‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 24 sur 148 · L. DEsnnus · texte numérisé non relu

L. DEsnnus

ENNODIUS (Saint) DE PAVIE. — I. Vie. IL Caractère. III. ()u\ rages.

I. Vir.. — Magnus l-'elix l^nnodius était originaire du midi de la Gaule, d'Arles |)rol)ableinenl, et aiipartcnail à une famille considérable, encore <pie très ajipauvrie; il était du monde ou même du sang des Boèce, des Avienus, des Césaire et des Aurélien d'Arles, des Olybrius. etc. Né en 47,'i, il quitta la Gaule de bonne heure et fut élevé à .Milan. Mais, en 189, à l'âge de seize ans, il se trouva privé de la tante qui l'avait recueilli à la mort de ses parents et déjà peut-être orienté vers l'figlise; sans avoir et sans appui. Dieu, dit-il dans son autobiographie, lui envoya un secours

ENNODIUS (SAINT) DK PAVIE

inespéré; il demanda et obtint la main d'nne jeune fille riche, et le voilà, selon son exi)res.sion, de mendiant devenn roi. On incline fort à croire qu'il commença par enseigner l'éloquence avec éclat ; en tous cas, sa prose et ses vers, sous le règne de Tliéodoric, lui valurent vite la célébrité. Mais le luxe et la gloire le corrompirent bientôt; lùinodius s'oublia jusqu'à railler la misère des pauvres et à mener lui-même, ses succès en poésie et en rliétorique aidant, une vie toute de vanité. Une maladie cruelle vint l'arracher à ses égarements. l*;nnodius, abandonné des médecins et désespérant de sa guérison, fit alors vœu au martyr saint Victor de se convertir, de publier la confession de ses fautes et de ne jamais plus cultiver les lettres profanes. Il guérit, et, pendant que sa femme allait s'ensevelir dans un cloître, il embrassa l'état ecclésiastique. Il fut ordonné diacre à Pavie vers 493, et, depuis ce temps, sa vie est niêlée aux affaires de l'Église.

On le voit, en 494, accompagner l'évêque de Pavie, saint Épiphane, dans son ambassade près de Gondebaud, roi des Burgondes. Plus tard, en 502, Maxime, le successeur d'Épiphane, emmène son diacre avec lui au IV*" concile romain célébré sous le pape saint Symmaque, synodiis Palmaris, afin de soutenir la cause du pontife légitime contre la faction de l'antipape Laairent. I.es ennemis de Synmiaque s'étant élevés contre la décision (*onciliaire, Aduersus synodum afcso/ii/ion(s//ico/!f//7za:', Ennodiusfutolliciellement chargé d'en prendre la défense; et son apologie, Apologelicus pro synodo qiuiiia Rormina, lue publiquement dans un nouveau concile de l'an 503, approuvée de tous les Pères, fut insérée dans les actes de l'assemblée, entre les procès-verbaux de la IV* et de la V* session. Hefele, Histoire des conciles, trad. franc., Paris, 1908, t. II, p. 969. A la mort de Maxime, Ennodius monta sur le siège de Pavie en 510 ou 511, et déploya dans l'administration de son diocèse une rare vigilance avec d'éminentes vertus. Telles étaient sa réputation et son autorité que le pape saint Hormisdas l'envoya deux fois, en 515 et en 517, à l'empereur Anastase 1", pour aller combattre à Constantinople l'hérésie monophysite et travailler au rapprochement des Églises d'Orient et d'Occident. La mission d'iinnodius resta par malheur stérile. L'évêque de Pavie mourut dans sa ville épiscopale le 17 juillet 521. On l'a élevé au rang des saints, et sa fête se célèbre au jour anniversaire de sa mort.

