TRENTE. LE CONCILE DE PAUL III, I« ET II* SESSIONS
mettre les procureurs des évêques allemands, sans leur accorder double vote puisqu'ils en avaient un personnel. Peu d'ambassadeurs : l'envoyé de Jean III de Portugal, le dominicain Jérôme d'Oleastro, et les ambassadeurs des Habsbourg. Comment ouvrir un concile « œcuménique » en de telles conjonctures? Il fallait, pour suppléer aux absences de l'épiscopat, que l'Église romaine manifestât d'une façon formelle son intention. C'est ce que fit Paul III sous forme d'un mandement sans réplique, parvenu à Trente le 11 décembre.
2° Première session. — Dès le lendemain, les légats convoquèrent une congrégation générale préparatoire de la session d'ouverture. Après une vive discussion sur leurs pouvoirs et l'admission des procureurs allemands, discussion soulevée par le pointilleux et intransigeant évêque de Jaen, Pacheco, l'entente parvint à se faire et le troisième dimanche de l'Avent, 13 décembre, à la date prévue, le concile s'ouvrit en présence de trente-quatre Pères; quatre cardinaux, quatre archevêques, vingt et un évêques et cinq généraux d'ordre, dans la cathédrale Saint- Vigile. Après le chant du Veni Creator, l'évêque de Feltre lut les actes relatifs à la convocation du concile : bulle Lœtare Jérusalem et le bref du 22 février 1545 confiant tout pouvoir aux légats; puis le décret De inchoando concilio, auquel tous répondirent : Placel. L'absence d'un théologien impérial qu'un mandat de Charles-Quint avait investi de pleins pouvoirs pour parler en son nom, suffisait à arrêter toute discussion dès l'origine, notamment la fixation de l'ordre du jour sur lequel le pape et l'empereur ne s'entendaient pas. On dut se contenter d'indications générales. On choisit le jeudi, consacré au Saint-Esprit pour les sessions futures; la deuxième session devait avoir lieu le 7 janvier. On se sépara ensuite après le chant du Te Deum. Conc. Trid., t. iv, p. 393, 517.
Quarante-deux théologiens, dont quatre seulement séculiers, assistaient les Pères; mais ils avaient simplement rôle de consulteurs, et demeuraient attachés à la personne d'un évêque; del Monte avait amené Ambroise Catharin; Dominique Soto et trois juristes espagnols étaient envoyés de l'empereur; Mendoza avait son théologien, Alphonse Zorilla, dont l'absence avait arrêté net les travaux de la première session. Les légats, le cardinal de Trente avaient les leurs. Après la clôture de la session, deux ecclésiastiques se présentèrent comme procureurs du cardinal d'Augsbourg. L'un d'eux était un jésuite, Claude Le Jay, qui avait rendu d'immenses services à la cause catholique en Allemagne. Les légats ne crurent pas pouvoir les admettre comme définiteurs. Le Jay obtint plus tard cette dignité. Massarelli fut désigné par le concile luimême comme secrétaire de l'assemblée, nonobstant la désignation antérieurement faite par Paul III de l'humaniste Marc-Antoine Flaminio : on n'eut pas à le regretter, car Massarelli fut vraiment la cheville ouvrière du concile et on lui doit des matériaux considérables qui complètent heureusement les Acta concilii. Voir son art. t. x, col. 256.
3° Autour de la deuxième session (7 janvier 1546). — I. Règlement du concile. — I.cs dignitaires du concile ayant été choisis, sauf Masisarelli, conformément aux indications de Paul III.il s';igK',nit de donner un règlement au concile : • Le règlement s'établirait par la pratique, selon les circonstances avec la participation i * pape approuverai! ensuite. » Tel était le mot d'ordre donné à Rome. L'empereur attrait volontiers laissé les questions dogmatiques pour n'envisager qu'un règlement disciplinaire; le pape ne pouvait pas transiger sur la foi, mise en péril par les négations protestantes. Le bon .eus lut même Indiquai! qu'on pouvait mener <\c front les définition doctrinale! avec forme*. Apres avoir proposé, le 18 décembre, un
règlement en dix-sept articles, les légats abordèrent l'ordre du jour : entreprendrait-on d'abord la réforme disciplinaire comme les Impériaux le demandaient? Les avis furent tellement partagés qu'on dut ajourner la décision. Comment un si petit nombre de Pères pouvaient-ils délibérer en une question qui engageait la responsabilité et l'avenir de l'Église? Et les quelques évêques français présents demandèrent qu'on ajournât toute délibération jusqu'à l'arrivée de leurs compatriotes. C'était vouloir arrêter le concile : prétention inadmissible qui fut discutée en deux séances (20 et 22 décembre) et le débat aboutit à une formule de politesse, le concile priant Sa Majesté Très Chrétienne d'envoyer ses évêques le plus tôt possible.
