ESCOBAR Y MENDOZA — ESDRAS ET NÉHÉMIE (LIVRES DE
miracles et des discours du Christ; les six autres contiennent des « panégyriques moraux » de la "Vierge et des saints. Ces volumes ont paru à Lyon de 1642 à 1648. De 1652 à 1667, il publia également à Lyon, en 8 in-fol., un commentaire littéral et moral de l'Ancien et du Nouveau Testament. Un volume de Sermoncs vesperlinaks, qu'il donna in-4°. à Lyon, en 1G52, expose des textes choisis de l'Écriture. Enfin, l'année même de sa mort, parut encore de lui In Canlicum commenlarius sive de Mariae Deiparœ clogiis, in-fol., Lyon, 1669. Quoique faites en vue de la prédication, ces publications n'ont paslaissé que de servir la saine exégèse. On devine la conscience avec laquelle Escobar recherchait le sens littéral du texte sacré, en lisant son De sacrœ Scriplurœ stylo et obscuritale prseloquium, que le savant P. Tourneminc a jugé digne de reproduction dans le supplément de son édition des commentaires de Ménochius. Mais c'est surtout dans le domaine de la théologie morale qu'Escobar a trouvé la célébrité. Ce qu'il produisit d'abord sur ce terrain est « une petite somme de cas de conscience », comme il définit lui-même cet ouvrage, qui parut en espagnol, à Valladolid, sous le titre : Examen de Confessores y practica de Pénitentes (ou Examen y Pradica de confessores y pénitentes) en todas las malerias de la thcologia moral, in-12. Cet examen avait eu en Espagne 37 éditions, quand Escobar le fit paraître à Lyon, en 1644, mis en latin et » enrichi d'additions «, sous le titre : Liber theologiae moralis oiginti quatuor Socielatis Jesn doctoribus reseratus..., in-S". Ce n'était encore qu'un abrégé très sommaire. Enfin, ck 1652 à 1663, il publia, toujours à Lyon, les 7 in-fol. de sa grande morale : Universœ thcologiœ moralis recepliores absque lite sententiœ nccnon problcmalicx disquisiliones, sive quod frequentius, doctoribus consentientibus, asserendum etigitur, et quod, dissentientibus, pterumque in utrumvis probabile apponitur. C'est le Liber thcologia: moralis qui a fourni à Pascal presque toute la matière de ses plaisanteries et de ses accusations contre Escobar. Il est seul cité avant la viii^ lettre où la « grande Théologie morale » n'est que mentionnée; un seul extrait de celle-ci est donné et c'est danslaxiii» Provinciale. Pascal aurait eu cependant tout le temps de consulter au moins les deux premiers des sept volumes, car ils parurent à Lyon en 1652 et 1655, et la v« lettre où Escobar est mis pour la première fois en scène est datée du 20 mars 1656. La « morale sévère », qu'ils prétendaient défendre, faisait un devoir à l'écrivain janséniste, ou du moins à ceux qui lui fournissaient les textes, de chercher les vrais sentiments du jésuite, non pas seulement dans un abrégé où souvent ils demeurent presque forcément obscurs, mais encore dans le grand ouvrage où ils sont largement développés et accompagnés des raisons qui les motivent. Les deux premiers volumes auraient déjà pu suflire pour épargner à Pascal la plupart des interprétations injustes dont il s'est rendu coupable à l'égard d'Escobar. Ce n'est pas que tout soit irréprochable chez ce dernier, même dans sa grande théologie. On n'écrit pas tant de gros volumes sans y commettre quelques inexactitudes, surtout quami on n'a pas eu, pour les composer, le calme et les loisirs à volonté, mais seulement ce qu'en laissait un ministère \r(^< :i'lif de prédication et de direction. Aussi, malgré la réelle iiénélration avec laquelle d'ordinaire il discute les o|)inions et fa t son cho'x. Escobar a eu le tort parfois d'adopter ou de traiter trop favorablement des opinions singulières ou même réprouvées plus tard parle Saint-Siège. Mais sa doctrine est loin de tendre, comme Pascal a essayé de le faire croire, à corrom|)re toute la morale chrétienne. On peut dire, au contraire, en appliquant à Escobar un mot de saint Alphonse de Liguori sur la
casuistique en général : la morale s'en trouverait bien si les chrétiens pratiquaient tous les devoirs que le jésuite espagnol déclare certains et incontestables; s'ils en prenaient ensuite plus à leur aise avec les obligations qu'il déclare douteuses on pourrait facilement le leur passer.
De Backer-Sommervogel, Bibliollièque de la C" de Jésus, t. III, col. 436-445; Antonio, Bibliolheca hispana noua, t. i; Réponse au livre intitulé : Extraits des Assertions .... in-4», [Paris,] 17()3-17C5, I" part., p. 41, 141, etc.; IIP pari., suite, p. lix-lx; Maynard, Les Prouinciales... et leur réjutalion, 2 in-S", Paris, 1851; [Terwecorex, S. J..] La vérité sur le P. Escobar, dans les Précis historiques, 1860, p. 31-46; D' Karl Weiss, P. Antonio de Escobar y Mendozu als Morallheolog in Pascals Beleuchlung und ini Lichte der Walirheit auf Grand der Qucllen, in-8'', Klagenturt, 1908; 2' édit., 1911. Cf. M. Reiclimann, S. J., Escobar und seine Misshandlung durch Pascal, dans Stimmen ans Maria-Laacli, 1909, t. Lxxvi, p. 523-538.
J. Rrucker.
2. ESCOBAR DEL CARRO (Jean), jurisconsulte espagnol du xvii« siècle, né à Fuente de Cantos au diocèse de Séville et mort à Madrid, avait été professeur de droit au collège et université de Sainte-Marie de Jésus à Séville, puis inquisiteur en différentes villes et enfin procureur fiscal des causes religieuses à la Suprême Inquisition. Il a publié plusieurs ouvrages ou traités : 1° Tractatus biparti tus de puritate et nobilitate probanda secundum statuta S. 0/Jicii Inquisitionis, S. Ecclesiœ Toletanx, collegiorum aliarumque communitatum Ilispaniœ ad explicationcm regiœ pragmaticœ sanctionis Philippi IV, etc., in-fol., Lyon, 1637; 2° Tractatus très selcctissimi et absolutissimi : 1"% De utroque foro, où il prouve qu'il n'y a pas de différence, sinon par accident, entre le for de la conscience et le for extérieur; 2"% De eon/essariis sollicitantibus pœnilenles ad vcncreu, etc.; 3"^, De horis canonicis et distributionibus quotidianis, 2 in-fol., Cordoue, 1612; S» Antilogia adi'ersus D. Franciscum de Amaya pro vero intellcclu Statali majoris collegii Conchensis.
N. Antonio, Bibliotlieca hispana nova, Madrid. 17S3, t. I, p. 681-685; Hurter, Nomenclator, 3'" édit., Insp:iiclv, 1907, t. m, col. 11712.
1". Mangenot.
ESDRAS ET NÉHÉMIE ( LIVRES DE). En hébreu, Ezra', auquel on ajoute Neljemayâh. Dans les Septante : ETÔpa:, com[)rcnant les deux livres, le second portant l'inscription /ovoi Nc£|xîa •j':o\i Xe/y.sia ou 'Aya/.ix. Dans la Vulgate : Liber primas Esdrœ, liber Nehemiie qui et Esdrœ secundus dicitur.
Plusieurs raisons imi)osent la réunion en un seu article des questions relatives l'i ces deux livres. Les problèmes d'ordre littéraire et historique qu'ils soulèvent en grand nombre ne peuvent être traités séparément, et leur histoire nous ai)prend leur unité primitive.
Dans la Bible hébraïque, Joséphe ne connaît qu'un seul livre d'Esdras, coni|)renant celui de N'éhémie, puisque, de Mo'ise à Artaxcrxès I'''', il comi)te treize livres historiques seulement. Cont. Apion., i, 8. Le Talmud, dans l'énumération des livres transmis par les docteurs, mentionne le seul Esdras, écrit par le personnage du même nom, qui continua les généalogies des Chroniques jusqu'à son temps. linba /)(///irf;. fol. 1 1(( 15/'. Les inassorèfes ne pensent pas autrement et comptent. i)our le livre d'I^dras, 685 versets dont le milieu se trouve Neh., m, 32. Enfin un certain nombre de manuscrits hébreux transcrivent le livre de Néhémie comme la seconde partie d'Esdras, parfois sans laisser aucun intervalle entre les deux écrits. De Rossi, Varias leclioncs Veteris Teslamenti, Parme, 1788, t. iv, p. 157. Ce n'est qu'au XVI' siècle que s'introduisit dans la Bible juive la pratique de la division en deux livres.
ESDRAS ET NÉHÉMIE (LIVRES DE
Dans la version des Septante, la séparation n'est peut-être pas non plus originale, de très anciens manuscrits, tels que leVaticanus, V Ale.vandriniis et le .9i;îO!i7/cHs, reproduisent sous le même titre EnSpa; B les deux livres réunis; KtrÊpac A contenant l'écrit apocryphe appelé troisième livre d'Esdras. Swete, The Old Teslnmenl in Grcck, Cambridge, 1896, t. ii.
Dans l'Église chrétienne on a connu et parfois adopté l'usage juif. Origène, qui distingue les deux livres, n'ignore pas leur réunion en un seul dans la Bible hébraïque. Eusèbe, //. E., vi, 25, P. G., t. xx, col. 581. Saint Jérôme écrit <à Paulin : Ezras el Necmias... in unum volumcn coarclanlur. Episl., lui, ad Paiilinum, n. 7, P. L., t. xx, col. 548; Prœl. in lib. Esdr., P. L., t. XXVIII, col. 1 103. La même afflrmation se retrouve chez de nombreux écrivains grecs et latins. Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, t. ii, col. 1934. Certains canons latins de la Bible ne mentionnent qu'un seul livre d'Esdras, ainsi le catalogue du codex Claromontanus, du codex Amiaiinus, d'un manuscrit de Bobbio, publié par Mabillon, Alusieun^ ilalicum, Paris, 1687, t. i, p. 397. Dans plusieurs manuscrits de la Vulgate, Esdras et Néhémie sont divisés comme un seul tout, en soixante-cinq, trente-six ou trentehuit chapitres. S. Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893, p. 349. L'ancienne "Vulgate latine comprenait peutêtre les deux li\Tes réunis. Loisy, Histoire du canon de l'Ancien Testament, Paris, 1892, p. 92.
Sur l'origine de la division en deux livres, les précisions manquent, on ne saurait l'attribuer à la difiiculté de transcrire l'ouvrage siu' un seul volume; la raison qui peut valoir pour Samuel, les Rois, les Chroniques, n'existe pas pour Esdras-Néhémie, qui, même additionnés, ne dépassent pas l'étendue de l'une ou l'autre moitié de ces livres. La suscription qui marque le commencement du Néhémie actuel a pu être prise pour le titre d'un livre nouveau. L. Gautier, Introduction à l'Ancien Testament, Lausanne, 1906, t. II, p. 380. C'est à Alexandrie que la division aurait été introduite pour la première fois dans le texte. Origène dans Eusèbe, H. £., vi, 25, P. G., t. XX, col. 581. Que cette division ne soit pas originale, les témoignages ci-dessus rapportés l'indiquent suffisamment, comme d'ailleurs l'histoire de la composition dulivre. Voir plus loin. — LTexte et versions. II. Canonicité. III. Mode de composition. IV. Date de composition. "V. Auteur. VI. But. VII. Valeur historique. VIII. Chronologie. IX. Commentaires.
I. Texte et versions. — /. texte. — Le texte original des livres d'Esdras et de Néhémie nous est parvenu, partie en hébreu, partie en araméen.
1° Texte hébreu. — Dans l'ensemble, ce texte, tel cjue nous l'avons, est dans un état assez défectueux, surtout en ce qui concerne les nombres, les listes et l'ordre des passages vraisemblablement bouleversé. A. Klostermann, art. Esra und Nehemia, dans Renlencyrlopadie fiir protesiantische Théologie und Kirche, Leipzig, 1898, t. v, p. 514-515, et les commentateurs.
Éditions critiques. — S. Baer, Libri Danielis, Esdrœ el Kehemiœ, Leipzig, 1882; H. Guthe et L. W. Batten, The Books of Ezra and Nehemiah, Leipzig, 1901, dans l'édition polychrome de P. Haupt, Tlie sacred boolts of Vie Old Testament; M. Lolir, Libri Danielis, Esree el Nehemiœ, Leipzig, 1906, à part et dans Kittel, Biblia sacra, Leipzig, 1905-1906, p. 1185-1221.
Au point de vue de la langue, il y a lieu de distinguer entre les diftérents éléments constitutifs du livre; d'un côté, les Mémoires d'Esdras et de Néhémie, de l'autre, la partie narrative leur servant en quelque sorte de cadre. Sans doute, partout on retrouve des traces de décadence, communes à la littérature hébraï-
que postérieure à l'exil, mais tandis que ces traces sont particulièrement marquées et nomjjreuses dans l'une de ces parties, dans l'autre, celle des Mémoires, ceux de Néliémie surtout, l'hébreu est plus facile et plus naturel, le vocabulaire moins riche en mots et expressions de basse époque et la syntaxe plus classique. Les Mémoires d'Esdras ne se distinguent pas aussi nettement du reste du livre, peut-être parce que le rédacteur en a pris plus à son aise dans leur transcription, ou bien parce que ce dernier et l'auteur des Mémoires par leur communauté d'origine et de fonctions étaient plus familiarisés avec les choses du temple et de son culte, dont ils parlent dans les mêmes termes. Driver, Introduction to the lilcrature of the Old Testament, Edimbourg, 1898, p. 553. A côté des aramaïsmes il faut signaler l'introduction, facile à comprendre, de mots d'origine assyro-babylonienne et persane. Ryle, The books of Ezra and Nehemiah, 1893, p. lix, dans Cambridge Bible for schools and collèges. Voir encore, sur le texte hébreu, Bohme, Ueber den Text des Bûches Nehemias, Stettin, 1871; Cheyne, From Isaiah to Ezra, dans American Journal of Théologie, juillet 1901, p. 433-441; P. Riessler, Der Urtext der Bûcher Esdras und Nehemias, dans Biblische Zeitschrift, 1906, t. IV, p. 113-118.
2° Texte araméen. — Des documents officiels, Esd., IV, 8-22; v, 6-17; vi,6-12; vu, 12-26; le récit de la reconstruction du temple, iv, 23-vi, 18, nous sont parvenus en araméen, sous la forme du dialecte occidental, celui de la Bible et des targums. L'araméen d'Esdras semble toutefois appartenir à une époque plus ancienne que celui de Daniel et se rapprocher davantage de la langue des documents récemment découverts à Assouan et Éléphantine. Sajce et Cowley, Aramaic papijri discovcred at Assuan, 1906; Sachau, Drei arcmmische Papijrusurkunden ans Eléphantine, Berlin, 1907.
Les ressemblances sont nombreuses et frappantes; cependant ces papyrus, tous datés du v^ siècle avant Jésus-Christ, apparaissent comme C]uelque peu plus anciens que les documents araméens d'Esdras dans leur état actuel; c'est ce que prouve surtout l'emploi de z au lieu de d, dans les pronoms démonstratifs et relatifs et aussi l'emploi normal du suffixe en hôm {hwm) au lieu de hôn. Lagrange, Les nouveaux papyrus d' Éléphantine, dans la Revue biblique, 1908, p. 337. « Des morceaux (de la partie araméenne d'Esdras) remontent certainement à l'époque perse et la coml^araison avec les papyrus d'Éléphantine ne permet guère de faire descendre l'ensemble plus bas que l'époque alexandrine. » J.-B. Chabot, Les langues et les littératures araméennes, Paris, 1910, p. 10.
A rencontre de la majorité des critiques, Torrey date les parties araméennes d'Esdras du ii'= ou III" siècle avant Jésus-Christ, se refusant à y reconnaître une langue plus ancienne que dans Daniel. Ezra Studies, Chicago, 1910, p. 161-166.
Éditions spéciales de la portion araméenne : K. Maiti, Kiirzgefasste Grammatik der biblisch-aramdischen Sprac/ie, Berlin, 1896; H. Strack, Grammalik des biblisch-aramàischen, 5= édit., Leipzig, 1911 ; Torrey, op. cit., p. 184-207,
L'état de conservation des passages araméens est dans l'ensemble très satisfaisant; on y rencontre un certain nombre de mots étrangers, perses, babyloniens, grecs. Cf. Torrey, op. cit., p. 166-177; Tony André, Araméen d'Esdras, Genève, 1895.
