XII
r L'axiome sacré des uns et des autres est que l'homme ne doit écouter que sa raison, ne se rendre qu'à l'évidence, rejeter tout ce qui lui paraît faux et absurde. Yoyons les divers usages que Ion a faits de cette maxime séduisante.
Jevois clairement que telle loi, telle discipline, telusage religieux est un abus; que la raison, le bon ordre, le bien public en exigent la réforme; donc je dois travailler à introduire une discipline contraire, malgré tous les obstacles ; rompre, s'il le faut, toute société avec ceux qui s'obstineront à maintenir l'usage actuel. Voilà le fondement de la conduite de tous les schismatiques.
Je conçois avec une évidence invincible, qu'il n'y a qu'un seul Dieu ; la divinité de Jésus-Christ est donc une erreur : qu'un corps ne peut pas être en différents lieux au même moment ; la présence réelle de Jésus-Christ, dans toutes les hosties consacrées, est donc un dogme absurde : que Dieu ne peut pas être un et trois ; le mystère de la Trinité est donc une contradiction. Les passages de l'Ecriture qui semblent prouver la divinité du Verbe, la présence réelle, ou la Trinité, doivent être expliqués par d'autres qui me paraissent dire le contraire. Ainsi ont raisonné les ariens, les sociniens, les protestants, et tous les sectaires qui ont paru depuis la naissance de l'Eglise.
Je suis intimement convaincu que Dieu ne peut pas révéler des dogmes absurdes, ininteUigibles, contradictoires, indignes de sa sagesse et de sa véracité suprême; je vois de pareils dogmes dans toutes les religions qui se disent révélées : donc toutes ces prétendues révélations sont des chimères ; donc toutes les preuves sur lesquelles on peut les appuyer, sont fausses ; donc il faut s'en tenir à la religion natureUe. Tel est le système des déistes.
Il n'est pas possible de douter qu'un Dieu, qui prendrait intérêt au culte des hommes, ne leur en révélât directement, actuellement et sans interruption, la forme; il ne souffrirait pas qu'ils le lui refusassent par une ignorance invincible. S'il y avait un Dieu, s'écriait Toland, et un Dieu qui s'intéressât au bonheur des humains, sans doute il prendrait pitié de l'état d'incertitude et d'ignorance où je suis (1). C'est le langage de ceux qui soutiennent l'indifférence des religions, et qui n'en veulent aucune.
Il est évident qu'un être doué de qualités incompatibles, dont les attributs sont inconciliables et contradictoires, n'existe pas : or,
(i) Dial. sur l'âme, pag. 6i.
INTRODUCTION DE BERGIER