THÉOLOGIE DITE DE CLERMONT
appellation d'origine sous laquelle fui bientôt el reste encore usuellement désigné un manuel qui tint une place impoit ante, pendant la seconde moitié du xix" siècle, dans l'enseignement des séminaires tant en France qu'à l'étranger.
Sous sa forme primitive, il esl dû au sulpicien Arsène Vincent (1813-1809) — qui avait déjà publié un Tractalus de ocra reliyione, Paris, 1858, puis un Traclalus de veraEcclesia Christi, Paris, 1802 — et s'intitulait Compendium universte theologiœ, Lyon el Paris, 1807-1869, 6 vol. ln-12. Écrivant pro juiuoribus clcricis, l'auteur s'y préoccupe surtout de logique et de simplicité. Il avoue n'avoir pas craint de faire à ses devant lera des emprunts qui vont parfois Jusqu'à la transcription de verbo ad verbum, t. 1, p. vin; mais il revendique le mérite de la nouveauté (ibid.. p. vi H) pour une notice relative aux opérations de Hourse et pour la création d'un Irait é spécial De beata Virgine.
Devenu la propriété du grand séminaire de Cler-
mont-Ferrand, ce premier Compendium allait être
isivemenl retouché par les professeurs tic la
maison, lue 2' édition en fui préparée (1875) par Auguste Thibaut (18 Ht 1895) pour le dogme, avec le
coin ours, pour la morale de Nicolas Déjardins (1806 1889). qui l'enrichit d'un Supplemenlum ad tractahu de habilibua, de pracceplis Decalogi ri de surmmcnlo matrimonii. A partir de la .'S' (1882 1883), où l'ouvrage fut désormais Intitulé Theologia dogmalica et morallt, deux nouveaux collaborateurs prennent part à l'œuvre commune, le pu miet poui la têt le ■!" mat Iqu second pour la partie morale, savoir les frères J
THÉOLOGIE
Biaise Ferry (1846-1896) et Biaise-Antoine Ferry (1833-1898). S'abritant derrière saint Thomas et saint Alphonse de Liguori, ea mente, déclaraient-ils modestement, opus aggressi sumus ut nihil 1ère in eo nostrum esset. Ils n'en croyaient pas moins devoir offrir aux étudiants un rejeclum opus, dans le double but de mieux se conformer à la doctrine scolastique recommandée par l'encyclique JElerni Palris de Léon XIII et d'orienter plus efficacement les jeunes clercs vers les études supérieures dont la restauration des facultés de théologie catholique faisait naître à la fois le besoin et l'espoir.
Jusque-là pourtant, bien que passablement remanié et largement augmenté, le manuel était toujours censé l'œuvre d'A. Vincent. Le nom de celui-ci ne disparut du frontispice qu'avec la 4e édition (1886), sans que, du reste, ses derniers réviseurs — pas plus que les premiers — aient consenti à y inscrire le leur. Tout au contraire, ils avaient à cœur d'assurer que les modifications introduites dans la forme respectaient l'identité du fond '....In mull is abbreviatum\opus\, in quibusdam auctum, sed tamen vere integrum et idem. En même temps que de nouvelles retouches, la 5e édition (1889) accusait un progrès matériel appréciable, en ajoutant des références précises à la Patrologie de Migne pour tous les textes anciens. Mais elle se donnait aussi comme le type définitif, qui, de fait, n'a plus varié que sur de minimes détails.
Dans sa lettre d'approbation (8 décembre 1888), Mgr Boyer faisait allusion à la celerrima operis divulgalio et il en donnait pour preuve que son manuel diocésain, reçu de bonne heure in prœcipuis Gulliœ seminariis, avait réussi, dans l'intervalle de cinq ans, non seulement à gagner un grand nombre d'autres séminaires parmi nous, niais à pénétrer en Amérique et en Afrique aussi bien qu'en Pologne et en Portugal. Succès que les multiples éditions de l'ouvrage dans les dernières années du xixe siècle et les premières du xxe (9e édit., 1904-1905) allaient prolonger en le confirmant. C'est dire combien la Theologia Clarominlensis est un témoin précieux pour mesurer le niveau moyen de l'enseignement théologique pendant ces deux ou trois générations.
L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la Compagnie de Saiiit-Sulpicc, t. il, Paris, 1900, p. 303- 306 (M. Vincent), 463-465 (M. Dcjardins), 522-524 (M. Thibaut), 527-528 et 532-533 (MM. Ferry).
