‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 126 sur 423 · THÉOLOGIE. L'UTILISATION D'ARISTOTE · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE. L'UTILISATION D'ARISTOTE

à Vincent de Beauvais et Raymond Sebond); V. Me Nabb,

St. Thomas and moral theologg, dans The Irish theological quarterlg, 1919, p. 326-336; B.-H. Merkelbach, Le traité des actions humaines dans la morale thomiste, dans Revue des sciences philos, et théol., t. xv, 1926, p. 185-207; O. Lottin, Les premières définitions et classifications des vertus au Moyen Age, ihid., t. xvm, 1929, p. 369-107; La psychologie de l'acte humain chez saint Jean Damascène et les théologiens du XI IIe siècle occidental, dans Revue thomiste, 1931, p. 631- 661; H. -M. Martineau, Le plan de la « Summa aurea ■ de Guillaume d'Auxerre, dans le recueil Théologie, I, Ottawa,

3. Une structure scientifique. — Le développement de l'influence d'Aristote devait engager un jour la théologie à se donner un statut épistémologique aristotélicien. A vrai dire, cette évolution ne sera pas acquise d'un coup; elle ne sera vraiment consommée que chez les commentateurs de saint Thomas. Cf. L. Charlicr. Essai sur le problème théologique, Thuillies, 1938.

Jusqu'ici, la théologie est conçue comme constituée par un certain usage de la raison s'appliquant aux choses de la foi, à l'intérieur de la foi. Ce sont les énoncés de foi qui forment son objet. Aussi posait-on en ces termes la question de l'usage de la raison en sacra doclrina : la raison peut-elle fournir des preuves de la foi, peut-elle apporter des arguments qui prouvent les énoncés de foi? l'ropter quid ad probationem /idei adducantur rationes '.'

Cette position s'( x prime chez Guillaume d'Auxerre, au débul de sa Summa aurea. La théologie y est conçue comme une promotion de la foi, fldes faciens rationem, laquelle est présentée comme un don surnaturel de lumière qui a en soi. de par Dieu, sa justification, et qui ouvre BU Adèle un monde nouveau de connaissances. Summa aurea, proL.éd. Pigouchet. Paris. 1500, fol. 2. Cette notion de la foi engage Guillaume à mettre celle-ci en parallèle avec la lumière naturelle des premiers principes, qui s'imposent par eux-mêmes. c'est i dire sont \<cr se nota et ouvrent à l'intelligence tout l'ordre des connaissances naturelles : Habet ergo (theologia) principia, scilicei articulas, qui (amen solis fidelibus su ni principia, qui bus fidelibus su ni per se nota, non aliqua probatione indigentia. L. III, tract, m. c. i. q. I, fol. 131 '; cf. aussi Iracl. VIII, cap. de sapienlia. q. i, fol. 189' et l. IV, tract, de baptismo, cap. de hapl. parvul., q. i, fol. 25 1' . Mais, en ces trois passages, pris à des questions qui concernent la foi. Guillaume n'a qu'un souci : rendre compte de l'immédiatelé de la foi. qui ne s'appuie à rien d'autre qui lui serait supérieur. Même au fol. 131" où il déclare: si intheolo qui non rssenl principia. non essel ars pel scierilia, et au fol. 254e ou il (lit : Sicut alite scientite habent sua principia et conclusiones suas, iiu etiam theologia, il ne

pense pas a développer le parallèle entre la foi et les principes premiers en ce sens que la I héologic part irait des principes de la foi, comme la science des principes de la raison, pour se livrer a une opération de déduction ci pour tirer, à partir de ces principes, de nouvelles conclusions qui seraient son objet proprr parallèle, ou il est toujours parlé des principia pet se nota, cl non proprement des principia scientite, est Invoqué en faveur de la foi el n'est pas développé en faveur de la théologie, dont les rationes semblent bien avoir pour rôle, simplement, de probare (Idem, ostenilen ftdem; cf. prol., fol. I».

Dans cel usage des rationes naturales, Guillaume

marque très fortement le primai du donne de foi. Les

ies, dit Guillaume, sont venues d'une application

indue des principes el des naturels aux

i de Dieu. Il > a des considérations qui valent vu philosophie, mais qu'on ne peut appliquer en théologie; par exemple : /"" régala Artêtotelis, quod per se est Iule, ma g il Ut taie quam tllud quod non est per se Iule,

irnrt m natwaltbus, uhi naturalla naturalibus confe-

runtur. Sed ubi naturalia conferunlur primas, causa', non tenet. L. II, tract, v, q. i. fol. 46". Ainsi Guillaume a-t-il senti le problème de la théologie rationnelle que nous allons rencontrer désormais dans toute sa force. Il lui a donné une solution clairvoyante. Nous verrons, dans tout le xme siècle et jusqu'à Luther, se développer l'idée que la philosophie et la théologie représentent deux compétences dont il faut respecter les exigences et la spécificité. Sur Guillaume d'Auxerre, cf. Th. Heitz, Essai histor. sur les rapports de la philosophie et de la foi, Paris, 1909, p. 92 sq.; J. Stracke, Die scholastische Méthode in der « Summa aurea » des Wilhelm von Au.rcrrc, dans Théologie und Glaube, t. v, 1913, p. 549-557; M.-I). Chenu, La théologie comme science au xiw siècle, dans Archives d'hist. doctr. et littér. du Moyen Aqe. t. il, 1927, p. 31-71, cf. p. 49 sq.

