‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 163 sur 536 · AD INTRA, AD EXTRA — ADJURATION · texte numérisé non relu

AD INTRA, AD EXTRA — ADJURATION

celle qui, du sujet agissant où elle commence, se prolonge vers un terme extérieur à ce sujet, réellement distinct de lui, où elle s'achève. Telle la chaleur rayonne, passe du foyer en mes membres engourdis et s'y trouve bientôt recueillie. De fait, ce qu'il y a dans l'agent, ce qui constitue son acte même, se retrouve dans le terme récepteur et constitue l'effet produit. Les anciens l'avaient constaté dans cette formule : quod est actio in agenle, id est passio in recipienle : ce qui est action, activité dans l'agent, cela même est passion, passivité dans l'être récepteur. Et pour cela, ces opérations externes étaient dites formellement passantes, formaliter Iranseuntes. On les appelait proprement actions, à la ditléxence des opérations intrinsèques auxquelles on réservait spécialement le nom d'opérations. S. Thomas, De verilate, q. vin, a. 6.

II. Dieu. — La théologie a aussi appliqué à Dieu la distinction philosophique des opérations ad intra et ad extra, mais avec les réserves que comporte nécessairement le mode d'action propre à l'être infini. — 1° A ne considérer dans l'opération interne que l'exercice intérieur d'une activité, commençant et finissant dans l'intimité même de l'agent, toutes les opérations divines sont exactement des opérations internes ou ad intra. Les activités que notre science humaine distingue en Dieu, sont dans la réalité un seul acte infiniment pur, l'essence divine elle-même ; et toutes les opérations de Dieu, n'étant rien autre que son être, sont toutes également internes ou ad intra. — 2° Mais si elle en vient à observer les opérations divines, non plus en ellesmêmes comme actes, mais dans leurs effets ou résultats, l'analyse théologique constate que les unes ne produisent aucun terme en dehors de Dieu, aucun effet distinct de lui; tandis que d'autres ont évidemment la vertu de poser, en dehors de l'être divin, un terme quelconque, substance ou accident. Seules, les premières opérations gardent le nom propre d'opérations internes, intrinsèques ou ad intra, et elles sont de deux catégories : les unes sont communes aux trois personnes de la sainte Trinité : ce sont tous les actes d'intelligence ou de science divine, ce sont encore les actes de volonté ou d'amour divin qui n'ont pas de terme en dehors de Dieu; les autres sont propres à certaines personnes : ce sont les opérations dites notionnelles, comme la génération du Verbe qui est propre au Père, comme la spiration qui est l'acte commun du Père et du Fils duquel procède le Saint-Esprit. Voir Science divine. Volonté divine, Génération, Spiration. — 3° Les operations divines qui ont la vertu de produire un terme quelconque, substantiel ou accidentel, infiniment distinct de Dieu, portent le nom d'opérations extérieures; externes, extrinsèques ou ad extra. A la différence de ce qui se passe dans l'agent fini, les actions divines ne sortent pas de Dieu, elles ne s'écoulent pas hors de la divine nature qui les émet. Elles ne sont donc jamais réellement, formellement passantes, formaliter Iranseuntes. Identiques à l'essence divine, elles demeurent et s'absorbent tout entières, comme actes, dans cette essence infiniment simple. S'il pouvait en être autrement, le panthéisme serait le dernier mot de la théologie de l'action en Dieu. Nous savons cependant, et la foi aussi nous enseigne, que la puissance infinie, sans sortir d'elle-même, peut, à son gré, appeler à l'existence des substances ou des accidents sans nombre, soit dans l'ordre de la nature, soit dans les ordres prélernaturel et surnaturel. Ces substances ou accidents sont absolument distincts de Dieu, et, en ce sens, ils sont posés en dehors de Dieu et de son essence, extra Détint, comme les actes d'où ils procèdent sont vraiment, dans leur terme, des opérations extérieures à Dieu, ad extra, extra Deuni. Ce sont donc des actions qui, pour ne pas sortir de Dieu, n'en produisent pas moins des résultats analogues aux opérations qui s'écoulent de l'agent lini

dans un terme produit; elles ont une vertu analogue de production, et on peut les appeler équivalemment ou virtuellement passantes, œquivalenler, virtualiter transeuntes.

Mais si les êtres finis ne sont pas, ne contiennent pas identiquement continuée jusqu'à eux et en eux, l'action divine qui les a faits, ils n'en sont pas moins essentiellement et totalement sous la dépendance constante de cette même action divine qui les produit, les conserve et les dirige à leur fin. Sous ces rapports multiples, les êtres finis ne sont certes pas en dehors de Dieu, ni en dehors de sa providence tulélaire ou de sa présence inévitable.

Suivant la nature même de leur terme, les opérations extérieures de Dieu peuvent facilement se classer. Nous avons ainsi les opérations proprement productrices; s'il s'agit de toute une substance, c'est la création; s'il s'agit seulement de la forme substantielle, c'est l'information, comme l'union de l'âme et du corps, comme l'œuvre des six jours où Dieu donnait des formes diverses à une matière précédemment créée; s'il s'agit d'un accident quelconque, c'est l'altération avec tous sesdegrés. Voir Création, Forme. Quand les êtres sont une fois produits, l'activité divine ne les abandonne pas totalement à eux-mêmes. Elle les conserve, les gouverne, les soutient intimement dans l'action; c'est la conservation, la providence et le gouvernement de Dieu, le concours divin. Voir ces mots. Enfin, dans l'ordre surnaturel, en dehors des altérations qui produisent, conservent ou augmentent la grâce, il faut mentionner spécialement l'incarnation qui a uni la nature humaine du Christ à la personne du Verbe, et la transsubstantiation qui change le pain et le vin au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voir Incarnation, Transsubstantiation, Grâce. H. Quilliet.

ADJURATION. Dans un sens vulgaire et trèslarge, ce mot s'entend de tout appel que l'on fait à une autorité morale supérieure (Dieu, les saints, la patrie, etc.), pour émouvoir, par sentiment de crainte ou de révérence, celui à qui l'on parle, et l'amener plusefficacement à la détermination qu'on en souhaite. Adjurer, c'est donc, en d'autres termes, ajouter au poids de sa propre parole l'influence morale, plus puissante, d'une invocation à laquelle on a recours comme à une suprême ressource, et que l'on suppose apte à produire l'impression désirée sur l'intelligence et la volonté hésitantes de l'auditeur.

Ainsi définie dans son acception la plus étendue, l'adjuration n'est pas toujours un acte proprement dit de la vertu de « religion », puisqu'elle peut faire intervenir des considérations dont Dieu n'est formellement l'objet en aucune manière : l'amour paternel, le patriotisme, l'honneur, etc.

Aussi les moralistes, dans leurs commentaires sur le second précepte du décalogue, ne considèrent-ils l'adjuration comme «. acte de religion », que dans le sens, plus restreint, d'une invocation où Dieu se trouve, soit directement, soit indirectement, mis en cause : directement, quand il est personnellement invoqué; indirectement, si l'adjuration fait appel aux créatures (personnes ou choses saintes) en tant précisément qu'elles ont une relation spéciale avec Dieu, et servent ainsi à faire remonter, en réalité, l'autorité de l'adjuration jusqu'à lui.

