‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 144 sur 423 · THÉOLOGIE. FORMES NOUVELLES · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE. FORMES NOUVELLES

fournis par la tradition de l'École, en s'attachant à les traiter par partes avec les ressources et selon les exigences de la dialectique et de la métaphysique. Mgr Grabmann remarque, à propos de Capréolus que, des trois lignes suivies par saint Thomas, la ligne spéculative, la ligne historico-positive et la ligne mystique, il n'a prolongé que la première. Johannes Capréolus, dans Jahrbuch jûr Philos, u. spekul. Theol., t. xvi, 1902, p. 281. De fait, cette scolastique n'a guère profité des acquisitions nouvelles permises par l'humanisme: l'apport du donné scripturaire et patristique y est souvent médiocre; même chez un Cajétan, l'effort exégétique est resté, en somme, extrinsèque à l'activité spéculative. Par contre, dans les belles questions spéculatives, abondamment développées, l'interprétation et la construction philosophiques sont poussées extrêmement loin. Chez Jean de Saint-Thomas, plusieurs grandes questions sont précédées de Prœnotamintt philosophica fort considérables. De plus, et dans leur exposé même de la notion de théologie, comme déjà Gabriel Biel l'avait fait, ces théologiens renvoient volontiers à des traités de philosophie. C'est que l'effort de la scolastique a abouti à une élaboration très forte des notions philosophiques engagées dans la théologie spéculative; il s'est constitué ainsi une «philosophie chrétienne» scolastique, dont les notions avaient été, pour ainsi dire, faites sur mesure pour leur usage théologique. Lt maintenant, la théologie n'avait guère qu'à recourir, pour chacun de ses problèmes propres, à cet arsenal qu'elle avait formé. C'est l'existence d'une « philosophie chrétienne » scolastique qui explique et justifie l'allure extrêmement philosophique de bien des traités de la scolastique des xvie etxvn* siè-

Mais il n'empêche que ce sera toujours une tentation, pour cette scolastique, de ne concevoir le travail de la théologie spéculative que comme une application à un donné spécial, tenu par ailleurs, de catégories philosophiques. Quand Jean de Saint-Thomas, qui était certes un contemplatif de haut vol, exprime la fonction de la théologie-science en ces termes : Kes supernalurales ad modum metaphysicœ scientiœ tractalw, el discursu naltirali collalx... Op. cit., disp. II, a. 8, n. 6, p. 380, il dénonce, au sein d'une fonction magnifique et à coup sûr légitime, une menace de déviation. Le danger existe de ne voir le rôle de la foi dam la théologie que comme un rôle préalable, nécessaiic pour fournir le point de départ, mais en somme liminaire et extrinsèque, le travail théologique se faisant ensuite par la simple application de la métaphysique à ce donné tenu pour vrai. Comment, dès lors, tout en construisant une interprétation rationnelle, garder au donné chrétien sa spécificité, son caractère il- tout et de réalité originale?

4° Formes nouvelles dans l<i théologie catholique. — 1. Effort d'intégration des exigences modernes. Mclchior Cano. - — Le mouvement humaniste, d'une part, les de la controverse protestante, d'autre part, vont susciter dans l'Église tin ensemble de questions et un effort aboutissant à créer une théologie fonda- || les sources, les conditions, la certitude et la nul 1m. de de. la pensée religieuse geralenl étudiées eritiquement. A. Lang, Die Loci theologici..., p. Il iq.; P. Polman, L'élément historique..., p. 284. Cet effort fut le f.n! rie l'école de Salamanque el singulièrement de Mclchior Cano. Le renouvellement de la scolastique qui s'e t opén à Salamanque au xvr

■ le \iioria, lequel avait, :i Paris, reçu l'influence de l'ii rre Crockaert et, par lui, celle du milieu humanl te de Louvaln. Comme le. deux Soto, Cano u maître a son tour, il fut le /.lie Salamanque i dans toute la

chrétienté la tradition d'une scolastique renouvelée : Tolet à Rome, Grégoire de Valence à Ingolstadt, Rodrigue d'Arriaga à Prague.

