‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 104 sur 423 · THÉODQRET. SERMONS ET LETTRES · texte numérisé non relu

THÉODQRET. SERMONS ET LETTRES

ment le travail de documentation et de composition qui a donné naissance à l'Histoire ecclésiastique : l'ouvrage se ressent de la rapidité avec laquelle il a été préparé et écrit. D'autre part, il ne semble pas que l'évêque de Cyr ait eu réellement les qualités de l'historien : il lui manque la claire vue des grands événements et le sens des idées générales, sans lesquels il ne saurait y avoir de véritable histoire. Au surplus, il ne dissimule guère son dessein apologétique : ce qu'il raconte, c'est la lutte et c'est le triomphe de l'Église en face de l'arianisme. Il n'a plus rien à dire lorsque le catholicisme a définitivement triomphé des ariens et des hérétiques qui se rattachent plus ou moins à eux, les apollinaristes et les macédoniens. Il se plaît aux grands tableaux qui mettent en relief la puissance de l'Église : n'est-ce pas à lui, par exemple, qu'on doit le récit, émouvant certes mais apprêté, de la pénitence de Théodose?

Socrate et Sozomène, qu'il semble bien avoir utilisés, sont donc supérieurs à Théodoret comme historiens. Mais cela ne veut pas dire que son Histoire ecclésiastique soit sans intérêt et sans valeur. Tout d'abord, Théodoret a eu à sa disposition des sources documentaires très riches, auxquelles il puise abondamment. Il ne copie pas les documents qu'il cite dans les œuvres de ses devanciers. Il a tenu à s'informer lui-même, à voir les recueils de lettres et d'actes conciliaires, à y choisir ce qui lui paraissait essentiel et, grâce à lui, nous connaissons bien des pièces capitales de la controverse arienne. D'autre part, tandis que Socrate avait écrit son Histoire en se plaçant surtout du point de vue de Constant inople, Théodoret rédige la sienne du point de vue d'Antioche. Il connaît bien la métropole de l'Orient et pour tous les détails compliqués de ses évêques au cours du ive siècle, c'est à lui surtout qu'il faut recourir.

3. Hxrelicarum fabularum compendium, Alpex(.xr)ç xaxo[jiuOtai; ètito(j.t], P. G., t. lxxxiii, col. 335-556. Cette histoire des hérésies, composée après le concile de Chalcédoine et dédiée au comte Sporacius, le commissaire impérial délégué au concile de Chalcédoine, est divisée en cinq livres. Le 1. Ier traite des erreurs qui admettent un créateur différent du Sauveur de l'univers et qui enseignent le docétisme : le premier inventeur de ces fables est Simon, le mage de Samarie, et le dernier Manès le Persan. Le 1. II est consacré aux hérétiques qui admettent l'unité de Dieu, mais qui regardent le Sauveur comme un pur homme : Ébion est le premier de ces hérétiques; les plus récents, Marcel d'Ancyre et Photin. Le 1. III parle de ceux qui se placent entre ces deux extrêmes et qui ont enseigné des doctrines variées. Dans le 1. IV, il est question des nouvelles hérésies depuis Arius jusqu'à Eutychès. Enfin, le 1. V oppose à la diversité des hérésies un résumé de la doctrine orthodoxe.

Au lieu de suivre l'ordre chronologique adopté par ses devanciers, Théodoret s'est donc efforcé de renouveler le genre des Contra hœreses en utilisant un ordre logique. On ne saurait dire que sa tentative a été couronnée de succès : si, dans les deux premiers livres, il arrive tant bien que mal à établir un classement, il est obligé, dès le 1. III, de rassembler les éléments les plus disparates ; et le 1. IV revient purement et simplement à l'ordre chronologique pour traiter des erreurs récentes.

Au resle, Théodoret ne se pique pas d'originalité : il utilise beaucoup les anciens hérésiologues : Justin et Irénée, Clément d'Alexandrie et Origène,. Eusèbe de Césarée et Eusèbe d'Emèse, Y Adamantius, Tite de Bostra, Diodore de Tarse, Georges de Laodicée, d'autres encore. Il est remarquable que l'œuvre de saint Épiphane lui ait échappé, en dépit de son importance. Pratiquement, les sources les plus volontiers employées sont le 1. I du Contra hsereses de saint Irénée;

le 1. X des Philosophoumena d'Hippolyte et l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe. C'est seulement dans le 1. IV que l'œuvre de l'évêque de Cyr a une valeur indépendante : pour parler d'Arius et d'Eudoxe de Germanicie, Théodoret peut faire appel à sa propre Histoire ecclésiastique et aux documents qu'il y a utilisés. Les chapitres relatifs à Nestorius et à Eutychès sont plus personnels encore, puisqu'il s'agit de contemporains que l'auteur a connus et contre lesquels il a dû lutter.

