THÉODOTE D'ANCYRE
THÉODULFE
TTjV evcoaiv. L'ouvrage peut avoir été composé très peu de temps après la déposition de Nestorius, mais il n'est pas prouvé qu'il l'ait été à Éphèse. Il est dédié à un personnage innommé, dont l'auteur célèbre la fermeté dans la foi et qu'il appelle affectueusement cpiXr, xecpocXr). Quelques lignes avant la fin, Théodote déclare qu'il peut passer rapidement sur le Saint-Esprit, puisque, dans trois autres livres, èv rpiaiv ÉTSpoiç (3t6Xioiç, il a parlé d'une manière plus complète de sa divine majesté. Nous ne savons rien de cet ouvrage sur le Saint-Esprit, dont le VIP concile ne parle pas. Il est môme assez étonnant que Théodote ait consacré un écrit étendu à un problème qui ne préoccupait plus guère les esprits au Ve siècle : peut -être des circonstances locales auraient nécessité cet ouvrage.
3. Sept homélies sur divers sujets : Sur la naissance du Seigneur, elç tt(v y£vv'/;otv toû Kupîou; sur la Purification, elç Ta epÛTa; sur Élie et la veuve, elç xôv 'HX'.av xai •rijv /ôpxv; sur saint Pierre et saint Jean, eiç tov àyiOvi Ilé-rpov xai 'Icoâvvrjv; sur le paralytique de la Belle-Porte, tic, tov /coXôv tÔv xa6r)|i.evov izpbç, tt)v wpodav tî'JAy-,v (cf. Act. Apost., m, 2); sur les deux aveugles, etç toùç Suo tuçXoùç (Matth., xx, 30 sq.); sur ceux qui reçoivent les talents, sic, toùç Ta TtxXavTOC Xa66vTaç (.Matth.. xxv, 14 sq.). De ces sept homélies, deux seulement nous ont été conservées, celles qui sont relatives à la Nativité et à la Purification. Les cinq autres ont disparu.
Par contre, nous possédons quatre autres homélies dont ne parle pas le IIe concile de Nicée, soit en tout six homélies de 'théodote. Trois d'entre elles figurent dans les Actes du concile d'Éphèse. Les deux premières sont intitulées : In die nativilatis Domini; elles ont été lues à Éphèse, mais, selon toutes les vraisemblances, elles avaient commencé par être prononcées à Ancyre; sans doute est-ce une de ces deux homélies que vise la liste de Nicée. La ine, intitulée Contra Nestorium, in die S. Joannis evangelislœ, est très courte et doit avoir été prononcée ;i Éphèse. Tillemont, Mémoires, t. xiv, p. 153, fait justement remarquer le peu de vraisemblance qu'il y a a ce que Théodote ait été à Éphèse le jour de la fête de saint Jean l'Évangéliste et propose de lire ce litre : In ecclesia S. Joannis evangelistse. On pourrait aussi se demander si l'homélie n'a pas été prêchée le 2 I juin, pour la fêle de saint Jean Baptiste, bien qu'elle ne fasse pas mention du précurseur. L'homélie iv, Intitulée Homilia in Deiparamet Simeonem est sans doute celle que les Actes de Nicée appellent zlc -y. ipÛTOc; elle est également signalée dans les Anlirrhetira du patriarche Nicéphore de Constantlnople (t 829), sous le titre : In Deiparam ri Simeonem, dans l'Uni. Spicilegium Solesmense, t. i. p. 349; la fêle de la Purification (tait déjà célébrée en Asie mineure vers la (in du tv* siècle. Cf. K. IIoll, Amphilochius von Ikonium, Tubingue, 1904, p. (il sq., loi Bq.; en sens
Contraire M. Jug (s dans /'. 0., t. XIX, p. 297 si].
Les homélies V et vi : In die nnlinitatis Domini et In tanctam Deiparam et m natioitatem Domini sont ion tervées, a première en latin, ;i seconde en grec. Il faut ajouter qu'on ne saurait apporter en leur faveur aucun témoignage ancien el que l'homélie vi contient des ci ta lions de la littérature classique, ce qui est (nui a fait contraire .i l'usage habituel de Théodote. Leur authenticlté reste donc Incertaine.
Il f;iut faire des remarques analogues au sujet d'une homélie conservée en éthiopien, A. Dillmann, Chrei lomalhia mthiopica, Leipzig. 1866, p. 103 106, encore qu'elle m- rapporte aux problèmes traités par le con i Ile d'1 Iphèse.
i ii tns long panégyrique de saint (>eorges conservé opte, i a. Wallis Budge, The martyrdom and miracles <>l si George of Cappadoeta, the coptic texti ediied tvith <m tnglieh translation (Orientât Texls,
séries i), Londres, 1888, p. 83-172, 274-331, n'est certainement pas authentique.
Le Synodicon contient, en traduction latine, un fragment d'une lettre de Théodote à un moine du nom de Vitalien; c'est une invitation à se garder des doctrines de Nestorius, Synod., n. 289 (199), P. G., t. lxxxiv, col. 814.
La Doctrina Patrum de incarnatione Dei Verbi, éd. Diekamp, Munster, 1907, p.126-128, donne, sous le nom de Théodote, un long fragment christologique. Ce fragment n'est pas authentique : non seulement, il ne figure nulle part dans les écrits de Théodote et sa doctrine ne cadre pas avec celle de l'évêque d'Ancyre, mais on y trouve citée, à côté de saint Grégoire de Nazianze, l'autorité du pseudo-Denys l'Aréopagite, que Théodote ne peut pas avoir connu.
La chaîne de Cramer sur les Actes des apôtres, Oxford, 1838, renferme, sous le nom de Théodote, trois courts fragments qui ont été reproduits clans P. G., t. lxxvii, col. 1431. Il est possible que d'autres fragments de l'évêque d'Ancyre figurent encore dans les chaînes bibliques.
L'enseignement de Théodote appelle peu de remarques. Théodote est bien plutôt un orateur qu'un théologien et la doctrine de l'incarnation ne lui doit rien. S'il lutte avec intrépidité et persévérance contre Nestorius, il ne cherche pas à préciser les erreurs de son adversaire ni à fournir contre lui des arguments nouveaux : il lui reproche d'avoir enseigné la doctrine des deux fils et il le traite comme un partisan de l'hotin, ce qui est un reproche étonnant mais assez peu mérité. On doit surtout relever chez lui une tendre dévotion à la très sainte Vierge : cette dévotion se traduit par des louanges dont la rhétorique n'est certes pas absente, mais qui partent d'un cœur vraiment aimant.