L'œuvre de Cano, le De locis theologieis, édition posthume en 1563, a été analysée à l'art. Lieux tiiéologiques, t. ix, col. 712 sq. Cano est un théologien de formation scolastique, mais qui veut tenir compte de l'humanisme et de ses conquêtes : l'histoire, l'édition et l'appréciation des textes, etc. Cano, a, par bien des côtés, une sensibilité et une mentalité humanistes : psychologiquement, il est un moderne, et il veut fonder une théologie tempori aptior. L. XII, c. xi. C'est cette mentalité humaniste qui le porte à mettre au premier plan, dans la théologie elle-même, l'appréciation critique de la valeur d'une position déterminée et à déterminer celle-ci en faisant appel au donné positif. Ce n'est pas que Cano nie la validité du raisonnement; il apprécie sévèrement toute attitude fidéiste, 1. II, c. xvm; il critique ceux qui voudraient en rester à la lettre de l'Écriture, comme Érasme, et il justifie l'usage de la raison en théologie. L. VIII, c. n ; 1. IX, c. iv. Classiquement, il assigne à la théologie scolastique trois buts : déduction de conclusions, défense de la foi, illustration et confirmation du dogme à l'aide des sciences humaines. L. VIII, c. n. Mais, comme tout élève de Vitoria, il sait les abus qui ont discrédité la théologie rationnelle, et il les dénonce. L. VIII, c. I. Il préconise une réforme profonde : la ratio qui déduit les conclusions est bonne, mais on ne peut rien savoir de plus dans les conclusions que ce que donnent les principes, ni rien qui dépasse en certitude et en valeur la certitude et la valeur des principes; bref, la théologie rationnelle ne tire sa valeur que du donné positif, c'est-à-dire de Vauctoritas. L. XII, c. il. Le théologien ne sera donc un véritable savant, digne de ce nom, que s'il apprécie eritiquement les données desquelles il part : cf. textes dans A. Lang, Die loci, p. 187. Cano réagit contre une théologie qui ne serait que raisonnement, et il affirme très fortement que la théologie, comme toute autre science, vif d'un donné, d'un point de départ positif, qui est tel ou tel, et qu'aucun raisonnement ne peut créer. Cf. De locis, I. II, c. iv, 2e partie du chapitre; I. XII, c. III. Tout son elTort porte donc sur une étude systématique et critique des différentes sources où le théologien doit prendre sa matière de travail et qu'il appelle des « lieux ». C'est à déterminer la valeur propre, les critères, les conditions d'appréciation et d'utilisation de ces lieux qu'il s'attache d'une manière presque exclusive. On le voit bien quand, à la lin du I. XII, il donne lui-même trois exemples de s;) méthode. Ces exemples vérifient tout à fait ce que dit, après le P. Mandonnet, art. CaMO, ici, t. Il, col. 1539, le P. Jacquin, Melchior Cano cl la théologie moderne, dans Revue des sciences philos, et théol., 1920, p. 121-141.

On peut se demander si la théologie spéculative, la theologia scholœ, reste bien chez Cano ce qu'elle était chez saint Thomas. Cano abandonne le procédé de la qUSUtio cl la manière donl il parle de la qumstto Ihcologica, I. XII. c. v. laisse entendre qu'elle est, pour lui, non plus un instrument de science, mais un procédé de pédagogie et de discussion. Oc même la manière donl il parle soit de la conclusion théologique, soit de la fonction d'explication et d'illustration, l. nui. c. h, semble ne se référer qu'à l'explication de ce qui se trouve tel quel dans le. lieux principaux, Écriture et

Tradition, travail OÙ l'argumentation ne serait guère qu'un procède d'explication parmi les autres et non

pas cette BSSOmption des ressources aut lient iques de la r.iison dans la construction de l'objet chrétien

qu'elle était pour saint Thomas. Cependant il

Injuste de rendre ( ;iiim responsable <li U des

déviations que son Initiative mirait pu permettre, i ni

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lignée de disciples authentiques procède aussi de lui; il a créé le traité scientifique et critique de la méthodologie théologique, et tous les De lotis sont tributaires du sien : cf. A. Lang, Die loti..., p. 228, n. 1, et p. 243; M.-J. Scheeben, La dogmatique, trad. fr., t. i,

2. Désagrégation de l'ancienne unité de la théologie. Les spécialisations nouvelles. — Chez beaucoup, l'effort de réponse aux requêtes nouvelles se fait non dans le sens du maintien de l'unité, mais dans celui d'une spécialisation et d'un morcellement. Le fait est général et caractéristique de l'époque moderne à la fin du xve siècle : la désagrégation de la synthèse médiévale. Mais tout n'est pas « désagrégation » dans le processus que nous allons analyser et le fait de spécialisation qui s'y manifeste est, pour une grande part, la conséquence normale et bienfaisante des nouvelles acquisitions qui constituent le progrès.

Très tôt, le travail théologique perd son unité et se morcelle en spécialités. Cf. A. Humbert, op. cit., p. 3. Certes, la tradition de l'École continue : on rédige des Cursus; non seulement on commente la Somme de saint Thomas, mais, jusqu'en plein xvnc siècle, on commente encore les Sentences : ainsi Estius (t 1613). Mais, la plupart du temps, les traités qu'on publie portent diverses épithètes, qui accusent la spécialisation des objets ou des méthodes : theologia biblica, calholica, chrisliana, dogmatica, fundamentalis, moralis, mystica, naturalis, polemica, positiva, praclica, scholastica, speculativa..., etc. Cf. une liste plus complète dans O. Ritschl, Literarhistorische Beobachtungen ùber die Nomenklatur der theologischen Disziplinen im 17. Jahrhundert, dans Sludien z. systematischen Théologie, Feslgabe Th. von Hœring, Tubingue, 1918, p. 76-85. Pour ne prendre que cet exemple, le jésuite T. Lohner publiera, en 1679, des Institutiones quintuplicis théologies, et ces cinq théologies seront : positiva, ascetica, polemica, speculativa, moralis. Nous nous en tiendrons ici aux trois divisions de la théologie caractéristiques de la théologie moderne, en scolastique et mystique, dogmatique et morale, enfin et surtout scolastique et positive.