Le parallèle, lancé par Guillaume, entre la foi et les principes per se nota sera repris et développé dans un sens qui cherchera à concevoir la théologie sur le type de la science aristotélicienne. Le P. Cuervo a peut-être un peu exagéré la portée de quelques textes d'Albert le Grand en ce sens. Cependant, si l'ensemble du Corn, in I Sent., dist. I. éd. Horgnet, t. xxv, p. 15-20, n'est guère explicite pour une théorie de la théologiescience, plusieurs passages de la Summa theologia', de rédaction plus tardive, sont plus formels et plus rigoureux; cf. [■ pars, tract, i, q. iv, sol.; q. v, memb. 2, ad 2um; memb. 3, surtout contr. 3, éd. Horgnet, t. xxxi. p. 20, 24-26. Albert ne fait d'ailleurs pas intervenir l'idée de science subalternée. Nous n'insisterons pas autrement sur sa notion de théologie, qui n'est pas, techniquement, d'une très grande originalité. Par contre. Albert commence l'espèce de révolution (pie sainl Thomas fera aboutir, en faveur d'une distinction nette entre philosophie et théologie et surtout en faveur de la consistance des natures créées et de la connaissance rationnelle qui leur fait face.

Le parallélisme suggéré par Guillaume d'Auxerre est plus nettement marqué, peut-être, dans les qusesliones de quelques auteurs franciscains antérieures à la Summa d'Albert et même à celle de saint Thomas. Soit dans les Quœstiones d'Odon Rigaud, vers 1211- 1250, soil dans celles de Guillaume de Meliton, vers 1245-1250, soit dans celles .lu Cod. Vatic. lai. l'idée aristotélicienne de science se trouve appliquée à la théologie cl l'objection caractéristique tirée des objets singuliers de celle ci. abondamment développée : Theologia, quantum ad acceptionem illarum dignilatum. quse menti hominum sunt impressss, quas etiam ah aliis seientiis non mendient, dicilur sapientia quasi cognitio causarum altissimarum; sed quantum ad

conclusiones ex illis pnnrifiiis illalas est scienlia dit

Odon Rigaud.

Sur Albert le Grand : cf. Cuervo, La teologia a uni, ciencta,

etc., dans Clencia lomlsta, I. KLVI, 1932, p. 173-199; \\ .

Belzendôrfer, Glauben und Wlssen bel Albert dem Grossen, dans Zeltsch. /. Theol. u. Kirche, I. vu, 1926. p. 280-300; ('.. l'eckes, Glauben und Glaubenswisscnschaft nacii Albert item Grossen, dan-. Zeltsch. /. katlnl. Theol., t. liv, 1930, p. 1-39; M. Grabmann, ih queestlont i tram theologia sit tclentta speculativa un practica< a B, Alberto Mm/no et .s. / homa Aquinate pertractata, dans Atti délia Seltunana albertlna, Rome, 1932, p. 107-126; A. Etonner, /><■ natura théologies juxta s. Albertum Magnum, dans Angellcum, t. wi, 19 19, p. 3-23.

Sur les ailleurs Franciscains cites : is. Peigamo, De queesllonibu» inedili» l r. Odonls Higaldl, l r. Gitlielmi de Vfeli loua il Codlcli Val. lut. 78S iiri-n naturam theologtm deque earum relatione ad Summam theologicam l r. Alexandri Halensls, drus Irch. francise, hlst., t. wi\, 1936, p. 3-54, 308 364,

2" /.'/ théologie Chei suint Thomas </' \qnin. Sans

entrer dans un grand détail, nous nous arrêterons un peu sur la notion de théologie chez saint Thomas, car

THÉOLOGIE. SAINT THOMAS

elle marque une orientation décisive, quoi qu'il en soit des interprétations assez divergentes que les commentateurs ont données de la pensée du maître.

Saint Thomas a traité trois fois de la méthode théologique : dans le prologue du Commentaire sur les Sentences (1254), dans le commentaire sur le De Trinilate de Boèce, q. il; enfin dans la Somme théologique, I», q. i (vers 1265). A ces textes majeurs s'en ajoutent d'autres et en particulier Contra Genliles, 1. I, c. mix ; 1. II, c. ii-iv; 1. IV, c. i (1259); Sum. theol., I», q. xxxn, a. 1, ad 2um; Ila-II3", q. i, a. 5, ad 2um; QuodL, iv, a. 18 (1270 ou 1271).

Voici, en bref, nos conclusions : 1. Saint Thomas n'a pas changé la manière, reçue de saint Anselme, d'Abélard et de Guillaume d'Auxerre, de concevoir le rapport du travail théologique au révélé : la théologie est pour lui la construction rationnelle de l'enseignement chrétien lui-même. 2. Mais il a transformé le rendement et l'apport de la raison dans ce travail, parce que, grâce à Aristote, la raison, chez lui, est autre chose qu'avant lui. File connaît une nature des choses et a une philosophie. 3. Ce qui, d'ailleurs, ne va pas sans engager des présupposés et sans poser des problèmes dont l'ensemble représente bien, pour la théologie, une nouveauté et une occasion de crise.

