‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 129 sur 536 · ACOLYTE · texte numérisé non relu

ACOLYTE

II. Origines. — La date précise de l'institution des acolytes n'est pas connue, si on écarte le texte ci-dessus ; mais le ternie grec employé pour désigner cet ordre, est déjà un indice non équivoque de haute antiquité ; car il nous reporte à une époque, où la communauté romaine parlait encore principalement le grec. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au milieu du IIIe siècle, l'existence de cet ordre était notoire à Rome, et en Afrique, à Cartilage. Le pape saint Corneille en effet, dans une lettre écrite à l'évêque Fabius d'Antioche en 251, et rapportée par Eusèbe, fait le dénombrement du clergé romain de son temps. Il y avait alors quarante-six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, quarante-deux acolytes, cinquante-deux clercs inférieurs, exorcistes, lecteurs et portiers. Fusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. xliii, P. G., t. xx, col. 621 ; cf. P. L., t. m, col. 743. Saint Cyprien, contemporain de ce pape, nomme aussi plusieurs fois des acolytes dans ses lettres. Epist., xxvm, xm, lv, lxxviii, etc., P. L., t. m, iv.

L'épigraphie chrétienne ne fournit malheureusement presque aucun renseignement sur les acolytes. On ne connaît pour Rome que l'épitaphed'Abundantius, acolyte, de la 4e région du titre de Vestine, du vne siècle environ, et une allusion à l'acolyte Victor, sur une de ces lames de métal, que, depuis le règne de Constantin, on avait coutume de suspendre au cou des esclaves fugitifs : Tene me quia fugi et reboca nie Victori acolito a dorninicu(basilica)Clementis. Duchesne, Liber pontificalis, t. i, p. 223, notes 6 et 7. Pour la Gaule, M. Le Blant ne relève qu'une seule inscription d'acolyte, à Lyon, en 517. Le Blant, Inscriptions chrét. de la Gaule, 36, in-4°, Paris, 1856, t. i, p. 77. Aussi, cet ordre ne paraît avoir pris pied tout d'abord que dansles grandes églises, comme Rome et Carthage, où le service des autels était plus important; et il n'en faut pas conclure qu'en Occident, toutes les églises, surtout les petites, fussent pourvues de clercs de cet ordre, beaucoup moins répandus que les exorcistes et les lecteurs. Comme on sait par ailleurs que le pape Fabien (236-250) a institué septsousdiacres, Liber pontificalis, t. i, p. 148, et que les fonctions des acolytes ont beaucoup de ressemblance avec celles de ces derniers, on peut admettre que c'est ce pape qui les a institués entre 236 et 250.

L'institution des acolytes et des autres ordres mineurs, y compris le sous-diaconat, peut être considérée comme un dédoublement du diaconat, et c'est ainsi que l'envisagent la plupart des écrivains catholiques et hétérodoxes ; elle a sa source dans la nécessité d'aider les diacres, dans les fonctions inférieures de leur ordre, et dans la convenance qu'il y avait à maintenir le septénaire sacré des diacres, d'institution apostolique. Les acolytes répondent à ce besoin, car, comme le pense M. l'abbé Duchesne, ils sont les « suivants » du diacre, Bulletin critique, 1886, p. 376, et ils ont ceci de commun avec lui et le sous-diacre, qu'ils sont attachés au service des autels, ce qui n'est pas le cas pour les autres clercs inférieurs. Duchesne, Origines du culle chrétien, p. 332.

Contre cette opinion traditionnelle de l'origine des ordres mineurs, M. Harnack a cru devoir émettre une hypothèse nouvelle. A propos d'un document sans titre, qui figure en tète des collections canoniques, coptes et abyssiniennes, et que M. l'abbé Duchesne propose d'intituler « Constitution apostolique égyptienne », Bulletin critique, 1886, p. 361, le professeur de l'université de Berlin a écrit une dissertation sur l'origine du lectorat et des autres ordres mineurs : Die Quellen der sogen. apostolischenKircltenordnung nebst einer Untersucltung ùber den Ursprung des Lectorats und der anderen niedercn Weilien, in-8°, Leipzig, 1886, dans Texte u. Vntersuch. zur Geschichte der altchristl. Literatur, t. n, fasc. 5. Il n'admet pas que les ordres mineurs, soient un dédoublement du diaconat; le sous-diaconat seul a cette origine; pour lui, c'est une « création