II. CAnAC.TÈRE. — Rhéteur et évêque, poète ou plutôt faiseur de vers et prosateur, Ennodius, qui fut un des lettrés les plus distingués de l'époque de Tliéodoric, fut aussi un partisan passionné de la vieille rhétorique païenne. 11 en admirait naïvement et complètement les programmes, les procédés, les thèmes d'ordinaire bizarres, sinon pis; ce système d'éducation lui semblait nécessaire pour tout le monde, même pour les prêtres; et c'eût été, selon lui, toucher à l'arche sainte que d'essayer de le réformer. 11 ne faut donc pas s'étonner si l'on trouve, à chaque page, dans la prose et les vers d'Ennodius, la langue et l'imagination du paganisme; si les sujets que l»-auteur se plaît à traiter, comme ceux qui se traitaient dans les écoles, sont empruntés souvent à l'ancien culte; et si partout les allusions à la fable et à l'histoire héroïque abondent. Du moins quelques traits de paganisme se montrent-ils toujours à côté de sentiments chrétiens. Ainsi, dans un Itinéraire en Gaule, Ennodius, après avoir vénéré les tombeaux des martyrs, se met à comparer les Alpes au labyrinthe de Crète et à parler de Dédale, de Phœbus et du Léthé; dans un autre itinéraire, les Parques figurent à côté de Jésus-Christ. Ennodius représente au v^ siècle la tendance profane qui allait à copier la littérature du paganisme.

.Sous ces oripeaux, néanmoins, sous ce vernis mythologique qui couvre, en la déparant, l'œuvred'Ennodius, on sent percer le chrétien et l'homme d'Église. L'évê(jue de Pavie est un champion ardent de la primauté du Sainl-Sicge; il tient que le pontife romain n'a pas dans l'Église d'autre juge que Dieu, et que le nom de pape, commun ])rimitivement à tous les évêqucs, lui doit être réservé conune un titre d'honneur spécial. St. Léglise, Saint Ennodius cl la suprénvUic j)ontifu(dc au i7« siècle, Lyon, 1890. I-^^nnodius a en outre dénoncé, Dict., vi, le danger de l'erreur monophysite, et on sait le rôle qu'il a joué dans la tentative de réconciliation entre l'Orient et l'Occident. Il semble liien, quoiqu'on l'ait contesté, qu'Ennodius se rattache plus, dans la question de la grâce, à Cassicn et à Fauste qu'à saint Augustin et à saint Prospcr d'Aquitaine; car, s'il croit l'homme incapable d'avancer sans la grâce dans la voie de la vertu, il reconnaît à l'homme le pouvoir d'y entrer. On voit par une curieuse lettre d'Ennodius, iv, 8, qu'au commencement du vi= siècle, la légitimité du prêt à intérêts n'était pas contestée et que l'aflranchissement dans l'Église était prononcé ou du moins rédigé par l'évêque luimême, sur la simple demande du maître de l'esclave.

III. Ouvrages. — Dans les manuscrits on ne trouve point les productions d'Ennodius rangées par groupes distincts; elles s'y entremêlent et s'y suivent, sans autre ordre en général que l'ordre chronologique. Mais le P. Sirmond et presque tous les éditeurs modernes après lui les ont divisées en quatre groupes : Lettres, Opuscules, Dictioncs ou discours. Poésies.

1° Les lettres, Epislohc ad lamiliares, P. /.., t. lxiii, col. 13-1(58, au nombre de 297, ont été réparties par le P. Sirmond en neuf livres, selon l'usage qui a prévalu en pareille matière depuis Pline le Jeune. Elles sont adressées pour la plupart à de très hauts personnages dans l'Éghse ou dans l'État, et à Euprepia, sœur d'Ennodius. Nul doute qu'elles neremontent à l'époque où l'auteur était diacre, et ne soient antérieures par conséquent à l'an 513. Écrites de ce style obscur et entortillé qu'affectionnaient les derniers rhéteurs païens, infectées de mauvais goût et de recherche, ces lettres ne laissent pas d'avoir une valeur historique et de nous fournir d'utiles renseignements sur la civilisation de l'Italie au temps de Théodoric.

