‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 101 sur 423 · THÉODORET. ÉCRITS APOLOGÉTIQUES · texte numérisé non relu

THÉODORET. ÉCRITS APOLOGÉTIQUES

2° Ouvrages apologétiques. — Théodoret a eu plusieurs fois l'occasion de prendre la défense du christianisme contre les païens et les juifs. Il est le dernier des grands apologistes de l'antiquité.

1. Un ouvrage Ad quœsita magorum, Ilpôç xàç ■ne6aei.ç tcôv [lâyav, Epist., lxxxii, col. 1265 A, ou IIpôç toùç èv HspaLfti j^âyouç, Epist., cxm, col. 1317 A n'est connu que par quelques allusions de l'auteur. Le ms. Coislin S, fol. 115 v°. contient un fragment assez important : 0£o8co(pt])t(ou) èx toû y' X6yoo toû xoexà Mx.viya.Liuv, inc. Toûto 6y.oi.ov to \mb LTaùXou Xeyôjxevov, qui mériterait d'être examiné. Il était dirigé contre les mages persans à l'instigation desquels avait été déclenchée la longue et douloureuse persécution de Bahram Ier et de Jazdegerd II; il répondait à leurs griefs contre le christianisme et combattait l'adoration du feu. Cf. Hist. eccl., V, xxxvm; Quœstiones in Levit., i. J. Schulte, Théodoret von Cyrus als Apologet, ein Beitrag zut Geschichte der Apologetik, Vienne, 1904, p. 2-6, place en 429-430 la composition de cet ouvrage et en voit l'occasion dans un appel que les chrétiens de Perse eux-mêmes auraient adressé à Théodoret. En toute hypothèse, l'évêque de Cyr avait bien des raisons pour s'intéresser aux mages et pour en dénoncer les doctrines. Cf. J. Bidez et J. Cumont, Les mages hellénisés, Paris, 1938.

2. Un ouvrage Contra judœos, IIpôç 'IouSatouç, Epist., cxm et cxv, ou Kaxà 'IouSaîwv, Epist., cxvi, datant lui aussi des premières années de l'activité littéraire de Théodoret, est perdu, à l'exception peutêtre d'un assez long fragment, conservé par un manuscrit de Florence, sous le titre de Quœstiones adversus judœos curnelegantissimissolutionibus,''EpiùTr]CSEic,x.a.Tà 'IouSaîcov \xstx xapisoTaTcov Xucegjv. Ces quœstiones sont anonymes; mais la langue et le style sont ceux de Théodoret et, ce qui est plus important, questions et solutions trouvent dans les œuvres authentiques de l'évêque de Cyr des parallèles très nombreux. L'auteur met en relief la valeur propédeutique de l'Ancien Testament qui prépare et symbolise la nouvelle alliance. Cf. J. Schulte, op. cit., p. 6-22. Le fragment de Florence n'est pas reproduit dans P. G. On le trouvera dans l'ouvrage cité de Schulte ou dans celui de A. -M. Bandini, Catalogus codicum manuscriptorum bibliothecœ Mediceœ-Laurentianœ, t. i, Florence, 1764, p. 110-112.

3. Une série de discours sur la providence divine, De providentia oralioncs deccm, Ilspî npovoiocç, X6yoi. Séxa, nous a été conservée. P. G., t. lxxxiii, col. 555-774. Le xe traite de l'incarnation; la doctrine qui y est exposée ne permet guère de supposer qu'il ait pu être écrit avant le concile d'Éphèse, comme on le dit ordinairement. Ces discours se proposent de justifier la providence de Dieu contre les objections des païens et traitent, les cinq premiers des désordres apparents qui régnent dans le monde physique, les cinq derniers de ceux qui troublent la vie morale et sociale. Finalement l'auteur est amené à conclure que la plus grande preuve de la providence est fournie par l'incarnation du Fils de Dieu. En dépit de certains détails d'un goût ou d'une valeur discutable, l'ensemble est fort beau : Théodoret manifeste à la fois l'étendue de son érudition et la profondeur de son sens chrétien, pour traiter un sujet difficile et toujours nouveau malgré les apparences.