a) Théologie scolastique et théologie mystique. — Chez un saint Thomas, un saint Bonaventure, la mystique est intégrée à la théologie; dans un état de la théologie où celle-ci remplit toutes les obligations de sa fonction de sagesse, une théologie mystique ou spirituelle n'avait pas à se constituer à part. C'est cependant ce qui arriva à partir surtout du xve siècle. Cf. A. Stolz, Anselm von Canterbury, 1938, p. 37-38. Vers la fin du xvie siècle apparaîtront les Exercices de saint Ignace, puis un peu plus tard les écrits du Carmel réformé, puis ceux de saint François de Sales, types d'ouvrages spirituels qui sont des chefs-d'œuvre, mais qui n'émanent pas de la théologie spéculative classique comme de leur source immédiatement inspiratrice et dont la valeur, semble-t-il, déborde de beaucoup la valeur de leurs auteurs comme théologiens proprement dits. Cf. J. Wehrlé, Le doctorat de saint Jean de la Croix, dans Revue apologétique, t. xlvii, 1928, p. 5-22. Significatif est le fait que, dans leurs Tabulée fontium traditionis christianse, les PP. Creusen et Van Eyen aient éprouvé le besoin, à partir du xv« siècle, d'ouvrir une nouvelle colonne pour y classer les écrits sous la rubrique de Theologia ascetica et mystica. Une spécialité nouvelle se crée dans la théologie et, serait-on tenté de dire, se sépare de la théologie : à la théologie scolastique va s'opposer une théologie mystique ou affective qui aura ses docteurs, ses ouvrages, ses sources et son style.

Le vocable de « théologie mystique », patronné par Denys, est courant depuis longtemps; dans son opposition à « scolastique », il se réclame surtout de

Gerson, comme on le voit, par exemple, dans le Lexicon theologicum de Jean Altenstaig, Anvers, 1576, s. v. Les expressions théologie ascétique ou théologie spirituelle sont plus tardives. Cf. J. de Guibert, La plus antienne « Théologie ascétique », dans Revue d'ascét. et de myst., t. xvm, 1937, p. 404-408.

Chez les dominicains, un effort fut tenté pour satisfaire aux requêtes du mouvement spirituel tout en conservant à la théologie son unité. L'intention de parer à une disjonction entre une spéculation scolastique subtile et desséchée, d'une part, une spiritualité pure, d'autre part, est très nette chez Contenson qui veut, dans sa Theologia mentis et cordis, rendre à la théologie dont on se détourne parce qu'elle ne nourrit pas l'âme, sa valeur spirituelle : cf. op. cit., 1. I, diss. I, c. i, specul. 1, appendix n. Massoulié, qui achèvera l'œuvre interrompue de Contenson, sera plus fortement encore soucieux de réintégrer dans la théologie la matière de la vie spirituelle. Quelques années avant Contenson, L. Bail avait publié la Théologie affective ou saint Thomas en méditations, Paris, 1654, et quelques années auparavant encore, Louis Chardon avait donné sa Croix de Jésus, 1647; cf. l'Introduction écrite par le P. Fr. Florand pour la réédition de La Croix de Jésus, Paris, 1937, p. lxxii sq., et, du même, l'Introduction aux Méditations de Massoulié, Paris, 1934, p. 94.

Théologie « affective » s'entend ici non plus d'une théologie expérimentale des choses de Dieu, mais d'une théologie dogmatique traitée dans un esprit de piété et d'édification. En réalité, nous tenons, avec le chef-d'œuvre de Chardon, un type intermédiaire de théologie. Certes, il s'agit pour lui de puiser dans l'étude contemplative des mystères l'explication et la régulation des choses de la vie spirituelle. Mais le choix des mystères contemplés, le choix des « thèmes » de la contemplation et l'orientation de l'étude viennent chez Chardon, non du donné théologique tel quel, pris dans son objectivité, en soi et selon sa pure vérité d'objet; ils viennent de l'expérience spirituelle ou de la connaissance des âmes acquises par le directeur spirituel. C'est une théologie dont le « lieu théologique » finalement décisif est l'expérience des « âmes saintes », et non la pure vérité révélée, objectivement contenue dans les lieux théologiques classiques. Cf. J.-M. Congar, La Croix de Jésus du P. Chardon, dans la Vie spir., avril 1937, suppl., p. 42-57.

