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EUCHARISTIE D'APRÈS LA SAINTE ECRITURE
donnés qu'en figure, le festin nouveau se fait à une ! table vide, il est une ombre, et la Pâque ancienne serait la réalité. Loisy, Les Èva giles synoptiques, , Geffonds, 1908, t. ii, p. 507, prétend sans doute que c'est en vertu d'une conception doctrinale que la cène a été transformée en repas pascal; mais il recon- j naît que, dans un banquet ainsi compris, le Christ est « l'agneau pascal mangé par les fidèles » et que les Évangiles faisaient allusion à cette croyance.
Au cours du repas, Jésus prit du pain. Normalement, le mot grec ap-roç désigne le pain fermenté, et pour parler des azymes, les évangélistes ont recouru à un autre terme, a^jp-a. Si Jésus a célébré le repas pascal au soir du 14 nisan, c'est-à-dire le 15 commencé, il a dû se sei'vir d'azyme, les pains fermentes devant disparaître dans l'après-midi du 14. Mais o'.i sait qu'un bon nombre de Pères, d'exé^ètes catholiques et de critiques non croyants placent la cène à une date antérieure (itp'ÔTï) pourrait avoir le sens de r.ç,6; il faudrait traduire : avant le jour des azymes et non pas : le premier jour des azymes). L'expression araméenne que remplace Tipiôtr, pourrait encore plus aisément avoir le double sens, Lagrange, Évangile selon saint Marc, Paris, 1911, p. 349; et si on admet cette hypothèse, Jésus aurait pu employer du pain fermenté.
Il prononce sur le pain une formule de bénédiction, le rompt et le donne aux disciples eu disant : Prenez. Saint Matthieu ajoute : Mangez. La fraction n'est donc pas tout, elle n'est nijme pas l'acte essentiel. Il faut bien que le pain, s'il doit être partagé, soit rompu. Et il l'était dans le repas pascal, en même temps qu'était prononcée une formule d'action de grâces dont le premier mot est précisément le verbe bénir : « Béni soit celui qui fait produire le pain à la terre. » Jésus ne veut pas seulement attirer l'attention sur la fraction, la présenter comme une image de son corps immolé (Jiilicher). Ce qui est important, c'est la manducation; et si la fraction — Matthieu et Marc d'ailleurs ne le disent pas — représente la mort violente de Jésus, la participation au pain rompu a un autre sens connexe, consécutif, celui d'une communion au corps immolé du Sauveur.
Les paroles de Jésus ne laissent aucun doute sur ce point : «Ceci est mon corps, » dit le Christ. Le mot ccfz a été invoqué par les adversaires de la présence réelle. Ils raisonnent ainsi : Ce pronom ne désigne pas le corps de Jésus. Il y aurait tautologie. Le Christ dirait : Mon corps est mon corps. D'autre part, il ne peut désigner ni le pain ni ce que les théologiens catholiques appellent les espèces ou apparences du pain : car ni l'un ni les autres ne sont le corps du Christ : donc le mot ceci prouve que Jésus présente une figure de sa personne et non cette personne.
Cette argumentation ne porte pas. D'après la plupart des exégètes chrétiens ou incroyants, ceci désigne « ce que Jésus tient dans les mains... l'objet visible que l'on présente rompu et partagé. » Loisy, op. cit., t. II, p. 520. La phrase est donc la suivante : Ceci, ce que vous voyez, ce que je vous montre est mon corps. Et les partisans de la présence réelle l'expliquent aisément de deux manières. Ou Ijîen au début, quand Jésus commence la phrase, le sens est indéterminé, il sera précisé à la fin, ou bien il y a progrès de la pensée : au momenl où le Christ prononce le premier mot, ceci désigne le pain; quand il a fini la proposition, ceci se rapporte au corps du Christ. Quelques exégètes ont voulu voir dans toOto, hoc, un adjectif; et puisqu'il est au neutre, il déterminerait le mot corps. Le sens serait : ce corps est mon corps. Et cette phrase n'embarrasse pas davantage les partisans de la présence réelle ; car la proposition opérant, d'après eux, ce qu'elle signifie, toOto, hoc, indiquerait non ce qui est, mais
ce qui sera. Ce corps qui sera présent est mon corps. Et, si les mots toOto IitI, hoc esl, sont considérés comme une locution sj'nonyme de lôo-j, ecce, voici (cf. Exod., xxiv, 8 : 'Iôo-j tô a!|j.a Tr,; SiaOr,y.r,;; Heb., IX, 20 : Tojto to al|j.a tt,' SiïOv.zr,;), aucune objection n'est plus possible. Dans la phrase : voici mon corps, le terme voici indique ce qui sera.
Sur la signification du mot suivant est, « des batailles théologiques » se sont livrées et se livrent encore. Ce verbe semble clair; nul ne peut l'être davantage. Il est d'une telle simplicité qu'on ne peut le définir. Et pourtant, on a voulu, on veut encore faire de ce mot le synonyme de « signifier », « figurer ». A priori, l'issue de la controverse ne paraît pas douteuse. ■• Ceci est mon corps, » ainsi parle Jésus. Je crois que c'est votre corps, répondent les partisans de la présence réelle. Je crois que c'est la figure de votre corps, répliquent les adversaires de ce dogme. Il est facile de constater qui reste fidèle au sens manifeste des termes employés.
Wiseman, op. cit., a prouvé de la manière la plus saisissante que le langage de Jésus devait s'entendre au sens littéral. Certains objets, observe-t-il, sont symboliques par nature; un portrait, un buste n'existent que pour représenter un homme. Si donc, montrant une statue de Platon, une pièce de monnaie frappée à l'effigie de Louis-Philippe, on dit : Ceci est Platon, ceci est Louis-Philippe, tout le monde coinprend que le verbe être signifie être l'image de. D'autres objets ne sont pas essentiellement et par eux-mêmes des symboles, mais le sont en vertu de l'usage : voilà pourquoi l'on peut dire, sans qu'aucune méprise soit possible : ce drapeau, c'est la France qui passe. Cette fois encore, le verbe être est évidemment synonyme de représenter. Enfin, certains objets ne sont des figures ni par définition ni en vertu d'une convention communément admise, mais en raison d'un choix spécial de l'écrivain qui avertit alors le lecteur de son intention. Ainsi Jésus raconte la parabole du semeur et la termine par ces mots : « Le champ, c'est le monde; la semence, c'est la parole de Dieu. » La pensée n'est pas douteuse. Nous savons que nous sommes en face d'une allégorie. Le contexte nous oblige à donner au verbe être le sens de figurer.
Si, au contraire, un écrivain nomme un objet qui n'est pas, de par sa définition, un symbole; si cet objet n'a jamais,en vertu de l'usage, servi à représenter une autre chose; et si l'auteur ne dit pas qu'il hasarde une comparaiso:i, une image, une métaphore, si rien dans son langage ne permet de le supposer, on est obligé de conclure qu'il parle au sens propre, et s'il voulait employer une figure, il ne serait pas compris. Si quelqu'un dit, par exemple, en montrant une maison : Ceci est le citoyen, l'auditeur se demandera ce que signifie cette affirmation. Et lui répondra-t-on : Vous compreniez qu'une statue était Platon ou Louis-Philippe; que le drapeau était la patrie, que la semence était la parole de Dieu, admettez aussi qu'une maison peut représenter un citoyen? Mais depuisquand en est-il ainsi? répondra cet interlocuteur surpris. Et si on lui dit : Il en a été ainsi pour la première fois quand j'ai parlé et en vertu de mes paroles, il répliquera : Il fallait alors m'avertir.
Or le pain et le vin ne sont pas essentiellement, par nature, des symboles du corps et du sang d'un homme, du corps et du sang de Jésus. Aucune convention, aucun usage antérieur ne les a désignés comme images de ce corps et de ce sang. Jamais le Christ n'a recouru à ces deux éléments pour représenter son corps et son sang. Et ici, il ne dit pas, il ne laisse pas entendre qu'il emploie une image, qu'il recourt à une comparaison. Donc, il est impossible d'interpréter au sens figuré les mots : Ceci est mon corps.
Les adversaires de la présence réelle depuis le xiv»
siècle jusqu'au xix" (voir, par exemple, A. Réville, Manuel d'inslniction religieuse, Paris, 1863, p. 250), ont recueilli dans l'Écriture un assez grand nombre de phrases dans lesquelles le verbe être signitte représenter. Wiseman, op. cit., les a fort longuement et très bien discutées. Il distingue trois classes de textes.
Dans le plus grand nombre des passages o'jjectés, être a pour sujet et pour attribut un substantif. Les sept vaches sont sept années. Gen., xli, 26, 27. Les dix cornes sont dix royaumes. Dan., vu, 24. Le champ, c'est le monde. Matth., xiii, 38, 39. La pierre était Jésus. I Cor., x, 4. Ce sont les deux alliances. Gai., iv, 24. Les sept étoiles sont les sept anges. Apoc, i, 20. n faut observer que toutes ces phrases diffèrent matériellement de celle que prononce Jésus à la cène. Dans toutes (sauf en apparence dans celle qui est tirée de l'Épître aux Galates), il y a un sujet déterminé et ce sujet est très différent de l'attribut, qui est très déterminé lui aussi. Un roi n'est pas une corne, une vache n'est pas une année. Deux objets matériels ne pouvant être identiques, le verbe être signifie ici représenter. Mais il n'en est pas nécessairement ainsi lorsque le sujet vague et indéterminé (ceci) tire de l'attribut sa signification : Ceci est mon corps. Le texte de l'Épître aux Galates ne fait pas exception. Nous lisons parfois en français : « Ce sont les deux alliances; » le grec porte : « elles », c'est-à-dire « Agar et Sara, sont les deux alliances. » Or, il est évident que ces deux femmes ne sont pas à la lettre deux alliances. Au reste, il faut examiner le contexte. Et nous savons par lui que, dans chacune des phrases citées plus haut, le verbe être a le sens de représenter. Joseph et Daniel interprètent un songe; Jésus explique une parabole; saint Paul, après avoir dit que la pierre était le Christ, ajoute : Tout cela était figure, et il déclare qu'il parle d'un rocher pneumatique, c'est-à-dire miraculeux ou prophétique. De même, on lit dans l'Apocalypse : Écris le mystère des sept étoiles. A la cène, rien n'autorise à penser que Jésus présente ou déchiffre une allégorie. Ni avant ni après les mots : Ceci est mon corps, ne figure un indice qui met sur la voie d'une interprétation au sens figuré.
'Dans d'autres phrases invoquées pour les partisans du sens spirituel, le verbe èlre a par sujet le pronom /?, pour attribut un substantif : je. suis la i orte, Joa., x, 7; je suis la vraie vigne. Joa., xv, 1. Mais cette fois eacore, le lecteur est éclairé par le contexte. Des séries d'explications montrent comment Jésus est une porte ou une vigne; au contraire, à la cène, pas un mot pour expliquer comment du pain est son corps, et l'argument invoqué contre l'emploi abusif des textes précédemment cités revient à l'esprit : il est évident que Jtsus ne peut pas être au sens littéral une porte, une vigne. Le Christ dit donc en réalité : je ressemble à une porte. De même il s'est proclamé le pain de vie, Joa., vi; et comme évidemment il n'est pas un morceau de pain, le lecteur de l'Évangile n'hésite pas à conclure qu'en cet endroit le Sauveur se compare à du pain; il expliqn- d'ailleurs le sens de son affirma tion. Mais les mois : Ceci est mon corps sont bien différents, et rien ne permet de voir en eux une figure.
Des rapprochements moins contestables ont été tentés entre les formules de la cène et deux phrases dans lesquelles le verbe être a pour sujet le pronom ceci, pour attribut un substantif : « Ceci est mon alliance entre moi et vous, » il s'agit de la circoncision, Gen., xvii, 10; ■■ Ceci est la Pâque de Jahvé. » Exod., XII, 11. Si l'on suppose que la première de ces phrases lignifie : Ceci, la circoncision, représente l'alliance, on ne peut s'en étonner, car le conlcxlo jiermct cette interprétation, celte affirmation étant suivie des mois : • Vous vous circoncirez dans votre chair ri ce sera le signe de l'alliance entre moi et vous. • Les récils de la
cène ne contiennent rien de semblable. Mais il est même permis de se demander si le verbe être a dan s ce passage le sens de figurer. La circoncision n'était pas seulement une image de l'alliance entre les enfants d'Abraham et leur Dieu, elle était le moyen par lequel elle s'effectuait et un monument qui en rappelait le souvenir; en un certain sens, elle était l'alliance. Probablement enfin, le vrai sens du t. 10 du c. xvii de la Genèse est le suivant : « Voici l'alliance entre moi et vous : tout mâle parmi vous sera circoncis. » Et s'il en est ainsi, le verbe êlrc doit s'entendre au sens littéral.
L'affirmation de l'Exode, xii, 11, dont Zwingle faisait si grand cas pour combattre la doctrine de la présence réelle, ne peut en réalité rendre aucun service pour l'intelligence des paroles de la cène. Après avoir minutieusement décrit le rite de la manducation de l'agneau pascal, le texte conclut: « Ceci est la Pâque de Jahvé. » On pourrait admettre sans difficulté que ,1a phrase signifie : ceci représente la Pâque de Jahvé; les cérémoiiies qu'il fallait observer en participant à l'agneau pascal disposaient les Juifs à voir dans ce rite une figure; on lit même dans ce chapitre de l'Exode, un peu plus loin, 13 : « Le sang [de l'agneau] sera un signe en votre faveur. » Et nous savons que les Hébreux donnaient aux sacrifices le nom de la chose pour laquelle ils étaient offerts (le péché, le délit). Mais le sens de l'affirmation rapprochée par certains exégètes de la parole de Jésus peut être aussi : « Ceci, c'est-à-dire, ce rite ou ce jour est la fête de Pâque consacrée à Jahvé. » Le verbe être serait pris alors dans son sens littéral. On lit, en effet : « Le septième jour est le sabbat consacré à Jahvé. » Exod., XX, 10. « Demain sera fête en l'honneur de Jahvé.» Exod., XXXII, 5. « Quand vos enfants vous diront : Que signifie ce rite? vous répondrez : C'est un sacrifice de Pâque en l'honneur de Jahvé. » Exod., xii, 26, 27.