4. Grœcarum afjectionum curatio. — Le plus important des ouvrages apologétiques de Théodoret est celui qui porte le titre de Grœcarum afjectionum curatio seu evangelicœ veritatis ex gentilium philosophia cogniiio, 'EXXt)vi,xwv 6epa7tsuTt.XY] rox0Y)(juxT<ov rj eùtxyyeXixriç àX7)6etaç èZ, èXXï)V(.xî)ç (piXoaocpîaç èmyviùcst.ç, P. G., t. lxxxiii, col. 783-1152. On a dit maintes fois que cet ouvrage était la dernière mais

aussi la plus belle des apologies contre le paganisme et ce jugement est des plus mérités. Pourtant Théodoret était encore au début de sa carrière lorsqu'il l'écrivit, s'il est vrai qu'il le composa avant 431, comme le pense M. Richard, art. cit., sur de bons arguments. Les citations qu'en donne l'auteur lui-même, ou les allusions qu'il y fait, Epist., cxm, cxvi; Quœst. in Levit., i, ne fournissent aucune précision supplémentaire.

L'œuvre comprend douze livres : le premier traite de la foi et de sa nécessité comme fondement de la connaissance religieuse. Les suivants sont consacrés à l'existence et à la nature de Dieu, 1. II; à la doctrinechrétienne sur les anges, par rapport à la doctrine païenne sur les dieux, 1. III; à la matière et au monde visible, 1. IV; à la nature de l'homme, qui est la plus parfaite des créatures terrestres, 1. V; à la Providence qui veille sur toute la création, 1. VI; au sacrifice, qui est l'expression la plus achevée de l'adoration, 1. VII; au culte des saints et des martyrs, 1. VIII; aux lois païennes comparées aux exigences de la morale chrétienne, 1. IX; aux oracles païens et à leur origine, 1. X; à la fin du monde et au jugement dernier, 1. XI; enfin à la vie pratique des philosophes païens et des disciples du Christ, 1. XII. A première vue, on découvre mal l'idée générale qui préside à l'enchaînement des livres, et souvent des digressions viennent encore obscurcir le plan de l'ensemble. Cependant, Théodoret indique l'ordre qu'il se propose de suivre, lorsqu'il explique, au début du 1. I, que la foi précède la science, et que la science conduit à l'action ; après un livre sur la foi, vient en effet un exposé de la doctrine chrétienne, 1. II-VI; puis un exposé de la vie chrétienne, 1. VU-

Pour parler du paganisme, Théodoret cède habituellement la place à des écrivains païens. Selon les statistiques données par Schulte, il ne cite pas moins de cent cinq philosophes, poètes, historiens ou autres auteurs profanes; trois cent quarante citations environ expriment le témoignage de ces écrivains : elles sont pour nous d'autant plus précieuses que, souvent, elles nous font connaître des œuvres aujourd'hui perdues. Sans doute, l'érudition de l'évêque de Cyr n'est pas habituellement de première main : elle doit beaucoup en particulier à deux apologies antérieures, la Démonstration évangélique d'Eusèbe de Césarée et les Stromates de Clément d'Alexandrie. Ce qui n'est pas emprunté à Eusèbe et à Clément provient, pour une bonne part, de florilèges païens, comme les Placita d'Aétius. En utilisant de pareils recueils, Théodoret se conforme à l'usage de son temps ; il va sans dire qu'il s'expose aussi à bien des erreurs, puisqu'il reproduit de confiance ce qu'il a trouvé dans ses sources, sans se soucier le moins du monde de recourir aux originaux.

Ces remarques n'enlèvent rien ni à la valeur de l'ouvrage, ni au mérite de l'auteur. Au ve siècle, le paganisme ne présentait évidemment pas pour l'Église chrétienne un danger aussi grand qu'au ne et l'apologétique était un genre littéraire bien défini, avec ses usages et ses règles. Lorsqu'on n'avait pas affaire à un adversaire nettement défini, à Porphyre ou à Julien par exemple, dont les ouvrages trouvaient encore de fervents lecteurs, on était plus ou moins obligé de suivre ces règles et l'on s'exposait à composer une œuvre assez artificielle et assez froide. Cependant il n'était pas inutile de reprendre, pour l'opposer aux doctrines païennes, la somme de la doctrine chrétienne : dans les milieux cultivés, le paganisme connaissait un renouveau; on s'y intéressait soit pour faire opposition au gouvernement, soit pour chercher la satisfaction de certaines aspirations mystiques, soit pour maintenir les vieilles traditions. Théodoret ne lutte pas contre des fantômes lorsqu'il présente à ses

THÉODORET. ÉCRITS EXÉGÉTIQUES

lecteurs un remède aux maladies causées par l'hellénisme.