Il y a entre « l'adjuration » et le « serment » une étroite affinité, qui ne les empêche point, cependant, d'être choses assez différentes, Le serment est un acte de culte plus caractérisé et, si l'on peut dire, plus intense, en ce qu'il met plus immédiatement Dieu en cause, et d'une façon plus absolue, comme témoin de la vérité, alors que l'adjuration ne fait (pie proposer, par mode de suggestion morale, l'évocation de son infinie dignité ou

ADJURATION — ADONAI

puissance, comme un moyen indirect de persuasion, dont l'effet reste d'ailleurs « conditionné », étant toujours subordonné aux dispositions subjectives de celui à qui l'on s'adresse.

L'adjuration peut être déprécative ou impérative. Celui qui adjure, en effet, tantôt « supplie » et tantôt « commande », suivant l'attitude que lui impose la condition, supérieure ou inférieure, de la personne adjurée.

L'homme ne peut donc employer la forme d'adjuration impérative à l'égard de Dieu (ou des bons anges), non plus que la forme déprécative à l'égard des démons, qu'il ne doit jamais « prier », n'ayant rien de bon à en attendre, auxquels même Dieu lui a donné pouvoir de commander. Marc, xvi, 17; Luc, x, 19. Cf. Perrone, loc. cit. infra, n. 339.

Des termes de sa définition, il résulte que l'adjuration ne peut s'adresser qu aux êtres raisonnables, seuls susceptibles de subir l'influence morale de l'invocation qu'elle exprime. S. Thomas, Sum. theol., IIa IIS, q. xc, a. 3. Adjurer des créatures dépourvues d'intelligence serait un non-sens, sauf le cas, cependant, où l'adjuration viserait indirectement les puissances d'ordre supérieur d'où peut dépendre leur action utile ou nuisible pour nous.

Rigoureusement parlant, Dieu ne peut être adjuré, puisqu'il est impossible de faire appel à aucune perfection d'être ou de puissance supérieure à la sienne. Une sorte d'analogie, très légitime, permet cependant de l'adjurer « par lui-même », par son essence et ses attributs, par son Fils, etc., d'où les formules d'adjuration déprécative qui terminent nos oraisons liturgiques : Per Dominum nostrum Jesum Christum...,et, dans les litanies, les invocations bien connues à Jésus-Christ: Per nativitatem tuant... Per crucem et passionem tuam, etc., libéra nos, Domine.

L'adjuration est privée ou solennelle, suivant qu'elle est faite, à titre individuel par un particulier, ou devant l'Église par un ministre spécialement investi du pouvoir de la formuler en son nom. Le cas le plus intéressant d'adjuration en forme solennelle est celui qui se rapporte à l'adjuration des démons dans les exorcismes.

Tout comme le serment, l'adjuration, pour être exempte de péché (grave ou léger, suivant les cas), doit réunir les trois conditions théologiques bien connues : veritas, justitia, jtulicium; vérité, bonté morale, discrétion. D'où les moralistes concluent qu'il y a péché : 1° dans l'adjuration qui ne fait pas appel au vrai Dieu, ou qui est formulée à l'appui d'un mensonge, d'une fausseté ; 2° dans l'adjuration qui a pour but d'amener l'adjuré à une œuvre (action ou omission) moralement défendue; 3° dans l'adjuration employée à la légère, sans cause ni raison véritablement sérieuse. Nous ne disons rien ici de tout ce qui concerne spécialement l'adjuration des démons; on trouvera cette matière développée au mot Exorcisme.

S. Thomas, Sum. theol., II" II", q. xc; Grégoire de Valentia, Commentai-, in //"" II", disp. VI, q. vin, Lyon, 1609, t. m, col. 1407 ; Suarez, De virtute religionis, tract. IV, 1. IV, Mayence, 1609, t. n, p. 458; S. Alphonse de Liguori, Theol. moral., I. III, n. 193, Append., Turin, 1847, t. i, p. 345; Berardi, Examen confessarii et paroclti, Faenza, 1895, t. Il, p. 261; Ballerini, Opus theol. moral., tr. VI, sect. H, c. n, dub. vu, Prato, 1890, t. n, p. 442; Lehmkuhl, Theol. moral., n. 425, 8* édit., Fribourg, 1896, t. I,p. 262; iErtnys, Th"ol. moral., 1. III, n. 80,4- édit., Tournai, 1896, t. I, p. 192; Haine, Theol. moi: etetn. ex S. Thom., De praecept. Decal., q. lxii, 3* édit., Louvain, 1894, t. i, p. 385. Pour les exemples d'adjuration contenus dans la Bible, voir au mol Adjurole Coticordantium thésaurus de Peultier, Paris, 1897, p. 93.

F. Deshayes.

ADON (Saint). Adon naquit vers le commencement du IXe siècle dans le Gatinais, au diocèse de Sens. Offert tout jeune par ses parents à l'abbaye de Ferrières, il y lit profession de la vie monastique. Plus tard, l'abbé

Mercuare, de Priim, le demanda à Loup de Ferrières. De Priim, où il eut à subir quelques persécutions, Adon se rendit en Italie et resta cinq ans à Rome. A son retour en France après un séjour à Lyon, où l'archevêque saint Remy lui avait confié l'église de Saint-Romain, il devint archevêque de Vienne en Dauphiné, vers le mois de septembre 860. Il tint plusieurs conciles à Vienne pour le rétablissement de la discipline du clergé et le règlement de l'office divin. Mais des actes de ces divers conciles il ne nous reste qu'un fragment de celui tenu en 870. Il parut également avec éclat dans plusieurs autres, et se signala surtout dans l'affaire du divorce du roi débauché Lothaire avec Theutberge. Il s'éleva avec force contre ce divorce et fut en correspondance à ce sujet avec les papes Nicolas Ior et Adrien II, qui tous deux, ainsi que les empereurs Charles le Chauve et Louis le Germanique, le tenaient en particulière estime. Il mourut le 16 décembre 875, et non 874, comme le marquent certains auteurs. Dans l'Église de Vienne, sa fête se célèbre au jour de sa mort.

Écrits. — Adon écrivit une chronique universelle en latin, depuis Adam : Chronicon sive Breviarium chrouicorum de sex mundi œtalibus ab Adamo usque ad a. 869, où il ne fait guère que compléter et modilirr l'ouvrage du vénérable Bède. Il s'y est appliqué à montrer comment les personnages de l'Ancien Testament ont été les types du Christ. Il retoucha la Passion de saint Desiderius, évoque de Vienne, mis à mort comme adversaire de Brunehaut, et composa la vie de saint Theudérius, qui avait fondé, au vie siècle, un monastère près de Vienne. Mais ce qui nous intéresse surtout, c'est son Martyrologe, qu'il termina vers 858, alors qu'il desservait encore l'église de Saint-Romain. Il est certain qu'il eut connaissance de l'œuvre analogue du vénérable Bède, développée par le diacre Florus, puisque Usuard, qui, quelques années après, devait abréger le martyrologe d'Adon, le connaissait comme « commentaire de Florus ». Mais Adon ignora le travail de Raban Maur. Son a'uvre fut entreprise pour développer celle de Florus. Elle fut modelée sur le Petit Martyrologe romain qu'il avait transcrit à Ravenne vers 850 et qu'il mit en tête de son ouvrage. Cf. cependant sur cette opinion de Rossi, Roma sot., t. Il, p. xxvii-xxxi ; de Smedt, Introduit, gén., p. 434-137; Bœumer, Geschichte des Breviar., p. 469, n. 6. Elle est plutôt une collection de courtes vies de saints qu'un martyrologe proprement dit. A vrai dire, elle se rapprocherait plus du Ménologe des Grecs. Voir dom Quentin, Les martyrologes historiques, Paris, 1908, p. 466-681. Les ouvrages d'Adon ont été insérés P. L., t. cxxm, col. 9-449.