Ce n'est pas seulement à l'aide de ces textes bibliques que les négateurs de la présence réelle ont essayé de soutenir leur sentiment. Ils ont observé que les Juifs, en mangeant les azymes, disaient : «C'est comme le pain misérable; » et ils ont conclu que des personnes accoutumées à user de ces paroles devaient être portées à donner un sens figuré aux mots : Ceci est mon corps. Il faut se souvenir que de telles formules sont relativement récentes. Wûnsche, Neue Beilrâge zur Erlàuterung der Evangelien ans Talmud und Midrascli, Gœltingue, 1898, p. 232. Le traité Pesacliini du Talmud, qui décrit minutieusement les rites de la Pâque, ne laisse pas entendre que ces expressions étaient en usage. Mainionide est peut-être le premier témoin qui les signale. Ces mots d'ailleurs ne signifient pas nécessairement : « Ceci représente le pain mangé par nos pères au temps de l'alffiction; » mais : « Ces azymes sont l'espèce de pain qu'ont mangé nos pères. »
Pour établir que le verbe êlrc a ici le sens de figurer, on a souvent soutenu que le syriaque et l'aramécn ne possédaient aucun mot qui signifiât représenter. Wiseman a définitivement établi le contraire. Horie syriacœ, dans Migne, Démonstrations évangéliqucs, t. xvi; La présence réelle, diss. VU", ibid., t. xv, col. 1274 sq. Cf. Lainy, Disserlatio de Syrorum flde et disciplina in re eucharistica, Louvain, 1859. S'il y avait eu quelque équivoque dans l'original, le texte grec des Évangiles aurait dû la faire disparaître. D'ailleurs, dans le syriaque, l'araméen, il est très facile d'exprimer l'idée de « signifier », « représenter » Wisem:in comiite en syriaque quarante-cinq termes capables de rendre celle pensée. Iinfin,il observe que les écrivains qui usent de celle langue donnent rarement au mot élre la signification de figurer, qu'ils le font seulement dans descas où une équivoque n'est
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pas possible, qu'ils entendent au sens littéral les mots : Ceci est mon corps.
Toutes ces explications seraient superflues, disent plusieurs critiques (Schœfer, Schmiedel); le mot est ne prouve rien, car Jésus qui parlait araméen n'a pas dû l'employer. Il a dit : Voici mon corps. Loisy, op. cil., t. II, p. 520. Si le fait était exact, avant d'avoir le droit d'en tirer une conclusion contre la présence réelle, il faudrait démontrer que les mots : Voici mon corps doivent s'entendre au sens figuré. Or cette locution, aussi bien que la phrase grecque : Ceci est mon corps, et pour les mêmes raisons, ne paraît pas pouvoir être entendue autrement qu'au sens littéral. Il faut aussi noter qu'en araméen la copule est peut très bien s'exprimer. En fait, la Peschito, la version syriaque sinaïtique et la curetonienne l'expriment (voir en particulier Peschito, Marc, xiv, 22, où l'idée est fortement marquée). Enfin le texte grec des Évangiles émane d'auteurs qui connaissaient l'araméen. Pour remonter à l'original et essayer de le reconstituer, le lecteur moderne est obligé de prendre pour point de départ de son travail la transposition qu'ils ont faite des mots prononcés par Jésus et il ne peut la rejeter que s'il démontre que la traduction a été un contresens : toute autre méthode serait arbitraire. Berning, op. cit., p. 99, 204-205.
La même expression, qu'il faut interpréter de la même manière, a été prononcée sur le vin. « Jésus prit une coupe, » disent les deux évangélistes. Elle contenait du vin, puisque, après l'avoir distribuée, le Christ affirme qu'il ne boira plus du jruil de la vigne. Landauer a démontré que les Juifs, avant le ixi'sièclcne se servaient pas dans les repas religieux d'une coupe unique, mais que chacun avait la sienne. Monatsclirifl fiir Gottesdienst und kirchliche Kunsl, t. ix, p. 363. Cf. E. Mangenot, Les Évangiles synoptiques, Paris, 1911, p. 466-468. L'acte qu'accomplit ici Jésus se distinguait donc déjà d'une manière toute spéciale des rites d.' la Pâque et du kiddûs.
Saint Marc et saint Matthieu ajoutent que Jésus rendit grâces. Prononça-t-il une formule de remerciement semblable à celle qu'à la Pâque le père de famille récitait sur la première coupe : « Béni soit Dieu qui a créé le fruit de la vigne? a Fit-il un appel spécial à la toute-puissance divine? Lagrange, op. cit., p. 355. Prise en son sens propre, l'expression favorise plutôt le premier sentiment. Jésus donna la coupe et ils en burent tous, dit saint Marc. Le Maître les y avait positivement invités, selon saint Matthieu, en disant : Buvez-en tous. Ce dernier mot s'explique, « parce que d'ordinaire chacun avait sa coupe ou qu'on aurait pu la remplir dans l'intervalle. » Lagrange, op. cit., p. 355. Voir aussi Knabenbauer. Les théologiens catholiques ont conclu que le morcellement de ce qui était dans la coupe, c'est-à-dire du don divin, le partage du sang du Christ n'entraîne pas une diminution de ce don, une moindre participation pour chacun au sang de Jésus. Les deux évangélistes ne se préoccupaient pas du problème du mode de présence sacramentelle; mais ils laissent entendre clairement que chacun des disciples reçut ce que Jésus voulait donner à tous, c'està-dire son sang. Et ainsi leur langage peut servir à démontrer que le partage du contenu de la coupe n'altère pas la réalité, l'intégrité du sang consommé.
Jésus dit d'après les deux premiers Synoptiques : Ceci est mon sang. Comme l'afTirmation prononcée sur le pain, et pour les mêmes raisons, ces mots ne peuvent s'entendre qu'au sens littéral. Le contexte achève de le démontrer : Ceci est mon sang, celui de l'alliance, lit-on dans saint Matthieu et saint Marc. Beaucoup de manuscrits précisent et portent : de la nouvelle alliance. On peut admettre que cette épithète a été introduite sous l'influence des textes de saint Paul et de saint
Luc. « Ce n'est qu'une question de nuance et le texte de Marc et de Matthieu n'est jias moins expressif. Si le sang de Jésus est le sang de l'alliance, il va de soi qu'il s'agit d'une nouvelle alliance. » Lagrange, lac. cit. Cf. Batiffol, op. cit., p. 47, 55. ►* Loisy, op. cit., t. ii, p. 523, suppose qu'il est fait allusion ici à l'immolation de l'agneau jiascal ; les Israélites qui le mangèrent et marquèrent leurs portes de son sang échappèrent au fléau de la mort, « les fidèles qui communient au corps et au sang de Jésus dans l'eucharistie reçoivent le gage de la vie éternelle. » Cette allusion n'est peut-être pas étrangère à la pensée ici exprimée; mais elle ne semble pas au premier plan : le sang de l'agneau pascal ne scellait aucune alliance. L'afTirmation conservée par saint Matthieu et saint Marc rappelle d'une manière plus saisissante le récit de l'Exode, xxiv. Moïse fait immoler des taureaux en sacrifices d'actions de grâces, répand une moitié du sang ^ur l'autel, asperge de l'autre le peuple en disant : Voici le sang de l'alliance, 'lîo'j TÔ ail\i.7. TY); Siaf)r;xr,;, paroles qui coïncident avec l'affirmation : Ceci est mon sang, celui de l'alliance, Toùto £(jTiv TÔ aij.a ij.o-j TÔ xr.ç ôia6v/.o;. Lorsqu'on admet la présence réelle, tout s'explique à merveille. Jésus verse son sang sur la croix et le communique aux Douze pour s'unir à eux désormais. Et si on donne au mot Sia6f|/.^ le sens de testament (voir Heb., ix, 16), Jésus, en disant : Ceci est mon sang, celui du testament, annoncerait sans doute sa mort, mais aussi l'effusion de son sang. Heb., ix, 18, 22. Il est facile d'ailleurs de passer d'une idée à l'autre. Voir Gai., m. 15, 18. Que l'on voie dans les mots rapportés par les deux évangélistes une allusion à l'agneau, la fondation d'une alliance, la rédaction d'un testament, il s'agit ici de sang, de vrai sang, du sang de Jisus auquel participe le peuple. Telle est non seulement l'opinion des interprètes catholiques, mais celle d'un grand nombre de critiques indépendants. Or, Jésus a invité à boire ce qu'il offrait, les disciples ont bu ce qu'il leur présentait. C'est donc bien son sang que, d'après saint Matthieu et saint Marc, il leur a donné.
Le mot qui suit oblige encore davantage à admettre cette idée. Ce que présente Jésus, c'est son sang répandu, ce n'est donc pas l'image, la figure de ce sang. J. Réville a repris une vieille objection tirée de ce terme. Le mot èy.yjwôaevov est un participe présent. « Jésus ne parle pas « de son sang qui va être répandu, » mais n de son sang qui est répandu. » Or à ce moment son sang coulait encore dans son corps ; il ne peut donc pas s'agir de ce sang. » Op. cit., p. 110-111. « Ce sang est répandu, au présent, représentant le futur, quant à la réalité des faits, » répond Lagrange. Op. ci/., p. 355. Il observe aussi que dès la cène >< cette effusion est envisagée comme un sacrifice, et c'est en qualité de sang versé que le sang de Jésus figure dans la coupe. » Dès cet instant, le sacrifice est consommé, l'alliance scellée, les paroles de Jésus constituent une anticipation mystique du sacrifice de la croix. Des théologiens ont même essayé de démontrer par cet emploi du présent que la cène était un sacrifice. Peut-être faut-il dire aussi que la proximité de ce repas et de la mort de Jésus autorise l'emploi du présent, qu'â/.yjvvoij.svov représente l'imparfait sémitique et peut se traduire par le futur, que les rédacteurs des deux premiers Évangiles, écrivant à une époque où la cène était en usage, ont été tentés de mettre au présent le verbe qu'employa le Christ.
Enfin pour réfuter J. Ré ville, il suffit de lire les deux mots qui suivent : Ceci est mon sang, celui de l'alliance répandu pour beaucoup. Si on les rapproche de ces affirmations des mêmes évangélistes : « Le Fils de l'homme est venu... donner sa vie pour la rédemption de beaucoup, Matth., xx, 28; le Fils de l'homme est
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venu... donner sa vie pour la rançon de beaucoup, » Marc., X, 45; si on se souvient de la mention de l'alliance, on doit conclure que le sang de Jésus est offert en sacrifice. Ce mot n'est pas prononcé, il est vrai; mais comme le remarque un critique non suspect d'être influencé par la théologie catholique: «Les paroles évangéliques prises dans leur sens nature renferment ce que la tradition chrétienne n'a pas cessé d'y trouver: la notion de sacrifice attachée à la mort de Jésus et la commémoraison de ce sacrifice dans l'eucharistie. » Loisy, op. cil., t. ii, p. 522. Or, « dans un sacrifice, la victime, après avoir été offerte à Dieu, est l'aliment du fidèle qui participe au sacrifice. » Batiffol, op. cit., p. 56. Le Sauveur n'a pris du via que pour le distribuer, le faire boire par les convives; ce vin, c'est son sang versé sur la croix; donc c'est ce sang versé sur la croix que reçoivent les disciples.
Il l'a été pour beaucoup et non pas seulement pour vous. Ce mot montre que l'immolation de la croix ne doit pas profiter aux Douze, exclusivement. Il insinue donc qu'ils ne doivent pas seuls participer à la victime du Calvaire. Beaucoup n'est pas opposé à tous : il y a antithèse entre la mort d'un seul et le salut du grand nombre. Lagrange, op. cit., p. 25G.
Saint Matthieu précise encore davantage la pensée : le sang est répandu pour beaucoup en rémission des péchés. Dans la loi antique, il y avait un sacrifice pour le péché et, affirme l'Épître aux Hébreux, ix, 22, sans effusion de sang, il n'y a pas de pardon. Cette expression favorise donc encore le sentiment de ceux qui voient dans la cène une participation véritable au véritable sang de Jésus immolé pour la rémission des péchés.
Après avoir ainsi donné le vin, Jésus ajouta, affirment les deux évangélistes : Je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. Les préoccupations d'adieu, d'avenir brillant, ne sont donc pas absentes, mais elles sont à l'arrière-plan, et ce n'est pas par elles qu'on doit interpréter toutes les paroles et tous les gestes de Jésus à ce moment. Ainsi rapprochés du don de l'eucharistie, ces mots laissent entendre que la cène est le mémorial de sa mort, que le pain et le vin sont le gage du futur rendez- vous et comme une promesse des bienfaits réservés aux disciples dans le royaume à venir.
On a essayé de voir dans cette déclaration un argument contre la présence réelle. Jésus dit qu'il ne boira plus du fruit de la vigne. Donc, après les mots: Ceci est mon sang, c'est encore du vin qui est dans la coupe. Il est aisé de répondre. Pour que .lésus à ce mome:il ait |)U dire : Je ne boirai i)lu-, du fruit de la vigne, il suffit que le contenu de la coupe soit en ai)parence du vin; c'était du vin, d'ailleurs, une demi-minute auparavant. Li parole du Christ s'explique donc très aisément. Au reste, saint I.uc place cette déclaration du Seigneur avant les mots : Ceci est mon sang. On peut se demander si ce n'est pas lui qui a r.iison. Dans cette hypothèse, l'objection ne pourrait même pas être prési-iilée.