Les dix-sept articles du règlement furent ensuite discutés (22 décembre). Del Monte avait désigné une commission, uniquement composée d'Italiens, pour réunir les avis en un sommaire. Les Espagnols et les Français protestèrent et, après les fêtes de Noël, le légat s'excusa de sa méprise. Des dix-sept articles, les cinq premiers prévoyaient les règles de discipline, de conduite, de religion, qui s'imposaient aux Pères comme à leur entourage; les autres concernaient l'organisation matérielle et, à partir du douzième, ils s'occupaient de la manière de rendre les discussions plus faciles, de les abréger, de les mener rapidement à leur terme. Conc. Trid., t. iv, p. 533-534. Le concile, ayant adopté les mesures de sécurité prévues par le règlement, décida d'ajourner, jusqu'au moment où il serait en nombre convenable, le règlement définitif sur le droit de vote et la distinction entre consulteurs et membres définiteurs. Les deux procureurs de l'évêque d'Augsbourg ne furent encore admis qu'à titre de consulteurs. Trois abbés mitres se présentèrent et leur cas fut discuté : on leur accorda — ce qui était d'ailleurs leur droit d'après la bulle de convocation — la voix de définiteurs. Les légats entendaient ainsi revenir à la tradition. Une lettre de Farnèse, communiquée le 4 janvier 1546, indiquait que le pape prenait à sa charge les frais du concile, mettant à la disposition de celui-ci les officiers dont il pouvait avoir besoin. Les légats ayant fait remarquer que la liberté du concile restait pleine et entière, toute difficulté semblait aplanie à la veille de la deuxième session.
2. La session officielle. — A cette même congrégation du 4 janvier, trois incidents surgirent relativement à la session prévue pour le 7 janvier. Tout d'abord, la formule à employer pour le titre du décret. L'évêque de Fiesole aurait voulu qu'on libellât ainsi ce titre : Sacrosancla generalis et Trident ina synodus, universalem Ecclcsiam représentons. L'apposition universalem Bcclcsiam reprœsenlans, acceptable peut-être au concile de Constance, quand on ignorait quel était le pape légitime, était, dans le cas présent, aussi inutile que prétentieuse. Del Monte n'eut pas de peine à le faire comprendre aux Pères qui cependant l'avaient accueillie avec faveur. Un second incident surgit à propos des abbés mitres à qui Cervini accordait voix décisive : une contestation s'éleva à leur sujet entre l'évêque de Feltre et celui d'Astorga. Del Monte fit admettre une transaction : ces abbés, représentant leur ordre, devaient jouir du même privilège que leur général, s'il était là. Ils auraient donc une voix décisive à eux trois. Bnfln, pour la date de la troisième session, les Français réclamaient la date la plus éloignée, linalii on transigea pour le 4 février. L'assemblée M donna ensuite la Satisfaction d'élire Comme siens les officiers désignés par le pape. Massarelli fut maintenu 1 1 promu, sous le contrôle <le l'auditeur de rote Plghinl, terutator votorum. Les actes officiel! <lu concile furent rédigés par (.lande de La Case, du diocèse de I oui, et Nicolas Driel, de Cologne.
Le 7 janvier se tint la deuxième session avec le
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même cérémonial que le 13 décembre. Une Admonitio ad Patres, que lut le secrétaire, rappelait aux Pères comment ils devaient exercer avec fidélité leurs fonctions d'interprètes de la parole du Saint-Esprit, de défenseurs des droits de l'Église et de la vérité. Le décret qu'on publia dans cette session forme le préambule des Acta. C'est le décret De modo Vivendi et atiis in concilio servandis, qui, à lui seul, constitue le contenu officiel de la deuxième session. Conc. Trid., t. I, p. 367; t. iv, p. 554-555. La formule du début : Sacrosancta Tridentina synodus in Spiritu sanclo légitime ccngregata, in ea prœsidenlibus eisdem apostolicee Sedis legatis, sera reproduite dans les sessions suivantes. Le décret contient le règlement proposé aux Pères et aux fidèles de la ville. Ceux-ci ont le devoir de prier pour le concile, de se comporter chrétiennement. Ceux-là et les autres membres de l'assemblée devront célébrer la messe ou y assister chaque dimanche au moins, jeûner le vendredi, pratiquer dans leur tenue et celle de leur maison, eux et leurs commensaux, la sévérité, le bon ordre et la dignité qui répondent à la situation. Des prières périodiques sont prescrites pour le succès du concile. L'assemblée déclare ne rien vouloir innover au préjudice de n'importe qui; mais la question des procureurs restait encore sans solution.
