I. .\perçu historique du rôle de l'Église d'Espagne
II. Composition actuelle. III. L'Église d'Espagne et la nation espagnole. IV. L'Église et l'État espagnol. V. L'Église d'Espagne et la société espagnole. VI. L'Église d'Espagne et l'Église (miversellc.
I. Aperçu iiistoriqi'e nu rôle ue l'Église d'Espagne. — On peut, pour plus de clarté, distinguer quatre périodes dans l'iiistoire religieuse de l'Espagne : 1" la période primitive et l'établissement { du christianisme; 2" le moyen âge et la formation j d'une unité nationale chrétienne; .3" l'ère de l'abso- i lutisme, des conquistadors et de la jiolitique catholique; 4° l'ère du régalisme et de la révolution. Indiquons les caractères généraux de chacune de ces périodes.
1» L'Espagne primitive présente déjà certains traits que l'histoire n'a point effacés; ses habitants, les Ibères, ont le même esprit d'indépendance, le même patriotisme local que les tribus de l'Afrique du Nord; mélangés aux Celtes, ils ont produit une race de combattants admirables; la rude école de la guerre et la rudesse de leur climat ont développé chez eux
une sorte de stoïcisme, la "plus voisine du christianisme.
La conquête romaine, plus vigoureuse^que la pénétration sémitique des Carthaginois, imposa à ces peuplades indomptables une unité superficielle, et, en Espagne plus encore qu'ailleurs, prépara le champ au christianisme.
Tout de suite, le christianisme comprit l'importance d'une telle conquête, comme en témoigne le ferme propos de saint Paul d'aller évangcliser l'Espagne, Rom., XV, 24, 28; tout de suite aussi l'Espagne mit ses vertus au service du christianisme, comme en témoignent ses martyrs, le diacre Vincent, Léocadie (Tolède), Servand et Germain de Saragosse (Cadix), Oronce et Victor (Gerona), Cucufas (Barcelone), Justus et Pastor (Alcala), Acisclus, Faustus, Janvier, Martial, Zœllus (Cordoue), Eulalie (Merida), les « innombrables martyrs » de Saragosse au commencement du iv^siècle, et, antérieurement, deux soldats mis à mort à Calahorra, Héméthérius et Chélidonius, antérieurement encore sous la persécution de Dèce, Fructueux, évêque de Tarragone, et ses compagnons, Augure et Euloge. A l'intérieur, l'Église s'organise activement : conciles d'illiberis (Elvire, Grenade), 306, voir t. iv col. 2378-2.397, de Saragosse, 380, I"concile de Tolède, 400. Dès 30G nous voyons, au concile, les évêques de Léon, de Saragosse, de Merida, de Faro ef^^d'Evora, les évêques (ou représentants) de Carthagène, Guadix, Castulo, Mentesa, L^rci, Tolède, Salavia, Lorca, Basti, Cordoue, Séville, Martos, Ipagrum, Illiberis (Grenade), Malaga, etc.; « treize autres églises au moins » (dom Leclcrcq) sont représentées. A l'extérieur, l'Espagne fait déjà sentir une puissante influence dans l'Église universelle; Osius de Cordoue préside le concile de Nicée; l'Espagnol Théodose régularise la politique que Constantin avait inaugurée.
2° L'écroulement de l'empire romain amena en Espagne divers peuples barbares, Suèvcs, qui ont marqué leur influence en Galice, Vandales, qui passèrent en Afrique après avoir laissé leur nom à l'Andalousie, et surtout lesGoths, ariens; ainsi, en même temps qu'elle retrouvait une possibilité d'indépendance nationale, l'Espagne perdait cette unité politique et administrative qui en est la condition et le ressort moral et religieux qui la maintient. Mais les Wisigoths, toujours sensibles au prestige de Rome et bientôt conscients de leur faiblesse, restaurèrent dans une large mesure les lois romaines et se convertirent au catholicisme (Herménégilde, fils du roi Léo\ igilde, se convertit, .570, et subit le martyre, 585, mais son frère Reccarède, qui succède à Léovigilde, se convertit en 587 et entraîne la conversion de son peuple). Mais la royauté wisigothique, partie de la persécution, ne peut s'arrêter à l'alliance avec l'Église catholique et se surbordonne à elle, même dans l'administration du temporel: la réalité du gouvernement passe à l'Église qui agit surtout par les conciles de Tolède; Tolède est à la fois métropole religieuse et capitale politi(pie, le gouvernement espagnol prend, |)our très longtemps, le caractère d'une théocratie; mais l'esprit ingouvernable de la population, ravivé par l'individualisme barbare, n'est pas pour cela foncièrement modifié; l'absolutisme des rois est une apparence beaucoup plus qu'une réalité et "les conciles de Tolède donnèrent à l'Espagne le modèle de son régime parlementaire, de beaucoup le plus ancien du monde » (lord Acton). L'invasion arabo- berbère, commencée en 711, amena en Espagne avec un nouvel afflux sémite (.\ral)es) un élément capable d'une très brillante civilisation,qui d'ailleurs s'est développée sur le sol de l'Espagne et n'y a point été importée i)ar la conquête, pas plus ([u'ellc n'en a été exportée à la suite de la reconquête; — d'autre part, cette reconquête, com-
ESPAGNE (EGLISE D), ÉTAT RELIGIEUX
mcncée dans le Nord presque aussitôt après la pre- i luière invasion, a substitué à l'unité administrative et gouvernementale de l'époque wisigotliiqueune unité nationale et patriotique, plus profonde Ht cela, sans : <niciinc intolérance religieuse; selon la parole de l'érudit ; H. Ch.Lea, adversaire de l'Église catnolique, l'Espagne ! est alors la nation « la plus tolérante du monde ». Les rapports et les échanges de toute nature entre les deux i populations au cours de cette longue croisade (triom- | pliante dès la fin du xiii« siècle, parachevée à la fin , du XV'') expliquent seuls la richesse et la grandeur du génie espagnol, tel qu'il se manifestera à l'Europe au xvi" siècle.