//. VEnsioxs. — 1° Grecques. — 1. Celle des Septante. — Le livre d'Esdras-Néhémie a probablement été traduit en grec à la même époque que le livre des Paralipomènes, c'est-à-dire au plus tard avant le milieu du ii= siècle avant notre ère, si Eupolemus qui se servait de la version grecque des Chroniques est
ESDRAS ET NÉHEMIE (LIVRES DE
bien le même que celui mentionne, I Macli., viii, 17. H. B. Swete, Introduction to ihe Old Testament in Greek, Cambridge, 1900, p. 24-25. Où trouver actuellement cette version des Septante? Est-ce dans VEi- ZçoLt B ou dans T'EfTÔpa; A de nos manuscrits grecs? Problème analogue à celui que présentent les deux versions de Daniel.
D'après le plus grand nombre de critiques, "Eiopa; B serait la véritable traduction des Septante, en conformité étroite avec le texte massorétique, sans aucune prétention de style; "Eijîpï; A, ou l'apocryphe, ou encore le III'' livre d'Esdras, serait, ou une simple compilation du grec des Septante, rédigée à l'intention de lecteurs grecs, rebutés par le littéralisme étroit de la version canonique (Keil, Schûrer, Bissell). ou bien le remaniement d'une version grecque antérieure, mais complètement indépendante de celle des Septante (Ewald). Pour d'autres, l'apocryphe représenterait une traduction plus ancienne et meilleure que celle reproduite dans les livres canoniques, qui. elle, ne serait autre que l'œuvre de Théodotion. Cette hypothèse, déjà émise par plusieurs auteurs depuis le xvn« siècle (Grotius, Whiston, Pohlmann, Lagarde). a été exposée à nouveau par Howorth d'abord dans imc série d'articles de V Academij de 1893, The rcal charactcr ond Ihe importance oj the fîrst book of Esdras, et The true Septiiagint Version of Chronicles-Ezra- Nehemiah, puis plus longuement dans Proceedinf/s of the Society of Bibliccd archxologij, 1901-1902. Le principal argument invoque en faveur de l'hypothèse était l'existence de nombreuses traces d'origine tardive relevées dans la version grecque canonique, comparée surtout à celle de l'apocryphe qui représenterait la véritable version des Septante, supplantée par celle de Théodotion dans le recueil des Livres sacrés. Torrey prétend ajouter à la démonstration une nouvelle preuve, et cette fois décisive, en retrouvant dans le texte grec canonique du groupe Paralipomènes-Esdras-Néhémic un trait caractéristique de la manière de traduire de Théodotion, à savoir la simple transcription en caractères grecs des mots hébreux dilTiciles ou douteux. Op. cil., p. 70-77. Cf. Field, Origenis Ilexapla qiiœ snpersunt, Oxford, 1875, t. i, p. XL sq. La thèse de l'antériorité et de la supériorité de la version d"'H'5Ôpa: A sur celle d'"E'>&p3t; B étend ses conclusions au texte massorétique luimême, qui serait moins rapproché de la forme originale du livre que l'apocryphe; « s'il y avait, dit Il^worth, un des deux livres à rejeter comme apocryphe, c'est Ezra (le canonique) et non Esdras (le IIP) qui devrait l'être. » Academtj, 1893, p. 11. Jahn, Die Biichcr Esra (.4. iind B) und Xehemja, Leyde, 1909, p. ni;Biessler, Dcr /r.T/AT/7/sr/ic M'crl des dritten Esdrasbnchcs, (]i\n^ Biblische Zeitschrill,\Q(\l,\i. 146- 158: Theis, Gcschichtiichc iind lilcrarkritischc Eragen in Esra 1-VI, Munster en \Vcstphalie,1910, p. 6-34, ces deux derniers catholiques, se sont ralliés à la thèse de l'antériorité et de la supériorité d"'l>ôpa; A.
.\ux arguments tirés de l'étude et de la comparaison des textes, s'en ajoutent d'autres fournis par l'histoire de ces mêmes textes. Dans la Sj'nagoguc, dans ritglise primitive jusrpi'à saint Jérôme, grand était le crédit du livre que nous appelons apocryiihe. Joscphc, dans son grand ouvrage sur les Antiquités juives, le prend pour guide sans égard pour le livre canonique, ce qui prouve la considération dont jouissait alors le 111'= livre d'Esdras. Cf. Ilolscher, Dir Quellcn des .Joscphus fiir die Zeit rom Exil bis ru/?i jiidischcn Kricg, Leipzig, 1904. Dans l'I^glisc grecque aussi bien que dans l'Église latine, les Pères le citent fréquemment et l'emploient comme un livre canonique; nombreuses références dans Pohlmann, Vebcr dos Ansehen des upoknjphisehen dritten Huches Esras,
dans Tiibingcr Theologische Quarlalschrifl, 1859, p. 263 sq. La faveur dont avait joui cet apocryphe parmi les juifs de langue grecque, la grande ressemblance qu'il gardait avec les livres reçus par tous comme canoniques rendent compte de cette attitude, autorisée encore par son admission dans les Hexaples dOrigène. Howorth, The Hexapla and the Tetrapla of Origen, and the lighl thetj throw on the books of Esdras A and B, dans Proc. of the Soe. of Bib. arch., 1902, p. 147-171. Enfin sa désignation d"Eiîpa:.\ ('E-7&pa;B : Esdras-Néhémie), et la place qui lui est faite, encore qu'assez rarement, dans les catalogues de livres sacrés, montrent que plus qu'aucun autre apocryphe il était estimé; il ne fallut rien moins que l'autorité de saint Jérôme pour imposer son rejet de la tradition latine : A'cc quemqnam moveal, écrit-il dans sa préface au livre d'Esdras-Néhémie, qnod unus a no bis liber éditas est, ncc apocrijphorum tertii et quarli somniis delcctetnr; quia et apud Hcbrœns Esdnv Xehcmiœque scrmoncs in unum volumen coarctantnr, et quœ non habcntur apud illos, nec de viginti quatuor scnibus suni, procul abjicienda. P. L., t. xxviii, col. 1403. Saint .Jérôme cependant n'innovait pas en se prononçant aussi formellement contre le 111"= livre d'Esdras (Howorth, The modem Roman Canon and th? book of Esdras A, dans The Journal of theological studics, 1906, p. 343-354), et par la désignation d'Esdras I et II il n'entendait pas autre chose qu'Origène et les conciles africains qui y reconnaissaient Esdras et Néhéniie selon le texte massorétique et non Esdras .\ et B des manuscrits grecs. H. Pope, The third book of Esdras and the Tridenline canon, ibid., 1907, p. 218-232.
Malgré cet ensemble d'arguments apportés par la critique et l'histoire des textes, la thèse favorable à l'apocryphe n'est cependant pas parvenue à s'imposer à la majorité des critiques; ceux-ci, dit la Revue biblique dans la recension du livre de Torrey, Esra Sludies, 1910, p. 623, « l'ont considérée à peu près unanimement comme un paradoxe;» ils continuent à regarder le 111"= livre d'Esdras comme d'époque tardive, à cause de sa grande ressemblance avec le grec d'Esther et du IP livre desMachabécs, à cause aussi du caractère de compilation de certains passages, manifestement empruntés aux livres canoniques, par exemple, le décret de Darius, III Esd., iv, 47 sq. Cf. Fischer, Das apocryphe und das kanonische Esrabuch, dans Biblische Zeilschrift, 1904, p. 351-354. Des discussions à ce sujet il faut retenir que l'apocryphe offrant une version indépendante de celle des Septante, fait qui paraît bien établi, pourra être utilement consulté pour la critique textuelle, et aussi ])our l'étude littéraire et historique, en raison des indications qu'on ])eut en tirer sur l'origine de nos livres canoniques et leur chronologie.
Sur le III' livre d'Ksdras, voir pour le texte, Swcle, Tbe Old Testament in Greek, Cambridge, 1806, t. ii, p. 12;t- 161; et pour les problèmes qu'il soulève, indépondainmont dos travaux ci-dossus m(nti(mnés, UalifTol, iîxr/r«x (Irai- .s/émc liiire <l'), dans Vigouroux, Dictionnaire de la Hihlc, I. n, roi. 1!)43-191.5; Tliackcray, First l>oolc of Esdras, dans llaslings, Diclionarij o/ Ihc liitttc, t. I, p. 758-703; W. .1. Moult<in, Uebcr die Veltcrliclcrung iind den lextl<rilischcn Wert des dritlen Esrabiirhcs, dans /Ceilschri/I fiir altlesl<tmenlliche Wisscnschaft, 1 80!», p. 200 sq. ; 1 000, p. 1 sq. ; Volz. ICzra (llic greek), dans Clipyne, lincyclnpicdia tyiblira. t. II. p. 1188-1104; T. .Xndré, Les apocriiplies de l'Ancien lestament. l'iorcnce, 1003, p. 1.32-146, 100-105; Schûrer, (ieschirhie des jUdischcn Volkes im Zeilaller Jesu Chrisli. Leipzif?, 1001-1000, t. m, p. 444-440, avec une abondante tiibliograpliie; J'.d. }iaycr, Das drille lincb Esdras ui\d sein \'crli(illnis zii den liiidicrn Ezra-Sehemia, Fribomg-cir lirisgau, 1011, tUywi Biblische Sliidien, t. xvi, fasc. 1; 1'. Ricssirr, I)rr lexlkrHi:rhr WcrI des dritlen ICsdrasbiirlies, dans liiblisrhc /.eiisrhri/l, 1007, t. v, p. 146-158.
ESDRAS ET NÉHÉMIE (LIVRES DE
La version des Septante, dont les trois principaux manuscrits Valicanus, Alexandriims et Sinaiticus, malgré leurs divergences, dérivent d'un même texte primitif, est caractérisée par sa docilité à la lettre îiébraique et son indiflerence aux exigences de l'oreille grecque, aussi comprend-on aisément les essais de correction dont elle fut l'objet, entre autres, la recension de Lucien, et les additions au Sinaiticus, proxenant, d'après la souscription de Néliémieet d'Esther, d'un très vieil exemplaire signé de Pamphile, qui l'aurait corrigé d'après le texte même d'Origène dans les Hexaples. Klostermann, op. cit., p. 510; Torrey, op. cit., p. 105-113.
Édition critique des Septante : Swele, The Old Testament in Grerl;,t. ii, p. 162-212; pour les manuscrits et les différentes éditions, cf. Swete, Inlroduclinn to tlie Old Testament in Greek, Cambridge, l'.)00, p. 122-195. Édition de la reccnsion de Lucien : Lagardc, Lf'ftronim Veleris Testamenti canoniconitn pars prior grœce, Gœttingue, 1883.
2. Autres versions grecques. — De la version de Théodotion, les Hexaples n'offrent aucun texte, cf. Field, op. c;7., sans doute, diront les partisans de l'apocryphe, parce qn'il faut chercher l'œuvre de ce traducteur dans le grec canonique. D'Aquila et de Symniaque aucune trace certaine n'a été jusqu'à présent retrouvée.
2°Versions syriaques. — Dès le iv^ siècle, ces livres, qui ne faisaient pas primitivement partie de la Peschito, étaient traduits en syriaque, ainsi qu'il résulte des citations faites par Aphraate et saint Éphrem. En 616-617, Paul de Telia traduisit en syriaque la version grecque de l'Ancien Testament, sur l'édition des Hexaples, d'où le nom de syro-hexaplaire. Le littéralisme, cjui est une des caractéristiques de cette version, la rend très utile pour la critique du texte alexandrin; malheureusement, le codex de Masius (André Macs) cpii contenait Esdras et Néhémie a disparu. Dans une Chaîne du British Muséum, on en retrouve des passages. J. Gwynn, Remuants of the later syriac versions of tlie Bible, part. H, Old Testament, Londres et Oxford, 1909. Cf. Swete, Introd., p. 113. La version syriaque que nous possédons serait d'époque tardive, et le plus souvent une simple paraphrase de l'hébreu, influencée par le texte des Septante. Klostermann, op. cit., p. 504-507. D'après Torrey, la Peschito n'aurait pas compris Esdras- Néhémie.
3° Versions latines. — Pour les anciennes versions latines, voir Volkmar, Esdras propheta, ex duobus manuscriptis I taise, Tubingue, 1863. Saint Jérôme fit sa version vers 394 d'après l'hébreu, mais sans négliger d'avoir recours aux anciennes traductions grecques entre lesquelles il sut habilement choisir, tout en restant sous l'influence de ses maîtres juifs. Klostermann, op. cit., p. 513-514.
4°Version élliiopienne. — Le livre d'Esdras, traduit sur le grec, a été édité par A.Dillmann, Berlin, 1894, t. V, Libri apocryphi.
5° Version gothique. — Voir E. Launer, Die got. Nehemiafragmente, Sprottau, 1903.
go Yersion arabe. — Tardive et de peu d'utilité pour la critique textuelle, surtout dans le livre de Néhémie, la version arabe se ressent de l'influence des Septante et de la traduction syriaque. Klostermann, op. cit., p. 501-503; S. Rœdiger, De origine et indolc arab. lib. V. T., Halle, 1829, p. 78 sq.
Les livres d'Esdras et de Néhémie, pas plus que celui de Daniel, n'eurent probablement de targum.
IL Canonicité. — 1° Dans le judaïsme. — Le livre de l'Ecclcsiasticiue, composé vers 180 avant notre ère, fait l'éloge des ancêtres d'Israël, cf. xliv-xlix, d'après les anciens écrits bibliques. Entre autres
omissions caractéristiques se trouve celle du nom d'Esdras, alors cjue Zorobabel et Néhémie sont célébrés, l'un pour avoir rebâti la maison de Dieu, l'autre pour avoir relevé les murs de la ville, xlix,. 11-13. Cette omission n'implique pas nécessairement l'ignorance du personnage non plus que du livre d'Esdras, puisque allusion est faite aux événements qui y sont rapportés, mais « le rôle historique d'Esdras n'avait pas jusqu'alors été exagéré par la légende, et la ligure de Néhémie dominait encore celle du fameux scribe dans le souvenir traditionnel. •> Loisy, Histoire du canon de l'Ancien Testament, Paris, 1890,. p. 44.
On ne saurait retrouver dans « les épîtres des rois touchant les oflrandes », II Alach., ii, 13, une désignation du livre d'Esdras, « il s'agit plutôt d'une collection de lettres émanées des rois de Perse, collection d'un caractère purement profane, mais très utile à \\n gouverneur de province tel que Néhémie, et où l'auteur d'Esdras a pu prendre des documents épistolaires qu'il a insérés dans son livre. » IbiJ., p. 45.
Si l'Ancien Testament n'offre aucun témoignage relatif aux livres d'Esdras-Néhémie, la tradition juive en revanche est unanime à l'inscrire au catalogue des Livres saints. Joséphe a connu tous les livres du canon hébreu, Esdras-Nchémie doit se trouver parmi les treize livres des prophètes. Cont. Apion , i, 8. Mais était-ce bien notre livre canonique qu'avait en vue l'historien juif? Pohlmann, Tiib. theol. Quartalschrifi, 1859, p. 258-262, ne le pense pas ; ce serait plutôt l'apocryphe à cause de l'usage constant qu'il fait de ce dernier dans son livre des Antiquités judaïques, XI, 1-5. Cf. Theis, op. cit., p. 14-15. Le Talmud, Baba hatlira, fol. 14 6-15a, énumère parmi les derniers prophètes Esdras, Néhémie, les Chroniques ; cette place assez singulière donnée à Esdras avant les Chroniques dont il est la continuation, indiquerait peut-être cjue ce dernier livre n'aurait pas été admis d'aussi bonne heure que le précédent au canon juif. Ryle, Ezra and Nehemiah, Cambridge, 1893, p. xv; Loisy, op. cit. y
2" Dcms l'Église chrétienne. — Dans les livres du Nouveau Testament on ne trouve aucune allusion à Esdras-Néhémie. La tradition chrétienne, sauf à l'école d'Antioche, n'a jamais émis le moindre doute au sujet de leur canonicité, elle leur a quelquefois adjoint l'apocryphe, mais saint Jérôme l'a rappelée à la pureté de la tradition juive. Ne l'aurait-il pas, au contraire, fait dévier de la voie jusqu'alors suivie, en substituant à Esdras I et II, équivalents d'Esdras A etB, Esdras I et II réduits au texte massorctique? Howorth, dans Journal of theologiccd sludies, 1906, p. 350-351. Les Pères du concile de Florence, suivis par ceux de Trente et du Vatican, se seraient mépris sur le sens donné par les conciles africains aux mots -.Tlesdrœ libri duo (can. 36 du concile d'Hippone, en 393); pour eux, comme pour les Pères ayant échappé à l'influence de saint Jérôme, ces mots désignaient Esdras A et B des bibles grecques. Outre l'invraisemblance d'une pareille ignorance de la part des Pères du concile de Florence, parmi lesquels siégeait le savant cardinal Bessarion, il est faux que la tradition antérieure à saint Jérôme et particulièrement celle de l'Afrique du iv^ siècle ait donné à l'expression Hesdrœ libri duo le sens prétendu. L'auteur du Prologus ijuleatus connaît, d'après des manuscrits grecs et latins plus anciens qne le Vaticanus, V Alcxandrinus et le Sinaiticus, la division en deux livres de l'unique Esdras hébreu, P. L., t. xxviii, col. 554, on ne saurait donc lui en attribuer l'origine (Howorth). Origène connaît déjà cette division; à plusieurs reprises il se réfère au II« livre d'Esdras, dans son commentaire de saint Matthieu, tom. XV, 5, et dans celui du Cantique des
ESDRAS ET NÉHÉMIE (LIVRES DE
cantiques, 1. IV, P. G., t. xiii, col. 1264, 19G. Qu'entend-il par II<' livre d'Esdras, Esdras B ou notre Néhéniie actuel (les passages cités en proviennent)? Il nous donne lui -même la réponse dans le canon qui se trouve dans le commentaire du ps. i : le onzième livre selon les Hébreux, y est-il dit, est Esdras I et II, qui n'en forment qu'un seul, appelé Ezra. P. G., t. xir, col. 1084. Les F'éres des conciles africains ignoraient-ils ce canon d'Origéne, c'est peu probable, et s'ils avaient voulu, comme c'est vraisemblable pour les deutérocanoniques, protester contre l'Esdras I et II de saint Jérôme, ils auraient indiqué clairement qu'ils entendaient par Hcsdnv libri duo, Esdras A et B, des bibles gi-ecques. Cf. Pope, T/if Ihird book of Fsdras and Ihf Tridentine canon, dans Journvd ol theological studies, 1907, p. 218-232.