La lecture de l' Admonitio et du Décret étant terminée, les simples clercs et les fidèles sortirent de l'Église. Il ne resta au chœur, assis, que les Pères, au nombre de quarante (quatre cardinaux, quatre archevêques, vingt-six évêques, cinq généraux d'ordre et les trois abbés comptant pour un); près d'eux, tête découverte, les représentants de l'empereur, du roi des Romains et du roi de Portugal; enfin, mais debout, trente-neuf théologiens et six canonistes. Les décrets furent officiellement adoptés ; neuf Pères apportèrent cependant une réserve sur l'omission de la formule : universalem Ecelesiam reprœsenlans. Voir la liste dans Prat, Histoire duconcilede Trente, Bruxelles, 1854, p. 125, notel; un seul italien, Fiesole. D'ailleurs, la réclamation devait revenir périodiquement. Le célébrant du jour, l'évêque deCastellamare, lut le bref du 17 avril 1545, refusant le vote aux procureurs d'évèques. Après le chant du Te Deum, on se sépara. On avait perdu du temps à batailler sur une formule dangereuse, au sujet de laquelle, le 21 janvier, le pape adressait des reproches aux légats, parce qu'ils ne l'avaient pas arrêtée assez fermement.
3. Méthode de travail finalement adoptée. — L'on se disputa encore sur la malencontreuse formule, dont certains ne voulaient pas démordre. Mais tout s'apaisa. L'évêque de Jaen venait d'être nommé cardinal et d'en recevoir les insignes. De nouveaux définiteurs se présentaient et le président crut possible d'aborder la grave question qui divisait le pape et l'empereur. Soucieux de maintenir l'unité de doctrine de l'Église, Paul III avait instamment recommandé que le concile confirmât, par de nouveaux décrets, les dogmes rejetés par les novateurs. Les Pères devaient d'ailleurs procéder lentement, donner aux protestants le temps de venir s'expliquer, discuter avec eux bénigne, patienter, paterne, comme disait le général des augustins, Seripando, dans la conférence du 18 janvier. L'empereur avait tracé un programme sensiblement différent : d'urgence, il fallait rétablir la paix dans l'Église et le concile devait être une sorte de colloque international afin d'obtenir des protestants des résultats heureux pour la concorde et l'orthodoxie. L'œuvre proprement conciliaire serait la réforme des mœurs dont les protestants faisaient leur affaire capitale : et c'est par là qu'on devait commencer.
Le 13 janvier le légat-président avait rappelé les trois points pour lesquels le concile avait été convoqué: le dogme, la réforme des mœurs, la paix de l'Église;
il en ajoutait un quatrième : accélérer la venue des Pères, semoncer les négligents et, au besoin, les menacer. Une commission fut nommée à cet effet, comprenant un Français, l'archevêque d'Aix, un Italien, l'évêque de Feltre, un Espagnol, l'évêque d'Astorga, avec des pouvoirs pour six mois. Le 18 janvier, del Monte faisait observer que la paix générale était affaire à traiter entre le pape et l'empereur. Restait le programme : dogme ou discipline. Le cardinal de Trente et Seripando appuyaient la thèse impériale : d'abord la réforme disciplinaire. On prierait les luthériens de venir au concile et on y recevrait leur abjuration. Programme bien illusoire, du moins quant aux avances à faire aux protestants et, de fait, la majorité du concile se prononça contre la proposition de Madruzzi. Le cardinal Pacheco demanda qu'une commission de théologiens préparât les matériaux de doctrine, afin que le concile pût en décider d'abord, après avoir toutefois prié, par lettres collectives, l'empereur et le roi de France d'envoyer au plus tôt leurs ambassadeurs et leurs évêques. L'archevêque d'Aix se rallia à ce point de vue, qui permettait de temporiser.