Ainsi le christianisme, après avoir, en dépit de la géographie, donné à l'Espagne une unité, a fait d'elle une patrie.
3° En même temps que la nation espagnole, achevant la reconquête, devenait maîtresse de sa destinée, ses conquistadors découvraient les Nouveaux-Mondes; au lieu de poursuivre, par lentes et dures étapes, l'Islam en Afrique, elle christianisa les Amériques et en tira d'énormes richesses qui furent à l'intérieur un instrument d'absolutisme, à l'extérSeur un instrument d'hégémonie. Par malheur, une dynastie étrangère détourna au profit de ses ambitions le magnifique effort de la nation. D'un côté s'épanouissait une admirable civilisation chrétienne, dans l'art, dans la littérature, dans les sciences morales, dans la théologie et dans la mystique, et des héros, aidés de quelques compagnons conquéraient des empires au catholicisme que la Réforme allait entamer en Europe : « autant qu'il est permis à l'homme d'apprécier par la marche des événements les voies de la divine providence, c'est vraiment par un dessein de Dieu que semble être né cet homme [Colomb]... pour réparer les désastres qui seraient infiigés par l'Europe au nom catholique. » Léon XIII, Quarto abeuntc sxculo, 26 juillet 1892. En même temps, des conquistadors du monde moral, les jésuites, très espagnols et très modernes, allaient arrêter en Europe même les ravages de la Réforme et commencer la reconquête catholique.
Mais, d'un autre côté, la maison d'Autriche sacrifiait l'évangélisation des colonies à leur exploitation et emploj'ait leurs ressources à une politique catholique qui compromettait le catholicisme aux yeux des nations que leurs intérêts opposaient à l'Espagne, et qui allait jusqu'aux conflits violents avec la papauté; en même temps elle faisait dégénérer, en opprimant les consciences, l'Inquisition espagnole organisée au temps des rois catholiques Ferdinand et Isabelle, pour réagir contre une longue anarchie et contre des dangers réels mais menaçant la nation plus que sa religion. Alors seulement se manifestèrent l'absolutisme et l'intolérance, qui ne sont nullement dans la tradition nationale de l'Espagne, qui n'ont été pour rien dans sa grandeur et qui sont la principale raison de ses épreuves.
Ces causes de ruine, si puissantes qu'elles fussent, ne pouvaient produire en un court délai leurs conséquences extrêmes, et la forte sève de l'Espagne chrétienne était loin d'être épuisée. Aussi, dans cette période, l'Espagne joue-t-elle un rôle à la fois très national et très universel, très brillant et très influent dans le catholicisme : le concile de Trente permet d'apprécier la valeur universelle de sa théologie.
4» Après les douloureuses étapes d'un siècle de décadence (le xvii<=), la néfaste maison d'Autriche, épuisée, céda à une dynastie française, avec sa place, la tâche de réparer ses énormes fautes. La fierté nationale, soumise à de dures épreuves au cours de cette œuvre de réparation, avait peine à concevoir que la comcidence de la grandeur nationale et de l'intransi-
geante politique catholique avait été une pure rencontre, et que, bien loin que cette politique eût été la condition préalable de cette grandeur, celle-ci seule avait permis de soutenir aussi longtemps des entrejjrises aussi imprudentes et aussi contraires à la fois aux traditions et aux intérêts nationaux. On ne justifie nullement, mais on explique ainsi en quelque mesure la réaction par laquelle le régalisme retourna les institutions du pouvoir absolu contre le clergé ou contre les directions de l'Église. Sous ce rapport,, la politique royale est un acheminement à la politique de la révolution qui, par suite de la faiblesse et des fautes personnelles de plusieurs rois, allait, au cours du xix« siècle, collaborer violemment avec la dynastie à la liquidation du passé.
