‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 33 sur 423 · TEMPÉRANCE · texte numérisé non relu

TEMPÉRANCE

enfants, ni même à la fin secondaire, leur éducation. Doit-on toujours avoir en vue cette fin dans l'usage du mariage? Explicitement, non certes; toutefois, on ne perdra pas de vue la condamnation par Innocent XI de la proposition 9 des erreurs laxistes : Opus conjugii ob solam voluptatem exercitum omni penitus caret culpa ac defectu veniali. Denz.-Bannw., n. 1159.

b) En ce qui concerne les plaisirs de la table, la règle de la tempérance ne peut être que la bonne santédu corps et la disposition de l'esprit nécessaire pour l'accomplissement des devoirs quotidiens. Ni plus ni moins qu'il ne faut pour atteindre ce but. Ce qui ne veut pas dire, de toute évidence, qu'en raison de circonstances spéciales, il ne soit pas permis de faire des repas plus copieux ou mieux préparés : le nécessaire doit être entendu ici selon les règles non seulement de la nécessité absolue, mais encore de la convenance. Mais on se souviendra aussi de la proposition 8 condamnée par Innocent XI : Comedere et bibere usque ad salietalem ob solam voluptatem non est peccalum, modo non obsit valeludini; quia licite potest appetitus naluralis suis aclibus jrui. Denz.-Bannw., n. 1158. Le plaisir du boire et du manger ne saurait être une fin; ce n'est qu'un moyen : « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. »

2. Fin dernière et règles supérieures de la tempérance. — Dans l'économie présente de la fin surnaturelle à laquelle l'homme est appelé, la fin prochaine et la règle propre de la tempérance doivent être subordonnées à des règles supérieures, propres à la fin surnaturelle de l'homme. Dans l'usage des plaisirs sensibles, il faudra aussi faire attention à ne nuire en rien au bien spirituel et surnaturel de l'âme, et même on devra s'abstenir de ces plaisirs dans la mesure où, selon le tempérament, la situation, la vocation de chacun, ce sera nécessaire ou même simplement utile pour parvenir à la fin surnaturelle. De là, l'utilité et la nécessité di s mortifications, des œuvres satisfactoires pour les péchés, du célibat ecclésiastique, du vccu de chasteté, etc.

5° Le juste milieu de la tempérance. ■ — Le propre des vertus morales est de tenir un juste milieu entre deux excès opposés. Saint Thomas traite des excès opposés à la tempérance dans la question cxlii. Il part du même principe qui lui a servi à établir la nature et l'objet de la tempérance.

La nature a attaché une délectation sensible à tout ce qui est nécessaire à la conservation de l'individu et de l'espèce. Sans celte délectation qui fait contre-poids à des Inconvénients ^nivcs, |e o,.nre humain s'éteindrait bientôt. L'un s'abstiendrait de nourriture ou n'en prendrait qu'une insuffisante, pour s'épargner la peine de la chercher ou de la préparer. L'autre ne voudrait pas d'enfants pour éviter les inconvénients inhérents a leur éducation. L'absence de la délectation lin-, c'est l'insensibilité : quand cette insensibilité est le. résultat d'une volonté égoïste, elle est non seulement un défaut, mais une faute. Toutefois, saint l bornas fait ici remarquer qu'en raison des fonctions qu'on remplit, s'abstenir de certains plaisirs sensibles peut être louable : les soldats, les athlètes, les intellectuels se privent de l'usage du mariage pour mieux BU l "inplir les devoirs de leur état; les malades se mett'ni i i.i di< i ■ pour recouvrer la santé du corps, les pénitents ■> l'abstinence, pour recouvrer la santé de l'âme. L'autre i-\rï,, c'est l'intempérance sous toutes

les formes qui recouvrent les pèches contraires aux \ertus connexes a la tempérance. Ibid., a. 1.

Saint Thomas compare l'intempérance ■< un défaut

d'enfant. Sans considérer l'ordre de la raison qu'il est

encore Incapable de percevoir, l'enfant désire ce qui (latte son appétit, fût <>■ quelque chose de honteux ei

de laid aux \eux de l'esprit. Si l'on ObéilSail a l'enfant, DICT. Iil I ln'.nl . CATIIOL.

on le fortifierait dans ses instincts pervers. Cf. Eccl., xxx, 8. Plus on accorde à la concupiscence, plus elle demande; la passion satisfaite, dit saint Augustin, devient une habitude et l'habitude, une nécessité. Confessions, 1. VIII, c. v, 12, P. L., t. xxxn, col. 754. On corrige l'enfant par la verge; on doit se servir de la discipline pour réprimer la concupiscence superflue ou intempérance, qu. cxlii, a. 2. Comparée à la timidité et à l'insensibilité, l'intempérance est plus grave tant au point de vue de sa matière que de la responsabilité de l'homme qui s'y livre volontairement, a. 3; on peut même dire que l'intempérance est le plus déshonorant et le plus honteux des vices : plongeant l'homme dans les voluptés qui lui sont communes avec les animaux, elle le prive du bon usage de la raison et littéralement l'abrutit; cf. Ps., xlii, 21. Ibid., a. 4. IL Vertus connexes a la tempérance et péchés opposés a ces veftus. — 1° Parties de la tempérance (q. cxliii, art. unique). — Se référant à la doctrine exposée aux q. xlviii et cxxvm, saint Thomas distingue dans une vertu cardinale les parties intégrantes, subjectives, potentielles.