Il est d'ailleurs le dernier à entreprendre une œuvre d'ensemble. Après lui, les dangers du paganisme vont en s'affaiblissant, tandis que d'autres adversaires se présentent contre lesquels il faudra des armes nouvelles. Après lui aussi, pendant longtemps, l'Église d'Orient n'aura plus de lutteurs capables d'écrire des livres aussi puissants et aussi fortement construits que la Curalio.

3° Ouvrages exégétiques. — Comme tous les théologiens de l'école d'Antioche, Théodoret s'est beaucoup occupé de la Bible. Ses ouvrages exégétiques s'échelonnent à peu près tout le long de sa carrière d'écrivain. Les uns sont des commentaires suivis de tel ou tel livre biblique; les autres répondent à des difficultés particulières et ressortissent au genre littéraire des Questions et réponses.

1. Quœsliones in Octateuchum, P. G., t. lxxx, col. 75-528. — En dépit du titre, la plupart des questions étudiées dans cet ouvrage sont relatives au Pentateuque. Josué, les Juges et Ruth ne sont traités que sommairement et seulement par manière d'appendice. Les questions soulevées sont d'ailleurs très variées, comme aussi l'étendue et la valeur des réponses. D'après la préface, l'ouvrage a été composé à la demande d'Hypatius, le plus cher des fils de Théodoret. Comme dans les Questions sur le Lévitique, 1, l'auteur renvoie à plusieurs de ses écrits antérieurs, en particulier à ceux contre les hérésies, èv xotç rcpôç tôcç aïpéaeiç, c'est-à-dire à VHsercticarum fabularum compendium, qui a été rédigé après 453, il s'ensuit que les Questions datent des dernières années de la vie de l'évêque de Cyr. Le texte de l'ouvrage, tel qu'il a été édité, est loin d'être sûr : on trouve par exemple dans les questions sur la Genèse 20-22, 25,28, 39-40, de longues citations de Diodore, de Théodore et d'Origène, qui ont été introduites là par des copistes. Il y aurait lieu d'étudier de près la tradition manuscrite de l'œuvre entière, comme aussi bien celle de tous les écrits exégétiques de Théodoret. Celui-ci a été l'un des auteurs les plus habituellement cités par les compilateurs des chaînes; il a même, en bien des cas, fourni le texte central autour duquel les caténistes ont groupé leurs extraits. Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que bien des fragments étrangers aient pris le nom de Théodore! ou que, inversement, bien des fragments de Théodore! nous soient parvenus sous un nom dilïérent du sien.

2. Quaestiones in libros Regnorum et Paralipomenon, I . '/., t. i. xxx, col. 527-858. — Ces questions sont pré- ,< ni ées comme la suite des questions sur l'Octateuque et elles mit été elles aussi écrites à la demande d'Hypatius. Le nom des Paralipomènes qui figure dans le titre ne doit pas nous faire illusion. Théodoret ne consacre qu'une question à chacun des livres des Chroniques et l'on peut se demander s'il n'a pas éprouvé une lassitude croissante à répondre à des problèmes dont beaucoup devaient lui paraître de peu d'importance.

3. Interprétatif) m Psalmos, P. G., t. i.xxx, col. 857- 1998; Cf. t. t XXXIV col. 19 32. - Théodoret a publié un commentaire sur tout le psautier: et tout le long

de l'ouvrage, il commence par reproduire le texte du fragment qu'il va expliquer, puis il donne l'explication elle même, de telle sorte que nous connaissons bien la recension qu'il a eue entre les mains. Cf. !.. drosse Brauckmann, Der Pialtertexl bn Théodoret, dans Nachrichten <It kgl. Getellsch. der Wissensch. ta Gôltingen, philol. histor. Kl., 1911, p. 336-365. l )<■ nombreu es chaînes nous ont conservé en tout ou en