Les adversaires de la présence réelle ont souvent fait val')ir un autre argtiment tiré de celle même paDie de .Jésus. .1. Ré.ille 1 1 présente encore, op. cit., p. 111 : 1 Toute la description implique que .Jésus ma ige et boit avec ses disciples; au ^. 29 de Matthieu, 25 de Marc, il dit : Je ne boirai plus désormais de ce prxluit de la vi.4 le jusqu'à l'avènement du royaume de Dieu. Si «i ce produit de la vigne, » c'est-à-dire le vin, est au f. 28 le sang de Jésus, il doit l'être aussi au t. 2'J. 0.1 abo.itirail ainsi à celte monstruosité que, d'après nos deux évangélistes, Jésus aurait mangé son propre corps et bu son ))ropre sang. » lit J. Hévillc ajoute une objecti'in du même ordre. « Il est inadmi -
sible que Jésus, attablé avec ses disciples juifs, les ait invités à bDire du sang véritable, puisque rien n'était plus formellement interdit aux Juifs, et nous savons que les premiers chrétiens de Jérusak'm, y compris les apôtres, restèrent à cet é^ard soumis aux prescriptions de la loi juive. Les évangélistes, en tout cas l'auteur du premier Évangile, connaissaient parfaitement les prescriptions de la loi à cet égard. »
J. Réville suppose que Jésus a réellement bu à la coupe sur laquelle il avait prononcé les mots : Ceci est mon corps. Or,parmi les catholiques, comme parmi les critiques incroyants, la question est controversée. Goguel, op. cit., p. 81, se rencontre avec le R. P. I>agrange, op. cit., p. 356, pour afiirmer qu'on ne peut rien conclure du texte évangélique. Sans doute, au repas pascal, le maître de maison g tûtait au pain et au vin avant de les distribuer : mais saint Matthieu et saint Marc montrent dans les deux rites accomplis par Jésus des actes d'un caractère nouveau, dans les aliments distribués des mets qui ne sont plus seulement ceux de la Pâque antique : nous ignorons donc si Jésus y a participé. La réflexion eschatologique ne doit pas davantage être invoquée : peut-être sa vraie place estelie avant l'institution de l'eucharistie. Et pour que Jésus dise : Je ne boirai plus du fruit de la vigne, il n'est pas nécessaire qu'il porte au même moment la coupe à ses lèvres. S'il était établi qu'il a pris du pain et du vin, on ne pourrait rien en conclure. Saint Jean Chrysostome, saint Thomas d'Aquin et beaucoup d'autres grands chrétiens ont admis que Jésus avait mangé son corps, bu son sang. Le fait est mystérieux comme la présence réelle et ses conséquences, il ne l'est pas davantage. Et on ne saurait le taxer de monstruosité.
Inviter les disciples à boire du sang n'est pas davantage invraisemblable. C'était du vin qui, en apparence, leur était présenté. Ainsi, le préjugé du juif était ménagé. Toute répulsion lui était évitée. C'est sous une forme accessible, agréable, que le corps et le sang de Jésus étaient distribués. La chair ne devant pas être broyée, toute crainte d'antliroi)oph;igie disparaissait. Les disciples se savaent auprès d'un Maître qui les avait maintes fois émerveillés, ils étaient habitués à le croire sur parole et à considérer comme licite ce qu'il leur conimandiit de faire. On comprend que saint Matthieu et saint Marc n'accusent chez les Douze aucun trouble, aucune hésitation, aucune répugnance. Quand, après de nombreuses années de fidélité à la loi, un .Juif se convertit au catholicisnu-, il n'éprouve aucune peine à communier.
En dehors du récit de la cène, on ne trouve chez saint Matthieu et chez saint Marc aucun enseignement précis sur l'eucharistie. Beaucoup de Pères, d'exégètes, d'écrivains catholiques ont vu dans les multiplications des pains par Jésus, Marc, vi, 3') 14; VII, 1-10; Matth., xiv, 13-24; xv, 32-39, des figures du don de son corps et de son sang. C'est aussi la pensée de plusieurs critiques non croyants. Loisy, op. cit., 1. 1, 1). 937; Goguel, op. cit., p. 190. Il est permis de rapprocher cet épisode de la célébration de l'eucharistie, sans nier d'ailleurs la réalité hislori(iue du miracle. Jésus voulut-il, en accom])lissant ce i)rodige, préparer les disciples à l'acceptation du pain de la cène? Peut-être. Mais, comme le théologien ne sait pas d'une manière indiscutable à quelles circonstances précises de ce fait doit ître attribué un sens spirituel, la lecture de ces récits ne le renseigne )ias ou le renseigne peu sur l'eurharistie.
L'étude des textes de saint Matthieu et de saint Marc aboutit aux conclusions suivantes. Au cours de son dernier rejias avec ses disciples, dans lui festin probablement jiascal, mais par un geste tout particulier, Jésus donna aux disciples son corps à manger, sous les
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apparences de pain (azyme ou fcrnieiité, nous l'ignorons), son sang à boire sous les apparences du vin. Il annonçait sa prochaine immolation et la valeur rédemptrice de ce sacrifice, ilinvitait les apôtres à participer à son corps et à son sang répandus pour beaucoup, il établissait entre eux et lui une alliance, alliance qui ne sera suivie d'aucune autre avant le banquet du royaume. Cette nourriture ne semble donc pas destinée à eux seuls, c'est d'ailleurs pour beaucoup qu'est versé le sang de Jésus. Et si l'on veut résumer d'un mot les effets attribués aux mets de la cène, on devra dire que les disciples furent conviés à une communion. Le rite nouveau est destiné à rapprocher aussi intimement que possible Jésus des siens, à faire passer en leur personne avec les bienfaits obtenus par la mort du Sauveur, son corps et son sang.
Comment le corps et le sang sont-ils présents? Saint Matthieu et saint Marc ne le disent pas. Mais ils montrent qu'on peut diviser le vin entre plusieurs communiants sans priver l'un d'eux d'une partie du don. De quelle manière Jésus met-il sous le pain ce qu'il offre aux disciples? La question n'est pas posée. Pourtant, pris dans leur sens obvie, les mots : Ceci est mon corps, ceci est mon sang laissent entendre que ceci n'est plus du pain, que ceci n'est plus du vin, que de ces deux substances restent seulement les apparences. Et si l'on cherche une formule pour exprimer la transsubstantiation, dans le langage courant, ordinaire, ces mots sont peut-être ceux qui le plus simplement et le plus clairement énoncent cette notion. Les protestants, qui ont enseigné que le pain et le corps de Jésus coexistent ou que le Christ s'incarne en quelque manière dans le pain, sont obligés de modifier ces paroles ou d'ajouter à leur contenu. Et l'on peut même dire que, parmi les théologiens catholiques, ceux qui, comme saint Thomas ou le P. Billot, repoussant toute autre idée, veulent expliquer la transsubstantiation uniquement par le changement du pain au corps de Jésus, paraissent être ceux qui conforment le mieux leur langage à rafHrmation évangélique : Ceci est mon corps. Entre ces mots et leur concept se place le travail de plusieurs siècles et se mesure la distance qui sépare une parole d'une théorie, mais l'équivalence est manifeste.
2. Saint Paul. — Le récit de l'institution laissé par saint Luc et celui de saint Paul sont apparentés. D'autre part, celui de l'apôtre est encadré dans des commentaires qui permettent d'en mieux saisir le sens. C'est pourquoi nous croyons devoir commencer par l'examen des Épîtres.
a) La manne et l'eau du rocher. I Cor., x, 1-4. — L'apôtre dit : Israël dans le désert reçut des dons magnifiques, néanmoins, parce qu'elle pécha, la génération sortie d'Egypte mourut sans avoir atteint la terre promise. C'est une figure, c'est-à-dire une leçon pour les chrétiens. Que celui qui est debout prenne garde de tomber, x, 1-14. C'est au cours de ce développement que saint Paul écrit : « 1. Je ne veux pas que vous ignoriez que nos pères ont tous été sous la nuée, ont tous traversé la mer,2. et qu'ils ont tous été baptisés, ÈgaTtx'rravTo, en Moïse dans la nuée et dans la mer; 3. qu'ils ont tous mangé le même aliment spirituel, TivEuij.aTizriv, et qu'ils ont tous b.i le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les accompagnait et ce rocher était le Christ. » '■'si
Batiffol conclut qu'en cet endroit la nuée et la mer sont la figure du baptême, la manne et l'eau du rocher, celle de l'eucharistie. L'apôtre enseignerait qu*il ne suffit pas d'avoir reçu ces deux sacrements pour être sauvé. Op. cit., p. 4. Batiffol justifie son sentiment par les remarques suivantes : « Le mot de baptême est prononcé, l'eucharistie est désignée
clairement; » l'adj 'ctif s/)(r/7(/e/ a le sens de figuralil prophétique. Cette interprétation est admise par plusieurs critiques. De l'examen de ce texte ainsi entendu, on dégage plusieurs conclusions : l'eucharistie « réalise un type prophétiquement décrit dans l'Ancien Testament. » « Les éléments de la communion viennent... du Christ comme l'eau du désert coulait du rocher. » « Tous les clu-étiens prennent part à la communion. » Mais le pain et le vin ne préservent ni de la tentation, ni de la chute, ni de la perte du salut. Goguel, op. cit., p. 1G4, 1G6. Le baptême et l'eucharistie sont posés par saint Paul « systématiquement, sur le même plan, comme deux institutions essentielles de la communauté chrétienne, ■> Batiffol, /oc.c(7., institutions bien connues, et qu'il est possible, dans une lettre à des chrétiens, de désigner par simple allusion, en langage figuré.
! Mais plusieurs interprètes ont mis en doute cette [ interprétation. M. Mangenot, L'eucharistie dans saint Paul, dans la Revue pratique d'apologétique, 1911, I t. XIII, p. 35, observe que l'adjectif 7iv£uaaii/.ôv, spirituel, n'a nulle part dans l'Écriture le sens de figuratif. (On trouve dans l'Apocalypse, xi, 8, l'adverbe ■iTVEU[jiaTixùiç, employé pour signifier prop/ié/igue/ncn<.) Ce mot veut dire en réalité miraculeux et désigne le caractère merveilleux de la manne et de l'eau du rocher. De plus, ce qui est présenté comme figure par saint Paul, ce n'est pas cet aliment, ce breuvage, c'est l'histoire des Israélites dans le désert : elle est la prophétie de ce qui arrivera aux chrétiens, s'ils tombent dans l'idolâtrie.
L'indéîision qui plane sur le sens de ce morceau ne permet donc pas d'en tirer avec certitude un enseignement sur l'eucharistie.
b) La communion au corps et au sang du Christ. I Cor., X, 15-22. — Saint Paul veut inculqaer fortement aux Corinthiens la défense de participer aux banquets où l'on mange des mets sacrifiés aux idoles, il leur écrit :
15. Je vous parle comme à des hommes sensés : jugez vous-mêmes de ce que je dis. 16. La coupe de bénédiction que nous bénissons (to zot/vov t?;: e:).-,-,;».; ô £:).oy',^;;jLEv) n'estelle pas une communion au sang du Christ (.<c.!vuv;ii;Tt.3 «."■j.v- To;)? Le pain que nous rompons n'est-il pas une communion (xotvuvia) au corps du Christ? 17. Puisqu'il y a un seul pain, nous sommes, étant plusieurs, un seul corps, car nous participons tous à un pain unique. 18. Voyez Israël selon la chair, ceux qui mangent les victimes (5 J!j;a;) ne sont-ils pas participants à l'autel (xo.vuvoî t.j Ojjiccrcr.oi'oj)? 19. Que dis-je donc? Que l'idole est quelque chose ou que la viande immolée aux idoles est quelque chose? 20. Non; mais que les païens immolent à des démons et non à Dieu ce qu'ils ofîrent en sacrifice. 21. Or, je ne veux pas que vous soyez en communion avec les dénions (■<:> vio/oj; t.î- Saiiiovio)/). 22. Vous ne pouvez pas boire la coupe du Sei gneur et la coupe des démons; vous ne pouvez pas prendre part à la table du Seigneur et à la table des démons. 23. Ou bien provoquons-nous la jalousie du Seigneur? Sommes-nous plus torts que lui?
Ainsi, saint Paul, pour exhorter à fuir l'idolâtrie, fait appel à la croyance des Corinthiens à l'eucharistie. Les affirmations qu'il avancj sur le corps et le sang du Christ lui paraissent si sûres, si évidentes, si bien connues de ses lecteurs, qu'il s'en sert pour prouver d'autres propositions. Ce qu'il leur dit du sacremeit, ils le savent donc déjà; car il les invite à juger de la justesse de son raisonnement, 15; et il procède non par affirmation comme dans un exposé, mais par interrogatiojis, 16. Il ne rappelle sur l'eucharistie que ce qui est utile à sa démonstration; en lait, il nous renseigne sur les éléments et sur l'effet principal du repas chrétien.
a. Les éléments : pain et coupe. — Saint Paul nomme d'abord « la coupe de bénédiction que nous bénissons. •
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On ne peut en conclure qu'à Corinthe le repas commençait par la bénédiction et la distribution du vin. C;ir le récit que saint Paul donne de la cône un peu plus loin indique d'abord le pain. Pourquoi la coupe estelle donc ici mentionnée en premier lieu? Est-ce parce qu'il y a un rapport plus saisissant entre les libations païennes et la distribution de vin eucharistique qu'entre la consommation de la viande des sacrifices et la participation du pain de la cène (Goguel, Heinrici)? Cette raison ne semble pas bien forte. Et il est plus naturel d'admettre que ce dernier élément a été nommé en second lieu, parce que saint Paul se proposait d'amener, 17, à son occasion une réflexion complémentaire (Bachmann, Mangenot).
Que signifient les mots : « la coupe de bénédiction que nous bénissons? » Les avis sont partagés. Selon les uns, cette locution rappelle un rite de la Pâque juive; une coupe, la troisième, était dite : Kos habberakia, coupe de bénédiction, et était accompagnée de la formule : Béni soit Dieu, créateur de la vigne. L'eucharistie ayant été instituée au cours du repas pascal, ce terme aurait désigné la coupe chrétienne (Godet, Scliœfer, J. Weiss). Mais, dit-on, saint Paul ne fait pas allusion au caractère pascal de la cène (affirmation contestable d'ailleurs), et le nom de la troisième coupe était « coupe de la bénédiction des viandes ». Puis, les mots que nous bénissons seraient un pléonasme. D'autres exégètes croient donc qu'ici euîogie signifie l'appel des bénédictions de Dieu sur le vin. Un assez grand nombre de passages de l'Écriture justifierait ce sens. Voir Goguel, op. cit., p. 145. La coupe de bénédiction que nous bénissons, c'est donc la coupe consacrée, celle à laquelle une prière liturgique solennelle a donné une valeur particulière en attirant sur elle la bénédiction de Dieu (Schnedermann, Goguel, Mangenot). Cette explication paraît meilleure, mais ne rend pas raison des deux mots : bénédiction que nous bénissons. Ne devrait-on pas l'unir à la précédente? a La coupe de bénédiction », ces mots seraient comme un nom propre tiré du rituel de la Pâque; la suite «que nous bénissons » signifierait l'acte liturgique chrétien auquel le vin est soumis.