J. Rivière.
THÉOLOGIE DITE DE LYON, œuvre de l'oratoricn Joseph Valla, manuel publié en 1780 sous les auspices de l'archevêque Antoine de Montazet, voir ici t. x, col. 2370-2373, au service du jansénisme le moins déguisé, avec le gallicanisme et l'anti probabilisme qui en étaient alors l'obligatoire accompagnement. De ce chef, il souleva de vives oppositions et, après avoir connu — principalement hors de la France — un certain succès, finit par être mis à l'Index (1792). Il n'y survécut pas. Un de ses mérites les plus durables était de faire précéder les traités dogmatiques d'un De vera religione assez étendu, à l'instar de l'abrégé de Tournely rédigé par Collet (1751).
A. Degert, Histoire des séminaires français jusqu'à la Révolution, Paris, 1912, t. il, p. 267-272 et 281-287.
J. Rivière.
THÉOLOGIE DITE DE POITIERS, PUIS DE TOULOUSE, manuel scolaire qui a traversé brillamment le xvme siècle pour connaître encore, tout le cours du xixe, dans les séminaires sulpiciens en particulier, une fortune assez analogue à celle de la Theologia Claromonlensis.
Il vit le jour à Poitiers (Compendiosœ inslituliones theologicœ, 4 vol. in-12, 1708-1709) par les soins de l'évêque de l'endroit, Claude de La Poype de Vertrieu, qui passe pour y avoir utilisé ses propres cahiers de
Saint-Sulpice, revus par les deux jésuites Latour et Sallon. De bonne heure, il connut assez de rayonnement pour avoir, en quelques années (1717, 1723, 1729, 1731, 1753), plusieurs éditions qui le portèrent bientôt à cinq volumes, puis à six : dans la dernière, il s'était accru notamment d'un bref De religione joint au traité De Ecclesia. Fn 1758, sur l'ordre de M. de La Marthonie de Caussade, second successeur de M. de La Poype, il fut considérablement élargi, surtout pour l'apologétique et la morale, par le sulpicien Louis- Joseph Segretier. Mais, au témoignage de son confrère J.-B. Denans (lettre du 25 juillet 1758). ces additions n'allaient pas sans « un vice bien déshonorant pour Saint-Sulpice », savoir le plagiat; car « on y a copié servilement et bassement la petite morale de Collet ». Dès lors, « que diront ceux qui s'en apercevront? Et il est impossible qu'on ne s'en aperçoive pas ». Réimprimé sous cette forme en 1767, 1772 et 1778, il se répandit de plus en plus, au point que, d'après les Nouvelles ecclésiastiques, 1756, p. 68, il aurait pénétré dans la majorité des séminaires français et, peu de temps après, 1763. p. 7, dans la plupart. Ce qui, d'ailleurs, pourrait bien être excessif.
Son inspiration doctrinale était résolument opposée aux jansénistes. Aussi la secte lui voua-t-elle une grande hostilité, qui, outre maints entrefilets des Nouveltes ecclésiastiques, se traduisit par un libelle agressif : Lettre à l'évêque de Blois, 1737, et par un gros livre de l'oratorien Maille : Examen critique de la théologie du séminaire de Poitiers, 1765. Par contre, on y soutenait l'anti-probabilisme le plus vigoureux et le gallicanisme y était à l'ordre du jour, au moins depuis que, dénoncé au chancelier de Pontchartrain comme « combattant de front les saintes libertés de l'Église gallicane », il avait été soumis à la censure d'Ellies du Pin et « purgé par ce célèbre docteur de l'ultramontanisme dont il était infecté ». Nouvelles ecclésiastiques, 1737, p. 24.
Après la Révolution, cet antique manuel gardait encore assez de prestige pour qu'un certain nombre d'évêques aient exprimé à la Compagnie de Saint- Sulpice le désir d'en avoir une réédition corrigée et mise au point. Cette entreprise fut confiée au toulousain Bcnoît-Hippolyte Vieusse (1784-1857), qui s'était déjà fait connaître par un Tractalus de religione, Toulouse, 1816. L'ouvrage garda son ancien titre, nanti seulement de la mention secunda editio, et parut à Toulouse en 1828 (6 vol. in-12), sans nom d'auteur, avec la collaboration de M. Berger, vicaire général du lieu, pour les deux traités de la Justice et des Contrats. Ainsi la Théologie de Toulouse se substituait à la Théologie de Poitiers.
