III. Le concile de Jules III (1549-1551), col
IV. Le concile de Pie IV et son heureuse conclusion (1561-1563), col. 1449. V. Promulgation et application des décrets conciliaires, col. 1485. VI. Valeur œcuménique du concile, col. 1496. VIL Conclusion : L'œuvre doctrinale et réformatrice du concile de Trente, col. 1502.
I. Volonté de Paul III relativement au concile et préliminaires. — Alexandre Farnèse succédait à Clément VII qui aurait déjà voulu réunir un concile. Le nouveau pape était résolu à réaliser la réforme catholique. Mais il fallait un accord préalable et une action combinée entre l'Église et son chef; et l'action du concile ne pouvait être décisive qu'à la condition que le pape se réformât lui-même avec sa cour et son gouvernement, la réforme du chef devant préparer celle des membres.
1° Premières manifestations de la volonté de Paul III.
— Le pape s'était déjà réformé lui-même, surtout depuis son épiscopat de Parme (mars 1509). Cf. Pastor, Hist. des papes depuis le Moyen Age, tr. fr., t. xi, p. 17. Il fallait obtenir des cardinaux un train de vie plus sérieux et de la curie romaine le renoncement à des abus invétérés. Le premier acte en ce sens fut la création (20 novembre 1534) de deux congrégations de cardinaux, la première chargée de moraliser le clergé de Rome, la seconde ayant pour but d'enquêter sur l'administration des États pontificaux. Voir Paul III, t. xii, col. 12. Mais ni le Sacré Collège, ni la curie n'étaient encore mûrs pour la réforme. Paul III crut donc devoir au préalable infuser un sang nouveau au
collège des cardinaux au fur et à mesure des promotions à venir.
Dès le 18 décembre 1534, il donna la pourpre à ses petits-enfants Alexandre Farnèse et Ascagne Sforza, qui avaient respectivement seize et quatorze ans. Pourvu de la chancellerie dès le 15 août 1537, Alexandre devait être le bras droit de Paul III et l'exécuteur de ses volontés. La grande promotion fut faite le 21 mai 1535. Malgré l'opposition de la Curie, Paul III fit entrer dans le Sacré-Collège des partisans résolus de la réforme catholique : le principal était le vénitien Gaspard Contarini, encore simple laïc. Cet humaniste chrétien, après avoir reçu les ordres sacrés, devint l'entraîneur du parti réformiste.
Le 23 août 1535, par la bulle Sublimis Deus, Ehses, Conc. Trid., t. iv, p. 451, Paul III renforçait la congrégation de réforme présidée par Piccolomini et, aux trois cardinaux qui la composaient, adjoignait deux nouveaux promus, Ghinucci et Simonetta ainsi que trois évoques de la curie : Christophe Jacobazzi, dataire, le Néerlandais Pierre van der Vorst, venu à Rome avec Adrien VI et depuis évêque d'Acqui et l'archevêque de Nicosie en Chypre, Podocatero. Sans figurer parmi les commissaires, Contarini, par son intervention fréquente, stimula le zèle de la commission de réforme et bientôt celle-ci se décida à rédiger des règlements pour la réforme du clergé de Rome, règlements que le pape ferait exécuter. Le texte dans Pastor, t. xii, p. 453. L'édit fut publié au consistoire du 11 février 1536. Ibid., p. 468, n. 1. Le règlement promulgué était si minutieux qu'il ne pouvait pas ne pas donner quelque résultat.
La réunion d'un concile était entravée et par les mauvaises dispositions d'un grand nombre de curiaux et par l'antagonisme qui régnait entre Charles-Quint et la France. En face de la coalition formée par la France avec les protestants et les Turcs, les Habsbourg se proclamaient, non sans quelque raison, les défenseurs de la religion et de la République chrétienne. A leur point de vue, le concile n'était possible que si le pape les aidait à régler rapidement leur conflit avec la France : l'empereur pourrait alors discuter de la convocation du concile. Paul III se garda bien d'entrer dans ces vues. Comme chef de la chrétienté il n'avait d'autre règle que de rester neutre, en dehors et audessus des conflits. Cf. P. Richard, Histoire du concile de Trente, dans V Histoire des conciles de Hefele-Leclercq, t. ix, p. 67. Mais, après la campagne contre Tunis, l'empereur négocia, à Rome même. Paul III convoquait un consistoire pour régler sans retard l'affaire du concile.
2°Tentatioes de concile à Mantoue. — Paul III décida Charles-Quint au choix de Mantoue pour y tenir le concile.
1. Pour préparer la bulle de convocation, une congrégation de sept cardinaux fut désignée, flanquée de quelques spécialistes comme Vergerio, Aléandre et Hugues Rangoni. Malgré les scènes violentes, faites par l'empereur en plein consistoire, Paul III ne se départit pas de sa neutralité et même finit par faire accepter son arbitrage. Charles-Quint quitta Rome le 18 avril, laissant ses secrétaires, François Covos et Nicolas Perrenot de Granvelle, avec pleins pouvoirs pour négocier la paix. Dès le 24 avril, tous signaient une convention qui reconnaissait la neutralité du pape. Cette convention marquait un progrès sérieux, car les Impériaux y prenaient à leur compte la bulle convoquant à Mantoue le concile pour le jeudi 23 mai de l'année suivante. La bulle fut définitivement arrêtée au consistoire du 29 mai 1536. Le pape y adjoignait un décret stipulant qu'en cas de vacance du Saint-Siège au cours de la tenue du concile, l'élection du souverain pontife reviendrait au Sacré-Collège et non au
concile. Ce décret resta secret : seule la bulle fut publiée.