Mabillon, Elogium historicurn, dans Acta sanctorum ordinis S. Benedicti, Paiis, 1680, t. iv, p. 262-275 ; Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés, Paris, 1862 , t. XII, p. 619-622 ; Ziegelbauer, Histor. rei literarise O. S. Benedicti, Augsbourg, 1754, t. m, p. 86-88; Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen âge, trad. Aymeric, Paris, 1884, t. il, p. 420-423; Diction, d'archéologie chrétienne, t. i, col. 535-539.

R. BlRON.

ADONAI (hébreu : 'aiiN Adônây ; Septante : Kûptoc; Vulgate : Dominus et deux fois Adonaï), nom divin hébreu, forme dérivée du substantif hébreu âdôn, fn», maître, seigneur, par l'addition de la terminaison ây. Selon R. Kimchi et un bon nombre d'anciens grammairiens et lexicographes qui l'ont suivi, cette désinence serait simplement une forme primitive du pluriel de majesté; selon les modernes elle est plus complexe : c'est la terminaison du pluriel masculin jointe au pronom suffixe possessif de la première personne singulier, avec changement de l'a bref en à long, pour distinguer ce nom appliqué à Dieu du même nom appliqué aux hommes, puisque même dans ce dernier cas on emploie souvent aussi le pluriel de majesté : mon Seigneur

ADONAI — ADOPTIANISME AU VIIIe SIÈCLE

monseigneur, mon maître. Ainsi il faut expliquer le premier verset du psaume Cix (hébr. ex) : « Di.rit 'Dominas domino meo : Oracle du Seigneur (Yahveh) à mon maître. » Dans l'usage, le suflixe y, i de la première personne perdit sa valeur étymologique, et Adonaï n'eut souvent d'autre sens que celui de « le Seigneur » ou de « Seigneur » au vocatif. Gesenius, Thésaurus, Leipzig, 1829, p. 329, sub radice don, îii; Fuerst, Hebr. imd Chald. Handwôrterbuch, Leipzig, 1876, p. 21; Concord. tiebr., Leipzig, 1840, p. 16, etc. Les populations syriennes idolâtres, de langue sémitique, désignèrent de même l'une de leurs divinités (spécialement le soleil dans sa jeunesse ou dans ses renaissances), du nom que les Grecs ont hellénisé sous la forme Adonis.

Outre l'emploi fréquent d'Adonaï dans le texte écrit de la Bible hébraïque, les juifs le prononçaient encore chaque fois que le texte contenait le nom divin mn>, Yahveh, le tel ragrammalon ou nomen ineffabile qu'ils s'abstenaient de prononcer par respect. Les Septante dans les éditions communes, la Vulgate préhiéronymienne et saint Jérôme lui-même se sont conformés à cet usage juif en remplaçant ce nom par Kûptoç et -Dfwunus; de sorte que le texte de la Vulgate, Exode, vi, 3, Nometi meum Adonaï non indicavi eis, doit s'entendre suivant l'original : « Je n'ai point manifesté aux [patriarches] mon nom de Yahveh. » Omiud plus tard on ponctua le texte hébreu pour en indiquer les voyelles, le nomen ineffabile reçut non les siennes propres, mais celles d'Adonaï. Voir Dieu d'après la Bible.

Les Pères grecs, spécialement Origène, ont reconnu et bien expliqué ce double emploi du nom Adonaï et K-Jpcoç soit comme substitution du lelragrammaton, soit comme appellation propre signifiant Kjpioç tûv oo-Jlwv. Origène, Comm. in Ezechielem, P. G., t. xni, col. 796. C'est de même qu'il faut interpréter et sans doute corriger la version latine de saint Irénée, Cont. hier., P. G., t. vu, col. 697, 701, 838-839, 1598-1599. S. Hippolyte, Philosophum., P. G., t. xvi, col. 3195. Saint Jérôme a suivi Origène, Epist., xxv, adMarc, de decem Dei nominibus, P. L., t. xxn, col. 429. Voir aussi t. xxiii, col. 1277, 1291, etc. Les gnostiques ont fait de ce nom divin l'une de leurs émanations ou éons : cf. saint Irénée qui les cite et les réfute, ibid., col. 838-839.

La liturgie chrétienne a spécialement appliqué ce nom à la seconde personne de la sainte Trinité, dans la grande antienne de l'Avent : O Adonaï, soit en relation avec Exode, vi, 3, selon les principales traductions, soit en suite de l'usage général du Nouveau Testament et des premiers Pères, qui désignent la première personne plus communément sous le nom de ©éoç, et le Verbe sous celui de Kûpioç, traduction d'Adonaï du texte hébreu.

E. Pannier.

ADOPTIANISME. Nous étudierons cette hérésie sous la double forme qu'elle a revêtue d'abord au vme, puis au XIIe siècle. Nous ferons ensuite connaître les controverses qui se sont produites sur le même sujet depuis le XIVe siècle.

I. ADOPTIANISME AU VIIIe SIÈCLE. — I. Historique. II. Exposé doctrinal. III. Critique.

I. Historique. — Adoptianismc est le nom d'une hérésie, née et répandue surtout en Espagne vers la fin du vme siècle, d'après laquelle Notre-Seigneur Jésus- Christ « selon son humanité », « comme homme, » n'est pas « le propre Fils », « le Fils naturel de Dieu, » mais seulement son (ils adoptif. Les documents désignent parfois cette opinion condamnée sous les titres d'erreur espagnole, hispanicus error, ou d'hérésie félicienne, feliciana hœresis, du nom de Félix, l'un de ses docteurs.

1° Les promoteurs de l'adoptianisme furent Élipand, archevêque (le la ville de Tolède, qui ('tait alors sous la domination des Maures, et Félix, évèque d'Urgel, dans

la Marche espagnole, soumise à Charlemagne. L'évêque d'Urgel, depuis le milieu du VIIIe siècle, après la destruction de Tarragone, était devenu sufl'ragant de Narbonne. Élipand et Félix étaient tous deux des personnages distingués et d'une science réelle; parmi leurs partisans, l'on compta, dès la première heure, un certain Ascaricus, évèque, à qui Bohrbacher, Histoire univ. de l'Égl. cath., 1. LIV, après Basnage, Thésaurus monum., t. h, p. 286, attribue sans raison le siège de Brague ou Bracara, et l'abbé Fidelis, originaire des Asturies comme le précédent. Ils étaient les théologiens de la secte et on les appelait ordinairement les frères de Cordoue, où ils avaient quelques prosélytes.

Il semble que l'on doive trouver le point de départ historique de l'hérésie adoptienne dans le zèle d'Élipand à combattre les erreurs de Migetius. Celui-ci, rejetant toute distinction entre le Verbe et le Christ, soutenait que la seconde personne de la sainte Trinité n'existait pas avant l'incarnation. Aussi, pour le confondre, l'archevêque s'etl'orçait-il de mettre bien en lumière la génération ou la filiation éternelle du Verbe, et ce qui la distinguait du mystère temporel de l'incarnation. C'est alors qu'il émit la fausse distinction du vrai fils et du fils adoptif de Dieu, et c'est ainsi que nous trouvons les premières traces d'adoptianisme dans la Lettre d'Élipand à Migetius, P. L., t. xevi, col. 859, écrite avant l'année 782.

