‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 395 sur 423 · III. Ll'.S DOCUMENTS PONTIFICAUX ET CONCII.I AIRFS · texte numérisé non relu

III. Ll'.S DOCUMENTS PONTIFICAUX ET CONCII.I AIRFS

en face des erreurs. — 1. Premières erreurs et i Conversion substantielle ». — Dès le xic siècle, des théories analogues à ''impanation et à la cou Qb) lui ttation avaient été enseignées par quelques :,uttlirs, combattus par Alger de Liège et Guitmond d'Aversa Col. 1286. L'impanat ion fut BUSSi vraisemblablement professée par Ruperl de Deiitz. Voir ce mot. t. xiv, col. 199-202. Mais c'est l'attitude de Hérenger qui amène la première définition de la transsubstantiation au concile de Rome (1079). Dans sa rétractation, Bérenger doit confesser que le pain et le vin sont « substantiellement convertis ». Denz. Bannw., n. H.r>.r>. 2. Le mol • transsubstantiation » canonisé dans 1rs

TRANSSUBSTANTIATION

documents pontificaux et conciliaires. — Au xne siècle le mot devient courant. Transsubslantiare figure dans la lettre d'Innocent III à Jean de Belesmes (1202). Col. 1292; Denz.-Bannw., n. 416. Transsubstantialis pane et vino se lit dans le décret Firmiter du IVe concile du Latran (1215). Voir ici 1. 1, col. 684; Denz.-Bannw., n. 430. Panis vere transsubsianliatur in corpus et vinum in sanguinem est un article de la profession de foi de Michel Paléologue au IIe concile de Lyon. Voir ici t. ix, col. 1386; Denz.-Bannw., n. 465. Benoît XII (1341) reproche aux Arméniens de ne pas admettre qu'après les paroles consécratoires sit facta transsubstantiatio panis et vini in verum corpus Christi et sanguinem. Voir t. ii, col. 698; Denz.-Bannw., n. 544. Les trois premières propositions (Ire série) de Wicleff, condamnées au concile de Constance, nient équivalemment la transsubstantiation. Voir Eucharistie, t. v, col. 1321; Denz.-Bannw., n. 581-583. Cf. la 16e interrogation posée aux wicleffltcs et aux hussites. Ibid., n. 666. Le décret Pro Armenis contient l'exposé catholique du dogme. Voir Eucharistie, col. 1324- 1325; Denz.-Bannw., n. 698. La transsubstantiation est encore affirmée à la fin du décret Pro jacobitis, Eucharistie, col. 1326; Denz.-Bannw., n. 715. La foi en la transsubstantiation prend désormais place dans les professions imposées aux Orientaux. Cf. Denz.- Bannw., n. 1469.

3. Les erreurs protestantes et la définition tridentine. — Les erreurs protestantes sur la transsubstantiation sont exposées à Eucharistie, col. 1347-1350, et le dogme défini au concile de Trente dans la xme session, c. iv et can. 2 (Denz.-Bannw., n. 877, 884), col. 1346, 1350. La profession de foi tridentine réunit en un seul paragraphe la croyance au sacrifice de la messe, à la présence réelle et à la transsubstantiation. Denz.- Bannw., n. 997.

4. Erreurs récentes et interventions nouvelles du magistère. — En 1794, dans la bulle Auctorem fidei, Pie VI déclare non conforme à l'exposé de la vérité catholique sur la transsubstantiation la doctrine du synode janséniste de Pistoie, prop. 29. Denz.-Bannw., n. 1529. Voir ici Eucharistie, col. 1361, et Pistoie, t. xn, col. 2210.

Plus proche de nous, en 1875, le Saint-Office a repoussé l'explication proposée par Bayma : la nature (non la substance) du pain demeure soutenue par le Christ d'une manière surnaturelle. Denz.-Bannw., n. 1843-1846; cf. Eucharistie, col. 1365. En 1887, le Saint-Office réprouve pareillement l'explication proposée par Rosmini, prop. 30-31. Denz.-Bannw., n. 1920-1921; cf. Eucharistie, col. 1366; Rosmini, t. xiii, col. 2943-2944. Enfin sur la position d'Edouard Le Roy, on se reportera à Eucharistie, col. 1363-