Par qui s'opère ce geste? Saint Paul ne le dit pas ici. L'emploi de la première personne du pluriel ne permet pas de conclure que tous les chrétiens prononçaient sur la coupe la bénédiction. L'apôtre montrera plus loin dans la cène la répétition de l'acte du Seigneur: or,c'est Jésus seul qui distribua le i)ain et le vin après avoir dit : Ceci est mon corps, ceci est la nouvelle alliance dans mon sang. Ou bien le pluriel rappelle que l'acte est accompli au nom de l'assemblée chrétienne (Godet, Toussaint, Goguel), ou bien il fait allusion à la participation de tous au vin consacré (Schaefer, Mangenot); ou bien il signifie la coupe que nous, chrétiens, nous possédons par opposition aux idoiothytes des païens, aux victimes des sacrifices juifs.
L'apôtre parle ensuite du pain que nous rompons; ce pain est unique, le même pour tous; il est sur la table du Seigneur. La fraction est à la fois un geste caractéristique et une appellation technique de la cène chrétienne. En ce passage, saint Paul se contente de rappeler cet acte, il ne dit pas s'il lui attribue ou non un caractère symbolique.
b. Les efjels de la communion chrétienne,]» /oiviDvfa. — Dans un festin religieux, d'ordinaire il y a l'union naturelle entre convives, • l'union vraie ou supposée avec le dieu cen.''é présent au milieu de ses adorateurs, l'union avec la victime elle-même, véhicule de bénédictions. » F. Pral, Lu théologie de saint Paul, Paris, 1908, t. I, p. Ifil. C'est pour ces motifs que saint Paul défend aux Corinthiens de manger des viandes immolées aux idoles. Et il leur prouve que tel est l'effet
des banquets païens en leur rappelant ce que produisent les sacrifices juifs et ce qu'opère l'eucharistie. Renversant la comparaison de Paul, l'exégète peut à bon droit déterminer ce qu'est le repas chrétien en examinant ce qu'étaient les rites d'Israël et les festins religieux des gentils.
Le verset 17 : « Puisqu'il y a un seul pain, nous sommes, étant plusieurs, un seul corps, car nous participons à un pain unique », semble étranger à l'argumentation. Pour ce motif, Schmiedel en a nié l'authenticité : opération injustifiée, nul n'a le droit de supprimer ce qu'il ne s'explique pas. J. Weiss supprime les premiers mots : « puiqu'il y a un seul pain, i M. Mangenot, loc. cit., p. 45-46, a fort bien montré que cette mutilation du texte n'est pas motivée. Ce verset doit être laissé tel qu'il est. On a dit qu'il était une parenthèse. Goguel, op. cit., p. 191. M. Mangenot y voit une explication complémentaire qui « n'était pas nécessaire sans doute à l'argumentation générale... Les personnes qui sont au courant de la manière d'écrire de saint Paul ne s'étonneront pas de cette addition. Sa pensée, riche en idées sur la communion eucharistique, se manifeste plus qu'il n'est rigoureusement requis pour la démonstration. • Ne peut-on pas dire même qu'il y a là un considérant à l'appui de la défense de manger des idoiothytes? Les chrétiens, parce qu'ils usent d'un même pain, forment un même corps religieux, l'Église. Saint Paul n'achève pas la comparaison, mais les lecteurs comprennent la conclusion : ceux qui mangent les mêmes viandes consacrées aux idoles constituent un même corps païen. Quoi qu'il en soit, ce verset indique un effet de l'eucharistie : les communiants, si nombreux qu'ils soient, appartiennent « à un corps spirituel unique, parce qu'ils communient tous à un même pain. » Mangenot, loc. cit., p. 47. La cène chrétienne est bien le sacrement de l'unité, le lien de la paix; non seulement elle symbolise, mais elle produit la fusion des esprits et des cœurs; elle fait des fidèles un seul organisme.
Et ce corps participe au corps du Christ. Il ne fait qu'un avec lui. C'est la conclusion qui se dégage de tout le passage, 16-22. Trois termes sont comparés. La coupe, le pain, la table des chrétiens produisent xoivrovi'a, communion au corps et au sang du Seigneur ; l'idolothyte, la coupe, la table des démons produisent vtoivwvîx, communion aux démons; les victimes juives produisent xocvdivt'a, communion au OurnairTript'ov, à l'autel de Jahvé. Pour savoir ce qu'est l'eucharistie d'après saint Paul, il suffit donc de déterminer ce que sont pour lui les sacrifices des païens et des Juifs.
Il faut au moins admettre que la cène chrétienne met le fidèle en relation intime avec Dieu comme les victimes juives mettaient Israël en relation avec Jahvé et le sacrifice païen, les gentils avec les dénions. Saint Paul dit lui-même ce qui se passe chez les Grecs : ceux qui mangent les viandes immolées aux idoles « entrent en communion avec les démons. >• Telle était, d'ailleurs, la pensée des païens. Les dévols serviteurs d'un dieu croyaient que les repas sacrificiels créaient une communion entre la divinité et ceux qui y particii)aient. Un lien de solidarité, de parenté s'établissait ou se fortifiait de la sorte entre le fidèle et le dieu.
Chez les .luifs, concept semblable. Paul l'affirme d'ailleurs et il le savait mieux que nous. Les Israélites qui mangent les victimes sont en communion avec l'autel. Sans doute, celte expression, la suite l'élahlira, prouve qu'lsmél participe à ce qui est offert dans le temple. Néanmoins, la phrase ne contient pas ce sens seulement, car, s'il en était ainsi, elle signifierait : ceux qui mangent les victimes I mangent les victimes. Saint Paul veut dire ici que le
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Juif, eu orfrant un sacrifice, se rapproche de Jahvé, puisqu'il met quelque chose sur son autel. Une partie de la victime appartient à Dieu, une partie revient à ceux qui l'offrent, ils ont contracté alliance avec le Seigneur, ils se sont approchés de la table de Jahvé. Tous les historiens d'Israël admettent cette conception.
Il est facile de conclure : le chrétien qui mange le pain, qui boit la coupe du Seigneur, entre en rapport avec le Christ, est en communion avec lui. La cène ne symbolise pas seulement le repas d'adieu et la présence d'hier, le repas d'espérance eschatologique et la présence de demain. Elle est le mystère d'aujourd'hui. La coupe met en contact avec le sang du Christ, le pain unit au corps du Seigneur. L'eucharistie est une alliance, elle fait entrer en possession de la grâce obtenue par l'immolation de Jésus. C'est dans les banquets des sacrifices païens que les démons opèrent leur œuvre, c'est à la cène que le Clirist accomplit la sienne. Et c'est pourquoi, comme il est dit au y. 17, les fidèles forment un même corps : la vie coule de la tête aux membres et par là même, elle unit les rnsnibres entre eux. Cette conception de l'eucharistie s'harmonise avec l'ecclésiologie de l'apôtre. Rom., xii, 5; Eph., IV, 45; I Cor., xii, 12-30. Le baptême était la circoncision nouvelle, l'eucharistie est l'alliance nouvelle.
Mais cette première conclusion n'épuise pas la pensée de l'apôtre. Quoi qu'aient soutenu certains interprètes catholiq 'es, Batiffol, op. cit., p. 18-19; Lemonnyer, Les Épîlres de saint Faut, Paris, 1909, t. I, p. 141-142, le texte de l'Épître oblige à conclure que le fidèle mange le corps du Seigneur et boit son sang. Mgr Batiflol l'a reconnu plus tard. Ibid., 3o édit., 1907, p. 16.
Siint Paul compare ce qui est mangé par les Juifs, par les païens, par les chrétiens. "Or les Israélites et les gentils consommaient ce qui était sacrifié, les premiers les victimes mosaïques, les seconds les idolothytes. C'est ainsi qu'ils entraient en rapport soit avec l'autel de Jahvé, soit avec les démons. Comment les chrétiens seront-ils en contact avec le Christ? Par la manducation d'une victime. Et, saint___Paul l'enseigne, c'est le Christ qui s'est immolé pour le fidèle. Le sacrifice des chrétiens est celui du Calvaire, la chair et le sang qui mettent les Corinthiens en communication avec Dieu, c'est la chair et le sang de Jésus offerts en sacrifice. Le pain que nous rompons, la coupe que nous bénissons nous permettent donc de manger cette chair et de boire ce sang. Ainsi le veut l'analogie qui est l'objet de tout ce développement.
Et les mots qu'emploie saint Paul confirment cette argumentation. Le pain est une y.oivwvca, une participation au corps du Christ; la coupe est une /.otviovtoc, une participation au sang du Christ. Ainsi, l'élément lui-même est l'union, la constitue : on ne dit pas qu'il la symbolise ni même qu'il la produit, il l'est. Et ce qui ajoute à la force de cette remarque, c'est le soin avec lequel saint Paul semble ici avoir choisi ses mots, nuancé sa pensée. Il montre sans doute une analogie entre les trois rites, juif, païen, chrétien, entre les trois y.orji.rr.a ou communions qu'ils opèrent. Et cette comparaison est assez bien marquée pour que l'apôtre puisse construire son argument et déduire sa conclusion. Mais il se garde bien de parler dans les mêmes termes des effets produits. La manducation des viandes sacrifiées auxidoles fait entrer en communion avec les démons, prendre part à leur table. C'est encore ce langage qu'emploient les historiens de la religion grecque pour décrire l'action des mystères : la divinité est d'une certaine manière présente. Holtzmann, op. cit., t. ii, p. 184;Anrich, Das antike Mysterienwesen in seinemEinjluss auj das Clu-islentum, Gœttingue, p. 60; Chantepie de la Saussaye, Manuel
de l'insloire des religions, trad. franc., Paris, 1901. p. 565. Deux papyrus d'Oxyrhinque, qui eontieimenl des invitations à des festins religieux païens, sont un excellent commentaire de la parole de l'apôtre sur la lable des démons. « Charémon te prie de venir dîner demain à la table, si; -/./.ei'vr,/, de Sérapis dans le Sérapeion ; » « Antonios, fils de Ptolemaios, te prie de venir dîner à la table, sî; xlei/r,-/, du seigneur Sera pis, chez Claude, fils de Sérapion...» Grenfell etHunt, Tlie Oxyrinchus Papyri, Londres, 189ii, t.i, n.llO; t. m, n. 523. La conception des Sémites est la même : pour s'unir au dieu, on verse le sang d'une victime qui sert de moyen terme et dont le sang remplace celui de l'homme et du dieu ; on est à la table de la divinité, on partage avec elle les mêmes mets. Lagrange, Études sur les religions sémitiques, 2« édit, Paris, 1905, p. 261. Quant à la manducation des victimes juives elle fait entrer, dit saint Paul, en communion avec l'autel. R'u-u n'est plus exact. Les chairs qu'on brûle sont la pari de Jahvé. Mais quelque chose de ce qui a été sur l'autel est remis aux fidèles, ils communient à l'autel. La transcendance de Jahvé est telle qu'on ne peut lui appliquer le concept païen : le juif ne manche pas avec lui, ne devient pas son convive, il reçoit quelque chose de ce qui lui a été offert, quelque chose qui vient de sa table.
Que dit l'apôtre au sujet des chrétiens? Que l'eucharistie fait entrer en rapport avec Dieu, sa table, l'autel? Pas précisément. Il écrit : Le pain n'est-il pas une participation au corps, la coupe une participation au sang du Christ? Des nuances si bien caractérisées et si justifiées n'ont-elles pas leur raison d'être?Un langage si précis ne doit-il pas être entendu au sens littéral?
Cornely, Commentariiim in /a™ ad Cor., Paris, 1890, p. 293, propose un dernier argument. Pourquoi les fidèles forment-ils un seul corps? Parce qu'ils mangent un même pain. Or, il n'en est ATaiment ainsi que si cet aliment est le corps du Christ. Est-ce vrai? Sans doute, lorsqu'on admet la présence réelle, on comprend mieux comment la manducation de l'eucharistie réalise l'unité entre la tête et les membres du corps dont Jésus est le chef. Voir plus haut. Mais, comme l'observe Batiffol, op. cit., p. 19,1a parole de saint Paul pourrait s'expliquer même si l'eucharistie mettait seulement d'une manière morale en rapport avec le Christ qui est le même pour tous, partout et toujours. L'apôtre n'a-t-il pas dit ailleurs : il y a un seul corps et un seul esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, Epli., IV, 4-5; nous avons été baptisés en un seul corps, I Cor., xii, 13?
Contre l'interprétation littérale de nombreuses objections ont été faites. La chair et le sang n'ont pas de part au royaume. I Cor., xv, 50. Le Christ ressuscité est donc un esprit. Impossible d'admettre que saint Paul parle de la manducation de son corps. J. Weiss, Der ersle Korintherbrief, Gœttingue, 1910, p. 257-258. Il faut répondre que le mot de l'apôtre ici invoqué est emprunté à un long développement, xv, 35-57, destiné à établir avec force explications, preuves, comparaisons, non pas qu'après la résurrection, il n'y aura plus de corps, mais que notre chair sera incorruptible, glorieuse, pleine de force, spirituelle. Jésus est l'exemplaire, le type des ressuscites, il a donc un corps, mais pourvu de ces qualités et glorifié. Voir E. Mangenot, La résurrection de Jésus, Paris, 1910, p. 154-166. Et c'est cette chair à laquelle fait participer l'eucharistie.
L'union par la cène, dit encore M. J. Weiss, est superflue. Déjà, d'après saint Paul, le baptême incorpore au Christ. Les partisans de la présence réelle ne le nient pas, ils constatent seulement que le langage de l'apôtre sur ces deux sacrements est diffé-
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rcut : l'un unit étroitement à Jésus; l'autre, et c'est à lui seul que cet efîet est attribue, fait communier au corps et au sang du Seigneur.