1. Parties intégrantes de la tempérance. — Comme l'indique le mot, la partie intégrante concourt à l'exercice de la vertu à titre de complément nécessaire. La pudeur est une disposition à la tempérance, Vlwnnèteté en est une condition. La pudeur, en effet, nous met en garde contre les choses honteuses; l'honnêteté nous fait aimer la beauté de la modération imposée par la tempérance à nos puissances inférieures. Sur la pudeur, voir la belle étude de J. de La Vaissière, La pudeur instinctive, Paris, 1936.

2. Parties subjectives. — Ce sont ici de véritables vertus, mais subordonnées à la tempérance, comme les espèces le sont au genre. La tempérance modérant les délectations relatives au manger et au boire, on compte, sous ce rapport, deux parties subjectives de la tempérance: la vertu d'abstinence, voir t. i, col. 271, à l'égard des plaisirs du manger, la vertu de sobriété à l'égard des plaisirs du boire. Quant aux plaisirs de l'acte générateur, c'est la chasteté qui le modère quant à l'essentiel, voir t. n, col. 2319 sq.; c'est la pudicilé qui en modère les accessoires, baisers, touchers, attitudes, etc. Voir t. ix, col. 1351.

3. Parties potentielles. On appelle parties potentielles des vertus annexes qui se rattachent à la vertu principale parce (pie leur objet constitue pour ainsi dire une partie secondaire de l'objet de la vertu principale. En ce qui concerne la tempérance, les vertus annexes, qui en sont les parties potentielles, ont pour objet de modérer les mouvements de l'âme, l'ar rapport aux mouvements intérieurs, ou peut énumérer. à l'égard des mouvements de concupiscence, la continence; à l'égard des mouvements d'audace et «le pré

somplion, ['humilité, voir I. vu. col. 321; à l'égard des mouvements de colère et de vengeance, la clémence ou la mansuétude; à l'égard des désirs exagérés de. savoir cl, peut-on ajouter, des mouvements de paresse, V amour ordonné de V étude (studiositas). l'ar rapport aux mouvements extérieurs, on peut énumérer. a l'égard de la tenue du corps la modestie; a l'égard des actes à accomplir, la décence cl le bon ordre; à l'égard des distractions et des jeux, selon les cas. Veulrapélic ou. au contraire, ['austérité; enfin, dans les vêtements et les parures, la simplicité, qui doit s'étendre également à tOUl le train ordinaire de la vie.

2° Péchés opposés <i ces vertus. Les péchés opposés à la loi de l'abstinence et au jeune sont étudiés mots, t. i. col. 271 ; t. VIII, col. 1111 sq. A la sobriété

ci .( l'air tinence s'opposent les péchés de gourmandise et. a' ivresse, étudiés t. vi, col. L520 sq. \ la chasteté)

s'oppose le péché de luxure sous toutes ses formes. \oir

t. ix. col, 1339 sq. A la vertu de mansuétude el de

TEMPÉRANCE — TEMPIER (ETIENNE;

clémence s'oppose la colère, étudiée t. in, col. 355. A la vertu d'humilité, t. vu, col. 321, s'oppose le péché d'orgueil, t. xi, col. 1410. On trouvera à Paresse, t. xi, col. 2023, l'étude d'un péché qui, sans s'opposer directement à la tempérance, peut cependant en certaines circonstances être considéré sous cet aspect spécial. Dans chacun de ces articles, on trouve les indications utiles qui groupent, autour de l'espèce principale, les espèces subordonnées de fautes similaires.

A. Michel.

TEMPIER (Etienne). — Originaire d'Orléans, il étudia la théologie à Paris. Chanoine de Notre- Dame, il succède, comme chancelier, à Aymeric de Veire, avant mars 1263. Il entre presque aussitôt en conflit avec l'Université; sous prétexte qu'il lui appartient, en qualité de chancelier, d'admettre les bacheliers, il entend commencer lui-même à faire office de maître régent sans prêter les serments d'usage; il prétend aussi, quoique dernier promu, prendre le titre et la fonction de doyen; il se permet enfin d'admettre à la licence les bacheliers qui lui agréent, sans consulter comme il se doit les maîtres régents en théologie. De là, plaintes et procès à Rome. En 1268, après la mort de Réginald de Corbeil, il est élu évêque de Paris, et prête serment le 7 octobre. Sa grande préoccupation, à en juger par les documents que rapporte le Gallia christiana, t. vin, col. 108-115, fut de faire reconnaître les droits temporels de l'évêque de Paris. Il s'occupa aussi particulièrement de l'Université. C'est sous son épiscopat que se place le second enseignement parisien de saint Thomas. Il prit part au IIe concile de Lyon, eut maille à partir avec Philippe le Hardi qui, en 1273, l'exila quelque temps de son diocèse. Il mourut le 3 septembre 1279. Son œuvre littéraire et théologique semble des plus réduites; on ne possède de lui ni traités ni commentaires. Seuls ont été conservés trois sermons prononcés en 1273 (Paris, Bibl. nat., lat. 16 4SI, fol. 77 v°, 136 v°, 214) et quelques fragments de statuts synodaux. Il exerça pourtant une influence considérable sur le développement et l'orientation de la pensée philosophique et théologique au xme siècle par ses deux interventions dans la polémique antiaverroïste et antipéripatéticienne : sa condamnation de 1270 et son Syllabus de 1277.