IV. Controverses théologiques. — Elles ont été sommairement indiquées à Eucharistie, en vue d'un exposé ultérieur plus complet, col. 1364-1365. Pour comprendre ces controverses, il faut ramener le problème de la présence réelle à ses données essentielles. Cette présence ne doit s'expliquer ni par la consubstantiation, ni par l'impanation; ces deux hypothèses ayant été réprouvées par l'Église. Une création du corps du Christ sous les espèces consacrées est inconcevable : si le corps eucharistie est le corps véritable du Christ, il ne saurait être créé, puisqu'il existe déjà, et, s'il était créé, il ne serait plus le vrai corps du Christ. On ne saurait non plus imaginer un déplacement local du corps du Christ venant du ciel sur l'autel et cela pour de multiples raisons dont la principale est précisément l'objection de Zwingle contre laprésence réelle: le corps du Christ ne peut être localement situé à deux endroits simultanément, a fortiori, en de multiples endroits en raison de la multiplicité des espèces consa-

crées. La conversion substantielle du pain au corps du Christ et la permanence des accidents du pain permettent seules de résoudre 'es difficultés. Voir Eucharistie, col. 1311-1313. En sorte que les éléments de la transsubstantiation qui réalise la présence réelle se réduisent à ceci : changement d'une substance en une autre substance, changement qui laisse subsister les apparences primitives. Or, ce changement implique la succession de deux choses dont l'une, terminus ad quem, prend la place de l'autre, terminus a quo; il implique également un lien nécessaire entre les deux. Quelle que soit l'opinion que l'on adopte, il faut, si l'on veut tenter du mystère une explication poussée aussi loin que possible, rendre raison de la disparition de la substance du pain en vue de l'apparition de la substance du corps du Jésus-Christ. C'est ce à quoi se sont appliquées les diverses écoles théologiques.

1° Première controverse : la disparition du « terminus a quo ». — C'est la vieille controverse entre thomistes et scotistes, à laquelle on a fait allusion à plusieurs reprises. Voir Eucharistie, col. 1310 et 1362.

Tandis que saint Thomas affirme que « la substance du pain est, non pas anéantie, mais convertie au corps de Jésus-Christ », Sum. theol., III», q. lxxv, a. 3, Scot est resté hésitant entre l'annihilation de la substance du pain et sa conversion et il semble bien qu'il se soit prononcé pour la conversion. In IVum Sent., dist. X, q. i; dist. XI, q. m, n. 23, 24; q. iv. Voir sur la pensée de Scot, Piccirelli, Disquisitio... de catholico intellectu dogmatis iranssubstantiationis, Naples, 1912, p. 54, et ici t. iv, col. 1916-1918. Les disciples de Scot et surtout les nominalistes envisagent plutôt l'annihilation du pain. Occam, In I\'amSent., dist. XI, q. vi, dub. 7; G. Biel, ibid., q. i, G H. De nombreux disciples de saint Thomas n'hésitent pas à parler de la disparition, desitio, du pain; cf. Lessius, De perf. div., 1. XII, c. xvi, n. 109 ou même simplement d'annihilation; cf. Chr. Pesch, Prsel. dogm., De eucharistia, n. 686, 1. Voir aussi L. Lercher, Inst. theol. dogm., Inspruck, 1930, t. iv, n. 346; cf. Puig de la Bellacasa, De transsubstantiatione sec. S. Thomam, Barcelone, 1926, n. 8; Cachia, O. P., De natura transsubst. juxta S. Thomam et Scotum, Rome, 1929, p. 12-18, 42-46.

Saint Thomas lui-même enseigne que la substance du pain et la substance du vin ne demeurent pas après la consécration, III», q. lxxv, a. 2; il est donc légitime de parler de disparition et même, en un certain sens, de destruction de la substance du pain et du vin. Ce n'est pas pour autant accepter leur annihilation, et personne ne l'accepte purement et simplement. Car l'annihilation implique que rien n'est substitué à la substance disparue. Si le pain et le vin sont détruits et disparaissent, c'est pour faire place au corps du Christ; et c'est ce rapport intime de la disparition d'une substance en vue de l'apparition d'une autre substance qui doit justifier l'idée dogmatique de conversion.