2° Toutefois les 10 Opuscules d'Ennodius, Opuscula miseella, P. L., t. lxiii, col. 176 sq., excitent généralement un plus vif intérêt. On y remarque notamment le panégyrique du roi des Ostrogoths, Théodoric, col. 176-184, composé en 507, à l'occasion sans doute d'une fête politique, non pas, comme on l'a cru, pour remercier le prince de s'être déclaré contre l'antipape Laurent, et qui ne laisse pas, malgré ses graves défauts, de dénoter un talent supérieur en même temps que de nous offrir une source historique d'un très haut prix. C. Cipolla, Intorno al panegirico di re Theodorico, Padouc, 1889. Citons encore la vigoureuse et triomphante apologie de la synodus Pcdmaris et du pape saint Symmaque, col. 183-207, Duchesne, dans la Pevue de philologie, 1883, p. 78-81; deux biographies de saints, la Vie de saint Épiphane, évêque de Pavie, mort selon toute apparence le 27 janvier 497, col. 207-240, et la V;> de saint Antoine, moine de Lérins, col. 239-246, toutes les deux pleines d'affectation et d'enfiure; l'Eucharisticum de vita sna, col. 245- 250, courte autobiographie, en forme de prière, à l'exemiile des Confessions de saint Augustin, et dont le P. Sirmond a emprunté le titre au poème similaire de Paulin de Pella; la Parwncsis didascalica, col. 249- 256, sorte de manuel de pédagogie, dans lequel, selon le goût du temps, les vers alternent avec la prose, et que l'auteur écrivit en 511, à la demande de ses deux jeunes amis, Ambroise et Heatus.

ENNODIUS (SAINT) DE PAVIE — ENTYCHITES

3» Les 28 Didiones, col. 263-308, mélange^bizarre de profane et de sacré, comprennent dix déclamations d'école, controversio', sur des sujets convenus et comme traditionnels, cinq discours de morale païenne, ethicœ, suasorise, des modèles de sermons, l'un, entre autres, pour l'anniversaire du sacre de l'évêque de Milan, Laurent, vers 505, etc. Tout ou presque tout y est empreint fortement de pure rhétorique, et rien n'y sort de l'ornière.

4° Quant aux poésies d'Ennodius, col. 309-362, le P. Sirmond les a partagées en deux livres. Le 1. 1^'' comprend 21 petits poèmes, presque tous de circonstance, entre autres, deux récits de voyages, un épithalame d'une grande variété de mètres et d'un ton peu chrétien, un panégyrique de saint Épiphane à l'occasion du trentième anniversaire de son épiscopat, en 496, douze hymnes religieuses, consacrées pour la plupart à la sainte Vierge et aux saints, mais qui, ce semble, n'ont pas trouvé place dans la liturgie. Le 1. IL' contient 151 pièces, très courtes : épitaphes, inscriptions pour des églises, des baptistères, des statues, éloges d'évêques et de saints, épigrammes dont l'extrême licence rivalise parfois avec celles de Martial, etc. Dans tout ce fatras, il n'y a pas une étincelle de poésie vraie.