L'omission d'Esdras dans le seul canon de Mommsen n'est que le fait d'une distraction du scribe, car la liste qui, d'après l'indication linale, devrait contenir vingt-quatre livres n'en compte que vingt-trois. Cf. Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, t. ii, col. 152. Cependant, dans l'Église syrienne, les Chroniques, Esdras et Néhéniie avec Esther, ne faisaient pas primitivement partie du canon de l'Ancien Testament. Ils n'étaient pas traduits dans la Peschito, mais ils l'étaient toutefois au iV siècle; dans les anciens manuscrits, ces livres sont distincts des protocanoniques. "Wright, Syiiac literatnrc, 2'^ édit., Londres, 1894, p. 4-5; B. Duval, La littéraiure syriaque, Paris, 1899, p. 38.
L'école d'Antioclie ne les admettait pas non plus. Diodore de Tarse ne les cite jamais. Saint Chrysostome n'y fait allusion qu'une lois. Au témoignage de Léonce de Byzance, P. G., t. lxxxvi, col. 13CC, Théodore de Mopsucste les excluait expressément du canon biblique, ainsi que les Paralipomcnes, mais Théodoret les y admettait. On ignore les raisons pour lesquelles Théodore ne les admettait pas au nombre des livres canoniques. L. Dennefeld, Dcr aWcstamcntliche Kanon dcr anliochenischcn Scinde, dans Biblische Sludien, Fribourg-en-Brisgau, 1909, t. xiv, fasc. 4, p. 49-51 ; L. Pirot, L'œuure excgétique de Théodore de Mopsucste (lithog.), Bourges, 1911, p. 121 sq. Junilius, écho de Théodore de Mopsucste, exclut encore le I'' livre d'Esdras (y compris Néhéniie) du nombre des livres historiques divins et des Écritures canoniques de l'Ancien Testament. Iiistilula regularia divinx leijis, 1. I, c. m, dans Kihn, Ihcodor von Mopsuestia nnd Junilius Ajricaïuis ats Exegcten, I-'ribourg-en-Brisgau. 1880, p. 472.
Ce sont les seules voix discordantes que l'on entende au milieu du concert de la tradition ecclésiastique sur la canonicité des livres d'Esdras et de Néhéniie.
III. MonE DE COMPOSITION. — Lcs livres d'Esdras- Néhémic racontent quelques événements importants de l'histoire de la restauration juive après la captivité, laissant de longues périodes, de 51G à 458, ou même 445, par exemple, sans aucun renseignement. La simple lecture y fait découvrir un ensemble de traits (pii sont déjà une indication sur la manière dont l'ouvrage a clé composé; voici les principaux : le brus([ue passage d'un sujet à un autre sans transition : Esd., II, 1; V, 1; Neh., i, 1; vu, 73; xii, 27; xiii, 14; ou i^ l'aide de formules aussi vagues que : après ces événements (passés quelcjuc 60 ou 70 ans plus tôt), quand ces choses furent achevées, Esd., vu, 1; ix, 1; l'emploi intermittent de la première personne sans aucun mot d'explication; l'insertion de deux fragments considérables rédigés en araméen, Esd., IV, 8-vi, 18; VII, 12 20; l'insertion de listes sans rapport immédiat avec le contexte, Neh., vii, G -73; XI, .3-36; XII, 1-2G; la mention rie personnages importants sans autre cxj)licalion comme si déjà leur nom
s'était présenté dans un contexte antérieur, ainsi pour Zorobabel, Esd., ii, 2, pour Assuérus, Darius, Esd., IV, 5, 6; enfin le style et le vocabulaire sensiblement différents selon les passages. Il s'agit donc d'une compilation d'éléments d'origine et de nature diverses. Dans les grandes lignes du moins il est assez facile de les distinguer les uns des autres.
/. MiiMoiriEf^ ii'EsiJiiAS ET vE sÉuÉMiE. — Des portions considérables de l'un et l'autre livre se présentent sous forme de récits personnels, le scribe et le gouverneur nous rapportent eux-mêmes la part qu'ils ont prise à l'œuvre de restauration d'Israël; tels sont les passages : Esd., VIT, 27-ix; 15; Neh., i-vii, 73 a; xii,^ 27-43; XIII, 4-31 (quelques divergences parmi les critiques dans la délimitation de ces passages). Ce n'est là évidemment qu'une partie de leurs Mémoires, celle que le compilateur a jugée nécessaire à son but; c'est ainsi que le récit d'Esdras apparaît privé de son commencement et de sa lin; celui de Néhéniie s'ouvTe ex abrupto, et il est facile d'y constater des lacunes; des gloses aussi pourraient être relevées çà et là. Cf. Bertholet, Die Bûcher Esra und Nehemia, Tubingue et Leipzig, 1902, p. xiv.
A ces passages reproduits intégralement, on en ajoute quelques autres également extraits des Mémoires, mais en partie remaniés, pas assez cependant pour ne pas trahir leur origine. Esd., vu, 1-10, qui n'est pas l'oeuvre du scribe (omission de ses ancêtres immédiats dans sa généalogie), est vraisemblablement un résumé du récit fait par Esdras lui-mcme en tête de ses Mémoires pour leur servir d'introduction. Cf. les expressions des versets G et 9 et celles des versets 27 et 28. Le c. x, qui se distingue des précédents par l'emploi de la troisième personne et un récit parfois moins circonstancié (en particulier 16-17), pourrait bien lui aussi n'être qu'un résumé des Mémoires d'Esdras. Faut-il encore les chercher dans le livre de Néhémie auxc. vin et ix, à cause de la grande ressemblance de la ])rière des lévites, Neh., ix, avec celle d'Esdras, Esd., ix, et de certaines expressions déjà rencontrées sous la plume du scribe? Quelques critiques le prétendent, Ewald, Bertheau, Schrader, Bertholet, Gautier. D'autres exi)liquent ces ressemblances par l'identité du sujet et par renqiloi, régulier déjà du temps d'Esdras, de queUiues tournures fréquentes chez le Chroniste. Driver, Introduction,. p. 550-551. D'autres rattachent ces chai)itres à l'œuvre personnelle de Néhémie. Van Iloonacker, Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de Babi/lone, Paris et Louvain, 189G, p. 259-263. Bertholet et Gautier font de même pour Neh., x, xi, 3-24. Pour les particularités du style des INIémoires, voir Driver op. cit., p. 553; Mangenot, art. Néhémie, dans Vigouroux, Dict. de la Bible, t. iv, col. 1575-1570.
//. Df)i r.MESTS AiiAMÉEXs. — La correspondance de Réhuin avec Arlaxerxès au sujet de la reconstruction des murs, Esd., iv, 8-23, la correspondance de Thathanaï avec Darius au sujet de la reconstruction du temple, Esd., v, 6-vi, 12, le décret d'Artaxerxès en faveur d'Esdras, Esd.. vu, 12-20, enfin le récit qui relie ces documents, lettres de gouverneurs et réponses des rois, tout est écrit en araméen. Sans nous prononcer ici sur l'origine primitive de ces documents, disons que l'auteur d'Esdras Néhémie Irr, p eivpruntés, selon l'hypothèse la plus vraisemblable et reçue par le ])lus grand nombre, à un ouvrage historique rédigé en araméen, dont il lire librement ])lusieurs passages répondant à son but, lui-même connaissant d'ailleurs assez d'araniécn pour relier ces extraits par quelque transition dans la même langue, et pour remanier quelque peu le texte primitif. D'après Howcrth, Transactions o/ the ninthC.ongress of Orientalisls, 1893, p. 08-85, cette source araméenne ne
ESDRAS ET NÉHÉMIE (LIVRES DE
serait autre qiicles ântîTo/al ^auOio)-/ Tisp't àva'JEij.âTt.)/ de II Mach., ii, 13.
///. LISTES. — Les deux livres renferment un certain nombre de listes comprenant pour la plupart YOnumération de ceux qui participèrent à l'œuvre de la restauration juive : noms de ceux qui revinrent de Babylone à Jérusalem, d'abord avec Zorobabel, Esd., II, 1-70; Neh., vu, G-73 a, puis avec Esdias, Esd., VIII, 1-14; noms de ceux qui prirent des femmes étrangères. Esd., x, 18-41; de ceux qui reconstruisirent les murs de .Jérusalem, Ncli., m; de ceux qui apposèrent leur sceau à l'alliance du peuple avec son Dieu, Neh., x, 1-27; de ceux qui s'établirent à Jérusalem et dans les autres villes, Neh., xi. 3-30; enfin liste des prêtres et des lévites. Neh.,xii, 1-20. La nature même de ces listes et la façon dont elles sont introduites dans le texte permettent de croire qu'elles sont tirées de documents officiels, les Juifs, en efïet, ayant l'habitude d'établir et de conserver les listes des noms importants et de dresser des généalogies, Neh., vil, 5; le choix en a été dicté ici par le souci de justifier les droits politiques et religieux des vrais Juifs, ceux qui étaient revenus de l'exil et leurs descendants. A remarquer l'identité de la liste Esd.. ii, et celle Neli., vu, 1-73 a, malgré de nombreuses variantes, analogues à celles que l'on rencontre dans tous les morceaux reproduits à difïérents endroits •de la Bible; à noter aussi les abréviations et les modifications dont ces listes ont été l'objet, cf. Neh., ix,et I Par., IX, et la tendance du rédacteur h réduire les énumérations.
IV. ŒVVRE DU nÉDACTEun. — Tout ce qui n'a pas été compris sous les titres précédents n'est pas nécessairement l'œuvre personnelle du rédacteur; mais ici, il devient plus difficile d'indiquer l'origine de ses informations. Esd., i, 13 a, est la répétition de II Par., XXXVI, 22-23 ; l'édit de C>tus, Esd., i, 2-4, suppose un original plus ou moins remanié et traduit en langage juif; Esd., i, 5-11, est l'œuvre du rédacteur plus préoccupé d'énumérer les objets du culte et les dons reçus pour le service du temple que de narrer l'histoire du retour. A ce c. i ressemble pour la forme littéraire c. m, 1-iv, 5, que l'on peut ainsi attribuer à la même main; noter en particulier les expressions : ofTrir, hommes de Dieu, selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse, m, 2. Driver, op. cit.. p. 547. A la fin des documents araméens, le rédacteur reparaît pour .raconter comment, après l'achèvement du temple, la célébration de la Pâque s'est accomplie exactement selon les prescriptions de la loi. Esd., vi, 19-22. Dans le livre de Néhémie, l'œuvre du rédacteur apparaît moindre encore, pour ceux toutefois qui ne se re- Jusent pas à trouver trace des Mémoires d'Esdras ou de Néhémie dans les c.viii sq. Onpcutlui attribuer XII, 10, 11, 22-2n, nous faisant descendre à une époque plus récente que celle du gouverneur de Jérusalem, ainsi que xii, 44-xiii, 3, parlant des jours de ce dernier, comme d'un passé déjà lointain. De lui encore ia disposition des différentes parties d'Esdras-Néhémie. disposition qui soulève tant de problèmes historiques et chronologiques. Driver, op. cit., p. 544-554; Siegfried, Esra, Nehemia und Esther, Gœttingue, 1901, p. 7-12; Bertholet,op. cit., p. xiii- XIV ; Fischer, Die chronologischen Fragen in den Biichcrn Esra-Nehemia, dans Biblische Stiidien, Fribourg-en-Brisgau, 1903, t. viii, fasc. 3, p. 1-19.
IV. Date de composition. — A quelle époque ces éléments de provenance aussi diverse ont-ils été réunis? D'un certain nombre d'indices relevés çà et là se dégage la conclusion d'une rédaction assez tardive, postérieure à la domination persane. Dans Neh., XII, 10, 11, 22, la généalogie des grands-prêtres .-se poursuit jusqu'à Jeddoa ou Jedda, c'est-à-dire
trois ou quatre'générations après Eliasib, le contemporain de Néhémie, Neh., xiii, 4, 28; Josèphe, Ant. jud., XI, VII, 2; viii, 2, lait de Jedda le contemporain d'Alexandre le Grand ; de plus l'expression « aux jours de Jeddoa » indique elle-même un temps assez reculé dans la pensée de celui qui l'emploie. Darius le Perse, mentionné Neh., ,xii, 22, est, selon toute probabilité, Darius Codoman, qui régna de 335 à 330. Sans doute, il reste possible que ces passages soient des gloses ajoutées par quelque scribe à un livre ayant déjà reçu sa forme définitive, Vigouroux, Manuel biblique, Paris, 1899, t. ii, n. 519, mais ces constatations s'ajoutent à d'autres qui ont décidé bon nombre de critiques, même catholiques, à reporter la date de composition d'Esdras-Néhémie après l'époque où vivaient les deux principaux personnages du livre. Ainsi le rédacteur semble si éloigné du temps dont il se fait l'historien, qu'il passe sous silence des périodes considérables, Esd., vu, 1, et cela sans remarquer pareille lacune. Pour lui, les jours de Néhémie, 445 et années suivantes, apparaissent dans un passé déjà lointain, presque autant que ceux de Zorobabel, un siècle plus tôt. Neh., xii, 4G. L'expression, si fréquente sous sa plume, de « roi de Perse », Esd., 1, 1, 2, 8; m, 7; iv, 3, 5,7, 24; vu, 1, se comprend à une époque où la suprématie persane n'était plus; auparavant, en effet, elle aurait été superflue et d'ailleurs tout à fait contraire à l'usage, comme le prouvent de nombreux passages des Mémoires, où l'on dit simplement » le roi », Esd., vu, 27, 28; viii, 22, 25, 3C; Neh., 1,11; 11,1 sq.; v,4,14; vi,7,etc.,etles titres donnés aux Achéménides dans les documents officiels : le grand roi, le roi des rois ou le roi. Driver, op. cit., p. 54G, en note. Cf. aussi Aggée, i, 1,15, et Zacharie, vu, 1. Les difficultés et invraisemblances chronologiques supposent, elles aussi, un rédacteur très éloigne des événements dont la succession lui échappe; enfin la détermination de l'auteur corroborera encore la conclusion qui se dégage de cet ensemble de remarques et qui nous fait descendre aux années d'Alexandre. Kaulen, Einleitunj in die heilige Schrijl, Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 212; Pcit, Histoire des livres de l'.A.ncien Testament, Paris, 1902, t. ii, Y>. 377; Gigot, Specicd introduction io the study of the Old Testament, Kew York, 1903, t. i, p. 333; Ilolzhey, Die Biicher Esra und Nehemia, IMunich, 1902, p. 62-64 ; Fischer, op. cit., p. 1. Cf. Mangenot, art. Néhémie, du Dict. de la Bible, t. iv, col. 1577-1578.