2° Deuxième controverse : l'apparition du « terminus ad quem ». — La presque totalité des maîtres de la scolastique du xme siècle, en rejetant d'une manière expresse toute annihilation de la substance du pain, ne voient à la présence eucharistique d'autre explication que la conversion de toute la substance du pain en la substance du corps préexistant du Christ, conversion qui n'ajoute rien au Christ et ne lui apporte qu'une modification tout extrinsèque, la présence sous les espèces sacramentelles. Voir les textes d'Alexandre de Halès, de saint Bonaventure, de saint Albert le Grand, Liber de sacr. euch., dist. VI, tr. II, c. i, n. 10; tr. III, c. i, n. 5, de saint Thomas, de Richard de Médiavilla, à Eucharistie, col. 1306-1308. Reprise par Gilles de Rome, De corpore Christi, theorema i, et par Capreolus, In IV"1* Sent., dist. XI, q. n, cette théorie reçoit une

TRANSSUBSTANTIATION

première atteinte indirecte de Cajétan, In lll*m part., q. lxxv, a. 2 (voir plus loin) et depuis, tout en affirmant leur fidélité à la pensée fondamentale du maître, les thomistes eux-mêmes ont cru devoir compléter ou expliquer l'action purement conversive, dont saint Thomas s'était fait le protagoniste, par une action positive de Dieu sur le corps du Christ.

Au fond, ils s'inspirent tous d'une correction apportée par Scot à l'enseignement de saint Thomas. Pour Scot le corps et le sang du Christ sont « substitués » à la substance du pain et du vin. Loc. supra cit.

1. Le système de l'adduction. — Bellarmin propose l'explication de Vadduclion et, ce faisant, il estime s'attacher « à la voie la plus commune et la plus sûre de saint Thomas et des autres théologiens les plus graves ».

« Le corps du Christ existait auparavant, mais n'existait pas sous les espèces du pain : il y existe à la suite des paroles de la consécration; c'est-à-dire que, par cette adduction, le corps du Christ, qui existait seulement dans le ciel, existe encore sous les espèces du pain, et qu'il n'y existe pas par simple présence, ou coexistence, mais par une union comme celle qui unissait la substance du pain à ses accidents, bien que les accidents du pain ne soient pas inhérents au corps du Christ >. Conlroo., De eucharistia, 1. I, c. xviii. (Trad. du P. de la Servière, La théologie de Bellarmin, Paris, 1908, p. 403.)

Les paroles de la consécration ont donc pour effet d'amener, adducere, le Christ sous les espèces eucharistiques ; ce qui se fait, affirment les partisans de cette opinion, sans mouvement local et sans que le Christ quitte réellement le ciel.

Malgré les divergences de détail, surtout dans la terminologie, on la retrouve chez nombre d'auteurs postérieurs au concile de Trente. Tolct déclare « qu'il y a une véritable transsubstantiation, se terminant au corps du Christ, non pas en lui conférant l'existence, mais en plaçant, collocando, sa substance sous le sacrement ». In Sum. theol., III», q. lxxv, a. 4, q. m, concl. 2. Grégoire de Valcncia explique l'adduction par un mode d'union ou contact substantiel du corps du Christ avec les accidents eucharistiques. De euchar., disp. VI, q. in, punct. 3. Vasquez veut y trouver une relation des accidents du pain au corps du Christ. De euchar., disp. CLXXXII, c. xm, n. 147. De Lugo parle d'une action constitutive du corps du Christ sous les espèces. De euchar., disp. VII, sect. vi, n. 89- 91. Silvestre Mnurus emploie le terme d'action rêplicative. Op. theol. , t. m, I. XII, q. cxl. La formule varie, mais l'idée fondamentale reste la même; la transsubstantiation n'est, pas réalisée par une « production » du corps du Christ sous les espèces sacramentelles, mais bien par son « introduction », sans que pour autant ce eoqis glorieux subisse en lui-même quelque changement ou qu'il quitte Bon séjour céleste. Par cette adduction, le Christ ne fait qur recevoir le contact, la • non-distance », en un mot la présence par rapport aux espèces sacramentelles, relation qui affecte, non le Christ lui-même, mais le contenant extérieur. Et, s'il subsiste encore, dans cette explication, quelque aspect que nous ne poissions positivement concevoir, n'oublions pas que nous sommes Ici en plein mystère de la foi. Cf. C.lir. Pesoh, op. cit., n. 692; I.ercher, op. cit., t. iv, n. 348-350.

