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THIERRY DE NIEM

générale se vérifie pour l'âme humaine, dont le principe est l'intellect actif, pure intelligence créée directement par Dieu. Mais, à la différence des thèses averroïstes, cet intellect agent n'est pas unique pour le genre humain; il se multiple comme les hommes. Il est en chacun d'eux cet abdilum mentis, cette abstrusior projunditas noslrœ memoriœ dont parle saint Augustin. Et dans l'homme se vérifie alors le principe général du processus des esprits. L'intellect agent comprend l'intellect possible, produit par lui : se habet ad ipsum tamquam ad principium aclivum et pro~ fluxivum sui, connu par lui mais le connaissant aussi. Mais comme l'intellect agent, à son tour, ayant été produit d'rectement par Dieu, le connaît et voit en lui toutes les raliones œternœ, regulœ œternœ et incommutabilis verilas présentes sunt abdilo mentis, secundum Auguslinum. quod est intellectus agens. De tribus difficil., p. 77*, il se fait alors que, se retournant sur lui, à l'occasion des perceptions sensibles, l'intellect possible découvre eu lui ces raisons éternelles et ces idées de toutes choses : ratio rei splendet in intellectum possibilem ex suo prineipio intellcciuali, quod est intellectus agens immediatum. De intelleclu et intell., p. 203*. Par là, c'est toute une théorie qui s'amorce de notre connaissance de Dieu dès ici-bas et de notre connaissance des choses en cette lumière de la vérité première qu'est Dieu. Eckhart reprendra et développera ces thèmes dans sa psychologie mystique.

Thierry, lui, i attache encore à cela, comme son complément logique et son épanouissement, le problème de la lumière de gloire et de la vision béatifique. Ce ^era !e retour parfait de l'âme à Dieu lorsque, le corps ayant cessé de mettre obstacle à la claire vue de l'âme, l'intellect agent, cet élément divin en nous, pourra remplir toute sa fonction : ipsë intellectus agens est illml beatifteum principium quo informati, id est quando lucril forma nobis, sumus beali per unionem noslri ml Deum \>''r immediatam bealificam conlcmplalionem qua videbimus Daim per essentiam. De intelleclu et inielligibili, p. 102*.

lî. Krebs, Meister Dlelrich (Theodoricus Teutonicus de Vriberg) . Sein Leben, seine Werke, seine Wissensclialt, dans les Beitrâge... de Bàumker, t. v, 1006; Le traité « de esse et etsentia de Thierry de Fribourg, dans Hevue néoscol., 1911, p. 516-536; J. Wiirschmidt, Dictriclx von Freiberg, Ueber den liegenbogen und die durcll Stralilen erzcugUn Eindrûcke, dans les Beitràge..., t. xn, 1914; M. De W'ulf, Histoire de la philosophie médiévale, 1936, t. n, p. 314-319; Ueberweg-Geyer, Grundriss der Gescliichte der Philosophie, 1928, t. Il, |>. .">■". 1-560,

P. Gloiueux.

2. THIERRY DE NIEM (1340-1 118). — Né à Brakel, en Westphalie, vers 1340, il est ainsi appelé du nom de la pelile ville de Nieheim, proche de son pays natal. !><■ bonne heure il partit pour l'étranger et sa formation fut suri k u t italienne. Vers la tin du pontificat d'Urbain V (f i'.i décembre 1370), il entre à la Curie pontificale, qui, après un court essai de retourner a Rome, ie réinstalle en Avignon, puis repart pour Home au début de 1377, sous Grégoire XI. Thierry est a i .■ moment notarius sacri palattt. Il est témoin en 1378 de la crise (|in inaugure le Grand schisme et reste fidèle a Urbain VI, a la Curie duquel il devient abbreviaior. Boniface IX (1389 1404) le nomme, en 1395, an dège épiscopaJ de \ erden, mais Thierry ne put être consacré; devanl les difficultés qu'il rencontra il rcsiu, i lie I 1398 ou 1399). A Pâques 1 101 on

le i roUVC a Erfur! . OÙ il es! immai rie aile a l'uni wrsile.

d es! a Rome en i 103, toujours comme abbreviafor a la Curie. Encore que très préoccupé de la réduc

1 i < ■ n du schisme, il n'assista pas au concile 'le l'isc

(mars aoûl l 109), retenu qu'il était alors < n AJlero pu dlvei e affaires. Il était en< ire au service d< ban wiii quand (•lui cl arriva a Constance; mais.