2. La bulle Ad dominici gregis invitait les patriarches, archevêques, évêques, abbés et tous ceux qui avaient le droit de siéger, selon la tradition reconnue légitime. Quant aux princes, ils étaient tenus d'envoyer au concile leurs ambassadeurs, s'ils ne pouvaient y paraître en personne. S'ils ne pouvaient favoriser le voyage de leurs sujets, du moins ils n'y devaient apporter aucun obstacle. Tout en reproduisant le formulaire de Jules II à propos du Ve concile du Latran, on supprimait de la bulle ce qui pouvait éveiller la susceptibilité des luthériens : elle n'invoquait ni l'autorité du pape ni le magistère de l'Église, elle se bornait à tracer un règlement et un programme de travail aux évêques convoqués à titre de docteurs de l'Église enseignante. Rome se montrait disposée à débattre les opinions des réformateurs, à les entendre en toute condescendance, à les exhorter avant de porter sur leurs opinions la sentence qui s'imposait. La bulle marquait enfin les buts pour lesquels le concile était convoqué : la gloire de Dieu, l'exaltation du corps mystique du Christ, l'extirpation de l'erreur, le salut des croyants par la paix et l'unité resserrées, enfin l'union de tous les chrétiens dans une croisade contre les infidèles. Ce dernier point paraissait au pape, et à juste titre, d'une importance souveraine pour faciliter l'entente.
3. Trois légats furent délégués pour faire accepter la bulle : Caracciolo à l'empereur, Trivulzio au roi de France, l'espagnol Quifionès au roi des Romains, frère de l'empereur. La nomination des nonces chargés de propager la bulle dans la chrétienté eut lieu au consistoire le 27 juillet. Pierre van der Vorst, désigné pour l'Allemagne, partit le premier; ses collègues le suivirent les uns après les autres; le dernier partit le 24 octobre : c'était le général des servîtes, destiné à l'Ecosse. Cf. Pallavicino, Hist. du concile de Trente, 1. IV, tr. fr. éd. Migne, t. i, col. 865 sq. Pendant ce temps, le pape se préoccupait de préparer, de Rome même, le concile. Contarini avait dans ses relations tous les éléments d'une commission préparatoire : fin juillet 1536 furent mandés à Rome, par brefs particuliers, Jean-Pierre Caraffa (le futur Paul IV), Grégoire Cortese, Giberti, l'anglais Pôle, Fregoso, évêque de Gubbio et l'humaniste Sadolet, évêque de Carpentras. Contarini s'efforça de faire convoquer Aléandre et le maître du Sacré-Palais, Thomas Badia. Giberti n'apporta qu'un concours de quelques mois, se contentant de réformer son diocèse de Vérone. Parmi les autres, deux se signalaient par leur caractère à part : Caraffa, rigide et austère, ascète transplanté dans la vie publique; Pôle, doux et indulgent, instruit, éclairé et d'un tempérament idéaliste de mystique.
Paul III groupa ces nouveaux venus en une commission de neuf membres, sous la présidence de Contarini. Leur travail prit pour base un mémoire de Sadolet qui exposait avec une extrême sévérité les origines et les causes des abus avec leurs conséquences. Mais Sadolet se compromettait par ses excès de langage. L'opposition grandit contre la commission. Paul III chercha à modérer cette opposition par l'énergique discours qu'il prononça au consistoire du 13 novembre. Pastor, t. xi, p. 132, n. 2. Finalement, pour réduire la résistance, Paul III décida de promouvoir au cardinalat Sadolet et ses confrères. Les pourparlers furent laborieux. Trois membres seulement de la commission furent admis : Caraffa, Sadolet et Pôle. Les autres furent ajournés et Aléandre réservé in petto. Pour répondre aux exigences du Sacré-Collège, le pape dut nommer le jeune Ludovic Borgia, petit-neveu d'Alexandre VI et l'archevêque de Siponto, Jean- Marie Giocchi del Monte sur qui cependant le pape
put compter et qui devint le premier légat-président du concile de Trente, avant d'être élu pape sous le nom de Jules III. Renforcée de trois cardinaux, la commission continua à travailler au mémoire, lequel, après bien des discussions, fut prêt en février 1537.