Los écrits de Théodote sont rassemblés dans P. (>'., t. LXXVII, col. 1313-1432, d'après l'édition de Gallandi, Bibliotheca oeterum Patrum, t. ix, Venise, 1773, p. 423-477.
Los homélies i-m (igurenl également dans les Actes du concile d'Éphèse, Mansi, ConciL, t. v, col. 185-204, 2o:;-2l8, 221-22»')-, el. .\. C. (>., i,l,2, p. 80 sq., 73 sq., 71 sq. L'homélie iv a été publiée pour la première rois par F. Combéfls : Sanctorum Patrum Amphilochii Iconiensis, Methodii Palaremis et Andrew Crclensis opéra omnia, l'.nis, toii, p. :i.">- 56. Les homélies vet viont été éditées en latin pai le même, dans sa Bibliotheca Patrum concionatoria, t. i. Venise, 1749, p. 111-1 13, 199-204; le sine de lad irnièrepar M. Jugie.dansP, <)., t. xix, p. 318-355. Voir la notice, p. 289sq.
L'homélie VI, 13, /'. ('•■, t. LXXVII, col. 1 131, cite la quatrième églogue de Virgile. Cf. \. Kurfess, Die griechische Vebersetzung der oterten Bkloge VergiU, «tans Mnemosyne, t. iv, 1937, p. 283-288.1$. Marx, Proeliana, Munster-en-W., 1940, p. '.Il, signale îles passages communs entre l'hom, I île Théodote et l'hom. iv de Proclus.
G. Bardy.
THÉODULFE, évêque d'Orléans (7507-821).- I. Vie. IL Œuvres.
I. Vie. Théodulfe fut un des évêques les plus marquants du règne de Charlemagne, et il est pour nous un témoin précieux de cette époque. D'origine
espagnole, il fut à une date qu'il est difficile de préciser (781 7) pourvu par Charlemagne de l'évêché d'Orléans;
le roi lui donna ensuite l'une après l'autre les pi uni pales abbayes de l'Orléanais : Saint AJgnan, Saint- Liphard, Saint Mesmin, cl principalement Henry ou Saint Benoll sur Loire; étant donnée l'importance de celte dernière abbaye cl le souci qu'a\ aient les moines de maintenir leurs privilèges anciens, il semble qu'en
ce qui la concerne, Théodulfe fui l'objet d'une élection
régulière (en 7967-8017). Il fut donc a la fois exéque d'Orléans el abbé de Henry.
Bien n'indique qu'il ail été réellement moine, bien
qu'il se soit p. léricusemenl de la vie religieuse
THÉODULFE
et môme de la réforme des abbayes qui lui avaient été données. Près de Fleury, à Germigny-des-Prés, où il avait une villa, Théodulfe fit construire une église qui subsiste encore aujourd'hui et, bien que très restaurée, est un vestige intéressant de l'architecture carolingienne.
Une lettre d'Alcuin, du 22 juillet 798 (Mon. Germ. hist., Epistolœ, t. iv, p. 241; cf É. Amann, L'adoptianisme espagnol, dans Revue des se. rel., juillet 1936) nous apprend que Théodulfe fut appelé en consultation sur le cas de Félix d'Urgel et de son adoptianisme. On ignore s'il répondit par écrit et quelle fut sa participation aux divers conciles qui traitèrent de la question. Nous avons plus de détails sur son rôle dans l'affaire du Filioque et au concile d'Aix-la-Chapelle en 809, dont il fut, avec Smaragde, abbé de Saint-Mihiel, chargé de préparer les travaux; il ne fit point partie de la légation qui porta au pape Léon III les conclusions du concile. Entre temps, en 798, avec Leidrade, qui venait d'être nommé archevêque de Lyon, il fut chargé comme « missus » d'une inspection en Provence et en Septimanie; lui-même nous en a laissé le récit dans un poème.
Ce sont là quelques épisodes marquants de sa vie, mais l'impression que nous laisse la lecture de son œuvre est qu'il fut avant tout un évêque aux préoccupations pastorales. Théologien assez érudit pour qu'on le consultât dans les problèmes qui surgissaient, il tourna cependant le principal de son activité vers l'évangélisation des populations qui lui étaient confiées, la bonne tenue du clergé, la vie religieuse des abbayes. Ami d'Alcuin, malgré une brouille momentanée à propos d'un clerc d'Orléans qui s'était enfui et réfugié à Saint-Martin de Tours, en relations avec tout ce que la cour de Charlemagne comportait de notabilités, apprécié par le roi des Francs, il ne se mêla guère de politique, comme le faisaient Alcuin lui-même ou Adhalard, l'abbé de Corbie.