1. Saint Thomas n'a pas changé le rapport du travail théologique au révélé. — C'est ce que nous verrons dans la théorie qu'il a proposée de la théologie; dans l'exercice qu'il en a fait; à titre de confirmatur, dans ce qu'en ont dit ses disciples immédiats.

a) La théorie de saint Thomas. — La première question de la Somme débute par un article où saint Thomas établit qu'il est nécessaire (d'une nécessité hypothétique, mais absolue) que, élevé à l'ordre surnaturel, l'homme reçoive communication d'autres connaissances que les connaissances naturelles. Cette communication, c'est celle de la Révélation, c'est-à-dire celle de la doctrinu fidei, ou sacra doctrina, ou sacra scriptura. Toutes ces expressions, prises univoquement dans toute la q. i, sont en gros équivalentes et saint Thomas les considère si bien comme telles qu'il les prend l'une pour l'autre au cours d'un même raisonnement : cf. par exemple a. 3. La sacra doctrina est l'enseignement révélé, doctrina secundum revelationem divinam, a. 1, dans toute son ampleur, dont l'objet est ea quœ ad christianam religionem pertinent, prol. ; elle s'oppose aux philosophicse (ou physiciv) disciplinée, a. 1 et Conl. Gent., 1. II, c. iv; elle comprend aussi bien l'Écriture sainte, Scriptura sacra hujus doctrinx, dit le prologue de la q. i, la catéchèse et la prédication chrétienne, que la théologie proprement dite en sa forme scientifique.

Nous soupçonnons dès lors ce que signifie l'a. 2, Utrum sacra doctrina sit scientia? En posant cette question, saint Thomas prend sacra doctrina au sens de l'a. 1, celui d'enseignement chrétien, et il entend se demander ceci : Est-ce que l'enseignement chrétien est tel qu'il a la forme et vérifie la qualité d'une science? Il ne s'agit pas d'identifier, sans plus, enseignement chrétien et science, car l'enseignement révélé comporte bien des aspects ou des actes qui n'appartiennent pas à l'ordre de la science; mais il s'agit de savoir si l'enseignement chrétien, au moins en l'une de ses fonctions, en l'une de ses activités, en l'un de ses actes, peut vérifier la qualité et mériter le nom de science. A cette question, saint Thomas répond affirmativement et, dans la Somme tout au moins, il se contente pour cela de dire que la sacra doctrina vérifie la qualité de science selon cette catégorie, étudiée et définie par Aristote, des sciences « suballernées ».

Dans le commen taire sur le De Trinilate de Boèce, cependant, q. n, a. 2, il nous indique plus expressément ce qu'il veut dire lorsqu'il revendique pour la sacra doc-

trina la qualité de science. Il y a science quand certaines vérités moins connues sont rendues manifestes à l'esprit par leur rattachement à d'autres vérités mieux connues. Dieu a, de toutes choses, une science parfaite, car il voit le fondement des effets dans les causes, des propriétés dans les essences et finalement de toutes choses en lui, dont elles sont une participation. La foi est bien, en nous, par grâce, un connaître divin, une certaine communication de la science de Dieu. .Mais cette communication est encore bien imparfaite et laisse l'esprit dans le désir d'une saisie plus pleine des objets qu'elle révèle. Cette saisie peut être recherchée soit par une activité surnaturelle, de mode vital et qui tend à s'assimiler au mode de saisie de Dieu lui-même, soit par une activité proprement intellectuelle qui suit notre mode à nous et qui est, en gros, le travail théologique. Nous avons ainsi, à partir de la foi et sous sa direction positive, une activité qui suit notre mode à nous, qui est mode de raisonnement. Est-ce à dire que les vérités de la foi seront en nous comme des principes à partir desquels, sortant du domaine de la foi pour entrer dans celui de la théologie, on déduira des vérités nouvelles? Sans doute n'y a-t-il pas lieu d'exclure de la perspective de saint Thomas ces conclusions théologiques < proprement dites », aboutissant à des vérités qui ne se trouvent pas énoncées dans l'enseignement révélé. Mais ce n'est pas cela que saint Thomas a dans l'esprit. Tout simplement, la sacra doctrina prend une forme de science et en mérite le nom lorsqu'elle rattache certaines vérités de l'enseignement chrétien, moins connues ou moins intelligibles en soi, à d'autres vérités, également de l'enseignement chrétien, plus connues ou plus intelligibles en soi, comme des conclusions à des principes, mode propre du connaître humain. Peu importe que les vérités-conclusions soient ou non expressément révélées. L'important c'est que ex aliquibus notis alia ignotiora cognoscuntur. Alors que Dieu connaît toutes choses en lui-même, modo suo, id est simplici inluilu, non discurrendo, et qu'il a ainsi une science intuitive, nous connaissons les mêmes choses, selon notre mode à nous, discurrendo de principiis ad conclusiones. C'est ainsi que, dans l'enseignement sacré, certaines vérités joueront le rôle de principes et d'autres, que nous rattacherons aux premières comme des effets à leur cause ou des propriétés à leur essence, le rôle de conclusions.