Signalons ici d'un mot la position méthodologique de Contenson dans sa Theologia mentis et cordis. Il dépend de la tradition de Salamanque et cite Soto, Médina, Cano. Conformément à cette tradition, il souligne fortement la liaison de la théologie à ses sources et son homogénéité à la foi; il mêle au raisonnement des citations de l'Écriture et des Pères. Mais son intention propre est de réintégrer à la scolastique, dans une unique théologie, les éléments spirituels et les valeurs mystiques. Il définit l'objet formel quo de la théologie par la revelatio virtualis. L. I, diss. I, c. i, specul. 3. Il souligne si fortement l'homogénéité de la théologie à la foi que le raisonnement lui semble être une pure condition d'application des prémisses de foi, en sorte que l'assentiment final ne relève, comme de sa cause véritable, que des vérités de foi, ibid., c. ii, specul. 3; position qui sera reprise par Schaezlcr, et, à sa suite, par le P. A. Gardeil. Enfin, Contenson, isolé en ceci, veut que la théologie soit un habitus entitative supernaluralis, acquis cependant, ibid., opinion à laquelle il est entraîné par cette vue très aiguë qu'il a de la continuité objective entre la théologie et la foi.

b) Dogmatique et morale. — On signale souvent la rupture qui s'est introduite, dans la théologie posttridentine, entre le dogme et la morale. Il n'est pas

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aisé de préciser quand et comment est intervenue cette coupure. Le Moyen Age avait connu cette distinction. C'est ainsi que, dans sa fameuse Summa Abel, Pierre le Chantre dit : Thcologia duplex est : superior sive cselestis, quse divinorum nolitiam spondet..., injerior sive subaelestis, quse morum informalionem docel. Grabmann, Gesch. d. scholast. Méthode, t. n, p. 483, n. 3. On retrouve une distinction semblable chez Guillaume d'Auxcrre, ibid., p. 484; Robert de Courçon, p. 494; Jean de La Rochelle, p. 495 et 504; Pierre de Poitiers, p. 503, n. 2 et 504, et auparavant chez Yves de Chartres, op. cit., t. i, p. 242. Cependant, cette division, au Moyen Age, était d'ordre purement pragmatique; elle s'entendait à l'intérieur d'une même discipline et il ne venait pas à l'esprit d'en faire une séparation. Dans le dernier quart du xvie siècle, au contraire, la morale devient, chez un grand nombre d'auteurs, un domaine à part, soustrait à l'influence directe et constante du dogme.

Quelles causes assigner à ce fait? Faute des études de détail indispensables, il est malaisé de le dire. Le P. A. Palmieri suggère en ceci une influence protestante, mais il ne donne, en ce sens, aucun fait, aucune justification. Acta Academise Velehradensis, t. vin, 1912, p. 157. La chose n'est pas impossible; de fait, l'ouvrage du calviniste Lambert Daneau, Ethicœ christianœ libri très..., 1577, est sans doute un des premiers traités de théologie morale séparée. Fr. Tillmann, Kath. Sittenlehre, t. ni, p. 33, souligne l'influence des prescriptions du concile de Trente relatives à la confession détaillée des péchés sur l'afflux des ouvrages de casuistique que l'on remarque alors. On peut remarquer enfin que les auteurs d'ouvrages de théologie morale séparée sont presque tous des jésuites, et des jésuites espagnols : Jean Azor, S. J., Institutiones morales, 1600, très nombreuses éditions; H. Henriquez, S. J., Theologiie moralis summa, 1591; Th. Sanchez, S. J., Opus morale in prœcepta Decalogi, 1613; L. Mendoza, O. C, Summa totius theologiœ moralis, Madrid, 1598, etc., pour ne citer que les principaux parmi les premiers spécimens d'une littérature qui fut très abondante. Ces ouvrages comportent généralement un traité de la fin dernière et de la moralité des actes humains, un traité des sacrements, un traité de la loi naturelle et positive (Décalogue, lois de l'Église), un traité des sanctions de droit ecclésiastique, enfin un traité des sanctions ou fins dernières.

Ces auteurs n'ont ni l'intention ni la conscience d'innover. Cependant, la différence est grande entre cette théologie morale séparée et l'ancienne partie morale de la théologie. Auparavant, il y avait, d'une part une étude scientifique de l'action humaine, aboutissant à une science théologique de cette action capable de la diriger, et. d'autre part, des manuels pratiques fort résumés à l'usage des confesseurs. La nouvelle théologie morale reprend la ligne de ces manuels, mais elle veut y introduire la matière des traités théologique, ; elle veut aussi mettre à la disposition des confesnon plus seulement un aide-mémoire complétant les traités scientifiques de la théologie morale, un manuel complet, se suffisant à lui-même, où la matière de ces traités scientifiques soit intégrée au titre de principes immédiatement applicables aux 'uns pratiques ; le nouveau genre prend la succession des manuels de casibu» et il y absorbe, avec la matière dont elle traitait, la partie morale de la science •logique. Cf. l'art. Probabilismb, col. 488 sq.; 1 r \\ erner, Gach. <lrr kathol. Théologie seit dem Trienirr (.mu ii , 1859, p, 50 iq. Les anciennes .Sommes ou • onfesseurs étaient des répertoires i brefs et essentiellement pratiques, le plus ion vent disposés par ordre alphabétique. On aura désorun ensemble systématique qui se suffira à lui-