5° Sermons. — Nous ne possédons qu'un très petit nombre de sermons dus à Théodoret. Il est pourtant certain que l'évêque de Cyr a beaucoup prêché au cours de sa longue carrière et nous savons par son propre témoignage qu'il a obtenu, à Antioche en particulier, les succès oratoires les plus flatteurs. Episl., lxxxiii, xc, xci, cxlv, cxlvii. Il est assez étonnant, dans ces conditions, que ses homélies ou ses discours n'aient pas été conservés. Peut-être avait-on négligé de les recueillir au moment où ils furent prononcés. Peut-être aussi Théodoret n'y attachait-il pas grande importance. En tout cas, presque toute son œuvre oratoire a disparu. Il nous reste seulement :

1. Les dix discours apologétiques sur la Providence, dont nous avons déjà parlé (col. 307). — 2. Le discours sur l'amour de Dieu, qui figure à la suite de l'Hisloria religiosa (col. 313). — 3. Quelques fragments en latin de sermons christologiques, P. G., t. lxxxiv, col. 53- 64, conservés dans les actes du IIIe et du Ve concile œcuménique. Ces fragments sont extraits, semble-t-il, des sermons prononcés par Théodoret à Chalcédoine contre Cyrille d'Alexandrie, lorsqu'il y fut envoyé par les membres du parti antiochien au concile d'Éphèse. Le texte grec de ces fragments a été pour la première fois publié par E. Schwartz, Neue Aktenslûcke :um ephesenischen Konzil von 431, Munich, 1920, p. 25-27, et reproduit dans A. C. O., i, 1, 7, p. 81-83. — 4. Quelques fragments de cinq discours sur saint Jean Chrysostome conservés par Photius, P. G., t. lxxxiv. col. 48-54, qui admire autant la beauté de l'expression que l'élévation de la pensée. — 5. Un discours sur la nativité de saint Jean-Baptiste, édité par Garnier sous le nom de Théodoret, P. G., t. lxxxiv, col. 33-48, paraît bien inauthentique. Il doit être l'œuvre de 1 homilète Théodore Daphnopatès, au Xe siècle.

6° Lettres. — Comme les sermons, les lettres de Théodoret sont perdues en grande partie. Au xive siècle, Nicéphore Calliste, Hist. eccles., XIV, liv, en connaissait encore plus de cinq cents. De ce nombre, nous possédons environ 230 lettres : l'édition de P. G., t. lxxxiii, col. 1173-1494 comprend 181 numéros. Une découverte heureuse de S. Sakkelion, en 1885, a permis d'y ajouter 49 numéros. Le recueil de Migne donne, avec les lettres personnelles de Théodoret, dix lettres écrites par le groupe des évêques orientaux à Éphèse, Episl., clii-clxi, et sept lettres des députés envoyés par ce groupe auprès de l'empereur Théodose, Epist., clxiii-clxviii, clxx. En outre, il contient deux lettres de Cyrille d'Alexandrie, Epist., cxlviii et clxxix et une lettre de Jean d'Antioche, Epist., cxlix. Par contre, il laisse de côté plusieurs lettres de Théodorel dont la traduction latine a trouvé place dans le Synodicon adversus tragœdiam Irenœi, par exemple la lettre au peuple de Constantinople, Synod., n. 128 (40), et celle à Alexandre de Hiérapolis, Synod., n. 161 (72). D'autres lettres, qui sont traduites intégralement dans le Synodicon, ne figurent qu'à l'état de fragments dans le recueil. Sur le Synodicon, voir ici t. xi, col. 87-88. A ces lettres plus ou moins bien conservées, il faut ajouter une retire écrite après 451 à Jean de Cilicie et dont il ne reste que deux fragments syriaques, dans P. O., t. xm, p. 190 sq. Ces fragments sont fort importants car ils montrent comment Théodoret comprenait et défendait la formule de Chalcédoine. Ils per-

THÉODORET. C H RISTOLOGIE

mettent aussi de penser que la lettre du pseudo-Chrysostome au moine Césaire, P. G., t. m, col. 755-760, pourrait bien être sortie de la plume de Théodoret. Ajoutons enfin que la lettre clxxx, adressée à Jean d'Antioche sur la mort de Cyrille est un faux évident.