Une trentaine d'années plus tard, l'ouvrage allait une dernière fois changer de mains. M. A. lional, également professeur de dogme au grand séminaire de Toulouse, en achevait, en effet, la 7e édition (1856), qui s'intitulait auctior et correctior et justifiait cette rubrique au moins par certaines modificalions dans l'ordonnance des matières. Aidé pour la morale par son confrère Joseph-Justin Malet (1820-1881). il pourvoyait de même à la 8e édition (1862). Mais la 9e (1867), fut son œuvre exclusive et le titre en était changé pour la circonstance en Inslilutiones theologicœ. Enfin la 10e (1869) était ostensiblement revêtue de la signature du dernier auteur, que l'ouvrage a toujours portée depuis. Une dizaine de nouvelles éditions qui se sont succédé jusqu'au début du xxe siècle en attestent la popularité.
L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne, Paris, 1900, t. i, p. 413-415 (M. Denans), 470-471 (M. Segrclier), t. H, p. 231- 236 (M. Vieusse), 404-405 (M. Malet); A. Degert, Histoire des séminaires français jusqu'à la Révolution, Paiis, 1912, t. il, p. 212-214, 237-243 et 2S3-284.
J. Rivière.
THÉOPASCHITE (CONTROVERSE)
THÉOPASCHITE (CONTROVERSE).— Controverse théologique relative à la légitimité de l'expression : Unus de Trinitate passus est. Il en a été question ici au vocable Monophysisme, t. x. col. 2237- 2241, du point de vue de la théologie et, du point de vue de l'histoire, aux articles Hormisdas, Jean II et Scythes (Moines). On en montrera surtout ici le développement historique. — I. La controverse avant 533. II. Les décisions de l'autorité civile et de l'Église romaine.
I. La controverse avant 533. — ■ « Laissez-moi, dit Ignace aux Romains, être l'imitateur de la passion de mon Dieu, u.'.u.yjtïjv elvxi toû irâOouç toû Gôoû p.ou. » Rom., vi, 3, et ailleurs il parle « du sang de Dieu ». Eph., i, 1. C'est l'expression spontanée du théopaschitisme; elle se justifie par un syllogisme des plus simples : Jésus a souffert, il est mort; Jésus est Dieu; Dieu a souffert et est mort. On retrouverait des expressions analogues, justifiées somme toute de la même manière, dans les productions populaires de l'ancienne littérature chrétienne, tout spécialement dans les Actes apocryphes des apôtres. Chose curieuse, dans leur contexte ces mots nous choquent à peine; il faut un effort de la réflexion pour que l'on remarque l'inconvenance, le caractère paradoxal, pour ne pas dire impensable d'une phrase comme celle-ci : « Dieu a souffert, il est mort. » C'est que, dès le principe, le langage chrétien a appliqué, sans le savoir, la règle de la communication des idiomes, relative à l'être et aux opérations de l'Momme-Dieu. Ce qui est dit de l'une des natures peut être attribué, comme à son sujet dernier, à l'unique personne. C'est en vertu de la même règle que l'on dit que Marie est la mère de Dieu, non pas évidemment dans le sens qu'elle aurait donné l'être à la divinité, proposition absurde, mais parce qu'elle a enfanté cet homme auquel est substantiellement uni le Verbe divin.
Quand survint la réflexion théologique, certains penseurs chrétiens « réalisèrent • avec plus d'acuité les problèmes que soulevaient les expressions en question. L'École d'Antiochc, en particulier, après avoir beaucoup insisté sur la distinction des deux natures dans l'Homme-Dieu, insista plus fortement encore sur la nécessité de rapporter les opérations et les actions du Christ à celle des deux natures qui en était le sujet Immédiat : la naissance, la passion, la mort étaient le fait de l'humanité; il y avait inconvenance à les attribuer à la divinité. Ce fut un des points essentiels de renseignement de Théodore de Mopsueste; celui-ci l'affirma avec d'autant plus de force que son grand adversaire, Apollinaire de Laodicéc soutenait l'opinion contraire. Étant données, en effet, ses idées sur la constitution du Christ, l'apollinarisme ne voyait nul Inconvénient à nommer Dieu, tout court, le Christ de l'histoire, celui que nous appelons l'Homme-Dieu. Pour lui, le Christ n'était pas autre que le Verbe divin, passant au milieu de nous sans loucher à l'humanité sinon d'une manière apparente, un peu comme il s'était manifesté dans les théophanies de l'Ancien Testament. D.ins cette école on ne voyait nulle difficulté à parler sans plus du Verbe qui était né, avail souffert, était Bort. C'est bien la formule du théopaschitisme première manière.