complexe ; elle embrasse trois catégories qui, dans leur origine, n'ont rien de commun entre elles : 1° exorcistes et lecteurs ; 2° sous-diacres ; 3° acolytes et portiers ». Il ne veut voir dans ces derniers, qu'une imitation des institutions religieuses de la Rome païenne, loc. cit., p. 98, et dans les acolytes notamment, qu'une copie des calatores, esclaves attachés au service personnel des prêtres païens, p. 96. Sans doute, la similitude des situations permettra toujours de trouver des rapprochements dans des institutions analogues; mais, dans l'espèce, « chercher à prendre toujours le pape en flagrant délit de paganisme, » Duchesne, loc. cit., p. 369, est une tendance qui demande à être prouvée par d'autres arguments que des hypothèses. Aucun texte connu ne nous montre les acolytes, comme attachés au service personnel des prêtres, et ne permet de les assimiler aux calatores païens. Au contraire, l'ordo romain, dans sa forme la plus ancienne, nous les montre soumis au diacre régionnaire, et uniuscujusque regionis, acohjthi per manum subdiaconi regionarii, diacono regionis suse, officii causa subduntur. Ordo rom. I, n. 1, P. L., t. lxxviii, col. 937. On sait par le Liber pontificalis, t. i, p. 148, que le pape Fabien avait réparti les sept régions ecclésiastiques entre les sept diacres, et que, d'autre part, il a créé sept sous-diacres. N'est-il pas naturel de supposer, avec M. Duchesne, que le nombre des régions a influé sur celui des acolytes, et que tout ce personnel étaitdistribué suivantlesystèmerégionnaire? Au-dessous de chaque diacre, sept clercs par région, six acolytes et un sous-diacre, le sous-diacre n'étant que l'acolyte en chef. Ainsi, l'ordre d'acolyte semble se rattacher étroitement au diaconat et l'acolyte est le «suivant» non du prêtre, mais du diacre. Duchesne, Origines, p. 332, et Bulletin critique, loc. cit., p. 370.

III. Fonctions. — Du temps de saint Cyprien les acolytes, étaient employés comme tabellarii, courriers; mais les messages de confiance étaient aussi bien portés par d'autres clercs, sous-diacres ou lecteurs. S. Cyprien, Epist., xxix, lxxix. En dehors de saint Cyprien, les auteurs du IIIe et du IVe siècle ne nous apprennent rien sur la fonction primitive de l'acolyte. On connaît bien, à l'époque des persécutions, le fait de l'acolyte Tarcisius, Martyrologium Bomanum, 15 août, martyrisé par les païens, pendant qu'il portait sur lui la sainte eucharistie ; mais on ne peut s'en servir pour caractériser la fonction des acolytes, puisque alors de simples laïques pouvaient aussi porter l'eucharistie aux absents. Cependant nous savons par la lettre d'Innocent Ier à Decentius, évêque de Gubbio (416), que les aco'y'es allaient chaque dimanche porter le fermentum aux piètres titulaires, en signe de communion. P. L., t. xx, co^. 556. Il n'est pas téméraire de croire que cet usage existait depuis longtemps.

Il y avait à Rome trois sortes d'acolytes : les acolytes palatins, qui servaient le pape dans le palais apostolique et à la basilique du Latran ; les acolytes stationnaires, qui le servaient dans les églises où les stations avaient lieu, et les acolytes régionnaires, qui secondaient les diacres chacun dans sa région. Mabillon, se basant sur le Ier et le IIIe ordo romain, n'admet que deux sortes d'acolytes : les régionnaires, qui servaient les diacres régionnaires et le pontife, et les titulaires, qui secondaient les prêtres titulaires. D'après lui, les palatins étaient les acolytes du Latran, et les acolytes stationnaires étaient pris parmi les régionnaires. Mabillon, In ord. rom. comment. prsev.,P. L., t. lxxviii, col. 861.