Le 22 janvier, les légats proposèrent une solution moyenne. Sous la poussée de la cour romaine, ils allèrent au plus pressé et préconisèrent l'institution de commissaires qui s'occuperaient en même temps, les uns de la doctrine, les autres de la réforme. Madruzzi revint à la charge et plaida avec éloquence la cause de la priorité pour la réforme. Mais del Monte maintint le programme arrêté : dogme et discipline simultanément, avec priorité pour le dogme. L'assemblée était divisée; mais sur un bruit de couloir qui laissait entrevoir la menace d'un concile national, le cardinal Pacheco se rallia à l'avis du bureau et entraîna la majorité. En fin de séance, les légats annoncèrent qu'ils feraient préparer les deux décrets qu'on mènerait de front à la session suivante.
A la réunion du 26 janvier, les légats proposèrent donc un essai de règlement : les Pères, répartis en trois bureaux, délibéreraient sous la présidence d'un légat. Ils pourraient d'ailleurs, de bureau à bureau, se communiquer le résultat de leurs délibérations et mettre ainsi en commun des conclusions susceptibles de se transformer en projets de décret. La proposition fut votée par 27 Pères sur 39 votants. Et, après quelques réticences que dissipa bien vite la respectueuse fermeté des légats, le pape approuva la décision.
4° Troisième session (4 février 1546). — Les légats auraient voulu reculer la session prévue pour le 4 février, craignant à juste titre qu'elle ne fût une session vide. Mais les Pères y tenaient et il fallut la préparer. On se rallia à une proposition de l'évêque de Fano, Pierre Bertano, dont l'autorité grandissait chaque jour : renouveler en préambule des travaux conciliaires la profession de foi du Ier concile de Nicée à l'exemple de plusieurs anciens conciles.
Des discussions surgirent à propos des lettres à écrire aux princes : la question de primauté fut agitée. Habilement, les légats glissèrent l'avis de s'en remettre au pape. Puis, quand il s'agit de partager, en vue des travaux, les Pères en trois sections, plus habilement encore les légats s'en remirent à l'assemblée et l'on procéda par tirage au sort, entre les Pères de même rang dans la hiérarchie et répartis selon l'ancienneté. Conc. Trid., t. iv, p. 575. Tout fut convenu pour la session officielle comme on l'avait préparée, mais on jugea prudent de ne pas promulguer le décret sur le règlement de travail en partie double : on se contenterait de l'appliquer. Malgré de nouveaux efforts tentés par les légats pour ajourner ladite session, l'assemblée maintint la date du 4 février et les présidents n'insistèrent plus.
La troisième session fut donc célébrée le jeudi 4 fé-
TRENTE. LE CONCILE DE PAUL III, IVe ET Ve SESSIONS
vrier. Y assistaient six archevêques, vingt-six évêques, les cardinaux, les généraux d'ordre, les abbés, en tout quarante-six Pères, avec quarante-neuf théologiens comme témoins derrière les agents du roi des Romains. Le symbole était précédé d'un préambule à la fois exhortatif et impératif : le concile l'émettait à l'exemple des anciens conciles, comme une arme pour garantir sa foi et le donnait en exemple à l'Église enseignante de l'avenir. Les textes dans Conc. Trid., t. iv, p. 579. Trois évêques — Badajoz, Capaccio et Fiesole — réclamèrent la publication du décret concernant le travail simultané en matière dogmatique et disciplinaire.
La session suivante fut fixée au jeudi 8 avril 1546.
5° Autour de la rve session (8 avril 1546). — C'est avec la quatrième session que devaient apparaître les décrets dogmatiques et disciplinaires. Dès la réunion du 8 février, del Monte indiqua qu'il fallait avant tout déterminer les sources et les documents d'où découlaient les règles sur lesquelles il serait facile d'établir un accord entre les dissidents et l'enseignement de l'Église. Ces règles existaient dans l'Écriture, dont les protestants ne cessaient de se réclamer et dans les traditions remontant aux origines de l'Église. C'est sur ces deux sujets que devaient se concentrer les discussions et les travaux des Pères en vue de la session projetée.
1. Le canon des Écritures. — Pour ce qui concerne les discussions préalables, le texte du décret promulgué le 8 avril, et le commentaire théologique du texte, voir Canon des Livres Saints, t. n, col. 1593-1604. Texte dans Conc. Trid., t. v, p. 91 ; tr. fr., dans A. Michel, Les décrets du concile de Trente, Paris, 1939, p. 19 sq.