Après l'édition incomplète et sans ordre de Grynaeus, dans les Orthodoxographi, Bâle, 1569, p. 269-480, l'édition bien meilleure du P. Sirmond parut en 1611, à Paris, in-S". Elle se retrouve, notamment, dans les Œuvres du P. Sirmond, t. I, dans la Bibliothèque de Galland, t. xi, p. 47- 218, dans /'. L., t. lxiii. Deux nouvelles éditions complètes ont été publiées, l'une par G. Hartel, Corpus script, eccl. lat.. Vienne, 1882, t. vi, l'autre par Fr. Vogel, Monumenta Germania: Iiistorica, Auct. anliquiss., Berlin, 1885, t. vu. M. St. Léglise a entrepris de traduire en français les écrits d'Ennodius; le t. i, contenant les lettres, texte et traduction, a paru, in-S". Paris, 1906; Acla sanclorum, t. iv julii, p. 271 sq. ; Histoire littéra ire de la France, t. m, p. 96 ; Fertig, Ennodius und seine Zeil (progr.), i, Passau, 1855; ii et m, Landshut, 1858, 1860; C. Tanzi, La cronologia degli scritti di M. F. Ennodio, Triesle, 1889; Magani, Ennodio, 3 in-8°, Pavie, 1886; B. Hasenstal, Studien zu Ennodius (progr.), in-S", Munich, 1890; A. Ebcrt, Histoire de la littérature du moyen âge en Occident, trad. franc., Paris, 1883, t. i, p. 461-469; J.-J. Ampère, Histoire de la France avant Charlemagne, Paris, 1867, t. ii, p. 194 sq. ; Bardenhcwer, Les Pères de l' Ëglise, nouv. trad. franc., Paris, 1905, t. m, p. 160-162; Realencyclopiidie, t. v, p. 393; Hurler, A'omcnclalor, 3» édit., 1903, 1. 1, col. 480-483.

P. Godet.

ENSABATÉS. Voir V.\udois.

ENTHOUSIASTES. Beaucoup de protestants modernes comprennent sous ce nom tous ceux qui, dans le christianisme, furent, ou se crurent, l'objet de faveurs particulières de Dieu, et dirigèrent leur vie, non seulement d'après les enseignements, communs à tous les chrétiens, de l'Écriture et de l'Église, mais d'après les inspirations miraculeuses qu'ils reçurent, ou crurent recevoir, du ciel. Sont ainsi rangés parmi les enthousiastes, dans un gracieux pêle-mêle, à la suite des prophètes d' Israël, les apôtres et saint Paul en particulier, tous les mystiques de la iirimitivc Église, du moyen âge et des temps modernes, orthodoxes aussi bien qu'hérétiques; salnlcThérèscetla B. Marguerite- Marie sont des enthousiastes comme les camisards et les quakers. Cf. la bibliographie et les textes cités par K. Thieme, art. Verziickung de la licalcncyklopâdie filr ^rolestantisclie Théologie, t. xx, p. 586 sq.

D'ordinaire, le mot est pris dans un sens péjoratif et désigne ceux qui, sous prétexte d'inspirations directes de Dieu, se dérobent à la direction des autorités spirituelles. Ainsi Théodoret, parlant des massaliens : • On les appelle enthousiastes, parce que, soumis à l'influence d'un certain démon, ils le prennent pour

DICT. DE TllÉOL. CATIIOL.

la présence en eux de l'Esprit-Saint, » b/fioximxcra: yàp y.aXoûvrai, oaijjiovô; tivoç âvIpYstav etiSsyôiJievot, y.a\ Ttvs-jjjaTo; âyiou Ttxpouijîav -or-jT'/iv vnola^.fjy.io-JXîz. Et il les montre se détournant du travail des mains comme d'un vice, se donnant au sommeil, et prenant les fantaisies de leurs songes pour des prophéties. H. E., 1. IV, c. X, P. G., t. Lxxxii, col. 1144.

Les premiers protestants sont restés, sur ce point, fidèles à l'usage antique. Ainsi l'art. 8 de Smalcalde dit : Prœmuniamus nos adversum enihousiastas,id est spiritiis qui jactitant se, antc vcrbum cl sine verbo, spirilum habere, cl idco Sciipluram, sive vocale vcrbum judicanl, flectunt cl rejlectnnt, pro lubitu. En vertu de cette notion, la papauté est donnée comme «un pur enthousiasme », merus enihusiasmus, le pape prétendant que « tout ce qu'il pense et ordonne dans l'Église est juste et bon, quand bien même il déciderait contrairement à l'Ecriture. » Adam et Eve furent des « enthousiastes » au paradis terrestre, parce qu'ils se laissèrent entraîner « loin des préceptes formulés par Dieu même, vers leurs opinions propres et leurs inspirations personnelles. «Même doctrine dans la Formule de concorde, part.I, c. ii, a. 4, 6; part. II, c.ii, a. 6. Libri symbolici Ecclcsiœ lutheranae, Leipzig, 1847, t. II, p. 34; t. m, p. 28, 99, 118.