Le souvenir si proche de tant d'épreuves inouïes ne doit pas empêcher de voir ce qu'il y a d'impérissable dans l'œuvre de l'Espagne catholique et de discerner dès maintenant que cette œuvre est loin d'être achevée ou léguée à d'autres. Ainsi, l'Espagne a pu perdre ses colonies et les richesses qu'elle en tirait, mais selon la pensée des premiers conquistadors, de la grande Isabelle, de Las Casas, ces pays sont de grands pays chrétiens où la race conquérante et la race conquise se sont associées (ce que nulle autre nation, dans les temps modernes, n'a encore réalisé). Enfin, l'Espagne est prête à reprendre dans le monde sa mission historique dès que l'ère des révolutions sera définitivement close; elle parait l'être depuis 1875; il dépend du patriotisme de tous les partis, de leur clairvojance et de leur esprit de justice qu'elle le soit tout à fait. Voilà pourquoi l'importance est si grande d'étudier la situation actuelle, l'action et les ressources spirituelles de l'Église d'Espagne qui a fait la nation et lui a donné sa vitalité, et qui ne pourrait laisser quelque crédit aux erreurs révolutionnaires que par ses propres imprudences.
Il a paru (1910) une traduction espagnole de VHistoire ancienne de l'Église, de Mgr Duchesne, augmentée d'une étude sur les origines chrétiennes de l'Espagne, qui n'est pas de Mgr Duchesne; dom Leclercq, L'Espagne chrétienne, Paris, 1906; Martin Hume, Spanisli People, Londres;. Rafaël Altamira y Crevea, Historia de Espaiia y de la civilizaciôn espanola, Barcelone, t. i, 2' édit., 1909; t. ii, 1902 ; t. III, 1906; t. iv (1700-1808), 1911 ; H. Ch. Lea, A his- Ittnj of the Inquisition of Spain, 4 in-8'', Londres et New- York, 1907; J. P. Oliveira Jlartius, Historia da civilisaçao iberiea, S" édit., Lisbonne, 1909; Desdevises du Dezert, L'Espagne de l'ancien régime, Paris, 1897, t. ii; Martin Hume, Modem Spain. Nous ne pouvons donner ici que desindications très générales. Il n'existe malheureusement pas une bonne histoire, claire et impartiale, de l'Église d'Espagne. Pour l'histoire actuelle de l'Église en Espagne, signalons particulièrement l'excellente clironique hebdomadaire rédigée par M:iximo [M. Angcl Salcedo] dans la Lectura dominical, revue illustrée dirigée par les jésuites, Madrid». 1911, 18= année.
II. Composition .\ctlelle de l'Église d'Espagxe. — 1" Clergé séculier. — Le concordat de 1851 a divisé l'Espagne en neuf archevêchés, métropoles d'autant de provinces ecclésiastiques, et 46 évêchés sufiragants. Ces évêchés et archevêchés sont divisés en ■ 16361 paroisses, groupées en 1000 archiprêtrés.
L'art. 5 du concordat est ainsi conçu : < Conformément aux puissantes raisons de nécessité et deconvenance qui le réclament pour la plus grande commodité et utilité sph-ituelle des fidèles, on fera une nouvelle division de délimitation des diocèses dans toute la Péninsule et les îles adjacentes. En conséquence, on conservera les sièges métropolitains actuels de Tolède, Burgos, Grenade, Saint- Jacques de Compostelle, Séville, Tarragone, Valence et Saragosse, et on élèvera à ce rang le siège suftragant de Valladolid,
ESPAGNE (ÉGLISE D'], ÉTAT RELIGIEUX
CIIKF-I.IEU DU DIOi.-ESE
et
NOMBRi; irARCIIIPUÊTRES.
Tolède
Madrid, 18
Ciudad-Real, 11
Coria, 11
Cuenca, 12
Plasencia, 12
Sigûenza, 18
Tarragone
Barcelone, 10
Gerona, fi
Lerida, 17
Uigfcl, 19
Tortosa, 11
Vieil, 10
Solsona', 11
Séville, 23
Badajoz, 14
Cadiz, 16
Cordnue, 17
Canaries, 5
Tenerife ',9
Valence, 25
Majorque, H . . .
Minorque, 1 .