Ayant plus tard rencontré l'opposition sur sa route, Élipand écrivit au docte évèque d'Urgel, lui demandant, nous rapporte Éginhard à l'année 792, « s'il fallait regarder le Christ, en tant qu'homme, comme le véritable fils de Dieu, ou comme simplement le fils adoptif. Et Félix avait déclaré, d'une manière irréfléchie et en opposition avec la doctrine ecclésiastique, que sous le rapport de son humanité, le Christ n'était que fils adoptif. » Pertz, Monum. Germanise, t. I, p. 179; P. L., t. civ, col. 441. En provoquant cette réponse, l'archevêque cherchait moins son édification qu'un apôtre autorisé pour répandre ses opinions; et tandis qu'il les propageait dans les Asturies et la Galice, Félix les soutenait en deçà des Pyrénées, dans la Septimanie ou Languedoc.

Déjà des contradicteurs s'étaient levés, dans les Asturies mêmes, contre ces nouveautés : c'étaient Beatus, abbé ou curé à Libana, aujourd'hui encore vénéré sous le nom de San Biego; son disciple Éthérius, jeune évèque d'Osma; et un certain Félix dont le nom seul nous est connu. Nous voyons par la lettre d'Élipand à l'abbé Fidelis, écrite en octobre 785, qu'ils avaient combattu par écrit les adoptiens et leur système, et la colère que montre le vieil archevêque prouve bien qu'ils n'avaient pas dû trop mal frapper. P. L., t. xevi, col. 918 sq. A cette lettre Éthérius et Beatus donnèrent sans tarder une réplique en deux livres qui ne sont pas arrivés intégralement jusqu'à nous. Ils s'y plaignent de voir la contagion étendue non seulement aux Asturies, mais à toute l'Espagne et à une portion du royaume des Francs. P. L., t. xevi, col. 894-1030.

2° Le pape Adrien Ier eut bientôt connaissance de ce qui se passait, et, sans doute dès cette année 785, il envoyait aux évêques d'Espagne une lettre doctrinale où, entre autres erreurs, il relève énergiquement celle d'Elipand et d'Ascaricus. P. L.,\. xcvui, col. 373; Monum. Germanise historica : Epistolse merowingici et karolini œvi, t. I, p. 636. Peut-être même s'était-il adressé déjà à Charlemagne, duquel il obtint la réunion d'un synode à Narbonne en 788. Mais il ne paraît guère démontré que ce synode, où se trouva l'évoque d'Urgel Félix, qui en a signé les actes, se soit prononcé sur l'opinion adoptienne.

La première condamnation conciliaire portée contre l'adoptianisme fut celle du synode réuni à Hatisbonne, par ordre de Charlemagne, en 792. On y avait convoqué

ADOPTIANISME AU VIIIe SIÈCLE

un grand nombre d'évêques de la Germanie et de l'Italie. et Félix d'Urgel dut lui-même y comparaître. Les actes du synode sont perdus, mais la plupart des documents sur l'adoptianisme attestent que Félix put s'y expliquer, qu'il fut convaincu d'erreur et qu'il abjura solennellement et par écrit ses prétentions hérétiques.

A la suite de cette sentence, Félix fut envoyé par Charlemagne au pape Adrien Ier, tant pour voir confirmer les décrets du concile que pour être relevé des censures et peines que lui avait attirées sa conduite antérieure. Le pape Léon III, dans son synode romain de 799, laisse penser que l'évêque hérétique fut sans doute retenu prisonnier à Rome jusqu'à nouvelle rétractation et absolution officielle. Il dit, en effet, que Félix « a émis en prison, in vinculis, une profession de foi orthodoxe, dans laquelle il anathématise la doctrine du fils adoptif et professe que Notre-Seigneur Jésus-Christ est le propre et vrai Fils de Dieu, proprium et vcrum Filium Dci...; et il a promis par serment de ciuue ei d'enseigner désormais de cette manière ». Hardouin, Acta conciliorum, t. iv, col. 928. Il n'y a point ici trace d'un concile tenu à Rome par Adrien, dont parle Denzinger, Enchiridion, n. 253. Ayant ainsi donné satisfaction aux Pères de Ratisbonne et au pape, F élix revint à son siège d'Urgel. Mais là, sollicité sans doute par Élipand, il ne tarda point à retomber dans son erreur. Aussi ne se trouvant plus en sûreté dans le royaume des Francs, il s'enfuit chez les Sarrasins, et probablement à Tolède, chez l'archevêque.

3° C'est vers cette époque qu'Alcuin, revenu au pays franc, commença, sur le désir de Charlemagne, sa campagne épistolaire et critique contre l'adoptianisme. Sa première lettre, inspirée par la plus noble charité, très élevée de fond et de forme, est adressée à Félix pour l'exhorter à éviter le schisme et à se réconcilier avec l'Église catholique. P. L., t. ci, col. 119; Monum. Germ. hwt. : Epistolse I arolini sévi, t. H, p. 60.

Cette lettre est de 793; et c'est, semble-t-il, avant son arrivée à destination, que les évêques espagnols, excités par Elipand et certainement réunis en synode, écrivirent, de leur côté, deux lettres à retenir. L'une, plus courte, est adressée à Charlemagne pour le prémunir contre Beatus, demander la faveur royale pour les adoptiens et son intervention pour replacer Félix sur son siège d'Urgel. P. L., t. xcvi, col. 867. L'autre, plus longue, est envoyée aux évêques des Gaules, d'Aquitaine et d'Austrasie. Aussi calomnieuse et violente que la première à l'endroit de Beatus et d'Éthérius, elle contient, touchant l'adoptianisme, tout un système de preuves, habilement exposées et tirées de la Bible et des saints Pères. On demande aux évêques francs de communiquer cette défense au glorieux prince Charles, de ne pas porter un jugement précipité et, s'ils savent des choses plus justes, de les faire connaître dans une réponse écrite. P. L., t. ci, col. 1321.

4° Au reçu de ces pièces, Charlemagne s'empressa de les communiquer au pape pour en obtenir conseil. Presque en même temps, au commencement de l'été de cette année 794, il convoqua le célèbre concile de Francfort, dont parlent presque tous les chroniqueurs et qu'ils appellent souvent un concile général, stjnodus universalis. En fait, le concile fut certainement tenu d'autorité apostolique. Car, si Éginhard nous rapporte que « le roi réunit, au sujet de l'hérésie de Félix, un concile des évêques de toutes les provinces de son empire », il dit aussi « qu'à ce synode assistèrent les légats de la sainte Église romaine, c'est-à-dire les évêques Théophylacte et Etienne, comme représentants du pape Adrien ». Pertz, Monum. Germ., t. I, col. 181. Félix avait été certainement convoqué avec les autres évêques de l'Espagne franque, mais il ne comparut pas.