Luther a appliqué le qualificatif d'cnthousiasles aux « prophètes célestes » et autres illuminés qui se refusaient à suivre sa direction, aux sacramentaircs. SàmmtlicheWerke, Erlangcn, 1826 sq., t. lxiii, p. 387. Mélanchthon traite de « fanatiques » les enthousiastes pour qui « l'Esprit-Saint est donné, ou est efficace, en dehors de la parole de Dieu, et qui pour cette cause méprisent le ministère de l'Évangile et des sacrements. » Confcss. August. var., a. 5, dans Corpus rcformalorum, t. xxvi, col. 354 sq.

Au xviii« siècle,on traita d'enthousiastes les méthodistes dans leur ferveur première. Aujourd'hui, encore, on donne le même nom aux adhérents de ces revivais. qui secouent les foules protestantes, et créent parfois aux autorités spirituelles et temporelles de si sérieuses difficultés. M. A. Mattcr est dans la tradition des premiers protestants, quand il écrit : «En théologie, on a parfois appelé enthousiastes les mystiques ou fanatiques qui se fondent sur une lumière intérieure pour négliger les enseignements de l'Écriture sainte.» £•/!cyclopédie des sciences religieuses de Lichtcnbergcr t. IV, p. 435.

J. DE LA Servière.

ENTYCHITES (Eutychites). Le premier auteur ecclésiastique qui nous révèle l'existence de ces sectaires, c'est Clément d'Alexandrie, et encore ne le fait-il qu'en passant, ;\ l'endroit des Stromalcs où il note que, parmi les sectes, les unes tirent leur nom de leur fondateur, les autres de l'endroit où elles ont vu le jour, comme les pérates, de la nation à laquelle elles appartiennent, comme les phrygiens, d'autres encore de leur manière de vivre, comme les encratites, de leurs croyances spéciales, comme les docètcs et les hématites, de l'objet de leur culte, comme les caïnites et les ophites, d'autres enfin des impiétés qu'elles osent perpétrer, comme les partisans de Simon, dits entychites : aî ôï àç'd)-/ Tiapavôij.ro; è-iTr/.z'j'ji'i TE Y.oà èTo)a(-|Tav, (.>; thiv "H'.'i.i.fifx/i,)/, r,\ ifz-jy\-x\ y.a)o'j|jsvoi. Slrom., Vn, 17, P. G., t. ix, col. S.^l. Et le seul auteur qui, après Clénientd'.Mexandrie, mentionne cette secte pendant la période palrislique, c'est Théodoret, qui la signale parmi celles qui sont sorties « de la racine très amère de Simon. 'Hœret. fab.,i, 1, P. G., t. lxxxiii col. 345.

Selon la lecture de Potier, dans le texte et les notes des .SlronuUrs, il s'agit de personnages appelés i/r-j/i- Tat. Que peut bien signifier ce mol? D'après la précision de Clément d'Alexandrie, ce terme ne fait pas la