Orihuela, 11 .
Segorbe, G
Grenade, 16
Almeria, 7
Cartagène-Murcie, 19
.laen, 12
Malaga, 10
Guadix, 5
Saint-Jacques (le Compoutclli'. 3G
Luge, 40
Mondoiiedo, 18 .
Ovicdo, 6.'!
Orense, 3(» .
Tuy, 14
Burgoa, 47. . .
CalahoiTa», 19
Kéon, 38
Osma, 28
Palencia, 22 .
Santander, 26.
Vitoria, 4<> .
Vallailotiil. 9 .
Astorga, 28.
Avila, 22
Ségovie, 16.
Salamanquc, 19.
Zanriora, 13 ... .
Ciudad-Rodrigo '*, 12
Saragosse, iô. .
Miiesca. 14 .
.laca, H
Pampeliine '», 20. . .
Taragona, 9 . .
Teruel, 5
Barbaslro ", 4
De tcrmino.
IRUAINE.S.
De ascenso.
lus
as
De enti-ada.
liasse».
l'Iass
' Il y a en outre 28 curé» auxiliaires. — «Doit être rtîuni à Vich. - ■''Doit l'tro rruni à celui des Canaries. - *Kn outre, 82 curi's auxiliaires. — "En outre, 12 curés auxiliaires. — "Ce siège iloit <^tre transfér»' à I.ogrcno. — " Kn outre, 11 anxiliairo. — " En (lUtre, 7 auxiliaires. — ' En outre, 36 auxiliaires. — '" En outre, .52 auxiliaires. — " En outre, 139 curés auxiliaires. — '* Ddit être uni il Salaiiianque. — " Poil èlre réuni à Tudela. — "Doit être uni à Iluesca. — l.os chiffres donnés ici sont empruntés au livre (le l'abbé Semlra y Domenech (voir bibliographie): on trouvera parfois des cliiffrcs un peu différents dans VAnnunirc pontifical • atholique, mais l'Annuaire parait avoir confondu dans certain.s cas le nombre des jiaroissM et celui dos édifices consacrés au culte. Ces chiffres sont d'ailleurs susceptibles de quelques variations, mais ils suffisent, répétons-le, à faire connaître la nature et l'importance rcspeclivo des divers diocé.ses.
ESPAGNE (EGLISE D'), ÉTAT RELIGIEUX
De même, seront maintenus les diocèses suffragants d'Almeria, Astorga, Avila, Badajoz, Barcelone, Cadiz, Calaliorra, Canaries, Cartagcna, Cordoue, Coria, Cuenca, Gerona, Guadix, Huesca, Jacn, Jaca, Léon, Lerida, Lugo, Malaga, Majorque, Minorque, Mondonedo, Orense, Orihucla, Osma, Oviedo, Palencia, Pamplona, Plasencia, Salamanca, Santander, Segorbe, Segovia, Sigiicnza, Tarazona, Tcrucl, Tortosa, Tuy, Urgel, Vich et Zamora.
Le diocèse d'AIbarracin sera uni à celui de Teruel, celui de Barbastro à celui de Huesca, celui de Ceuta à celui de Cadiz, celui de Ciudad-Rodrigo à celui de Salamanca, celui d'Ibiza à celui de Majorque, celui de Solsona à celui de Vich, celui de Tenerife à celui des Canaries, celui de Tudela à celui de Pamplona.
Les prélats des sièges auxquels on en réunit d'autres ajouteront au titre d'cvêque de l'Église qu'ils dirigeaient celui de l'Église unie.
Seront ériges de nouveaux sièges sufïragants à Ciudad-Real, Madrid et Vitoria.
Le siège épiscopal de Calaliorra et la Calzada sera transféré à Logrofio, celui de Orihuela à Alicante, celui de Segorbe à Castellon de la Plana, quand, dans ces villes, tout sera disposé, et le transfert jugé opportun après consultation des prélats et chapitres respectifs.
Là où l'amélioration du service d'un diocèse réclamera un évêque auxiliaire, on pourvoira à cette nécessité dans la forme canonique accoutumée.
De même on établira des vicaires généraux... là où on le croira nécessaire. A Ceuta et à Tenerife seront dès maintenant établis des évêques auxiliaires.
Les réunions et transferts décidés par le concordat n'ont pas encore été tous accomplis.
Les provinces ecclésiastiques sont reparties de la manière suivante :
ToUd' Coria, Cuenca, Ciudad-Real, Madrid,
Plasencia, Sigiienza.
Tarragjiie . . . Barcelone, Gerona. Lerida. Solsona, Tortosa, Urgel, Vich.
Séville Bidajoz, Cadiz, Canaries, Cnrdoue,
Tonerite.