Après avoir fait lire la lettre d'Élipand, le roi demanda l'avis des évêques qui se réunirent en deux groupes

pour le donner. Les uns, les Italiens, à qui ne s'adressait pas la lettre des Espagnols, consignèrent leur réponse dans un traité, rédigé par saint Paulin, patriarche d'Aquilée, et intitulé Libellus sacrosyllabus : c'est un exposé digne et vigoureux des preuves fournies par la Bible contre les théories adopliennes. P. L., t. xcix, col. 152. Les autres, les évêques de Germanie, îles Gaules et d'Aquitaine, donnèrent leur avis sous forme d'une lettre synodale, Epislola synodica, aux évêques et aux catholiques d'Espagne. P. L., t. ci, col. 1331. Ils y font une critique sévère et sagace des autorités, invoquées par les novateurs avec une loyauté souvent douteuse, et présentent à leur tour les preuves patristiques contraires à l'hérésie félicienne. Ils terminent par une simple exhortation, sans menace d'anathème. Le concile ayant approuvé ces documents et leur communication aux intéressés, prononça de plus une condamnation spéciale du chef d'hérésie, dans une brève proposition placée en tête de ces canons. Hardouin, Acta conc, t. îv, col. 904.

Charlemagne était encore à Francfort, quand il reçut du pape Adrien Ier les explications demandées. Aucune raison suffisante ne permet d'aflirmer que cette lettre pontificale soit la confirmation officielle du concile de Francfort, ni qu'elle soit le résultat d'un concile tenu à Rome en cette même année 794, comme l'insinue Denzinger, Enchiridion, n. 257. Quoi qu'il en soit, que la réponse du pape soit en relation directe ou non avec l'assemblée de Francfort, elle n'en est pas moins un document authentique et doctrinal de premier ordre, adressé aux évêques de Galice et d'Espagne, c'est-à-dire aux sujets du roi Alphonse comme aux prélats sous la domination des Arabes. Hardouin, Acta conc; t. IV, col. 865. Le chef suprême de l'Église y répond à Élipand et en réfute les erreurs par de nombreuses autorités de l'Écriture et des Pères, tant grecs que latins. Il conclut en exhortant les évêques en cause à se réunir à la croyance de l'Église; sinon, il les en déclare séparés et anathématisés par l'autorité de saint Pierre. Le roi envoya en Espagne la lettre pontificale, la Synodica et le Sacrosyllabus de Francfort. Il y joignit lui-même une lettre à Élipand et aux autres évêques, où, après leur avoir rendu compte des derniers événements et proposé une fort belle profession de foi, il les exhorte à ne pas mettre leurs observations particulières au-dessus de la doctrine universelle. P. L., t. xcvni, col. 899.

5° Deux ans plus tard, en 796, saint Paulin tenait un synode à Forumjulii ou Frioul, qui était alors le siège des patriarches d'Aquilée. Là encore, l'erreur adoptienne fut rejetée, dans une magistrale profession de foi. P. L.} t. xcix, col. 283.

Entre temps, Alcuin avait, dès le concile de Francfort terminé, envoyé aux abbés et aux moines du Languedoc un mémoire contre l'hérésie de Félix. Adversus Felicis hœresin libellus, P. L., t. Ci, col. 85. Piqué de cette nouvelle attaque, Félix entreprit de répondre à la lettre qu'Alcuin lui avait écrite depuis de longs mois; il le fit en s'adressant directement à Charlemagne, et en des termes qui scandalisèrent toute l'Église. Nous n'avons cette riposte tardive que dans les fragments rapportés par Alcuin ou Élipand, mais elle prouvait trop clairement la rechute de son auteur. Aussi le roi fit-il passer ce document au pape Léon III, successeur d'Adrien I", aux évêques Paulin d'Aquilée, Richobod de Trêves et Théodulf d'Orléans, avec prière de lui communiquer leur sentiment à ce sujet.

Alors Alcuin écrit ses sept livres célèbres contre Félix, Contra Felicem Urgellitanum episcopum libri VII, P. L., t. ci, col. 119; saint Paulin compose lui aussi trois livres contre Félix, Contra Felicem Urgellitanum episcopum libri 111, P. L., t. xcix, col. 343, et Léon III réunit à Rome le synode de 799, dont nous connaissons quelque peu trois "sessions. Dans la première, le pape

ADOPTIANISME AU VHP SIÈCLE

observe que, sous son prédécesseur Adrien, l'hérésie adoplienne avait pu paraître éteinte. Il n'en est rien; car, dit la deuxième session, Félix a par trois fois manqué à sa parole; il n'a pas tenu les serments faits à Ratisbonne d'abord, et puis à Rome. Il s'est, au contraire, enfui cbez les iniidèles pour reprendre ses erreurs; et il en est venu jusqu'à écrire un livre plein de blasphèmes contre le vénérable Albinus (Alcuin). C'est pourquoi la troisième session prononce solennellement l'anathème contre Félix, tout en l'assurant qu'il serait reçu en grâce s'il se convertissait. Hardouin, Aclaconc, t. iv, col. 927.

C'est alors que, pour ramener Félix et ses adeptes dans les provinces espagnoles, Cbarlemagne envoya les archevêques Leidrade de Lyon, Néfrid de Narbonne, et Benoit, abbé d'Aniane en Languedoc. Ils rencontrèrent Félix à Urgel et eurent avec lui une conférence, et non un concile, dans laquelle ils lui persuadèrent de se présenter devant le roi. Celui-ci réunit donc, à l'automne de cette année 799, un synode à Aix-la-Cbapelle, concilium Aquisgranense, dont Alcuin, P. L., t. c, col. 350, et Félix lui-même, P. L., t. xcvi, col. 883, nous ont rapporté d'intéressants détails. Le premier discuta pendant six jours avec l'évoque hérétique et un prêtre de sa suite qui se montra pire que le maître : pejor fuit magistro. Félix résista longtemps, discutant pied à pied et en toute liberté, mais il dut enfin s'avouer vaincu et promettre de rester fidèlement attaché à la foi catholique. Toutefois, le roi, rendu moins confiant par les expériences précédentes, ne voulut point le laisser retourner à son siège, et il confia l'évêque et son compagnon à Leidrade de Lyon pour observer leur sincérité. Celui-ci obtint de l'évêque une abjuration écrite sous forme de lettre à son clergé d'Urgel et à tous ses anciens partisans. P. L., t. xcvi, col. 882. Cf. Hardouin, Acta concil.,t. iv, col. 929; Monum. Gerni. : Epistolse karolini sévi, t. n, p. 329.

6° Sur ces entrefaites Élipand, qui ignorait encore la conversion de Félix, lui adressa une vive exhortation pour l'encourager à souffrir fermement toutes les persécutions pour la cause commune. P. L., t. xevi, col. 880; Monum. Germ. : Epistolse karolini sévi, t. n, p. 307. Ce que voyant, Alcuin écrivit à cet octogénaire opiniâtre une lettre pleine de politesse et de charité, pour lui faire connaître et détester son erreur. P. L., t. ci, col. 235; Monum. Germ. : Epistolse karolini sévi, t. n, p. 268. Mais il lui fut répondu par le vieil archevêque sur le ton de l'aigreur et du mépris le plus parfait. P. L., t. xevi, col. 870; Monum Germ. :Epistolse karolini sévi, t. il, p. 300. Alcuin apprit alors que Charlemagne envoyait pour la seconde fois en Espagne les archevêques Leidrade et Néfrid avec l'abbé Benoit, en vue de hâter la pacification et le retour des esprits égarés. Il composa donc, en réponse à la dernière lettre d'Élipand.un traité de quatre livres, et le dédia aux évéques députés à Urgel pour le lire en route et en tirer parti contre ceux qui ne manqueraient pas de leur opposer les dires de l'archevêque de Tolède. Advenus Elipandum Tolelanum libri IV, P. L., t. ci, col. 231. Ces envoyés réussirent si bien dans leur mission que, dans cette même année 800, Alcuin pouvait annoncer à l'archevêque de Sahbourg, Arno, la rentrée au bercail de l'Église d'au moins vingt mille clercs et laïques. P. L., t. c, col. 32i; Monum. Germ. : Epistolse karolini sevi, t. n, p. 3't5. Pour Élipand, il y a tout lieu de croire qu'il demeura inébranlable et mourut bientôt dans son obstination. Félix, extérieurement du moins, sembla persévérer dans les sentiments - d'une vraie conversion. Il fit visite à Alcuin, au couvent de Saint-Martin de Tours, lui laissant l'impression d'un retour sincère à la foi, ibid., et mourut à Lyon en 818. On n'aurait aucun motif de soupçonner ses dispositions intimes et dernières, si saint Agobard, successeur de Leidrade sur le siège de Lyon, n'avait trouvé parmi les papiers de Félix un écrit où il semble revenir une fois