Ces mots n'impliqueraient-ils qu'un simple rapprochement, une juxtaposition du fidèle avec le Christ semblal)le à celle dont parle ailleurs l'apôtre? I Thess., IV, 17; Phil., I, 23. J. Weiss, loc. cit., l'afTirme, car, icrit-il, tel est souvent dans le Nouveau Testament le sens du mot /.oi^jonioi. : il désigne la cohabitation, la collaboration. Act., ii, 42;Gal.,n, 9; Rom., xv, 26; Phil., I, 5. Saint Paul voudrait dire que le communiant est à la table da Seigneur, à ses côtés, comme le païen est à la table des démons, auprès d'eux. Mais [irécisément, ces remarques ne font que souligner la valeur de l'argumentation des partisans de la présence réelle. Dans tous les passages cités par J. Weiss, il n'est question que d'être avec Jésus; dans aucun, il n'est parlé de communion à son corps, à son sang. L'expression ici rencontrée est toute particulière, le sensest donc aussi tout particulier. Et des observations de J. Weiss, il faut conclure ce qui suit. Si y.oi/wvia signifie collaboration, cohabitation, le corps et le sang du Christ sont présents dans le communiant, agissent avec lui. Si la -/oivaivca aux démons est une juxtaposition entre les païens et eux, la /.oivwvia au corps et au sang de Jésus, c'est ce corps et ce sang mis à la portée du chrétien. Ailleurs, saint Paul parle de la y.oi/wvîa ToO TivEj^aToç, II Cor., XIII, 13; Phil., II, 1, de la xotva)v£a Tri; ■^it-eii);. Philem., 6. Et dans ces textes, il s'agit bien d'un don de l'esprit, d'une possession de la foi. Ici aussi, il faut admettre qu'il est ([uestion d'un don et d'une possession du corps et du sang de Jésus.
J. Weiss semble d'ailleurs avoir compris toute la force de ces arguments et saisi le sens complet de la locution qu'emploie l'apôtre, car il a éprouvé le besoin (le se débarrasser de ce texte gênant. Die Aufgaben der neulestamentlichen Wissenschaft in der Gcgenwart, (iœtlingue, 1908, p. 14. Il remarque avec raison le parallélisme des deux phrases :
Tô TioTïjpiov xf,; e'J).OYia; o vj).oyo\)ii.V)
oCy\ xo:v(i>v£a toO a^iiaTo; toC Xpiatov Ècttiv ;
Tov aptov ôv •/.),(ù(j,ev
o-jyt y.rjtvojvî'a toû <7a>[j.aTo; -o-j XoittoO in-vi :
Mais il a conclu à tort que la préoccupation du rythme a amené Paul à donner à la phrase une précision que n'avait pas sa pensée et à ajouter les mots corps et sang, alors qu'il songeait seulement à la communion du croyant au Christ. Cette affirmation est gratuite. L'emploi de ce procédé permettrait de retoucher tous les développements où l'on constate un parallélisme. Peut-on admettre que le souci du rythme ait pu décider saint Paul à modifier notablement sa pensée ou plutôt à dire ce qu'il ne croyait pas? Et s'il avait spontanément créé la formule, ii'aurait-il pas opposé chair à sang, cette antithèse appartenant à son vocabulaire? D'ailleurs, on peut supprimer les deux mots que J. Weiss croit surajoutes, et le parallélisme demeure. Enfin si saint Paul avait été préoccupé à ce point de la symétrie verbale, à la roupe de bénédiction que nous bénissons, il aurait dû opposer le pain de la fraction que nous rompons, (^f. Goguel, op. cit., p. 169; Ileitmullcr, op. cit., p. 26.
Le sens littéral doit donc être maintenu, la participation au corps et au sang, c'est la présence réelle. Et pourtant.ccttc thèse semble entraîner une conséquence inadmissible, la présence réelle et matérielle de la divinité païenne, des dénions dans les viandes consacrées aux idoles. Plusieurs critiques ont fait \aIoir celte objection. Sans doute, disent-ils, les faibles de (^orinlhe croyaient que les dieux étaient dans les idolothyles et qu'on les consommait en mangeant les
chairs immolées. Mais saint Paul condamnait cette interprétation puisqu'il autorisait les fidèles à acheter de la viande chez des bouchers païens suspects de débiter les chairs sacrifiées dans les temples ou de faire des invocations superstitieuses sur les animaux qu'ils abattaient. Le rite grec n'unit pas aux démons, mais à la coupe qui leur est offerte, à la table dressée en leur honneur; en y participant, on professe qu'on croit aux divinités païennes, on fait un acte de foi idolâtrique. De même, par la communion, les chrétiens prennent part à une fête en l'honneur du corps et du scuig du Christ, participent non à ce corps et à ce sang, mais à la coupe et à la table du Seigneur, attestent leur attachement à Jésus mort pour eux. Clemen, Religionsgeschichtliche Erkldrung des ncuen Testaments, Giessen, 1909, p. 193-194. L'expl cation serait confirmée par le t- 22. Vous ne pouvez, dit saint Paul aux Corinthiens, boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons, prendre part à la table du Seigneuretàla table des démons. Ce serait professer deux religions, servir Dieu et Bélial. Et c'est pourquoi, dit Goguel, op. cit., p. 172-173, le chrétien éclaire peut sans danger, lorsqu'il ne scandalise pas les faibles, manger, hors d'un repas sacré, des viandes consacrées aux idoles. Il ne croit pas à leur puissance, donc il est plus fort qu'eux, capable de les braver et d'exciter leur jalousie : au contraire, personne n'étant plus puissant que Dieu, conclut saint Paul, personne ne peut prendre part aux banquets sacrés des Grecs sans provoquer sa colère, 23.
Il faut noter d'abord que cette dernière explication est entièrement étrangère au texte. L'apôtre, pour détourner les Corinthiens des festins religieux des païens, leur écrit : «Allons-nous provoquer la jalousie du Seigneur? Sommes-nous plus forts que lui? » Mais il ne dit pas, il ne laisse pas entendre que si le chrétien a le droit de consommer en particulier, dans les repas ordinaires des idololhytes, c'est parce que. ne croyant pas à la puissance des démons, il est en étal de les défier impunément. Quant à l'objection assez spécieuse de Clemen, elle s'est attiré une double réponse.
Comme l'observe Lebreton, art. Eucharistie, dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique, Paris, 1910, t. I, col. 1566, « ce qui est comparé directement au sang du Christ, c'est l'idoloth.Nte. « Qu'on relise avec attention tout le passage ici étudié, il est évident que saint Paul oppose des rites et leurs eflets. Il établit une analogie ou plutôt une antithèse entre la table du Seigneur et la table des démons; entre la coupe du Seigneur et la coupe des démons, 22, entre les victimes offertes à Jahvé, 18, les viandes immolées aux idoles, 19, le pain et le vin des chrétiens, 15. Quant aux effets, il les met aussi en parallèle, mais il désigne chacun d'un mot particulier, il ne prétend pas du tout que les conséquences des banquets païens, des sacrifices juifs, de la communion soient de tout point identiques, les premiers mettent en rapport avec les démons, les seconds avec l'autel, les troisièmes ai'cc le corps et le sang de .Jésus.
M. Mangcnot, loc. cit., p. 206, observe aussi que dans le inonde païen, « à l'idée d'un repas apprêté pour les dieux, se joint celle d'un repas où on mange le dieu. » Cf. Lictzmann, An die Korinther I, dans Handbuch zum neuen Testament, Tubingue, 1907, t. m, p. 124- 125. « Dans un très grand nombre de religions, dit Goguel, on trouve... l'idée de la manducation du dieu, ou du moins, du divin, de quelque chose qui lui est consacré, dont il a pris possession et qui le représente. » Op. cit., p. 305. Beaucoup de critiques d'ailleurs sont si pleinement convaincus de l'existence et de l'universalité de cette croyance qu'ilsexpllqucnt par elle l'origine ou la dlfTiision du rite chrétitn de la communion. Saint Paul ne discute pas l'idée que se
font les Corinthiens du sacrifice païen, mais il pari de cette notion pour les détourner de l'acte idolâtrique Il raisoinie ainsi : la communion chrétienne vous fait participer au corps et au sang du Seigneur et vous prendriez part à une cérémonie que vous considérez comme vous mettant en rapport avec la divinité, la faisant passer, ou plutôt, puisque l'idole n'est rien, faisant passer en vous les démons? Vous ne pouvez pas, que vous soyez forts ou faibles, vous asseoir à la table du Christ et à la table païenne. Vous piqueriez la jalousie du Seigneur et vous vous exposeriez à de terribles châtiments. Mais, peut ajouter saint Paul sans inconséquence, « mangez de tout ce qui se vend au marché, sans faire aucune question de conscience, car la terre est au Seigneur et tout ce qu'elle renferme. Si un infidèle vous invite et que vous vouliez y aller, mangez de tout ce qu'on vous présentera sans faire aucune question de conscience. Si quelqu'un vous dit : ceci a été offert en sacrifice aux idoles, n'en mangez pas, à cause de celui qui vous a donné ce renseignement et à cause de la conscience. Je dis la conscience, non pas la vôtre, mais celle d'autrui. » I Cor., X, 25, 29. Ces autorisations s'expliquent sans qu'on nie la présence réelle : c'est dans les banquets religieux que l'homme croit s'unir à la divinité et s'unit, en effet, aux démons. Dans les repas ordinaires, rien n'est à craindre si ce n'est le scandale du prochain. La terre, tout ce qu'elle renferme, donc les aliments, sont à Dieu et non aux démons. Ceux-ci ne prennent pas possession à perpétuité de la viande qui a été sacrifiée aux dieux.
Toutes les objections déjà examinées portent sur le sens de la xoivwvi'a. A. Andersen, op. cil., -p. 8-12, 108-109 ; J. Réville, op. cit., p. 85, ne discutent pas la signification de ce terme, mais celle du mot corps. Au ;('. 17, saint Paul dit des chrétiens qu'ils sont un seul corps; ici, à n'en pas douter, l'apôtre parle du corps mystique du Sauveur, de son Église. Voir aussi Rom., xii,5; I Cor., XII, 13, 27, etc. Donc au f. 16, le mot doit être entendu de la même manière. Le pain que nous rompons n'estil pas une communion au corps du Christ, c'est-à-dire n'est-il pas une initiation à l'Église? Si d'ailleurs saint Paul avait voulu enseigner autre chose, il aurait choisi le mot chair, ay.ç^l, qui seul s'oppose à sang.
Cette argumentation ne peut être admise. D'abord, le mot (7(.i[xa, corps, n'a pas partout dans les Épîtres le sens d'Église, il signifie parfois le corps historique. Rom., VII, 4; I Cor., xi, 24. Et si l'on accepte l'hypothèse d'Andersen et de J. Réville, que vient faire ici « la communion au sang du Christ? » Ce dernier croit que le sang est conçu comme ce qui réalise l'unité du corps. Mais nulle part saint Paul ne dit de Jésus qu'il est le sang de l'Église; il en est la tête. Le calice, suppose Andersen, serait le symbole de la nouvelle alliance et c'est à ce titre qu'il serait mentionné. Sans doute, saint Paul voit dans le sang versé sur la croix la conclusion d'une nouvelle alliance, mais il ne le présente pas comme le moyen d'initiation à l'Église : c'est au baptême qu'il réserve cette efficacité. Ici, saint Paul présente un argument à l'appui de sa thèse : le pain eucharistique fait de ceux qui le reçoivent un même corps chrétien, donc — et c'était la pensée des Grecs — -le festin religieux païen établit un lien religieux entre ceux qui s'y associent ; c'est une ! profession de foi païenne. EL c'est pourquoi saint Paul interdit toute participation des chrétiens au rite idolâtrique : il unit aux démons, 2i -22; il fait de ceux qui se la permettent un peuple païen, 17.
c) Le repas du Seigneur el sa reproduction dans les ssemblées chrétiennes. I Cor., xi, 17-34. — Saint Paul se propose de corriger les abus qui, depuis son départ, se sont glissés dans les assemblées chrétiennes à Corinthe. Il donne d'abord des règles sur la tenue des femmes à l'église, xi, 3-16; puis il réprime les dé-
sordres qui dénaturent le repas du Seigneur. Pour les combattre, il rappelle ses enseignements sur la dernière cène. Ainsi c'est occasionnellement, celte fois encore, qu'il parle de l'eucharistie. Il n'est donc obligé de dire que ce qui va à son but, il rappelle son enseignement antérieur.
17. En réglant cet autre point (la tenue des femmes), je ne vous loue point de ce que vous vous réunissez, non pour votre avantage, mais pour votre préjudice. 18. Et d'abord, j'apprends qu'il y a des scissions parmi vous quand vous vous réunissez en assemblée et je le crois en partie. 19. Car il est nécessaire qu'il y ait même parmi vous des sectes afin que les frères d'une vertu éprouvée soient connus parmi vous. 20. Lors donc que vous vous réunissez au même lieu, ce n'est plus le repas du Seigneur que vous mangez. 21. Car chacun, en se mettant à table, prend à part son propre repas et l'un a faim tandis que l'autre est i\Te. 22. N'avezvous donc pas des maisons pour y manger et y boire? Ou méprisez-vous l'assemblée de Dieu et voulez-vous faire honte à ceux qui n'ont rien? Que vous dirai-je? Dois-je vous louer? En cela je ne vous loue point. 23. Car j'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis à mon tour : que le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain, 24. Et ayant rendu grâces, le rompit et dit : Ceci est mon corps qui [est] pour vous; faites ceci en mémoire de moi. 25. Et de même [il prit] la coupe après avoir soupe, disant : Cette coupe est la nouvelle alliance dans mon sang, faites ceci toutes les fois que vous boirez, en mémoire de moi. 26. Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez ce calice, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il viemre. 27. Aussi celui qui mangerait le pain ou boirait la coupe du Seigneur indignement serait coupable du corps et du sang du Seigneur. 28. Mais que chacun s'éprouve lui-même et qu'ainsi il mange de ce pain et qu'il boive de cette coupe; 29. car celui qui mange et boit sans discerner le corps mange et boit son jugement. 30. C'est pourquoi plusieurs parmi vous sont malades et infirmes, et un grand nombre sont morts. 31. Si nous nous examinions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. 32. Mais jugés par le Seigneur, nous sommes châtiés afin de n'être pas condamnés avec ce monde. 33. Ainsi, mes frères, lorsque vous vous assemblez pour le repas, attendez-vous les uns les autres. 34. Si quelqu'un a faim, qu'il mange à la maison afin que vous ne vous réunissiez pas pour votre condamnation.