I. La condamnation de 1270. — Elle est la première digue officielle dressée contre la vague de rationalisme qui déferlait alors sur l'Université de Paris, et plus particulièrement sur la faculté des arts. Le nom d'averroïsme latin, par lequel on désigne ce courant de pensée, doit s'entendre non pas d'un averroïsme intégral que les latins, précisément, n'adoptèrent jamais, mais plus exactement d'un aristotélisme intégral, auquel l'adjonction de certaines thèses capitales de l'averroïsme donne une allure toute spéciale, mais confère un danger tout particulier aussi. Ces thèses concernaient surtout l'unité de l'intellect humain; la négation, conséquente, de la liberté et de la responsabilité humaine; la négation aussi de l'immortalité personnelle et donc de la rémunération et du châtiment, puisqu'il n'y a pas survie. Cet apport spécifiquement averroïste s'alliait, chez les philosophes parisiens, à tout l'ensemble des doctrines aristotéliciennes qu'il présupposait. Le système d'Aristote s'imposait en effet à eux comme le dernier mot de la pensée philosophique et la seule explication satisfaisante de l'univers. A la suite du Maître, on pouvait s'engager sans crainte; accepter, évidemment, toutes ses données organiques si cohérentes entre elles; mais aussi aller jusqu'au bout de ses exigences et de ses conclusions, y compris celles qui ne pouvaient se concilier avec l'enseignement révélé, l'éternité du monde par exemple et celle du mouvement; le déterminisme universel avec le rôle joué par les constellations, et le retour

cyclique des événements et des civilisations. Quelles que soient les conséquences auxquelles elle aboutit, la raison se doit de poursuivre implacablement sa route. Le Commentateur par excellence, Averroès, vient l'y aider, et c'est pourquoi on a recours à lui; d'autres encore, tel Avicenne, à qui l'averroïsme latin empruntera également une de ses théories : sur l'action des «intelligences' dans la production des êtres et le gouvernement des sphères, avec les conséquences que cela comporte sur la providence ou plutôt la non-intervention de Dieu dans la destinée humaine et son bonheur. Il est certain que, ainsi compris et érigé en système cohérent (voir ici même, l'art. Averroïsme, t. i, col. 2629 sq.), l'averroïsme latin constituait un danger très réel, tant pour la foi que pour les mœurs. On ne nie pas en vain la liberté, la responsabilité personnelle, les sanctions de l'autre vie et les conclusions pratiques en sont vite comprises et appliquées. Guillaume de Tocco a conservé à ce propos la réflexion de ce soldat qui refusait de faire pénitence de ses péchés sous le beau prétexte que, ne faisant qu'un avec saint Pierre en vertu de leur commune intelligence, la sainteté de celui-ci lui était acquise. C'était logiquement la porte ouverte à tous les abus et à l'inconduite.

C'était surtout la foi mise en péril. L'autorité du Philosophe et du Commentateur étaient telles qu'elles faisaient accepter pour vrais même les points de doctrine directement opposés à l'enseignement révélé. On s'en tirait en protestant de l'orthodoxie des intentions, ou même en reconnaissant la vérité infaillible de l'Église; mais on n'en abandonnait pas pour autant les conclusions philosophiques qu'on tenait pour vraies et nécessitantes dans leur ligne. Semblable concordat, d'ailleurs faux, ne pouvait durer longtemps ; la foi y sombrerait presque à coup sûr. D'autant plus que, répandues surtout à la faculté des arts, ces doctrines trouvaient là des auditoires de jeunes étudiants insuffisamment formés, prompts à s'enthousiasmer pour toute nouveauté et toute velléité d'indépendance. Par ailleurs l'averroïsme latin avait trouvé son principal théoricien en la personne de Siger de Brabant; et celuici avait à un haut degré les qualités du chef, chef d'école et chef de parti. Voir ici Siger de Brabant, t. xiv, col. 2041 sq.