Ce fut pourtant la politique qui lui valut une fin presque misérable. Il avait pour Charlemagne et tout ce qui touchait à sa personne une admiration profonde, même en tenant compte des exagérations inévitables du style poétique, puisque c'est surtout dans ses poèmes que se révèlent les pensées et les sentiments de l'évêque d'Orléans. Sans être un théoricien de cet « augustinisme » qui s'efforçait alors d'appliquer à la politique de Charles les considérations de la Cité de Dieu, Théodulfe croit certainement à la mission divine du fils de Pépin : les victoires remportées sur les Huns, les Arabes et autres peuples païens lui apparaissent comme autant de victoires du Christ. Il fut de ceux qui contribuèrent à créer cette atmosphère impériale dont la cérémonie de Noël de l'an 800 fut l'aboutissement concret : aussi ne doit-on pas s'étonner qu'il ait chanté l'événement avec enthousiasme. Le partage de l'empire entre les trois fils de Charles, pourtant conforme au vieux droit germanique, lui inspire de l'inquiétude. Que Dieu, dit-il, préserve le siècle présent de ressembler à Géryon, le monstre aux trois têtes 1 Theodulphi carmina, P. L., t. cv, col. 315, 327, 330, 374. Qu'il ait tenu en médiocre estime le pâle successeur de Charles, c'est possible, mais rien dans son attitude ne le fait supposer. L'auteur anonyme de la Vie de Louis le Pieux, toujours très attentif à nous décrire les faits et gestes des personnages de la cour royale, nous apprend qu'à peine connue à Orléans la mort de Charles, Théodulfe envoya ses condoléances à Louis qui se trouvait alors près d'Angers et lui manifesta le désir de le voir à Orléans. Vita Ludovici, P. L., t. civ, col. 940. Effectivement Louis se rendit à Orléans, où Théodulfe le reçut avec toute la solennité possible et lui exprima son loyalisme dans un poème que Mabillon a retrouvé, Vêlera analecta, Paris, 1723, p. 411, 412; P. L., t. cv,
col. 377. Deux ans plus lard, toujours d'après la Vita Ludovici, il fut désigné pour accompagner le pape Etienne IV venu à Reims pour sacrer l'empereur, P. L., t. civ, col. 9 14 ; ce fut à cette occasion sans doute qu'il reçut le pallium, auquel il fera plus tard allusion dans sa justification. Carmina, P. L., t. cv, col. 340 13. D'autre part, bien que, d'après Éginhard, il ait été appelé — parmi beaucoup d'autres d'ailleurs — à apposer sa signature au testament de Charlemagne, il n'était pas l'un de ces personnages encombrants contre qui un gouvernement nouveau doit prendre ses précautions. Quoi qu'il en soit, il fut impliqué dans la révolte de Bernard d'Italie; la Vita Ludovici l'accuse positivement de complicité : hujus sceleris conscii. P. L., t. civ, col. 947 C. Théodulfe se trouva donc compris dans cette proscription générale qui envoyait en divers exils les principaux conseillers de Charlemagne : Adhalard, Wala, Leidrade, etc.. Carmina, P. L., t. cv, col. 337-340. Mais il semble avoir été traité plus sévèrement que d'autres. Emprisonné dans un monastère à Angers, il se refuse à toute bassesse pour obtenir sa liberté; il prend le pape lui-même à témoin de son innocence. Ibid., col. 340 C. Il ne vécut pas assez longtemps pour profiter de l'amnistie de 821. Depuis 818, il était remplacé par Jonas sur le siège d'Orléans. Il y a deux traditions sur sa mort, l'une, la plus vraisemblable, le fait mourir en exil; l'autre le ramène à Orléans, pour y mourir bientôt empoisonné. D'après un nécrologe, la date serait le 18 septembre 821.
IL Œuvres. — 1° Œuvres théologiques. — La plus considérable est son traité De Spirilu Sancto, P. L., t. cv, col. 259-276, qu'il composa à la demande de Charlemagne pour justifier l'addition du Filioque par les Francs au symbole de Nicée. A vrai dire c'est moins une œuvre composée qu'un recueil de textes patristiques en faveur de la thèse. De la plume même de Théodulfe, on ne peut relever que la préface (en vers) à Charles empereur, mais le choix des textes montre l'érudition de l'évêque d'Orléans et, par la même occasion, nous apprend, si c'était nécessaire, quelles connaissances patristiques possédaient les théologiens du ixe siècle. Plusieurs textes cités n'appartiennent pas en réalité aux auteurs à qui ils sont attribués, par exemple les textes de saint Athanase sont tirés d'un De Trinitate qui n'est pas de lui mais figure sous son nom dans l'édition latine de ses œuvres. Le symbole Quicumque également est attribué à tort à saint Athanase, mais il n'est pas nécessaire d'insister, l'erreur étant beaucoup plus ancienne que Théodulfe. Parmi les extraits de saint Augustin, plusieurs ne figurent pas dans ses œuvres authentiques, mais la tradition fut toujours généreuse à l'égard du grand docteur. A cette question il faut rattacher un commentaire très sobre du Quicumque, publié par Ch. Cuissard, Théodulfe, sa vie et ses œuvres, Orléans, 1892, p. 343.
Comme plusieurs évêques d'alors, Théodulfe composa un traité De ordine baplismi, P. L., t. cv, col. 223- 240, pour répondre à l'enquête proposée par Charlemagne en 811. L'ouvrage est adressé à Magnus, archevêque de Sens, pour être transmis à l'empereur; il consiste dans l'explication détaillée des rites du baptême; on trouve à l'occasion du symbole deux allusions aux controverses du moment : et in Jesum Christum... verum Dei filium, non factum aut adoptivum sed genitum (col. 227 B), et plus loin sur le Saint-Esprit : Deum verum ex Pâtre Filioque procedenlem (col. 227 D).
2° Œuvres scripluraires. — Charlemagne avait chargé Alcuin de mettre de l'ordre parmi les textes bibliques aux variantes multiples qui étaient en circulation; son esprit simplificateur envisageait une sorte de textus receptus qui réalisât l'uniformité; Alcuin se mit à l'œuvre et s'efforça de restituer la Vul-
THÉODULFE
THÉOGNOSTE
gâte hiéronymienne, les variantes étant éliminées de l'édition. Le but de Théodulfe n'est pas le même : il n'a pas le cœur de choisir parmi les variantes; sa pensée là-dessus nous est bien indiquée dans une épître en vers adressée à sa « fille » Gisèle, en lui envoyant comme cadeau de noces un psautier magnifique argenlo atque auro quod radiare vides; ce psautier contient, dit-il, les deux versions de saint Jérôme : sensibus egregiis utraque, crede, micat, l'une et l'autre brillent de très beaux sens. P. L., t. cv, col. 326 C. Ce psautier a disparu, mais les Bibles qui nous restent, en particulier l'exemplaire de la Bibliothèque nationale (lut. 9X80) et celui qui est conservé au trésor de la cathédrale du Puy, témoignent de la même disposition : un système compliqué de ponctuation, de ratures, surcharges, additions interlinéaires ou marginales, sur un texte de base apparenté de près au Codex Toletanus montre le désir de ne sacrifier aucune variante intéressante. Plusieurs versions latines interviennent, les Septante et aussi, nous dit-on, l'hébreu : pour ce dernier, son influence se voit surtout dans l'ordre adopté pour les livres. Théodulfe voulut que les Bibles sorties de son scriptorium fussent accompagnées d'une chronique, qu'il emprunta à Isidore de Séville, d'une « clé » pour l'explication symbolique et enfin d'un spéculum : recueil de préceptes moraux, de sentences tirés des livres saints, qu'il trouvait parmi les œuvres de saint Augustin. Ajoutons que, malgré la complication de l'apparatus, ces Bibles sont fort belles, tant par la calligraphie que par les miniatures qui les décorent. Cependant elles n'eurent pas grand succès : le système était trop compliqué. Il faudra attendre les érudits du xvic siècle pour avoir l'idée de semblables éditions avec toutes les variantes d'un texte. Théodulfe est le précurseur des éditions critiques; cf. Delisle : Les Bibles de Théodulfe, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1879, t. xl, p. 5 et 47.
