L. Desbrus
ÉON DE L'ÉTOILE, Bons, Eudo, Enno, Evus, de Stella, hérétique, condamné au concile de Reims (1148). Il naquit à Loudéac, d'après le Chronicon britannicum, dans Recueil des historiens des Gaules el de la France, Paris, 1781, t. xii, p. 558. Cf. A. de la Borderie, Histoire de Bretagne, Rennes, 1905, t. m, p. 210. Il est mal connu. A prendre à la lettre la plupart des chroniqueurs qui s'occupent de lui, on a l'impression que ce fut un fou. Ils racontent que c'était un ignorant qui, entendant chanter à l'église : Per eum qui venturus est judicare vivos et mortuos, crut que le mot eum le désignait — Guillaume de 'Nev/hury (Neubrigensis), De rébus anglicis,]. I, c. xix, dans Recueil des historiens des Gaules el de la France, Paris, 1786, t. xiii, p. 97, dit qu'on l'appelait sermone gallico Eun — - donc qu'il devait, lui, juger les vivants et les morts, donc qu'il était le fils de Dieu. Il publia cette découverte, recruta de nombreux adhérents, marcha à leur tête, entouré de disciples qu'il appelait anges, sagesse, jugement, etc. Après diverses péripéties, il comparut, au concile de Reims, devant le pape Eugène III; il s'appuyait sur un bâton fourchu, et, comme on lui demanda ce que cela signifiait, il répondit : « C'est un grand mystère. Lorsque je tiens ce bâton les deux pointes en l'air. Dieu a en sa puissance les deux tiers du monde; mais, quand je renverse les deux pointes, alors, plus riche que mon père, je commande aux deux tiers du monde, et Dieu n'a plus que l'autre tiers. » Le concile accueillit cette déclaration par un éclat de rire. Si tout cela est exact, Éon fut un de ces maniaques, qui ne manquèrent pas au moyen âge, dont la folie fut invraisemblablement contagieuse. Mais faut-il accepter ces témoignages tels quels? Les plus détaillés, en particulier celui de Guillaume de Newbury, se corsent de récits extraordinaires sur des prestiges diaboliques : Éon aurait été entouré d'une lumière fantastique, transporté par le diable d'une provmcc dans l'autre; il aurait nourri la foule (jui le suivait dans les déserts de mets abondants ajjparus à l'improviste, qui, du reste, n'étaient pas solides, mais aériens, etc. Cf. les quelques lignes si expressives de Robert de Torigni, dans L. Delisle, Chronique de Robert de Torigni, abbé du mont Saint-Michel, Rouen, 1872, t. i, p. 248. Les succès d'Éon parurent tellement disproportionnés avec le mérite du personnage qu'on voulut les expliquer par l'intervention du diable (Otte réputation de sorcellerie s'est maintenue et même amplifiée dans la suite. Ct. P. Levot, Biographie bretonne, t. i, p. 676.) Peut-être ne serait-on pas éloigné de la vérité en supposant: 1» que la po])ularilé dont il jouit était due, pour une bonne part, aux théories d'ordre pratique lancées par lui dans la circulation. • Éon, remarque justement P. Levot, Biographie bretonne, t. I, p. 677, n'est rien moins'que rajjôlre du commu-