2. Les abus de l'Écriture sainte. — Entre temps, les Pères s'étaient occupés des « abus dans l'emploi de ta sainte Écriture ». L'évêquc de Bitonto avait rédigé un rapport dans lequel il ramenait tout à quatre points : 1. On se servait de traductions quelconques, en toutes langues, plus ou moins fautives, parfois même dangereuses. Il conviendrait d'adopter comme version officielle la Vulgate; mais 2. il importe de corriger la Vulgate à l'aide des Septante et de quelques autres textes, car dans la Vulgate se sont glissées un certain nombre d'incorrections préjudiciables à l'orthodoxie. Le concile priera le Saint Père d'en faire publier une édition aussi correcte que possible à l'aide des manuscrits les plus autorisés, un texte grec et un texte hébraïque choisis parmi les meilleurs. Sur la suite donnée dans les débats et dans le décret final, voir l'art. Vulgate. 3. L'abus le plus grave et le plus fréquent provient des interprétations personnelles, arbitraires, bizarres, inconvenantes, souvent contraires au dogme et à la discipline et, par suite.au sens adopté par l'Église. Les prédicateurs se permettent une licence sans limite : le concile devra donc renouveler le décret promulgué dans la xi* session du V« concile du Latran, bulle Supremœ maje.slatis, qui interdit de s'écarter, en matière de foi et de mœurs du sens généralement admis par l'Église ou par l'unanimité des Pères. 4. Un autre abus non moins funeste est qu'on imprime sans permission des supérieurs ecclésiastiques, sous le couvert d'un privilège quelconque, toute sorte de livres sur l'Écriture sainte : versions, traductions, gloses, explications, jusqu'à y glisser des passages scandaleux et inacceptables. Contre ces abus, il faut renouveler les dispositifs de la bulle Inler snlliriludines de la x" session du même concile du Latran, interdisant d'imprimer ou de répandre un écrit qui n'aurait pas été examiné ou approuvé par le souverain pontife, ou le métropolitain ou l'Ordinaire, l'.t le rapport Indiquait les peines à porter contre les délinquants et les contumaces (18 mars 1546).
Cette lecture souleva un incident assez vif entre
Pacheco et Madruzzi sur les traductions de la Bible en langue vulgaire, le premier demandant qu'on les interdît, le second protestant contre une interdiction générale. Conc. Trid., t. v, p. 30-31. La discussion reprit le 1er avril, mais cette fois avec des précisions de Bertano, évêque de Fano, sur l'usage de la Vulgate et un long plaidoyer de Madruzzi en faveur des traductions en langue vulgaire. Le 3 avril la discussion reprit encore sur les abus de l'Écriture sainte. Enfin, le 5 avril les deux décrets furent soumis au vote final. On a indiqué plus haut le premier décret De libris sacris et traditionibus. Le second à la fois disciplinaire et doctrinal De edilione et usu sacrorum librorum concerne l'usage de la Vulgate, l'interprétation de l'Écriture, l'impression et l'approbation des livres avec l'indication finale que l'on souhaite le plus rapidement possible une édition améliorée de la Vulgate. La seconde partie du décret indique les modalités de la censure des livres et les pénalités dont sont passibles les délinquants de toute sorte. Voir le texte latin, dans Conc. Trid., t. v, p. 91-92; tr. fr., dans A. Michel, p. 26, 28, 30-31. Le décret concernant les abus de la prédication ne devait être promulgué qu'à la ve session.
3. Les traditions. — Les protestants rejetl aient toute source de la foi autre que la sainte Écriture. Le concile devait rappeler qu'il fallait aussi accepter les traditions remontant à l'origine de l'Église et représentant ainsi la doctrine divino-apostolique. Sur les discussions relatives aux traditions et sur l'interprétation du passage qui leur est consacré dans le décret du 8 avril 15-10, voir Tradition, ci-dessus col. 1311.
6° Autour de la Ve session (17 juin 1546). — 1. Les abus de la prédication. — Dès avant la ive session, le concile s'était occupé de ces abus. L'évêque de Sinigaglia avait soumis, le 1er mars, à la section de Cervini, un volum que le concile avait adopté. On s'élevait contre les religieux vagabonds et les clercs, sans pouvoir, quscsluarii, erronés, gyrovagi qui, prêchant sans aptitude ni préparation, propagent Impunément des doctrines erronées, superstitieuses ou tout au moins superficielles et peu sûres. Ils cherchent par là à s'enrichir et ne se contentant pas d'aumônes, y ajoutent des quêtes. Tout doit être recommandé à la vigilance des pasteurs, évêques et curés, qui prêcheront euxmêmes et réglementeront la prédication des autres. Dans les prédications on évitera ce qui n'est pas pure doctrine de l'Évangile et enseignement commun des Pères et de l'Église. Les délinquants seront punis avec la rigueur du droit et, si c'est nécessaire, avec appel au bras séculier.