a. Les abus c\ Corinthe, 17-22. ■ — Ce paragraphe donne déjà quelques renseignements sur la manière dont les Corinthiens croyaient pouvoir célébrer le repas du Seigneur. C'était dans une « assemblée chrétienne », 17, 18, 22. Les frères riches et pauvres, 22, se réunissaient en un même lieu, 20. Mais de nombreux abus s'étaient glissés. Les habitudes des confréries païennes avaient envahi la communauté. On se partageait en groupes distincts, il y avait des scissions, 18, 19. Les fidèles se mettaient à table, sans s'attendre, 21, 23. Chacun prenait à part son propre repas, sans doute les chrétiens mangeaient à des tables séparées, 21. De la sorte, les riches ne partageaient pas avec les pauvres, 21. Les indigents étaient humiliés, ils avaient faim, 21. D'autres s'abandonnaient à des excès et s'enivraient, 21. Le repas chrétien devenait donc un repas banal qu'on aurait dû prendre dans sa maison, 22. Ces désordres sont graves. De telles réunions nuisent aux fidèles plus qu'elles ne leur font de bien, 17, elles sont un motif de condamnation, 34. Ce n'est plus le repas du Seigneur, 20, l'assemblée de Dieu est méprisée, 22. Cf. Toussaint, Les Épîtres de saint Paul, Paris, 1910, 1. 1, p. 367; Prat, op. cit., 1. 1, p. 167. Déjà, de ce simple exposé des abus, nous pouvons conclure que l'efficacité de la cène n'est pas indépendante des dispositions des fidèles, que l'eucharistie peut être utile ou nuisible selon les sentiments de ceux qui y prennent part et que sa célébration est, au sens le plus vrai du mot, un acte ecclésiastique.
b. L'eucharistie, 23-25. — A ces abus, l'apôtre oppose le repas du Seigneur tel qu'il fut institué et il
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rappelle aux Corinthiens la narration de la cène qu'il leur a « transmise », c'est-à-dire enseignée en les convertissant au christianisme. ,
Et pour établir l'autorité inébranlable de ce récit, saint Paul déclare qu'il l'a reçu du Seigneur. Un grand nombre d'interprètes ont conclu qu'il croyait avoir eu connaissance des circonstances de l'institution de la cène, au cours d'une vision proprement dite (la plupart des anciens commentateurs, saint Thomas, Nicolas de Lyre, Cajetan, Estius, Corneille de la Pierre, des modernes catholiques, Bisping, Rambaud, Cornely, Le Camus, Toussaint, Jacquier, Prat, des protestants et des critiques non croyants, Bengel, Tholuck, B. Weiss, Godet, Lichtenstein, Wattench, Frankland, Seeberg, Goetz, Andersen, Percy Gardner, Bousset, Loisy, Lietzmann, Reitzenstein, etc.). Un grand nombre d'interprètes de toute école pensent, au contraire, que l'apôtre parle seulement d'une tradition qui remonte au Seigneur et dont il a été instruit par les communautés où il a vécu (Maier, Hehn, Batifîol, A. Schaîfer, Van Cronibrugghe,Berning, Mangenot ; Schnedermann, Goebel, Neander, Nôsgen, Schmiedel, Heinrici, Hoffmann, Clemen, Schultzen, Zahn, Bachmann, J. Weiss, Goguel, etc.). Certains commentateurs croient que saint Paul a été renseigné par la tradition sur l'ensemble des faits, mais qu'il attribue à une vision la connaissance de quelques détails, du caractère sacramentaire de la cène (Pfleiderer), de son sens profond (Haupt), de sa portée mystérieuse (Lebreton).
Pour déterminer la valeur du récit et rechercher si l'eucharistie remonte à l'apôtre ou à Jésus, il sera utile d'étudier plus loin les arguments mis en avant de part et d'autre. Ici, il sufRt à l'excgète de constater que saint Paul considère comme venant de Dieu, comme révélée d'une manière médiate ou immédiate sa doctrine sur l'institution de la cène.
C'est « dans la nuit où Jésus fut livré » que le Christ la célébra. Dans les trois Synoptiques, la prophétie de la trahison précède immédiatement le récit de la bénédiction du pain et du vin, et, dans le c. vi de saint Jean, la silhouette du traître est entrevue. Le . Seigneur Jésus », en d'autres termes, Jésus, notre Dieu, < prit » d'abord du pain ; il « rendit grâces », c'està-dire ou bien il prononça la prière en usage au début de tous les repas (mais alors pourquoi la mentionner spécialement), ou bien il récita la formule prescrite par le rituel pascal. Puis il rompit le pain. Cet acte lie prouve pas que Jésus ait employé des azymes. Le pain ne peut être distribué que s'il est partagé. Et le Seigneur dit : Ceci est mon corps. Sur le sens de ces mots, identiques à ceux que citent saint Matthieu et saint Marc, voir ce quia été écrit, col. 1935-1039. Et ce corps est «pour vous ». Cette phrase abrupte a été complétée dans certains manuscrits : ils portent rompu pour vous (sCDFGKLP, etc.). Certains Pères ou certaines versions ont lu : qui sera rompu; qui sera livré pour vous. Communément, on tient aujourd'hui ces participes pour des gloses explicatives ajoutées à un texte primitif trop elliptique. Exprimée formellement ou non, l'idée est la suivante : le corps de Jésus est livre à la mort pour le salut de ses disciples. Si l'on rapproche ces mots de plusieurs passages du Nouveau Testament, si on les explique par ceux qui furent prononcés sur la coupe de l'alliance, on est oMigé de conclure (|u'ils mettent davantage en relief la fonction rédemptrice du corps du Christ. On peut même se demander et on s'est demandé si, selon saint Paul, celte fonclion ridemplrice s'exerçait déjà en un véritable sacrilicc quand le Seigneur prononçait les paroles de la cène ou si la distribution du pain est seulement présentée ici comme une particip.'ilion anticipée à rimmolalion du Calvaire. Prat,
op. cil., t. I, p. 171. Le texte de saint Paul ne permet pas de résoudre la question. Mais ce qui est certainement affirmé, c'est que le corps du Christ sera sacrifié. Donc, il n'est pas question ici, comme l'a cru J. Réville, op. cit., p. 87, du corps mystique de Jésus. Le sang ne devrait pas être mentionné, s'il n'était parlé ici que de l'union morale des fidèles dans l'Église. Ce qui est mangé, c'est la victime immolée, c'est donc le corps matériel, l'organisme humain du Christ historique.
Après la distribution du pain, Jésus ajoute icFaites ceci en mémoire de moi. » Le repas du Seigneur est commémoratif, de par la volonté du Maître qui en a prescrit la répétition et fixé le caractère : telle est la pensée de saint Paul sur laquelle il reviendra deux fois encore. Certains protestants ont dit : Si l'eucharistie est un mémorial, elle ne contient pas le Christ; on ne fait mémoire que des absents. Il est facile de répondre : La passion a eu lieu une fois pour toutes, l'eucharistie en perpétue le souvenir. Voir plus loin. La cène primitive est' passée; on la commémore en la répétant. On fait mémoire de Jésus en l'invitant à être présent.
Bratke a proposé une traduction de ces mots qui en affaiblirait notablement le sens. Saint Paul prêterait à Jésus l'ordre de « faire ce pain en mémoire de lui, » c'est-à-dire d'en faire un mémorial de la personne du Christ. L'eucharistie ne serait qu'un symbole commémoratif. Si, à la rigueur, on peut entendre ainsi le verset 26 : Faites cette coupe en mémoire de moi, il n'en est pas de même des mots prononcés sur le pain. Le verset 24 porte : Faites ceci (neutre); or le mot pain est masculin et il n'a pas été prononcé par Jésus. 'Av(iiJ.vr,(Ttv signifie d'ordinaire souvenir et non mémorial : c'est [j.vyi|j.ô<7Jvov qui d'ordinaire exprime cette dernière idée. La vraie traduction paraît donc être : Faites ce que je viens de faire et faites-le en mémoire de moi. Berning, op. cit., p. 110.
Sans heurter la grammaire, on a pu cependant proposer d'autres interprétations plus favorables encore à la présence réelle : Faites ceci, c'est-à-dire faites, produisez ce corps en mémoire de moi. Néanmoins, cette interprétation paraît moins naturelle. < Offrez ceci » en mémoire de moi, ont compris Andersen, op. cit., p. 13, 19;Gore, Tlie Ixdyof Christ, Londres, 1902, p. 315-318. Et cette explication affirmerait plus fortement encore le sacrifice et la manducation de la victime. Mais si ttoie'- a parfois ce sens dans les Septante, par exemple, Exod., xxix, 38, il ne l'a pas dans le Nouveau Testament et la tradition ne le lui a pas reconnu. Lebreton, toc. cit., col. 1565.
Saint Paul passe à la coupe. Jésus la distribue < après le souper ». Que contenait-elle? De l'eau, suppose Harnack, op. cit., p. 137. Car saint Paul a écrit : « On fait bien... de ne pas boire de vin et de ne rien faire qui puisse être une occasion de duite pour un frère. » Rom., XIV, 21. Mais il nous apprend aussi qu'au repas du Seigneur, certains s'enivraient. I Cor., xi, 21. Le vin de la communion n'est pas impur : il devient le sang du Christ. Et son usage ne peut scandaliser personne : c'est à l'assemblée chrétienne qu'on le consonmic. Il n'y a donc aucun motif de croire que l'apôtre subslitucau vin mentionné par les Synoptiques un autre breuvage.
Jésus pril la coupe, rendit grâces et la distribua, en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance dans mon sang. «De l'aveu des interprètes, catholiques ou non, cette formule est en étroit rapport avec le récit de l'Exode, xxiv, 8, cité plus haut. Mo'ise asperge le peuple avec le sang des victimes offertes en sacrifice et dit : Voici le sang de l'alliance que le Seigneur a faite avec vous. La parole rapportée par saint Paul signifie donc d'abord qu'une nouvelle alliance sera scellée parle sang du Christ offert en sacrifice.
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Donc, à tout le moins, d'après saint Paul, la coupe représente et rappelle cette immolation. « Quiconque était familier avec l'Ancien Testament pouvait-il comprendre l'alliance dans le sang du Christ, sinon en l'entendant d'une mort offerte en sacrifice? » Stevens, The ihcology of Ihe New Teslamcnl, ÉdimLourg, 1901, p. 132.
Mais là ne s'arrête pas la pensée de saint Paul. Il sait que la coupe de bénédiction est une participation réelle au sang du Christ, qu'au moment de l'institution de l'alliance mosaïque, le peuple fut arrosé réellement par le propre sang des victimes, il croit donc que la coupe de la dernière cène fut »une anticipation du sang répandu sur la croix, » BatifTol, op. cit., p. 8; ([ue l'institution chrétienne n'ayant pas été scellée (lans du vin, la coupe n'aurait pas été cette nouvelle alliance si elle n'avait pas contenu le sang du Seigneur. Mangenot, loc.cil., p. 260. « Si l'on tient compte du parallélisme avec la première consécration : « Ceci 11 est mon corps » qui semble exiger comme pendant : « Ceci est mon sang;» si l'on se reporte aux paroles de l'Exode rappelées dans la formule; si enfin l'on réfléchit que, dans tout ce contexte, saint Paul emploie indifféremment les locutions « boire le calice » et « boire le sang du Segneur » comme absolument synonymes, on n'hésitera pas à conclure que la nouvelle alliance dans le sanj équivaut au sang de la nouvelle alliance. » L'elTet est nommé pour la cause. Prat, op. cil., t. I, p. 170-171. Si le sang des taureaux du sacrifice mosaïque ne fut pas consommé par les fidèles, mais seulement versé sur le peuple, du moins y eut-il contact physique, union dans un véritable sang entre Jahvé et Israël. Et si, en raison de la loi mosaïque, le sang d'un animal ne devait pas être consommé sans sacrilège parles Israélites, au contraire, on ne pouvait, sans commettre un sacrilège plus épouvantable encore, jeter sur les disciples le sang du Christ. Les modes divers de participation à la victime s'expliquent précisément par ce fait que, dans l'un et dans l'autre cas, il s'agit d'un véritable sang : on ne traite pas de la même manière celui des animaux et celui de Dieu.
Peut-on aller plus loin et penser que la communion à la coupe sacrée était non seulement une participation au sacrifice de la croix, mais déjà un sacrifice? La formule est trop concise pour qu'il soit possible d'en dégager avec certitude cette conclusion.
Après avoir distribué son sang, Jésus ajoute : « Faites cela, toutes les fois que vous boirez, en mémoire de moi. » C'est de nouveau l'ordre de réitérer la cène. Le Christ le répète, comme pour mieux affirmer que chacun des actes accomplis par lui doit être renouvelé, que la succession sera la même et que les rites auront une signification et une valeur identiques. Les mots « toutes les fois que vous boirez » ne prouvent pas qu'à chacun de ses repas le chrétien doit faire mémoire du Sauveur, car aussitôt après avoir rapporté ces paroles du Seigneur, saint Paul les commente ainsi : toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez celle coupe, vous annoncez la mort du Seigneur.D'ailleurs, le ^^ 25 pourrait se traduire ainsi: Faites ceci, c'est-à-dire ce que j'ai fait, chaque fois que vous buvez en mémoire de moi. Cette interprétation a pourtant le tort de porter atteinte au parallélisme qui doit rapprocher cette formule de celle qui fut prononcée après la consécration du pain. M. Goguel, op. cil., p. 153, a supposé que les mots : « chaque fois que vous buvez » s'expliquent par le fait que les Corinthiens ne prenaient du vin qu'au repas eucharistique, ce qui n'est ni nécessaire ni démontré. La recommandation de l'apôtre, qui paraît trop concise, s'explique fort bien : prononcée en ce moment, elle ne peut s'appliquer qu'à un repas semblable à celui qui se célèbre. Batiffol, op. cil., p. 10;
Mangenot, loc. cil., p. 261. La pensée est claire : la Pâque se célébrait une fois par an, la répétition de la cène pourra, devra avoir lieu beaucoup plus souvent, un nombre de fois indéterminé.
c. Recommandalions de sainl Paul sur la célébration du repas du Seigneur, 26-34. — L'apôtre a maintenant le droit de conclure et de rappeler aux Corinthiens leurs devoirs. Sa pensée s'unit étroitement à celle du Maître dont il reprend et paraphrase la dernière parole : Le repas du Seigneur n'est pas un banquet vulgaire : chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez (ou annoncez, impératif) la mort du Seigneur. Saint Paul rappelle donc l'institution de l'eucharistie par le Christ et son caractère de commémoraison de la passion du Sauveur. Inutile de supposer, comme l'a fait Weizsacker, op. cil., p. 575, qu'un récit ou qu'un discours rappelait expressément à la cène chrétienne la mort de Jésus. C'est la répétition de l'acte accompli par le Christ la veille de sa mort, acte par lequel il faisait participer les siens à son immolation sanglante, qui est la vivante prédication du Calvaire. Et ce rappel se fera jusqu'à la parousie, jusqu'à ce que le Christ vienne. La perspeclive eschatologique est discrètement entrevue. Se souvenir des bienfaits de Jésus, communier à son corps et à son sang permettra d'attendre son retour.
