COUTUMES PARTICULIÈRES
de l’huile dans l’hostie vivante du Christ pour qu’elle soit, avec le sel, le symbole de la charité et de l'amour de Dieu envers l’espèce humaine... Ainsi la foi, la charité et la miséricorde sont l’accomplissement du christianisme, et le levain, le sel et l’huile sont l’accomplissement du corps du Christ. »
Le patriarche poursuit son discours pour s’attaquer à la coutume des arméniens qui n’emploient que le pain azyme et accumule toutes les raisons, bonnes et mauvaises, qui se retrouvent dans cette controverse des azymes. Pour les jacobites syriens, les chrétiens qui se servent du pain azyme judaïsent et font une œuvre impie. Ils ne discutent pas la validité du sacrement, d’après la nature du pain. Le levain pour eux est plutôt un symbole.
Le même écrivain entame une autre question où il reproche aux arméniens de ne pas mélanger d’eau à la coupe du vin, au saint sacrifice. Se référant à l’évangile de saint Jean, il dit que l’eau est nécessaire, parce qu'il est sorti, du côté du Seigneur, du sang et de l’eau; le sang était sa vie et l’eau sa mort, et comme on doit faire mémoire de sa mort dans l’anamnèse de l’anaphore, il s'ensuit que ceux qui ne mettent pas d’eau renient sa mort et sa passion pour eux et ne proclament que sa vie. Rev. Or. chrét., t. νι, 1912, p. 180- 185. Jacques d’Édesse dans son canon 81 critique également les arméniens pour l’usage qu’ils font du pain azyme et du vin sans mélange d’eau. Bar-Salibi donne les mêmes explications dans son Exposilio liturgiæ, Corpus etc., Script. syri, t. xcrt1, p. 51-52. Si les catholiques mêlent quelques gouttes d’eau au vin, les jacobites vont jusqu’à mettre l’eau et le vin en partie égale. Cf. Jean de Tella, vire avertissement et Bedjan, p. 35; voir aussi ce qui a été dit à l’art. PRÉSANCTIFIÉS (Messe des), t. ΧΙ, col. 90.
2. Quelques superstitions se sont glissées à propos de la communion. Et d’abord celle qui consistait à réserver durant toute l’année des hosties consacrées le jeudi saint, sous prétexte d’y trouver une vertu particulière. Une autre superstition consistait à donner la « communion vierge » aux séculiers, c’est-à-dire la communion avant que le célébrant ne participât aux saints mystères ce qui est contraire à la sainte liturgie. Jacques d’Édesse s’est élevé contre ces superstitions : « Les saintes espèces du jeudi saint au soir, celles du samedi saint au soir et celles de tous les jours, sont le corps et le sang de celui qui a souffert pour nous et qui est ressuscité et non d’un autre. » Resol. 6-8; Bedjan, p. 46-54.
3. La messe du soir. — Trois fois par an, on célèbre le soir la sainte liturgie : aux vigiles de Noël et de Pâques et le soir du jeudi saint. Cf. Jacques d’Édesse Resol. 7; Nau, loc. cit.; Bedjan, p. 46.
4. Le binage est interdit non seulement pour le prétre et l’évêque, mais encore pour l’autel. On ne peut dire par jour qu’une seule messe sur chaque autel. Cf. can. 185 du patriarche Cyriaque qui pense que c’est une loi divine : « Dieu ne permet pas à l’évêque et au prêtre d'offrir (le saint sacrifice) deux fois en un jour,
| ni d'offrir deux fois en un jour sur un autel, c’est-à-
dire sur une (même) tablette. » Can. 185, dans Nau, p. 103; Bedjan, p. 40. C’est pourquoi les prêtres jacobites concélèbrent. Les catholiques peuvent biner en cas de pénurie de prêtres et après autorisation.
5. La concélébration n’existe pas comme dans les autres rites orientaux, ni comme dans le rite latin, au jour de l’ordination des prêtres, mais c’est plutôt une célébration concomitante, chaque prêtre se trouve devant un autel avec les matières du sacrifice (hostie et calice contenant du vin). Tous disent la messe en même temps et prononcent à la fois toutes les prières et les paroles de la consécration et font tous également les gestes requis par les rubriques de la sainte liturgie.
Les catholiques ont gardé cette coutume, alors que plusieurs peuvent dire successivement la messe sur un même autel.
