THÉODORE DE PHARAN, évêque de
celte ville d'Arabie reliée, dans le massif du Sinaï (1™ moitié du vne s.). — Le concile du Latran de 049 et le VIe concile œcuménique de 680-681 font de ce Théodore, sinon l'auteur responsable, du moins l'un des premiers fauteurs de l'hérésie monénergiste, qui devait se transformer en monothëlisme. Voir art. Monotiiélismk, t. x, col. 2317. 11 n'est pas très facile de dire quel fut exactement son rôle, et le mieux est de sérier d'abord les documents que nous avons sur lui.
A la troisième séance du Concile romain de 649, l'un des membres demanda que lecture fût donnée des écrits de Théodore de Pharan, étant chose notoire que cet évêque était le premier auteur de la nouveauté monénergiste. Ainsi du moins l'affirmait comme un fait patent Élienne de Dor. Mansi, Concil., t. x, col. 958 sq. On apporta donc dans l'assemblée un écrit de Théodore, envoyé par lui à Sergius, évêque d'Arsinoé en Egypte. Lecture fut faite de cinq passages assez brefs, tous concluant à l'affirmation d'une unique èvépY£t.a dans le Sauveur. A la suite furent cités six passages un peu plus longs du même auteur, tirés d'un ouvrage qui fut présenté comme une explication de textes patristiques : tç>[ir^sia. tûv TOcrpLxwv ^prjaeow. Cette lecture terminée, le pape Martin fit remarquer les erreurs qui abondaient dans ces quelques textes; ils n'allaient à rien de moins qu'à réduire l'humanité du Christ à n'être qu'une sorte de fantôme; et le pape d'opposer à cette doctrine les paroles des Pères les plus orthodoxes, Cyrille, Grégoire de Nazianze, Denys (l'Aréopagite), Basile. La suite des débats donne l'impression que, dans l'idée du concile, Théodore a été le premier à mettre en circulation la formule monénergiste et que Sergius de Constant inople n'a guère fait que le suivre.
Tout autre est le son rendu par la discussion de Maxime le Confesseur avec Pyrrhus. On sait quelles précisions ce fameux dialogue apporte sur les origines du monothëlisme. Maxime ayant exprimé à Pyrrhus tout le dégoût que lui avait causé, aux débuts de la controverse, l'attitude peu franche du feu patriarche de Constantinople, Sergius, son interlocuteur essaie de rejeter sur les agissements de Sophrone la responsabilité des premières discussions. Et Maxime de répondre : « Où était donc Sophrone, quand Sergius a écrit à Théodore de Pharan en lui envoyant, par l'intermédiaire de Sergius Macarona, évêque d'Arsinoé, le soi-disant discours de Menas (où il était parlé de l'unique opération et de l'unique volonté) et en l'engageant à soutenir la doctrine de ce discours? Où était Sophrone, quand, après réception de la lettre susdite, Théodore répondit à son correspondant (d'Arsinoé)? Où était-il, quand, de Théodosiopolis, Sergius (de Constantinople) écrivit à Paul le Borgne, lui aussi du parti sévérien (xocl àTcô SetjTjpLTcov), et qu'il lui envoya le discours de Menas et la lettre approbative de l'évêque de Pharan? » Mansi, Concil., t. x, col. 741- 744. Il semble bien que, d'après Maxime, ce soit Sergius de Constantinople qui ait induit l'évêque de Pharan en tentation, en lui présentant le discours (authentique ou apocryphe) de Menas comme une preuve à l'appui de la formule monénergiste. L'évêque de Pharan était-il de l'Église melkite? Faisait-il partie de la dissidence sévérienne? La question a élé discutée. Il nous semble que le texte grec tranche le problème. Maxime dit bien de Paul le Borgne, à qui Sergius s'adressa après son intervention auprès de Théodore,
qu'il était « aussi du parti sévérien »; cela paraît impliquer que Théodore en était également.