encore sur sa parole et rétracter ses rétractations. Ce fut l'occasion pour saint Agobard de reprendre toute la question de l'hérésie félicienne et de la traiter en maître dans un livre composé en 818 et dédié à l'empereur Louis le Pieux. Liber adversum dogma Felicis Urgellensis, P. L., t. civ, col. 29. Les théories adoptiennes n'entraînèrent point d'autres conséquences à cette époque.

II. Exposé doctrinal. — Toute la doctrine de l'adoptianisme tient en deux propositions : 1° Jésus-Christ en tant qu'homme, cet homme qu'est Jésus-Christ, n'est pas le vrai fils, le fils propre et naturel de Dieu; mais ce fils propre et naturel est le Verbe éternel. — 2° Jésus-Christ en tant qu'homme, cet homme qu'est Jésus-Chrit, est seulement le fils adoptif de Dieu, filius adoplivus, le fils nominal, nuncupativus, et d'une manière figurée, per metaphoram. Dans leur lettre aux évéques des Gaules, les Espagnols formulaient leur croyance en ces termes : Con/itemur et credimus Deum Dei Filium ante omnia tempora sine inilio ex Pâtre genitum, coseternum et consimilem et consubstanlialem , non adoptione sed génère (generatione), neque gratia sed natura. — Con/itemur et credimus, eum faclum ex muliere, faclum sub lege, non génère esse Filium Dei sed adoptione, neque natura sed gratia. P. L., t. Ci, col. 1323. Ayant rapporté ce second article, la Synodica de Francfort ajoute cette juste réflexion : Ecce serpens inter pomifera paradisi lalitans ligna, ut incautos quosque decipiat. Ibid., col. 1332.

Les adoptiens professaient bien haut que la nature divine est essentielle au Verbe éternel; mais pour l'humanité, il l'a prise, assumpsit ; il l'a adoptée, adoptavit. Et ils raisonnaient ainsi : Puisque l'humanité du Christ a été adoptée par Dieu le Verbe, le Christ est simplement le fils adoptif de Dieu selon son humanité, tandis que sous le rapport de sa divinité, il est le propre fils, le lils naturel de Dieu. Ils disaient encore : A raison de sa divinité, le Christ est fils de Dieu par nature; au contraire, à raison de son humanité, il n'est fils de Dieu que par grâce, et seulement par la volonté libre de Dieu. Ils répétaient volontiers : Le fils unique du Père est le vrai fils de Dieu, tandis que le premier-né de Marie est simplement fils adoptif. Credimus et confitemur Deum Dei Filium, lumen de lumine, Deum verum ex Deo vero, ex Paire unigenilum sine adoptione ; primogenitum vero in fine temporis, verum hominem assumendo de Virgine in carnis adoptione; unigenitum in natura, primogenitum in adoptione et gratia. Ibid., col. 1324.

Pour étayer ces opinions, on recourait à tous les textes de l'Écriture qui s'expriment différemment au sujet de la nature divine du Christ et de sa nature humaine, au sujet du Fils de Dieu et du Fils de l'homme, et avec plus d'habileté que de loyale critique on en tirait toutes les conclusions voulues par le système. On recourait ensuite aux Pères et aux conciles qui ont parlé de Vliomo assumpttts,(\e l'homo adoptatus, dans le sens de natura humana assumpta. A l'aide d'un petit sophisme, on entendait ces textes non dans leur sens actif : que le Christ a pris, a adopté pour sienne la nature humaine, mais dans un sens passif : que le Christ a été adopté par son père, sous le rapport de son humanité. De là à donner le nom de filius à cet adoptatus Iwmo, il ne restait plus qu'un pas, et il était franchi avec la plus parfaite désinvolture. L'on interprétait dans le même sens détourné le mot adoptio qui se rencontre plusieurs fois dans la liturgie mozarabique, et de la thèse si (''levante pour nous du premier-né, l'on abusait pour rabaisser jusqu'au rang de ses frère* la personne du Christ devenant connue eux Fils (le Dieu par la grâce, par l'adoption surnaturelle, mais seulement à un degré supérieur.

III. Critiqi'e. — 1" Il est facile de dégujer le vice fondamental de l'adoplianisme; il est dans une méprise

ADOPTIANISME AU VIIIe SIÈCLE

et une erreur philosophique. Constamment, dans ce débat subtil, les Espagnols ont prétendu rattacher la filiation à la nature, et non à la personnalité, et ce fut la cause de toutes leurs aberrations si bizarres.

En effet, dans ce rapport de filiation naturelle ou adoptive, il faut bien discerner le fondement ou la raison du rapport, et son sujet. La filiation est une propriété réelle de la personne, et non de la nature : Filiatio proprie convenil hypostasi vel personœ, non naturœ, ■unde et in prima parte dictum est quod filiatio est proprie tas personalis, S. Thomas, Sum. theoL, IIIa, q. xxiii, a. 4; et c'est pourquoi le nom de fils est un nom de personne, et pas un nom de nature. Une personne seule, et non pas une nature, peut soutenir et soutient toujours en fait ce rapport de filiation, peut être appelée fils et l'est en réalité. — La nature, la nature transmise de père à fils, est bien la raison, le fondement du rapport de filiation vraie, naturelle, mais elle n'est rien de plus ici; et la collation volontaire des droits filiaux est la raison, le fondement de l'adoption, et rien de plus.

En observant soigneusement ces différences dans l'idée et dans le langage, quand il s'agit de Notre- Seigneur, l'on évite, d'une part, toutes les propositions confuses dans lesquelles, sous une forme ou l'autre, se rencontre cette erreur : que le Christ, précisément parce qu'il est homme, à cause de son humanité même, est le propre Fils de Dieu. Et si les adoptiens, comme d'aucuns l'ont prétendu, n'avaient rien voulu qu'inculquer cette doctrine, loin de les condamner, l'Eglise ne leur eût ménagé ni les encouragements, ni les louanges. — D'autre part, si, comme l'enseigne la révélation, l'humanité du Christ n'a constitué aucune personnalité propre, si le moi personnel du Christ est tout entier dans le Verbe, il faut bien convenir qu'on ne peut donner le nom de fils à cette nature humaine, pas' même le nom de fils adoptif. 11 faut convenir encore que, si l'on retient, dans le Christ, une seule personnalité, celle du Verbe de Dieu, il est nécessaire, pour être conséquent, de ne parler que d'un seul fils. Après l'incarnation, cette personne demeure dans sa chair ce qu'elle est de toute éternité, le Verbe et le Fils éternel de Dieu. Le Fils unique de Dieu et le premier-né de Marie sont donc, puisqu'ils n'ont qu'une seule et même personnalité, un seul et même Fils de Dieu, le Fils véritable et naturel. La Synodica de Francfort le déclare formellement. Après l'incarnation mansit persona Filii in Trinitate, cui personœ humana accessit natura, ut essct et una persona Deus et homo, non homo deificus et humanatus Deus, sed Deus homo et homo Deus; PROP- TER unitatem PERSONNE, unus Dei FM us et idem hominis filins, perfectus Deus, perfeclus homo. P. L., t. Ci, col. 1337.