Valence Majorque, Minorque, Oriliuela, Segorbe.
Grenade. .... Almcria, Cartagcna, Guadix, Jaen, Malaga.
Saint-Jacq-ies de Lugo, Mondonedo, Oviedo, Orense, Compostelle .... Tuy.
Buigos Calahorra, Léon, Os na,Palencia, Santander, Vitoria.
Valladolid. . . . Astorga, Avila, Ciudad-Rodriga, Segovia, Salamanca, Zamora.
Saragosse. . . . Barbastro, Huesca, Jaca, Pampelune, Tcrucl.
On peut donner quelque idée de l'importance relative des divers diocèses en indiquant le nombre des paroisses qu'ils contiennent. Ces paroisses se divisent en deux grandes catégories : les paroisses urbaines et les paroisses rurales, mais ces dénominations sont conventionnelles ; d'après l'abbé Sendra y Domenech, sont urbaines les paroisses qui comptent plus de 50 fidèles.
Les paroisses urbaines sont elles-mêmes subdivisées en trois catégories : 1° paroisses de entrada, par où les prêtres entrent dans le ministère des âmes; ce sont donc, parmi ces paroisses, les paroisses de début; on y distingue trois classes; 2» les paroisses de ascenso, ou d'avancement, où l'on distingue deux classes; 3° les paroisses de termina, ou de terme, où l'on distingue encore plusieurs classes, la mieux rétribuée étant très peu nombreuse.
Les paroisses rurales se divisent en deux classes : 1° paroisses comptant moins de 25 fidèles; 2° de 25 à 50 fidèles.
Toutes ces paroisses sont groupées en archiprêtrés. Mais les archiprêtrés ne constituent pas une catégorie
à part; l'évêque confère le titre d'archiprétre aux ecclésiastiques qui ont mérité sa confiance, et qui peuvent fort bien ne pas être titulaires de la paroisse qui, pour son importance ou son illustration, sert à désigner l'archiprêtré.
Voici, par provinces ecclésiastiques et par diocèses, quelle est la répartition des paroisses. Voir tableau, col. 557-558.
Il faut mettre un peu à part du clergé paroissial les chapitres. Sans doute, les chanoines sont le clergé des églises cathédrales et collégiales, mais un clergé spécialisé, un peu différent de l'autre par ses occupations comme par sa situation sociale.
I^'art. 13 du concordat de 1851 s'exprime ainsi : « Le chapitre des églises cathédrales se composera du doyen qui occupera toujours la première stalle après celle de l'évêque, de quatre dignitaires, à savoir : l'archiprêtré, l'archidiacre, le chantre et l'écolâtre, et en outre de celle de trésorier dans les églises métropolitaines, de quatre chanoines, de officia [chargés d'une fonction spéciale] : le magistral, le doctoral, le lectoral et le pénitencier, et du nombre de chanoines de gratia fixé à l'art. 17. L'église de Tolède aura deux dignitaires de plus... »
Art. 16. Outre les dignitaires et chanoines qui, exclusivement, composent le chapitre, il y aura dans les églises cathédrales des bénéficiés ou chapelains assistants...
Les dignitaires et chanoines, comme les bénéficiés ou chapelains, quoique, pour la meilleure administration de leurs cathédrales respectives, ils soient divisés en prêtres, diacres et sous-diacres, devront être tous prêtres,... et ceux qui ne le seraient pas en prenant possession de leurs bénéfices de^Tont le devenir dans l'année.
Art. 17. Le nombre de chanoines et bénéficiés dans les églises métropolitaines sera le suivant : les églises de Tolède, Séville et Sai-agosse auront 28 chanoines; Tolède aura 24 bénéficiés, Séville 22, Saragosse 28.
Les églises de Tarragone, Valence et Saint- Jacques de Compostelle auront 26 chanoines et 20 bénéficiés. Les cglises de Burgos, Grenade et Valladolid auront 24 chanoines et 20 bénéficiés.
Les églises suffragantes auront respectivement... etc.
Voici, en fait, et sous forme de tableau, quelle était en 1901 la composition des chapitres et le nombre des bénéficiés. Voir tableau, col. 561-562.
Il faut citer, en outre, un certain nombre de chapitres de collégiales dont les principales sont, d'après l'art. 21 du concordat :
^li!'i'S ChaDoiops B^Déitfiés
Alcala de Henarès (diocèse de Madrid). 1 10 8
Jerezde laFrontera ( — Séville). 1 10 6
Sacro Monte (ù Grenade même) .... 1 14 6
N. D. d3 Covadonga (dioctse d'Oviido) .1 10 6
Logrono ' ( — Cal.nhorra) . 1 10 6
Saint- Isidore (à Léan même) 1 10 6
Loria (diocèse d'Osma) 1 10 6
I^a Granja ( — Segovia) 1 10 6
Albarracdin ( — Terue:) 1 10 6
' Log-oiio doit d'aillcu-S remplacer Calahorra comme siège de l'évêchè.