Dans l'Église romaine, aux messes papales, les acolytes jouaient un rôle assez important, sous les ordres des diacres et des sous-diacres régionnaires. Ils portaient le saint chrême, les évangiles, les linges et les sacs de lin destinés à recevoir les oblatœ ou hosties consacrées, devant le pontife, lorsqu'il allait officier dans les églises stationales. Ils devaient apporter à l'autel, au commen-

ACOLYTE — ACOMINATOS NICETAS

cément de in messe, un vase, capsa, contenant un fragment de pain consacré, réservé de la messe précédente, et que l'on mettait dans le calice, avec une autre parcelle de l'hostie consacrée le jour même, pour signifier par ce rite, l'unité et la perpétuité du sacrifice, Ordo I, n. 8. et Comment. praev., col. 869, 870. Ils accompagnaient comme maintenant le diacre avec leurs cierges allumés, pour la lecture de l'évangile, qui se faisait alors à l'ambon (n. 11). Ils tenaient la patène, pendant le canon, comme fait le sous-diacre actuellement (n. 17). Avant la communion, ils se présentaient à l'autel avec des sacs de lin, suspendus à leur cou, et y recevaient les oblalse, qu'ils portaient ensuite devant les évêques et les prêtres, pour la fraction opérée par le presbyterium tout entier (n. 19). Le jeudi saint, ils portaient les ampoules contenant les saintes huiles (n. 31); le vendredi saint, deux d'entre eux tenaient, de chaque côté, la croix présentée à la vénération du clergé et du peuple (n. 35); le samedi saint, ils aidaient, en cas de nécessité, les prêtres et les diacres, dans l'administration du baptême (n. 43), etc. Depuis l'institution de la schola cantorum, les acolytes, se trouvant être les seuls bas clercs en service actif, prennent une importance de plus en plus grande; ils assistent les prêtres cardinaux dans leurs églises titulaires; aux cérémonies pontificales, ils sont chargés de tous les services inférieurs, de plus en plus compliqués; pendant le carême et aux solennités baptismales, ils assistent les catéchumènes, et récitent avec eux le symbole, etc. Duchesne, Origines, p. 333. Aujourd'hui, ils ont bien perdu de leur ancienne importance, puisqu'ils ne portent plus la sainte eucharistie, ni les vases sacrés; les fonctions de leur ordre sont dévolues le plus souvent à des laïques, malgré les vœux du concile de Trente, pour que les ministères ecclésiastiques inférieurs fussent accomplis par des clercs proprement dits. Sess. XXIII, De reform., c. xvn.

IV. Ordination. — 1° Anciens rites. — Dans l'Église romaine, le plus ancien rite connu de l'ordination des acolytes est fourni par le huitième ordo romain, du moins Mabillon le considère comme le plus pur, sur l'ordination des ministres sacrés. Cette cérémonie avait lieu, non un jour d'ordination solennelle, mais à une messe ordinaire; on y revêtait le candidat de la planeta et de Vorarium, costume singulier en regard de la discipline actuelle, mais, comme on sait, la planète était alors commune à tous les clercs. Pour Yorarium, c'est moins certain; en tout cas, ce n'était pas un insigne, mais une pièce du vêtement commun, le sudarium antique, d'après M. Duchesne, qui a fini par devenir l'étole et l'insigne des degrés supérieurs, depuis le diaconat. Cf. Gerbert, Liturgia aleniannica, part. I, disq. III, c. m, p. 500, et Duchesne, /Origines, p. 37(5. Puis, au moment de la communion, il s'approchait de l'évêque ou du pape s'il était présent; le pontife lui remettait un sac de lin, qui, comme on l'a vu plus haut, lui servait à porter aux prêtres les oblatœ. Cf. Ordo VIII, n.l. Il se prosternait à terre avec le sac, et le pontife lui donnait sa bénédiction en ces termes : Intercedente beata et (/loriosa, semperque virgitic Maria cl B. apostolo Petro salvet et custodiat et prutcgal te Dominas. Lorsque cessa l'usage de faire porter l'eucharistie par les acolytes, on leur donna comme symbole de leur ministère, non [il us le sac de lin, mais le chandelier avec un cierge, et une burette vide, pour signifier la charge qu'ils avaienl d'allumer le luminaire de l'église, et de présenter à l'autel le vin de l'eucharistie. C'est le rite que l'on trouve dans le sacramentaire dit grégorien, publié par I). Hugues Ménard, P. L., t. lxxviii, col. '219, et dans les StatutaEcclesise antiqua, ce recueil de canons disciplina ires ci liturgiques, qu'on acceptait jadis comme IVe concile de Carthage (398), mais qui a été rédigé vraisemblablement en c.aule, dans la deuxième moitié du Ve siècle. Cf. Maassen, Gesc'hichte der Quellen und (/<■/• Literalur