4. Ce mémoire avait pour titre : Consilium dcleclorum cardinalium S. D. N. Paulo III petente conscriptum et exhibilum. Dans le préambule, la commission s'en prend à l'audace des canonistes romains qui soutenaient que tout était permis au pape selon son bon plaisir et que notamment il pouvait disposer des bénéfices comme de sa propriété. De là tout le mal. On exhortait le pape à donner l'exemple de l'observation des lois et à n'accorder que de très rares dispenses pour des motifs vraiment sérieux. On passait ensuite en revue les principaux abus qui ravageaient l'Église avec leurs remèdes : « La collation des ordres sacrés, dont le haut clergé surtout fait mauvais usage, ne devrait avoir lieu qu'après enquête sérieusement menée, dans chaque diocèse, par trois prélats instruits et de bonnes mœurs. Les bénéfices seront conférés ainsi sûrement à des candidats connus, éprouvés, qui auront pour premier souci de résider, de s'occuper de leur troupeau, de remplir eux-mêmes leurs fonctions. Aucun Italien ne devra recevoir de bénéfice à l'étranger. » Le mémoire stigmatisait les manèges de la curie ou d'ailleurs, qui faisaient pour ainsi dire circuler les bénéfices de main en main : réserves, expectatives, regrès, pensions, etc. Tout cela devait disparaître, ainsi que le cumul des bénéfices. Les ordres religieux devaient être réformés, l'enseignement religieux surveillé, les prédications contrôlées.
Le mémoire dénonçait encore les abus que les légats et nonces se permettaient depuis longtemps, pour faire argent de l'usage de leurs facultés et pouvoirs spirituels. Les pasteurs inférieurs n'étaient pas moins repréheiisibles en extorquant à l'autorité suprême dispenses, indulgences, quêtes, absolutions et remises de vœux. Enfin on demandait au pape de rétablir à Rome un service divin convenable et d'y faire régner la pureté de la vie et des mœurs et l'accord entre les établissements pieux.
Avant que Paul III en eût pu tirer profit, le mémoire fut livré subrepticement à la publicité. Les protestants exploitèrent contre l'Église son contenu. I.e pape dut faire arrêter les copies qui se multipliaient. Le concile semblait compromis et cependant Paul III y pensait toujours, puisqu'il fit rédiger par Contarini un résumé historique des conciles anciens, afin de s'en inspirer : Conciliorum magis illuslrium summa (hiver 1536- 1537).
5. itehec du concile projeté à Manloue. — La guerre entre François I" et Charles-Quint faisait rage. Le nonce Pie da Carpi, sympathique au roi de France, n'avait rien pu obtenir de celui-ci, qui voulait, avant tout, que la question du Milanais fût résolue en sa faveur. En Allemagne, van der Vorst avait reçu le meilleur accueil des princes catholiques et des évêques, mais tous attendaient, pour s'occuper du concile, la fin de la guerre. De leur côté, les protestants, sollicités par le légat, ripostaient par la rédaction dis vingt-trois artieli s de Smalkalde, bous l'inspiration de Luther luimême (1536). I. 'électeur de Saxe se rallia à cette lin de non recevoir. Von der Vont fut traité avec un manque
irds mortifiant. La Ligue de Smalkalde répondit seulement le 2 mars 1537 en repoussant grossièrement l'idée même du concile; les brefs pontificaux furent retournés au nonce sans même avoir été ouverts, l'astor, t. xi, p. 76.
Du côté du duc de Mantoue, Paul III trouva fort
peu d'empressement. Frédéric Gonzague formula da telles exigences concernant une garni on estimée né*
ire pour la sauvegarde du concile, que le pape
décida qu'il ne convenait pas de s'y prêter. Le concile fut prorogé au 1er novembre : simple formalité, car le souci du concile n'existait que dans l'esprit du souverain pontife. Quand l'évêque de Segni vint à Mantoue de la part du pape pour congédier les Pères qui devaient s'y être déjà rendus, il n'en trouva aucun.
3° Nouvelles tentatives pour un concile à Vicence. — 1. Premières tractations de Paul III. — Les succès militaires des Turcs contribuèrent à regrouper les forces chrétiennes. En attendant que le concile pût être repris, Paul III insistait pour la réforme de l'Église romaine. Une nouvelle commission fut déléguée pour la réforme des bureaux de la curie; mais l'entente ne fut pas toujours parfaite. Contarini, Caraffa, Aléandre et le maître du Sacré-Palais, Badia, rédigèrent un mémoire pour réglementer les taxes en ne tenant compte que des frais d'expédition évalués d'une manière rigoureuse, consilium quatuor deleclorum a Paulo III super reformatione romanœ Ecclesiee. Simonetta et Ghinucci voulaient sauver les taxes, estimant qu'il était suffisant d'empêcher les officiers de la daterie d'en fixer le taux à leur gré. Le général des servîtes, Denys Laurerio, bien que partisan d'une réforme, répondit en ce sens au mémoire de Contarini : Defensio compositionum. La controverse devait encore s'aggraver pendant le voyage du pape à Nice. Sur les détails de cette aggravation du conflit, voir Pastor, t. xi, p. 150 sq.; Richard, p. 107. Contarini ne céda pas et publia un nouveau mémoire : De potestate pontificis in compositionibus, dont on trouve déjà le texte dans Le Plat, Monum. ad hist. conc. Trid... amplissima collectio, t. il, p. 608. Cf. Dittrich, Kardinal Contarini, p. 384. Sur les théories des curialistes, voir Imbart de La Tour, Les origines de la Réforme, Paris, 1909, t. il, p. 57.