Devant le danger qui s'affirmait ainsi, sans doute aux environs de 1266, et ne cessait de croître, la Faculté de théologie s'était émue et la résistance aux thèses averroïstes s'y était organisée. On peut la suivre s'intensifiant à mesure que gagnaient les thèses adverses. C'est saint Bonaventure d'abord : en 1267, dans ses Collaliones de decem prseceplis; puis, l'année suivante en divers sermons et dans ses Collaliones de donis Spiritus Sancti. Puis saint Thomas reparaît sur la scène parisienne; et ce sont ses questions disputées De anima, en 1269, avec l'édition des quest. disp. De spiritualibus crealuris; ses quodlibets I- 1 II, XII; certains de ses opuscules : De motu cordis; De unitale inlellectus. Auprès de lui, Jean Peckham, le régent de l'école franciscaine, avec plusieurs questions disputées, sur l'éternité du monde par exemple; Gérard d'Abbeville, dans son quodlibet XIV entre autres ; Albert le Grand aussi dans son De quindecim problematibus, en réponse à la consultation que lui avait demandée Gilles de Lessines. Par l'entremise de cette dernière, précisément, on sait que dans le cours de l'année 1270, circula au sein de la Faculté une liste de quinze propositions jugées répréhensibles et susceptibles de condamnation. Sans doute les maîtres, régents ou autres, ont-ils été sollicités comme Albert de donner leur appréciation sur elles. Gilles en parle d'ailleurs comme jam in mullis congregalionibus impugnatos.

C'est alors qu'intervient l'acte du 10 décembre 1270. Etienne Tempier dénonce, condamne, excommunie les

tempier (étienne:

treize premiers articles de la liste incriminée. Voir les textes dans Denifle-Chatelain, Chartul. univers. Paris., t. I, p. 486-487; Mandonnet, Siger de Brabant, 2e éd., t. i, p. 111, n. 1. Dans ces articles l'essentiel de la doctrine averroïste, dans ce qu'il y a du moins de répréhensible en elle, se trouve contenu : négation de la providence divine dans l'ordre de la contingence (art. 10-12) ; éternité du monde tart. 5-6) ; unité numérique de l'intelligence humaine, avec ses conséquences (art. 1, 2, 7, 8, 13); négation du libre arbitre et règne de la nécessité (art. 3, 4, 9). « Ces erreurs, disait le prologue, ont été condamnées et excommuniées, ainsi que tous ceux qui les auraient enseignées sciemment ou soutenues, par le seigneur Étienne, évêque de Paris, l'an du Seigneur 1270, le mercredi après la fête du Bx Nicolas d'hiver. »

II. Le Syllabus de 1277. — Si judicieux qu'ait été le choix de ces articles et si clairement formulées qu'aient été les doctrines réprouvées, l'acte de 1270 ne produisit pas l'effet escompté. La forme conditionnelle de la condamnation : qui eos docuerint... vel asseruerint pouvait s'interpréter comme visant l'avenir seulement, ou comme ayant aussi un effet rétroactif. Certains en profitèrent pour contester la portée du geste; on le voit par la question soulevée trois mois plus tard au quodlibet IV, q. xiv de saint Thomas. D'autres mirent sans doute en avant le privilège dont jouissaient les membres de l'Université de ne pouvoir être excommuniés sans faculté spéciale du Saint-Siège. On ne voit pas non plus qu'il y ait eu alors de condamnations nominales ni de sanctions personnelles. Tout au plus — et c'est un grief qui reviendra dans certains écrits de saint Thomas tout comme dans le décret du 2 septembre 1276 porté par l'Université — l'enseignement des doctrines réprouvées se fit-il plus discret, portes closes, en de petits conventicules. D'ailleurs des troubles universitaires auxquels l'influence et l'action de Siger de Brabant ne furent pas étrangères, tant s'en faut, désorganisèrent assez profondément la faculté des arts et y compromirent l'enseignement. Or, commencé au début de 1272, le schisme soulevé par l'élection du recteur ne prit fin qu'en mai 1275 par l'arbitrage du légat Simon de Brion. Trois années d'anarchie et d'énervement au cours desquelles les esprits se montent, les abus se glissent et les doctrines condamnées gagnent du terrain. La Faculté des arts et l'Université s'efforcent de réagir par de nouvelles décisions, en date du 1er avril 1272, du 5 décembre 1275, du 2 septembre 1276; le légat intervient à nouveau le 6 décembre 1276 et lance l'excommunication contre les étudiants clercs dont la tenue donne du scandale. Le mal demeure cependant. Et Borne intervient à son tour. Par une bulle du 18 janvier 1277, Jean XXI (le Pelrus Hispanus, l'ancien maître de Paris, n la renommée mondiale) dit son émoi à la nouvelle des erreurs qui, jadis condamnées, reprennent

de plus belle au grand dommage de la foi. Et il coin-

ionne Étienne Tempier pour mener une enquête

sérieuse sur ces erreurs, leurs auteurs, les écrits qui les

propagent, les endroits ou elles se répandent; l'évêque

■ il Pari devra lui en transmettre au plus tôt les tats. Trois mois plus tard, une autre bulle, du 28 avril, renouvellera cette commission en l'ampli flanl encore, car la Faculté de théologie elle-même i contaminée el ces erreurs auraient, parait il, trouve crédit en son sein. Mais avant que lui parvint cette econdi lettre (rontremandée bientôt par les cardinaux réunis en conclave après la mort de Jean \\i). i tienne Tempier avait agi et, dépassant les termi et air- doute l'intention du mandat pontifical,

m même condamnation des 219 ' qui constituent ce qu'on peut appeler le Syllabui

p. in mu (le 1277.

