évêque Réginbald, son jeune ami :

il veut, dans son traité, dit-il, instruire d'abord le maître lui-même et, par lui, les simples auxquels celui-ci doit son enseignement. Dans le De clericorum inslitutione, que nous venons de citer, il a condensé en trois livres tout ce qu'un clerc doit savoir : Raban était à cette époque écolàtre de Fulda et travaillait pour Haistulfe, archevêque de Mayence; plus tard, devenu archevêque à son tour, il sait qu'une de ses fonctions les plus importantes est l'enseignement, mais il n'a plus beaucoup de temps pour composer des choses nouvelles, il vit sur son acquis; il reprend alors son De clericorum inslitutione et l'adresse, après quelques retouches et additions, à Thiotmar, qu'il a choisi pour le suppléer dans la charge d'instruire les prêtres : Quia mei cooperalorem in sacro minislerio le elegi, hortor ut, quod pro infirmitale corporis coram mullis exponere non possum, tu, qui junior œtale et validior es corpore, illis qui ad sacerdolium ordinati sunt, et ministerium sacerdotale agere debent, nolum facias et eis persuadeas, imo jubeas, ut diligenter discant quod in hoc opusculo conscriplum est. Liber de sacris ordinibus, P. L., t. cxn, col. 1165. En de telles dispositions, Raban ne pouvait se désintéresser de l'enseignement à donner en langue vulgaire. Pendant qu'il était abbé de Fulda, un groupe de six traducteurs mit en langue germanique le Diatessaron de Tatien, d'après un manuscrit latin ayant appartenu à saint Boniface. Laistner, Thought and Lcllers in Western Europe, A.D. 500-900, p. 322. Migne cite, d'après Lambecius, un fragment d'un glossaire latin-tudesque, attribué à Raban Maur : l'ouvrage entier comprendrait l'Ancien et le Nouveau Testament.

Dans cet ensemble de culture intellectuelle, les sciences profanes ont nécessairement leur place, ne serait-ce que comme préparation à l'étude de la théologie et de l'Écriture sainte. Raban s'en explique longuement au 1. III du De clericorum inslitutione, où il passe en revue le trivium et le quadrivium. Dans la préface du De unioerso, à Haymon d'Halberstadt, il lui rappelle les lectures qu'ils ont faites ensemble : Memor boni studii lui, sancle Pater, quod habuisli in puerili atque juvenili œtale, in lillerarum exercilio et sacrarum Scripturarum meditatione, quando mecuin legebas non solum divinos libros et sanclorum Patrum super eos expositiones, sed etiam hujus mundi sapientium de rerum naturis soieries inquisitiones, quas in liberalium arlium descriplione et caeterarum rerum investigatione composuerunt. P. L., t. exi, col. 11. Le scrupule si brillamment exposé par saint Jérôme à propos de l'utilisation des auteurs païens se présente aussi à l'esprit de Raban Maur, mais il ne s'y arrête guère : le chrétien, dit-il, ne doit pas, en se séparant de la société des païens, se faire scrupule de les piller pour mettre au service de l'Évangile ces richesses dont ils n'ont pas su se servir; Dieu n'a-t-il pas donné aux I lébreux sur le point de quitter l'Egypte l'ordre d'emprunter aux Égyptiens tout ce qu'ils pourraient, avec l'arrière-pensée de s'approprier les objets ainsi empruntés. P. L., t. cvn, col. 404. La comparaison deviendra classique, à supposer qu'elle ne le soit pas encore. Il n'est pas sûr que Raban connût le grec, ce qui empêche de le qualifier, à strictement parler d' « humaniste »; quoi qu'il en soit, il eut le grand mérite de comprendre et de faire comprendre qu'il ne peut exister de véritable culture théologique et scripturaire sans une culture « profane » proportionnée.

3. Valeur. — - Pour apprécier d'une manière équitable l'œuvre de Raban Maur, il importe de ne pas oublier le but qu'il se proposait et qui en explique à la fois l'intérêt et les lacunes. De cette <ruvre on peut dire qu'elle est pratique, encyclopédique et traditionnelle.