même; la morale devient une spécialité parmi les disciplines qu'on enseigne et sur lesquelles on écrit. Il s'agit d'une discipline particulière qui aura sa méthode et ses données propres. On aura un traité de la fin dernière séparé du traité de Dieu, un traité des sacrements séparé du traité du Christ... Aussi les nouvelles productions de théologie morale seront-elles, de soi, exposées au danger de subir, à la place de celle du dogme, l'influence de la philosophie. Déjà Yasquez ne voit, dans toute l'analyse de la moralité et des espèces de vertus et de péchés, que pure philosophie et, pour ce motif, considère la partie morale de la théologie comme subalternée à la philosophie morale ou mieux comme appartenant à la philosophie. In I*m part. Sum. theol., I» pars, disp. VII, c. v; cf. disp. XII, c. m. On peut suivre, dans J. Diebolt, La théologie morale catholique en Allemagne au temps du philosophisme et de la Restauration, 1750-1850, Strasbourg, 1926, ce processus auquel l'étude du Droit naturel, à la suite de Grotius, a donné une forte impulsion, et qui tendrait à laïciser, si l'on ose dire, la théologie morale.

c) Scolastique et positive. — Grégoire de Valence, dans ses Commentarii theologici parus en 1591, parle de la division de la théologie en scolastique et positive comme d'une division courante. Disp. I, q- i, punct. 1. Vers le même moment, Louis Carbonia dit aussi : Theologia christiana dividi solet in scholasticam et positivam. Introduclio in sacram theologiam, Venise, 1589, 1. I, c. vin. Un peu auparavant, le maître général des frères-prêcheurs, Sixte Fabri, dans une ordonnance du 30 octobre 1583, prescrit qu'au couvent de Pérouse, prœler leclionem theologiœ scolasticœ habeatur quoque lectio theologiie positivée..., cité par Ed. Hugon, De la division de la théologie en spéculative, positive, historique, dans Revue thomiste, 1910, p. 652-656 (p. 653). L'expression doit être courante, puisqu'elle est employée sans explication dans un document officiel. Cependant, elle est sans doute alors assez récente, car Jean Altenstaig, dans son Lexicon theologicum, Anvers, 1576, ne la mentionne pas ; Cano pas davantage, bien qu'il connaisse formellement la réalité qu'elle recouvre et qu'il parle deux fois de ponere principia, De locis, 1. II, c. iv ; duas esse cujusque disciplina1 parles... unam in qua principia ipsa tanquam jundamenla ponimus, slatuimus, firmamus, altérant in qua principiis positis, ad ca quœ sunl inde consequentia proficiscimur; cf. 1. XII, c. m, med. : Nulla enim omnino disciplina sua principia raliocinatione probat, sed ponit : ideirco enim positiones seu petilioncs nuncupanlur.

On trouve la division en théologie positive et scolastique dans les règles d'orthodoxie ajoutées par saint Ignace de Loyola (t 1556), à la fin des Exercices, reg. xi : « Louer la théologie positive et scolastique, car, comme c'est particulièrement le propre des docteurs positifs, tels que saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire et les autres, d'exciter les affections et de porter les hommes à aimer et à servir de tout leur pouvoir Dieu, notre Seigneur, ainsi le but principal des scolastiqucs tels que saint Thomas, saint Bonaventure, le Maître des Sentences et ceux qui les ont suivis, est de définir et d'expliquer, selon le besoin des temps modernes, les choses nécessaires au salut éternel, d'attaquer et de manifester clairement toutes les erreurs et les faux raisonnements des ennemis de l'Église. » On le voit, dans ce texte de saint Ignace, la théologie positive et la théologie scolastique répondent moins à deux fonctions qu'à deux Dualités, ou plutôt à deux genres et comme à deux formes de la théologie.

On peut remonter au delà de saint Ignace et, jusqu'à nouvel ordre, nous considérerons comme le premier usage du terme celui que fait Jean Mair dans son commentaire sur les Sentences publié à Paris en 1509

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et réédité en 1512, 1516, 1521. Jean Mair désapprouve ceux qui prolixe in theologia quœsliones inutiles ex artibus inseru.nl ad lonqum, opinione.s jrivolas verborum prodigalitate impuqnant... Quocirca, statui pro viribus matcrias theologicas ferme tolaliler in hoc quarto nunc positive, nunc scholastice prosequi. In I Vum Sent., 1509, fol. 1-2, cité dans R.-G. Valloslada, Un teologo ovlidado : Juan Mair, dans Esludios eclesiasticos, t. xv, 1936, p. 97 et 109. Ce texte est remarquable, et il nous met sur la voie d'un sens du mot « posilif « qui pourrait bien être le sens originel. Le mot désigne, chez Jean Mair, à la fois une matière et une méthode. Il indique un exposé bref, un exposé religieux, dépouillé tant des questions inutiles que des questions principalement philosophiques réservées au point de vue n scolastique », un exposé apportant, non des choses problématiques ou controversées, mais des données fermes; il s'agit enfin d'un exposé portant sur une matière chrétienne, sur des vérités de fait, non déductibles par des raisons.