L'ouverture du concile restait fixée au 1er novembre. Le nonce Jean Guidiccioni, accrédité près de l'empereur, s'efforça de faire agréer, par Charles-Quint, le choix d'une ville autre que Mantoue : Vérone ou Padoue, dans le territoire de la république de Venise ou, à leur défaut, Bologne ou Plaisance dans les États pontificaux. Charles-Quint s'en remit au choix de son frère Ferdinand, roi des Romains. Ferdinand indiqua (mars 1537) au nonce Morone, Trente, sa ville favorite, ou bien, à défaut de Trente, Udine, si Venise y consentait. Mais le concile n'aurait lieu que si le pape, abandonnant l'attitude de neutralité, soutenait l'empereur contre le roi de France. Celui-ci fut plus catégorique : au nonce Philibert Fcrreri il déclarait tout net que le concile n'aurait pas lieu tant que durerait la guerre. Le pape, sans se décourager, entreprit de nouvelles démarches pour réconcilier les adversaires : missions du cardinal Jaeobazzi à Barcelone, auprès de Charles-Quint (15 janvier 1538), de Morone auprès du roi des Romains, du cardinal Pie da Carpi auprès de François Ier. Cf. Richard, p. 91-94; Pastor, t. xi, p. 84-87.
Le 29 août 1537, Paul III avait sollicité de Venise l'hospitalité pour le futur concile. Après l'évacuation de Corfou par les Turcs, le doge proposa Yicencc. Le 5 janvier 1538, le pape députait deux nonces pour y faire les préparatifs d'installation. Mais la population montra si peu d'empressement qu'on pouvait se demander comment il serait possible de loger les membres du concile et les légats du Saint-Siège.
2. La congrégation préparatoire du concile. — Paul III s'adressa à la congrégation qui, en avril 1536, avait collaboré à la première bulle de convocation. Les membre! forent portés à neuf (7 janvier 1538). Le cardinal de l'rani, Dominique Cupis, et l'évêque de Sabine, Laurent (.ampegio, gardaient la présidence; il furent renforcés par les partisans les plus décides de ! forme : Ghinucci, Simonetta, Contarini, Laralla. Sado
let, cardinaux-prêtres, Cesarini et Pôle, cardinauxdiacres. Les commissaires se répartirent la besogne. Campegio surtout sut se rendre utile. Plus d'une fois, Contarini, Sadolet et Pôle durent s'opposer aux solutions rigides de Caraffa et firent prévaloir des solutions plus modérées. Dittrich, dans Kardinal Contarini, p. 345, attribue à Contarini un mémoire De celebrando concilio, vraisemblablement œuvre collective, répondant au questionnaire en vingt-six articles qu'avait préparé Campegio touchant les détails divers et les difficultés qu'on pouvait soulever à propos de la convocation du concile.
La rédaction du mémoire prit trois mois. Contarini avait été chargé des matières de foi; il s'était adjoint une commission de théologiens. On s'était demandé s'il fallait reprendre les définitions acquises en des conciles antérieurs; s'il était opportun d'admettre les luthériens à défendre leurs opinions devant le concile. La commission laissa à celui-ci le soin d'en décider, recommandant l'indulgence à l'égard de ceux qui n'avaient pas donné leurs noms à la Ligue de Smalkalde. Elle émettait un avis analogue sur les Gravamina Germanise, le mariage des prêtres, la concession du calice. Le concile devait tenir compte des circonstances, de l'opinion des princes et des nations intéressées. En ce qui concerne l'Angleterre, elle conseillait d'admettre les orateurs d'Henri VIII, ainsi que la médiation de l'empereur et du roi de France. Ceux-ci auraient un rôle prépondérant dans l'assemblée et après eux viendrait le roi des Romains, héritier et lieutenant de l'empereur. En ce qui concernait la présidence effective du concile, les rapports de l'assemblée avec le pape, les pragmatiques, concordats et autres privilèges des souverains, rien ne fut définitivement arrêté. Quant au choix des membres du concile, la commission s'en tint aux règlements antérieurs : on admettait les évêques, les abbés et certains prélats. Quant aux procureurs d'évêques, la question était renvoyée au concile luimême, ainsi que le problème de la réforme des monastères.
3. Le concile de Vicence et les entrevues de Nice. — Le pape décida d'ouvrir en personne le concile et d'en laisser la présidence aux légats. La date du 1er mai approchant, il voulut d'abord tenter une démarche suprême auprès de Charles-Quint et de François Ier qui se trouvaient alors, le premier près de Gênes, le second, en Piémont. Il avait demandé au duc de Savoie de lui prêter sa ville de Nice (28 février 1538), pour y fixer une entrevue avec les deux souverains. Le 20 mars, il tenait un consistoire où fut promulguée la nomination de trois légats à Vicence : Campegio, évêque de Sabine, Simonetta et Aléandre.