RABAN MAUR. ACTION

La pure érudition est absente des préoccupations de Raban Maur; cette œuvre intellectuelle si vaste n'est pas animée par ce qu'on appelle la curiosité intellectuelle; l'idée de connaître pour connaître ne semble pas être en lui. Cela se comprend, si l'on se rappelle qu'il est avant tout un moine; il n'enseigne pas dans une université, mais dans un monastère situé aux confins de la chrétienté; son enseignement est un apostolat. D'autres moines sont missionnaires, plusieurs deviennent évêques en des régions difficiles, aux uns et aux autres, Raban s'est donné la mission de fournir des instruments de travail, les éléments essentiels d'une culture générale théologique, indispensable à la vie religieuse et à la vie apostolique.

Pour la même raison que nous venons de dire, Raban Maur s'intéresse à toutes les branches du savoir humain. Son traité De clericorum institutione, outre la théologie proprement dite, la liturgie et d'une manière générale ce qu'on est convenu d'appeler les sciences ecclésiastiques, passe en revue le trivium et le quadrivium. Le De universo fait un peu songer à un autre ouvrage d'une autre « Renaissance », et dont le titre est resté fameux : De omni re scibili... Pourtant il ne faudrait pas le croire atteint de cette espèce de boulimie intellectuelle que l'on constate parfois chez les hommes du xvie siècle; la « renaissance carolingienne », nous l'avons déjà signalé, est beaucoup plus modeste; le mot « encyclopédique » pourrait d'ailleurs prêter à équivoque : il ne s'agit pas d'une universelle érudition, mais d'un ensemble de connaissances superficielles considérées comme nécessaires. La science de Raban Maur, en apparence un peu disparate, se rassemble sous une idée directrice : « faire tourner toutes les sciences profanes au profit des divines Écritures. » Léon Maître, op. cit., p. 141. Les Livres saints sont la source de toute doctrine et de toute vie, ils sont le « manuel » par excellence.

On a fait remarquer enfin, à propos des théologiens de l'époque carolingienne, « l'impossibilité où l'on se trouve... de fixer la pensée personnelle d'un auteur déterminé ». Cette remarque est particulièrement vraie de Raban Maur. Son œuvre est vaste, mais, il faut bien le reconnaître, elle est peu personnelle; même quand il prend parti dans une controverse, il suit l'opinion et souvent prend les expressions de tel ou tel des auteurs qui l'ont précédé : Alcuin, Rède le Vénérable, Isidore de Séville, les Pères de l'Église latine, et leurs disciples immédiats. Les Pères grecs lui sont moins connus et, vraisemblablement, il les lit dans une traduction latine. Le titre de compilateur ne lui a pas été épargné : il est vrai qu'il l'est souvent, et à la lettre. Cependant, il convient ici d'ôter à ce mot ce qu'il peut avoir de péjoratif et d'un peu méprisant. De ce caractère de son œuvre Raban Maur a parfaitement conscience, il ne se pose jamais comme un créateur de système, sa méthode est une méthode de professeur, il explique des textes, à l'aide de commentaires anciens, recueillant les passages les plus intéressants, les plus adaptés aux disciplesjprésents ou lointains, pour qui il travaille. 11 cite indéfiniment, il condense, il résume. Chez lui, rien de cette espèce d'enivrement que l'on remarque chez les exégètes de la Renaissance du xvie siècle; il travaille lentement, sans émotion apparente, alignant ses références; il est modeste dans ses formules, sans doute, et l'on pourrait penser qu'elles sont de style : elles sont sincères, mais il est tout aussi modeste dans son âme et dans ses prétentions. Dom Wilmart s'est plu à relever par exemple dans les commentaires sur le Pentateuque, composés pour Fréculfe, évêque de Lisieux, « sa manière bien caractéristique, d'exprimer son espérance de la récompense céleste

pour tant d'humbles, mais coûteux travaux ». Une invocation de Raban Maur, dans Rev. bénéd.. 1931, p. 218. Il n'est pas d'ailleurs tellement timide qu'il ne mette jamais du sien, mais son rôle essentiel est de disposer à la portée des autres l'enseignement des maîtres. Sur cette fonction qui est la sienne, il s'explique souvent. Quelques exemples seulement, choisis parmi bien d'autres.