V. Auteur. — A c[ui faut-il attribuer la rédaction d'Esdra.s-Néhémie? A en croire la tradition juive, le rédacteur définitif serait Esdras : « Esdras, est-il dit dans le Talmud, Baba balhra, fol. 15 a, écrivit son livre et continua les généalogies des Chroniques jusqu'à son temps. » Le sens de ce témoignage a été discuté; s'agit-il de notre premier livre canonique d'Esdras, ou de l'ouvrage unique comprenant aussi Néhémie? Des écrivains juifs, pour concilier l'affirmation talmudique et le titre du second li\Te: Paroles de Néhémie, fils de Hacalias, ont restreint l'attribution au premier livre. Wogue, Histoire de la Bible et de l'exégèse biblique, Paris, 1881, p. 80-82. Hypothèse assez peu vraisemblable, étant donné l'unité primitive des deux livres et le caractère d'addition tardive du titre de Néhémie. Gigot,, op. cit., p. 330-331. La tradition chrétienne et, selon quelques-uns, la tradition juive (Talmud, lac. cit.), ont attribué le plus souvent les deux livres aux deux personnages dont ils jîortent les noms. Vigouroux, Manuel biblique, t. ii, n. 515, 519. L'existence de documents de provenance diverse ne contredirait pas l'opinion traditionnelle, les deux héros de la restauration juive les ayant eux-mêmes insérés dans leur œuvre; quant aux traces de rédaction tardive, elles ne sauraient non plus
ESDRAS ET NÉHEMIE (LIVRES DE
Soulever de sérieuses difficultés, n'étant pour la plup;irt que des mots ou des phrases interpolés par des scribes ou ajoutés lors d'une revision de l'ouvrage. Cependant quelques objections restent sans réponse satisfaisante. Si Esdras est l'auteur du livre auquel il donne son nom, pourquoi cet arrêt si brusque du récit quelque temps à peine après l'arrivée du scribe à Jérusalem, pourquoi ce silence absolu sur de longues années après 516, alors que les événements de cette période ne lui étaient certes pas inconnus et que leur «xposé eût aidé à mieux comprendre sa mission? Dans le cas de Néhémie, la question la plus difficile à résoudre est celle de la différence très sensible entre les morceaux certainement authentiques et le reste du livre, sans parler des expressions déjà signalées, manifestement d'époque plus récente.
Tout s'explique, disent le plus grand nombre des critiques, si les livres sont regardés comme l'œuvre d'un compilateur ou dernier rédacteur qui n'est ni Esdras, ni Néhémie, ni un de leurs contemporains, mais bien l'auteur même des Paralipomèncs, qui, en toute hypothèse, n'écrivait pas avant le iv<^ siècle. Mangenot, art. Paralipomèncs, dans Vigourfiux,7)/V/. de. la Bible, t. iv, col. 2140-2141. Voici les raisons invoquées en faveur de la communauté d'origine des Chroniques, Esdras et Néhémie : le caractère général de ces écrits est le même; composés en grande partie de documents plus anciens, ils sont des compilations plutôt que des œuvres originales : la ressemblance dans la manière de composer l'ensemble se retrouve dans de nombreux détails : dans tous trois, il est facile de remarquer une préférence nettement accusée pour les statistiques et les généalogies. Esd., i, 9-11; vu, 1-6; vni, 1-14, 18-20; x, 20-44; Neh., m, vu, 6-73 a; X, 1-27; XI, 3-36; xii, 1-26; I Par., les premiers chapitres; la même précision se retrouve dans le détail des prescriptions cultuelles, dont l'observance s'impose rigoureusement, Esd.. m, 1-7, 8-13; vi, 15-18, 19-22; vni,35:x,l-14; Neh., vu, 73-viii, 12, 13-18; ix, 1-5, 38;x, 29-30; XII, 27,43; I Par., xiii, xv, xvi; II Par., v-vii, xxix-xxxi; le nom des lévites et des autres serviteurs du temple revient souvent sous la plume de l'auteur de l'un on l'autre livre, plus de soixante tois dans Esdras-Nchémie et cent fois environ dans les Chroniques, et ce qui rend le rapprochement significatif, c'est que les lévites, par exemple, n'apparaissent que deux fois dans Samuel, I Sam., vi, 15; II Sam., XV, 24, lîyle, op. ri7.,p. xxvii; les chanteurs du temple, si souvent mentionnés dans Esdras-Néhémie, Esd., n, 41, 65, 70; vu, 7...; Neh., vu, 1. 44; X, 28, 39; xr, 22, et non moins dans les Paralipomèncs, le sont à peine ailleurs, de même encore i)our les portiers. Esd., ii, 42, 70: Neh., x, 28; I Par., xxvi- Le vocabulaire et le style n'offrent pas moins de ressemblance que les sujets traités; quelques exemples de mots et expressions caractéristiques : chefs de famille, Esd., i, 5; ii, 68; m, 12; iv, 2, 3; Neh., vu, 70, 71; vni, 13; xi, 13, et plus de vingt fois dans les Paralipomènes; la maison de Dieu, Esd., i, 4; m, 8; VI, 22; Neh., viii, 16; xi, 16; xii, 40; xiii, 7, et plus de trente fois dans les F'aralipomèncs (ailleurs maison de Jahvé); les peuples des pays, de ces contrées, Esd., m, 3; IX, 2, 7, 11; Neh., ix, 3<i; x, 28; et Par., plus de douze fois, etc. G. Hyle, op. cit., p. xxviii- XXIX ; Driver, op. cit., p. 53.')-ôlO; Hastings, Dictioluirij 0/ Ihe Bible, t. i, p. 389-391.
Il n'y a pas seulement communauté d'origine entre les Chroniques et Esdras-Néhémie, mais encore unité primitive. Celle-ci se déduit de la façon dont se termine le premier de ces livres; le v. 21 du c. xxxvi, qui en est la fin réelle, n'est pas une conclusion ; quelque scribe l'ayant bien compris y a ajouté les versets du début d'Esdras, eux-mêmes inachevés à cette
place. Cf. II Par., xxxvi, 23, et Esd., i, 3. Theis, op. cil., p. 5-6. Ce brusque arrêt du récit à la fin des Chroniques s'explique par le fait d'une coupure plus ou moins heureuse dans un ouvTage comprenant la suite des événements qui ont précédé et suivi la captivité. La même conclusion nous est fournie par le 111'= livre d'Esdras; la narration s'y poursuit sans interruption depuis II Par., xxv, jusqu'à Neh., viii, 13, malgré quelques lacunes et additions, mais surtout sans reproduire deux fois l'édit libérateur de Cyrus, conmie le fait notre texte canonique; le traducteur ignorait donc la division tripartite actuelle, considérant nos trois livres comme un ouvrage unique- L'unité d'origine est d'ailleurs généralement admise. Kaulen, Kiel, Ilavernick, Lesêtre, Vigouroux l'acceptent, mais en tenant Esdras pour l'auteur.
Pour quelles raisons se serait faite la séparation entre les différentes parties de cet ouvrage historique? La place d'Esdras-Néhémie dans le canon juif, avant les Chroniques, suggère une réponse. La section de la Bible hébraïque, appelée les Prophètes, laissait le récit de l'histoire d'Israël au milieu de la captivité, II Re^., xxv, 27, pour le continuer, c'est-à-dire raconter le retour de l'exil, la reconstruction du temple et des murs de la ville, la dernière partie de l'œuvre du Chroniste, c'est-à-dire Esdrp.s-Néhémie, était tout indiquée, donnant la suite désirée sans reproduire le récit d'événements déjà relatés dans Samuel et les Rois. Plus tard seulement, la première partie du livre ainsi divisé aurait pris place au canon hébreu, parallèlement à l'histoire prophétique allant du livre de la Genèse à celui des Rois. Reuss, Chronique ecclésiastique de Jérusalem, Paris, 1878, p. 12-13, dans la Bible, t. VI ; Ryle, op. cit., p. lxv; Gigot, op. cit., p. 328-229.
VI. But. — Il ne s'agit pas du but poursuivi par Esdras ou Néhémie en écrivant leurs Mémoires, dont l'état fragmentaire actuel ne permet pas d'ailleurs un jugement sur l'œuvre primitive; ce qu'on peut en dire néanmoins, d'après les extraits parvenus jusqu'à nous, c'est que leiirs auteurs se proposaient, non pas de composer une sorte d'autobiograiiliie, mais d'indiquer la part prise par chacun d'eux dans la restauration juive, après la ca])tivité, l'un dans le rétablissement et la réorganisation du culte à Jérusalem, l'autre dans l'achèvement des murs de la ville et la repopulation de l'ancienne capitale du royaume de Juda. Il s'agit du rédacteur ou compilateur, du Chroniste. 11 est certain tout d'abord qu'il ne veut pas nous raconter l'histoire du judaïsme depuis la captivité jusqu'à Néhémie ; sans doute ces deux ternies marquent le commencement et la fin de son récit, mais les lacunes considérables de ce récit même, et surtout son point de vue très exclusif montrent que la composition d'une telle histoire ne rentrait ])as dans les intentions de son auteur. L'absence de tout événement de l'histoire strictement i)rofauc, l'attention toujours concentrée autour du temjile, du culte et des prescriptions légales font du livre Esdras-Néhémie. comme d'ailleurs des Paralipomènes. un récit avant tout religieux, une histoire du tem])le, de sa reconstruction, et de la vie religieuse dont il est le centre; le relèvement des murs de la cité sainte n'est raconté que parce qu'il doit contribuer à la sauvegarde du temple et de son peuple de fidèles.
Si tant d'inqiortance s'attache à la maison de Dieu, c'est qu'elle est la condiUon nécessaire de l'unité nationale et religieuse. Celte idée de l'unité est chère au rédacteur, c'est elle <(ui lui fait choisir l'histoire de l'exclusion des ennemis d'Israël s'ofTrant à participer à la reconstruction du temple, lilsd., iv, et dans les Mémoires de Néhémie le récit des difiicultés du gouverneur avec les Samaritains, ceux-ci, en effet,
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ne sauraient prétendre aux droits et privil(''ges de la communauté juive: ceux-là seuls le peuvent qui sont les véritables descendants des exilés revenus de la captivité, aussi des listes généalogiques sont- elles soigneusement établies pour maintenir dans sa pureté cette descendance. Tout ce qui la compromettrait est criminel, telles sont les unions d'Israélites avec les femmes étrangères; elles sont rigoureusement interdites et ceux qui avaient pris des compagnes pariui les filles des peuples du pays sont énumérés. Esd., x, 18-44.
En sauvegardant ainsi l'unité et la pureté de la race et de la religion, l'Israélite se conforme non seulement à la loi reçue de Jahvé, mais encore aux ordres des rois de Perse. Esdras, à la tête du mouvement de réforme religieuse, est l'envoyé d'Artaxerxès, il en a reçu plein pouvoir pour imposer à tous ses compatriotes tout ce qui est selon la loi du Dieu du ciel, et pour sévir impitoj'ablement contre quiconque oserait contrevenir aux ordres de Jahvé qui sont aussi ceux du grand roi. Esd., vu, 23, 26. Que les Samaritains et autres adversaires des Juifs ne s'autorisent pas de l'appui et de l'approbation des maîtres de la Perse pour empêcher la restauration d'Israël, leur opposition est illégitime, le bon droit est du côté des Juifs, le rédacteur tient à le démontrer, de là l'insertion dans son récit des documents araméens. Holzhey, op. cil., p. 9-10; Fischer, op. cit., p. 1-3. Ces idées maîtresses, dont il est facile de suivre la trame à travers les différentes parties des livres d'Esdras et de Néhémie, en maintiennent l'unité malgré leur caractère de compilation.
VII. Valeur iiisxoriQUE. — La conception traditionnelle, qui voit dans Esdras-Néhémie l'histoire des commencements de la communauté juive après l'exil et date les événements selon l'ordre chronologique qui leur y est assigné, a eu à subir depuis un demi-sîècle de nombreuses contradictions : les grandes lignes de cette histoire ont été bouleversées, la véracité des documents qui permettaient de l'établir a été niée ou tout au moins très suspectée, la chronologie a été déclarée incompatible avec la suite réelle des faits: en un mot, si l'on excepte les Mémoires de Néhémie, rien dans les deux livres qui n'ait été mis en question. Il importe donc, après un rapide coup d'œil sur l'état de la critique historique, de montrer ce que l'historien d'Israël peut encore demander à ces livres de notre Bible, quels matériaux il peut y puiser et dans quel ordre les agencer pour restituer à cette période si intéressante de la vie du peuple hébreu, sa physionomie originale.
Dès 1867, Schrader, Die Douer des zweilen Tempelbaues, dans Theologischc Sludien und Kriliken, p. 460-504, se refusait à admettre l'essai de reconstruction du temple, dans la deuxième année du retour, pour la raison qu'on n'en trouve aucune trace avant la deuxième année de Darius, ni dans l'extrait araméen du c. v d'Esdras, ni dans les prophètes contemporains, Aggée et Zacharie; l'origine de cette erreur chronologique serait à rechercher dans l'hypothèse qui regardait les exilés comme animés d'un zèle très ardent et trop dévoués à la cause de l'ancienne religion pour laisser passer une quinzaine d'années avant d'entreprendre la reconstruction du sanctuaire national. Kosters s'en est pris à l'ensemble de l'histoire traditionnelle; d'après lui, le récit du retour sous Cyrus ne serait qu'une invention tardive et tendancieuse, la reconstruction du temple serait l'auvre des Israélites restés dans le pays, ayant à leur tête Zorobabel et Josué; l'unique retour serait celui d'Esdras, encore faudrait-il le placer pendant le deuxième séjour de Néliémie à Jérusalem, vers 432. Hci Herstel van Israël in het perzische tijdrak, I.eydc,
1894;trad. allemande : Die Wiederherslellung Israels in der persisch. Période, par H.isedow, Heidelberg, 1895. Dans le même sens, avec des nuances diverses^ Maniuart, Wildeboer, Cheyne. Tout en rejetant la thèse de Kosters, Wellhausen lui concédait la présence en Palestine, lors de la restauration, d'une bonne partie de l'ancienne population et, plus encore que le critique hollandais, mettait en doute l'authenticité des documents araméens, Esd., iv-vi. Die Riickkehr der Jiiden ans dem babylonisehen Exil, dans- Gôttinger Gelehrlen Anzcigen, 1895. Cette défiance vis-à-vis des documents araméens, Kuenen et Stade l'avaient déjà éprouvée et Noldeke ne voyait dans le décret d'Artaxerxès, Esd., vu, que pure fiction. Contre cette tendance des critiques, abandonnant l'une après l'autre les différentes parties d'Esdrascomme non historiques, Ed. Mej'er réagit vigoureusement dans son ouvrage : Die Enlslehung des Jiidentiims. Halle, 1896, brillant plaidoyer en faveur desdocuments conservés dans le livre d'Esdras. Wellliauscn en essaya une réfutation, ne voulant voir dans les prétendus documents qu'une forme dramatique d'exposé. Gôit. Gel. Anz., 1897, p. 89-97. Cf. la réponse d'Ed. Meyer, Julius Wellhausen und meine Schrijl « Die Enlslehung des Judentums », Halle, 1897.
Renrn, drns scn Histoire du peuple d'Israël, Paris, 1893, t. iv, p. 99, note 2, écrivait : « Tout en considérant les Mémoires d'Esdras comme une œuvre artificielle, il est permis d'en retenir quelques traits que le faussaire aurait empruntés à une tradition sérieuse ou aux données historiques générales du temps. » Ce n'était cependant pas l'opinion généralement reçue parmi les critiques sur la valeur des Mémoires d'Esdras, lorsque Torrey entreprit de démontrer que ces Mémoires attribués au scribe Esdras, ainsi qu'une partie de ceux mêmes de Néhémie, n'étaient que l'œuvre du Chroniste, par conséquent sans valeur historique. The composition and historicai Value of Esra-Nehemia, Giessen, 1896, supplément à la Zeilschrijl fiir die aUtestamentlichc Wissenschafi. Le succès fut médiocre et à quelques rares expressions près, H. P. Smith, Old Testament History, Edimbourg, 1903, p. 390; Poster Kent, Israel's historicai and biographical narratives, New York, 1905, p. 29-34, dans The Studcnts Old Tcslament; G. Jahn, Die Bûcher Esra und Nchemja, Leyde, 1909, p. i-vi, les critiques continuèrent à considérer les Mémoires d'Esdras et de Néhémie comme des documents de grande valeur historique. Cf. Torrej', Ezra studies, Chicago, 1910,
p. VII-VIII.
Il y a donc lieu d'établir le caractère de véracité de textes si importants et si contestés.