Quelques chiffres manquent à ce tableau; d'autres peuvent se trouver aujourd'hui légèrement inexacts; ce qui apparaît, c'est que l'ensemble des chanoines et bénéficiers forme un groupe d'environ 2 000 ecclésiastiques, qui ne se confond pas complètement avec le reste du clergé séculier, qui, nous le verrons, se distingue par sa haute culture, mais dont l'action, gênée par ses fonctions mêmes, ne répond pas à cette haute culture et au travail dépensé pour l'acquérir. 11 y a de ce côté de belles forces non encore pleinement utilisées.
2° Clergé régulier. — D'après le recensement de
ESPAGNE (ÉGLISE D'), ÉTAT RELIGIEUX
Tolèile
Madrid
Ciudad-Real. . .
Coria
Cuenca
Plasencia . . . .
Sigiienza
Tarragone . . .
Barcelone . . . .
Gerona
Lerida.
Tortosa
Vich
Solsona '
Sévtlle
Badajcz
Cadiz
Cordoue
Canaries
Tenerife
Valence
Majorque
Minorque
Segorbe
Grenade ....
Almcria
Cartagène-Murcie
Jaen
Malaga
Guadix
CIU501XES.
' Le cliapitre de ce diocèse, qui doit être uni à celui du diocèse de Vich, est composé comme un chapitre collégial. Voir plus loin.
St.-Jacqries de ComposCelle.
Lugo
Mondofiedo
Oviedo
Orense
Tuy
Burgos
Calahorra
Léon
Osma
Palencia
Santander
Vitoria
Valladolid
Astorga
Avila
Segovia
Salamanque
Zamora
Ciudad-Rodrigo -
Saragosse
Huesca
Jaca
Pampelune *
Taragona
Teruel
Barbastri) '^
BBXEPICIES.
'A remarquer ce cliilTre: le chapitre d'Oviedoa un dignitaire de plus que les chapitres de même classe : c'est l'abbé de Covaclonga.
* Ce chapitre doit devenir chapitre collégial, quaml le dincèse sera etrectivement supprimé.
311 y a un arohiprétre pour chacune des deux catli('dralos.
*Doit être réuni à Tudela, qui possède une collégiale.
'Déjà organisé comme une collégiale, doit être uni ;i lluesca.
1900, il y aurait eu à cette date,cn Espagne, 12 112 religieux et 42 596 religieuses, soit, au total, 54 738 réguliers, sur 18753 206 habitants.
D'après le Slatcsman's Ycar Book, il y aurait eu en Espagne, en 1907, 50670 religieux sur 19 712 285 liabitants, soit 26 religieux sur 10000 habitants (la proportion serait en Belgique de 52 (1907), en France (le 47 (1901, avant la persécution), en Angleterre et Galles de 30 (1908), en Irlande de 27 (1908), en Allemagne de 29 (1905), plus forte dans toutes ces nations <]u'en Espagne.
La différence entre les deux chiffres que nous avons cites montre la diflicultc d'établir une statistique rigoureusement exacte; car, s'il est naturel que le chilTre ait varié de 1900 à 1907, il ])araît peu vraisemblable, à la suite de l'entrée en Espagne d'assez nombreuses congrégations françaises, (jue cette variation ait été une diminution. Quoi qu'il en soit, il y a lieu d'admettre qu'il y a en Es[)agnc un peu plus de 50000 réisjuliers, dont plus des trois quarts sont des femmes.
3" Cnlholiqncs pratiquants. — Les éléments que nous venons de passer en revue représentent la partie •ecclésiastique de l'Église, et la partie dont il est relativement aisé de connaitrc l'altitude et les sentiments.
Il est infiniment plus diîliciie de connaître le nombre des laïques qui sont catholiques réellement et non pas seulement à l'état civil et d'apprécier les rapports du clergé et des la'iques. Et ici se ]iosc naturellement Ja question des rapports de l'Église avec la nation.