Le duc de Savoie n'autorisa que le 1er mai l'entrevue à Nice. Le pape y arriva le 17. L'entrée de la ville fut refusée par les habitants et Paul III dut s'installer en dehors des portes, dans un couvent de franciscains. Dès le dimanche 19, Charles-Quint se présenta. François Ier ne donna signe de vie que le 28. Il était difficile de mettre d'accord les deux adversaires; le pape dut se contenter d'arracher la promesse d'une trêve de dix années, avec la clause que les négociations pour la paix générale se poursuivraient à Rome, sous son arbitrage : il espérait ainsi pouvoir ouvrir le concile. Mais, à la fin du mois de juin, Charles-Quint insista près du pape qu'il rejoignit à Gênes pour que le concile fût retardé. D'ailleurs, les légats n'avaient pu se rendre à Vicence pour le 1er mai et cinq évêques seulement (quatre curiaux et l'évêque de Retimo en Crète) s'étaient présentés. Dès le 25 avril le pape avait prononcé l'ajournement du concile et, au consistoire du 28 juin, il en reporta la date d'ouverture au 8 avril 1539, solennité de Pâques. Sur l'entrevue de Nice, voir Angelo Pcndaglio, Paolo 111 pontefice, Carlo V Impe-
ratore e Francesco 1, Re di Francia in Nizza per tratlare la pace nel mdxxxviu, Ferrare, 1870; J. Rua, Carlo V e Francesco I alla tregua di Nizza, Cosenza, 1904.
4. Tractations avec les souverains et échec définitif du concile de Vicence. — Dans le courant d'août, les nonces avertirent de ces décisions les princes chrétiens et, le 30, les évêques de France, d'Espagne et de Portugal furent prévenus d'avoir à rejoindre Vicence au printemps suivant, avant Pâques. Paul III suivait avec attention les pourparlers que le roi Ferdinand avait mis en train avec quelques princes d'Allemagne : il s'agissait d'établir entre catholiques et protestants, en faisant abstraction des controverses doctrinales, un modus vivendi de discipline (usage du calice, mariage des prêtres, culte des saints, jeûnes et abstinences, etc.). Le roi désirait par dessus tout réaliser l'union de tous les Allemands contre le Turc. Le pape consentit à envoyer un légat à la conférence : ce fut Aléandre, auquel on adjoignit l'évêque de Lucera, Fabius Mignatelli, qui devait remplacer Morone comme nonce en Allemagne. Ce double choix n'était pas heureux.
La politique des Habsbourg consistait à orienter les affaires de la chrétienté dans le sens des intérêts de la famille : elle se précipita avec Ferdinand. Entouré de conseillers germanisants, qui n'avaient aucun scrupule de se rapprocher des protestants pour faire triompher cette politique, Ferdinand ne pouvait s'entendre avec la cour romaine. Il fit des objections sérieuses au choix d'Aléandre et demanda qu'on adjoignît tout au moins au légat un nonce jouissant auprès des Allemands d'un prestige véritable, Sadolet ou Contarini. Le pape maintint ses choix. Quand légat et nonce prirent contact avec Ferdinand, celui-ci leur donna les meilleures espérances, mais ce fut tout. Du concile, il ne fut pas question, Ferdinand parlant tout au plus de la nécessité d'une réforme sérieuse dans la chrétienté. Seuls les théologiens catholiques dévoués à la réforme insistaient près d'Aléandre pour la tenue du concile. Le 25 février 1539, après cinq mois d'attente et d'efforts inutiles, le légat se plaignit enfin de ce que les évêques allemands ne s'étaient pas encore souciés de venir au concile : Ferdinand les excusa, car ils n'avaient pas cru sérieusement à sa tenue!
Du côté du roi de France, même attitude d'expectative. Il ne fallait songer ni au concile ni à la guerre turque, tant que la paix ne serait pas faite avec la restitution du Milanais; d'ailleurs, l'envoi d'évêques à Vicence paraissait inutile tant que les luthériens ne seraient pas ramenés : le concile serait, en effet, non pas œcuménique, mais italien. François rejettait donc le concile de Vicence et proposait de tenir la future assemblée dans une ville de son royaume, Lyon, par exemple, où il serait possible aux luthériens d'y prendre part.
Pendant ce temps, le légat Aléandre était tenu systématiquement à l'écart des colloques engagés entre catholiques et protestants à Francfort-sur-le-Mein (fin février 1539). Il sut néanmoins se renseigner auprès des théologiens consulteurs, dont les plus appréciés étaient Faber, évêque de Vienne en Autriche, Frédéric Nauséa, son successeur, Jean Cochlée et Jean Eck. Les protestants étaient de beaucoup les plus nombreux : les chefs du parti, le landgrave Philippe de Hesse en tête, étaient accourus, avec les coryphées de la théologie nouvelle, Luther, Mélanchthon, Bucer et même Calvin, naguère expulsé de Genève. Cf. Janssen-Pâris, L'Allemagne et la Réforme, trad. fr., t. ni, Paris, 1892, p. 419-426. Arrogants, ils prétendirent bientôt imposer leurs volontés. Le 19 avril fut arrêté ce qu'on appela la Grâce ou le Délai (Anstand) de Francfort. C'était une trêve de quinze mois, à partir du 1er mai : les deux partis s'engageaient à maintenir
le statu quo politique et religieux, à ne rien entreprendre l'un contre l'autre, ni annexion, ni sécularisation, ni propagande. On devait s'en tenir à la paix de Nurenberg (1532) et tout procès contre les luthériens pendant devant la chambre impériale restait suspendu. Si l'empereur n'approuvait pas la trêve, l'accord ne vaudrait que six mois et, pendant ce temps, on chercherait un modus viuendi au point de vue religieux.