1° Mémoires de Néhémie. — Tous s'accordent à reconnaître leur authenticité (même Torrey et Jahn, au moins pour une partie). « Dans ses derniers jours, dit Renan, il (Néhémie) écrivit son autobiographie, et ce curieux document, un des plus précieux de !a littérature hébraïque, nous a été transmis avec de légères altérations provenant du compilateur des Chroniques. Peu d'écrits portent un cachet aussi personnel. » Op. cit., p. 93. Ces Mémoires sont, en effet, « d'une authenticité indiscutable et respirent une sincérité d'accent qui rend très sympathique un écrivain racontant avec simplicité ce qu'il a fait. » Mangenot, art. Néhémie, dans le Dict. de la Bible, t. iv, col. 1578.
2° Mémoires d'Esdras. — La question n'est plus aussi simple. Sans doute beaucoup, le plus grand nombre y voient comme dans les précédents un écrit authentique, mais l'afilmiation a besoin d'être prouvée. Les principales raisons pour lesquelles certainscritiques (voir plus haut) croient devoh- refuser la composition des Mémoires à Esdras sont les sui-
ESDRAS ET NÉHÉMIE (LIVRES DE
vantes : Le vocabulaire et la syntaxe sont ceux du compilateur dont la manière d'écrire bien caractérisée se retrouve non seulement dans quelques parties des livres d'Esdras-Néhcmie, mais surtout dans Esd., vii-x, et Neh., viii-x, passages précisément regardés comme extraits de l'œuvre personnelle du scribe. Torrey, Ezra Siudics, p. 240-248. Toute l'histoire du rôle d'Esdras est fort improbable : les circonstances rendaient diflicile, pour ne pas dire impossible, l'application des mesures que pourtant il serait parvenu à imposer, le silence de Néhémie d ailleurs au sujet d'Esdras est bien significatif.non moins que celui du fils de Sirach et de l'auteur du II'' livre des Machabées, pour lesquels Néhémie apparaît le •seul et véritable champion du judaïsme a cette époque. Ecch., xlix, 12 sq.; II Mach., i, 10 sq. Les , prétendus Mémoires d'Esdras ne renfermeraient en | conséquence qu'une légende inventée de toutes pièces | par la réaction sacerdotale et lévitique qui se produisit après la mort de Néhémie; il ne convenait pas, en effet, de laisser à un héros laïque toute la gloire de la restauration juive, on lui donna donc un collègue de l'ordre sacerdotal avec un rôle parallèle au sien et des Mémoires analogues; le légendaire Esdras de la littérature apocryphe et talmudique fait ainsi son apparition dans les livres canoniques.
L'argument tire du vocabulaire et du style, réduit à de plus modestes et plus justes proportions, n'oblige Tiullement à renoncer à l'authenticité des Mémoires d'Esdras. Un examen attentif des mots et expressions prétendus caractéristiques du Chroniste montre que, pour une part, il s'en trouve dans d'autres écrivains post-cxiliques, et que pour une autre, ceux rencontrés en fait dans les Mémoires et les Paralipoménes seulement, quelques-uns sont dus à la mise en œuvre des Mémoires par le Chroniste, quelques autres s'expliquent par la commune origine des deux auteurs. Il y a plus, bien des expressions caractéristiques du Chroniste sont absentes des Mémoires, surtout des prières, Esd., ix, G-15, et Neh., ix, 6-38; on y retrouve plutôt l'influence du Deutéronone, celleci complètement étrangère aux Paralipomènes. G. A. Smith, Ezra and Nehemiah, dans E.rposilor, juillet 1906, p. 5-6; Joh. Geissler, Die litterarisclwn Beziehungen der Ezramemoricn insbes. zur Chroiuk iind dcn hexateuchischen Qitellschriltcn, Cliemnitz, 1899. Quant aux dinicultés d'ordre historique, elles sont réelle» sans doute, mais plusieurs tiennent à la chronologie actuelle du livre, et si l'ordre de succession Néhémie-Esdras, i)roposé par quelques critiques, est le véritable, bien des prétendues invraisemblances de la mission d'i:sdras disjiaraisscnt de ce fait. Voir plus loin. L'omission du nom du scrilie dans le catalogue des personnages qui ont illustré riiistoirc d'Israël est certes étrange, ne peut-elle pas s'expliquer dans une certaine mesure par l'importance, dans 1 nuvre de la restauration juive, du rôle de Néhémie que n'avait pas encore relégué au second plan la légende d'Esdras? Demeurât-elle d'ailleurs inexi)liquée, elle ne saurait prévaloir contre les bonnes raisons qui militent en faveur de rauthcnlicité des Mémoires. Faire du Chroniste l'auteur de récits si riches en détails, en incidents, c'est ne pas tenir comi)te de sa manière d'écrire qui laisse si peu de place h l'invention, c'est oublier que l'Esdras des Mémoires est avant tout un scribe versé dans la Loi de Moïse, tandis que l'Esdras qu'aurait imaginé le compilateur aurait été avant tout prêtre, comme il apparaît dans quelques passages remaniés ou ajoutés. Notons en lin que les Mémoires n'étaient pas un genre littéraire inconnu en Israël au V' et au iv siècle; sans parler de ceux de Néhémie dont nous fixerons la date, on |)eut retrouver dans les écrits composés i)rndant ou avant l'exil,
surtout chez les prophètes, maints passages ayant la forme de mémoires ; n'est-ce pas le cas surtout pour le livre d'Ézéchiel? .
3° Documents araméens.— Ils sont très importants pour l'histoire de la restauration juive si leur valeur documentaire, objet de nombreuses discussions, peut être établie. Tandis que Kosters, Wellhausen, Torrey, H. P. Smith, etc., leur refusent à peu près tout caractère historique, la majorité des critiques, tout en V reconnaissant la trace de quelques modifications introduites par les rédacteurs juifs, en maintient l'authenticité. Beaucoup se sont ralliés a la thèse d'Ed. Meyer qui voit dans les documents conservés au livre d^'Esdras les copies des originaux eux-mêmes, ainsi Cornill, Siegfried, Bertholet, Guthe, Budde.
De ces textes, les uns, Esd., iv-vi, faisaient partie d'une histoire écrite en araméen, les autres, Esd., vil, des Mémoires, tous par conséquent, en passant ainsi par plusieurs mains, ont été exposés à quelques remaniements que la critique sait distinguer sans renoncer à l'authenticité. Pas de dinicultc non plus du fait de la rédaction de ces documents en araméen, puisque c'était la langue olTicielle des Achéménides dans leurs relations avec les provinces de l'Ouest. Le persan, en effet, ne pouvait convenir pour les communications à faire aux sujets de ces régions dont il importait d'emprunter la langue : l'aramécn. Ce souci de se mettre à la portée des différents peuples de l'immense empire se retrouve jusque dans les inscriptions royales; certaines sont accompagnées de traduction dans les langues de Babylone et de Suse, d'autres le sont d'une version hiéroglyphique (insr cription du canal de Suez), d'autres d'un texte grec. Meyer, op. cit., p. 9-10. Depuis longtemps, d'ailleurs, l'araméen s'imposait comme la langue des relations entre les provinces de l'Ouest. II Reg., xviii, 26, c< Quand la domination persane succéda à la chaldéenne (538), l'araméen ne perdit rien de son importance, il demeura la langue ofTicielle de l'empire dans toutes les provinces occidentales : on le retrouve sur les monnaies de l'Asie-Mineure, sur les papyrus et les stèles de l'Egypte, dans les édits et la correspondance des satrapes et même du grand roi. » Maspero, Histoire ancienne des peuples de fUricni, Paris. 1904, p. 776. Pour les relations avec l'Egypte elle-même, I en effet, l'araméen s'était imposé. Corpus inscriptio- I num seniiticarum, Paris, t. ii, n. 138, 144, 146, 147: î Clcrniont-Ganneau, Origine perse des monuments I aramcens d'Égi/pte, 1880. Rien donc que de très vraisemblable dans la rédaction en langue araméenne I de CCS documents du livre d'Esdras, dont le carac- I tcre officiel est manifeste. D'après Ed. Meyer, op. cit., p. 21 sq., ce serait des traductions olliciellcs, ! reconnaissablcs h l'emploi de mots, d'expressions et de constructions d'origine persane: hriinkel et Lohr ' ont combattu cette hypothèse, Zcitschrifl fiir die alllestamentlictw Wisscnscluifl, 1900.
Comment ces documents ont ils pu parvenir jusqu'ù l'auteur juif qui le premier les a utilisés? La destination de plusieurs d'entre eux en faisait des écrits publics; ce sont, en effet, des ordonnances aux instructions desquelles devaient se conformer tous les .luifs; favorables ou non à leur cause, elles devaient leur être manifestées, et celles qui i)ortaient mention de i)rivilèges octroyés avaient leur place marquée dans les archives du temple. La découverte de linscriplion de (ladata, contenant une décision du roi des rois, Darius, fils d'Ilystaspe,cn faveur des serviteurs du sanctuaire d'.Apollon en conflit avec le fonctionnaire royal Gadata, est venue confirmer ces conclusions sur la réalité historique, le caractère public et la conservation par les intéressés de ces sortes do rescrits. Bulletin de iorrcspondcmcc hellénique, t. xiu.
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p. 529; Ed. Meyer, op. cit., p. 19-21. Pour ce qui est des lettres de gouverneurs aux rois de Perse et de leurs réponses, il est plus dillicile d'en établir le caractère public, encore que l'on puisse dire que la plainte de Réhum, par exemple, n'était pas seulement formulée dans l'intérêt, mais au nom des habitants de la Palestine, qui pouvaient ainsi en connaître le texte. Meyer, op. cit., p. 19. Peut-être ont-elles été connues par quelque juif bien placé à la cour des rois de Perse, comme Daniel ou Néhémie, pour rechercher dans les archives royales les pièces intéressant l'histoire d'Israël, et intervenir au besoin en faveur de ses compatriotes; ainsi le prêtre Uzal.jor usa de son influence à la cour persane au bénéfice des Égyptiens. Cheyne, -Dos religiôse Leben derJudcn nach demExil, trad. allemande par Stocks, Giessen, 1899, p. 41 sq. Le texte araméen qui relie les difl'érents documents autorise l'hypothèse de leur première mise en œuvre par un juif vivant à la cour des Achéménides, l'araméen étant, en effet, la seule langue susceptible d'être comprise par des lecteurs juifs et perses; de plus, quelques passages indiquent que la composition ne se fit pas en Palestine. Esd., iv, 23; v, 5.
A ces considérations générales on peut en ajouter quelques autres, plus spéciales, corroborant la valeur de chacune des pièces conservées en araméen.
1. Échange de lettres entre le gouverneur Réluiin cl Artaxerxès. — • L'attitude du roi, opposé ici aux projets des Juifs, paraît en contradiction avec les autorisations données à Esdras. Esd., vu, 12 sq. Si l'on remarque que, dans le premier cas, il est question de la reconstruction des murs de la ville, et dans le second, de la restauration du culte, on ne trouvera plus matière à contradiction, moins encore si, comme le veulent quelques-uns, la lettre, Esd., iv, 18-22, est d'Artaxerxès P'', et le firman, Esd., vu, 12-2G, d'Artaxer.xès IL La prétendue couleur judaisante de certains passages exaltant l'antique gloire de Jérusalem n'est en réalité qu'un moyen habile ou de faire croire au danger ou de rehausser l'éclat des victoires remportées jadis par les ancêtres du roi. Même habileté dans le choix des prétextes invoqués contre les Juifs, à savoir, leur refus de payer l'impôt et le tribut, une fois qu'ils se sentiraient à l'abri derrière leurs murailles reconstruites. Esd., iv, 15, 19, 20.
2. Échange de lettres entre le gouverneur ThaUianai et Darius. Esd.,v, 6-vi, 12. — La lettre deThathanaï (Sisinnès selon III Esd., vi, 3) au roi Darius n'offre I)as de difliculté, si nous laissons de côté la question de l'essai de reconstruction du temple, mentionnée au c. III. Voir plus loin. Incertain de la légitimité de l'œuvre entreprise par les Juifs, le gouverneur informe son souverain dans une lettre où l'influence
^-de la langue persane ne serait pas étrangère. Meyer, op. cit., p. 29, 43. Si Kosters refuse l'authenticité à ce document, c'est qu'il nie, sans raisons suffisantes, voir plus loin, le retour sous Cyrus et la première tentative de reconstruction. La réponse de Darius, fils d'Hystaspe, est précédée d'un extrait de l'autorisation donnée jadis par Cyrus. Cf. Esd., i. Le fait de la découverte de ce texte à Ecbatane, résidence d'été des rois de Perse, est une preuve de la véracité du récit, un faussaire d'époque tardive aurait, en effet, placé cette découverte à Babylone ou du moins à Suse. Meyer, op. cit., p. 47-48. Quant à la teneur du décret de Darius, elle est tout à fait conforme à ce que nous savons de ce roi. Pour lui, une fois le texte de la décision de Cyrus retrouvée, la chose était jugée. Comme dans l'inscription de Gadata, il s'en rapporte à la manière de voir de ses ancêtres : àyvooiv i^ixà-/ tioo- YÔvwv Et; TÔv Oeôv..., et la part qu'il prend dans la construction du temple et la célébration quotidienne du culte, toutes deux assurées par la perception d'im-
pôts de l'autre côté du fleuve, n'a pas lieu d'étonner, lorsque l'on sait son attitude nettement favorable aux cultes étrangers aussi bien en Asie-Mineure qu'en Egypte. Inscriptions de Gadata et de Uzal.ior; dans cette dernière Ntariuth (Darius) donne des ordres afin que le nom de tous les dieux, leurs temples, leurs revenus et leurs fêtes soient conservés à jamais, Brugsch, Geschichte ^Egyptens, 1877, p. 748 - 751 ; Hérodote, vi, 97, rapporte que Datis, général de l'armée perse, épargna les habitants de Délos, ayant reçu l'ordre de son roi Darius de ne faire aucun mal aux hommes du pays qui a vu naître Apollon et Diane. L'expression Dieu du ciel, 9, 10, n'est pas à rejeter,, elle n'efl'arouchait pas l'esprit de tolérance des rois de Perse, elle correspondait à celle employée dans la demande de Thathanai, Esd., v, 11, et était d'ailleurs fréquemment usitée dans la désignation des divinités syriennes. Bertholet, op. cit., p. 27. Le supplice réservé aux transgresseurs de l'ordre royal, Esd., v, 11, est manifestement d'origine persane. Hérodote, m, 159. Cf. Schrader, Die Keilinschriflen und das Allé Testament, 2« édit., Berlin, p. 378, 616. Enfin, la menace du V. 12, qui semble viser le roi lui-même, y a fait voir une glose de l'époque du persécuteur Antiochus Épiphane, il s'agit tout simplement des voisins d'Israël, avertis de n'avoir plus à s'opposer, comme par le passé, à la reconstruction du temple, sous peine: des plus sévères châtiments.