On sait qu'il a pris pour cela conseil des maîtres en théologie; on sait même qu'ils étaient au nombre de seize et qu'Henri de Gand fut l'un d'entre eux. On sait aussi par les témoignages de contemporains, Gilles de Borne, Godefroid de Fontaines, que ce travail fut hâtif, incohérent et tendancieux; l'étude du document lui-même confirme ces appréciations. L'enquête et le jugement furent rondement menés, en moins de trois semaines à dater de la réception de la bulle pontificale. On a l'impression que le dépouillement des ouvrages suspects a été fait séparément par plusieurs maîtres, mais que les résultats n'en ont pas été coordonnés : un certain nombre de propositions se répètent; d'autres se contredisent (voir par exemple les art. 204 et 219 sur la présence des anges dans le lieu, et l'embarras d'Henri de Gand à ce propos, Quodl. 11,9 et IV, 18). Il semblerait même parfois que le censeur a pris comme pensée de l'auteur ce qui n'était qu'une thèse adverse relevée par lui pour être réfutée. Voir Mandonnet, Siger de Brabant, t. i, p. 221, n. 1. De toute façon, les articles se suivent sans ordre ni principe directeur; et il faut un réel effort pour dégager de ce fouillis les grandes tendances doctrinales qui y sont réprouvées. Plus d'un copiste d'ailleurs voulut y porter remède en groupant de son mieux sous divers titres et catégories les multiples propositions qu'il relevait. C'est à une présentation de ce genre que s'est également résolu le P. Mandonnet dans la dernière édition qu'il a mise à la fin de son Siger de Brabant, t. n, p. 175-181.

Chose plus grave, et qui devait exercer une influence considérable sur l'histoire des idées, cette condamnation de 1277 fut, sans aucun doute, œuvre de parti et nettement tendancieuse. Il était nécessaire de réprimer les menées averroïstes et, puisque l'acte de décembre 1270 s'était avéré insuffisant, d'aller plus loin dans le détail des doctrines à proscrire, de les préciser et dénoncer plus clairement. On comprendrait même à la rigueur, suivant la remarque de Godefroid de Fontaines, qu'on forçât un peu la note et que, pour réagir plus sûrement, on excédât quelque peu dans le sens contraire. Mais les articles réprouvés ne visent pas seulement les thèses erronées de l'averroïsme latin, qu'elles aient été empruntées à Arislote, Averroès ou Avicenne, ou formulées de façon inédile par les novateurs parisiens. A l'abri de ces thèses, et sous prétexte de réagir contre elles, on entreprit également le procès d'une tendance doctrinale qui ne méritait point semblable condamnation, et l'on s'elîorça de ruiner en même temps l'aristotélisme, le péripatétisme. C'était la revanche, longtemps attendue et préparée, du traditionalisme, appelons-le augustinisme, qui avait prévalu jusqu'à l'avènement d'Arislotc dans le monde latin, ou plus exactement Jusqu'aux tentatives d'un Albert le Grand et d'un saint I Immas pour intégrer dans la synthèse catholique tous les éléments féconds du péripatétisme.

Déjà en 1270 une première campagne avait été menée dans ce sens. I.a liste des propositions soumises ù l'examen des maîtres, aux fins de condamnation, comportait outre les treize qui furent effectivement prohibées, deux autres qui n'étaient point averroïstes mais répondaient par contre à renseignement de saint Thomas : la 11' touchant la doctrine de l'unité de [orme en l'homme, la 15"' la simplicité de composition des substances spirituelles. A la suite d'interventions

ou d'influences qui nous sont mal connues, ces deux thèses évitèrent la condamnation et saint Thomas ne fut pus excommunié de ion vivant. Mais ce n'était (pie

partie remise. Et, au lieu de deux thèses thomistes, il y en cul une quinzaine pour le moins qui se virent, en

1277, condamnées pèle mêle avec les erreurs aver roistes. Elles concernent par exemple l'unité du

tempier (Etienne:

monde (34, 77); l'individuation dans les espèces spirituelles et les espèces matérielles (27, 81, 96, 97, 191); la localisation des substances séparées et leur rapport avec le monde physique (204, 218, 219); l'excellence de l'âme et de son opération intellectuelle en dépendance des conditions du corps (124, 187); le déterminisme sous lequel la volonté accomplit son opération (129, 163, 173). Si l'on applique ici l'adage : 7s fecit cui prodesl, il est hors de doute que le coup provient du parti des maîtres séculiers, de l'augustinisme qui défend ainsi ses positions sérieusement menacées par Paristotélisme de saint Thomas. Défense de l'orthodoxie contre ce qui est doctrines erronées des philosophes païens, mais autant, sinon plus peut-être, sous ce couvert, auto-défense de l'école traditionnelle contre les infiltrations aristotéliciennes, teintées ou non d'averroïsme, assimilables ou non pour une philosophie chrétienne, tel apparaît à la réflexion l'acte de 1277.