Ainsi renseignement sacré vérifie la qualité de science lorsqu'il se produit en une activité proprement discursive, dans laquelle le moins connu ou le moins intelligible est rattaché au plus connu ou au plus intelligible. Ainsi nous rejoignons l'a. 8 de la Somme, où saint Thomas définit en quoi l'enseignement sacré démontre ou argumente. Et saint Thomas d'ajouter, comme dans les lieux parallèles, l'exemple de saint Paul qui, dans la Irc épître aux Corinthiens, c. xv, établit notre propre résurrection en argumentant à partir de la résurrection du Christ, mieux connue et surtout cause et fondement de la nôtre. Comp. Sum. theol.. P, q. i, a. 8, corp.; De veritaie, q. xiv, a. 2, ad 9um; In Iam Sent., prol., a. 5, ad 4um. La qualité scientifique de l'enseignement sacré consiste donc en ceci que, à partir de vérités de foi prises comme principes, on peut, par raisonnement, établir ou fonder d'autres vérités qui apparaîtront certaines de par la certitude des premières. Et, répétons-le, il ne s'agit pas pour saint Thomas de savoir si ces vérités rattachées discursivement comme des conclusions à des véritésprincipes ajoutent matériellement au révélé. Il s'agit de voir que l'enseignement sacré comporte, dans son labeur total, ce travail, qui est le plus spécifiquement humain, de construire la doctrine chrétienne selon un mode de science, en rattachant à ce qui est, en elle,

THÉOLOCxIE. SAINT THOMAS

premier, tout ce qu'on peut y rattacher comme une conclusion.

Par ce travail, la sacra doclrina reproduira, autant qu'elle le pourra, la science de Dieu, c'est-à-dire l'ordre selon lequel Dieu, dans sa sagesse, rattache toutes choses les unes aux autres, selon leur degré d'intelligibilité et d'être, et finalement toutes à lui-même. Nous sommes ici au cœur de la notion thomiste de théologie et ce ne sont plus seulement les a. 2 et 8 de la Somme que nous y trouvons, mais aussi l'a. 7 et les affirmations de saint Thomas sur les arliculi et les per se crcdibilia. II s'agit, pour le théologien, de retrouver et Je reconstruire, dans une science humaine, les lignes, les enchaînements, l'ordre de la science de Dieu. Dans l'enseignement sacré, le sage chrétien s'appliquera à rattacher les choses plus secondaires, qui ont eu soi moins d'être et moins de lumière, aux réalités plus premières qui en ont davantage.

Ce rattachement des vérités-conclusions aux véritésprincipes, saint Thomas l'a conçu selon le schème que voici : les principes sont les arliculi ftdei, qui sont per se et directe objets de Révélation et donc de foi, c'està-dire, essentiellement, les articles du Symbole promulgués par l'Église : cf. Sum. theol., II1- II*, q. i, a. 8 et 9. Ces articles du Symbole ne sont qu'une première explication (par voie de révélation, et non par voie de science théologique : cf. Sum. theol., II»-II", (]. h. a. (i) de deux credibilia absolument premiers et qui contiennent implicitement toute la substance de la foi chrétienne. Ces deux credibilia premiers sont ceux qui énoncent le mystère de Dieu lui-même, son mystère nécessaire, a savoir celui de son existence comme Être Trine et Un, et son mystère libre, à savoir l'incarnation rédemptrice et déificatrice des hommes. Au delà des arliculi fidei qui sont essentiellement les énoncés du Symbole, c'est à ces deux credibilia que tout le reste sera ramené et suspendu. Ce sont ces deux credibilia qui, étant révélés et faisant l'objet de notre foi directement, on raison de ce qu'ils sont et de leur contenu, sont comme un critère pour toute l'économie de la Révélation; une chose, en elfet, est révélée et proposée par l'Église à notre foi, en tant qu'elle a rapport a ces deux vérités premières : cf. Sum. theol., II1- II", q. i, a. 6, ad lum et a. 8, corp.; q. n. a. 5 ct7; Comp. theol., I, c. i; De artic. ftdei et Kccles. sacram., in pr. Ces deux objets premiers nous apparaissent ainsi connue fournissant un principe de définition des revelabilia : rentrent dans les revelabilia et donc dans la considérai ion de la science sacrée, tout ce qui, ayant rapport aux deux mystères de Dieu et du Christ -Sauveur, tombe sous la Révélation dont ces deux mystères font l'objet essent lel,

Ainsi la doctrine sacrée, en tant qu'elle est science, reproduit ''lie autant qu'il est possible, mais par un ordre de remontée au principe la vision de la science rie Dieu, finissant par tout rattacher a Dieu lui même, en son mystère nécessaire et libre. I.e sujet de la niera doctrina, c'esl Dieu, car c'est en vertu de leur

rapport a Dieu lui même (pie toutes i hoses la concernent. I. 'effort de la théologie, c'est, par les articles de foi, de tout rattacher a Dieu comme celui ci. en sa

science, voit toutes choses en lui-même.

De Ion! . i-l,i il dei ouïe encore que la doctrine sacrée

igesse, qu'elle est la sagesse suprême. Mais, comme saint Thomas le remarque. Sum. theol.. [», q. I. a. t.. ad '• ' . ■ 'Ile sagesse est une sagesse acquise.

de mode Intellectuel, au titre de science suprême, et

on doit la distinguer de la sagesse infuse, de nature

proprement mystique, qui constitue cette promotion

de la (huile qu'est le don do sagesse. Cf. [I»-II*, rj. xi.v, a. I, ad 2 m et a. 2, et cf. Gagnebet, /.</ milurc

dr la théologie spéculative, dans Rn-ur thomiele, l :».'(«.