Le nonce Aléandre combattit avec vigueur le Délai et les princes bavarois en profitèrent pour intriguer contre les Habsbourg. Bientôt la réponse de Charles- Quint arriva (15 mai). En ce qui concerne le concile, elle était toute négative. Le pape, ayant pris connaissance de l'acte de Francfort et reçu, par Latino Juvenale, confirmation des sentiments du roi de France, décida, au consistoire du 21 mai, de suspendre le concile, en invoquant le plein consentement de l'empereur, du roi des Romains et du roi de France. C'était un échec complet. Désormais le pape allait être seul à penser au concile qui, de ce lait, se trouva reculé de plusieurs années. Sur le concile de Vicence, voir B. Morsolin. // concilio di Vicenza, Vicence, 1889; Nuoui particolari sut concilio di Vicenza, Venise, 1892.
4° Négociations nouvelles et convocation du concile à Trente. — 1. Légation d'Alexandre Farnése et de Marcel Cervini. — Un rapprochement ayant paru se produire entre Charles-Quint et François Ier au moment de la révolte des Gantois contre les gouverneurs impériaux, Paul III entreprit de les réconcilier définitivement (novembre 1539). Le jeune Alexandre Farnése reçut à cet effet les pouvoirs de légat et, accompagné de Cervini, son conseiller habituel, vint en France : le 31 décembre, il faisait son entrée solennelle à Paris et, le 3 janvier 1540, il commença ses visites officielles. Après le départ de l'empereur, Farnèse rejoignit à Amiens François Ier; mais celui-ci déclara (9 février) qu'il n'abandonnerait ni Henri VIII, ni les princes luthériens, ni même Je Turc, tant que le Milanais ne serait pas en sa possession. Farnèse et Cervini (qui venait d'apprendre son élévation au cardinalat) se mirent en route pour les Pays-Bas (15 février). Bientôt se joignirent à eux les deux nonces, Poggio et Morone; mais à eux quatre, ils ne purent faire avancer les affaires. Bien plus, les ambassadeurs luthériens étant venus demander à Charles-Quint la ratification du Délai de Francfort, l'empereur les accueillit gracieusement. Cf. Janssen, op. cit., p. 468. Tout ce que les légats purent obtenir, ce fut seulement que le Délai ne serait pas ratifié sans le consentement du pape.
Tandis que les luthériens se mettaient d'accord sur les principes de l'union (c'étaient la Confession d'Augsbourg et l'Apologie), un mandement impérial convoquait les princes catholiques à Spire pour le 23 mai : on y arrêterait les concessions à faire et le conseil y débattrait avec leurs chefs les conditions de paix dans l'empire : le 6 juin suivant, un colloque devait avoir lieu entre catholiques et protestants pour fixer les conditions de la paix religieuse. Mais tout cela se passait en dehors des légats et des nonces. Farnèse ne fut cependant pas pris au dépourvu quand, le 20 avril 1540, Granvelle l'avertit de l'ouverture prochaine de la conférence, comme pour l'y inviter. Farnèse et Cervini représentèrent que seul un concile pouvait apporter remède à la situation. Leurs représentations furent inutiles et, tandis que Charles-Quint et Ferdinand, s'obstinaient â vouloir les entraîner à Spire, ils sollicitèrent leur rappel à Home et partirent le 11 mai.
Tandis que Farnèse retournait à Home, Cervini reçut, près de Lyon, l'ordre de revenir prés de Charles- Quint et de le suivre à Spire avec les pouvoir! de légat. Mais, entre temps, la peste avait fait transférer la conférence à I laguenau, où d'ailleurs aucun îles princes convoqués ne s'était encore présenté. Cervini, sur
l'ordre de Rome, se fixa à Bruxelles, près de l'empereur.
2. Morone à Haguenau. — Morone fut chargé, comme agent intérimaire de suivre les débats à Haguenau. Le 12 juin, la conférence s'ouvrit au milieu de l'indifférence des ecclésiastiques. Morone se convainquit rapidement que la majorité inclinait à sacrifier certains points importants de la discipline pour éviter la lutte. Les catholiques restaient timides et divisés; les luthériens, au contraire, s'entêtaient dans le refus de toute concession.
Privé d'appui, Morone se sentait inférieur à la tâche et insistait pour la prompte venue de Cervini et de Contarini, désignés par le pape comme légats éventuels de la conférence. Le pape ne jugea pas à propos de les envoyer et Morone dut se contenter d'obtenir un moindre mal : l'ajournement du colloque. Le recès de Haguenau (25 juillet) ajournait au 28 octobre le colloque de Worms, sauf ratification de l'empereur. L'empereur aurait soin de décider si l'on y admettrait un représentant du pape. Les luthériens conservaient la Confession d'Augsbourg comme base des débats : mais le Délai n'avait reçu aucune approbation.