3° Œuvres pastorales. — Elles consistent principalement en deux recueils de préceptes, conseils, directions, donnés par l'évêque d'Orléans à ses prêtres et qui se présentent à nous, à l'instar des textes législatifs royaux, avec le titre de Capitula et Capitulare; le second recueil est appelé parfois « Pénitcnticl » : de fait, il est en grande partie constitué par l'énumération classique des fautes, affectées de la pénitence qu'elles comportent. P. L., t. cv, col. 191-208, 208-224. Il est impossible de donner ici un résumé même succint de ces deux recueils, mais ils sont importants, le premier surtout, pour la connaissance de la législation religieuse à l'époque carolingienne et très révélateurs de l'organisation diocésaine et paroissiale; cf. Carlo de Clercq, La législation religieuse Iranque de Clovis à Charlemagne, Louvain, 1936. On trouvera une bonne analyse dans dom Ceillier : Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, éd. Vives, t. xn, p. 264 sq. Ch. Cuissard a tiré des capitulaires de Théodulfe une longue description de la vie religieuse dans l'Orléanais ■a cette époque, op. cit., passim.
Domd'Achery, au t. v de son Spicilegium (1661), donne deux extraits assez courts de sermons, reproduits dans P. /.., t. cv, col. 275-282. Enfin, il faut rattacher aux œuvres pastorales une explication du canon de la messe, qui est plutôt une œuvre d'édification que de théologie, publiée par Ch. Cuissard, op. <it.,
p. '.Y.','l. L'opuscule s'inl il ule : Intcrpretatio missie et
l'explication s'étend depuis la préface jusqu'à VAgnus l>i i Inclus. Notons pour la théologie de l'eucharistie i e
bref tnentalre du Qui pridie : Quis unquam crede-
rel quod corpus in panem potuisaet converti vel sangula in vinum, nisi ipse Salvador dicerel, qui panem et vinum creavit et omnia ex nlhilo feettf Faetltiu est aliquid ci allquo lacère quam omnia ex nlhilo créait. Ibld., p. 338
4° Œuvres poétiques. — Elles représentent la plus grande partie de l'œuvre de Théodulfe. P. L., t. cv, col. 283-380, et surtout Dummler, Mon. Germ. hist., Poète, t. i, p. 437-581. Elles ont été naturellement très étudiées du point de vue de l'histoire littéraire et aussi du point de vue de l'histoire de la civilisation. Guizot en a tiré un chapitre de son Histoire de la civilisation en France, xxme leçon. Ebert, dans son Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (trad. Aymeric-Condamin, t. n, p. 81) n'a guère retenu qu'elles de l'œuvre de Théodulfe. Le fait est que ces poèmes abondants et faciles constituent un document de premier ordre. Ils nous font connaître d'une manière sympathique l'auteur lui-même, sa culture antique, sa sensibilité; on ne s'étonne plus qu'il ait apporté tant de soin à la construction et à la décoration des églises, à la copie et à l'ornementation des livres. Son maître est Virgile, mais surtout Ovide; d'ailleurs il nous renseigne lui-même sur ses lectures dans la pièce intitulée : De libris quos légère solebam. P. L., col. 331. L'évêque avait élégamment résolu pour son compte personnel le cas de conscience de la fréquentation des auteurs païens, qui inquiétera encore bien de ses contemporains. Plusieurs de ses poèmes sont de simples jeux d'esprit : telle la description d'un combat d'oiseaux dans la région de Toulouse. A la fin de sa vie, il pleurera la tristesse de son sort à la manière d'Ovide déplorant son exil : un beau poème, autour duquel de gracieuses légendes se sont formées, date de cette époque, le Gloria, laus, passé dans la liturgie du dimanche des Rameaux. Théodulfe écrit en vers sur les sujets les plus variés avec une étonnante facilité. Mais beaucoup de ces poèmes, comme on peut s'y attendre de la part d'un évêque, ont un intérêt parénétique : ils exhortent, ils prêchent, par exemple le récit en vers qu'il nous donne de sa mission dans le midi de la Gaule et qui s'intitule : Parenesis ad judices, cf. G. Monod, dans Revue historique, 1887. Il y a dans ce récit, du pittoresque, de la vie, mais il est surtout une exhortation aux juges pour qu'ils soient intègres. Nous avons une Parenesis semblable ad episcopos, un long parallèle des vertus et des vices, une description des arts libéraux. On ne pourrait connaître l'évêque d'Orléans sans avoir lu ses poèmes, c'est là assurément qu'il a mis le meilleur de lui-même : théologien quand il l'a fallu, Théodulfe a été essentiellement un évêque et par surcroît un humaniste.
1° Texte. — Le premier érudil (|ui ait porté ses recherches sur l'évêque Théodulfe semble avoir été Sirmond. Dès 1629, au t. n des Concilia antiqua Galliee, il publie les Capitulât P. L., col. 191. En 1646 paraissent a Paris chez Cramoisy les Theodulfi Aureliunciisis eplscopl opéra: ce recuoil contient les Capitula déjà publiés, le De ordine baptismi, le De Spiritu Sancto, les C.arrnina divisés en G livres. Cette édition a été considérablement augmentée dam les Sirmondi
Opéra, t. II, Palis, 1696. Aligne, dans 1'. /,., t. CV, donne les textes publiés par Sirmond, augmentes des 1 khi vailles de Baluzo et de Maltiilon. lai outre, nous avons signale plusieurs textes édités par Ch. Cuissard H la lin de son ouvrage.
2° Éludes. — Baunard, Théodul/e, évêque d'Orléans et abbé de 1-leury-sur-l.oirc, Orléans, L860; Ch. Cuissard, Théodul/e, évêque d'Orléans, sa l'ie et ses œuvres, Orléans, 1892; Chanoine (i. Chenesseau, L'abbaye </<• Fleurg n Saint- Ilenoit-sur-Loire, Paris, 1931.
Pour les ouvrages généraux, si- reporter aux articles : Hauan-Mauh, Haiiiii.ht, Hathamnk, Smaii IODE,
I I. Pi I III. H.