Si tels sont le contenu et le sens du repas du Seigneur, sa profanation ne peut être qu'un crime très grave. Avec la plus grande énergie saint Paul blâme les abus commis à Corinthe dans la célébration du repas du Seigneur et indirectement, car sa phrase a une portée universelle, toute réception « indigne » de l'eucharistie.
Son langage paraît onfirmer la doctrine de la présence réelle. La plupart des catholiques, \Viseman surtout, op. cil., col. 1286 sq., l'ont fort bien démontré; plusieurs critiques non croyants le reconnaissent. « Celui qui mangerait le pain ou boirait le calice du Seigneur d'une manière indigne serait coupable du corps et du sang du Seigneur. » Le mot « coupable », àvo'/oç, reus, a été rapproché par Batiffol, op. cil., p. 11-13, et Toussaint, op. cit., 1. 1, p. 373, d'une parole de Jahvé à Ezéchiel, m, 18 : « Quand je dirai au méchant : « Tu mourras, »si tu ne l'avertis pas... pour lui sauver la vie,... je redemanderai son sang de ta main. » De même l'indigne communiant sera responsable du corps et du sang du Seigneur. Pour rejeter cette explication, il suffit de remarquer que le mot svo/o; n'est pas dans le prophète et que l'idée rendue par lui n'a aucun rapport avec celle qu'enseigne l'apôtre. Celui qui j ar son silence laisse son frère mourir est responsable, telle est la pensée exprimée par Ézéc-hiel; saint Paul ne dit pas que par sa négligence l'indigne communiant fait mourir Jésus.
En réalité, le mot v/oyo;, littéralement lié à, est employé par le Nouveau Testament dans le sens de passible de, Matth., xxvi, 66; Marc, xiv, 64 (passible de la mort); Marc, m, '-9 (passible pour un délit). Et da;.s saint Jacques, ii, 10, on lit : celui qui a péché contre un seul commandement est Ëvoy..-. responsable de tous, coupable envers tous. L'indigne communiant est donc lié au corps et au sang du Christ, coupable envers eux, passible du châtiment que mérilent ceux qui offensent ce corps et ce sang. C'est une expression semblable à celle qu'emploie le droit pour désigner le crime de lèse-majesté, reus majestatis, c'est-à-dire majestatis Isesse. Si l'eucharistie est une simple figure, un mémorial vide, l'expression s'explique beaucoup moins bien. Un crucifix est une image de Jésus; celui qui le foule aux pieds commet une faute contre le Christ, mais dira-t-on qu'il insulte sa chair? Un attentat à ce corps et au sang de Jésus
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est un crime épouvantable, est-ce le mot qui convient pour dési'^ner la profanation d'un pain et d'un vin qui seraient seulement des symboles du Christ? Go^îiiel, op. cit., p. 178, l'avoue : iBachmann observe avec raison que si l'apôtre dit coupable envers le corps et le sa ;<? du Seigienr et non pas seulement coupable envers le Seigneur, c'est que pour lui le pain-corps et la coupe-sang sont réellement le Seigneur et non seulement des symboles. »
D'autres expressions de saint Paul appellent la même conclusion. L'indigne communiant, écrit-il, ne discerne pas le corps. S'appuyant sur la version éthiopienne, Spitta complète la pensée et croit pouvoir traduire : il ne discerne pas son propre corps, ne s'examine pas. Op. cit., p. 303, note 2. Mais, dans tout le morceau, il a été question du corps de Jésus et non de celui du fidèle; saint Paul ne s'occupe pas ici des souillures qui 'pourraient rendre mauvaise la célcliration de la réception du pain et du vin; conçoit-on d'ailleurs qu'il ressuscite les impuretés légales de la loi mosaïque ?
Andersen, op. cit., p. 3-4, 47-52, admet que le corps dont il s'agit est bien celui de Jésus, mais il veut que ce soit le corps mystique. L'indigne communiant, c'est le Corinthien qui méconnaît l'unité de cet organisme, celui qui " méprise l'Église de Dieu », comme le dit le y. -2. Ce sentiment se heurte à un fait; partout, dans ce passage, Toiaa est opposé à a^V-a et désigne le corps matériel du Sauveur. Le v. 29, où se trouve l'expression discerner le corps, est parallèle au ♦. 27, dans lequel il est vraiment parlé de la chair et du sang réels de Jésus; c'est donc à eux encore que s'applique la nouvelle recommandation. Force est de compléter mentalement du moins la parole de l'apôtre comme l'ont fait plusieurs manuscrits (>{, C, D, F, G, K, L, P, etc.) et versions par l'adjonction des mots ToC Kjp;oJ : « celui qui ne discerne pas le corps du Seigneur. »
Selon Bitifîol, op. cit., p. 12, cette expression désigne « celui qui ne reconnaît pas ce qu'est l'eucharistie par rapport à la croix. » Assurément, puisque saint Paul montre dans le repas du Seigneur le mémorial de la passion, puisqu'il reproche aux Corinthiens de le dé igurcr tellement que ce caractère commémoratif disparaît, il présente l'indigne communion comme un oubli de la mort du Sauveur. ."Mais cette idée n'est pas la seule qui soit présente à son esprit. L'eucharistie n'est pas pour lui qu'un rappel de la passion, elle est avant tout la participation au corps et au sang du Christ. Donc, ne pas discerner le corps, ce n'est pas seulement perdre de vue le rapport de l'eucharistie et de la croix, c'est aussi i.c jias traiter le pain comme le corps du Christ. Une formule très simple exprimera ces deux faces d'un même concept : ne pas discerner le corps du Seigneur, c'est ne pas a|)ercevoir dans l'eucharistie le vrai corps immolé pour nous. Telle est, senible-t-il, la seule interprétation du mot de saint Paul qui rende i)lcinemcnt compte de l'énergique flétrissure que l'apôtre inflige à la mauvaise communion. Mangenot, toc. cit., p. 265.
El il faut avouer aussi qu'une fols admise la présence réelle, le c lâtimcnt dont sont menacés les coupables se vériiie d'une manière plus littérale. Celui qui ne discerne pas le corj)S du Seigneur mange et boit son propre jugement. 11 en est ainsi, dit IJatifloI, loc. cit., parce que ce chrétien indigne qui croit manger un aliminl commu i « va être responsable » du corps du Seigneur. Sans doute, mais comme la singulière locution (le l'apôtre s'iîxpliquc mieux encore si oi admet qu'elle signifle : le mauvais communiant mange et boit .Jésus, Juge des vivants et des morts.
Pour .:fTaiblir cette argumentation, des critiques ont souvent rapproché de ces menaces et de ces sévè-
DrCT. r»F. TllftOI,. CATIIOL.
rcs appréciations un texte de l'Épître aux Hébreux, X, 29, sur le péché d'apostasie : < De quel pire châtiment, lit-on, sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, tenu pour profane le sang de l'alliance, ... et qui aura outragé l'Esprit de grâce? » Agir ainsi, c'est « crucifier de nouveau le Fils de Dieu et le livrer à l'ignominie, » vi, 6. C'est au sens métaphorique qu'il faut entendre toutes ces locutions. Il en irait de même des afilrmations de la P« Épitre aux Corinthiens sur l'indigne communiant.
Mais on doit se souvenir d'abord que la lettre aux Hébreux est une suite ininterrompue d'allégories et de comparaisons. Tout prépare à entendre au sens figuré les mots cités plus haut. Et les expressions choisies, bien que métaphoriques, désignent fort bien le crime du transfuge. Après avoir adoré Jésus, il le foule aux pieds comme auparavant il avait brisé les idoles, il tient pour profane et impuissant à se venger le sang dans lequel a été scellée son alliance avec Dieu, il outrage l'Esprit de grâce reçu dans l'initiation chrétienne. Au contraire, les mots « être coupable du corps et du sang du Seigneur «désignent assez peu clairement le mépris d'une figure de la passion ou de la personne du Sauveur. Et le langage de la lettre aux Corinthiens a quelque chose de particulier, c'est la mention du corps de Jésus. Sans doute, il est dit dans l'Épître aux Hébreux que l'apostat « foule aux pieds » le Fils de Dieu, qu'il le « crucifie ». Mais évidemment ces expressions ne peuvent s'entendre à la lettre. Le crime flétri est semblable à celui qu'on commettrait si on foulait aux pieds Jésus, à l'attentat dont furent coupables ses bourreaux. Ici, au contraire, les mots <i responsable du corps et du sa;ig du Seigneur » ne s'expliquent pas iileinement si m ne les entend au sens littéral et rien n'empêche de le faire. Enfin, il est permis de se demander si l'Épître aux Hébreux eu ces passages ne désigne pas entre autres crimes la mauvaise communion; et, s'il eu était ainsi, on s'expliquerait à merveille la similitude du langage. Le c. vi, y. 4, définit le coupable : « celui qui ayant été éclairé (initiation au baptême), ayant goûté le don céleste (eucharistie), étant devenu participant de l'Esprit (imposition des mains) est pourtant tombé. » Et la définition du c. X, V. 29, ne correspond-elle pas à la précédente ? Il s'agit de celui q.ii aura foulé aux pieds le Fils de Dieu (le baptême incorpore A Jésus), tenu pour profane le sang de l'alliance (eucharistie), outragé l'Esprit (imposition des mains). Ces rapprochements ne peuvent être tentés que timidement. Ils ne sont pas nécessaires d'ailleurs et les considérations iirésentées au])aravant suffisent à montrer (pi'il est impossible d'en a-^peler à l'Épître aux Hébreux pour justifier une explication au sens figuré du langage de la lettre aux Corinthiens sur les châtiments de la m.uivaisc communion.
Les destinataires auxquels saint Paul écrit avaient dû constater les suites terribles de leurs fautes. Heaucoup parmi les Corintliiens étaient malades et étaient morts, ce que la suite oblige à interpréter cl ce que bon nombre de commentateurs entendent au sens littéral. Une punition salutaire avait atteint ceux qui, ne s'étant pas jugés eux-mêmes, c'est-à-dire n'ayant pas examiné avec quelles dispositions ils prenaient part au repas du Seigneur, avaient été châtiés par lui pour n'être pas condamnés avec le monde.
Saint Paul exige donc qu'avant de recevoir le corps de Jésus, cliacun <i'éproiive, %'examinc, se juge, 28, 31, et par conséquent se corrige, si c'est nécessaire, rectifie ses intentions et s i conduite, réprime ses fautes afin (pi'elles ne soient pas réprimées par Dieu. Et précisant sa pensée afin d'att iquer plus (iir.ctcmcnt les abus constatés â Corinthe, l'apôtre ajoute : « Altendcz-vous les uns les autres pour fireadrc le repas du
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Seigneur. » Cette prescription afTinne une fois encore le caractère ecclésiastique et fraternel de la cène chrétienne. Et la recommandation qui suit atteste que ce repas doit êlre religieux et sacré : « Si quelqu'un a faim, qu'il mangechez lui. «Ainsi seront évités les inégalités choquantes et les désordres plus déplacés en pareille circonstance qu'en toute autre. Saint Paul réglera les autres points quand il se rendra à Corlnthe. Il ne condamne donc pas l'habitude de célébrer l'eucharistie au cours d'un repas religieux pendant lequel a lieu la fraction et à la fin duquel se distribue la coupe (Batiffol, La leuze). Au contraire, il veut restaurer la cène chrétienne selon le type de celle que célébra Jésus la veille de sa mort, en faire disparaître tout ce qui aurait permis de la confondre avec les festins de sacrifices païens, les banquets religieux des confréries grecques. S'il avait voulu ne plus laisser subsister que les deux actes strictement eucharistiques, il n'aurait pas écrit aux Corinthiens :« Attendez-vous les uns les autres. » Tel était le sentiment général autrefois et encore très commun aujourd'hui. Toussaint, op. cit., t. i, p. 361-364; Mangenot, Zoc. cit., p. 268-269; Leclcrcq, art. Agape, dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, Paris, 1903, t. i, col. 784-785, et dans le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, Paris, 1911, 1. 1, col. 880.
L'étude de ce qui est essentiel dans les recommandations de saint Paul ne doit pas faire négliger quelques expressions dites en passant, mais où se trahit sans doute sa pensée sur des problèmes qui sont alors à l'arrière-plan et ne seront expressément posés que plus tard. Il écrit : « Celui qui mangera le pain ou boira le calice du Seigneur indignement sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. » Des théologiens catholiques ont conclu que participer à un seul des deux éléments, c'est recevoir le Christ tout entier. S'approcher indignement du pain seulement, c'est profaner et le corps et le sang; donc a pari la communion sous une seule espèce est efTicace, suffisante. Saint Paul n'étudiait pas ces questions; mais son langage pris à la lettre permet de les résoudre de cette manière. De même, pour décrire la communion, l'apôtre se contente de dire : on n'y discerne pas le corps du Seigneur, il ne parle pas ici du sang, parce que, semble-t-il, recevoir un des deux aliments, c'est participer pleinement à Jésus, d'une manière bonne ou mauvaise, selon les dispositions avec lesquelles on s'approche de lui.
rf) Les repas chrétiens d' Antioche. Gai., ii, 11-14.
Lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il était digne de blâme. En effet, avant l'arrivée de certaines gens de l'entourage de Jacques, il mangeait avec les païens; mais après leur arrivée, il s'esquiva et se tint à l'écart par crainte des circoncis. Avec lui, les autres .Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabe lui-même se laissa entraîner. Alors quand je vis qu'ils ne marchaient pas dans le droit chemin de la vérité de l'Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde...
Certains interprètes croient que ce texte parle d'un repas commun des fidèles, auquel pouvaient être admis des étrangers qui par là s'unissaient à la communauté, et que l'assistance des chrétiens d'origine juive à ce repas célébré par des païens d'origine n'allait pas de soi. Goguel, op. cit., p. 140. Il semble difTicile de l'admettre, car il faudrait croire qu'il y avait alors, dans la même ville, deux célébrations du repas du Seigneur, l'une pour les Israélites convertis, l'autre pour les Grecs gagnés à l'Évangile. Impossible donc d'user de ce texte en faveur de l'eucharistie.
e) La cène à Troas. Act., xx, 7 sq. — Cet épisode appartient à la partie du livre des Actes où l'auteur dit « nous » et se donne ainsi comme un compagnon de saint Paul rapportant ce qu'il a vu et entendu.