Or, c'est contre des fortnules de ce genre, qu'elles il spontanées a Conslantinoplc ou d'importation •polllnariste, (pie manifeste bruyamment Nestorius on arrivée dans la capitale. L'opposition qu'il a faite à l'emploi du mot théotocos, pour parler de Marie, a fait un peu oublier les critiques qu'il a exprimées sur le Detu passua, \<- De us mort u us. '.es critiques pourtant Rident .i comprendre les premières et a leui 'ion ner leur signification véritable. A l'inverse, Cyrille d'Alexandrie, dont la terminologie et peut-être même
la pensée profonde ne se mettait pas assez en garde contre l'apollinarisme, s'érigeait en défenseur des formules en question. Pour lui des expressions comme Théolocos, Deus natus, Deus passus, Deus mortuus allaient de soi. Son sens théologique lui faisait cependant ajouter à ces vocables le mot carne. Ainsi dans le xii° anathématisme : Si quis non confitelur Dei Verbum passum carne et cruciflxum carne et mortem carne gustasse, raxOôv-ra axpy.l, èaTaupoiiivov aapxî, xal Oavâ-ro'j veuaâjxsvov capx'l. Cette précaution même ne le mit pas à l'abri des critiques des théologiens d'Antiochc. C'est dans des termes de ce genre que des docteurs comme Théodoret ou André de Samosate virent la preuve de « l'apollinarisme » de Cyrille. La lutte qui se déclenche, à l'hiver de 430, entre Alexandrie et Aniioche, qui atteindra son acuité extrême au double concile d'Éphèse de 431 et se terminera par l'Acte d'union de 433 est, à tout prendre, la lutte autour des formules théopaschites, en entendant ce dernier mot dans toute son ampleur : la naissance est aussi une passio. En dépit des concessions mutuelles que se sont faites les deux partis en 433, il reste que l'opposition au Deus passus demeurera la caractéristique de la théologie antiochienue, que l'adoption de la formule Verbum Dei passum deviendra pour l'école cyrillienne une tessère d'orthodoxie. En d'autres termes on sera suspect de « nest onanisme » pour refuser la formule; suspect de « monophysisme » pour s'en faire le défenseur.
D'ailleurs la formule contestée va prendre, peu après, une allure différente. Le Verbe divin étant l'un de la Trinité, l'on dira : Unus de Trinitate passus. C'est du Tome aux Arméniens de Proclus, que dérive l'expression. On y confessait que le Verbe-Dieu, l'un de la Trinité, s'était incarné : Ô!jioXoyo'jvte<; tôv Oeôv A6yov, tôv ëvoc -rrjç TpiâSoç, acaapy.ôJoOo'.i, ce qui était on ne peut plus correct. Les milieux qui sympathisaient avec le monophysisme en tirèrent la conséquence : on peut donc dire aussi : « L'un de la Trinité a souffert et est mort. » Pour revenir au même que l'expression Verbum passum, la formule ne laissait pas d'avoir une allure plus paradoxale; en attirant l'attention sur l'appartenance du Verbe à la Trinité, elle donnait un peu l'impression que la « passibilité» était installée au sein de l'immuable et bienheureuse Trinité. Au fait c'est bien une manifestation qu'ente ul ii faire Pierre le Foulon, quand il ajoutait à la formule du Trisagion les mots Qui crucifixus es pro nobis. Voir ici, t. x, col. 2238, et remarquer que les mots du Trisagion, dans la pensée des monophysites, se rapportent exclusivement à la seconde personne de la Trinité. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, s'il voulait provoquer un scandale, le l-'oulon y réussit pleinement; l'addition théopaschite au Trisagion fut regardée dans les milieux chalcédoniens, comme une intolérable provocation.