1. THÉOGNOSTE, théologien d'Alexandrie a la lin du ni' siècle. Nous ne connaissons rien de la vie de Théognoste, que ne signalent m Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique, ni sainl Jérôme dans le De viris illuslnbus. Philippe 'le Side, dans le fragment conservé par le cod. Bodl. Bai toi. 216, assure
qu'il fut le chef de l'école catéchétique d'Alexandrie ei le place à la suite de Denys el de i 'mi i us. mais avant
THÉOGNOSTE
Sérapion et Pierre. La notice de Philippe, on le sait par ailleurs, ne mérite qu'une confiance très relative; elle est remplie d'erreurs flagrantes et d'anachronismes. Dans le cas de Théognoste, elle se trompe probablement en le plaçant à la suite de Piérius. Nous savons que celui-ci était prêtre sous l'épiscopat de Théonas (281-300) et qu'après la grande persécution il passa à Rome le reste de sa vie. D'autre part, saint Denys fut élevé à l'épiscopat en 247-248 et il dut, à ce moment, abandonner la direction de l'école. Il ne peut donc guère avoir eu Piérius pour successeur immédiat à l'école et il est vraisemblable que l'activité de Théognoste est à placer sous l'épiscopat de Denys et de ses successeurs, entre 247 et 280 environ. Saint Athanase qui cite son témoignage le range parmi les anciens, 7raXoao! ocvSpsç. Episl. ad Serap., iv, 11. Dans le De decretis Nicœnae synodi, c. xxv, il le mentionne comme un habile homme, Xôytoç àv/]p, avant saint Denys. Après saint Athanase, saint Grégoire de Nysse, Stéphane Gobar, Photius, puis, au xne siècle, Georges de Corcyre sont seuls à rappeler le souvenir du vieux théologien.
Des ouvrages de Théognoste, nous connaissons d'abord quatre fragments : deux d'entre eux ont été conservés par Athanase aux deux endroits déjà cités; un troisième figure dans le Contra Eunumium, 1. III, c. m, de Grégoire de Nysse; un quatrième a été publié par Fr. Diekamp en 1902. Mais c'est Photius, Biblioth., cod. 106, qui nous renseigne le mieux sur son activité littéraire. Il nous apprend en effet que Théognoste avait écrit un grand ouvrage en sept livres intitulé Hypolyposes et il indique approximativement le contenu de chacun de ces livres : le premier devait traiter du Père, le deuxième du Fils, le troisième de l'Esprit- Saint, le quatrième des anges et des démons, le cinquième et le sixième de l'incarnation, le septième de la création.
Photius donne le titre du septième livre : De l'activité créatrice de Dieu, ce qu'il ne fait pas pour les autres livres. Diekamp a cru pouvoir conclure de ce fait et aussi de l'affirmation que le 1.- VII était plus orthodoxe que les autres, spécialement en ce qui concerne la christ ologie, que ce livre constituait une sorte de rétractation des précédents. Après avoir systématiquement exprimé sa pensée sur tous les dogmes chrétiens, Théognoste aurait été amené à revoir son œuvre, à la corriger ou à la compléter sur des points spéciaux et l'occasion de cette revision aurait pu lui être fournie par la controverse des deux Denys et les reproches adressés à l'évêque d'Alexandrie par saint Denys de Rome. Celte hypothèse est malheureusement aussi aventureuse que séduisante et nous ne saurions la retenir. Il peut être surprenant de trouver le traité de la création après celui de l'incarnation et même après celui des anges et des démons; mais nous savons que l'ordre des matières suivi par les théologiens anciens était assez différent du nôtre : dans le De principiis, Origène, après avoir parlé de Dieu, puis du monde et de l'homme, ne consacre-t-il pas ses deux derniers livres à la liberté humaine et à l'interprétation de l'Écriture sainte?
La doctrine de Théognoste semblait assez choquante à Photius, qui en critique plusieurs points, et cîéjà à saint Grégoire de Nysse, qui la rapproche de celle d'Eunomius. De même le caténiste auquel est dû le fragment publié par Diekamp écrit : « A remarquer qu'en plusieurs autres passages, cet auteur émet des blasphèmes sur le Fils de Dieu et sur le Saint- Esprit. » En réalité, le vieux théologien d'Alexandrie se montre le disciple fidèle d'Origène et ses enseignements s'apparentent de près à ceux de saint Denys. Pour sa part, saint Athanase ne voyait pas de difficulté à se couvrir de l'autorité de ce savant homme,
tout en déclarant qu'il parlait parfois par manière d'exercice avant d'exprimer sa véritable pensée : -.% upo-TEpa cjç êv •pj[j.vy.al<x h'-,z~'xcsy.c,, uGTepov tïjv èauroC Sô^av tiOeîç. De décret. Nie. syn., c. xxv, P. G., t. xxv, col. 460.
Selon Photius, Théognoste enseignait que le Père doit nécessairement avoir un Fils. Peut-être faut-il entendre par là que Dieu est obligé pour se révéler d'avoir recours à un médiateur. On se souvient que, pour Origène, Dieu est de même la vérité et la bonté absolues et qu'il se manifeste aux hommes par le moyen du Verbe qui est seulement vrai et bon.
Plus grave, nous semble-t-il, est le reproche, encore adressé par Photius à Théognoste, d'avoir donné au Fils le nom de créature, x-îa^a. Un reproche semblable a été fait à Origène et à saint Denys d'Alexandrie. Mais on sait qu'au me siècle encore le mot y.TÎo[i.a était loin d'avoir un sens aussi nettement déterminé que celui qu'il a de nos jours et que son emploi dans la christologie était justifié par le célèbre verset de Prov., vin, 22, où la Sagesse parle de sa création par ie Seigneur.
D'ailleurs, saint Athanase, De décret. Sic. syn., c. xxv, cite un passage de Théognoste où celui-ci enseigne clairement que le Fils est de l'ousie du Père, èx -rqç, oùaîaç toû Ila-rpoç, comme le rayonnement de la lumière ou la vapeur de l'eau. « Le rayonnement n'est pas le soleil, la vapeur n'est pas l'eau; mais ils ne sont pas étrangers au soleil ou à l'eau. De même, l'ousie du Fils n'est pas le Père et elle n'est pas étrangère à lui, mais elle est une émanation de l'ousie du Père, sans que celle-ci ait à souffrir une division. » Ailleurs, dans le nouveau fragment publié par Diekamp, Théognoste écrit : « Les Écritures donnent au Fils les noms de Verbe et de Sagesse. Il est appelé Verbe parce qu'il procède de l'esprit du Père de l'univers, car il est clair que le Verbe est la plus noble expression de l'esprit. Mais le Verbe est également une image, car le Verbe seul traduit d'une manière convenable les pensées qui existent dans l'esprit. Pourtant nos paroles humaines ne sont qu'une indication partielle des choses qui sont susceptibles d'être dites et elles laissent de côté bien des choses ineffables qui restent dans l'esprit seul. Mais le Verbe vivant de Dieu (interprète tout l'esprit de Dieu)... Les Écritures disent encore que dans le Fils habite la plénitude de toute la divinité. Elles signifient non pas qu'il est une chose et que la divinité est une autre chose distincte qui entrerait en lui et le remplirait, mais qu'il est semblable au Père, que son ousie est pleine, comme l'ousie du Père, de tout ce qui constitue Dieu. Il possède ainsi la ressemblance du Père selon l'ousie..., une ressemblance entière et exacte. » Ce langage est jugé correct par le caténiste. Il nous surprend un peu, parce qu'il y est question de l'ousie du Fils el de celle du Père, alors que le symbole de Nicée déclare expressément (pie le Fils est consubstantiel, ô[j.ooùcrt&ç, au Père el qu'il enseigne l'unité d'ousie en Dieu. Mais il ne faut pas s'arrêter aux mots: ici encore, Théognoste s'exprime comme Denys d'Alexandrie, en évitant soigneusement toutes les expressions qui pourraient favoriser l'hérésie sabellienne.