C'était probablement en l'an 58. Allant d'Éphèse à Jérusalem, saint Paul s'arrête à Troas et y reste sept jours. « Le premier jour de la semaine, disent les Actes, nous nous assemblâmes pour rompre le pain. Paul, qui le lendemain devait s'en aller, entretint les disciples et son discours dura jusqu'à minuit. Il y avait plusieurs lampes dans la chambre haute où nous étions réunis... Paul rompit le pain et mangea, puis il reprit longuement la parole jusqu'au point du jour et il partit. » Ainsi, c'est un dimanche, le soir. La I" Épître aux Corinthiens demande aussi que les collectes pour les saints se fassent le dimanche. I Cor., xvi, 2. Les disciples de Troas sont réunis, il y a synaxe, c\i-jr.-;[i.i'itii-/ t(ôv |;.aÛv-,Twv, 7, et c'est « pour rompre le pain ». L'assemblée se tient dans une chambre /faute; Paul, qui doit partir le lendemain dès l'aurore, s'y est rendu avec ses compagnons. Il préside la réunion sans doute en sa qualité de fondateur de l'Église ou d'apôtre. Il parle, fait un discours. Vers le milieu de la nuit a lieu la fraction du pain. Saint Paul seul est cité comme l'ayant faite et « ayant mangé ». Le narrateur met en relief son acte de président de la cérémonie. Mais s'il a rompu le pain, il l'a distribué et les assistants l'ont goûté. La fraction du pain était-elle encadrée comme à Corlnthe dans un repas religieux? Le texte ne nous l'apprend pas. Mais cette description trop courte suffit à montrer qu'il n'est pas question d'un festin pascal, des réunions pour prières et lectures auxquelles se rendaient les Juifs de la Diaspora et leurs prosélytes, mais de l'assemblée chrétienne telle qu'elle apparaît à Jérusalem au début du christianisme,aveclesquatreactes caractéristiques delà viedes premiers disciples; l'enseignement d'un apôtre, ôt£a/T,, la communauté, /.ocvwvc'a, la fraction du pain, -/./.àdi; ToO àpro-j, et sans doute les prières, Ttoorrs-jyT,. Cf. Leclercq, op. cit., col. 784; Batiffol. op. cit., p. 34-36; Goguel, op. cit., p. 142. L'assemblée « n'a pas encore de nom qui la nomme mieux que celui de fraction du pain, parce que ce geste essentiel est, sinon le tout, du moins le centre de la réunion. » Batiffol, loc. cit. «La coupe est sous-entendue. » Goguel, loc. cit. Voir cependant Th. Schermann, Das Brotbrcchen im Urctnistentum, dans Biblische Zeilschrifl, 1010, t. vni,p. 170-172. /) La fraction du pain sur le bateau. Act., xxvii, 35. — Pendant la tempête qui assaillit le navire sur lequel saint Paul prisonnier est conduit en Italie, l'apôtre exhorta ses compagnons à ne pas perdre courage et à manger. Il donna l'exemple. « Il prit du pain et après avoir rendu grâces devant tous, le rompit et se mit à manger. » Quelques témoins ajoutent : « et il nous en donna à nous aussi. » Berning, op. cit.,. p. 162; Harnack, op. cit., p. 135, croient voir ici autre chose qu'un simple repas. Cette opinion n'est pas suffisamment motivée. Les mots devant tous ne suffisent pas à la prouver. Il est plus prudent d'admettre ce que suggère le contexte : saint Paul veut réparer ses forces et inviter ses compagnons de route à l'imiter. S'il prie avant de manger, rien n'est plus naturel : tout Juif pieux avait coutume de le faire. Voir Th. Schermann, loc. cit., p. 172-174.
g) L'Épttre aux Hébreux. — Récemment, un critique, O. Holtzmann, Der Hebrderbrief und das Abendmahl, dans Zeilschrifl fiir die neutestamentliclic Wissenschaft und die Kunde des Urchristentums, 1909, p. 251-260, a osé soutenir que l'Épître aux Hébreux combattait la pratique de l'eucharistie lorsqu'elle recommande aux chrétiens d'affermir leur cœur par la grâce plutôt que par des cdiments qui n'ont servi de rien à ceux qui s'y attachent, xiii, 9. Cette affirmation est irrecevable; la fin de la phrase montre que les mets dont il est parlé ici sont ceux dont usaient les Juifs. I' s'agit des aliments purs ou des viandes des sacri-
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fices mosaïques. Cf. BatifEol, Revue du clergé français, 1" décembre 1909, p. 514-515.
Au contraire, le développement dans lequel se trouve ce verset a pu être invoqué en faveur de l'eucharistie; car à la phrase exploitée par O. Holtzmann fait suite cette déclaration : « Nous avons un autel dont ceux-là n'ont pas le droit de manger qui restent au service du tabernacle. Car pour les animaux dont le sang, expiation du péché, est porté dans le sanctuaire par le grand-prêtre, leurs corps sont brûlés hors du camp. C'est pour cela que Jésus aussi, devant sanctifier le peuple par son sang, a souffert, hors de la porte, » XIII, 10-12. Ainsi le Christ a été offert en sacrifice expiatoire, sa mort salutaire est expressément rappelée; mais n'est-il question que d'elle, /'awW est-il seulement la croix, manger n'est-ce que participer aux fruits de la passion? Plusieurs catholiques n'ont proposé que cette interprétation. S. Thomas, Rstius, Stentrup, Oswald, Pohle, Renz. Voir t. i, col. 2576. Et il faut avouer que c'est celle qui s'accorde le mieux avec la doctrine générale de l'Épître sur le sacerdoce et l'offrande de Jésus, vu, 1 - x. 8. Pourtant les mots autel et manger appellent invinciblement l'attention du lecteur sur l'eucharistie, coupe de la nouvelle alliance qui fait participer au sang de la croix, et cette explication s'accorde fort bien avec l'enseignement de la l"' Épître aux Corinthiens. Aussi un bon nombre de catholiques et des protestants (Goetz, Rûckert, Westcott, Spitta) croient que, d'après l'Épître aux Hébreux, nous mangeons à la table du Seigneur la victime immolée au Calvaire, cf. Lebreton, (oc. cit., col. 1566, ou du moins que les mots très caracléristiques ici employés impliquent une allusion indirecte à l'eucharistie. Au contraire, J. Réville, op. cit., p. 70, et Goguel, op. cit., p. 218, croient reconnaître les chrétiens dans ceux qui restent au service du tabernacle et qui n'ont pas le droit de manger à l'autel nouveau; ils concluent que, d'après l'Épître aux Hébreux," les fidèles ne recueillent pas le Ijcnéfice du sacrifice de la croix en prenant part à un repas. » Mais il est impossible de désigner ainsi les disciples de Jésus. Les chrétiens sont ceux qui sortent hors du comp.xiii, 13; qui n'ont pas ici-bas de cité permanente, xiii, 14, qui n'affermissent pas leur cœur p;ir des mets inutiles, XIII, 9; ce ne sont donc pas ceux qui restent au service du tabernacle. J. Réville et Goguel sentent d'ailleurs combien leur sentiment est difilcile à soutenir : ils devraient logiquement conclure que l'auteur ignore ou combat l'eucharistie, l'existence d'un repas où les fidèles participeraient aux fruits de la passion. Or, ils reculent devant cette cosnéquencc et ils disent seulement qu'une pareille communion « n'est pas au centre des préoccupations de l'auteur, qu'elle n'a pas à ses yeux l'importance qu'elle a prise dans la suite. » Mais, ou l'argument qu'ils ont invoqué est bon, et alors, d'après l'Épître aux Hébreux, il n'y a pas de repas religieux associant les chrétiens à la victime du Calvaire, l'idée n'est pas seulement omise, elle est exclue, condamnée; nubien l'objection de Réville et de Goguel est sans valeur, et la lettre oblige à voir dans la cène, sinon un sacrifice, distinct de l'immolation douloureuse, du moins, selon la conception paulinienne, une communion au sang de l'alliance versé en expiation sur la croix. Voir plus haut ce qui a été dit de Hcl)., x,20(:o aî^a tr,;, '>.a')v/.r,:),et de Hcb., vi,4.
Il) Conclusion. — La cène chrétienne d'après saint Paul n'est pas un repas ordinaire, même précédé de la prière : elle est un acte essentiellement religieux. Elle n'a riendccominun avec ksalfominabics banquets idolâtriques, et les festins en usage dans les confréries «rccques, éranes et thiases; elle ne doit même pas être défigurée par l'introduction d'habitudes empruntées aux réunions profanes. Elle n'est ni la
Pâque dont elle diffère et par le menu et par la date de célébration, ni le kiddûs juif du vendredi dont elle se distingue par des rites particuliers, ni la réunion pieuse avec lectures et prières telle qu'on la constate chez les communautés juives de la Diaspora. Elle est un rite chrétien, exclusivement chrétien, bien connu, très important, une institution fondamentale, un geste fréquemment renouvelé, une action auguste et qui requiert de dignes dispositions. Elle peut être rattachée à un repas fraternel, mais ne se confond pas avec lui. Elle appartient au culte public, ecclésiastique.
C'est le renouvellement de la mort du Seigneur. Le soir, pendant la nuit, sans doute le dimanche, tous les fidèles du lieu ou de passage se réunissent; peut-être choisissent-ils de préférence une chambre haute. Il y a un repas commun, et fraternel. On n'y vient ni pour apaiser sa faim, ni pour commettre des excès. Riches et pauvres mettent en commun leurs provisions, tous doivent former un seul groupe, les fidèles sont tenus de s'attendre les uns les autres. Il y a un président, c'est l'apôtre lorsqu'il est présent. Pendant le repas a lieu la fraction du pain. Le soin avec lequel les chrétiens reproduisent les circonstances les moins importantes du repas d'adieu, l'ordre donné par Jésus de réitérer les deux consécrations, obligent k penser que tout se passe comme l'a demandé et indiqué le Christ. Au cours du repas donc, celui qui tient la place du Maître bénit le pain, le rompt, le distribue après avoir dit sur lui les mots : Ceci est mon corps. A la fin du souper, il prend une coupe de vin, rend grâces, la fait circuler après avoir dit sur elle : Ceci est la nouvelle alliance dans mon sang.
C'est Jésus qui a institué cette eucharistie, ordonné formellement de la célébrer. Ce que saint Paul enseigne, ce qu'il dit sur ce sujet, il le tient du Maître hii-mêmc .\ussi la cène chrétienne est-elle le repas du Seigneur qui se célèbre à la table du Seigneur avec la coupe du Seigneur.
Le dernier repas de Jésus avait été un banquet d'adieu, un festin funéraire où avait été annoncée sa mort et figurée l'effusion de son sang. La cène chrétienne commémore |)ar ses rites et ses formules la fin bienfaisante du Sauveur.
La première cène indiquait, les cènes chrétiennes rappellent que par le sang de Jésus est scellée une alliance entre Dieu et son nouveau peuple, que le Christ fut une victime et sa mort un sacrifice.
Au repas que célèbre le Christ et dans tous ceux qui le reproduisent, les assistants sont invités ù participer à la victime, à s'approprier l'alliance et à entrer ainsi d'une certaine manière en rapport intime avec la divinité. Bien plus, le pain de la fraction, c'est le vrai corps, le vin de la coupe eucharistique, c'est le vrai sang de Jésus.
Et c'est jusqu'à ce que le Christ vienne que le rite annonce sa mort. Il fait oublier en quelque sorte son absence et permet de trouver moins long le temps qui sépare de son avènement.
Aussi est-ce un crime de prendre part à la Ci-nc comm:- à un repas ordinaire sans les dispositions requi'-cs. L'indigne communiant est coupable du corps et (lu sang du Seigneur, m:nme et boit sa condamnation, s'attire de redoutables châtiments. Avant de recevoir l'eucharistie, (pie chacun s'examine, se juge et se corrige. Après avoir goûté à la table et à la coupe du Seigneur, que nul n'excite sa jalousie, que tous renoncent à la table et à la coupe des démons.
3. Saint Luc. — a) L'institution de l'eucharistie. xxii, 1-20.
1 . I,a ff'lo (les azymes (ju'on appelle la I'îkiup approchait. (2-0. l'réliminaircs de la trahison.) 7. Arriva le
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jour des azymes où l'on devait immoler la Pâque. 8. Jésus envoya Pierre et Jean : Allez, leur dit-il, nous préparer la Pâque afin que nous la mangions. 9. Ils lui dirent : Où voulez-vous que nous la préparions? 10. II leur dit : Voici, à votre entrée dans la ville, viendra à votre rencontre un homine portant une cruche d'eau; suivez-le, dans la maison où il entrera, 11. et vous direz au chef de la maison : Le Maître te dit : Où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples? 12. Et celui-ci vous montrera une grande salle haute meublée, là faites les préparatifs. 13. Ils par. tirent et trouvèrent les choses comme il le leur avait dit et préparèrent la Pâque. 14. Et lorsque arriva l'heure, il se mit à table et les douze apôtres avec lui.
Pour les versets 15-20, à côté du texte courant, il existe d'autres types plus courts, qu'il sera nécessaire d'examiner, certains critiques se servant d'eux pour attribuer à la cène primitive un sens tout à fait différent
de celui que lui reconnaissent les récits des Synoptiques, sous la forme actuelle. Ce travail sera fait plus loin. Ici, puisque nous cherchons seulement quel est pour un catholique le contenu des Livres saints, quels arguments il peut employer lorsqu'il défend le dogme de la présence réelle contre des protestants conservateurs, nous devons examiner le texte courant connu sous le nom de texte long ou de texte alexandrin. Car il a droit à une très grande autorité non seulement parce que l'Église l'a adopté, mais aussi parce qu'il est attesté par tous les manuscrits majuscules, en dehors de D, par la plupart des autres et par des versions. Néanmoins, comme il sera bientôt nécessaire de comparer les divers textes, afin de ne pas citer deux fois la leçon longue, dès maintenant nous juxtaposons les diverses recensions :