De fait, quand triompha à Conslantinoplc, sous l'influence d'Ac.aee, la politique des concessions au monophysisme qui atteint son apogée dans VHénotique de Zenon (voir l'article t. vi, col. 2153), la formule de VU nus de Trinitate fait son apparition dans les textes officiels. On n'a pas assez remarqué, pensons-nous, que c'est de VHénotique. si sévèrement condamné par le Siège apostolique, que viennent en droiture des tessères d'orthodoxie ultérieurement promulguées par Justinien et le \v concile. Au nombre de celles-ci ligure l'affirmation sans nuance qu'il faut rapporter à un seul et même Fils unique de Dieu et les miracles et les souffrances qu'il ■ de son plein ^rc endurées dans sa chair, comme aussi l'expression unus de Trinitate : unlui enim dicimut Unlgenili Filil Dei et mtracula et
0/tei qu.r spunte rnmr prrprssus Mt, Bot mitrin
qm dtiftduni mit confundunt aut pnanlasiam introdu-
nuit. OmnlnO non reciplmtU, quantum sine prrrutn ri
THEOPASCHITE (CONTROVERSE)
Dei genetrice secundum verilatem incarnatio augmentum filii non fecit. Mansil enim Trinitas trinitas et incarnato uno de Trinitate Deo Verbo. Traduction de Libératus, Breviarium, c. xvn; texte grec dans Evagre, H. E., m, 14, P. G., t. lxxxvi b, col. 2620. En joignant les deux membres de la formule, on arrive bien à l'expression : Unus de Trinitate passus.
L'Hdnotique, on le sait, fut le point de départ d'un schisme entre Rome et Constantinople qui dura près de quarante ans. Pourtant, en dépit de la pression gouvernementale, la formule théopaschite acquérait difficilement droit de cité dans la capitale de l'Orient. Quand, en 512, le patriarche Timothée donna l'ordre à toutes les églises de la ville de chanter le Trisagion avec l'addition 6 OTaupwOslç Si' vj^-âç dans les diverses fonctions liturgiques, il y eut une véritable émeute dans Constantinople. Cf. Grumel, Regestes du patriarcat, n. 200. Ce fut un des nombreux avertissements qui décidèrent l'empereur Anastase à entrer en rapports avec le pape Hormisdas pour le rétablissement de l'union avec Rome et de l'orthodoxie chalcédonienne. Cf. art. Hormisdas, t. vu, col. 161. Ce rétablissement ne se fit d'ailleurs qu'après la mort d'Anastase (9 juillet 518), au début du règne de Justin. Le retour à la foi de Chalcédoine permit à certains milieux dyophysites — c'est surtout au couvent des acémètes qu'on les rencontrait — d'afficher plus ou moins ouvertement leur attachement aux vieux Antiochiens, leur réprobation de certaines formules venues des cercles sympathiques au monophysisme, en particulier des formules théopaschites. Somme toute, on voyait renaître dan? la capitale, en 519, les mêmes discussions qui s'y étaient produites, cent ans plus tôt, à l'arrivée de Nestorius.
C'est à quoi, nous semble-t-il, il faut réduire cette agitation « nestorienne » que dénoncèrent si bruyamment les « moines scythes », soit avant l'arrivée des légats romains, soit après l'intervention de ceux-ci. Voir l'art. Scythes (Moines), t. xiv, col. 1746. Quel était au juste l'état d'esprit de ces moines brouillons? On s'accorde d'ordinaire à voir en eux des chalcédoniens, désireux de retirer aux adversaires du grand concile l'arme favorite que, depuis plus de soixante ans, brandissaient contre celui-ci les monophysites de toutes nuances. Peut-être ceci n'est-il pas absolument assuré et les Scythes étaient-ils plus touchés qu'on ne le dit par la propagande si active et si insinuante du monophysisme sévérien. C'est tout au moins l'impression que garda le pape Hormisdas et l'on a dit, à son article, comment il se refusa net à entrer dans les vues des Scythes, même après que ceux-ci eurent obtenu l'appui, d'abord hésitant, puis de plus en plus ferme, des deux souverains Justin et Justinien. Si le pape réagit si vigoureusement contre les moines en question, c'est qu'il était renseigné par ses légats, qui lui représentaient les formules des Scythes comme une concession au monophysisme expirant. En définitive, puisque la paix religieuse se rétablissait entre Rome et Constantinople par l'abandon de l'Hcnotique, le pape ne voyait pas de raisons pour faire un sort favorable à des formules qui dérivaient en droite ligne de ce fâcheux document. Il ne fut plus question, à Constantinople, après le meurtre de Vitalien, des Scythes et de leurs bruyantes manifestations. Nous avons dit comment auprès des Africains eux-mêmes les tentatives faites par eux aboutirent à une fin de non recevoir.