(pu a mis en lumière l'originalité do la position de

saint Thomas sur ce point au regard des autres docteurs du xine siècle.

Il convient de compléter cet exposé de la théologiescience en résumant ce que dit saint Thomas des diverses manières dont la raison intervient dans la doctrine sacrée. Voir In Ium Sent., prol., a. 3, sol. 2 et a. 5, sol. et ad 4um; In Boet. de Trin., q. n, a. 2 et 3; Cont. Gent., 1. I, c. ix et x; Sum. theol., Ia, q. i, a. 2 et 8; q. xxxn, a. 1, ad 2um; Quodl.. iv, a. 18. D'après ces textes, la raison, outre un rôle préliminaire, a trois fonctions en théologie :

a. Rôle préliminaire : établir, par une démonstration philosophique rigoureuse, les preeumbula ftdei : existence et unité de Dieu, immortalité de l'âme, etc. Cf. Sum. theol., II»-II", q. il, a. 10, ad 2um; In Boet. de Trin., q. n, a. 3.

b. Rôle de défense des articles de foi : non pas en prouvant la vérité de ces articles, ce qui est impossible, mais en montrant qu'ils découlent nécessairement des parties de la Révélation qu'admet l'adversaire, s'il en admet quelqu'une, par exemple l'Ancien Testament pour les Juifs et qu'en tous cas les raisons apportées en difficulté par le contradicteur ne valent pas. Sum. theol., I», q. i, a. 8; II»- II", q. ri, a. 10, ad'2um; q. vm, a. 2, corp.; Contra Gent., 1. I, c. n, vu et vm; In Boet. de Trin., q. n, a. 3; Quodl., iv, a. 18.

c. Rôle de déduction, par quoi une vérité encore inconnue ou mal connue est éclairée par son rattachement à une vérité mieux connue qui joue, à son égard, le rôle du principe à l'égard d'une conclusion. C'est cette fonction que saint Thomas exprime en ces termes : Inventio veritatis in quœstionibus ex principiis ftdei. In Ium Sent., prol., a. 5, ad 2"m; et encore : Procéda ex principiis ad aliquid aliud probandum, Sum. theol., I», q. i, a. 8; ex articulis ftdei hsec doctrina ad alia argumentalur. Ibiii., ad l"ra. Cette argumentation peut se faire à partir de deux principes de foi et aboutir à une vérité qui no se trouve pas énoncée dans la Révélation. Il semble même qu'on doive dire que, pour saint Thomas, la doctrine sacrée puisse, dans celle fonction discursive, employer dos principes de raison, des prémisses philosophiques : Ista doclrina habet pro primis principiis articulos ftdei, cl ex islis principiis, non respuens communia principia, procedit ista scientia. In I '" Sent., prol., a. 3, qu. 2, ad l"m; cf. In Boet. de Trin., q. il, a. 3, ad 7""'; Com. in Galat., c. m, lect. 6, et Contra impugn., part. III, c. xn, xiv cl xv II no nous paraît donc pas légitime do restreindre, comme certains ont voulu le faire, l'argumentation théologique selon saint Thomas au rattachement d'une vérité révélée secondaire à un article do foi. Par exemple. In ///""' Sent., dist. XXIII, q. n, a. 1, ad 1 "', saint 'Thomas distingue le cas do la manifestation d'un article de foi par un autre article et le cas d'un rai sonnement par lequel ex articulis qusedam alia in theologia syllogizantur.

d. Rôle explicatif et déclaratif s'exerçant a l'égard

même dos principes (pie sont les arliculi et visant a les

pénétrer, à les rendre, autant que faire se peut, compréhensibles a l'esprit do l'homme, en on fournissant dos analogies, dos raisons do convenance. Saint Thomas s'exprime ici avec une grande netteté : col apport d'éléments rationnels est ordonne ait majorem manifeatattonem eorum qua m hue scientia traduntur. Sum. theol., I», q. i, a. .">. ad 2,m; In Boet. de Trin., q, m. a. 2, ad l"m. Reprenant le moi qu'on a tant reproché a Ahclurd sur les arguments analogiques et moraux, saint 'Thomas parle d'une mise en valeur do la vérité pour laquelle sunt rationu aliquee vcrltimilet a<l<tu cendëe. (.oui. Gent., I. I, c. x; veras similitudines colli-

gère. Ibid., C. i\. Ailleurs, il illustre celle fond ion par

l'exemple de saint Augustin qui, dans son De Trinilate, a cherché a manifester le mystère des Trois par

TU Ko LUC I E. SA I NT T 1 1 o M VS

de multiples analogies empruntées à l'ordre naturel. In Boet. de Trin., q. n. a. 3. Ajoutons que de tels arguments, s'ils ne constituent pas des preuves, ont cependant une réelle valeur apologétique et apportent une aide à la foi. In I"m Sent., prol.. a. -r>; In Boet. de Trin., q. il, a. 1, ad 5um; Sum. theol., IIa-I Iœ, q. i, a. 5, ad 2um. b) La pratique de saint Thomas. — La méthode théologique que saint Thomas a réellement pratiquée répond à ce programme. Nous ne traiterons pas ici la question de la documentation de saint Thomas, ni même celle de sa manière de se référer au donné révélé et de traiter les documents de ce donné et en particulier les Pères; cf. ici, art. Frères-prêcheurs, t. vi, col. 876 sq.; l'art. Thomas d'Aquin. Mais nous voulons reprendre rapidement les quatre chefs d'intervention de la raison distingués plus haut et voir comment saint Thomas en a entendu l'usage.