A partir de là, il semble bien que le même mot ait recouvert deux notions qui, pour se relier à une origine commune, n'en sont pas moins notablement différentes. Il y a une conception littéraire, selon laquelle la théologie positive représente une certaine manière de faire œuvre de théologie, et une conception méthodologique, selon laquelle la positive est une certaine (onction de la théologie. La première conception, qui peut se rattacher au texte de saint Ignace et même à celui de Jean Mair, sera longtemps la plus répandue : il semble bien que ce soit celle que le mot « positif • portait alors le plus spontanément avec soi; la seconde conception représente un développement interne de la notion de théologie qui s'est amorcée chez Cano et qui aurait pu se dérouler ensuite, sans se couvrir du nom de « positive «, mais qui s'est finalement présentée sous cette enseigne.

Dans la ligne de Cano, la théologie positive désignera cette partie ou cette fonction par laquelle la théologie établit ses principes et s'occupe de ses fondements, de son donné. Partie ou fonction qui concerne donc principalement l'Écriture et les Pères et qui vise, non à élaborer le contenu de leurs assertions, mais à le saisir tel quel en sa teneur positive; par conséquent, partie ou fonction qui suit non une méthode d'argumentation dialectique mais une méthode d'exposition plutôt exégétique et simplement explicative. Par ce biais, la théologie positive ainsi entendue rejoint la théologie positive entendue au sens littéraire que nous allons voir : car elle se distingue de la théologie scolastique par la « manière » et finalement, par le style lui-même. Aussi, comme nous le verrons, un assez grand nombre d'auteurs mêleront ou juxtaposeront les deux notions.

Les auteurs et les textes suivants se rattachent à cette manière d'entendre la distinction entre scolastique et positive :

Secunda (divisio) oritur ex differentia quadam methodi qua utitur in ea fidei explicatione... in positivam et scholasticam. Quibus appellationibus unus eliam et idem habitus signifioatur, proul diverso modo versatur in suo munere explicandi et coufiimandi fidem. Positiva enim theologia dieitur, quatenus occupatur polissimum in explicando ipso Scriptura sacra; sensu, ad eumque eliciendum, tum aliis admiiiiculis, tum prsecipue auctorilate sanctorum Pamim utitur. Quo ipso quasi principia fuma aliarum conclusionum thcologicarum ponit; et ideo positiva videtur dicta, quia scilicet ponit atque statuit ex Scriptura principia theologiae fuma. Scholastica vero, theologia vocatur prout explicat et confirmai ac défendit uberius et accuratius fidei sententiam, subtiliter iis etiam rébus animadversis, quae vel ex fide conséquentes sunt vcl fidei répugnant... Grégoire de Valence, Commentarii tlieol., disp. I, q. i, punct. 1; comp. punct. 5.

Tlieologia positiva est Scripturse sacrée cognitio rerumque divinarum explicatio, sine argumentatione operosa. Po-

nendo sensum Scriptura; et thèses conclusionesque theologicas sine argumentis convincenlibus. Theologia scotastica est scientia ex principiis fidei educens démonstrative conclusiones de Deo rebusque divinis... J. Polman, Breuiarium theologicum, Lyon, 1CJ6, p. 4.

Positiva illa dicitur quse conclusiones suas probat tum ex Sacrae Scripturoe auctoritate, tum traditionibus, tum defiaitionibus conciliorum, tum denique sanctae iicclesi.-e et poiililicum determinationibus, theologorumve unanimi sententia... J.-V. Zambaldi, Disserlaliones théologies? scholastico-doginalicœ, Padoue, 1728, q. i.

La conception de la théologie positive prise du point de vue littéraire est déjà celle qui est sous-jacente au texte de saint Ignace cité col. 426. Elle fut, et de beaucoup, la plus commune au xvn* et au début du xvni» siècle. Petau lui-même, bien qu'il soit effectivement le père de la théologie positive au sens moderne du mot, lequel reprend la ligne de Cano, ne définit pas la théologie positive autrement.

On trouve cette notion dans les textes suivants : ...Non illam (theologiam) conlenliosam ac subtilcm, quse aliquot abhinc orta sœculis jam sola pêne scholas occupavil, a quibus et scholasticœ proprium sibi nomen ascivit; verum elegantiorem et uberiorem alleram... Dogm. theol., prolcg., c. i, n. 1 ; cf. c. in, n. 1 et surtout c. ix, n. 9, où son nom est donné à cette autre théologie : Alterum genus est theoloqiee quod posilivum vulgo nuncupanl, quod majori parti blanditur hominum eurum qui polilis deleclantur artibus et abhorrere ab omni barbarie prse se ferunt. Voir aussi Billuart, Cursus theologise, diss. proœm., a. 1 : Ex parte modi dividitur in positivam et scholasticam. Positiva est quœ versatur circa S. Scripturas, traditiones, concilia, canones, SS. Pontiftcum décréta, SS. Palrum opéra, antiquitalis facta historica et praxim, ea expendendo, penelrando, vera a falsis discernendo, sensum legilimum explicando, mysteria fidei et veritates revelatas ex eis eruendo, et ex verilatibus revelalis alias deducendo; et hxc omnia stylo lusiori, elegantiori et quasi oratorio, atque regulis dialecticis minus accomodato... On pourrait enfin citer E. du Pin et ceux qui dépendent de lui : du Pin, Méthode pour étudier la théologie, Paris, 1716, c. n (éd. de 1768, p. 30 sq.); de La Chambre (t 1753), Introduction à la théologie, diss. I, art. 6, dans Migne, Theol. cursus complcius, t. xxvi, col. 1070. Si étrange que cela puisse paraître, ces différents auteurs définissent la théologie positive comme la forme plus élégante et moins rigoureuse de la théologie tout court, dont la scolastique est la forme exacte et plus sévère. Comme Billuart l'indique nettement, la théologie positive est représentée, en somme, par les auteurs ecclésiastiques antérieurs à saint Jean Damascène pour l'Orient, à Pierre Lombard pour l'Occident. Mais, chez nombre de scolastiques, l'apport historique et textuel demeurera extrinsèque au développement de la pensée; ils s'y résoudront comme à une exigence du temps, mais sans croire à sa fécondité et à sa valeur. Billuart lui-même ajoutera bien à son commentaire des développements historiques, mais ce sont, selon sa propre terminologie, des digressiones, et il ne les ajoute, dans une Somme qu'il proclame hodiernis moribus accomodata, que parce que usus prœvaluit; cf. la Prsejatio auctoris à sa Summa.