Les lettres de Théodoret présentent le plus vif intérêt à la fois pour l'histoire générale et pour la connaissance plus approfondie du caractère de leur auteur. Plusieurs de ces lettres sont purement privées : elles ne sont pas nécessairement les moins importantes parce qu'elles nous révèlent l'étendue des relations que pouvait avoir, au ve siècle, un évêque d'un diocèse lointain et pauvre avec les personnalités les plus en vue de la cour impériale et qu'elles jettent des clartés nouvelles sur la vie des provinces à cette époque. Mais d'autres ont trait aux grands événements dont Théodoret ne fut pas seulement le témoin, mais l'un des principaux acteurs. Elles nous jettent au plein milieu des luttes christologiques, elles nous montrent avec quelle fidélité Théodoret refusa longtemps de condamner la personne de Nestorius, elles nous font voir avec quelle sincérité il s'efforça ensuite de fléchir son métropolitain, Alexandre de Hiérapolis, en lui montrant l'orthodoxie de la formule d'union et la laideur des schismes; elles nous permettent surtout d'apprécier le rôle de l'évêque de Cyr contre l'eutychianisme naissant et le courage qu'il déploya, en dépit des persécutions qui s'abattirent sur lui, pour défendre la foi.

Ces lettres n'ont pas encore été étudiées comme elles mériteraient de l'être : la chronologie de plusieurs d'entre elles demeure incertaine; beaucoup, qui n'existent plus, sinon sous une forme fragmentaire, dans le texte grec, sont conservées dans la traduction latine du Synodicon; d'autres sont entièrement perdues, mais ont laissé des traces de leur existence. Il y aurait tout un travail «l'établissement des textes, de classement, etc., à entreprendre à leur sujet.

III. Doctrine. — Le seul point vraiment intéressant de la doctrine de Théodoret est sa christologie. Pour le reste, il n'est nul besoin d'insister. L'évêque de Cyr a enseigné sur la Trinité, sur l'Église, sur les sources de la foi ce qu'enseignaient les docteurs catholiques de son temps. Il a beaucoup demandé à l'Écriture Sainte, qu'il possédait à fond et dont il a commenté, en tout ou en parlie, un grand nombre de livres. Nous avons déjà rappelé que son exégèse n'avait rien de très original : elle est celle qu'on peut attendre d'un homme intelligent et instruit, qui s'appuie sur la tradition et qui cherche avant tout à dégager le sens littéral de la Bible. Il a beaucoup demandé aussi aux Pères : il n'est certes pas le créateur de l'argument de tradition, qui a été employé avant lui au i "in , des controverses ariennes et que saint Augustin a repris (outre Pelage. Dès le début de la controverse nestorienne, saint Cyrille d'Alexandrie a utilisé cet argument et s'est plu à citer plusieurs témoignages des Pères; le concile. d'Éphèse lui-même s'est fait lire un ample florilège. Mais Théodoret a développé le pro cédé : il en a saisi l'Importance et ce n'est pas hasard que chacun des li\ res de l'Eranisles se termine par une Importante série de citations patristiques. il semble hors de doute que l'évêque de Cyr veut mettre cette preuve en un saisissant relief.

Ie La chritlologie. Naturellement, ce que Théodore demande avant tout aux Pères, ce sont des arguments en laveur de la christologie antiochienne. Comme il est resté, Jusqu'au concile de Chalcédolne, le défenseur persévérant de Nestorius, comme il a dé tendu contre saint Cyrille, même après avoir souscrit l'Acte d'union, dont il avait peut èire été le rédacteur,

les formules île Diodore de Tarse et de Théodore de

Mopsueste, on s'est demandé bien souvent -il n franchi les limites de l'orthodoxie et enseigne . au

moins au début de sa carrière, le « nestorianisme » proprement dit.