a. Les preeambula fidei. — On sait que, là où il peut prouver des vérités transcendantes, saint Thomas y apporte une rigueur jamais surpassée. Ainsi de l'existence de Dieu, Sum. theol., I», q. n, a. 1, du pouvoir créateur réservé à Dieu seul, q. xlv, a. 5, de l'immortalité de l'âme, q. lxxv, a. 6, de l'impossibilité pour l'homme de trouver la béatitude dans un bien créé, Ia- 11^, q. ii, a. 8, etc. Par ailleurs, il est utile de noter que des expressions telles que oportet, patet. necesse est, ne comportent pas toujours, chez saint Thomas, le sens le plus rigoureux; cf. P. Rousselot, L'intellectualisme de saint Thomas. 2e éd., p. 149 sq.

b. La fonction de défense. — On sait avec quelle richesse d'argumentation saint Thomas l'a exercée contre les Gentiles. Mais il y a lieu de souligner, dans son travail spéculatif lui-même, l'importance de la fonction de défense. La garde de la pureté de la doctrine, la poursuite et la réfutation des hérésies lui ont toujours paru être au premier plan dans la mission du docteur chrétien. Dans beaucoup d'articles, l'élaboration spéculative est destinée à bien montrer de quelles méconnaissances ont procédé les erreurs sur le sujet et comment il faut construire intellectuellement le mystère pour éviter lesdites erreurs. Cf. Q. disp. de potentia, q. n, a. 5; q. x, a. 2; Sum. theol., Ia, q.xxvn, a. 1 ; Comp. theol., i, c. 202 sq., et surtout le 1. IV du Contra Gentiles et tout l'opuscule De arlic. fidei et Ecclesiœ sacram.

c. Rôle d'inférenec et de démonstration. — Saint Thomas semble avoir peu exercé cette fonction de la théologie dans le sens de l'obtention de conclusions théologiques objectivement nouvelles par rapport au donné révélé. Sans doute faudrait-il ranger dans cette catégorie certaines thèses concernant la morale ou la christologie, où l'introduction de principes éthiques et anthropologiques a permis une élaboration nouvelle. Ainsi la distinction des vertus et des dons, le système des vertus dans la IIa-IIœ, l'affirmation de l'unité d'être dans le Christ, de l'exercice d'un intellect actif en lui, etc.

Mais, dans la pratique, saint Thomas s'en tient le plus souvent à fonder une vérité qui fait partie de l'enseignement sacré sur une autre vérité mieux connue, qui en fait également partie, de manière à joindre à la connaissance du pur fait la connaissance de sa raison, propter quid sit verum, et à doubler les pures adhésions de la foi d'une connaissance scientifique établie à l'intérieur même de ces adhésions, par une mise en ordre rationnelle des dogmes. Tel est évidemment le cas pour les vérités accessibles à la raison qui rentrent dans les prœambula fidei et dont saint Thomas n'établit pas l'an sint sans donner la raison propter quid sint; mais tel est aussi le cas de pures vérités de foi et d'abord de celle dont il donne luimême l'exemple, notre résurrection en tant que non seulement aflirmée comme un fait, mais fondée dans

celle du Christ comme dans son principe. Cf. Corn, in I Cor., c. xv. lect. 2 (où saint Thomas institue précisément sur ce sujet une véritable quaestio); Sum. theol., IIIa, q. lvi. (/est vraiment investigare radicem et facere scire quomodo sit verum que de rattacher, dans la construction théologique, notre résurrection à celle du Christ. Chercher la raison des uns dans les autres, telle est cette fonction de la théologie, quand saint Thomas, par exemple, rattache le fait des perfections et des faiblesses du Christ à sa mission de Rédempteur, sur quoi il en assigne la raison et en dégage l'intelligibilité.

Ainsi le travail théologique établit-il une sorte de double scientifique des énoncés de la foi : non certes en prouvant par la raison le fait des vérités révélées, mais en trouvant, à l'intérieur de la foi et sous sa conduite, le fondement des vérités secondaires dans les vérités principales. De cette manière, ce qui était d'abord seulement cru devient à la fois cru et su : en tant que fait révélé, il est toujours cru, et non su; en tant que rattaché à une autre vérité révélée et expliqué par la raison théologique, il est devenu, dans des conditions certes imparfaites, objet d'une science et d'un habitus scientifique: cf. De veritate, q. xiv, a. 9, ad 3"'"; Sum. theol., II»-II«>, q. i, a. 5, ad 2um.

d. Rôle explicatif et déclaratif. — C'est une fonction extrêmement riche de la théologie, qui va de la simple explication, grâce à des analogies et des arguments de convenance, jusqu'à l'explication essentielle. Nous y trouvons d'abord des explications des énoncés de la foi; elles consistent à interpréter en catégories justifiées en science humaine, les énoncés non systématiques de l'enseignement chrétien, soit qu'il s'agisse des notions premières mises en œuvre dans chaque traité, soit qu'il s'agisse de tout un mystère dont la construction intellectuelle se poursuit à travers tout un traité. C'est ainsi que les catégories d'une anthropologie scientifique servent constamment, dans le traité du Christ, à interpréter et à organiser rationnellement le donné révélé, ou, dans le traité des sacrements, les catégories de cause et de signe. Quant au premier cas (interprétation systématique des notions), la Somme en présente de nombreux exemples, en particulier dans la IIa, où la plupart des traités commencent par une définition de la vertu dont il s'agit. Cf. la-II*, q. lv, a. 4 ; q. lxxi, a. 6; q. xc, a. 1 ; II»-IIB, q. iv, a. 1 ; q. xxm, a. 1 ; q. lviii, a. 1 ; q. lxxxi, a. 1.