La raison dernière et très profonde de cette doctrine est que le Verbe, à l'heure même où il prend et conserve la nature humaine dans l'unité de sa personne, où il commence et continue ensuite de subsister dans la nature humaine, commençant et continuant d'être cet homme qui s'appelle Jésus; à cette heure même, dis-je, le Verbe est toujours présentement engendré par le Père qui lui communique, non certes la nature humaine, mais la nature divine. Cette éternelle et actuelle génération fait que le Verbe, qu'on le regarde comme subsistant dans sa divine nature, comme Dieu, ou qu'on le considère comme subsistant dans son humanité, comme cet homme qu'ont vu les apôtres et que nous appelons Jésus, le Verbe est et demeurera éternellement le propre Fils de Dieu, même selon d'autres natures qu'il pourrait lui plaire de revêtir et de s'approprier dans l'unité de sa personne.

C'est sur ce point précis qu'a porté le grand effort de la controverse spéculative. La Synodica, faisant sienne la doctrine de saint Augustin, n'hésite pas à proclamer

fils unique de Dieu celui qui est aussi fils de l'homme : Nempe ex quo homo esse cœpit, non aliud cœpit homo esse quam Dei Filius, et hoc unicus, et propter Verbum, quod Mo suscepto caro factum est, utique Deus : ut... sit Christus una persona Verbum et homo. Igilur si unicus, quomodo adoptivus,dum multi sunt adoplivi filii?... Item unitas personœ, quœ est in Dei Filio et filio Virginis, adoptionis tollit injuriant. P. L., t. ci, col. 1340.

2° Aussi, d'une manière générale, les saintes Écritures déclarent-elles que le Verbe, non point seulement selon son éternelle et divine nature, mais aussi selon son humanité prise dans le temps, est le propre Fils de Dieu; en un mot cet homme que les saintes Lettres désignent sous le nom de Jésus, est appelé en même temps le vrai Fils, le Fils naturel de Dieu. Le Christ lui-même, et comme tel, parle sans cesse de son Père céleste, avec lequel il ne fait qu'un, se dit et se répète le Fils du Père qui est aux cieux. Cf. la seconde lettre d'Adrien I"dans Hardouin, Acta concil., t. IV, col. 866. Saint Paul remarque que Dieu n'a pas épargné son propre Fils et l'a livré pour nous, Rom., vin, 31, 32, comme ailleurs il nous parle d'un même Fils de Dieu qui est venu dans la chair, nous apporter la révélation et qui est de toute éternité la splendeur de la gloire paternelle. Heb.,i, 3. Saint Jean nous parle du Verbe fait chair, de l'homme Jésus-Christ, comme du Fils unique du Père, unigenitï a Pâtre. Joa., I, 14. Il est bien vrai que l'Écriture distingue ces termes, Fils de Dieu et Fils de l'homme, mais par fils de l'homme, elle entend simplement le Fils de Dieu fait homme, et elle est bien loin d'attribuer à l'humanité de Jésus-Christ une personnalité ou une filiation particulière. Dans ce sens traditionnel tous les symboles professent la croyance des catholiques à Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, Notre-Seigneur, qui est né de la Vierge Marie et a souffert sous Ponce- Pilate. En ce sens toujours saint Hilaire avait dit dès longtemps que le Christ, dans sa chair, est le propre et vrai Fils, par origine et non par adoption, en vérité et pas nominalement : Multi nos filii Dei, sed non talis hic Filius. Hic et verus et proprius est Filius, origine non adoplione, veritale non nuncupatione, nativitate non creatione. De Trinit., 1. III, n. 11, P. L., t. x, col. 82.

La Synodica le constate et le démontre : la théorie de l'adoption n'est celle ni de l'Écriture ni de la tradition : Tu vero, quisquis es, qui Christum prœdicas adoptivum, unde tibi isle sensus venisset, voluissem scire; ubi hoc nomen didicisses, ostcnde. Palriarchœ nescierunt, prophetœ non dixerunt, apostoli non prœdicaverunt, sancti traclatores hoc nomen tacuerunt, doclores fidei nostrœ non docuerunt. Forte in tertium cœlum raptus fuisti, et ibi audisti arcana verba, quœ hucusque sanclœ Dei Ecclesiœ ignota essent. P. L., t. ci, col. 1342. De même la seconde lettre du pape Adrien Ier prouve à l'évidence et avec autorité que l'adoptianisme est une nouveauté et une perfidie doctrinale dans l'Église de Dieu : Maleria causalis perfidiœ inter oeelera rejicienda de adoptione Jesu Cliristi Filii Dei secundum carnem falsis argumentationibus digesla, perfidorum verborum ibi slramina incomposito calanw legebaulur. Hoc catholica Ecclesia nunquam crcdidit, nunquam docuit, nunquam maie credentibus assensum prœbuit. Hardouin, Acla concil.. t. iv, col. 866.

Aussi, dans sa première lettre, mettant en garde les Espagnols contre le serpentinumvenenum des adoptiens, le pape ajoutait celte déclaration positive : Sanctorum . principum apostolorum Pétri ac Pauli divinam tenenlcs confessionem alque eorum sanclœ calliolicœ et aposlolicœ Romanœ Ecclesiœ sequentes tradicionem pariterque precipuorum ac catholicorum probabilium pa- Irum docmata amplectenles, firmi et stabiles alque immobiles et inconcussi una nobiscum in eorum lucu-

ADOPTIANISME AU VHP SIECLE

lonta traditione pcrseverare inrefragabiliter et incunclanter nitimini; in primis confessionem beali Peiri principis apostolorum alque clavîgeri regni cselorum tenentes, qui ait ;Tu es Christus, Filius Dei vivi ; deinde vas clectionis, beati Pauli apostoli, subposterium fidei, gui inquit : Proprio Filio suo non pepercit Deus, sed pro nobis omnibus tradidit illum. Et si ipsi principes apostolu non Filium Dei vivi et proprium confessisunt, quomodo oblatrantes auttumant heretici Filium Dei adoptivum dicere? Quo solo auditu omnis christianus gemens pavescit. Monum. German. : Epi.tolœ merowingici et harolini œvi, t. i, p. (537-638.

3° L'adoptianisme contient d'ailleurs, dans l'idée même d'adoption, sa formelle condamnation. L'adoption suppose deux personnes distinctes, dont l'une confère librement à l'autre les droits d'un vrai fils selon la nature. Il s'ensuit donc qu'être vrai fils et fils adoptif s'excluent mutuellement d'un même sujet par rapport au même père. Un vrai fils ne peut être adopté par son père, car il serait ridicule de prétendre conférer par adoption à un fils ce qu'il a, et au delà, par nature et par sa condition filiale. Saint Thomas le dit très justement : Filiatio adoptionis est parlicipata similitudo filiationis naturalis. Non autem recipitur aliquid dici participative, quocl per se dicitur. El ideo Christus, qui est Filius Dei naturalis, nullo modo potest dici filius adoplivus. Sum. tlieol., IIIa, q. xxni, a. 4.