3. Le rescrit d'Artaxerxès. Esd., vu, 11-26. — n Le roL n'y parle pas comme un fidèle de Zarathustra, mais comme un croyant Israélite. » Kuenen, Éinleitung,. t. Il, p. 166. A cause de la couleur juive de ce passage, beaucoup, en eflet, refusent d'j' voir un document authentique, Kosters, Cheyne, Cornill, Wellhausen,. Torrey, Jahn. L'énumération des animaux du sacrifice, 17, des différentes classes de serviteurs du temple, 24, le ton général que pourrait revendiquer un adorateur de Jahvé, tout cela dénoncerait un rédacteur juif, le compilateur lui-même. Quelquesuns ont supposé, et non sans vraisemblance, que les termes mêmes du décret avaient été inspirés par Esdras, à qui serait due la précision nécessaire dans les ordres relatifs à la réorganisation du culte, Meyer, Nikel, Bertholet; le texte original serait l'araméen,. destiné qu'il était aux compatriotes d'Esdras auprès desquels il fallait l'accréditer. Nikel, Die Wiederherstellung des jiidischen Gemeinwesens nach dem babylonischen iix//, Fribourg-en-Brisgau, 1900, p. 170. D'autres voient dans les traits spécifiquement juifs l'œuvre du Chroniste, remaniant un document dont la valeur historique n'en demeure pas moins; on peut ainsi l'établir : un décret royal était nécessaire à Esdras pour entreprendre son œuvre, il a trouvé sans doute une place dans les Mémoires; le cas est tout à fait analogue à celui de Néhémie sollicitant avant son retour des lettres pour les gouverneurs de l'autre côté du fleuve. Neh., ii, 7. Le zèle pour l'accomplissement de la loi de Jahvé s'accorde bien avec la politique des rois pa'iens en général, dont le panthéon était hospitalier pour toutes sortes de divinités et avec celle des rois de Perse en particulier, cf. inscriptions de Cyrus, de Gadata...; et n'est-ce pas le fait d'un habile politique que d'imposer en même temps le respect des lois religieuses et des lois civiles? quiconque n'observera pas la loi de son Dieu et la loi du roi, qu'il soit fait de lui exacte justice, 26. Le titre de roi des rois donné à Artaxerxès est un des titres employés dans les inscriptions royales, le compilateur aurait écrit roi de Perse. Enfin ce que le souverain avait entendu raconter par Esdras, viii, 22, était bien fait pour le décider à la bienveillance; le Dieu du ciel, à Jérusalem, était en eflet un Dieu puissant qu'il convenait d'honorer en favorisant son culte afin que « sa colère ne vienne
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pas sur le roj'aume, sur le roi et sur ses fils, » vu, 23. Meyer, op. cil., p. GO-70; Fischer, op. cit., p. 6-9. 4. Les listes. — ■ Les listes nombreuses de noms propres, qui se rencontrent dans Esdras-Néhémie comme dans les Paralipomènes, étaient exposées de la part de ecteurs ou de copistes négligents ou trop zélés à subir maintes modifications. Mais dans l'ensemble leur authenticité ne peut être sérieusement contestée. Kosters, Torrey, Marquart n'accordent pourtant aucun crédit à la liste d'Esdras, ii;Xeh., vu. Ce serait, d'après eux, une pièce dont le cadre historique doit être cherché à l'époque d'Esdras et de Néhémie, renfermant «les noms de tous ceux qui, à Jérusalem comme hors de la ville, appartenaient à la communauté juive nouvellement établie > après le retour d'Esdras. Kosters, op. cil., p. 102. S'il en était vraiment ainsi, ne devrait-on pas tout d'abord retrouver dans cette liste le nom d'Esdras, qui n'y figure pas, non plus d'ailleurs que celui de plusieurs familles, David, Sechenias, Joab, Selomith, revenues de Babylone en même temps que le scribe? Esd., viii, 3, 5, 9, 10. De nombreux indices, au contraire, dénoncent une rédaction de très peu postérieure au retour de l'exil; le titre de la liste dans les deux passages; le point de départ de certaines familles, 59; le caractère provisoire de la situation, insinué au v. 63; la mention des bêtes de somme et l'importance attachée à ce détail, 66-67; les mesures prises, 50, 63, tout à fait de circonstance, lors de l'établissement dans le pays, de colons nouvellement arrivés; l'offrande d'orivements sacerdotaux sans doute pour restaurer le culte, rien de tel parmi les trésors qu'Esdras rapporte avec lui à Jérusalem, ni parmi les dons que le peuple s'engage à fournir sous la direction de Xéhémie, car alors le culte était réorganisé. Quant au désaccord entre le chiffre total des émigrants, 42 360, le même aux trois endroits, Esd., ii, 64; Xeh., vir, 6G; III Esd., 41 (42 340), et la somme obtenue en additionnant les chiffres indiqués pour les différentes familles 31 089, Xeh., 29818, Esd., 30141, IIIEsd., il s'explique par le mauvais état de conservation du texte, par les omissions des noms de famille, par les fausses transcriptions de chiffres, c'est ainsi que la famille de Megbis, mentionnée dans Esd., ii, 30, est absente dans Xeh., et que la différence des nombres donnés dans les listes d'Esd. et de Xéh. pour la famille d'Azgad est de 1 100. Le cliiffre total des rai)atriés resterait, dit-on, beaucoup trop considérable et hors de proportion avec celui des captifs, déportés en Babylonie. Un shîiplc COU]) d'oeil sur les derniers temjjs de l'histoire de .luda prouve qu'il n'en est rien. La double déportation, qui eut lieu sous les règnes de Joachin, 597, et de Sédécias, 586, avait enlevé non seulement la partie la plus influente de la i)opulation, mais aussi la plus considérable. IV Heg., xxiv-xxv. Le texte de Jérémie, Lit, 28-30, n'y contredit pas. Van IIoonacker,A'ouye//f.séludes sur ta restauration juive après l'exil de Babylone, p. 47-57. La relation de la campagne de Sennachérib contre fizéchias, roi de .luda, donne une idée de l'importance de ces déportations : 200150 hommes petits et grands, hommes et femmes... furent \r.\T moi emmenés de che?, eux comme butin. Inscription du cylindre hexagonal, dit de Taylor, publié dans Rawlinson, The cunci/orm inscriptions of Ihe Western Asia, t. I, pi. 37-42; cf. Vigouroux, La liihle cl les découvertes modernes, Paris, 1896, t. iv, j). 28. Le nombre des déportés, déjà élevé en 586, l'était encore davantage à l'avènement de Cyrus; les .luifs, véritables colons, menant sur la terre étrangère une existence très supportable, n'avaient pu manquer de s'accroître, Jer., XXIX, 4-7, et ainsi, même en ne comptant que des hommes dans le nombre de 42360 selon la manière israélilc, ce qui peut faire 150 à 200000 pour l'ensem-
ble des rapatriés, on n'arrive pas à la prétendue disproportion avec le nombre des Juifs partis autrefois en exil. Van Hoonacker, Nouvelles éludes, p. 31-66; Smend, Die Listen der Biicher Esdras und Kchemias^ BâIe, 1881; Sellin, Sludien zur Enlslehungsgeschichte der jiidisch. Gemcinde nach d. babijl. Exil, Leipzig, 1901, p. 104-115; Meyer, op. cit., p. 190-198; Kosters,. op. cit., p. 29-42; Xikel, op. cit., p. 71-80.
5. Œuvre du rédacteur. — o) Édit de Cijius cl retour des exilés sous Sassabasar (hébreu : Sêsbaxxar). Que l'cdit de Cyrus, Esd., i, 2-4, ne soit pas un extrait littéral de l'original, c'est ce qu'indique le titre de roi de Perse donné au libérateur; qu'il ne soit pas digne de foi, c'est ce qu'on ne saurait démontrer; quelques remarques confirmeront sa valeur historique. Le début ; « Ainsi parle » est celui qu'on pouvait attendre d'un document émanant de la cour persane. Cf. la grande inscription de Darius, Vigouroux, op. cit.^ t. I, p. 163; Halévy, Cyrus et le retour de l'exil, dans la Revue des éludes juives, juillet 1880. L'expression : Dieu m'a donné tous les royaumes de la terre, n'est pas sans analogie non plus dans les inscriptions royales. La double autorisation de revenir à Jérusalem et d'y reconstruire le temple rentre dans les mesures générales prises par Cyrus; habile politique, il rendait à la liberté tous ceux que Babylone avait assujettis, s'en faisant par là des amis et des alliés : « J'ai fait retourner tous les peuples dans leur patrie, » dit-il lui-même dans une inscription découverte en 1879. Halévy, loc. cit.; Vigouroux, op. cit., t. iv, p. 404-419. Sans doute, Juda n'y est pas mentionné, non plus que son dieu Jahvé, mais l'attitude de Cyrus vis-à-vis des divinités étrangères nous rend très vraisemblable sa bienveillance pour le dieu des Israélites et son peuple : « Puissent tous les dieux que j'ai ramenés dans leur ville, dit Cj'rus dans la même inscription, puissent-ils tous les jours devant Bel et Xabu demander la prolongation de mes jours et m'exprimer leur bienveillance... » Cf. Van Hoonacker, Notes sur les lignes 30 sq. de l'inscription du cylindre de Cyrus, dans les Mélanges Charles de Harlez, 1896, p. 325 s((.
De l'authenticité de l'édit de Cyrus ne découle pas nécessairement la vérité du retour immédiat des exilés. Pour la nier, on s'appuie surtout sur l'attitude des ])rophètcs Aggée et Zacharic, qui « ne font jamais allusion à un événement aussi considérable que celui du retour de la captivité; ils supposent toujours, au contraire, avoir affaire aux restes de la nation, que la déportation chaldéenne n'avait pas atteints; ils supposent que la Gala, la communauté morale des exilés,, vit encore dispersée loin du territoire. Les premières colonies de rapatriés n'auraient été amenées que bien ])lus tard par Esdras. Esd., vu sq. » Et voici comment, d'après Kosters, on aurait daté du règne de Cyrus le retour : la lecture des prophéties du Deutéro- Isaïe, où Cyrus est désigné comme l'instrument dont Jahvé devait se servir, fit naître a|)rès coup la persuasion qu'en effet c'était à (^lyrus que Jérusalem était redevable de son tcm|ile rebâti, et qu'aussitôt après sa conquête, le vaiiuiucur de Babylone avait envoyé en Judée un officier du nom de Sassabasar avec mission de relever de ses ruines le sanctuaire de Jahvé. L'existence dans la section aramécnnc, Esd., v-vi, des restes de deux documents, dont l'un aurait complètement ignoré une part (luclconquc, j)rise i)ar Cyrus dans la reconstruction du temple, justifierait encore cette reconstruction de l'histoire. Cf. Van Hoonacker, Nouvelles études, p. 18-31; Les douze petits prophètes, Paris, 1908, p. 539-540. Si les ])roi)liètes Aggée et Zacharic appellent leurs compatriotes le reste du peuple ou de ce peuple, Agg., i, 12, 14; II, 2; cf. Zacli., vm, 6, 11, 12, ils n'entendent pas pour cela désigner uniquement ceux que la dépor-
ESDRAS ET NEHEMIE (LIVRES DE
tation chaldéenne de 586 avait épargnés et laissés dans le pays, car les Judéens emmenés en captivité, et ceux qui, plus tard, revinrent de l'exil, étaient, eux aussi, un reste, le reste du peuple d'autrefois, aussi bien et au même titre (pie ceux restés dans le pays; dans les anciens prophètes, l'expression s'employait couramment pour désigner le peuple de l'avenir renouvelé par l'épreuve. Van Hoonacker, Nouvelles études, p. 67-68. On peut trouver d'ailleurs dans Aggée une allusion au retour qui suivit de très près la chute de Babylone : tous les maux qui ont frappé récemment le peuple sont survenus, dit Jahvé, « à cause de ma maison qui est en ruines tandis que vous vous empressiez chacun pour sa maison, » Agg., i, 9, reprochant par là aux Juifs leur attitude, durant les dernières années écoulées, pendant lesquelles ils auraient été plus préoccupés de bâtir et d'installer définitivement leur propre demeure que de reconstruire le temple; n'est-ce pas la situation d'une population nouvelle, établie depuis peu dans le pays? Pour le prophète Zacharie, « loin de ne faire aucune allusion au retour de la captivité, il atteste de la manière la plus formelle qu'à son époque le grand événement venait de s'accomplir. Toute la prophétie de Zacharie le suppose. Aux c. vii-viii, il est proclamé que le temps de l'épreuve est fini pour le peuple juif; les jours de pénitence, y compris celui qui célébrait le souvenir de la dispersion de la nation, sont changés en jours de fête 1 Aux c. i-vi, le prophète célèbre la délivrance du peuple dans une série de visions prophétiques..., cette délivrance est un fait actuel, aussi bien que celui de la reconstruction du temple, aussi bien que celui du châtiment de Babylone. Enfin au c. vi, 9-15, Zacharie affirme en termes explicites que la Gola, les Juifs revenus de Babylone sont établis en Judée. » Van Hoonacker, Nouvelles éludes, p. 87-88. Cf. son commentaire de Zacharie.
h) Reconstiuclion du temple. Esd., iii-iv, 5. — La seconde année du retour, Zorobabel, Jusué et leurs ■compagnons commencèrent les travaux du nouveau temple, les fondements en furent posés et solennellement inaugurés, m, 1-8. Après avoir refusé le concours « des ennemis de Juda et de Benjamin )>, les rapatriés furent empêchés par les intrigues de ces derniers de continuer les travaux qui ne purent être repris qu'en la seconde année de Darius, iv, 1-5, 24. Cette représentation des premiers temps du retour est-elle exacte, n'est-elle pas plutôt une invention tendancieuse du Chroniste, contredite par le récit araméen d'Esd., v-vi, et surtout par Aggée et Zacharie?
Notons d'abord le caractère de parfaite vraisemblance intrinsèque qui distingue le récit en question. Si les exilés sont revenus en Judée, c'était pour réédifier le temj)le de leur dieu. L'autel qu'ils avaient élevé sur le lieu saint et auquel Aggée fait incidemment une vague allusion, ii, 14, les dons que le peuple et ses chefs s'étaient empressés d'ofl'rir témoignent du zèle dont les compagnons de Zorobabel étaient animés pour la restauration immédiate du culte. Le but assigne à l'expédition des émigrants était, d'après l'édit, conforme en cela aux données des inscriptions de Cyrus, le relèvement des murs du temple; aussi l'empressement des Juifs rapatriés à l'entreprendre est-il très naturel. Le rôle hostile attribué aux populations semi-païennes d'alentour porte, lui aussi, la marque de l'histoire; la mention d'Asarhaddon, iv, 2, « comme auteur de la colonisation de la Palestine, est en harmonie avec les renseignements fournis par les inscriptions et ne peut avoir été suggérée au narrateur q^ie par des témoignages précis et sûrs touchant les faits qu'il raconte. «Van Hoonacker, Les douze petits prophètes, p. 544. Cf. Nouvelles études, p. 138 150.
Quant à la contradiction entre Esd., m et v, elle n'existe pas. La lettre adressée à Darius sait que Sassabasar, au commencement du règne de Cyrus, est venu à Jérusalem poser les fondements du temple, V, 16; la donnée de v, 1-2, au sujet de la construction du temple à la voix des prophètes Aggée et Zacharie n'est pas incompatible avec la supposition qu'il s'agit « de la reprise des travaux, de la construction de l'édifice lui-même sur les assises déjà existantes, bien que sans doute détériorées et à remettre en état après quinze ans d'interruption. » Le y. 1 d'ailleurs n'est pas le début du récit, ce début se trouve au verset précédent, iv, 24, lui-même à rattacher directement à IV, 1-5, dont il continue la narration interrompue par l'insertion indue de iv, 6-24, relatif à l'afiaire de la reconstruction des murs.
Le témoignage d' Aggée et de Zacharie, souvent invoqué contre le caractère historique d'Esd., m ne lui est pas contraire. Au >. 2 du c. i d'Aggée, la parole du peuple : « le temps n'est pas encore venu de bâtir la maison de Jahvé, » peut s'entendre de la reprisedes travaux, interrompus à la suite des menées hostiles des populations rivales d'alentour, qui avaient provoqué un revirement dans les dispositions du roi, d'abord favorables aux Juifs. L'occasion de reprendre l'œuvre ainsi restée inachevée ne se présente que lors de l'avènement de Darius, fils d'Hystaspe, grâce, en particulier, aux guerres qui se déchaînèrent et naturellement détournèrent l'attention de Jérusalem; les circonstances se prêtaient alors à merveille à l'accomplissement de la grande entreprise, « le moment était bien choisi quand Aggée se leva pour reprocher à ses compatriotes leurs longs retards et stimuler leur zèle. » Van Hoonacker, Les douze petits prophètes, p. 546. « Le jour de la fondation du temple, u Agg.,
II, 15-19, s'entend, dans la pensée du prophète, d'un terme fixé à distance dans le passé pour servir de point de départ à la considération des épreuves endurées depuis lors; c'est ce que prouve l'emploi de la particule ]~i^, Icmin, qui jamais a ne sert à introduire, dans l'ordre de l'espace ou dans celui du temps, un terme a quo considéré comme présent, relativement au sujet qui a la parole ou qui tient la plume. » Ibid., p. 573.
Bien non plus à conclure contre la véracité d'Esd.,
III, d'après Zach., i, 16 ; vi, 12 ; iv, 9, ce dernier passage plaidant plutôt en faveur d'une fondation du temple antérieure à la deuxième année de Darius. Au c.viii, 9, le prophète ne suppose pas comme date de la fondation du temple l'époque du commencement de son ministère; sans doute « les formules : ces jours-ci, le jour où le temple a été fondé, désignent le temps actuel en opposition avec le temps des pères auxquels les anciens prophètes avaient fait entendre leurs promesses relatives à une restauration future; «mais « on doit reconnaître que les paroles de Zacharie gardent leur signification pleine et entière dans la supposition que le temple avait été fondé dès la seconde année du retour des captifs. » Ibid., p. 644.
L'identification des faits rapportés aux c. m et v d'Esdras, formant un double récit d'un même événement : la reconstruction du sanctuaire sous Darius, supprimerait, si elle était sulTisamment démontrée, toute difiiculté. Cf. III Esd., v, 1-6, 4G sq. Theis, Geschichllichc uml lilerarkrilischc Frcujen in Esra,i-\i, p. 68-82.