De ce rattachement de Théodore à la dissidence sévérienne, on a voulu trouver une preuve dans la lettre adressée par le pape Agathon au VIe concile. Le pape, après avoir cité nombre de Pères orthodoxes qui déposent en faveur du dyothélisme, signale ensuite les hérétiques qui s'y sont opposés : Apollinaire, Sévère d'Anlioche, Théodose d'Alexandrie « dans le tome écrit par lui à l'impératrice Théodora », puis Théodore de Pharan, dans sa réponse à Sergius d'Arsinoé, enfin la série des patriarches constantinopolitains, Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre. Mais, précisément, la présence de ces derniers sur la liste infirme la preuve que l'on pourrait tirer du rapprochement qui est fait au début entre Sévère et Théodose d'une part, et l'évêque de Pharan de l'autre. Texte dans Mansi, t. xi, col. 273-27G. La lettre du synode romain de G80 qui mentionne, comme auteurs du monothëlisme, Théodore de Pharan, Cyrus d'Alexandrie, Sergius et ses trois successeurs ne fournit aucune précision. Elle se contente de présenter la généalogie du monothëlisme comme l'on faisait à Borne depuis 649. Ibid., col. 292 E.
Au VIe concile, ces documents romains furent lus et c'est ainsi qu'y fut d'abord prononcé le nom de Théodore. A la xe session, qui se déroula tout entière autour du cas de Macaire d'Antioche, on commença, afin d'arracher à celui-ci le désaveu du monothëlisme, par lire une interminable série de textes patristiques affirmant la double volonté, puis, comme contrepariie, on entreprit de montrer l'accord du patriarche antiochien avec les hérétiques : Thémistius, Anthime, Sévère (dans une lettre à Paul l'hérétique), Théodose d'Alexandrie (dans une lettre à l'impératrice Théodora), enfin « Théodore l'hérétique s'adressant à Paul ». De ce Théodore était cité un texte qui déclarait rejeter Chalcédoine et le tome de Léon, accepter par contre l'Hénotique en tant qu'il rejetait le concile. Jbid., col. 448 DE. Le personnage ainsi désigné est-il l'évêque de Pharan? On l'a dit; mais sans remarquer que la mention de l'Hénotique, aux premières décades du viie siècle, était un singulier anachronisme; il y avait bien longtemps à cette date que l'acte de l'empereur Zenon n'était plus considéré par personne comme une tessère d'orthodoxie. Le Paul auquel ce Théodore adressait sa profession de foi nous parait donc être le même que le personnage auquel Sévère avait écrit des choses semblables. Et, dès lors, l'hérétique Théodore ici mentionné doit être cherché aux dernières années du V siècle ou aux premières du vie, cent ans au moins avant la date certaine de Théodore de Pharan.
C'est seulement à la xme session du VIe concile (28 mars 081 ), qu'il fut question de ce dernier. La session précédente avait mis en accusation Sergius, Cyrus. Pyrrhus et ses deux successeurs; on y ajoutait maintenant Théodore de Pharan. L'archidiacre Constantin fit alors connaître qu'il avait en main différents écrits de la bibliothèque patriarcale provenant de celui-ci, entre autres une épître de lui à Sergius d'Arsinoé relative à l'unique èvépyeioi. et aussi des £pu.7;vs£ai. Siaçôpcov 7raTpi.xcôv 7pY)(TECûv. Ce sont exactement les mêmes ouvrages qui avaient été allégués au concile romain de 649 et exactement les mêmes passages qui sont cités de part et d'autre. Les variantes sont insignifiantes. Mansi, t. xi, col. 560 B, 568 B-572. C'est la lecture de ces textes qui détermina la condamnation définitive de Théodore de Pharan, en même temps que celle des patriarches d'Alexandrie (Cyrus), de Constantinople (Sergius et ses trois successeurs), de Borne enfin (Honorius). Voir le texte à l'art. Honorus Ier, t. vu, col. 115 sq. Nulle autre précision n'est apportée qui
THÉODORE DE PHARAN — THÉODORE DE RAITHOU
permette d'identifier plus exactement Théodore et de déterminer sa responsabilité dans l'aventure monothélite.