Il comportait, on l'a dit, une liste de 219 (certains manuscrits donnent 220) propositions. On a essayé de les ramener à une classification méthodique. Celle que propose le P. Mandonnet dans son édition est la suivante. Il les divise en deux grandes catégories : erreurs philosophiques, erreurs théologiques. Les premières, au nombre de 179 portent : sur la nature de la philosophie (7), la connaissance que nous avons de Dieu (3), la nature de Dieu (2), la science divine (3); la volonté et la puissance divines (11), la production du monde (6), la nature des intelligences séparées (23), leur rôle (8), l'influence du ciel dans la génération des êtres inférieurs (19), l'éternité du monde (10), la nécessité et la contingence des choses (15), les principes des êtres matériels (5), l'homme et l'intellect agent (27), l'opération de l'intellect humain (10), la volonté humaine (20), le miracle (10). Les erreurs en matière théologique sont au nombre de 40 : relativement à la loi chrétienne (5), aux dogmes de l'Église (15), aux vertus chrétiennes (13), aux fins dernières (7).

Ce relevé a surtout valeur d'indication. Il est facile de voir grâce à lui comment les quatre grands thèmes fondamentaux visés dans la condamnation de 1270, ou ses treize articles eux-mêmes, se retrouvent ici, mais amplifiés et complétés. Dans l'intervalle de sept années qui s'est écoulé entre les deux interventions d'Etienne Tempier, le débat lui-même s'est élargi. On en trouve la preuve par exemple dans les Collaliones in Hexaemeron de saint Bonaventure (en 1273), dans lesquelles la critique des thèses averroïstes s'étend beaucoup plus loin que dans ses deux carêmes de 1267 et 1268. Aussi n'est-il pas étonnant que, non seulement les articles, mais les doctrines condamnées soient plus nombreuses qu'en 1270; que les formules en soient plus précises aussi, empruntées aux ouvrages suspects eux-mêmes, afin de couper court aux subtilités ou aux échappatoires; qu'elles soient accompagnées quelquefois de commentaires ou considérants qui en précisent le sens : par exemple, error si intelligatur simpliciter... (art. 210); error nisi intelligatur de eventibus naturalibus... (207); error quia sic anima Christi non esset nobilior anima Jude (124).

Il n'y eut pas d'ailleurs que cette énumération de doctrines à rejeter. Dans le dispositif de son acte, Etienne Tempier après avoir dénoncé la thèse néfaste des deux vérités, condamne, outre les 219 propositions, deux ouvrages qu'il désigne nommément, dont l'un est le De deo amoris, d'André le Chapelain; l'autre un livre de géomancie; mais avec eux, tous les livres de nécromancie, d'astrologie ou d'autres sciences superstitieuses. Puis, il édicté les sanctions. Pour les uns comme pour les autres, pour les auteurs ou possesseurs de ces livres comme pour les auteurs ou défenseurs des propositions condamnées, non moins d'ailleurs que pour leurs auditeurs, l'excommunication était la peine

prononcée s'ils ne venaient dans les sept jours se dénoncer à l'évêque de Paris ou à son chancelier. En ce cas l'évêque se réservait de procéder contre eux suivant les prescriptions du droit et de décerner des peines plus ou moins sévères suivant la gravité de leur faute.

Les menaces, nous le savons, ne furent pas vaines. A la différence de ce qui avait été fait sept années plus tôt, des poursuites furent intentées et des sanctions prises. Nous en connaissons plusieurs cas indiscutables. Tout d'abord celui des principaux fauteurs des désordres, et protagonistes à la fois de ces doctrines : Siger de Brabant lui-même et Bernier de Nivelles, chanoine de Saint-Martin de Liège comme lui. C'est l'inquisiteur de France, Simon du Val, qui instrumenta contre eux et qui, le 23 novembre de cette même année 1277, les cita à son tribunal. Pour lui échapper, ceux-ci en appelèrent à Rome; mais Siger ne put esquiver la condamnation et mourut misérablement à Orvieto. C'est, dans des conditions assez voisines de celles-là, le sort qui atteignit Boèce de Dacie. D'après une indication des Annales Basilienses, il y eut aussi vers cette époque des mesures de répression prises par le roi de France contre un certain nombre de maîtres, défenseurs des thèses condamnées. Et sans parler de Roger Bacon, à l'emprisonnement d'ailleurs discuté, nous connaissons encore le cas de Gilles de Rome, bien mis en lumière par Hocedez, La condamnation de Gilles de Rome, dans Rech. de théol. anc. et médiêv., 1932, p. 34-58. Une liste de dix-neuf propositions, erronées ou prétendues telles, relevées dans son enseignement, surtout sur le Premier livre des Sentences, lui fut reprochée. Sommé de se rétracter, il refusa et défendit ses idées. On lui interdit alors l'accès à la licence, et il dut cesser son enseignement de bachelier; ceci en 1277 sans doute. Ce n'est qu'après être revenu à récipiscence, en 1285, et avoir fait amende honorable, qu'il fut admis à poursuivre ses études et à se présenter à la licence.