Après l'interruption des fêtes pascales, le concile s'était remis au travail et la nécessite de promulguer des décrets de réforme s'imposait d'autant plus que Charles-Quint et ses représentants au conc ile, appuyés par Madruzzi, insistaient pour qu'on dirigeât en ce sens les cfTorls de l'assemblée. Cf. Richard, p. 276 sq. Le 13 avril, avait été présenté aux sections un déCT< l en neuf articles De lectoribus et pnvdiraloribus Sacrée Scripturœ; les légats recueillirent les annotations, si sollicitèrent des Pères un texte définitif qui fut prêt le lendemain en huit articles, De Icclione sacrx Srriplurœ et prsebenda thcologali, dont le projet fut soumis à l'assemblée le 7 mai suivant. Les débats furent mouvementés, en raison des attaques violentes de certains évêques, notamment celui de Fiesolc, contre les religieux, voir Richard, p. 281-286, et de l'insistance d'autres prélats, notamment de Pacheco, pour ramener la discussion sur le problème non encore amorcé de la résidence. Le pape Intervint discrètement mais fermement auprès des légats el ceux-ci rappelèrent aux membres du COn< ile qu'ils avaient . avant d 'aborder la question de la résidence, à traiter du péché Originel. Aussi ta discussion fût-elle reportée, le 2 1 mai. sur ce sujet.
TRENTE. LE CONCILE DE PAUL III, VI* SESSION
2. Le péché originel. — On se référera, tant pour les discussions préalables et la rédaction du décret sur le péché originel, que pour l'analyse et la portée de ce décret à l'article Péché originel, t. xn, col. 513-527; voir aussi Baptême, t. n, col. 296-301, et Rédemption, t. xiv, col. 1918. On sait que Pacheco et les évoques espagnols auraient voulu que le concile définît l'immaculée conception de Marie. Mais il était impossible de faire dévier l'œuvre du concile dans une discussion à ce sujet : l'évêque d'Aquino, Fiorimonte, proposa une transaction, à laquelle se rallia en substance le concile : rappeler les décisions de Sixte IV sur l'immaculée conception et proclamer que l'enseignement de l'Église touchant le péché originel, n'atteignait nullement la vierge Marie. Voir ici Immaculée conception, t. vu, col. 1166-1169. Le texte latin du décret dans Conc. Trid., t. v, p. 238; tr. fr. et commentaires, dans Michel, p. 42-59.
3. Le décret de réforme. — Désormais, à côté du décret dogmatique, nous trouvons dans les Acta du concile un décret de réforme.
Trois sujets avaient été abordés en vue de cette ve session : les abus des prédicateurs, la contumace des évêques qui s'obstinaient à ne pas venir au concile, la résidence. Sur le premier point, les discussions avaient permis d'aboutir à un projet consistant. Sur le second point, déjà envisagé à la ive session et dont la solution avait été brusquement arrêtée en dernière minute par l'ambassadeur de Charles-Quint, voir Richard, p. 273- 274, il fut encore impossible au concile, à la ve session, de prendre une décision. Sur le troisième point, la discussion était à peine amorcée.
Le décret de réforme se compose de deux chapitres étendus. Le premier, De instituenda lectione sacras Scripturœ et liberalium artium, organise l'enseignement de l'Écriture sainte, sous le contrôle de l'Ordinaire, par des lecteurs en théologie, dans les écoles de grammaire, auprès des cathédrales ou dans les couvents. Il invite les princes à créer aussi cet enseignement dans leurs collèges. Le second chapitre, De verbi Dei concionatoribus et quœsloribus eleemosynariis, règle la prédication par les évêques, les prélats et les bénéficiers ayant charge d'âmes, avec licence de se faire suppléer en cas d'empêchement. Les délinquants seront soumis à un châtiment rigoureux, dislrictse subjaceant ultioni. La prédication, dans les paroisses qui dépendent des réguliers, sera contrôlée par le métropolitain en qualité de délégué apostolique. Les réguliers, après l'examen de leur supérieur, devront requérir la bénédiction de l'Ordinaire, qui procédera contre les moines vagabonds ou qui répandent des erreurs, en certains cas précis et toujours comme délégué du Saint Siège. Un dernier paragraphe interdit la prédication avec quêtes et aumônes, nonobstant n'importe quel privilège. Le texte latin dans Conc. Trid., t. v, p. 241- 243; tr. fr., dans Michel, p. 60-64.