ENTYCHITES — ENVIE

moindre allusion à un jjcrsonnagc de la suite de Simon, qui aurait réellement porté ou symboliquement adopté le nom d'Entychès, et dont par ailleurs on ignore complètement l'existence, mais à une manière coupable de vivre. Or, étymologquement, il peut dériver de Èvr-j/ia, réunion, colloque familier, voir ces mois dans Henri Estienne, Thésaurus, édit. Didot, Paris, 1831-1864; il signifierait alors ceux qui se livrent à des familiarités réprchensibles, à moins qu'il n'y ait là qu'un à peu près par allusion à la pratique obscène de se livrer au premier venu, au hasard, au gré des circonstances et sans choix préalable. Mais, au lieu de â.T'j/irat ou ÈvT'j/r|Ta'', il Semble qu'il conviendrait de lire de préférence £JT'j/tTa:, de e'j, TJy/), pour signifier la bonne fortune qui faisait de chaque sectaire un homme heureux. Pour des disciples de Simon, en effet, il est facile d'entendre en quoi ils faisaient consister le bonheur. C'était un principe, chez eux, que les actes sont indifférents ou qu'il n'y a pas d'actes mauvais; ils ne se croyaient astreints à aucune loi et ne se privaient d'aucune obscénité. Mettant leur salut dans la seule foi en Simon et en Hélène, ils pratiquaient effrontément la promiscuité, en la qualifiant de dilection parfaite et de saint des saints, par un emprunt sacrilège à la langue religieuse. Aeï Ixi'l'viKjÔat, XéyovTE;' TtâTa 7-^ yr,, xa'i où SiaçÉpîi ttoO t'.ç (TTieipst, Tzkri'i t'va aTreipri' àXXà xai [j-axapî^oudiv éa\JTO-jç ÈTil Tï) a5ta<p6p(o [i-ilu, Ta'jrriV civai XéyovTe; Tr|V Te>.£tav àyânri'i xa\ TÔ ayiov âyioiv. Philosoph., VI, l, 19, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 264. « Ils osaient dire, note Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, Paris, 1701-1709, t. 11, p. 41, que les âmes ne sont envoyées dans le corps que pour y honorer les anges, créateurs du monde, par toutes sortes de crimes. Origène les met entre ceux qui opposaient le Dieu de l'Évangile à celui de la Loi et des Prophètes, voulant que Jésus-Christ fût le fils, non de celui-ci, mais d'un autre Dieu inconnu. » Les entychites étaient de vrais antinomistes, les pires des hommes, cherchant à justifier leurs désordres et leur immoralité par des motifs d'ordre religieux.

On ne saurait nullement les confondre avec les euchites; et c'est à tort que Cotelier a proposé de lire EÛ/ixat plutôt que ivrj/iTae'. Pat. aposl., Amsterdam, 1724, t. I, p. 322, 323, n. 5; P. G., t. i, col. 927. La confusion a été faite par Hervet, qui a pris les entychites pour les euchites; et Le Nourry le souligne avec raison. Appar. ad Bibl. max. Patrum, Paris, 1703-1715, 1. III, diss. II, c. xiii, a. 3, col. 1089; P. G., t. IX, col. 1246. Théodoret a bien distingué les uns des autres, car il nomme les entychites à un endroit et consacre un article spécial aux euchites.

Tillemont, Mémoires paitr servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, Paris, 1701-1709, t. 11, p. 41 ; Migne, Dictionnaire des hérésies, Paris, 1847, t. i, col. 701.

G. Bareille.

ENVIE. — I. Notion. II. Effets. HI. Remèdes. I. Notion. — L'envie peut être considérée comme passion et comme vice. Comme passion, elle est une des formes de la tristesse, et se rapporte par conséquent à l'appétit concupiscible. Cf. S. Thomas, Sum. theol., l' II*, q. xxxv. Considérée comme vice, l'envie est une habitude coupable qui prédispose à voir de mauvais œil {invidere) le bien du prochain, et à s'en affliger comme d'une atteinte portée à une supériorité que Tonne veut que pour soi. Il ne faut donc pas la confondre avec le sentiment d'effroi et de tristesse que l'on éprouve à la vue du succès des méchants, ni même avec la jalousie, en latin, zc/j/s. Dans le langage ordinaire, envie et jalousie sont souvent synonymes; ce sont, cependant, deux choses qu'il importe de distinguer. Le jaloux ne veut pas précisément que le prochain soit privé de soH bien; mais il s'afllige en voyant