Si donc, comme le prétendaient les adoptiens, celui qui s'est fait homme, le premier-né de Marie, est simplement fils adoptif de Dieu, il n'est donc pas le vrai fils de Dieu et par conséquent il n'est pas vraiment Dieu ; et, de vrai, la secte ne se gênait pas pour l'appeler Deus nuncupativus. Dès lors la Vierge Marie n'est pas vraiment inère de Dieu, et le Christ n'est pas même le fils adoptif de Dieu le Père, mais le fils adoptif de la sainte Trinité tout entière. C'est un peu le renversement de toute la christologie : car l'Église professe que le Christ est véritablement et réellement Fils de Dieu, Dieu comme son Père, qu'il a droit aux honneurs divins, que Marie est véritablement et réellement mère de Dieu. Aussi, les Pères de Francfort s'écriaient : Si Deus verus est, qui de Virgine natus est, quomodo tune potest adoptivus esse et servus"? Deum enim nequaquam audetis confileri servum vel adoptivum. Et si eum propheta servum nominasset, non tamen ex conditione servitutis, sed ex humilitalis obedientia, qua factus est Patri obediens usque ad morlem. Synodica, P. L., t. ci, col. 1340. C'est donc une indignité blasphématoire, un sacrilège attentat contre la divinité, une ingratitude odieuse, que l'adoptianisme, et le pape Adrien n'a pas manqué de l'observer : Adoptivum eum filium, quasi purum homincm, calamilali humante subjectum, et, quod pudet dicere, servum eum, impii et ingrati tanlis beneficiis, tiberatorem nostrum non pertines citis venenosa fauce susurrare. Epist., n,Hardouin,.i4efaco7ic.,t. iv, col.8C9.

Si encore l'homme Jésus-Christ n'est que fils adoptif, il n'est pas le vrai Fils de Dieu ; et, en conséquence, il faut admettre logiquement et inéluctablement, de même que deux natures, deux personnes distinctes aussi dans le Christ. A cette condition-là seulement, dit saint Thomas, la théorie de l'adoption peut se soutenir : Secundum autem illos qui ponunt in Christo duos persunas, vel duas hyposlases seu duo supposita, nihil ralionabiUler prohiberet Chrislum hominem dici filium adoptivum. Sum. theol., IIIa, q. xxm, a. 4. Or c'est là du pur nestorianisme. Les adoptiens, je le sais, s'en sontdéfendus énergiquement et Vasquez,7n 777am partent ' Div. Th., q. xxm, disp. LXXXIX, c. VIII, a voulu les justifier sur ce point. Mais il n'était au pouvoir ni des adoptiens, ni de Vasque/., de repousser les conclusions nécessaires de principes posés et acceptés. Aussi tous les adversaires du système ont porté contre lui et ont justifié celte accusation de nestorianisme. Dans sa pre-

mière lettre le pape Adrien le dénonce ouvertement : Eliphandus et Ascaricus eum aliis eorum consenlaneis, filium Dei adoptivum conftteri non erubescunt, quod nullus, quamlibet hœresiarcha, talem blasphemiam ausus est oblalrare nisi perfidus ille Neslorius, qui purum hominem Dei confessus esl filium. Monum. Germ . : Epistolœ merowingici et harolini sévi, 1. 1, p. 637. La Synodica reproche aussi aux adoptiens que leur hérésie a déjà été réfutée et condamnée en Nestorius, et c'est, sans doute, pour ce motif que leur lettre garde sur cet hérésiarque un prudent silence, tandis qu'elle jette l'anathème sur Bonosus, Arius et Sabellius. Elle poursuit : Numquid non ideo damnatus est, quia beatam Mariam sempervirginem non Dei, sed hominis tantum modo credidit esse genitricem. P. L., t. ci, col. 1342. C'est pourquoi la plupart des arguments, invoqués contre Nestorius, portent avec une égale force contre l'hérésie adoptienne.

4° On voit maintenant quelle était l'essence propre de l'adoptianisme et quel en était le danger doctrinal pour les fondements mêmes de la foi. On peut ainsi juger le cas qu'il convient de faire de l'opinion de Walch, Basnage et d'autres protestants, quand ils prétendent réduire toute cette controverse à une simple question de mots et à une pure logomachie. La théorie adoptienne fut, à très juste titre, condamnée comme hérétique par de nombreux conciles et par deux papes. Et il convient de rapporter en finissant la décision de Francfort. In primordio capitidorum exortum est de impia ac nefanda hseresi Elipandi... et Felicis... eorumque sequacibus, qui maie sentientes in Dei Filio asserebant adoptionem. Quam omnes, qui supra, sanclissimi patres, et respuentes una voce contradixerunt, atque hanc h^eresim funditus a sancta Ecclesia eradicandam statuerunt. llardouin, Actaconcil., t. iv, col.90i.Les Annalesveterum Francorum donnent une formule de condamnation plus complète, qui est en même temps toute la doctrine de l'Église sur ce point délicat : Eradicandam statuerunt, dicentes : Dei filius hominis factus est filius ; nalus est secundum veritatem naturœ ex Deo Dei filius, secundum veritatem nalurse ex homine hominis filius, ut veritas geniti non adoptionem, non appellalionem , sed in utraque nativitate fdii nomen nascendo haberet, et esset verus Deus et verus homo, unus filius proprius ex utraque natura, non adoptivus; quia impium et profanum est Deo Pain aeterno Filium coœternum et proprium dici et adoptivum ; sed verum et proprium, sicut supradiclum est, ex utraque natura et credi et prsedicari debere. Pertz, Monum. German., t. I, p. 301. A défaut d'autre, l'adoptianisme aura, du moins, produit cet heureux résultat, qu'il a provoqué une étude approfondie de la composition du Christ et un examen plus complet et plus critique de la christologie patristique.

Pour l'adoptianisme, consulter : \° les écrits d'Elipand et de Félix, leurs réfutations par Alcuin, Paulin d'Aquilée et Agobard de Lyon, les actes des multiples synodes concernant cette hérésie, les principaux chroniqueurs du temps. On trouvera tous ces documents dans les collections anciennes ou modernes indiquées au cours de cet article; — 2° la littérature moderne, relative à cette controverse; elle se trouve signalée par Walrli, Ketzerhistorie, t. IX, p. G"3, 850, 935, qui a traité la question elle-même dans son Historia adoplianorum, Gœttingue, 1755, et dans Ketzerhistorie, t. IX, p. 667-940. Citniis, en outre, a) Basnago, Observationcs historien circa Felicianam hsercsim, dans le t. n de son Thésaurus mouumcutoruiu; b) Madrisi, Dissertations insérées dans son édition des œuvres de saint Paulin, et dont une est spécialement dirigée contre Basnage, /'. /... I. xcix;r) Enbueber, prieur de Saint-Emmeranji Ratisbonne, Dissertatio dogmatico-historica dirigée contre Walch pour prouver que les adoptianistes sont, vraiment tombés dans le nestorianisme, /'. L., t. ci; d) Froben, Dissertatio historica de hmreai Elipandi et ['Appendix II aux œuvres d'Alcuin avec les lettres de l'Espagnol Majans, ibid. ;e)les histoires ecclésiastiques, et notamment Alzog, à cette époque du VIII" siècle; /) Ilefele, Histoire des conciles d'après les documents, édition Leclercq, t. iv; g) J. Bach,

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