II. Les décisions de l'autorité civile et de l'Église romaine. — En dépit du silence qui régnait à Constantinople depuis le départ des Scythes, les formules préconisées par eux : Deus natus, Deus pannis involutus, Deus esuriens, sitiens, lassus, crucifixus ne laissaient pas de faire leur chemin. Si elles plaisaient aux âmes pieuses, heureuses de méditer sur les abaisse-
ment s du Verbe incarné, elles agréaient davantage encore aux hommes politiques qui y trouvaient un moyen de rétablir l'unité de l'empire, compromise plus que jamais par les agitations religieuses. D'autant que, en ces mêmes moments, la subtile dialectique du meilleur des théologiens contemporains, Léonce de Byzance, permettait de justifier rigoureusement des formules qui n'avaient que l'apparence du paradoxe. A la christologie de l'Homo assumplus, chère aux vieux Antiochiens, chère aussi aux Occidentaux, se substituait celle de l'Unus de Trinitate incarnatus dérivant de Cyrille. Celle-ci devait finalement évincer celle-là.
A cette éviction l'autorité civile devait avoir une part capitale. De plus en plus Justinien se cramponnait en effet aux formules des Scythes. Il avait déjà inséré l'Unus de Trinitate dans sa profession de foi placée au début du Code justinien en 528. L. I, tit. i, n. 5. Il la reproduisit dans deux édits dogmatiques, les premiers qu'il ait publiés, dans lesquels il définissait quelle devait être la véritable foi selon Chalcédoine : édit du 15 mars 533 adressé aux peuples de Constantinople et des villes d'Asie, Code, ibid., n. 6; édit du 26 mars envoyé au patriarche Épiphane, ibid., n. 7; cf. Grumel, op. cit., n. 223. Tel était le résultat le plus clair de la conférence contradictoire tenue, en ce moment même, au palais d'Hormisdas entre sévériens et chalcédoniens. Sur cette conférence voir l'art. Trois- Chapitres, ci-dessous, § iv, n. 3. Outre leurs réclamations relatives aux écrits de Théodore de Mopsueste, de Théodoret et d'Ibas, les sévériens avaient fait connaître à l'empereur les griefsdogmatiques qu'ils avaient contre les chalcédoniens, en particulier le refus de ceux-ci d'admettre les formules Deus passus carne; Unus de Trinitate passus; Ejusdcm esse personse, tam miracula quam passiones. Ces remarques des sévériens ne pouvaient qu'ancrer le basileus dans sa résolution d'obtenir de l'autorité ecclésiastique la reconnaissance des lessères d'orthodoxie préconisées douze ans plus tôt par les Scythes et que le Siège apostolique avait alors écartées.
Quelques traces subsistent du travail qui fut alors entrepris dans la capitale pour trouver à ces formules des garants moins suspects aux yeux de Rome que les Scythes. E. Schwartz a publié en 1914 un curieux mémoire rédigé par le même Innocent de Maronée à qui nous devons une relation de la conférence contradictoire de 533. Dans A. C. O., t. iv, vol. n, p. 68-74. Il est intitulé : Incipit S. Innocenta episcopi Maroniœ de his qui unum ex Trinitate vel unam subsistentiam seu personam Dominum noslrum Jesum Christum dubitant confiteri. L'auteur entreprend de montrer l'accord de Proclus avec saint Léon sur la question soulevée; il termine par quelques extraits de Théodore et de Nestorius destinés à montrer pourquoi l'affirmation de l'Unus de Trinitate est indispensable et par plusieurs textes de Proclus qui mettent l'accent sur cette expression. Ce mémoire ne s'est conservé qu'en latin, il voisine, dans le ms. de Novarez.TX, qui l'a fourni, avec une encyclique de Proclus. identique à la 2e lettre aux Arméniens (maquillée d'ailleurs pour abriter sous une défense de l'Unus ex Trinitate passus une attaque de la doctrine augustinienne de la prédestination) et un florilège dogmatique réunissant des textes de Pères, surtout latins, propres à justifier l'expression susdite : Incipiunl exempta sanctorum Patrum quod unum quemlibet licet ex beata Trinitate dicere : Augustin, Ambroise, Hilaire, Cyprien appuient ainsi les dires de Grégoire de Nazianze, Basile et Grégoire de Nysse. Ce florilège est certainement d'un latin et a été vraisemblablement composé à Rome. Ces trois opuscules vont à la même fin : fournir à la curie romaine les arguments qui la décideraient à se prononcer dans le sens désiré par Justinien. C'est à quoi visait aussi la traduction du tome
THÉOPASCHITE (CONTROVERSE)
de Proclus aux Arméniens qu'exécutait à ce moment même à Rome Denys le Petit.