p.irlie ce Commentaire; mais il est arrivé trop souvent

que le nom rie i héodoret ;i été confondu avec celui de

Théodore de Mopsueste ou d'un des autres Théodore connus par la tradition; de la sorte, bien des erreurs ont été commises lorsqu'on s'est avisé d'imprimer les chaînes ou de reconstituer d'après elles le commentaire de tel ou tel auteur. On ne peut avoir dans nos textes imprimés qu'une confiance assez limitée, jusqu'au jour où la critique aura achevé de démêler l'écheveau embrouillé de la tradition manuscrite. Cf. R. Devreesse, Chaînes exégétiques grecques, dans Supplément du Dictionnaire de la Bible, X. i, col. 1 135sq.

Sur la nature de son commentaire des Psaumes, Théodoret s'exprime ainsi : « J'ai pris connaissance de divers commentaires dont les uns tombaient jusqu'à l'excès dans l'exégèse allégorique, tandis que les autres cherchaient à appliquer les prophéties ellesmêmes à l'histoire du passé, de telle sorte que leur interprétation s'adressait plutôt aux juifs qu'aux chrétiens. J'ai regardé comme de mon devoir d'éviter également ces deux extrêmes. Tout ce qui s'accorde avec l'histoire ancienne doit lui être reconnu. Mais les prédictions qui concernent le Christ Notre-Seigneur, l'Église des nations, l'expansion de l'Évangile, la prédication des apôtres ne doivent pas être détournées de leur véritable sens et appliquées à d'autres objets, comme si elles avaient été réalisées par les Juifs. » Prœf., t. lxxx, col. 860 CD. Il est facile de reconnaître les adversaires à qui s'oppose Théodoret : les allégoristes ont pour chef Origène; les historicistes, Théodore de Mopsueste. Entre les uns et les autres, l'évêque de Cyr se propose de tenir la balance égale : il ne nie pas l'existence des psaumes messianiques, comme le concile de Constantinople devait reprocher, bien injustement d'ailleurs, à Théodore de Mopsueste de l'avoir fait, mais il refuse de sacrifier aux fantaisies de l'allégorie. Il suit la vraie croyance, tout en se rattachant aux traditions d'exégèse historique qui caractérisent l'École d'Antioche.

Dans la même préface, Théodoret déclare qu'il avait eu l'intention et le désir de commenter le psautier avant d'avoir entrepris l'étude d'aucun autre livre biblique. Mais cette intention a été maintes fois entravée et des invitations pressantes l'ont obligé à écrire d'abord les commentaires du Cantique des Cantiques, de Daniel, d'Ézéchicl, des douze petits prophètes. Ce n'est qu'après avoir satisfait aux désirs de ses amis qu'il a pu se mettre à l'étude des psaumes. Il est difficile de préciser davantage la date de ce commentaire, dont il est fait mention Epist., lxxxii, et Qusest. in II Regn., xliii.

4. Interprelalio in Canticum Canticorum, P. G., t. lxxxi, col. 27-214. — Ce commentaire, comme nous venons de le voir, est signalé dans le prologue «lu commentaire des psaumes : il a dû être un des premiers travaux exégétiques de Théodoret. Son authenticité avait été naguère contestée; cf. damier, dans P. (',., t. lxxxiv, col. 217 sq.; elle semble aujourd'hui hors de doute; car aux environs de 585, le pape Pelage II cite déjà cet ouvrage sous le nom de Théodoret, Epist., v, 20, /'. /.., t. i.xxn, col. 736. L'évêque de Cyr rédigea l'explication du Cantique à la demande d'un certain Jean, que l'on identifie parfois à Jean d'Antioche (429-441), mais qui est plus probablement Jean de Germanicie (431-459). Il déclare, dans son Introdui lion, (pie le (. an ti que est un livre spirituel, TCV£ij|jLarty.ôv IV, c'est à dire qu'il célèbre non pas des amours humaines, mais l'amour du Christ pour son Eglise. Il

semble bien d'ailleurs avoir utilisé le commentaire d'Origène, W. Rledel, Die Auslegung îles Hohenlied.es m flrr jQdischen Gemeinde mut drr griechischen l\irrhr, Leipzig, 1898, p. 86

in Isalam conunentarius, éd. a. MOhle, Berlin,

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