7° Autour de la rie session (13 janvier 1547) : la justification et la résidence. — La vie session avait été fixée au 29 juillet, fête de sainte Marthe : elle n'eut lieu en fait qu'au mois de janvier suivant. C'est que les problèmes qu'on agitait en vue de cette session étaient d'importance exceptionnelle et devaient provoquer de longs et fastidieux débats. Il s'agit de la justification — point crucial du conflit entre catholiques et protestants — et de la résidence, sujet de discordes entre deux écoles. On passe sur les incidents de tous genres qui contribuèrent à retarder la marche du concile : conflit de préséance à l'occasion de l'arrivée de l'ambassade française, le 26 juin (et cette sorte de conflit se reproduira pour ainsi dire automatiquement au cours de tout le concile); craintes d'envahissement d'une armée luthérienne; « rixe » Sanf elice-Zanettini ; tentatives d'ajournement du concile sous l'empire d'une
crainte de guerre (ce qui provoqua de regrettables altercations entre le cardinal premier légat et Madruzzi); obstruction systématique de Pacheco; manœuvres impériales d'atermoiement et même indécision de Paul III; cf. Richard, p. 307-323. Sans parler des vacances octroyées au temps des chaleurs, avec une perspective toujours ouverte sur le transfert ou la suspension du concile, il y avait en tout cela de quoi faire échouer l'entreprise de Paul III, si le Saint-Esprit n'avait assisté son Église.
1. La justification. — Telle qu'elle fut envisagée et débattue à Trente, la question de la justification présente quatre aspects principaux : acquisition, développement, récupération, fruits. C'est là le schéma général auquel aboutirent les laborieuses discussions préparatoires.
a) Sur la préparation du décret, voir Justification t. vin, col. 2165 sq. L'analyse du décret, col. 2172-
b) Le texte latin du décret dans Conc. Trid., t. v, p. 79 sq. ; tr. fr. et commentaires dans Michel, p. 82- 157. On en trouve dans ce dictionnaire les passages essentiels. Il débute par un prologue, Justification, col. 2172-2173, indiquant l'esprit dans lequel a été conçu le décret. On remarquera que ce prologue ne nomme que deux présidents-légats. La légation de Pôle avait pris fin, en effet, le 27 octobre 1546, le cardinal s'étant retiré à Padoue pour raison de santé. Le prologue se continue par seize chapitres et trentetrois canons.
c) Les chapitres. — Ils sont étudiés ici en divers articles. Le c. i, De naturse et legis ad justificandos homines imbecillitate et le c. n, De dispensatione et mysterio adventus Christi ont reçu un bref commentaire à Rédemption, t. xm, col. 1917 sq. Le c. m indique ceux qui per Christum justificantur : ce sont ceux à qui est communiqué le mérite de la passion et qui, nés injustes de la race d'Adam, renaissent dans le Christ. Partie essentielle à Baptême, t. n, col. 302.
Dans le c. iv, insinualur descriptio justificationis impii et modus ejus in statu gratise. Le passage de l'état de péché, en lequel naît tout homme, à l'état de grâce ne peut se faire que par le sacrement de la régénération, le baptême, reçu effectivement ou tout au moins en désir. Texte principal, ibid., col. 302.
Le c. v aborde l'essence même de la controverse : le concours de la grâce et de la libre coopération humaine dans la justification. Et tout d'abord, la question de principe : De necessilate prseparationis ad justificationem in adultis et unde sit, texte et commentaire à Justification, t. vin, col. 2176-2177.
Le c. vu expose quid sit justificatio impii et quse ejus causa. Ce chapitre est commenté en trois paragraphes, Justification, col. 2180-2185. Sur les causes de la justification, voir le commentaire à Grâce, t. vi, col. 1633-1636. En parlant de la cause « instrumentale, le baptême, sacrement » de la foi, sans laquelle personne n'a jamais obtenu la justification, le concile fait allusion à Hebr., xi, 6. Voir un long commentaire à Infidèles, t. vu, col. 1772 sq. La finale du chapitre, relative à l'action de la foi dans la justification, est brièvement présentée à Foi, t. vi, col. 280; cf. col. 82. Cette finale prépare le c. vin. Le concile, en effet, y expose, citant saint Paul, quomodo inlelligatur impium per fidem et gratis justificari. Essentiel du texte et commentaire à Infidèles, col. 1776 sq., et à Justification, col. 2185.
Le c. ix est rédigé « contre la vaine confiance des hérétiques ». Voir Justification, col. 2186-2188 et Grâce, t. vi, col. 1618-1626.