Francisco <lc Paula Scndra y Doméncch, Geogrnfia ^lesiaslica de E.ipana, Valladolid, liiOl ; Mgr Li'.pez Pcl.iez
(évêque de .Jaca), El Dcicclw cspdi'iol en sus reldciones con la Iglesia, Madrid, 1909 (abondante bibliographie); on trouvera d'assez nombreux renseignements statistiques, biographiques et parfois historiques dans]' Annuaire pontifical catholique de Mgr Battandicr, i;?' année, Paris, 1010; .loaquin IJuitrago y Hornàndez, las ordcncs icliqiosas ij hsRetigiosos, 1901 ; Mriximo[M. Salcedo], E/ antirlrricalisnio y las ordenes religiosas en Espana, Madrid, 1908; R. P. ICsteban Sacres! , O. P., Catccismo doctrinal y apologetico sobre cl Estado religioso, Madrid, 1909 (assez nombreuses statistiques); Ordo divini officii... in diœccsi wntrilensi-complutensi, 1910; Relacinn de las comunidades de religiosas cxislentes en la diocesis de Madrid- A Icala, 1910; Vcl c.rcesino dcsarrollo de las ordenes religiosas en Espana, Madrid. 1910.
m. L'Églisk d'Espagne et la nation espagnole. — Après avoir constaté le rôle primordial joué par l'Église dans la formation et dans l'unification nationales de l'Espagne, il importe de se demander si, actuellement, la nation et l'Église d'Espagne continuent ix coïncider.
Et d'abord, (piel est le nombre des catholiques, et quelle proportion rei)résentent-ils dans la population ■? D'après le recensement de 1900 (un nouveau recensement vient d'être fait, fin 1910), le clergé catholique séculier comi)te 3.'{403 membres, le clergé des autres cultes en compte 106. D'après ces termes de comparaison précis, mais illusoires, les dissidents ne seraient même i)as, en Espagne, un sur trois cents habitants, et il resterait vrai de dire que l'Espagne est une nation catholique, sans restriction.
L'hétérodoxie n'a jamais eu grand succès en l'spagnc. Le i)rotcstantisme, en particulier, y a fait peu
ESPAGNE (ÉGLISE D'), ÉTAT RELIGIEUX
d'adcples, malgré les eflorls lentes au xvr siècle. Voir Uealencijklopadie )iïr prolestantische Théologie iind Kirche, 30 édit., Leipzig, 1906, t. xvni, p. 580-587. Pourtant, sous le règne d'Isabelle II, il y eut une propagande assez active (particulièrement de 1834 à 1839, de 1840 à 1849, de 1854 à 1856); les Sociétés bibliques répandirent de nombreux exemplaires de l'Écriture sainte; après le quaker Borrow vinrent les missionnaires méthodistes du Di'Rule; ils firent peu de conversions. Menendez y Pelayo cite un ancien franciscain devenu protestant, D. Juan Calderon, et un quaker espagnol, D. L. de Usoz y Rio. Après la révolution de 1868 la propagande reprit, surtout en Andalousie; » il n'y eut pas un coin de l'Espagne où ne vînt alors un'pasteur protestant ou un distributeur de Bibles » (Menendez y Pelayo). On prenait les Bibles, on ne les lisait pas. Les auteurs les moins bienveillants pour l'Église romaine constatent le peu de succès des protestants; tel Hubbard, //(s/o/Ve contemporaine de l'Espagne, t. vi, p. 227-229; l'auteur était en Espagne au moment de la révolution. « On ne peut disconvenir que la simplicité du culte protestant ne convient guère aux populations méridionales...; le temple paraîtra toujours mesquin en face des belles cathédrales élevées par la foi du moyen âge.
« Et pourtant, c'est tout à fait au midi, parmi les caractères les plus impressionnables, sous le beau ciel d'Andalousie, que le protestantisme a fait le plus de prosélytes... Nous l'attribuons pour notre part à la présence de riches familles protestantes établies à Jerez, à Cadiz et à Malaga. Elles exercent autour d'elles un rayonnement d'autant plus étendu qu'elles disposent de plus de capitaux, à côté d'Andalous toujours imprévoyants et pauvres comme Job. » (I Les minces résultats de la propagande protestante, dit de son côté H. Ch. Lea, depuis l'époque de George Borrow jusqu'à celle du pasteur Fliedner, montre combien peu le catholicisme a à craindre de tels efiorts chez un peuple qui, s'il abandonne la foi de ses pères, est bien plus disposé à chercher un refuge dans la négation de la religion que dans l'hérésie. » A hislonj of the Inquisition 0/ Spain, t. iv, p. 471. Frederick Fliedner (f le 25 avril 1901) est un Allemand qui fonda en Espagne des centres d'éducation et une maison d'édition (1873). Celle-ci publie une Revista crisiiana. Voir Le Christianisme an .\.\'= siècle des 22 et 29 mai 1908. Une Église du Rédempteur, à Madrid, est la plus ancienne des congrégations évangéliques existant actuellement en Espagne. Elle a été fondée le 24 janvier 1869 par D. Antonio Carrasco et D. Francisco de Ruet. La revue citée signale la récente fondation, par l'évêque Cabrera, d'une chapelle réformée à Valence et la propagande de l'Union chrétienne des jeunes gens à Madrid. En 1908, a dû avoir lieu une assemblée générale de l'Église évangélique espagnole. En 1906, elle avait 20 communautés indépendantes dans les grandes villes et 30 stations de prédication. h' Église espagnole réformée a adopté la confession de foi anglicane. Elle compte dix églises et elle est gouvernée par un évêque. Les méthodistes ont aussi un petit nombre de communautés surtout à l'est, à Barcelone et dans les îles Baléares. Les baptistes ont quelques églises dans les grandes villes, notamment à Madrid et à Valence. Les frères de Plymouth ont de nombreuses stations dans le nord-ouest de l'Espagne. Voir Recdcncyclopudie, t. xviii, p. 578-579. Il est bien digne de remarque que ce mouvement, d'ailleurs peu étendu, conserve l'air de quelque chose d'étranger, même lorsqu'il finit par être dirigé par des Espagnols. Voir Th. M' Crie, Hislory of the progrcss and suppression of the Reformalion in Spain, Edimbourg, 1^-29; Encyclopédie des sciences religieuses, Paris, l&7i', t. iv, p. 524-528, 531-532, 536.