Dans une lettre au roi Louis pour lui envoyer un commentaire sur les Paralipomènes, il écrit : Quid ego, quasi doclus magisler, per omnia ipsius flibri) mysteria indagare aut explanare potuissem? Sed Patrum vestigia sequens, ea quœ explanala ab eis inveni, et ad similitudinem sensus eoruni (gratia Dei annuenle) per me invesiigare potui, in ordinem disposui, alque in unum opusculum colligere curavi. P. L., t. cix, col. 280. Dans la préface du De clericorum institutione, il avait dit plus clairement encore : nec per me, quasi ex me, ea proluli, sed auctoritati innilens majorum, per omnia itlorum vestigia sum seculus, Cyprianum dico atque Hilarium, Ambrosium, Hieronymum, Augustinum, Gregorium, Joannem, Damasurn, Cassiodorum, et cœteros nonnullos quorum dicta alicubi in ipso opère, ita ut ab eis scripla sunt per convenientiam posui, alicubi quoque eorum sensum meis verbis propter brevilutem operis strictim enunliavi, inlerdum vero, ubi necesse fuit, secundum exemplar eorum quœdam meo sensu proluli. P. L., t. cvn, col. 296. Cependant, s'il n'a pas pourson compte personnel le souci de la propriété littéraire, il a soin de noter ses emprunts, pour rendre à chacun ce qui lui est dû ; les passages cités sont donc accompagnés des premières lettres du nom de l'auteur; de même, ce qui est de lui est marqué de son nom; ces indications des manuscrits ont malheureusement été souvent négligées par les copistes.

Ce procédé des « morceaux choisis » est reconnu et apprécié par les contemporains : témoin Fréculfe, demandant à Raban un commentaire sur le Pentateuque. Ce devra être un travail sommaire, un abrégé où l'on retrouvera les textes patristiques susceptibles d'élucider et le sens littéral et la signification spirituelle de l'Écriture. Les noms des auteurs anciens utilisés seront soigneusement notés à la marge; quant à ses réflexions personnelles, Raban voudra bien les signaler par l'initiale de son nom. P. L., t. cvn, col. 439. Raban répond qu'il procédera comme il est indiqué. Cependant, si cette méthode trouve de nombreux admirateurs, elle rencontre aussi ses critiques. Raban le constate, et c'est pour lui l'occasion d'affirmer davantage l'utilité pratique du système : d'autres, peut-être, travaillent d'une manière plus personnelle; lui, compose des florilèges. Les critiques sont d'ailleurs contradictoires : les uns l'accusent de n'être pas assez personnel, à quoi il répond que sa vocation est d'être un abréviateur, un vulgarisateur; les autres l'accusent au» contraire de mettre trop du sien dans son œuvre : il est inutile et présomptueux, disent-ils, d'ajouter des ouvrages à tant d'autres qui existent déjà; Raban réplique que les ouvrages des Pères existent en effet mais que, pour diverses raisons, ils sont souvent difficilement utilisables tels quels ; d'ailleurs, la chose est très simple, les gens délicats n'ont qu'à délaisser ses modestes élucubration-, et à recourir directement aux sources. Préface au commentaire sur S. Matthieu, P. L., t. cvn, col. 730.

Pour lui, il aime mieux supporter la critique que de négliger paresseusement la grâce du Christ. Op. cit., col. 729. La « torpeur » d'esprit lui paraît être la maladie de l'époque, et c'est pourquoi, nous le voyons soutenir le zèle des princes pour la continuation de l'œuvre intellectuelle de Charlemagne; les préfaces et dédicaces à eux adressées n'ont pas d'autre raison d'être : plusieurs font allusion aux critiques faites à

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