« En faveur de ce système, on peut rlire qu'il signale fortement la nouveauté de la ]>"■ enc du ('.In i t sous pèo et écarte |u temenî toute idée d'une véritable production. En < ff< I . < omme flans l'ordre naturel

les choses n'OCCUpent Un nouveau liell qUC si elles y

sont amenées, ainsi flguratlvemenl on peui dire que le Christ nouvellem nt pré enl dan l'hostie y est amené, sans mouvement local toutefois. Aini l'on dit souvent que le Chrlsl vient, di cet a du ciel sur l'autel

entre les mains du prêtre. Mais cette « descente » n'est à proprement parler qu'une métaphore. » A. -A. Goupil, Les sacrements, t. n, p. 50.

2. Le système de la reproduction. — Suarez est le chef de l'école qui, sous diverses formules plus ou moins apparentées entre elles, enseigne la reproduction du corps du Christ sous les espèces sacramentelles. Mais il faut bien comprendre le sens de ce terme reproduction. L'action créatrice de Dieu se termine à l'être substantiel de la réalité créée; son action conservatrice ne fait que continuer l'action créatrice; elle se termine donc à l'être substantiel déjà existant. Par rapport au corps du Christ, l'action que comporte la transsubstantiation n'est autre que l'action conservatrice de Dieu, en tant qu'elle maintient sous les espèces sacramentelles l'être substantiel du Christ préexistant au ciel. Ainsi cet être substantiel est pour ainsi dire reproduit sous les espèces eucharistiques sans que toutefois cette reproduction implique sa multiplication. Suarez, De euchar., disp. L, sect. 4, n. 10.

Cette théorie, dans les trois derniers siècles, a eu de nombreux et illustres défenseurs : les carmes de Salamanque, De eucharistia, disp. V, dub. in, § 1, n. 23-24; les jésuites Lessius, De div. perfect., 1. XII, n. 119; Coninck, De sacram., q. lxxv, qu. 4, dub. 3; Franzelin, De euchar., thèse xm; plus près de nous, Lahousse, De euchar., part. I, c. m, a. 2, n. 105 sq.; De Augustinis, De re sacramentaria, 1. 1, De euchar., part. I, a. 5; Piccirelli, op. cit., p. 177; Puigdc la Bellacasa, op. cit. Citons aussi les dominicains Gonet, De euchar., disp. IV, a. 2; Billuart, ibid., diss. I, a. 7; Hugon, Tract, dogmat., t. m, p. 352 sq. ; Mgr Diekamp, Manuale, t. iv, p. 168 sq., etc.

« En faveur de ce système, on peut dire qu'il marque avec force que le Christ commence à être présent sous les espèces écartant ainsi à bon droit toute idée de véritable adduction. En effet, comme dans l'ordre naturel les choses ne commencent à être en un lieu que si elles y sont produites ou amenées d'ailleurs, ainsi, puisque le Christ ne quitte pas le ciel et qu'il commence à être présent dans l'hostie, on peut dire figurativement qu'il y est produit à nouveau et comme reproduit. Ainsi s'expriment les liturgistes quand ils disent que le. prêtre fait, conficit, le corps du Christ. Mais cette production n'est à proprement parler qu'une image. » A. -A. Goupil, op. cit., p. 51.

3. Réaction de Billot. — Cette réaction a été indiquée en quelques mots à Eucharistie, col. 1365. Toute l'argumentation de Billot contre les deux théories précédentes tend tout d'abord à montrer qu'elles ne rendent pas suffisamment compte de la définition du concile de Trente. Le concile déclare qu' « il s'opère à la consécration une conversion (admirable et singulière) de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ Notre-Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son santf » et que « cette conversion est exactement et en toute propriété des ternies appelée par la sainte Eglise catholique transsubstantiation ». Sess. xm, c. iv et can. 2. Or, dans les explications proposées — disparition du pain suivie de la substitution du corps du Christ par voie d'adduction ou de reproduction — on ne peui parler d'admirable et singulière conversion de toute la substance du pain; on devrait parler plutôt de l'admirable et singulière substitution du corps du Christ.