après l'évasion du pape (20-21 mars 1415), Thierry s." sépara bruyamment de celui-ci. Sans avoir de place officielle au concile, il ne laissa pas d'y jouer un rôle considérable. S'il est bien, comme cela est tout à fait vraisemblable, l'auteur de l' Invectiva in difjugientem e concilio Constanlicnsi Johannem .va/// (dans von der Hardt, Concilium Conslantiensc, t. n, part. 14, p. 296- 330), il a beaucoup contribué aux mesures prises par l'assemblée contre le pape contumace. Les écrits qu'il multiplie à celte époque témoignent qu'il se rallie de plus en plus à la théorie conciliaire, laquelle voit dans le concile le seul moyen de rétablir l'unité dans l'Église et d'aboutir à la réforme de celle-ci dans son chef et dans ses membres. On retrouve Thierry comme chanoine de Maestricht en 1418; c'est là qu'il meurt le 22 mars 1418.

La production littéraire de Thierry de Nïem a élé considérable, encore que les critiques ne soient pas entièrement d'accord pour la délimiter; entre les deux érudits qui l'ont spécialement étudiée, G. Erler et H. Finke, il reste encore des divergences considérables que les travaux plus récents ne sont pas jusqu'ici arrivés à réduire. Sous le bénéfice de cette remarque, voici les ouvrages qui lui ont été attribués, avec plus ou moins de certitude. — 1. Liber cancellariœ apostolica', auquel il faut joindre Stilus pulatii abbreviatus, recueil de formulaires de la chancellerie apostolique, de taxes, etc.; date des premiers temps du séjour à la Curie. Publié par G. Erler, Der Liber cancellariœ vont Jahre 1-380 und der Stilus palatii abbreviatus Dietrichs von Nieheim, Leipzig, 1888. — 2. Injormatio jacta cardinalibus in conclavi unie cleclionem papœ Johannis XXIII moderni, de 1110, dans Erler, Dietrich von Nieheim, Leipzig, 1877, Beilâge, n. n, p. xxx-xli. — 3. De modis uniendi ac re/ormandi Ecclesiam, a été attribué à Gerson; mais a toutes chances d'être de Thierry, bien que d'autres noms aient été aussi proposés, celui de l'espagnol André d'Escobar, de l'abbé bénédictin André de Randulf. Pour l'attribution à ce dernier, voir surtout Sâgmuller, dans Histor. Jahrbuch, t. xiv, 1803, p. 562 sq. Publié dans von der Hardt, Conc. Const.. t. i, part. 5, p. 68-1 12, et dans les Opéra de Gerson.éd. Ellies du Pin, t. ii, col. 161-201. — 4. Nemus unionis, recueil de documents relatifs aux négociations cuire Grégoire XII et Benoît XIII, terminé le 25 juillet 1408: édité par Schard, comme 1. IV du De schismate (cidessous) et dans les éditions ultérieures. — 5. De schismate libri très : c'est l'œuvre la plus importante de Thierry, terminée le 25 mai 1410: histoire du Grand schisme jusqu'à cette date et des moyens mis en œuvre pour le réduire; détails nombreux, mais ouvrage pas sionné et à utiliser avec précaution. Ed. princeps, Nurenberg, 1536; puis Pâle, 1566, par S. Schard: dans cette édition le Nemus unionis (ci-dessus) est donné comme le I. IV; édit. Erler avec noies, Leipzig. 1890. — 6. Epislola ad Johannem XXIII transmisse de bono Romani ponlificis regiminc. de 1 110; éd. D. Rattinger dans Histor. Jahrbuch de la Gorresgcsell schaft, t. v, 1884, p. 163-178.-— 7. Epislola Lucij.Ti ad Joh. Dominici, O. P., cardinalem Sancti Sixti, violent pamphlet contre le cardinal de Raguse, attribué à Thierry par Rattinger, loc. cit., p. 166, mais dénié par Trier; ligure dans le Nemus unionis, 1. VI, c. xxix: éd. récente dans Analrcta Irunciscana. t. m, 1887, p. 229-231. — 8. De difjicullalc rcjurniationis Ecclesiœ m concilio universali, aoûl 1410; attribué à Pierre d'Ailly par von der Hardi; revendiqué pour Thierry par M. LenZ, mais des doutes sont exprimés par Erler. Texte dans von der Hardi, op. cil.. I. i. part, 6, p. 255 260, cl dans les Opéra de ( ..-; •i\i,cd.cil., t. II, p. 867 875.

'>. Traclatus contra deunnatos Wicli filas Pragm, écrit en I tl 1 ; publie par Erler dans /.cilschr. /tir vulcrldiul.