des canonischen Rechts, in-S", Gratz, 1871, t. I, p. 390 sq. La description est à peu près identique de part et d'autre, et elle est répétée dans presque tous les pontificaux d'origine diverse, depuis le ixe siècle. Martène, De antiq. Eccl. rit., t. il, p. 90 sq.; Morin, Comrn. de sacris Eccl. ordinat., p. 21*2 sq. : Acolythus, cum ordinatur, primum ab episcopo doceatur, quai i ter in officio suo agere debeat, sed ab archidiacono accipiat ceroferarium cum cereo, ut sciât se, ad accendenda Ecclesise luminaria mancipari. Accipiat et urceolum vacuum ad fundendum [al. suggerendum] vinum in eucharistiam sanguinis Christi. Seulement, tantôt c'est l'archidiacre qui fait la tradition des instruments, sans formule prononcée, ni par lui, ni par l'évêque, tantôt c'est l'évêque qui prononce la formule, pendant que l'archidiacre fait la tradition. Enfin l'usage a prévalu que l'évêque lui-même présente la matière et prononce la forme, comme le prescrit aujourd'hui le pontifical romain. A remarquer cette rubrique du sacramentaire grégorien, sur le moment de l'ordination : Majores gradus ante Evangelium, minores vero post communionem dantur, et minores guident, Dominicis diebus, si necesse est.

Il n'y a guère que deux types de formules pour la tradition; celui du sacramentaire grégorien, assez différent de celui qui est usité actuellement : Accipile hoc gestatorium luminis, etc., P. L., t. lxxviii, col. 219, mais qui n'indique rien pour la burette; puis, dès le xn° siècle, un type beaucoup plus fréquent, à peu près identique au nôtre actuel : Accipile ceroferarium cum cereo, etc. Accipite urceolum, etc., moins la finale, in nomine Domini. Amen, qui est une addition récente. Le nombre des oraisons prononcées sur les acolytes a varié de un à quatre au maximum; mais le texte se retrouve à peu près le même partout, dans un ordre parfois différent. Ce sont les mêmes formules qu'on retrouve au pontifical actuel.

2° Rite actuel. — D'après la discipline actuelle, l'acolytat peut être conféré en dehors de la messe, tous les dimanches et jours de fêtes doubles de précepte, mais le matin seulement. Le rite essentiel consiste dans la tradition, par l'évêque lui-même, d'un chandelier avec un cierge éteint, que les ordinands doivent toucher simultanément, pendant que l'évêque prononce la formule : Accipite ceroferarium cum cereo, etc., puis, dans la tradition d'une burette vide sur un plateau, que les ordinands doivent toucher, pendant que l'évêque prononce la formule : Accipite urceolum, etc. Pontificale rom., De ord. acol. La S. C. des Rites a déclaré que le bougeoir de l'évêque ne peut être la matière de l'ordre de l'acolyte, en place du chandelier. .S. H. C, 8 juin 1709, inBracharen., n. 3809, ad 5um ; cf. Lerosey, Explication des ruhr. du missel, du bréviaire, du rituel et dit. pontif., in-12, Paris, 1889, p. 467. La communion n'est pas de rigueur pour la réception des ordres mineurs. Sur la question de savoir s'il y a sacrement dans l'ordination de l'acolyte et sur les autres questions qui s'y rattachent, voir le mot Ordres mineurs.

•loan. Morin, Commentarius de sacris Ecclesise ordinatîonibus, in-fol. Anvers, 1085, part. II, p. 209; part. III, p. 152; R. Sala(ilans Bona, Opéra), Rerum Hturgicarum, in-fol., Turin, 1749, t. ii,1. I, c. xxv, S 17, p. 363 sq.; dom Edm. Martène, De antiquis Ecclesiœ rilibus, 2"édit., in-fol., Anvers, 1736; Domin. Giorgi, De liturgia Romani Pontiftcis, in-4", Home, 18ï3, t. n, diss. I, c. v, p.Lxxiv; D. Mart. Gerbert, Vêtus liturgia aleman* nica, part. II, dist. V, Desacris ordin., in-4', Saint- Biaise, 1776; p. 500; Catalan, Pontifiale romanum, in-4°, Paris, 1850, t. i, tit. vin, p. 173; M1' Duchesne, Origines du culte chrétien, in-8°, Paris, 18S9, p. 330, 339, 352; Dictionnaire d'archéologie chrétienne, t. i, col. 348-356.

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