VIII. Chronologie. — Le compilateur des livres d'Esdras-Néhémie nous a donc laissé un ensemble de documents dont la valeur en permet l'emploi dans la reconstitution de l'histoire post-exilicnne, non sans essayer toutefois d'établir au préalable parmi ces documents un ordre chronologique. Il est bien évident, en effet, que la suite des événements, telle qu'elle appa-
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raît dans la distribution actuelle du livre, ne saurait répondre tout à fait à la réalité. La constatation du fait est particulièrement facile pour les c. iv-vi d'Esdras. Les premiers versets 1-5 racontent les difficultés suscitées aux Juifs par leurs adversaires dans la reconstruction du temple sous Cyrus, et l'impossibilité de reprendre l'œuvre, interrompue à la suite de ces diflicultés, avant le règne de Darius P''(521); les versets suivants 6-23 relatent de nouvelles intrigues auprès de Xerxès(Assuéras) (485-465) et d'Artaxerxès (465-424) dans le but d'empêcher le relèvement des murs de Jérusalem; avec IV, 24, reprend le récit de la construction du temple, la seconde année de Darius (520) ; la sixième année de ce roi, tout est terminé grâce aux ordres de CjTUs, de Darius et d'Artaxerxès, vi, 14. Il y a donc erreur ou sur les noms des rois sous lesquels se déroulent ces événements ou sur la suite de ces mêmes événements. L'histoire des missions d'Esdras et de Néhcmie soulève de nombreuses difficultés, provenant sans doute d'erreurs chronologiques dans la disposition actuelle des récits : quels furent les rapports des deux personnages, pourquoi les Mémoires de l'un gardentils le plus profond silence sur l'œuvre de l'autre, etc. '? La chronologie toute différente du III« livre d'Esdras vient encore compliquer les problèmes. Bayer, Das drille Biich Esdras, p. 96-109.
1° Les rois Darius el Arla.rcrxès. — Avant même d'aborder l'étude des rapports chronologiques des différentes parties d'Esdras-Néhémic, il importe de préciser à quels personnages exactement correspondent les noms des rois de Perse mentionnés à plusieurs reprises, car cela encore a été l'objet de nombreuses discussions et exige avant toute autre question une solution. A quel Darius, à quel Artaxerxès faut-il rapporter les événements où se trouvent mêlés leurs noms ? Plusieurs rois, en effet, de la dynastie des Achèménides ont porté ces noms et le texte biblique, en les citant, n'ajoute aucune mention qui permette de distinguer les personnages du même nom auxquels ils doivent être attribués.
La mission de Xchémie se poursuit sous le règne d'un roi du nom d'Artaxerxès. Est-ce Artaxerxès I''' (465-424) ou Artaxerxès II (405-358)? L'interprétation traditionnelle, adojjlée ])ar la majorité des critiques, en fait le premier des rois de ce nom, la découverte de pajjvrus araméens à Éléphanline lui a donné pleinement raison, lui. Sachau, Drei aramaischc Papyrusurkunden aus Eléphanline, Berlin, 1907. Voici comment : Le premier de ces documents araméens, daté de l'an 17 du roi Darius (le IP' du nom), c'està-dire de 406, fait mention d'une lettre envoyée au nom de la communauté juive, résidant à Éléphantine, à Dclaiah el Cliemaliah, lils de Sanaballat, gouver4ieur de Sanuirie; or, ce dernier personnage n'est autre ([ue le Sanaballat ([ui est à la tête des ennemis de Néhémie pour l'empêcher de mener à bonne fin la reconstruction des murs de .lérusalem, Nch., m, 33- 34; IV, 1-2 (d'après la Vulgate. iv, 1-2, 7-8), la 20'= année d'Artaxerxès; donc lArtaxerxès dont la 20« année marque le commencement des événements où se trouvent mêlés Néhémie el Sanaballat, le i)èrc des destinataires de la lettre, ne saurait être qu'Artaxerxès Ii^' (465-420), et ainsi le début de la mission de Néhémie est fixe à 445. Le même papyrus cite encore uneautre IcUrcenvoyéc à Jehokhanân,le grand-prêtre, cl à ses confrères les i)rêlrcs de Jérusalem. Lors de son premier séjour dans la ca|)ilale do Juda, Néhémie s'y rencontra avec Éliasib, le grand prêtre, Neh., xiii, 4, qui était le père, Nch., xii, 22, ou plus ])robablenicnt le grand-père de Jeliokhanân (.Iohanan),car Éliasib engendra Joiada, qui engendra .Fonallian, Neh., XII, 10, le même que Jehokhanân,ou peut-être son llls, • un anneau de celte généalogie, Irop courte pour
UItT. >E THÉOL. CATIIOL.
le laps de temps qu'elle doit couvrir, » ayant « pu être omis à cause de la ressemblance des noms. » Lagrange, Les nouveaux papyrus d' Éléphanline, dans la Revue biblique, 1908, p. 343. Quoi qu'il en soit, ce rapprochement entre Néhémie et le père ou le grand-père de Jeliokhanân, mentionné dans le document araméen de 406, confirme la conclusion précédemment obtenue: Néhémie, gouverneur de Jérusalem la 20^ année d'Artaxerxès I""', 445. A cette époque, « la maison de Dieu » était déjà relevée de ses ruines, Neh., vi, 10, 11; XIII, 4 sq., elle l'avait été sous le grand-prêtre Josué, grand-père d'Éliasib, Neh., xii, 10, le contemporain de Néhémie; ainsi donc le Darius qui permit la reconstruction du temple et en vit l'achèvement la sixième année de son règne, est Darius P'', fils d'Hystaspe, 521-485, contrairement à l'opinion de Haneberg, Imbert, Howorth, qui tiennent pour Darius II, 423-405. La mention d'Artaxerxès (I), Esd., vi, 14, pourrait faire difficulté, si elle n'était une glose (Siegfried, Bertholel), ou plutôt une écriture fautive d'un copiste maladroit. Theis, op. cit., p. 37-39. On ne saurait non plus objecter la mention de Xerxès (485-465) et d'Artaxerxès (465-424) au c. iv d'Esd., 6-23; de l'avis de la grande majorité des critiques, ce passage où il s'agit du relèvement des murs de Jérusalem est hors de sa place naturelle et interrompt violemment le récit de la construction du temple, Esd., m, IV, 1-5, 24, v, vi; il est à placer immédiatement avant les Mémoires de Néhémie et ainsi le Darius du c. v est le même que celui de iv, 1-5, à savoir Darius P^ A rencontre de l'opinion commune, Theis voit, dans les versets 6-23 du c. iv, le récit de la construction du temple; les noms de Xerxès et d'Artaxerxès, qui pourraient faire difficulté, sont à rejeter, le dernier comme une glose très tardive, le premier pour faire place à celui de Cyrus, nom donné parfois à l'Achéménide qui régna de 485 à 465, ce qui amena la confusion entre lui et Cyrus le libérateur. Josèphe, A/!/, jud., XI, vi, 1; Theis, op. cit., p. 39-55. 2° Sassabasar-Zorobabcl. — Ces premiers jalons chronologiques posés : Darius P'' (521-485) le contemporain de la reconstruction du temple, cl Artaxerxès l" (465-424) le contemporain de Néhémie, il reste à déterminer l'ordre de succession des événements. Comment, dès le début, se représenter l'histoire du retour et des premières tentatives de restauration? Deux noms dominent tous les autres, ceux de Sassabasar (Schcschbassar), le prince de Juda, venu à Jérusalem pour rebâtir le sanctuaire de Jahvé, et de Zorobabcl, revenu en Judée à la tête des émigrants; l'ordonnance du récit est telle qu'on s'est posé la question de l'identilé ou de la distinction des personnages ainsi désignés. Pour l'identité, on produit les raisons suivantes : tous deux sont princes de Juda, l'un parce qu'il en a expressément le titre, Esd., i, 8, l'autre parce qu'il est pelil-fils du roi Jéchonias, I Par., III, 18-19; Sassabasar est présenté comme le chef des émigrants, envoyé par Cyrus; Zorobabel apparaît à la tête des caravanes de rapatriés, Esd., II, 1; il est l'organisateur de la communauté, ii, 63, le représentant de l'autorité dans ses rapports avec les populations d'alentour, iv, 2 sq. ; à l'un cl à l'autre est attribuée la pose des fondements du temple, v, 16; m; Zach., iv, 9; Sassabasar a reçu de Cyrus le litre de pel.ia, gouverneur, lîsd., v, 14, en l'an 2 de Darius; Zorobabel est lui aussi gouverneur, Agg., i, 1, et il l'est depuis un certain temps déjà, ])uisque ni le satrape Thalhanaï, ni le roi Darius ne semblent le connaître. I-lsd., v, 10. Van Hoonacker, Les douze petits propliàtes, p. 513. L'usage de deux noms pour un seul i)ersonnage s'expliquerait anisi Sassabasar est le nom babylonien du prince juif; « Sclianuisch ou Sin protège le fils ou le prince » en est le sens exigé
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par les mots qui le composent : Schamasch-bal (ou i)il)-usur, ou bien d"après la forme du nom dans la Bible grecque : Sin-bal-usur; ce nom ne lui a donc pas été donné par ses compatriotes, qui, on le comprend, le désignaient sous un autre nom, celui de Zorobabel, dont l'étymologie reste incertaine. Fischer, op. cit., p. 24-30. Contre cette identité plusieurs objections ont été formulées : la dualité même des noms, un passage d'Esd., v, 2, où, après mention de Zorobabel il est parlé de Sassabasar, 14, comme d'un personnage différent, un autre, I Par., m, 18 sq., où Zorobabel, est distingue par sa généalogie même de Sennéser, le même, croit-on, que Sassabasar. Elles ne paraissent pas insolubles. Van Hoonacker, Zorobabel et le second temple, Gand et Leipzig, 1892 (extrait du Muséon, 1891); ISlotes sur l'histoire de la restauration juive, dans la Revue biblique, 1901, p. 7-10; Dictionnaire de la Bible, art. Sassabasar.
La chronologie des événements, rapportés aux c. iii- VI, est sufTisamment établie par ce qui a été dit plus haut sur la valeur historique de ces récits.
.3" Esdras-Néhémie ou Néhémie-Esdras. — Au c. vu commencent les Mémoires d'Esdras et aussi la question des rapports de leur auteur avec Néhémie. Si l'ordre des faits répond à celui des documents, Esdras est venu à Jérusalem la 7« année d'Artaxerxès l<^', 1 13 ans avant Néhémie; c'est l'opinion traditionnelle. Dans un mémoire dont le titre énonce la thèse : Néhémie et Esdras, nouvelle hypothèse sur la chrono- \ logie de l'époque de la restauration juive, Louvain, ' 1890, Van Hoonacker a cru pouvoir l'abandonner, ; maintenant la 20« année d'Artaxerxès 1"', 445, pour le retour de Néhémie, mais faisant descendre celui d'Esdras à la 7^ année d'Artaxerxès II, en 398, d'accord sur ce dernier point avec de Saulcy, Étude chronologique des livres d'Esdras et de Néhémie, Paris, 1868; Havet, La modernité des prophètes, dans la Revue des deux mondes, 1889, t. xciv, p. 799; Imbert, Le temple rebâti par Zorobabel, dans le Muséon, 1888- 1889. A l'appui de la « nouvelle hypothèse », et en réponse aux contradicteurs, parurent successivement : Néhémie en l'an 20 d'Artaxerxès I, Esdras en l'an 7 d' Artaxerxès II, réponse à un mémoire d'A. Kuenen, Gand et Leipzig, 1892; Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de Babylone, p. 151-310; Notes sur l'histoire de la restauration juive après l'exil, dans la Revue biblique, 1901, p. 5-26, 175-199. Si la majorité des critiques ne s'est pas ralliée aux conclusions de ces travaux, auxquels J. Wellhausen, A. Kuenen, J. Nikel, J. Fischer, entre autres, n'ont pas ménagé leurs attaques, d'autres en reconnaissent le bien-fondé, du moins en ce qui regarde l'antériorité de la première mission de Néhémie sur celle d'Esdras; ainsi W. H. Kosters, T. K. Cheyne,Meignan, Lagrange, Pelt, Gigot. Voici d'ailleurs les principaux arguments jnvoqués par Van Hoonacker. A la nouvelle des malheurs de Jérusalem, Néhémie demande au roi l'autorisation de retourner dans la ville de ses pères pour en relever les murs, Neh., ii, 5 ; ni lui, ni le roi ne semblent soupçonner l'existence en Judée d'un dignitaire juif, •chargé de pleins pouvoirs pour l'administration des affaires, et qui, par conséquent, aurait été tout désigné pour l'œuvre dont Néhémie sollicite l'entreprise. A Jérusalem, même ignorance, les étrangers, alors toutpuissants, n'y connaissant point d'homme capable de « procurer le bien"]^des enfants d'Israël. » Neh., ii, 10. — Dans le récit de ses débuts dans la capitale de Juda, Néhémie ne fait aucune allusion à Esdras, pas même au cm, où il donne les noms de sescoopérateurs, silence qui paraît bien incompatible avec la nomination d'Esdras quelques années auparavant au titre d'administrateur en chef de toutes les affaires juives. — En 458, les murs de la ville »ainte n'étaient pas
encore relevés de leurs ruines; n'est-il pas, dès lors, extraordinaire de voir Esdras ne point partager les l)réoccupations de ses compatriotes sur la reconstruction de l'enceinte, Esd., iv, 11-22, ne faisant aucune demande, aucune tentative à ce sujet? D'autre part, dans la confession des infidélités du peuple, Esd., ix, 9, l'allusion aux murs en Juda et à Jérusalem, qu'on l'entende au propre ou au figuré, ne se conçoit guère que dans l'hypothèse d'une restauration déjà faite de l'enceinte de la ville, dans l'hypothèse donc de la venue et de l'œuvre de Néhémie, antérieures à celles d'Esdras. — Repeupler Jérusalem fut une partie de la tâche du gouverneur envoyé en 445, Neh., xi, 1-2; or, Esdras aurait trouvé, quelques années plus tôt, une ville habitée : les chefs de familles sacerdotales, lévitiques et laïques y résidaient, une foule immense s'y rencontrait à l'heure du sacrifice du soir, Esd., viii, 29; x, 1; n'est-ce pas que Néhémie avait déjà rendu à la capitale ses murs, ses maisons et ses habitants? Cf. Eccli., xlix, 13. — L'état lamentable dans lequel se trouvait le culte, au milieu du v^ siècle, témoin le prophète Malachie et les réformes entreprises par Néhémie, Neh., x, 32sq., ne se comprendraient pas après la mission d'Esdras, chargé de présents par le roi et ses ministres, comblé de faveurs et de privilèges pour le temple et le service divin, Esd., vu; ou bien il faudrait conclure à un échec complet et rapide de la restauration du culte, échec invraisemblable si l'on remarque que cette partie des Mémoires d'Esdras, vu, 12-28, a dû être écrite en même temps que l'ensemble, c'est-àdire quelques années au moins après le retour du scribe, alors que l'insuccès aurait dû lui faire taire la relation d'espérances si promptement déçues. Esd., VII, 27. — La désorganisation de la communauté juive, résultant de l'invasion et de la prépondérance des éléments étrangers, au moment de l'arrivée du nouveau gouverneur de Jérusalem, Neh., premiers chapitres, ne se conçoit pas davantage « comme suite immédiate à la mission officielle et à l'œuvre d'Esdras. Esd., vii-x. » — L'attitude des deux personnages dans la question des mariages mixtes II constitue à elle seule une preuve sans réplique, que les faits racontés, Esd., vii-x, arrivèrent à une époque plus récente » que ceux racontés, Neh., i sq. A son premier séjour, Néhémie, qui ne manque aucune occasion de condamner les agissements blâmables dont il est témoin, n'a pas un mot pour désapprouver ces mariages, il en parle d'une façon qui ne permet pas de croire qu'ils fussent alors défendus. Neh., VI, 17-19. Plus tard seulement, dans l'assemblée générale, tenue après la reconstruction du mur, ou étendit à tous les étrangers la loi deutéronomique, portant défense des mariages entre Juifs et Cananéens, Neh., x, 30; aussi venant pour la seconde fois à Jérusalem, Néhémie blâma et punit sévèrement les violateurs de l'engagement, alors contracté, reh.tivement aux mariages mixtes. Neh., xiii, 23-29. Aux premiers temps d'Esdras, de telles unions ne sont pas rares, mais on les tient pour contraires à la Loi, et du consentement unanime de la communauté, elles doivent être rompues, celles-là même contractées depuis longtemps. Esd., x. Cette réforme radicale opérée par le scribe n'apparaît-elle pas comme l'aboutissant de la campagne commencée par Néhémie? — La situation respective des deux personnages dans la grande assemblée de Jérusalem, Neh., viii sq., n'est pas moins significative. Le rôle d'Esdras, si on laisse de côté la glose : xa! eincv "Efropa: de la version grecque, Neh., ix, 6, et l'interpolation probable de viii, 9, portant mention du scribe et des lévites, se ramène à la simple lecture de la Loi. Tout autre est le rôle de Néhémie : à lui il faut faire remon-
ESDRAS ET NÉHÉMIE (LIVRES DE
ter la convocation de l'assemblée, Neh., v, 7, à lui en revient la présidence, viii, 9, à lui encore incombe le souci d'assurer la fidèle observation des résolutions prises, xiii, 8 sq., son nom enfin est en tête de la liste (les familles signataires de l'alliance conclue entre Dieu et son peuple, x, 2, celui d'Esdras n'y figure pas. — Esdras parait ainsi à ses débuts âgé de 25 à 30 ans, et, si l'on date l'assemblée des années 442-440 au plus tôt, il s'ensuivra qu'en la 7^ année d'Artaxerxès II ou 398 il avait aux environs de 70 ans, âge qui répond bien au portrait que nous tracent du scribe les c.ix-x d'Esdras. — Le grand-prêtre, contemporain des deux séjours de Néhémic à Jérusalem, et Éliasib dont le petit-fils Johanan, Neh., xii, 22, se rencontre avec Esdras. Esd., x, 6. — Enfin, les données de l'histoire profane semblent, elles aussi, favorables à l'hypothèse. L'année 458 marque dans l'histoire de la Perse une période désastreuse; les défaites écrasantes essuyées par les armées du grand roi sur mer <t en Egypte ne pouvaient permettre à Artaxerxès I«r de renvoyer dans sa patrie le scribe Esdras, chargé de trésors pour le temple, et autorisé à réclamer des subsides aux caisses publiques. La 7^ année d'Artaxerxès II, c'est-à-dire l'époque à laquelle ce roi venait de triompher de la révolte de Cyrus le Jeune, se prête au contraire parfaitement à l'histoire du retour d'Esdras, et ainsi il n'est plus nécessaire d'attribuer au même roi, d'abord l'édit d'Esd., vu, 12-26, comblant les Juifs de faveurs, puis celui d'Esd., iv, 8-23, où ils sont très mal traités et enfin la mission de Néhémie. Van Hoonacker, dans la Revue biblique, 1901, p. 175- 199; Lagrange, ibid., 1894, p. 561-585; cL 1895, p.186-202; 1908, p. 343, note 1. Voir aussi les raisons données par Riessler pour dater le retour de Néliémie de 538 et celui d'Esdras de 523. Ueber Nchcmias und Esdras, dans Biblische Zcilschrift, 1903, p. 232-245; 1904, p. 15-27, 145-153; ]Vann wirkle Nchemias/ dans Thcol. Quarlcdschrifl, 1910, t. xcii, p. 1-G.