On peut ajouter que, selon Photius, Théognoste limite l'action du Fils aux seuls êtres raisonnables, tûv Xoyixô>v u.6vov è^LtTTaTeîv. Lue idée semblable est attribuée à Origène par saint Jérôme. Epist., cxxiv, ad Avid.. c. 2, et par Justin ien, Episl. ad Menant. Mansi, Concil., t. ix, col. 524: cf. P. Kœlschau, Origenes De principiis, I, m, 5, p. 55-56, et elle s'explique par le fait que le Fils est essentiellement la raison de Dieu. Il faudrait d'ailleurs connaître exactement le texte auquel se réfère Photius pour être capable d'apprécier la vraie pensée de Théognoste.
THEOGNOSTE
A propos du Saint-Esprit, saint Alhanase nous a conservé, Epist. ad Serap. iv, 11, deux passages de Théogtioste relatifs au péché contre le Saint-Esprit. Sérapion avait consulté l'évêque d'Alexandrie à ce sujet et celui-ci s'était immédiatement référé aux écrits d'Origène et de Théognoste pour répondre à son correspondant, marquant ainsi la haute opinion qu'il avait de ces écrits. Théognoste, ajoute-t-il, distingue trois catégories de péchés : ceux qui ont commis les péchés de la première ou de la deuxième catégorie, c'est-à-dire, ceux qui ont trahi les enseignements relatifs au Père et au Fils, doivent être châtiés moins sévèrement; mais ceux qui ont péché contre l'Espril- Saint ne sont pas dignes de pardon. « Le Sauveur daigne converser avec ceux qui ne peuvent pas encore recevoir l'enseignement parlait et condescend à leur faiblesse, tandis que l'Esprit-Saint réside dans ceux qui sont parfaits, cuyyîvETca toïç TeXetou(jLsvoi.(; (c'est-à-dire dans les baptisés). Pourtant l'enseignement du Saint-Esprit ne peut pas être regardé comme supérieur à l'enseignement du Fils. Nous pouvons seulement dire que le Fils condescend aux imparfaits, tandis que l'Esprit est le sceau de ceux qui sont parfaits. Ainsi ce n'est pas une preuve de la supériorité de l'Esprit sur le Fils que le blasphème contre l'Esprit soit irrémissible. » Dans tout ce passage, on le voit, Théognoste ne se préoccupe pas de marquer la place du Saint-Esprit dans la Trinité et nous ne savons pas précisément ce qu'il pensait à ce sujet. Il s'intéresse seulement an péché irrémissible, que seuls, dit-il, peuvent commettre les baptisés en qui le Saint-Esprit réside. C'est à cause de cette résidence que la faute des baptisés ne mérite pas le pardon. Il n'est pas impossible d'ailleurs qu'il ait admis une certaine subordination du Saint-Esprit au Père et au Fils, mais ce point reste obscur.
Dans l'ensemble, pour autant que nous sommes capables de la connaître, la théologie de Théognoste ne présente pas d'éléments originaux. Elle s'apparente de très près à celle d'Origène et de saint Denys. c'està-dire qu'elle se tient dans la ligne de pensée traditionnelle dans l'école d'Alexandrie. Si Grégoire de Nysse et surtout Photius trouvent à la critiquer, At hanase ne se montre pas aussi rigoureux; il cite au contraire le vieux maître comme une autorité digne de vénération.
Les fragments de Théognoste sont réunis dans P. a., t. x, col. 235-245, el mieux dans Routh, Reliquum sacrée, ! . p. 107-422. t'n fragment nouveau a été édité par l-'r. Diekamp, Ein news Fragmentons den Hypotyposen des Alexandrlner Theognost, dans Theologische Quartalschrtfl, t. i.\\\i\ . 1902, p. 181-494; voir ;iussi Photius, Bibliotheca, codex 106; A. von Harnack, Ole Hypotyposen 'lis Theognost, dans Texte und ' 'ntersuehungen, t . \xi\ , 1903, fasc. 'i. p. 73- 92; L.-B. Radford, Three leachers o/ Alexandria, Theognostas, Pterlus and Petrus, Cambridge, 1908.