Beaucoup, d'ailleurs, accolent la notion épislémologique héritée de Cano et la notion littéraire ou humaniste. Il y a quelque chose de cela chez Billuart luimême, et plus encore chez Philippe de la Trinité. C'est au maximum le cas de Tournély (t 1729), Prselecliones thcologicx de Deo et divinis attribuas.... disp. prœvia, q. i, a. 2, Venise, 1731, p. 4, et de Berli, De theologicis disciplinas, t. i, Venise, 1776, p. 2.

Il n'empêche que c'est bien à l'époque où nous sommes que, avec ou sans l'étiquette, se forma ce que nous appelons la théologie positive. A quels problèmes, à quels besoins répondait cette activité relativement

THÉOLOGIE. LES SPÉCIALISATIONS

nouvelle? A deux besoins : celui de l'humanisme et celui des hérésies.

Nous avons évoqué plus haut les nouvelles exigences en fait de textes et d'histoire. Certes, leur cause sera difficile à gagner. Si Cano déclarait en f560 que tous les gens instruits considéraient comme omnino rudes les théologiens dans les œuvres de qui l'histoire était muette, De locis, 1. XI, c. n, l'histoire n'en demeura pas moins étrangère aux programmes de formation intellectuelle du xviesiècle; cf. P. Polman.L'e'Wme.nl historique, p. 500. Le xvnc siècle fut plus heureux: non seulement il vit paraître des œuvres très remarquables de théologie positive, celles, en particulier, de Petau (t 1047) et de Thomassin (t 1695), mais il vit l'histoire s'introduire, en plus d'un endroit, dans le régime pédagogique des clercs. Bien des traités de méthodologie théologique feront alors une place considérable aux études historiques et scripturaires : Noël Alexandre, Préface à son Histoire ecclésiastique, 1676 (cf. en particulier, t. i, p. liv); Bonaventure d'Argonne, Traité de la lecture des Pères de l'Église, 1688; Mabillon, Traité des études monastiques, 1691; Ellies du Pin, Méthode pour étudier la théologie, 1716, etc.

La théologie positive n'est pas née seulement de l'humanisme, mais de la nécessité de répondre aux hérésies. Cela entraînait l'obligation de prouver la conformité du dogme ecclésiastique à ses sources premières. Aussi les toutes premières recherches de théologie positive, dans l'Église, ont-elles été des recueils de textes et de témoignages que l'on a opposés aux novateurs. Les hérésies modernes devaient d'autant plus susciter une activité de ce genre qu'elles se présentaient comme une réforme radicale de l'Église et mettaient en question sa fidélité à ses origines. Ainsi d'abord dans la polémique avec Wiclef, comme on le voit, par exemple, dans le Doctrinale antiquitalum fidei Ecelesiœ cutholicœ de Thomas Netter, dit Waldensis (t 1 131), et dans celle avec Jean Hus. Ainsi surtout dans l'effort énorme que firent les catholiques pour répondre au protestantisme. Les activités du catholicisme moderne ont été conditionnées en glande partie par la mise en question de la Réforme. Jusqu'alors la théologie avait été en possession paisible de ses sources; elle en recevait l'apport dans l'Église. C'est en pleine tranquillité cju'- les théologiens seolastiques non seulement puisaient leur donné dans la vie actuelle de l'Église, sans s'inquiéter de critique historique, mais qu'ils référaient à l'Église vivante ce qu'ils pouvaient remarquer de nouveau à un moment donné de son développement : c'est très net, par exemple, dans la question, qui deviendra cruciale pour la nouvelle théologie- positive, de l'institution des sacrements.