La règle de foi. dit Billot, nous enseigne que la conversion du pain au corps du Christ est appelée en toute convenance et propriété du terme trantiubttanUalion. Cela posé, nos

adversaires devront sauvegarder cette propriété du terne

dans leur explication ou bien en Taisant abstraction de toute permanence d'un élément commun (entre tes deux

terme, île la con\ i r lit m i. OU l'ien BB raison de la prrma- <l'un élément commun, en tant eme. comme l'aipOM

TRANSSUBSTANTIATION

De Lugo, sous, les mêmes espèces se succèdent l'un à l'autre deux substances avec le même rôle de sujet des accidents.

Si l'on accepte la première hypothèse, on ne voit plus comment sauvegarder la propriété du mot « transsubstantiation», qui implique le passage de toute la première substance en toute l'autre substance. Le terme du départ (extremum a quo) est, en effet, purement et simplement annihilé par soustraction de l'inllux divin. Or, ce qui est annihilé ne peut être dit vraiment et à proprement parler passer tout entier en un autre être positif.

Dans la seconde hypothèse, on ne doit point tout d'abord accorder qne la succession de deux substances sous une troisième entité, même dans le cas où ces deux substances présentent le même rapport avec cette troisième entité, suffise pour comporter le passage de l'une en l'autre. Dirat-on que l'eau devient du vin, parce que dans la même outre on dépose du vin après l'eau? Mais acceptons qu'on puisse parler ici de conversion : il n'en est pas moins vrai que cette conversion ne pourra être appelée, de son nom propre, une « transsubstantiation •. Dans toute expression employée pour désigner une conversion où il subsiste un élément commun, le préfixe trans se rapporte à ce qui demeure; la terminaison du mot se rapporte à ce que l'élément commun perd et acquiert dans la conversion. Ainsi s'expliquent les termes : trans-formalion, trans-figuration, truns-localion; ils désignent le passage d'un seul et même sujet sous des formes et des figures et en des lieux différents. Il en va de même dans le cas présent : le préfixe devrait se référer à l'élément qui subsiste, les accidents; et la conversion dont il s'agit devrait marquer le passage du premier sujet des accidents lequel était la substance du pain en l'autre sujet qui serait, en l'occurence, la substance du corps du Christ. On ne devrait donc pas parler de transsubstantiation, mais de transsubjeclation. De euchar., q. lxxv, § 3, tertio, 6e éd., p. 359.

Mais, de plus, comment sauvegarder l'expression : transsubstantiation, dans les deux théories en cause?

Dans sa Disquisitio, Piccirelli s'est efforcé de répondre à cette première argumentation en montrant que le concept de conversion, tel que le présente Billot, ne s'impose pas aussi rigoureusement en regard des décisions du magistère, p. 17-38, et surtout, en ce qui concerne le concile de Trente, p. 27-32. Les modernes ne nient donc pas la conversion, mais ils s'écartent du concept que s'en sont formé les anciens et, avec eux, Billot et ses disciples, p. 48, § 1.

Mais voici que, tournant directement sa critique contre les systèmes modernes, Billot entend démontrer avec évidence qu'il est impossible que le corps du Christ soit rendu présent dans l'eucharistie par voie de production ou d'adduction.

Comment, en effet, concevoir une « production » du corps du Christ? Métaphore ou réalité? Dans le premier cas, rien ne s'est produit sur l'autel et tout demeure en état. Dans le second cas, c'est une nouvelle substance du corps du Christ qui est produite et qui ne saurait être identifiée avec le corps présent au ciel. Comment alors affirmer que le Christ de l'eucharistie est le Christ né de la vierge Marie, le Christ qui a été attaché à la croix pour le saiut du monde et qui siège aujourd'hui à la droite du Père?

