THÉODORE LE STUDITE. VIE
proclamait basileus son chef, Léon, seul capable d'assurer en ces conjonctures le salut de la République. Michel I" annonça tout aussitôt sa volonté de se faire moine. Ainsi Léon, que l'on appellera l'Arménien, devenait-il le souverain incontesté. Soldat de valeur, il commença par battre Krum (fin de 813). Celui-ci mort (14 avril 814), une trêve de trente ans fut conclue avec son successeur Omurtag.
Malheureusement Léon l'Arménien partageait toutes les idées des empereurs iconoclastes du vme siècle; il allait bientôt recommencer l'absurde politique religieuse de Léon l'Isaurien et remettre en question les décisions arrêtées au IIe concile de Nicée de 787. Pour trente ans encore la querelle des saintes images se ranimait; Théodore le Studite devait y jouer un rôle considérable. Ce fut, au début, une simple bataille d'idées, le basileus faisant rassembler par des gens de son bord les arguments contraires au culte des icônes, le patriarche Nicéphore et son monde alignant les preuves en sens opposé. A l'automne de 814 il fut question d'une conférence contradictoire entre iconomaques et iconodoules, conférence que présiderait le basileus et où il arbitrerait le différend. Nicéphore et Théodore y défendirent les décisions du concile de Nicée. Voir les renseignements sur cette conférence dans le Vita B, c. xxxiii et xxxiv. L'argumentation du Studite dépassait d'ailleurs de beaucoup la question particulière des images : allant droit au fait, il contestait simplement la compétence en matière religieuse de l'autorité civile. Avec âpreté il réclamait pour la seule Église le droit de porter un jugement soit dans les questions de dogme, soit dans celles qui touchaient à la discipline. Voir ibid., col. 284 AB. Force fut au basileus de dissoudre la réunion. Le patriarche, de son côté, multipliait les démarches auprès de tous ceux qui avaient l'oreille de l'empereur, pour détourner celui-ci de ses funestes projets. Grumel, op. cit., n. 394-397. Ce fut peine perdue; Léon qui, au jour de Noël, avait encore, conduit par Nicéphore, vénéré les saintes icônes, se refusait quinze jours plus tard, à l'Epiphanie de 815, à refaire le même geste. Les luttes religieuses recommençaient.
Léon s'attaqua d'abord au patriarche; au début du carême celui-ci fut enlevé et transporté sur la rive asiatique du Bosphore ; son abdication extorquée, on le remplaça par un fonctionnaire du palais impérial, Théodote Mélissène Cassitéras dont il fut entendu qu'il serait consacré le jour de Pâques, 1er avril. Tout cela ne pouvait aller sans protestation; Théodore y veillait, devenu par la démission de Nicéphore, le vrai chef du mouvement iconophile. Le jour des Rameaux on voyait les mille moines du Stoudion défiler dans l'enclos du monastère, mais bien en vue, portant les saintes icônes et chantant en leur honneur de solennelles acclamations. Vita B, c. xxxvi. Vaine démonstration 1 Le jour de Pâques le patriarche iconoclaste s'installait; quelque temps après, un concile réuni à Sainte-Sophie sous sa présidence annulait les décisions dogmatiques de Nicée, confirmait, au rebours, les définitions de Hiéria en 754 et jetait l'anathème sur les patriarches orthodoxes. Grumel, op. cit., n. 408, 409. Puis bien vite s'organisait la destruction systématique des images, en attendant que des perquisitions minutieuses recherchassent, même chez les particuliers, celles qui pouvaient se cacher.
Comme au temps du premier iconoclasme, les couvents devinrent les foyers de la résistance. Entre tous se distinguait le Stoudion dont l'indomptable Théodore était l'âme. Avec lui la lutte contre l'iconoclasme prenait un caractère nouveau : c'était avant tout au césaropapisme qu'en avait le Studite. Bien différent des Taraise et des Nicéphore, toujours enclins à reconnaître aux basileus un droit de regard sur les choses
spirituelles, Théodore aspirait par dessus tout à mettre en échec l'autorité de l'État en matière religieuse. Dans l'affranchissement de l'Église il voyait la condition même de sa fidélité à sa mission. 11 allait plus loin; ayant à un degré beaucoup plus aigu que ses compatriotes le sens de l'unité de l'Église, il tournait ses regards vers le centre même de cette unité, vers le vicaire de Pierre. Cf. J. Richter, Ueber die Lettre Theodors vom Primai des rômischen Bischofs, dans Der Katholik, 1874, t. il, p. 385-414.