3. Campegio au colloque de Worms. — Cervini et Poggio préconisaient l'envoi à Worms d'un légat avec des théologiens. Contarini bien vu de tous, fut désigné le 5 septembre. L'empereur n'ayant pas accepté de transformer le colloque projeté en diète, Rome estima que la légation de Contarini devait être renvoyée à la diète et qu'il suffirait d'un prélat qualifié comme nonce au colloque. Le choix de lévêque de Feltre, Thomas Campegio, fut arrêté et le pape manda aux deux nonces, restés à leur poste, Poggio et Morone, de lui prêter leur concours.
Campegio quitta Rome le 8 octobre : sur son passage, les luthériens le traitèrent avec égard. Arrivant à Worms, il voyait tout en rose. Cf. Pastor, t. xi, p. 340. Il dut bientôt déchanter. Personne ne se montrait pressé d'ouvrir le colloque : ni l'empereur, ni le roi des Romains ne se présentèrent. Les catholiques semblaient s'en désintéresser. Seuls les luthériens montraient quelque activité, mais leur résolution inébranlable de s'en tenir aux articles de Sinalkalde et de rejeter le concile marquait d'avance l'impossibilité d'une entente.
Granvelle, représentant de l'empereur, ne parut que le 22 novembre. Il ouvrit le colloque le 25 en prononçant des paroles de paix et de concorde; tout le monde parla dans le même sens, mais sans entendre la paix de la même façon. Morone se présenta, seul, le 27 novembre. Granvelle et lui prirent Immédiatement, en face l'un de l'autre, une attitude d'opposition : le premier fermait les yeux sur tout; le second voyait trop clair dans le jeu des protestants. Ceux-ci persuadèrent Granvelle que Morone avait pour mission d'empêcher l'entente. Le nonce n'eut pas de peine à dévoiler cette tactique et demanda à Campegio de montrer, dans un discours solennel, que le pape ne désirait rien tant que la paix.
Le discours du nonce (8 décembre 1540) fut un désastre. Campegio ne se prêta que trop aux ménagements maladroits : il exhorta les auditeurs à la réconciliation; le colloque devait être le prologue du « libre concile chrétien ». Texte résumé dans Pastor, iliid., p. .'1 12, d'après une source protestante. Corp. reform., t. m, col. 1193. L'attitude de Campegio montra combien ce prélat était inférieur a sa tache. Morone ind écrivait au cardinal larncse : • Inouï! Les luthérien ont réussi à ce qu'on ne prononçât même pas le nom du pape, comme il c'était le Turc ou l'Antéchrist. > Lettre du 12 décembre 1540, dans Ranke, Dtuitcht (Jrscliichle, t. vi, Berlin, 1817, p. 21M>. A; n lu : des pourparlers, le colloque s'ouvrit le 14 janvier 1541. A
Mélanchthon était opposé Jean Eck. La discussion s'immobilisa bientôt : un formulaire fut rédigé qui ne fut admis par les protestants qu'avec toutes les réserves soulevées par Mélanchthon dans son exposé. Le colloque dut être ajourné à la diète qui était convoquée à Ratisbonne pour la fin de ce mois de janvier. Granvelle lui-même demandait deux légats, Contarini et Fregoso. Le légat choisi, on l'a vu, était Contarini : sa nomination devait être la dernière avance de Rome aux luthériens.
4. Diète de Ratisbonne en 1542 et légation de Contarini. — Au consistoire du 20 janvier 1541, Paul III proclama Contarini légat a latere avec des pouvoirs étendus pour tout l'empire. Pour diviser les protestants et amener les plus modérés d'entre eux à une entente avec les catholiques, Granvelle comptait sur sa diplomatie et ses intrigues. Une certaine entente, toute de façade, semblait déjà se réaliser; mais Morone voulut avoir le cœur net sur les véritables dispositions des porte-parole du nouvel évangile. Il invita chez lui les trois principaux, Mélanchthon, Sturm et Capito, et n'eut pas de peine à se convaincre qu'ils étaient irréductibles. C'est sous cette fâcheuse impression qu'accompagné de Campegio, il prit le chemin de Ratisbonne. Le 25 février, il mandait au cardinal Farnèse que Charles-Quint achèterait à n'importe quel prix l'appui des protestants contre les Turcs : il faudrait ratifier les concessions de droit positif et de discipline et s'estimer heureux de renvoyer les points de foi à un concile ultérieur. Pastor, ibid., p. 353. Morone concluait donc qu'on allait par là ruiner la religion et l'ordre ecclésiastique. D'autres allaient plus loin encore : Marin Giustiniani, ambassadeur de Venise, concluait qu'à Ratisbonne on n'aboutirait à aucune union, sinon contre le pape. Ibid., p. 354.
Les dernières instructions pontificales parvinrent le 20 février 1542 à Contarini encore à Trente. Comme base à tout accord, le pape exigeait que les luthériens acceptassent l'autorité divine de l'Église et son primat, les sept sacrements et les enseignements de l'Écriture et de la tradition. Sur les points secondaires, le légat et ses théologiens avaient liberté de discuter, pourvu qu'ils tinssent le pape au courant. L'accord serait définitivement réglé au concile général. Le légat devait s'opposer à la tenue d'un concile national assemblé en dehors du pape et, si la diète attaquait l'autorité et les droits du Saint-Siège, il protesterait et se retirerait, tout en gardant contact avec l'empereur. Pastor, ibid., p. 359-603.