En définitive Justinien était bien résolu à arracher à la curie l'approbation de la formule qu'il jugeait maintenant indispensable au ralliement des monophysites. L'action pour l'adoption de VUnus de Trinitate passus est du même ordre que celle entreprise dix ans plus tard pour la condamnation des Trois-Chapitres; nous sommes malheureusement moins renseignés sur celle-là que sur cette dernière. Libératus, Brev., c. xix, nous dit seulement que, peu après l'avènement du pape Jean II (31 décembre 532), furent envoyés à Rome Hypatius, évêque d'Éphèse, et Démétrius, évêque de Philippes — ils avaient l'un et l'autre pris part au colloque avec les sévériens — pour mettre le Siège apostolique en garde contre les envoyés des acémètes, Cyrus et Eulogius. Ceux-ci niaient qu'il fallût reconnaître que la bienheureuse Marie était « vraiment et proprement ■ la mère de Dieu et que l'un de la Trinité s'était incarné et avait souffert dans la chair. D'après les explications que donne le pape Jean II, il faut entendre que les deux acémètes avaient été excommuniés par le patriarche Épiphane pour avoir refusé d'accepter les deux formules en question, imposées sans doute par ce dernier. Cf. Grumel, op. cit., n. 223. Les moines en avaient appelé à Rome et y étaient venus solliciter une décision du Siège apostolique. C'est pour leur faire échec qu'arrivaient à Rome, à l'été de 533, les deux évoques Hypatius et Démétrius. Ils étaient porteurs d'une lettre du basilcus (le texte en est reproduit par le pape dans sa réponse) et d'une autre où le patriarche appuyait les demandes de Justinien. Grumel, n. 224. Dans sa lettre, datée du 6 juin 533, le souverain ne. ménageait pas l'expression de son respect envers l'Église romaine, « chef de toutes les Églises »; il signalait au pape l'audace de quelques moines, maie et judaice secundum Ncslorii perftdiam sentientes, qui osaient s'élever contre ce que tenaient toutes les autorités religieuses (sacerdoles), conformément à la doctrine du pape, et refusaient de dire que Jésus-Christ fait homme et crucifié fût l'un de la sainte Trinité, passible dans la chair, impassible par la divinité. Ce faisant, ils semblaient se rattacher à Nestorius et dire, comme lui qu'autre est le Verbe, autre le Christ. Au contraire, l'ensemble du clergé confessait que Notre-Scigneur Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné aux derniers temps, était l'un de la Trinité; c'était la conséquence de la profession de l'union hypostatique, in una enim subsistent/a unilalem nueipimus et confitemur, quod dicimt Greeci tÎ)v xaO' OTtécrraaiv Ëvcoaiv ôu,oXoYoûu.ev. « Pour cette raison, nous disons aussi que Marie est vraiment ei proprement mère de Dieu [Chalcédoine disait avec plus de nuance : - Marie, mère de Dieu selon l'humanité », Denz, Bannw., n. 1 18). Nous disons aussi : c'est du même que sont les miracles et les souffrances qu'il a volontairement endurées dans sa chair. » [l.e 7'ome de l'on disait, avec plus de. distinction : agit utraque forma, cum alterius communione, quoi! proprium est, VitI'o opérante quod Verbi cl et corne cxeqtiente, quod carnis est.\ L'empereur demandait au pape une réponse, que doublerait aussi une lettre adressée au patriarche : Jean indiqucrail qu'il était en communion ptaicnl lesdiles formules et qu'il condamnait la perfidie judaïque de ceux qui rejetaient la vraie fui.