Geschichte... (Westfalens), i. sx.ui, 1885, p. 184 '

THIKRKY DF. NIEM

10. Monita de necessitate reformationis Ecclesise in capite et membris, intitulé aussi Avisamenta pulcherrima de unione et reformalione membrorum et capilis fienda, écrit en 1414; attribué d'abord à P. d'Ailly, puis à Thierry par von (1er Hardi ; M. T.enz se rallie à cette dernière attribution dans Drei Traktatc aus dem Schriftencyclus des Konxtanzer Konzils, Marbourg, 1876; elle est niée par Erler; édité dans von der Hardt, op. cit., t. i, part. 7, p. 277-309, ci dans les Opéra de Gerson, éd. cit., t. il, p. 885-902; nouv. éd. dans Finke, Acla concilii Constantiensis, t. iv, 1928, p. 584-636. —

11. Cedula affixa nd valvas palatii episcopalis Conslanciensis, die lunœ 8 mens, martii 141 ï; cette attribution hypothétique faite par Lindnerest contestée par Erler; texte dans Martène-Durand, Thésaurus novus anecdolorum, t. il, p. 1620-1623. — 12. Invectiva in diffugienlem e concilio Constanliensi Johannem XXIII a. 1415 édita, intitulée encore Traclatus bonus de tribus de papatu contendentibus, diatribe passionnée contre le pape qui a pris la fuite; l'attribution à Thierry est extrêmement vraisemblable ; éditée dans von der Hardt, op. cit., t. il, part. 14, p. 296-330. — 13. Historia de vila Johannis XXIII, postérieure à juin 1416; l'ouvrage est la suite du De schismate (ci-dessus, n. 5) ; édité à part à Francfort, 1620, puis par von der Hardi, op. cit., t. n, part. 15, p. 335-360. — 14. Privilégia aut jura imperii circa investituras episcopatuum et abbaliarum reslituta a papis imperatoribus romanis, est antérieur à la réunion du concile à Constance; c'est une sorte d'histoire du Saint-Empire; la belle époque fut celle d'Othon Ier et de ses successeurs, où la poigne impériale prévenait les schismes et les scandales pontificaux. Publié dans S. Schard, De jurisdictione imperii, Bâle, 1566, p. 785-859. Il conviendrait de rendre à l'ouvrage son véritable titre : Chronica; cf. Potthast, Wegweiser etc., t. il, p. 1051 a, note. — 15. H. Heimpel a fait connaître un ouvrage de Thierry sur la convocation des conciles généraux qui se situe au même moment que les précédents : Einc unbekannte Schrift Dietrichs von Niehm ùber die Berufung der Generalkonzilien, 1413-1414, avec en appendice Ein Gutachten Dietrichs ùber den Tijrannenmord (1415), 1929. — 16. En dehors des ouvrages de circonstance recensés ci-dessus, il semble bien que Thierry avait rédigé une Chronique, dans les dernières années du xive siècle; il n'en subsiste qu'un petit nombre de fragments, publiés par H.-V. Sauerland dans Mittheilungen des Instituts fiïr ôsterr. Geschichtsjorschung, t. vi, 1885, p. 589-614 et par Mulder (cf. bibliographie). Mais il n'y a pas lieu d'attribuer à Thierry une sorte de continuation du Liber pontiftealis : Vilse pontifteum romanorum a Nicolao IV usque ad Urbanum V et inde ab anonymis usque ad an. 1418 continualœ, addilis imperatorum gestis, titre inexact, d'ailleurs, puisque l'ouvrage commence au pontificat d'Honorius IV (1285) et va jusqu'à celui de Martin V inclus (1417-1431); les recherches de Lindner et d'Erler permettent d'attribuer ce travail à Werner de Liège, chanoine de Bonn (fin du xive s.).

L'attention de l'historien de la théologie doit être attirée spécialement sur les n. 3, 8 et 10, trois écrits consacrés à la politique ecclésiastique et à la réforme, et où se trouvent développées des doctrines extrêmement aventureuses sur la constitution ecclésiastique. Ceci est surtout vrai du n. 3, De modis uniendi ac reformandi Ecclesiam, où se fait nettement sentir l'influence de Marsile de Padoue. A en croire l'auteur, le pape ne peut être appelé le chef de l'Église, étant seulement le vicaire, le lieutenant du vrai chef, le Christ. Encore ne l'est-il que s'il n'abuse pas de son pouvoir, s'il en abuse, il peut et doit être déposé. L'autorité séculière peut alors intervenir et, nous l'avons vu à propos de l'écrit n. 14, Thierry n'a que des éloges pour la façon