G. Bardy.
2. THÉOGNOSTE, moine byzantin du ix<- siècle.— Parmi les personnages qui jouèrent un rôle important dans l'affaire de Photius. se trouve le moine byzantin Théognoste, ami fidèle du patriarche F
et défenseur dévoué de sa cause. Ce fut lui qui rédigea et porta a Home, au péril de sa vie, l'appel d' Ignace BU S;iiiii ntre la sentence de déposition dont
l'avait frappé le concile de Constantinople en khi avec
la ((implicite des légats romains Rodoald de Porto et Zacharie d'Anagni. Cf. art. Photius, t . xn, col. 1564. Théognoste était alors un des personnages les plus marquants du cierge régulier de Constantinople. Non
seulement il était archimandrite d'un couvent de la
capitale, mais encore le patriarche lui avall confié le
poste de conli;inie ( | "<• \ ;i i (|ik . . . I ..dire de légat
patriarcal auprès des monastères stavropégiaques de plusieurs province tiques. Pour éviter les
représailles de Photius, il fut contraint de rester à Rome jusqu'en août 868, époque à laquelle il put reprendre le chemin de Constantinople, porteur d'un courrier pontifical pour le basileus et le patriarche Ignace, rétabli sur son trône. Dans sa lettre à l'empereur, le pape Hadrien II fait de Théognoste le plus grand éloge et le recommande à la bienveillance du souverain. Hardouin, Acta conciliorum, t. v, col. 860. Mêmes paroles flatteuses dans la lettre à Ignace. Ibid., col. 862. Celui-ci n'oubliait pas les services rendus par l'archimandrite. Aussi lui confia-t-il, à son retour, la direction du monastère de Pégé, l'un des plus importants de la capitale, et le nomma, en même temps, skévophylax ou trésorier de la Grande Église. Nous ignorons s'il assista au VIIIe concile œcuménique de 869-870. La Vita Hadriani II nous apprend seulement qu'il alla, avec le protospathaire Sisinnius, à la rencontre des légats romains, à Sélymbrie, en septembre 869, et qu'il les accompagna de là jusqu'à Constantinople. Vita Hadriani II, P. L., t. cix, col. 1387. Après le concile, ce fut lui que choisit Ignace pour s'acquitter, auprès d'Hadrien II, de la mission délicate d'obtenir une mitigation de la sentence portée par l'assemblée œcuménique contre les clercs ordonnés par Photius. Mais Théognoste eut beau plaider avec zèle la cause dont on l'avait chargé : Hadrien II maintint, dans toute leur rigueur, les décisions du pape Nicolas et du concile contre le clergé photien. Cet échec dut lui être particulièrement sensible, d'autant plus que le pape lui conservait toute sa confiance et toute son affection. Voir la réponse du pape à l'empereur et à Ignace sur cette affaire : Mansi, Concil., t. xvi, col. 207. Après quoi on le perd de vue. Resta-t-il à Rome? Retourna-t-il à Constantinople? Nous l'ignorons. Il dut mourir dans les dernières années du ix0 siècle.
De Théognoste, la P. G., donne deux pièces seulement : 1° Un Panégyrique de tous les saints : 'Eyxa>fi.t.ov eîç toÙç àyîouç 7ràvxaç, P. G., t. cv, col. 819-862, édition prineeps de Mingarelli, Grœci codices manuscripli apud Nanios asserrati, Cologne, 178-1, p. 144; 2° Le Libellus ad Nicolaum papam, col. 856 sq., qui n'est autre que la lettre d'appel du patriarche Ignace dont nous avons parlé plus haut, rédigée à l'issue du concile photien des Saint s- Apôtres en 861. Dans le titre même de ce document, Théognoste proclame sa foi en la primauté romaine, appelant le pape : « le président et le patriarche de tous les sièges, le successeur du Coryphée, le pape œcuménique : t<o u-oexapicoTa-rco TrpoéSpco xal mxrpiâpjji tocvtwv twv Opôvcov xal toû Kopuçatou 8t.a86yco xal oîxouuxvixtô NixoXàco redtacqi. A cet héritage littéraire, il faut ajouter une courte homélie pour la fête de la Dormition de la sainte Vierge, que nous avons publiée dans la Patrologia orientalis de Crallin-Nau. t. xvi, p. 457 162, d'après le cod. 763 de la Bibliothèque nationale de Paris. \\\\ Xe siècle : (-koyvûaTou p:ova/où èyxwu-iov eîç Tr,v xolprrjaivTÎjç 67tepayCaç0eoT6xou. Theognost e enseigne, à la fois, très clairement et l'humât idée conception de la Mère de Dieu a primo instanli (voir son beau témoignage sur ce dogme à l'art . Immaculéi CONCBF
TJON n.ws L'EoLISB QRBCQUE APRÈS LE CONCIL1 D'ÉPHSSE, t. VII, COl. 927) et son assomplion glorieuse en corps cl «'il àmc, /'. ().. t. cit.. p. 160. Il a seulement le tort de trop s'inspirer du récit légendaire de Jean
de Thessalonlque sur la i lonnit ion.
Les sources ont dé Indiquées au cours de l'aitlcle; M. .lugie, l-a vie et les œuvres du moine Théognoste < i \* t.). Sun témoignage sur l'Immaculée Conception, dans le //n,nrtone, t . nxxv, 1919,
M. .Ii (.ii .
3. THÉOGNOSTE, auteur spirituel byzantin (xiv s.i. Il :i laisse un acrostiche spirituel en
soixante quin/c chapitres : Ilepl TTpa^ecot; y.tX Ocoploc,
THÉOGNOSTE THÉOLEPTE
xai Trepl Upcoa>iv7)<;, dédié « aux très saints Pères Lazare et Barlaam ». Le c. xxvi est une interpolation empruntée à la Centurie de Jean de Carpathos aux moines de l'Inde (P. G., t. lxxxv, col. 1842-1843, n. 23 de la traduction de Pontanus, ibid., col. 795 C- 796 A). Les cinq dernières lettres de l'acrostiche manquent. L'âge du plus ancien et seul manuscrit complet, fin xiv1 siècle (Luvra, M, 54, fol. 855-869), celui des extraits, tous postérieurs au xivc siècle, l'inspiration mêlée de la doctrine nous portent à dater le factura du xive siècle. La critique interne révèle d'assez nombreux emprunts allant au moins jusqu'à saint Jean Damascène. L'opuscule est formé de considérations peu liées sur les vies active et contemplative et sur le sacerdoce (13-21, 49-GO, 70-74). Le vocabulaire est assez recherché. Le style l'est beaucoup moins. A noter, parmi les traits les plus suggestifs de l'ouvrage, la place donnée à la TtAvjpocpopîa, sentiment vif de la grâce et de la prédestination bienheureuse, l'importance du facteur sacramentel dans la vie spirituelle, la modération relative des principes concernant l'apathie et la contemplation. La pièce n'est pas indigne d'être rendue plus accessible.