Maintenant . l'autorité de l'Église, réduite par les Réformaleui i à un niveau tout humain, ne suffirait plus pour justifier la moindre tradition et l'on était Obligé, pour suivie les novateurs sur leur terrain, de se référer A l'Église ancienne, voire parfois au texte de la ulc Écriture. D'où la création par les théologiens catholiques de la théologie positive, d'une part, du traité de la Tradition, d'autre part : double création par laquelle la manière de se référer aux sources sera changée pour la théologie, pour celle du moins qui ne croira pas pouvoir continuer purement et simplement [ne médiévale.

Les II essités que nous venons d'évoquer ont en-

gcndié, au xvir sic. e, les innombrables traités qui

trfentés vers la démonstration de la « Perpétuité

t il •. Avant le livre fameux de Nicole. Perpétuité

d' la foi de l'Église louchant VeucharMie, 3 vol., 1609

In; même modèle de beaucoup d'autres, nous

aurons nombre de démonstrations de môme esprit

et d ii (ours du xvi* siècle,

C'est ainsi que l'effort de la théologie positive 1

d'abord orienté vers la preuve de la conformité de l'enseignement actuel de l'Église avec le témoignages bibliques ou patristiques de la foi de l'Église apostolique ou ancienne. C'est ce que certains auteurs appellent « positive des sources », ainsi R. Craguct, art. cité, p. 15-16; L. Charlier, Essai sur le problème théologique, p. 35-50.

A. Rébelliau, Bossuet historien du protestantisme, 3" éd., Paiis, 1909; J. Tunnel, Histoire de la théologie positiue du concile de Trente au concile du Vatican, Paris, 1906; Ph. Torreilles. Le mouvement tliéologique en France depuis ses origines jusqu'à nos jours, Paris, s. d., c. vi, ix, xi et xn (ce sont les meilleurs); P. Polman, L'élément historique dans la controverse religieuse du XVI* siècle, Gembloux, 1932; Mgr Grabmann, Geschichte der katliolischen Théologie seit dem Ausgangder Vàterzeit, Fribourg-en-li., 1933, p. 185 sq.; A. Stolz, Positive und spekulalive Théologie, dans Divus Thomas (Fribourg), 1931, p. 327-343 ; R. Draguet,M<?(/io</es théologiques d'hier et d'aujourd'hui, dans Revue cathol. des idées et des faits, 10 janv., 7 et 14 févr. 1936; L. Charlier, Essai sur le problème tliéologique, Thuillies, 1938.

d) L'apologétique. — Nous sommes maintenant à l'époque des dissociations. Le monde naturel tend à reprendre son indépendance et à se ■ oncevoir comme étranger à la foi, se posant en face d'elle comme un vis-à-vis, et comme se suffisant à lui-même : en politique, deux pouvoirs qui peuvent, comme d'égal à égal, passer un concordat ; en matière de connaissance, deux lumières extérieures l'une à l'autre et gouvernant chacune un monde à part. L'apologétique, qui représente un usage de la taison extérieur à la foi, bien que relatif à elle, est née de cette situation et du besoin de refaire l'unité perdue. 11 s'agit en effet, en usant de la lumière naturelle d'amener à la foi en établissant qne l'enseignement de l'Église catholique représente la révélation de Dieu. Peu de décades avant l'époque dont nous parlons, la mise en question de la Réforme avait fait naître une activité nouvelle de défense qui, sous le nom de « polémique » ou de i controverse », s'était vite constituée en branche spéciale de la théologie et de l'enseignement ecclésiastique. Nous n'en ferons qu'une simple mention : cf. K. Werner, Geschichte der kalholischen Théologie seit dem Trienle.r Concil zur Gegemvart, Munich, 1866, p. 34 sq.; Geschichte der apoloqetischcn und polemischen Litcralur der chrisllichen Théologie, Schaffouse, 1861 sq., 5 vol. Nous n'avons à nous occuper ici de l'apologétique que sous l'aspect où elle intéresse la notion de théologie, en tant qu'elle est devenue une spécialité de la théologie et en tant que sa création et son développement ont pu influer sur la conception même de la théologie.

L'apologétique ne se constituera guère en traité séparé de la théologie dogmatique avant le milieu du xvne siècle : F. de B. Yizmanos, La apologetica de los escolaslicos postridentinos, dans Estud. eclesiast., 1934, p. 422; H. Busson, La pensée religieuse française de Charron à Pascal, Paris, 1933, c. xi et XII, Mais elle se prépare dans les traités seolastiques de la foi et en deux questions de ce traité : celle de la crédibilité et celle de la certitude subjective de la foi.

Le souci d'établir le bien fondé du dogme catholique détermine une nouvelle activité de la raison relativement aux principes de la théologie, qui sont précisément les dogmes : il n'est plus question d'élaborer

le contenu objectif des dogmes (théologie scolastique), ni même de prouver la conformité du dogme a ses sonnes premières (théologie positive), mais d'établir aux yeux de la raison leur crédibilité, objet de la • démonstration chrétienne ». Ainsi, d'une part, les traités apologétiques se gonflent-ils d'une ma théologique qu'ils n'avaient pas à aborder, d'autre part, la théologie elle-même prend-elle souvent, en de ses objets, une altitude et des préoccupai ions

apologétique*. D'autant que la controverse a mis son

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