L'élément juif a eu, historiquement, un rôle infiniment plus considérable que l'élément protestant; il n'est pas important à l'heure actuelle; peut-être pourrait-il le redevenir. Les juifs furent expulsés d'Espagne en 1492. L'édit fut maintenu, et, au XVI» siècle, rigoureusement appliqué. L'invasion française, sous Napoléon, rouvrit l'Espagne aux juifs, puis Ferdinand VII la leur ferma. La proclamation de la liberté des cultes en 1869 favorisa leur retour ; la transformation de la liberté en tolérance (constit. de 1876) le ralentit. Dans ces dernières années, un assez grand nombre de juifs (qui, souvent, descendent de juifs espagnols expulses) sont rentrés en Espagne. Voir L'Espagne et les juifs marocains, par J. Causse, dans le Journal des Débats, 14 octobre 1907. Mais, à supposer que l'élément Israélite doive reprendre quelque infiuence en Espagne, il ne peut être question évidemment d'une influence religieuse.
Il en est autrement des sectes ou des partis antichrétiens; par malheur, si l'on peut signaler l'importance de ceux-ci, il est impossible même de la mesurer superficiellement à l'aide de statistiques et de chiffres; un auteur espagnol , Nicolas Diaz y Pérez, franc-maçon, a publié, sur un ton d'ailleurs assez modéré, un livre sur La Francmasoneria cspanoZa, Madrid, 1894. Il évalue à cette date le nombre des francs-maçons à 64900, dont 2200 femmes. Ces chiffres sont incontrôlables.
Ce qui n'est pas douteux, malheureusement, c'est que, en fait, actuellement, une partie des libéraux et la totalité des radicaux et des républicains et sans doute aussi des socialistes, non seulement n'est pas catholique, mais est plus ou moins violemment hostile à l'Église catholique. Or voici, d'après la Croix du 8 mai 1910, la statistique des députés aux Cortès : conservateurs, 108; libéraux, 226; républicains, 39; solidaristes catalans, 7; carlistes, 8; intégristes, 3; catholiques, 2; socialiste, 1; indépendants, 3.
En somme, et sans pouvoir préciser où se fait dans le parti libéral, qui est complexe, la démarcation entre les catholiques et leurs ennemis, il est du moins certain qu'une partie importante de la nation est pratiquement en dehors du catholicisme. L'Église catholique n'est plus, en fait, au sens plein du mot, une Église nationale.
Tel est le fait brutal. Nous avons à nous demander comment l'Église maintient dans une certaine mesure son caractère national, et par où elle le perd.
Par l'enseignement, l'Église séculière et régulière joue un rôle important dans la vie nationale. Le rôle des réguliers est particulièrement actif, en Espagne et dans les pays de civilisation espagnole. La Junte ce ntiale d'ac'ion calholique vient de publier (juin 1911) une brochure documentaire sur les service; rendus dans le monde à l'Espagne par ses ordres religieux. Voir aussi Del excesivo desarrolto de las ordencs religiosas en E^pana, Madrid, 1910. En voici des exemples : Les jésuites espagnols ont, en Espagne, 18 collèges, en Amérique 12, aux Philippines 1; la moyenne des élèves de chacun de ces collèges est de 150 internes et 175 externes. Ils ont, en Espagne, 2 séminaires, en Amérique 4, aux Philippines 2.
Les Escolapios (Frères des Écoles chrétiennes) avaient (en 1903) :