Il est difficile de répondre à cette question, d'autant plus que le « nestorianisme» lui-même est assez malaisé à définir dans les circonstances historiques où ont enseigné ses protagonistes. Nous sommes aujourd'hui capables de condamner sans réserve la doctrine qui enseigne deux personnes en Jésus-Christ. Le mot personne a maintenant un sens précis sur lequel il est impossible de se tromper; mais il n'en était pas ainsi au vc siècle et, pour juger de l'orthodoxie d'un auteur, il faut tenir compte non seulement des formules qu'il emploie, mais du contexte qui les entoure et des circonstances où il les écrit.

Selon Théodoret, avant l'incarnation, il n'y a pas deux natures en Jésus-Christ; il n'y en a qu'une seule, car la nature humaine a été unie aussitôt que procréée; l'union s'est accomplie èv -rfj ouXXrj^su Eran., II, P. G., t. lxxxiii, col. 144, 137, 140, 324. Mais, après l'incarnation, le Christ possède deux natures; il faut distinguer en lui tj Aa6oûaoc et tj X^cpOsïaoc (pùaiç. 1 bid., col. 109.

Est-ce à dire que la nature assumée soit un homme parfait? Dans Y Expositio rectœ confessionis, qui est, semble-t-il, le premier essai de synthèse théologique tenté par Théodoret, on trouve cette expression : « Le Verbe, ayant fait choix d'une vierge de la race de David pour réaliser l'incarnation, a pénétré dans son sein, tel un sperme divin, et s'est façonné à lui-même un temple, l'homme parfait, en prenant une partie de la nature (de cette vierge) et en lui donnant la forme du temple. » Expos, rectœ confes., 10, P. G., t. vi, col. 1224. Dans le De incarnatione Domini, il revient souvent sur la même idée. Quand le Créateur, prenant en pitié sa créature, s'en vint à son secours, il ne voulut pas le faire dans le déploiement éclatant de sa toutepuissance, mais d'une manière humble et douce. C'est pourquoi, « dissimulant la magnificence de la divinité sous l'humilité de l'humanité, il prépare l'homme visible à la lutte et, après sa victoire, il le couronne. » C. xi, P. G., t. lxxv, col. I 133 C. Et ailleurs : « Il est évident, je pense, pour tous les gens sensés, que le Dieu Verbe n'a pas assumé (un homme) dépourvu d'âme ou d'esprit, mais un homme parfait. » C. XVIII, col. 1452 B. Et ailleurs : « Le nom de Christ ne désigne pas seulement l'assumé, mais encore le Verbe assumant avec l'assumé : ce vocable est en effet significatif de Dieu et de l'homme. » C. xxx, col. 1172 A.

.Même langage dans la réfutation des douze anal liémat ismes : i Si, dans l'homme qui est un, nous distinguons les natures et appelons celle qui est mortelle corps et celle qui est immortelle âme, à bien plus forte raison, si nous sommes logiques, reconnaîtrons nous les propriétés des natures du Dieu qui a assumé el de l'homme qui a été assumé. » P. G., t. LXXVI, col. 104. Et encore dans le Pentalogos, composé contre saint Cyrille et le concile d'Éphèse : cet ouvrage est perdu, en dehors de quelques citations traduites en latin par ir compilateur de la Collectif} Palatina: voici l'une de ces citations : Emmanuhel autem ri ejus qui sumpsit cl rjus qui adaumptus est naturas insinuai. Nobiscum enlm Drus inlrrprrlulur, hoc esl in noslm nuluni Drus. in hominc Drus. Drus in Irmpl» hunuinn; TWbtsCUtn

Drus propter unltatem rjus quem ex nobis accepit,

I ' . 0., t. i, vol. v, p. 166

Parfois, il arrive ;> Théodore! de distinguer Dieu el l'homme dans le christ comme s'ils constituaient deux

personnes : STEpoç fit '<> xaTOUcfjaaç y.rrr tov '/.'>•■', V

->,c "/inzotç,, KM i-zp'/C •> vioç. Dr me. e. XVIII,

col. 1452 \. Ce n'est pas le Dieu-Verbe qui a été con

duil au désert pour v être lente, c'est le temple pris pai le Dieu Verbe, de la semence de David. - //>/</.. c. xm. COl. 1437 D.

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