En définitive il y a deux présentations possibles. L'une est celle des Occidentaux, qui l'ont plus ou moins imposée au VIe concile. Elle fait de Théodore de Pharan l'inventeur de la formule monénergiste; dans une visite à Gonstantinople, il la suggère au patriarche Sergius. C'est un peu plus tard seulement que ce dernier, entrant dans ses vues, lui transmet par l'intermédiaire de l'autre Sergius, celui d'Arsinoé, des documents -- entre autres le fameux discours de Menas — propres à affermir sa conviction et à faire de lui le propagateur de la doctrine monénergiste. Au rebours l'exposé de Maxime, que corroborent quelques autres indications, fait de Sergius de Constantinople l'inventeur conscient et responsable de la doctrine monénergiste. Il y avait plusieurs années déjà que le Constantinopolitain pensait à des formules de ce genre comme au moyen le plus propre à seconder la politique d'union des Églises inaugurée par le basileus. Cf. Grumel, Regestes de Gonstantinople, n. 279, 281 . La visite du sévérien qu'était Théodore de Pharan — si tant est que l'on en puisse montrer la réalité — a révélé à Sergius qu'il pourrait compter sur un secours inattendu. Dès lors il lance Théodore dans la voie du monénergisme conquérant. C'était prêcher un converti. Si, comme nous le pensons, l'évêque de Pharan était un sévérien, il n'avait aucune difficulté à transposer les formules monophysites relatives à l'unique nature en formules relatives aux opérations de l'Homme-Dieu. Il l'a fait d'ailleurs avec une incontestable maîtrise, étant beaucoup plus théologien que Sergius, homme politique, lui, plutôt que penseur.
Les formules de Théodore lues aux deux conciles du Latran et de Constantinople, expriment au mieux le monénergisme primitif. Seule, à l'entendre, la divinité, dans le Christ, est active. « Tout ce qui est rapporté du Verbe incarné nous manifeste une activité unique, dont le metteur en œuvre c'est Dieu, l'humanité n'étant (pie l'instrument, ôpyavov. » n, <>. On ne saurait dire de façon plus précise que l'humanité du Chrisl es1 quelque chose de purement passif, aussi incapable de rien émettre par elle-même (pie l'orgue, s'il n'est mis en branle par l'artiste. El il s'agit de toutes les actions de cette nature humaine, des plus humbles aux plus relevées, - que l'on parle de la puissance du thaumaturge ou de ces mouvements physiques de l'homme que sont l'appétit pour la nourriture, le sommeil, la fatigue, la peine, l'anxiété, tousmouvements qui soûl appelés des passions, T:â6r(, mais qui sont au vrai des manifestai ions du dynamisme Interne du vivant animé el doué de sensibilité, qu'il s'agisse
enfin de ce que nous appelons proprement des souffrances, --/')/,. le crucifiement et tout ce qui l'a accompagné. Tout cela tsi appelé à juste titre l'unique ope ration de l'unique el même Christ, uia xal -'i~> a\>-ro'j é/'-c XpiOTOÛ èvépyeia ». Il, 2. ■■ Tout ce qui est rapporté di' Jésus Christ, du Dieu, de son corps, de son
(Une, du mini humain, àmr el corps, toul cela
s'engendre u.ovoc8ix<ôç xal aStaipérioç, (dans l'unité et l'indivision), lout nia a son principe et pour ainsi dire si lource dans la sagesse, la bonté, le dynamisme du Verbe, en passant par l'intermédiaire de l'âme raison nable et du corps; et c'est pourquoi tout cela est attribué a l'unique opération d'un seul tout, l'unique et même Sauveui , i, '■'< En conséquence tout cela ('•tait œuvre de Dieu, (pu- cela fùl divin ou humain; tout cela, la piété l'appelle l'unique opération de la divinité el de l'humanité . i, l. En d'autres termes i du commencement a la (in, toute l'incarnation et tout
CC (pli en es1 , grandes el pet des choses, n'est en vérité
qu'une seule, très élevée et toute divine opération ».
i, 5. Bien entendu l'on devra dire de la volonté en particulier ce qui est dit en général de l'activité : « Il n'y a dans le Christ qu'une volonté, la volonté divine. » n, 1.