Ces conseils avisés n'étaient pas superflus pour Contarini, trop enclin aux accommodements. En arrivant, le légat trouvait une situation assez trouble : division des princes, inimitiés de certains catholiques à l'égard des Habsbourg, discorde attisée par les ambassadeurs du roi d'Angleterre et du roi de France. Contarini et Morone se donnèrent pour but, quelles que fussent les difficultés, d'amener la tenue du concile avec le minimum de retard.
La cérémonie d'ouverture de la diète eut lieu le 5 avril. Dans son rescrit, l'empereur demandait aux princes la faculté de désigner quelques hommes instruits et conciliants des deux partis, des collocutores qui discuteraient entre eux des articles contestés. L'empereur serait saisi de leur rapport et, après en avoir délibéré avec les agents pontificaux, donnerait sa décision. Du côté protestant furent désignés (21 avril) Mélanchthon, Bucer et Jean Pistorius senior; du côté catholique Contarini fit adjoindre à Eck deux théologiens enclins à la concorde, Gropper et Pflug.
Le 23 avril, un projet d'accord en 23 articles fut remis à Contarini. La forme de ce Livre de Ratisbonne était modérée; les points d'accord étaient mis en relief et les divergences atténuées à l'excès. Contarini fit des
réserves et Gropper rédigea un texte nouveau que le légat n'admit que comme théologien privé. Ce texte fut encore remanié avant d'être soumis aux deux parties.
Le colloque entre théologiens adverses suivit d'abord un cours régulier. On s'entendit sans peine sur les premiers articles : nature de l'homme, libre arbitre et même péché originel. L'article sur la justification mit aux prises Eck et Mélanchthon. Un nouveau texte, sans doute inspiré par le légat, distinguait, conformément à la doctrine de l'école de Cologne, deux justifications : une première, inhérente à l'âme, découlant de la grâce et des mérites du Christ, mais qui, pour devenir source de mérite, devait se compléter d'une justification extérieure, la justice du Christ, imputée à l'homme en vertu de sa foi. Cf. Justification, t. vin, col. 2159. Les déboires du légat commencèrent bientôt. Le conflit éclata à propos de l'Écriture, que les protestants affirmaient être la seule source et la seule règle de la foi. Mélanchthon rejeta l'autorité des conciles. Sur les sacrements, l'accord se fit jusqu'à l'art. 14, concernant l'eucharistie. Les protestants se refusèrent à admettre la présence réelle, la transsubstantiation; le Christ, pour eux, n'était présent qu'au moment de la communion. Contarini qui avait remis à plus tard la discussion sur le dogme de l'autorité de l'Église se montra ici irréductible. Il s'en expliqua à Rome en quatre lettres énergiques. Pastor, Korrespondenz Contarini, p. 376, 382, 388. Granvelle dut convenir qu'il ne s'agissait plus d'une simple querelle de mots. Le colloque fut sur le point d'être rompu. Même sur les points secondaires, malgré les aveux que firent les catholiques touchant les abus qui s'étaient produits, Mélanchthon s'entêta dans sa fin de non recevoir. Chose inouïe 1 l'empereur fit partir une ambassade vers Luther : celui-ci fut intransigeant. Contarini lança son appel d'alarme du côté de Rome et, du concile, il n'était plus question.
Contarini avait échoué; on trouva même à Rome ses concessions dangereuses. Et cependant le légat continuait à travailler avec les collocutores catholiques. Le Livre de Ratisbonne avec ses corrections fut envoyé au pape ainsi que le projet de tolérance rêvé par Charles-Quint et soumis à l'autorité de Luther! C'en était trop. Paul III voulut intervenir et renvoyer l'affaire au concile futur.
5. Reprise du projet du concile. — Le 6 juillet, un consistoire avait été tenu pour la reprise du concile. Venise était priée de mettre Vicence à la disposition du Saint-Père : le 10, Contarini était avisé d'avoir à solliciter le concours de l'empeieur, afin d'enlever toute raison d'être à l'édit de tolérance projeté. Contarini, en présentant Varallo, le nouveau nonce auprès de Ferdinand, qui apportait une contribution en argent à la guerre turque, annonça à l'empereur le futur concile de Vicence. Charles-Quint consentit difficilement à laisser en sommeil son édit de tolérance et objecta, en ce qui concernait le concile, que les Allemands entendaient l'avoir chez eux, sinon pour eux. Craignant un synode national, Contarini adressa (24 juillet) une protestation à l'empereur et à l'assemblée. Celle-ci répondit que le seul moyen d'empêcher un synode national était de tenir promptement un concile général, que les Allemands catholiques ne régleraient leurs affaires, en concile ou en diète, que sous le contrôle d'un légat muni de pouvoirs suffisants, qu'enfin — ajoutait le cardinal de Mayence — si le pape et l'empereur se mettaient rapidement d'accord, les catholiques allemands n'hésiteraient pas à prendre part au concile, même tenu en Italie.
Il serait trop long de rappeler les tractations et les procédés diplomatiques qui amenèrent l'empereur et le pape à se rencontrer à Lucques. L'empereur y était