Ces arguments ont-ils assez de poids pour autoriser une modification si considérable dans l'iiistoire traditionnelle de la restauration juive et dans la disposition des livres qui la racontent? Beaucoup se refusent à l'admettre. Ils insistent sur la nature propre de la mission remplie par Esdras et Néhémie, l'une avant tout politique, l'autre avant tout religieuse, et cette distinction répondrait à bien des objections. Lesêtre, art. Arlaxerxès II, dans le Dictionnaire de la Bible, t. I, col. 1042-1043. Ils remarquent dans des textes relatant des faits, passés du temps de Néhémie ou avant lui, des allusions au retour d'Esdras, par exemple, dans la lettre de Rehum et Samsai, Esd., iv, 12; dans la liste des cofiaborateurs de Néhémie ils relèvent les noms de personnages revenus avec Esdras, entre autres Ilasabias, Neh., m, 17, et Esd., viii, 19, Ilattus, Neh., III, 10, et Esd., viii, 2, Melchias, Neh., m, 11, et Esd., X, 31, etc. Ils ne trouvent l'explication du rôle d'Esdras aux côtés de Néhémic dans l'assemblée du c. viii de Neh., et de la demande du |)cuple au scribe de jiroduire la Loi, que dans l'hypothèse d'une mission spéciale confiée à Esdras par le grand roi, et d'une partie de cette mission déjà réalisée. Esd., vn-x. J. Nikel, Die Wiedcrherstellung des jiidischen Gemcinwesens nach dem babijlonischen Exil, p. 151 sq. ; Eischer, Die chronologischen Frar/en, p. 69-83. Cf. Van Hoonacker, dans la Revue biblique, 1901, p. 5-26.
La chronologie des différents événements de l'histoire de Néhémie ne va pas non phis sans quelque difficulté. A quel moment placer les réformes religieuses relatées aux c. viii-x? L'opinion de Sclilattcr, qui les reporte au temps de Zorohubc], Xur Topographie und (jrschichlf. /'«/m/z/k/s, Stuttgart, 1893, p. 405, et celle de Kostcrs, qui les fait descendre jusqu'au second gouvernement de Néhémie, ne sont pas fon-
dées. Op. cit., p. 76-87. •' La succession des faits, telle qu'elle se présente dans le récit actuel, est naturelle, et le déplacement exige des prétendues altérations du texte ou se fonde sur des hypothèses gratuites. » Mangenot, art. Xéhémic, dans le Dictionnaire de la Bible, t. IV, col. 1572. Cf. Van Hoonacker, Nouvelles études, p. 204-254. Le récit de la dédicace des murs, Neh., XII, 27-46, n'est pas à reporter avant la désignation des habitants de Jérusalem, xi, Nikel, op. cit., p. 196-218; la dédicace a fort bien pu suivre les réformes religieuses et civiles.
IX. Enseignements doctrinaux et moraux. — La période correspondant aux li\Tes d'Esdras-Néhéinle est très importante au point de vue de l'histoire religieuse d'Israël, c'est celle des origines du judaïsme; plusieurs problèmes intéressants s'y rattachent, entre autres celui de linfiuence des religions de la Perse et de Babylone sur la religion de Jahvé, et celui de la détermination du code de lois promulgué solennellement par Esdras. Neh., viii. L'étude de ces problèmes ne saurait rentrer dans le cadre de cet article; nous indiquerons seulement les quelques données religieuses relevées dans les livres d'Esdras- Néhémie.
1° Dieu. — La toute-puissance de Jahvé se traduit dans les titres qui accompagnent son nom : le grand Dieu, Neh., viii, 6; Esd., v, 8; le Dieu du ciel, grand et redoutable, Neh., i, 5; le créateur du ciel et de la terre, dont le nom est au-dessus de toute louange, Neh., ix, 6. Son autorité dépasse les limites d'Israël; Nabuchodonosor et Cyrus ne sont que des instruments au service de sa volonté pour la ruine ou la délivrance de son peuple, Esd., v, 11 ; i, 1 ; les étrangers, d'ailleurs, et les rois vainqueurs eux-mêmes lui rendent iiommage : « Jahvé, le Dieu du ciel, m'a donné, dit Cyrus, tous les royaumes de la terre, et il m'a commandé de lui bâtir une maison à Jérusalem. » Esd. ,1,2. Darius n'ignore pas la souveraineté et l'autorité du Dieu d'Israël, qu'on ne saurait.impunément méconnaître. Esd., vi, 12. Sa justice, en effet, se manifeste dans le cliâtiment de celui qui manque à sa parole, Neh., v, 13, et dans la fidélité avec laquelle il tient lui-même sa propre parole. Neh., ix, 8.
Créateur du ciel et de la terre, maître des empires, Jahvé est aussi le Dieu d' Israël, Esd., i, 3 ; iv, 1 ; v, 1 ; VI, 21-22; résidant à Jérusalem, Esd., i, 3; ii, 68;ses interventions en faveur de son jieuple ont été innombrables dans le passé, Neh., ix, 7 sq., elles continuent, Esdras, Néhémie, tous les Juifs se sentent protégés par la main bienfaisante de leur Dieu, Esd., vu, 9-10, 28; viii, 18, 31; Neh., ii, 8, 18; avec lui son peuple n'a rien à craindre de ses ennemis, Neh., iv. 11; Jahvé lui-même combattra, Neh., iv, 20, pour anéantir leurs desseins. Neh., iv, 15. Cependant, à cause des iniquités d'Israël, il l'a livré à l'étranger, Esd., ix, 7 13, car c'est un Dieu juste, mais non moins miséricordieux et clément, Neh., ix, 31 ; il ne l'a pas abandonné, Ivsd., IX, 9; il en a sauvegardé quelques uns, les épargnant plus que ne méritaient leurs iniquités, Esd., IX, 13; sa miséricorde pour Israël subsiste à jamais, Esd., m, 11; il est lent à la colère et riche en bonté. Neh., ix, 17.
2" Les devoirs d' Israël envers Dieu. — 1. La fidélité. — La communauté juive doit reconnaître son Dieu par le culte exclusif qu'elle lui rendra, rien de ce (jui pourrait lui porter atteinte ne doit être toléré. Les rapatriés avaient ra|)porté de l'exil l'horreur de toute immixtion étrangère dans leur religion, tandis que ceux qui ét:iienl restés en .Juda, par leurs alliances avec leurs voisins, axaient comi)romis la juireté du culte; désormais tout contact avec les non-Juifs devra être évité, à ces derniers il n'appartient pas dp c(nicourir à la construction de la maison de Dieu, ■ nou.s
ESDRAS ET NÉHÉMIE (LIVRES DE
la bâtirons nous seuls à Jahvé, le Dieu d' Israël, » disent Zorobabel, Josué et les chefs de famille. Esd., iv, 3. Ceux qui ont pris des femmes étrangères devront les renvoyer et des mesures rigoureuses sont adoptées pour garantir la pureté du judaïsme, représentée par ceux qui revinrent de la captivité. Esd., x. Les difFicultés nombreuses, conséquence de cette attitude intransigeante vis-à-vis de l'étranger, n'arrêtent point ie zèle des réformateurs, ils ne failliront point à leur mission, les pressantes exhortations d'Aggée et de Zacharle feront aboutir, malgré tout, la reconstruction du temple, l'énergie et la persévérance d'Esdras et de Néhémie assureront une observation plus stricte de la Loi.JLa réorganisation du culte y contribuera pour sa bonne part.
2. Le culte. — Les diflérentes catégories de ministres, prêtres, lévites, chantres, portiers, nathinéens, ont toutes leurs fonctions spéciales; pour les prêtres, leur origine doit être rigoureusement établie d'après les registres généalogiques, sous peine d'être rejetés du sacerdoce comme impurs. Esd., ii, 62; Neh., vu, 6L Les fêtes sont célébrées solennellement, fête de la Dédicace et des Tabernacles, néoménies, sabbats; tous doivent s'imposer l'obligation de payer un tiers de sicle chaque année pour le service de la maison de Dieu, pour les pains de proposition, le sacrifice perpétuel, les choses consacrées et les sacrifices d'expiation. Neh., X, 32, 33.
Aux sacrifices du temple, aux purifications légales, le fidèle adorateur de Jahvé joint la prière, le jeûne, l'humble aveu de ses iniquités, Neh., i, 4, 6, 7; ix, 2, 3; il sait que les ordonnances de son Dieu font vivre ceux qui les mettent en pratique, et que la souffrance est une expiation. Neh., ix, 29, 32. La confiance en Dieu, la générosité, le désintéressement sont autant de titres à la faveur divine, le gouverneur de Jérusalem les revendique dans l'accomplissement de son œuvre. Neh., vi, 9; xiii, 14, 22, 31. Cf. Smend, Lehrbuch der alllestamentlichen Religionsgeschichte, Fribourg, 1899, p. 332-341.
3» La Loi. — L'expression authentique des ordres d'en haut se trouve dans la Loi de Moïse; elle est la règle qui s'impose à tous pour garantir la fidélité à Jahvé, aussi est-elle lue à tous pour être entendue et comprise de tous. Neh., viii. Il ne s'agit en aucune façon, dans ce passage," de la première promulgation d'un code quelconque. Non seulement Esdras, qui devait atteindre l'apogée de sa carrière une quarantaine d'années plus tard, ne pouvait être investi, lors du premier séjour de Néhémie à Jérusalem, d'une autorité sufilsante, pour paraître en promulgateur de lois, mais la teneur même du récit de Neh., viii, proteste contre l'abus qu'on en a fait. Il n'est décrit ici autre chose qu'une lecture solennelle du livre de la Loi, en conformité avec les usages traditionnels dans les assemblées juives. » Van Hoonacker, Les douze petits prophètes, p. 699-700.
X. Commentaires. — Ni les Pères grecs ni les Pères latins n'ont commenté les livres d'Esdras-Néhémie. Le Vénérable Bède le premier l'a fait dans l'ouvrage intitulé : In Esdram et Nehemiam prophetas allegorica expositio, P. L., t. xci, col. 807-924. Peu étudiés durant le moyen âge, Esdras et Néhémie ont été l'objet de quelques commentaires spéciaux, citons entre autres à partir du xvi« siècle : Sanchez, Commeniariiis in libres Ruth, Esdrœ, Nehemiœ, Lyon, 1628; A. Crommius, In Job..., Esdram, Nehemiam, Louvain, 1632; N. Lombard, In Nehemiam et Esdram, conimcntarius litteralis, moralis, allegoricus, Paris, 1643; L. Mauschberger, In libros Paralipomenorum, Esdrœ, Tobiœ, Olmutz, 1758; E. Bertheau, Die Bûcher Ezra, Nehemia undEsther, Leipzig, 1862; réédité par V. RysseL 1887; Ad. Kamphausen, dans Ch.J. Bunsen,
Vollslùndiges Bibelwerk Jiir die Gcmeinde, Leipzig, 1865, t. I, fasc. 3; F. C. Keil, Biblischer Conmicnlar ûber die nachexilischenGeschichlsbiicher: Chronik,Esra, Nehemia und Esther, Leipzig, 1870; G. Rawlinson, Ezra, Nehemiah, Londres, 1873; H. J. Matthews, Commentary on Ezra and Nehemiah, édité par R. Saadjah, Oxford, 1882; F.W. Schultz, Die Bûcher Esra, Nehemia und Esther, Bielefekl et Leipzig, 1876, dans J. P. Lange, Theol. homilel. Bibelwerk; S. Œttli et J. Meinhold, Chronik, Esra und Nehemia, Munich, 1889, dans Zôckler-Strack, Kurzgef. Kommentar; W. Adeney, Ezra, Nehemiah and Esther, Londres, 1893; H. E. Ryle, The books of Ezra and Nehemiah, Cambridge, 1893, dans Cambridge Bible for schools; Reuss, Chronique ecclésiastique de Jérusalem, Paris, 1878, dans la Bible, t. vi; H. Guthe et L. W.Batten, The books of Ezra and Nehemiah, Leipzig, 1901, dans l'édition polychrome de P. Haupt; D. C. Siegfried, Esra, Nehemia und Esther, Gœttingue, 1901, dans Nowack, Handkommentar zum A. T.; A. Bertholet, Die Biicher Esra und Nehemia, Tubingue et Leipzig, 1902, dans K. Marti, Kurzer Hand-Commentar zum A. T.; John, Die Biicher Esra (A und B) und Nehemja, Leyde, 1909 ; T. W. Davies, Ezra, Nehemiah and Estiicr, dans The Century Bible, Londres, 1910; H. E. Ryle, Ezra and Nehemiah, Cambridge, 1911. Parmi les catholiques, Vatable, dans le Cursus completus de Migne, t. XII ; B.Neteler, Die Biicher EsdrasNehemias undEsther aus dem Urtext iibersetzt und erklart. Munster, 1877; 1908 ; Clair, Esdras et Nehemias, Paris, 1882 ; Fillion, Le livre d'Esdras, Le livre de Néhémie, dans la Sainte Bible commentée, Paris, 1891, t. m; M. Seisenberg, Esdras, Nehemias und Esther, Vienne, 1901, dans Kurzgef. wissenschaftl. Commentar zu den heil. Schrift. des A. T.
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ESPAGNE (ÉGLISE D'), ÉTAT RELIGIEUX
stein, Neu aiifgefundene chronologische Daten auf der Epoche Ezras imd Nehemias (en hébreu), dans Festschrift Harkavys, Saint-Pétersbourg, 1908, p. 63-104; G. Klameth, Ezras Leben und Wirken, Vienne, 1909; Vom Ausbau des zweilen Tempels bis ziim Mauerbau ATe/iemîus (progr.), 1909-1910. Les histoires d'Israël de Stade, Wellhausen, Cornill, Guthe.
A. Clamer.
ESPAGNE (ÉGLISE D').Un premier article sera consacré à l'exposé de l'état religieux actuel de cette Église, et un second aux publications des sciences sacrées en Espagne.