Le texte de l'acrostiche dans la $(XoxaXca tûv Up^v vn7mx'5v, Venise, 1782, p. 499-511; Athènes, 1893, t. i, p. 355-365. 11 faisait partie du t. clxii de la P. G. Pour plus de détails, cf. J. Gouillard, L'acrostiche spirituel de Théognoste (XI 7' siècle), dans Échos d'Orient, t. xxxix,
J. Gouillard.
THÉOLEPTE, métropolite de Philadelphie, auteur spirituel byzantin (vers 1250-1321/1326). — Né à Nicée autour de l'année 1250, il était diacre récemment marié quand fut conclue l'union des Églises à Lyon (1274). Il quitta sa femme pour aller se joindre à des moines en un lieu retiré que certains identifient avec le Mont-Athos (Athonskij Paterik, IIe partie, 6e édit., Moscou, 1890, p. 109 : un passage de Philothée Kokkinos, Éloge de Grégoire Palamas, P. G., t. cli, col. 561 A, admet une interprétation de ce genre). Il y trouva un mystique éminent pour lui enseigner les secrets de la praxis, de la Iheoria et de la nèpsis; cf. Choumnos, Éloge funèbre de Théolepte, p. 201- 203. Il s'agit d'un certain moine Nicéphore qui nous a laissé un opuscule Sur la nèpsis et la garde du cœur (Philocalie de Nicodème l'hagiorite, Venise, 1782, p. 869; Athènes, 1893, t. n, p. 236-241) et a joué un rôle intéressant dans la renaissance hésychaste des xme-xive siècles; cf. le texte important de Gr. Palamas publié par D. Staniloae, Anuarul Academiei teologice « Andreiane » din Sibiu, 1932-1933, p. 8-10 et Viata si îni'âlatura sf. Gr. Palama, Sibiu, 1938, p. 54-57, résumé dans M. Jugie, Note sur le moine hésychaste Nicéphore, dans Échos d'Orient, t. xxxv, 1936, p. 409.
Vigoureux ascète, Théolepte fut aussi, entre beaucoup de congénères, un des adversaires les plus décidés de la politique unioniste de Michel VIII. Cité pour ce motif devant l'empereur, il se défendit si bien qu'on l'emprisonna après l'avoir copieusement battu. Libéré peu après, il transporta sa solitude près de sa ville natale, écarta définitivement et non sans peine sa jeune femme et toucha enfui, à la faveur des revirements politiques, la récompense des services qu'il avait rendus à l'orthodoxie. En 1285, en effet, il signe au second synode des Blachernes comme « archevêque de la métropole de Philadelphie ». Lin court traité contre les partisans non ralliés de Veccos, qu'il écrivit vers cette époque, Ilepl toû cpsùyei-v toùç àicocrxiÇouivouç tûv ôpÔoSôÇcov, nous est un bon garant de son zèle. Désormais le crédit dont il jouit et l'ardeur de son tempérament vont le mêler à toutes les affaires. Après l'avoir signé avec tant d'autres, il s'inscrira contre le Tome de Grégoire II, patriarche de Gonstantinople;
voir ici Grégoire de Chypre. Il tiendra bonne place (oTXTCxvTa xuxôJv <-)eôXr,—oç, Pachymère, Andronicos Palaiologos, n, 10) dans la coalition qui réclama sa démission. Il se retournera ensuite contre l'un de ses partenaires dans cette lutte, Jean Cheilas d'Éphèse. Ibid.. iv, 10. lue autre fois, son attitude conciliante dans une question de protocole entre le basileus et le sultan d'Egypte le mit violemment aux prises avec l'évêque de Dyrrachium. Ibid.. ni, 23. Mais, où il fut le moins heureux, ce fut en prêtant la main à une insurrection militaire contre le commandant des forces d'Asie Mineure, Jean Tarchaniote (1297) : il eut le dessous. Il dut cependant se remettre assez vite du coup porté à sa réputation. En 1303, à en croire son panégyriste, cf. Choumnos, op. cit., p. 230-233, son prestige aurait suffi à faire lever le siège que les Turcs mettaient devant Philadelphie. Grégoras, lui, a soin de doubler l'ascendant de l'évêque de l'autorité de l'épée catalane. Byzant.hist.. VII, H, 3, P. G., t. cxlvih, col. 380-381. Andronic II utilisera plus d'une fois encore ses services : en 1321, on le voit successivement figurer au tribunal chargé de juger Andronic III, cf. Cantacuzène, Hist., I, xiv, P. G., t. cliii, col. 129 C, et être dépêché en ambassadeur auprès de celui-ci à Andrinople. Grégoras, op. cit., VIII, vi, 8, P. G., t. cxlviii, col. 500 B; Cantacuzène, Hist., I, xix, t. cliii, col. 161 AB. A partir de cette date, nous perdons sa trace. Son panégyriste, N. Choumnos, étant mort le 18 janvier 1327, on est fondé à croire que Théolepte est décédé avant la fin de 1326.
Les historiens s'accordent à souligner le crédit et l'activité du métropolite. Ses relations avec des personnages importants de la société contemporaine, Théodore Métocbitès, Nicéphore Choumnos, N. Grégoras, Michel Gabras, Grégoire Akyndinos, confirment leur témoignage. Choumnos assure que Théolepte était gratifié du charisme de l'enseignement. Op. cit., p. 219 sq. Ses œuvres valent l'examen. On a déjà nommé l'opuscule inédit Contre les schismatiques, Ottob. gr. 418, xv-xvie s., fol. 80-89. Des hymnes par lui composées, nous connaissons un « canon de componction » en neuf odes sur le jugement dernier, texte latin seul dans P. G., t. cxliii, col. 403-406 d'après la Biblioth. PP. Lugd., t. xxn, un canon sur N.-S. J.-C, Athon. 4658, fol. 7, une poésie alphabétique, Padov. Univ. 1722, fol. 78-86, un idiomèle sur Dieu, Ambr. 44, fol. 317.
Mais Théolepte est surtout pasteur et directeur. Il entretint jusqu'à sa mort des rapports suivis avec le monastère du « Sauveur Philanthrope », à Constantinople. Il dirigeait sa supérieure, Irène Choumnos, devenue sœur Eulogie, et au moins certaines de ses religieuses. Il eut souvent l'occasion de s'adresser à elles dans des lettres, des homélies, de petits traités; sur ces rapports, se reporter à V. Laurent, Une princesse byzantine au cloître, Irène-Eulogie Choumnos Paléologine dans Échos d'Orient, t. xxix, 1930, p. 29 sq. L'Otlob. gr. 405, xiV s., est sans doute le manuscrit le plus ancien (il a pu appartenir à Eulogie) qui nous ait gardé la somme de cette activité. Il forme la partie essentielle de l'œuvre du métropolite. En attendant la publication de ces pièces nous en donnons les titres, sur la foi de la table liminaire de VOltob. 405. On pourra utilement confronter celui-ci avec le ms. 131 (alias 126, 184), du xive siècle aussi, de la bibliothèque patriarcale d'Alexandrie, d'ordre un peu différent mais de contenu identique, décrit dans 'ExxA-rço-iatmxôç <Mpoç, t. xxvn, 1930, p. 354 sq.,