dont les premiers empereurs germaniques mettaient lis papes à la raison. La même idée est exprimée aussi dans le De schismale, 1. III, c. ix-xi. éd. Erler, p. 221- 224. Plus osée encore est la définition que donne de l'Église le De modis : « la totalité des fidèles juridiquement associés en vue de leur commune utilité. • Par rapport au concile, le pape n'a aucun droit, même s'il est incontesté et unique (ce qui n'était pas le cas au temps où écrivait l'auteur); il ne lui appartient pas de convoquer le concile, de le présider, d'y rien définir sur l'état de l'Église. C'est à l'empereur que revient la convocation et la présidence. Il ne fait donc pas question que le concile soit supérieur au pape. « Il lui est supérieur en autorité, supérieur en dignité, supérieur par la fonction; le pape est tenu de lui obéir en tout; le concile peut limiter le pouvoir du pape, car il représente l'Église universelle; c'est lui qui détient les clefs pour ouvrir et fermer; il peut anéantir les droits de la papauté. Nul ne peut en appeler de ses décisions; il peut élire le pape, le priver de son titre, le déposer; il peut établir de nouveaux droits, abolir les anciens. Ses constitutions, statuts et règles sont immuables, elles ne souffrent ni modification, ni dispense de qui que ce soit, si ce n'est de lui-même. » Cité par V.Martin, Les origines du gallicanisme, t.n, p. 128. C'est qu'aussi bien la primauté de juridiction que s'arroge le pape dans l'Église n'est pas d'institution divine. A l'origine papes et évêques étaient égaux et c'est, en somme, par une usurpation que le pape a dépouillé les évêques de l'autorité qu'ils tenaient du Christ. Tout au plus pourrait-on dire que la primauté pontificale résulte d'une délégation de l'Église, délégation que celle-ci peut toujours retirer. Tout cela, fait très justement remarquer V. Martin, ibid.. n'est qu'un démarquage du Defensor pacis.

Reste à savoir si c'est bien à Thierry de Niem qu'il faut attribuer la paternité de cet écrit et des deux autres qui lui sont nettement apparentés. M. Lenz, en 1876, n'avait pas hésité à les donner tous trois à Thierry. G. Erler, au contraire, rejetait cette hypothèse (1877). Entraîné par la démonstration de Lenz, H. Finke, en 1889, prouvait que Thierry était bien l'auteur du De necessitate, et que le De modis était sans conteste de la même main que le premier écrit; qu'il n'y avait rien de décisif contre la composition par Thierry. A cette démonstration et à cette attribution se sont ralliés Pastor, Histoire des papes, trad. franc., t. ï, p. 207, Noël Valois, La France et le Grand Schisme d'Occident, t. iv, p. 229, note 2, E. Vansteenberghe, Le cardinal Nicolas de Cues, p. 35, et plus récemment W.-J.-M. Mulder, S. J. (voir ci-dessous). Si on l'admet, Thierry de Niem ne nous apparaît plus seulement comme un fonctionnaire de la Curie bien renseigné sur les événements auxquels il a été mêlé, mais comme l'un des précurseurs de l'esprit de réforme, qui préparent, au xve siècle, le grand événement qui se produira cent ans plus tard.

L'étude la plus complète, mais déjà un peu ancienne, est celle de G. Erler, Dietrich von Nieheim, sein Leben und seine Schriften, Leipzig, 1877; à compléter et quelquefois à rectifier par les travaux suivants : Th. Lindner, Beitràgr zu dem Leben und den Schriften D. v. N., dans Forschungen zur deutschen Geschichte, de Gcettingue, t. xxi, 1881, p. 69- 92; cf. dans le même recueil, t. xn, 1872, p. 235-259, 656- 658; M. Lenz, Drei Traktate aus dem Schriftencyclus des Konstanzer Konzils, Marbourg, 1876; Al. Fritz, Ist Dietrich von Nieheim der Verfasser der drei sogen. Constanzer Tractate? dans Zeitschr. fur vaterl. Gesch. und Alterlhumskunde (Westfalens), t. xi/vi, 1888, p. 157-167; H. Finke, Dietrich von Niem in Konstanz, étude publiée dans le recueil Forschungen und Quellen zur Gesch. des Konst. Konzils, Paderborn, 1889; du même, Zu Dietrich von Niem und Marsilius von Padua, dans Rômische Quartalschrift, t. vu, 1893, p. 224-227; Sagmuller, Der Verfasser des Traktates De modis uniendi ac reformandi Ecclesiam, dans Histor. Jahr-

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