La menace de sanctions ne fut donc pas un vain mot; celle surtout de l'excommunication, qui demeurait toujours suspendue sur les partisans des thèses condamnées. Un aveu comme celui qui échappa à Godefroid de Fontaines, esprit indépendant pourtant, montre combien lourdement elle pesa sur l'histoire de la pensée philosophique et théologique en cette fin du siècle : Hoc est difficile determinare, dit-il, à propos de la présence de l'ange dans le lieu, propler articulas circa hoc condempnatos qui contrarii videnlur ad invicem, et contra quod nihil intendo dicere propler periculum excommunicationis. Quodl. XIII, 4. Ceci en 1296, à près de vingt ans de la condamnation. On ne joue pas avec l'excommunication. Mais à cause de cela, on ne peut dire ce que l'on pense, ni penser ce que l'on veut.

L'histoire de cette influence et de ces répercussions de l'acte de 1277 n'a pas encore été écrite; elle le mériterait pourtant et serait des plus instructives. Il y aurait lieu de l'examiner non pas tant au point de vue des doctrines averroïstes, que des thèses aristotéliciennes englobées dans la condamnation. Pour le premier groupe, la mesure d'Etienne Tempier se montra utils, nécessaire même; peut-être pas aussi efficace cependant qu'on l'eût souhaité, à en juger par la reprise d'influence et d'activité de l'averroïsme parisien au début du xive siècle, suivi bientôt par l'école de Padoue. M. -M. Gorce, L'essor de la pensée au Moyen Age (1933), p. 179-307. Il serait bon à ce propos, de rechercher comment, malgré la disparition de Siger de Brabant, ses tendances se maintinrent à la faculté des arts.

Mais l'autre problème est plus grave. En interdisant d'enseigner des thèses qui, en soi, n'étaient pas répréhensibles, en mettant à l'index des doctrines aristo-

TEMPIER (ETIENNE)

téliciennes parfaitement compatibles avec la foi chrétienne, c'était un procès d'école qu'on instituait : augustinisme contre péripatétisme; ou plus exactement c'est à l'effort d'Albert le Grand et de saint Thomas surtout qu'on prétendait faire échec puisque seuls, devant tout l'enseignement traditionnel, ils avaient eu l'audace de se dresser : doctrina... Ma novella, quasi lola contraria, quse, quidquid docet Augustinus de regulis œternis et luce ineommutabili, de potenliis animer, de rationibus seminalibus inditis materiœ et consimilibus innumeris, deslruat pro viribus et énervât, pugnas verborum injerens toli mundo. Lettre de Peckliam à l'évêque de Lincoln, 1er juin 1285. Aussi en définitive, est-ce par un retard apporté à cette synthèse thomiste, par un regain de vie pour l 'augustinisme traditionnel et, conséquence inévitable, par des tentatives indépendantes de voie moyenne ou de compromis, que va se solder au cours des cinquante ou soixante-quinze ans qui la suivirent, l'intervention d'Etienne Tempier.

A l'égard de la condamnation elle-même, les attitudes varièrent avec le temps : attitude de soumission tout d'abord, puis réserves, puis campagne pour le retrait de la sentence. La soumission, enthousiaste de la part des maîtres séculiers, respectueuse de la part des autres, avec de ci de là quelques critiques, caractérise la première période. On y voit les tenants de l'enseignement traditionnel utiliser largement ce nouvel argument d'autorité que constitue Varticulus condempnalus ou articulus episcopi; il leur sert à consolider leurs propres positions ou à démolir leurs adversaires. Ceux-ci gardent un silence prudent et respectueux. D'ailleurs on ne voit pas surgir alors, parmi les maîtres dominicains, de disciples de saint Thomas qui fassent autorité et osent s'imposer. Par contre des auteurs indépendants, assez personnels et originaux, s'affirment durant ces années : tels Henri de G and ou Godefroid de Fontaines, qui, critiquant parfois certaines des condamnations prononcées trop hâtivement, cherchent à prendre position en marge de l'enseignement par trop traditionnel.

Après quoi s'ouvre l'ère des réactions et des réserves. Diverses causes les provoquent : tout d'abord les difficultés d'interprétation ou même d'accord entre eux que présentent certains articles condamnés et que des auteurs dénués de toute hostilité à l'égard d'Etienne Tempier sont obligés de constater; niais aussi la réaction venue de l'étranger, des Anglais particulièrement. L'acte de 1277 n'est jamais, après tout, qu'une mesure locale : c'est pour l'enseignement parisien que portent ses prohibitions et ses sanctions; on n'a pas à en tenir compte à Oxford ou à l'étranger. Dans ces conditions, les non-conformistes ne se font pas faute rie souligner les incohérences ou les contradictions qu'offre le Syllabus parisien, de rappeler en quelles circonstances el de quelle manière, plutôt sua caution, il a été composé; de montrer enfin les Inconvénient graves qui en découlent. Ce dernier point se trouve parfaitement exposé dans la réponse donnée par Godefroid de Fontaines, en 1295, à la question insidieuse qui lui avait été posée à son Quodl. XII, 5 ; ' (rum episcopus Parisiensis peccet in hoc quod omitlit corrigere quosdam artieulot a predeces si>rr sun condemnalos? Respondeo dicendum quod ni f/uiiii rsi impedilivum pro/ectu» studentium, et quod est io scandait inlrr studenlea, et quod est m detrimen huit utttis doctrine est merito corrigendum. Et il di e