5. Soin et onction des cadavres. — Jacques d’Édesse rapporte dans ses canons que les parents des malades couverts d’ulcères les lavaient et parfois oignaient leurs corps d’onguents parfumés, puis cette coutume s’étendit en beaucoup d’endroits. Nau, can. 108. D’après Nau, il semble que ce soit une imitation d’une coutume juive et grecque. Les canons des Perses ajoutent : quand les évêques, les prêtres et les moines mourront, on leur lavera seulement le visage, les mains et les pieds; pour les séculiers, on lavera tout le corps; les hommes laveront les hommes et les femmes laveront les femmes. Cf. Nau, can. 131. Barhebræus rapporte ces différentes prescriptions dans son Nomocanon et décrit la cérémonie qui précède la sépulture : s’il s’agit d’un évêque, d’un prêtre, d’un diacre ou d’un moine, on ajoute au service funèbre leur procession par trois fois au chœur pour que le défunt dise adieu à l’autel, à ses confrères et à l’église qu’il a desservie. Alors le président de la cérémonie bénit l’huile et fait avec elle trois onctions en forme de croix sur la poitrine du clerc, en disant : Ad quietem ex laboribus et ad liberationem ex afjlictionibus et ad suavitatem, quæ cum sanctis, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Pour les laïques on remplace les onctions par un peu de terre que l’on jette sur la tête, la poitrine et les pieds du cadavre; cf. Bedjan, p. 69-71.
6° Nouvelles coutumes. — En 1930, le patriarche jacobite s’est mis à accorder des dispenses pour le jeûne et l’abstinence. Cf. revue Al-Hikmat, t. 1v, 1930, p. 68. Le synode tenu la même année a introduit la loi de la censure des livres religieux, permis l’usage de l’orgue, la formation de chorales mixtes (jeunes filles et jeunes gens), voulu réduire les fêtes d’obligation et permis aux jacobites émigrés en Amérique de suivre le calendrier grégorien excepté pour le cycle pascal, où ils doivent se conformer au calendrier julien. Ibid.
Abbellos, De vita et scriptis 5. Jacobi, Louvain, 1867; Anonyme, Chronicon civile et ecclesiasticum, publié par É. Rahmani, Charfé (Liban), 1904; Isaac Armalet, Al- Zahrat al-Zakiat (Histoire du patriarcat syrien d’Antioche), Beyrouth, 1909; id., Rites des ordinations dans les Églises maronile et syriaque, Beyrouth, 1932; id., Catalogue des manuscrits de Charfet, Jounieh (Liban), 1937; Êt.-Év. Assémani, Bibliothecæ Mediceæ codicum mss orientalium catalogus, Florence, 17142; J.-S. Assémani, Bibliotheca orientalis, τ. 11, De Syris monophysilis dissertatio, et t. 111, 15. et 115 pars, Rome, 1730 sq.; P. Aziz, Suprématie du pape prouvée par la tradition des nestoriens et des jacobites, Mossoul, 1931; Barhebræus, La lampe des sanctuaires (début traduit et publié dans ἢ. O., t. XXIV sq.); on trouve une traduction arabe ms. à la bibliothèque orientale de l’université Saint-Joseph de Beyrouth, cote 570; id., Le livre de l’ascension de l'esprit, édition et traduction Nau, Paris, 1899-1900; ïid., Gregorii Bar-Hebræi chronicon ecclesiasticum, édition et traduction Abbellos-Lamy en 3 vol., Louvain, 1872-1877; id., Gregorii Bar-Hebræi chronicon syriacum, édit. Bedjan, Paris, 1890; id., Nomocanon Gregorii Bar-Hebræi, édit. Bedjan, Paris, 1898 (trad. latine de ΑἹ. Assémani publiée par Maï dans Scriptorum veterum nova collectio, t. x ὃ, Rome, 1838, et dans Fonti, Codificazione canonica orientale, fasc. 3, Cité du Vatican, 1931); id. Ethicon seu Moralia Gregorii Bar-Hebræi, édit. Bedjan, Paris, 1898; id., Liber columbæ seu directorium monachorum Gregorii Bar-Hebræi, édit. Bedjan (imprimé à la suite du précédent); id., Abul Faragii Gregorit Bar-Hebræi Kithâäbhà dhiyauna seu liber columbæ, Rome, 1898; Bar-Salibi, Exposilio lilurgiæ, édit. et trad. Labourt, dans Corpus scriplorum christianorum orientalium, Scriptores syri, série II, t. xcr1; Commentarium in Evangelia ὃ, Matthæi et S. Marci, édit. et trad. de Sedlatek, Chabot et Vaschalde, ibid., τ. XCvrI1 et xc1X, Rome, 1906-1933, commentaire des Actes des apôtres, des épitres catholiques et de l’Apoca-