Comment concevoir une adduction du corps du Christ? Les anciens scolastiques, n'ayant aucune idée du mode de localisation, ubicatio, inventé par les théologiens postérieurs, excluent l'hypothèse de l'adduction en montrant l'impossibilité évidente d'expliquer la présence du Christ dans l'eucharistie par un mouvement local. Cf. saint Thomas, III», q. lxxv, a. 2. Pour se tirer d'affaire, les modernes, et notamment Suarez et De Lugo, ont imaginé un mode intrinsèque de localisation, entité métaphysique causant la présence d'une chose en un lieu, sa transmission en un autre lieu même fort distant sans abandonner le premier, pourvu toutefois que cette nouvelle présence locale soit due à un nouveau mode ou principe de localisation. On verra à l'art. Ubiquisme que Brenz, pour justifier la présence du Christ dans le pain eucharistie, n'a rien inventé de plus que ces théologiens

catholiques. Billot n'éprouve aucune peine à montrer toutes les contradictions inhérentes à cette hypothèse, produit de l'imagination plus que de la raison. Quelle réalité accorder à ce mode? Localisation affectant le corps du Christ déjà localisé au ciel? En admettant cette multilocation, comment la concevoir sans être obligé d'admettre la multiplication du corps du Christ? Et s'il y a de multiples localisations du corps du Christ, elles existeront par concomitance partout où ce corps se trouvera, « d'où il suivrait que le Christ à Borne serait en Amérique et le Christ en Amérique serait à Borne : tissu de contradictions! » Op. cit., thèse xxxix, § 3. Billot aurait pu ajouter que, pour pallier à ces contradictions, la plupart des auteurs précités recourent à l'hypothèse d'une sorte de spiritualisation du corps du Christ, lui permettant de se trouver actuellement sous toutes les espèces consacrées, mais réduit ad punctum et avec une extension simplement « aptitudinelle ». Cf. Hervé, Manuale theol. dogm., t. îv, n. 72. On peut avec quelque fondement se demander quelle a été l'influence de cette opinion sur la thèse cartésienne de l'eucharistie.

Piccirelli ne répond pas directement à ces critiques, mais déclare superflues ces hypothèses d'une localisation modale et d'une union du corps du Christ avec les accidents. Cela mis à part, il se rallie en substance à la thèse de Suarez, p. 177 sq.; cf. p. 263 sq. Mais Billot conclut à la nécessite de revenir aux formules de saint Thomas et des veteres du xme siècle. Ceux-ci soutiennent que « par la transsubstantiation, toute la substance du pain disparaît. Cependant on ne saurait dire qu'elle est anéantie. L'annihilation, en effet, est le retour au néant. Or, par la transsubstantiation, la substance du pain et du vin ne retourne pas au néant; mais elle est tout entière changée, convertie à la substance du corps et du sang du Christ, conversion qui fait un lien intime entre les deux effets : cessation de la substance du pain, présence du corps du Christ. Conversion et annihilation sont deux notions bien différentes : le dogme de la présence réelle affirme la première et exclut la seconde. Il ne faut donc pas imaginer que Dieu annihile d'abord (en cessant de la conserver) la substance du pain, puis par une action positive rende présent le corps du Christ sous les espèces eucharistiques. C'est par le passage de toute la substance du pain au corps du Christ (conversion) que celui-ci devient présent ». A. -A. Goupil, op. cit., p. 49. Ajoutons, pour résumer plus complètement la pensée de Billot, qu'en raison de cette conversion totale de la substance du pain en sa propre substance, le Christ ne reçoit aucune addition, aucun changement, hormis la présence sacramentelle, laquelle n'apporte aucune modification intrinsèque à l'humanité sainte du Sauveur, puisqu'elle est réalisée par la relation de contenant à contenu que les espèces sacramentelles acquièrent à l'égard de la substance du corps du Christ en qui s'est changée le contenu précédent, la substance du pain. Aucun accroissement quantitatif au corps du Christ : dès lors qu'il s'agit d'une conversion de toute une substance en une autre substance préexistante, il ne peut être question de quantité qui « ajoute » à cette substance préexistante. On ne saurait même envisager que la matière de la première substance s'ajoute à la matière de la seconde en laquelle elle se transformerait, précisément parce qu'il est ici question, non de transformation, mais de transsubstantiation. Cf. Billot, q. lxxv, § 4 (éd. cit., p. 366-367) et Silvestre de Ferrare, Cont. gent., 1. IV,

c. LXI1I.

Outre Cajétan qui — malgré une divergence sur un point connexe — a maintenu sur ce point la tradition thomiste, il faut citer les partisans contemporains du retour à cette tradition : Gihr, Les sacrements de

Page 1