loppe ces trois points avec force arguments. Pour le

■nu-, il explique nettemenl que cette doctrine perutiti» sur laquelle est |etée la suspicion par suite de trop nombreux articles condamnés est celle du très

• nd et excellent docteur frère I bornas. Il est bien it. en effet, qu'un certain nombre d'articles ont

été empruntés à ses écrits et que, par le fait, sa doctrine est devenue suspecte, alors qu'elle est entre toutes la plus solide et la plus utile. C'est donc un tort de maintenir une condamnation qui prive les études d'un tel secours et d'une telle lumière.

A mesure qu'augmente le crédit de saint Thomas, une troisième phase s'amorce dans cette opposition à l'acte de 1277. Elle tend à obtenir non pas le rappel complet de la décision épiscopale, mais le retrait des propositions qui, sciemment ou non, visaient saint Thomas. On sait comment, sur l'initiative prise dès 1317 par la province dominicaine du royaume de Sicile, la cause de canonisation de Thomas d'Aquin avait été introduite et la première enquête faite à Naples en 1318-1319; puis l'enquête supplémentaire à Fossanova en 1321, pour aboutir à la déclaration solennelle du 18 juillet 1323. Parallèlement à ces démarches se poursuivaient précisément les efforts sur le plan doctrinal en vue d'obtenir à Paris la révision souhaitée. On a encore le plaidoyer prononcé en ce sens par Jean de Naples, en 1315-1316, à propos delà question qu'on lui avait posée à son Quodl. VI, 2 : l'trum licite possit doceri Parisius doctrina fratris Thome quantum ad omnes conclusiones ejus? (éd. par C. Jellouschek dans Xenia thomislica, t. ni, p. 88-101). Tous les points litigieux atteints par des articles du Syllabus de 1277 sont passés en revue et lavés de tout soupçon. Ces efforts, dus principalement aux frères prêcheurs, aboutirent enfin, après la canonisation, au résultat souhaité. Dans une lettre solennelle en date du 14 février 1325, qu'il publia en accord avec un grand nombre de maîtres de l'Université, l'évêque de Paris, Etienne de Bourret, après avoir fait un bel éloge de l'enseignement de saint Thomas, déclare retirer la condamnation de son prédécesseur Etienne Tempier dans la mesure où elle aurait pu atteindre les doctrines de cet auteur : supradictam articulomm condempnalionem et excommunicalioni.s sententiam quantum tangunt vel tangerc asserunlur doctrinam beali Thome predicti, ex noslra scientia, tenon presentium lotalilcr annullamus... eosdem discussioni scolastice libère relinquendo. Dans Denifle-Chatelain, Chart. Univ. Paris., t. Il, p. 280-281.

Mais cette mesure est de 1325. Pendant cinquante ans les interdictions portées par Etienne Tempier, silices articles comme sur les autres, ont eu vigueur el force de loi; et il a fallu en tenir compte bon gré mal gré dans l'élaboration des systèmes. En 1325, Seul était mort depuis dix-sept ans; olieu depuis vingt-sept; Ockham axait déjà lu les Sentences el soutenu ses Quodlibets. Dans cette période encore vient s'inscrire la carrière doctrinale non seulement d'un Henri de Gand ou d'un Godefroid de Fontaines, mais d'un Pierre d'Auvergne, d'un Jean de Pouilly, pour les séculiers; celle d'un Hervé Ncdclicc et d'un Durand de Saint-Pourçain, dans l'ordre dominicain, foule la doctrine de l'école des cannes, avec Gui ferré et (iérard de Pologne: celle des ermites de Saint-Augustin, avec

Gilles de Rome, Jacques de Viterbe ou Prosper de Reggio Emilia s'était fixée déjà. Dans quelle mesure

les uns et les autres, maîtres et écoles, ont ils été allcctés par les prohibitions parisiennes? Dans quelle mesure leurs réactions ou leurs audaces, leurs compromis ou leurs inventions sont ils la résultante, peut être bien lointaine mais réelle pourtant, de l'acte d'Etienne Tempier? L'histoire de la philosophie cl de la théologie en cette période, une des plus graves peut cire de toute la scolastique. devra S 'efforcer de l'établir.

Pour l'instant, avant même que soit fait ce travail, on peu! souscrire tout au moins ;i (elle appréciation générale de E. Monde/. / ./ condamnation de G Met <lc Rome, dans Rech. de théol. une. <t méd., 1932, p. 57 :

Les historiens modernes se montrent généralement

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