Les arguments de convenance, qui s'efforcent de faire admettre et comprendre un mystère chrétien par analogie avec ce que l'on remarque dans l'univers connu, sont fréquents dans l'œuvre de saint Thomas. Ils constituent une des tâches principales de sa théologie et peut-être même sa tâche principale. Saint Thomas excelle à manifester ces harmonies du monde surnaturel avec le monde naturel et à insérer un fait particulier dans une loi universelle débordant l'ordre moral lui-même et régissant tout ce qui est. Exemples : Sum. theol., II'-II*, q. il, a. 3, pour la question : Utrum credere aliquid supra ralionem naturalem sit necessarium ad satutem?; q. civ, a. 1, pour la question : Utrum homo debeat obedire homini?; III», q. vu, a. 9, pour la question : Utrum in Chrislo fueril plcnitudo gratis?? etc.

Certes il sait très bien que la loi générale invoquée n'est pas ce qui rend raison de l'existence du fait chrétien. Quand il invoque ce principe (pie plus un récepteur est proche d'une cause qui influe sur lui, plus il participe de cette influence, III», q. vu, a. 9, il sait très bien que ce n'est pas pour cela que le Christ a la plénitude de la grâce, mais il pense que cela peut aider quiconque sait déjà, par la foi, que le Christ est plenus gratiœ, à construire intellectuellement et à comprendre en quelque mesure ce mystère. Et, de

THÉOLOGIE. SAINT THOMAS

même, lorsqu'il se demande, III», q. xlix, a. 6, si le Christ a, par sa passion, mérité d'être exalté : ce n'est pas en vertu du principe de justice selon lequel celui qui a été mis plus bas qu'il ne méritait doit être exalté au delà de son strict dû, qu'il affirme le mystère, mais bien en vertu du texte de Phil., n, 8, cité au sed contra : le fait chrétien n'est pas un cas de la loi générale invoquée et ce n'est pas à cause de cette loi qu'il est vrai; mais la loi générale sert à l'interpréter intellectuellement et, en quelque mesure, à en comprendre les raisons. Nous tenons une ratio quse non sufficienler probat radiant, sed quse radici jam positœ ostendat congruere conséquentes efjeclus. Sum. tlieol., I», q. xxxn, a. 1.

Il faut remarquer cependant que, dans les cas les plus heureux, l'argument de convenance sera tout près de devenir une explication véritable et se joindra à ces rationibus investi gantibus veritatis radicem et facientibus scire quomodo sit verum quod dicitur. Quodl. rv, a. 18. Dans la mesure où l'analogie invoquée est rigoureuse, elle devient en effet une analyse indirecte de structure et fait connaître vraiment une nature profonde des choses; la théologie dégage alors des connexions qui, fondées dans la nature des choses, ont la nécessité de cette nature. Ainsi quand saint Thomas, I*-II", q. lxxxi, a. 1, se demande si le péché d'Adam est transmis à sa postérité par voie de génération et qu'il argue de ce fait que l'humanité est comme un seul homme dont nous sommes comme les membres, il fournit une analogie qui est bien proche d'une explication de structure. Il faut d'ailleurs noter que cette explication ne prétend nullement prouver rationnellement le/ait, mais veut seulement, le tenant par la foi, tenter d'en rendre compte le plus profondément possible. L'article même que nous venons de citer illustre bien cette remarque, lui qui est introduit ainsi : Secundum fidem calholicam est tenendum quod... Ad investigandum aulem qualiter...

Au total, la théologie telle que saint Thomas l'a entendue et pratiquée nous apparaît comme une considération du donné révélé, de mode rationnel et scientifique, tendant à procurer à l'esprit de l'homme croyant une certaine intelligence de ce donné. Elle est, si l'on veut, un double scientifiquement élaboré de la foi. Ce que la foi livre d'objets dans une simple adhésion, la théologie le développe dans une ligne de connaissance humainement construite, cherchant la raison des faits, bref reconstruisant et élaborant, dans les formes d'une science humaine, les données reçues, par la foi, de la science do Dieu qui crée les choses. Ainsi, par son esprit dirigé par la foi, l'homme prend-il une Intelligence proprement humaine des mystères, utilisant leur liaison ou leur harmonie avec le monde

i connaissance naturelle; il fait rayonner l'enseignement révélé dans sa psychologie humaine avec toutes ses acquisitions légitimes el authentiques qui, finalement, sont aussi un don de Dieu. Comparer R. '.agnebet, dans Revue thomiste, 1938, p. 229 sq.