Il n'est pas malaisé de voir que, dans une conception de ce genre, l'humanité du Christ n'est plus qu'une apparence et le pape Martin Ier avait grandement raison de dire que le système de Théodore était un docétisme larvé. « Larvé » serait même une expression bénigne. Un passage de l'évêque de Pharan montre bien le monophysisme foncier, où s'originait son monénergisme : « Notre âme à nous n'a pas suffisamment de force pour secouer les propriétés naturelles du corps; notre âme raisonnable n'est pas à ce point maîtresse, qu'elle ait puissance sur ces qualités du corps que sont la masse (Ôyxoç), le poids (£o7nf)), la couleur, et qu'elle puisse s'en dégager. Voilà pourtant ce qui est arrivé pour le Verbe incarné (littéralement pour « l'économie » de Xotre-Seigneur) «.Car c'est sans masse et pour ainsi dire sans corps (àôyxoç. xal à(Tco[i.dcTo><;), sans créer de déchirure (aveu SiaoToX^ç), qu'il est sorti du sein (de la Vierge), sorti du tombeau, qu'il est entré toutes portes fermées; c'est pour la même raison (parce qu'il était sans poids) qu'il a marché sur les eaux. [Le passage s'interrompt ici et nous ne pouvons savoir comment la divinité du Christ avait empire sur les couleurs de son corps; peut-être Théodore recourait-il au miracle de la transfiguration, ou à l'épisode des disciples d'Emmàus, Luc, xxiv, 16, 31, et de l'apparition à Marie de Magdala, Joa., xx, 14.] Il faudrait comparer ces explications avec celles qu'émettaient en des sens contradictoires, un siècle plus tôt. Sévère d'Antioche et Julien d'Halicarnasse, phtartolâtres et aphtartodocètes. Noir l'art. Julien d'Halicarnasse, t. vin, col. 1934 sq. La comparaison montrerait sans nul doute, que, en dépit de certaines exégèses, la doctrine du I'haranite était un monophysisme bon teint . Comprenant à sa manière le dogme de Chalcédoine, ou plutôl le détruisant, comment auraitil pu entendre les expressions si claires du tome de Léon : Agit utraque forma quêE sua sunt, sed cum communicatione alterius. Son monénergisme, qui est loin d'être purement verbal, était la conséquence inéluctable d'un monophysisme qui était, lui, très réel. Les plus feinies adeptes du monothélisme il faut penser (oui spécialement à Macaire d'Antioche — ne seront pas plus explicites; qu'il ait souillé sa formule de ■< l'unique énergie • à Sergius, ou (pie, sollicité par celui-ci, il ail donne à une doctrine encore floue tournure philosophique, Théodore de Pharan doit 01 re regardé' comme le vrai fondateur du monénergisme.
Voiries travaux ci les à l'art . Monoi ni i ismi , et tout spécialement V. Grumel, Recherches sur l'histoire du monothélisme, dans Échos d'Orient, t. xxvn, 1928, p. 259 sq. Nous nous séparons d'ailleurs assez sérieusement de cet auteur; i>liis encore de l'art. Theodorus •>/ Pharan du Dictionary »/ Christian btographg, qui n'a pas laissé de nous tourntr des données importantes
É, A.MANN
13.THÉODORE DE RA ITHOU, hii nmioine el théologien du vr siècle. Théodore n'est connu, au moins SOUS Ce nom, que par son traité intitulé 0co8(2>po'j — pefïÇ'jTÉpo'j -rr\c 'Patfiou 7Tpor:apKrrxe<jr; tic xal yu(ivao(a ~m pouXopivcp [xaOéîv, tic 6 rpéiroe, tt^ç Oeiaç tva(v9p(i>ir/)OGb)ç xal obcovou,tac,, xa8'ôv -érrp-xx-rai, xsi Ttv7- va ~p',c toùç Taiirrjv \i'i, opO&ç. vooûvraç Xey6uAva -apà TfTjv t9jç 'UxxXîjolaç Tpoq>l|uov. Les anciennes éditions Jusqu'à celle de la /'. ii.. i. xii. i oi. i is i 1504,
n'en donnaient que la première partie. Il a été édité
intégralement par Fr. Diekamp, Analecta patristica, 1 1 1 ti mut A bhandlungen zur griechitchen Patristik, dans Orientalla christiana analecta, n. 117. Home. 1938,
p. 185-225. Des le début de son oiiviagc Tailleur
THÉODORE DE RAÏTHOU