A Rome on semble bien s'être entouré, avant de
répondre, de quelques précautions, i ne consultation
fut ih in n |< . au diacre africain Fulgence Perrand, le
itairc de la tradition de l-'ulgence de Ruspe, Voir
■onse P. /.., t. lxvii, col. 889-908. Il conclut par
un li . r. Scmblablemenl on «lut utiliser les
- que non ignalés plus haut, lettres de
Proclus, mémoire d'Innocent de Maronée, florilège patrislique. Mais on ne se perdit pas en atermoiements. La réponse de Jean II fut expédiée le 25 mars 534. Jaffé, Regesta pont, rom., n. 884 : P. L., t. lxvi, col. 17; se référer de préférence au texte de la Collcclio Avcllana, n. 84, dans Corpus de Vienne, t. xxxv a, p. 320-328. Sans discuter le moins du monde les formules proposées, le pape s'y ralliait sans ambages; il n'était point, disait-il, de catholique qui rejetât une confession si orthodoxe, laquelle condamnait l'impiété de Nestorius autant que celle d'Eutychès et de tous les hérétiques; tel était bien l'enseignement des Pères et du Siège apostolique. Le pape ajoutait qu'il avait été en effet prévenu de la présence à Rome de Cyrus et des autres acémètes. N'ayant pu les amener à s'incliner par la persuasion, il maintenait les condamnations portées contre eux par leur évêque et les déclarait excommuniés, ab omni Ecclesia catholica alieni. Il ne laissait pas néanmoins d'implorer pour eux miséricorde, s'ils venaient à résipiscence.
Cependant la cour austrogothique de Ravenne commençait à se préoccuper des agissements politiques de Constantinople. La reconquête de l'Afrique vandale venait de s'effectuer et l'on craignait pour l'Italie une destinée semblable. Des explications furent demandées à Rome au sujet de l'ambassade byzantine par les fonctionnaires catholiques du souverain goth — c'était Atalaric sous la tutelle de sa mère Amalasonte. Parmi eux figurait celui que tout le monde appelait le Sénateur, c'est-à-dire Cassiodorc. Jean II répondit par une lettre dont le début témoigne de quelque, embarras. Jaffé, n. 885 : P. L., t. lxvi, col. 20; mieux dans A. C. O., t. iv, vol. n, p. 20G. Il s'excusait de n'avoir pas prévenu les demandes de ses correspondants. Telle avait bien été son intention de leur envoyer le texte de sa définition (doqma). Mais la rédaction en avait été plus laborieuse qu'il n'avait pensé d'abord, car il s'agissait de justifier par un appel aux textes les expressions employées. Le pape se contentait donc d'exposer aux personnages susdits les trois questions que Justinien lui avait posées et les réponses qu'il y avait faites : « Jésus-Christ est-il l'un de la Trinité? — Le Christ-Dieu (Deus-Christus) a-t-il souffert dans la chair, tout en restant impassible par la divinité? — Est-ce proprement et en rigueur de termes que la mire de Noire-Seigneur, Marie toujours vierge, doit être appelée mère de Dieu, ou mère du Verbe qui s'est incarné en elle? » [On remarquera que les trois questions ne sont pas exactement libellées comme dans la lettre de Justinien. | Le pape avait répondu affirmativement à chacune de ces interrogations et a l'appui il alléguait des textes patristiques empruntés pour la plupart à des auteurs occidentaux ; plusieurs se retrouvent dans le florilège signalé plus haut, col. 508. Ayant administré ces preuves, le pape donnait l'expression de sa foi : il confessait les deux natures, mais avec une définition de elles ci plus statique que dynamique : dtfferentias intelligentes cl confltentes dioinitatis utqiic humanitalis. lui parlant de deux natures, il n'entendait pas parler de deux personnes, ni diviser ce qui était uni fadunationis dii'isioncm ) de telle sorte que l'on arrivât à une quaternité (de personnes), comme a dit l'insensé Nestorius, pas plus qu'il ne voulait, en confessant l'unique personne du Christ, confondre, comme l'avait fait l'impie Eutychès, les natures unies. Comme règle de foi, il gardait le Tome de Léon et toutes ses lettres, aussi bien que les quatre conciles de Nièce, de Constantinople, d'Kphèse et de Chalcédoine. De tOUt quoi les correspondants poUI raient prendre plus ample connaissance, quand ils
auraient rein l'exemplaire complet de sa définition.
Pour ce qm était des acemetes, comme ils paraissaient ,
<le tonte évidence, 'nier au ncsloi lauisnie. l'Église