c) Les disciples de saint Thomas. — De l'interprétation précédente de la pensée de saint Thomas nous trouvons une confirmation dans les écrits de ses dis ciples Immédiats. Annibald de Annibaldis, disciple et ami de saint rhomas, dans son commentaire du prologue des Sentences, développe une notion de la Ihcologia ou stura doclrina toul a fait dans la ligne que nous avons dite. Texte imprimé dans les oeuvres de saint éd. de Parme, t. xxn. Rémi de Glrolamo (t 13 disciple Immédiat de saint Thomas,

pour autant que l'exposé de s.i pensée que fait \l(^r Grabmann permet d'en juger, e»l dans la n

. lue L't'.rr von Glauben, Wissen und Glaubem

tnscha/t bei \r<> Remigio de Girolaml, dans Diras 1 homat, 1929, p. 137 sq i re plus m

Ion d'un autre disciple de saint Th mbo

DICT. DR TIlf.OL. CATIIOL.

lognus de Bologne, qui d'ailleurs reprend ad verbum certains textes des Sentences du Maître; cf. les textes publiés par Mgr Grabmann dans Angelicum, 1937, p. 44 sq., 55. — Encore qu'il ne soit sans doute pas un disciple immédiat, l'auteur du Correctorium Corruptorii « Quare » est à coup sûr l'un des premiers thomistes; on relèvera donc ici son témoignage, op. cit., in 7»m part., a. 6, éd. Glorieux, p. 35-36. — Enfin, bien qu'ils relèvent, chacun de son côté, d'autres influences que celle de saint Thomas, on joindra encore ici Ulrich de Strasbourg, Summa de bono, 1. I, tract. 2, éd. Daguillon, p. 27 sq., et surtout p. 30, et Godefroid de Fontaines, Quodl. ix, q. xx, concl. 1.

Sur la théologie selon saint Thomas, outre les études citées supra, col. 383, on verra : J. Engert, .Die Théorie der Glaubcnswissenschal l bei Tlwmas von Aquin, dans Festgabe Seb. Merkle, 1922, p. 11-117; F. Blanche, Le vocabulaire de l'argumentation et la structure de T(vticle dans les ouvrages de saint Thomas, dans Revue des sciences philos, et théol., t. xiv, 1925, p. 167-187; R. Garrigou-Lagrange, De methodo S. Thomte, speciatim de structura articulorum Summœ theologicte, dans Angelicum, t. v, 1928, p. 499-524; A. d'Alès, art. Thomisme, dans Dict. apolog., t. rv, col. 1694-1713; H. Meyer, Die Wissenscha/tslchre des Thomas von Aquin. B. Die Glaubenswissenschaft (sacra doclrina), dans Philos. Jahrbuch, t. xlviii, 1935, p. 12-40.

2. Saint Thomas a transformé le rendement du travail rationnel en théologie. — Aussi bien la raison qu'il y emploie connaît une nature des choses; elle a une philosophie. On ne peut nier qu'Albert le Grand et Thomas d'Aquin apparaissent comme des novateurs au xiii0 siècle. Ce qui les met à part, c'est qu'ils ont une philosophie, c'est-à-dire un système rationnel du monde qui. dans son ordre, a sa consistance et se suffit.

Mgr Grabmann a très heureusement souligné, dans Die Gcerresgesellschajt und der Wisscnschaflsbegrifl, Cologne, 1934, p. 8* sq., la formation scientifique aristotélicienne de Thomas et de ses maîtres; les premiers écrits du jeune dominicain seront un De ente et un De principiis naturœ. Tandis que Bonavenlure, d'après son propre témoignage, débutera par une expérience d'Aristote beaucoup plus négative, à savoir l'expérience d'un maître d'erreurs, Collat.de decem prseceptis, coll. il, n. 28, éd. Quaracchi, t. v, p. 515, saint Thomas est mis d'emblée à l'étude d'Aristote comme à celle d'un maître en la connaissance rationnelle du monde. Aussi rclcve-t-on bien des Irait s de relations amicales entre Thomas d'Aquin et les professeurs de la Faculté des Arts. Inversement pour les philosophes de la Faculté des Arts, saint Thomas était l'un d'eux. Finalement, il sera englobé avec plusieurs d'entre eux dans les condamnations des années 1270 et 1277, qui visent pour une bonne part des positions philosophiques. Voir art. Tbmpibr, ci-dessus, col. 99 sq.

Au vrai, qu'ont fait Albert et Thomas d'Aquin? Quel est l'objet du débat qui s'est institué entre eux cl les augustiniens? Quand Bonaventure, Kilwardby, Peckham et d'autres s'opposent à Albert le Grand et à saint Thomas, (pie veulent -ils et pourquoi agissent-ils? Il faut y regarder de près. D'une part, en effet, ces opposants sont loin de rejeter la philosophie et ils sont aussi philosophes que ceux qu'Us Combattent; d'autre pari, il esl clair que ni Thomas ni Albert ne refusent de subordonner la philosophie à la théologie; la formule ancilla théologies esl commune aux deux écoles. Et pourtant, il y a bien deux écoles. Pourquoi?

A la suite d'Augustin, les augustiniens considèrent toutes chose-, dans leur rapport à la tin dernière. I lie connaissance purement spéculative «les choses n'a pas d'intérêt pour le chrétien. Connaître les choses, c'est onnaltre en référence a Dieu, qui esl leur lin: les connaître vraiment, pour non,, c'est les r» f> >< > nousmêmes ,, Dn-u. par la charité. Aussi, dans la

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