Le c. x rappelle les principes catholiques relatifs à l'inégalité et à la perfectibilité de la justification. L'inégalité avait déjà été enseignée au c. vu, qui
TRENTE. LE CONCILE DE PAUL III, VI* SESSION
affirme que « chacun reçoit sa justice selon la mesure déterminée par l'Esprit -Saint et selon la disposition et la coopération qu'il y apporte personnellement ». L'accroissement de cette justice se fait par les bonnes œuvres, consistant dans l'observance des commandements de Dieu et de l'Église. Texte essentiel et commentaire à Justification, col. 2188-2189.
Le c. xn condamne « la téméraire présomption de sa propre justification » : « sans révélation spéciale, on ne peut connaître qui Dieu a élu ». Voir Persévérance, t. xii, col. 1287: Prédestination, t. xn, col. 2991.
Cette affirmation de l'incertitude de la prédestination amène logiquement le c. xm, De perseverantise munere. Texte et commentaire à Persévérance, col. 1286-1288.
Le c. xiv, De lapsis et eorum reparatione, n'est qu'une amorce des décrets ultérieurs concernant le sacrement de pénitence.
Le c. xv vise l'erreur protestante qui n'admettait la perte de la justification que par la perte de la foi. Essentiel du texte et commentaire à Justification, col. 2189-2190.
Enfin, le c. xvi, De merito bonorum operum deque ipsius meriti ratione, expose « le fruit de la justification ». Voir histoire, texte et commentaire de ce chapitre à Mérite, t. x, col. 735-759.
d) Les canons. — Voir le texte des can. 1 et 2 dans Denz.-Bannw., n. 811, 812. Voir le can. 3 à Foi, t. vi, col. 359. Le can. 1 se rapporte au c. i et n; le can. 2, aux c. m et xvi ; le can. 3, au c. v. On les rapprochera du can. 6 du IIe concile de Milève (Carthage); voir Milève, t. x, col. 1756, et des can. 6. 7, 14 et 18, d'Orange, voir Orange, t. xi, col. 1095, 1098, 1099. Voir le can. 4 à Justification, col. 2177, cf. Prédestination, col. 2961 ; Liberté, t. ix, col. 679; le can. 5 à Prédestination, col. 2961; cf. Liberté, col. 688; le can. 6 à Prédestination, col. 2962. Le can. 7 est à rapprocher de la condamnation de la 35e prop. de Baius, voir ici, t. n, col. 87. En lire le texte dans Denz.-Bannw., n. 817.
Le can. 8 à Attrition, 1. 1, col. 2239, cf. Pénitence, t. xii, col. 741 : le can. 9 à Justification, col. 2178, cf. Pénitence, col. 741; le can. 10 à Justification, col. 2182, cf. Rédemption, t. xm, col. 1919; le can. 11 à Justification, col. 2182; le can. 12 dans Denz.- Bannw., n. 822, cf. Rédemption, col. 1919; les can. 13 et 14, dans Denz.-Bannw., n. 823, 824. Ces canons sont à rapprocher des prop. 10 et 11 condamnées dans la bulle Exsurge, Denz.-Bannw., n. 750, 751, cf. Rédemption, col. 1919. Ils se rattachent aux c. ix. Le can. 15, dans Denz.-Bannw., n. 825. Voir le can. 16 à Persévérance, col. 1288; le can. 17 à Prédestination, col. 2962; le can. 18 à Persévérance, col. 1282, cf. Prédestination, col. 2962; le can. 19 à Baptême, t. ii, col. 303; le can. 20 à Persévérance, col. 1282: le can. 21 à Baptême, col. 304; le can. 22 à Persévérance, col. 1283 sq. (long commentaire théologique sur la grâce « spéciale » requise par la persévérance); le can. 23 à Baptême, col. 304; le can. 24 à Justification, col. 2188. Le can. 25 est à rapprocher de la proposition 31 de la bulle Exsurge, voir Denz-Rannw., n. 835, 771 ; il se rapporte au c. xi. Voir le can. 26 à Mérite, col. 760 (résumé); le can. 27 à Justification, col. 2189, cf. Baptême, col. 304; le can. 28 à Justification, col. 2190. Le can. 20 se rapporte au c. xiv; dans Denz.-Bannw., n. 839. Voir le can. 30 à Purgatoire, t. xm, col. 1280, cf. Satisfaction, t. xiv, col. 1 130: le can. 31 à Mérite, col. 760 (résumé); le can. 32 a Mérite, col. 759; le can. 33 à Justification, col. 2175.