(|u'il est, lui, moins favorisé. Un collégien, par exemple, est furieux du succès de ses condisciples, il voudrait les voir échouer aux e.xamens ; voilà l'envie dans toute sa laideur. I7n officier, sans souhaiter le moindre mal à ses camarades, tout en se réjouissant de leur heureuse chance, ne peut s'empêcher d'éprouver du dépit et de la tristesse en constatant qu'il est moins bien servi par les circonstances. C'est la jalousie ou émulation. Ce sentiment peut être bon ou mauvais selon la nature des choses, qui en sont l'objet. Potesl aliquis Iristari de bono allerius, dit saint Thomas, non ex eo quod ipsc habet bonum, sed ex eo quod decst nobis bonum illud, quod ipsc habet. Et hoc proprie est zelus, ut Philosophus dicit in II Rhetor. El si isle zelus sil circa bona honesta, Icnidabilis est. Sum. theol., 1^*11*, q. xxxvi. a. 2. \'oir t. Il, col. 2262-2263. Quant à l'envie, selon l'observation faite par saint Thomas, elle ne saurait être que mauvaise. Aussi, on l'a toujours regardée comme un vice particulièrement odieux, comme un des fruits les plus détestables del'égoïsme et de l'orgueil. ()naWo modo cdiquis trislalur, dit encore saint Thomas, de bonis alicujus, in quantum aller excedit ipsum in bonis. Et hoc proprie est invidia. Et istud semper est pravum ut etiam Philosophus dicit in II Rhetor., quia dolet de eo, de quo est gaudendum, scilicet de bono proximi. Sum. theol., I" IL, q. xxxvi, a. 2. Voir la différence entre ÇtiXoç, l'émulation, et oôévo;, l'envie, dans Trench, Synonymes du Nouveau Testament, trad. franc., Bruxelles, 1869, p. 99-104.

L'envie a pour principale cause, un orgueil qui ne peut supporter de supérieurs ni même de rivaux. De l'envie à son tour, comme d'une source maudite, procède tout un monde d'iniquités. Aussi est-ce avec raison qu'elle est rangée parmi les péchés capitaux. L'envieux cherche dans le mal du prochain un adoucissement à la coupable tristesse à laquelle il s'abandonne ; on ne se tromperait pas si on le comparait à l'animal atteint de la rage qui s'imagine se procurer un soulagement en se jetant avec fureur sur les passants. Sum. theol., Il» II", q. xxxvi, a. 4.

De ce qui précède, il ressort évidemment,que l'envie est, de sa nature, un péché mortel, et un péché des plus graves. D'ailleurs, saint Paul la place parmi les vices qui empêchent d'entrer dans le royaume de Dieu. Gai., V, 21. Il arrive souvent, cependant, qu'elle ne constitue qu'un péché véniel, soit à raison de la légèreté de la matière, soit à cause du défaut de parfait consentement. Marc, Instilutiones morales, Piom?, 1911, n. 308.

IL Effets. — Ces effets sont d'ordre physiologique et d'ordre moral. Comme toute tristesse prolongée, l'envie exerce sur l'organisme une funeste influence. « Elle a, dit le D"^ Charles. Vidal, une action cardiovasculaire qui se traduit par de l'angoisse et des troubles de la nutrition et par des lésions viscérales macroscopiques qui laissent voir, à l'autopsie de l'envieux, un cœur petit, des vaisseaux petits, des muscles pâles. Bref, l'envie produit une diminution de l'intensité de l'irrigation sanguine et par suite des échanges; donc, un trouble profond de la nutrition générale. La tonicité générale diminue, le cerveau s'irrite, le tube digestif digère moins bien. C'est une cause profonde de déliquescence organique, nuisible à tous, aux vieillards et aux chétifs surtout, que l'esprit populaire a très bien observé, puisqu'il en a synthétisé les conséquences dans cette expression : se dessécher d'envie. » Religionel médecine, p. lAO.

Au point de vue moral, saint Grégoire, cité par saint Thomas, énumère en ces termes les filles ou rejetons de l'envie : De invidia oritur odium, sussuratio, detraclio, exultalio in adversis proximi, et afflictio in prosperis. Sum. theol., II» II«, q. xxxv, a. 4. Par sussuratio il faut entendre : oblocntio mala de proximo ad

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