7° Le troisième exil (816-820). — Tout cela était connu au Sacré-Palais; peu après la fête de Pâques, la tempête s'abattait sur le Stoudion, les moines étaient dispersés et les pires traitement infligés à leur chef. Interné d'abord au fort de Métopa, non loin du lac d'Apollonias, celui-ci fut expédié, en mai 816, àBonita, dans le thème d'Anatolie, où il demeura trois ans; en juin 819, le jugeant encore trop proche de Constantinople, on le dirigea sur Smyrne,où sestourmenls furent encore aggravés par l'évêque de cette ville, rallié à la politique impériale. Les consignes les plus sévères avaient été données pour l'empêcher de communiquer oralement ou par écrit avec qui que ce fût. Il trouva le moyen, pourtant, de multiplier à cette date les lettres de consolation et d'encouragement à tous ceux qu'il connaissait et qu'éprouvait la persécution. C'est de cette époque aussi que datent deux lettres adressées à un pape qui ne peut être que Pascal Ier (817- 824). Epist., II, xn et xm. Elles sont signées l'une et l'autre par Théodore et par plusieurs autres higoumènes de la capitale. La première fait une vive description des malheurs que la persécution iconoclaste a déchaînés sur l'Église byzantine. La seconde, qui est postérieure d'une année, remercie le pape des encouragements qu'il a donnés au messager de Théodore. Sa première lettre n'a pas été sans effet, elle a mis le pape en garde contre les manœuvres des apocrisiaires du patriarche intrus. Cf. Grumel, op. cit., n. 410. Théodore aurait voulu davantage et sa seconde lettre fait obscurément allusion, dans ses derniers mots, à une action qui serait en route. D'après une autre lettre (Epist., cxcii dans Mai, Nova Patrum bibliotheca, t. vm a, p. 165; pas dans P. G.), adressée à l'archimandrite Basile, le Studite aurait voulu que Louis le Pieux intervînt personnellement en sa faveur. Ce résultat ne fut pas atteint ; Théodore ne laissa pas du moins d'avoir une compensation. Le pape Pascal députa à Constantinople des envoyés qui devaient remettre au basileus une pièce officielle en faveur du culte des saintes images. Allusions dans Epist., II, lxii, P. G., col. 1280 A; lxiii, col. 1281 B; lxvi, col. 1289 D; le texte en a été conservé en partie. Voir Pitra, Juris ecclesiastici Greecorum historia et monumenla, t. il, p. xi-xvn. Ce document dont Théodore eut connaissance le mit au comble de la joie. Voir les lettres signalées ci-dessus.
8° Retour dans les environs de la capitale. Mort de Théodore. — L'assassinat de Léon l'Arménien et son remplacement par Michel II le Bègue (Noël 820) mirent fin, sinon à la lutte iconoclaste, du moins à la persécution violente. Les exilés du règne précédent furent rappelés, les prisonniers remis en liberté. On vit reparaître à Constantinople Théodore revenu de Smyrne; son frère Joseph rentrait en même temps. Présenté à l'empereur, le vieil higoumène lui adressait une apologie en règle en faveur des saintes images. Adv. iconomachos capita septe.m, P. G., t. cit.. col. 485-497. Il voyait déjà dans Michel celui qui recommencerait le geste d'Irène en 784. Il en fut pour ses illusions. Sans doute le basileus l'assurait-il qu'il ne serait pas inquiété; mais le culte des images insérait pas rétabli. Peu après l'empereur eut l'idée de rassembler un concile où il voulait faire discuter, sur le pied d'égalité, partisans et adversaires du culte des