‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 17 sur 536 · ABBESSES — ABDIAS · texte numérisé non relu

ABBESSES — ABDIAS

de connaître judiciairement, tout comme les seigneurs évoques, en causes criminelles, civiles et bénéiicielles, de donner les dimissoires pour les ordinations, des patentes pour prêcher, confesser, exercer charge d'âmes, entrer en religion, le pouvoir de confirmer les abbesses, d'établir des censures... et enfin de convoquer le synode... ». Ibid., col. 581. Quant aux lettres patentes de la même abbesse pour la confession, nous en avons sous les yeux un original, dûment scellé du sceau du monastère, signé de l'abbesse, contre-signe du prêtresecrétaire, avec la référence de la numérotation registrale. Elles autorisent, toujours en vertu de bulles et concessions apostoliques, le prêtre Guillaume N'" à célébrer et à prêcher dans toutes les églises de la juridiction abbatiale, et à confesser les fidèles de l'un et de l'autre sexe de ladite juridiction.

De telles facultés surprennent à première vue. A les serrer de près, on voit aisément qu'il ne s'agit pas, en l'espèce, de juridiction spirituelle proprement dite, juridiction qu'aucune femme ne peut avoir dans l'Eglise, mais tout simplement d'actes d'administration et de dépendance. L'abbesse de las Huelgas, comme celle de Fontevrault, qui avait cent clochers sous son autorité, permettait aux prêtres de célébrer ou de prêcher dans ses églises, de même qu'elle commandait aux vingt-cinq chapelains de son église abbatiale, ainsi qu'aux autres prêtres attachés à ses autres églises ou hôpitaux, litulo servitorio.

Quant à la charge d'àmes et au pouvoir de confesser, il faut sans doute y voir, à défaut des bulles toujours invoquées, jamais citées, ni même nettement indiquées, un simple privilège de désignation. L'abbesse nommait le sujet, et le Saint-Siège, par le seul fait de cette nomination, conférait à ce sujet nommé les pouvoirs voulus.

Pour le droit de convoquer le synode, nous avouons ne trouver aucune explication plausible. Convoquer un synode, le présider, le diriger, en signer les actes : tout cela constitue, au premier chef, des actes de juridiction proprement dite et suppose, ' en plus, le pouvoir des clefs, et entre, de plein droit, dans la catégorie des facultés qui, selon la parole des canonistes, dedecent condilionem muliebrem. L'abbesse, même munie ad rem d'un privilège formel, indubitable, n'aurait pu l'exercer que par l'intermédiaire d'un vicaire. En dehors de cette hypothèse, il convient, croyons-nous, d'appliquer, en l'espèce, le plusculum sibi tribuisse dedom Martène.

L'abbesse des cisterciennes de Conversano, en Italie, dut à plusieurs reprises revendiquer devant le Saint- Siège non pas des facultés, mais des prérogatives au inoins égales à celles de sa consœur de las Huelgas, el les preuves qu'elle invoquait eurent assez de force pour obtenir, contre le clergé de son territoire, une sentence de la S. C. du Concile, en date du 19 juillet 1709, sentence favorable, en somme, à ses revendications, soit pour la nomination par l'abbesse d'un vicaire général, chargé de gouverner, en son nom, le territoire abbatial, soit pour les hommages à chaque nouvelle abbesse. Cf. Analectajuris pontificii, t. xxm, col. 723. Tout le clergé se rendait à l'abbaye en habits de chœur : l'abbesse, en mitre et en crosse, était assise devant la porte extérieure sous un baldaquin : chaque membre du clergé passait devant elle en faisant la prostration et en lui baisant la main. La sentence susdite maintint les hommages, sauf quelques détails de forme : la mitre et la crosse simplement déposées sur une crédence à côté de l'abbesse; le baiser de révérence, non plus sur la main nue, mais sur la main gantée ou recouverte de l'étole abbatiale; et, au lieu de la prostration devant l'abbesse, le clergé put se contenter de l'inclination.

A. Lucidi, De visitatione sacrorum liminum, 1' édit., Rome, 1878, t. il, m, passim; Petra, Comment, ad conslitut. apostolicas, Venise, 1741; Ferraris, Prompta bibliolheca,

Paris, Migne, aux mots Abbatissa, Moniales, Electio ; Barbosa Augustinus, Collectanea doctorum, tant veterum quant recentiorum, in jus pontiflcium universum, Venise, 1711, t. v, in sextum Decretalium; Jeon-Baptiste De Luca, Theatrum veritatis et justitix, Venise, 1706, t. xiv, De reguluribus et monialibus ; Fagnan, Comment, in Décrétai., Venise, 1697, in l. /•" et IIP" Decretalium, passim; Thomassin, Vêtus et nova Eccles. disciplina, Venise, 1773, passim ; Bizarri, Collectanea S. C. Episc. et Reg., Rome, 1885, contient plusieurs décrets de la S. C. des Évoques et Réguliers, relatifs aux attributions des abbesses, à leur élection et à leur confirmation; Laurain, De l'intervention des laïques, des diacres' et des abbesses dans l'administration de la pénitence, Paris,

Pie de Langogne.

ABBOT Georges, né à Guildford (comté de Surrey), le 29 octobre 1562. Fils d'un ouvrier sans fortune, il parvint jusqu'aux plus hautes dignités de l'Église anglicane. Il acheva à Oxford les études qu'il avait commencées dans sa ville natale. Docteur en théologie en 1597, doyen de Winchester en 1599, il fut élu, en 1600, vice-chancelier de l'université d'Oxford. Il fut un des auteurs de la traduction anglaise de la Bible dite « version autorisée », publiée sous les auspices de Jacques Ier. En 1608, il suivit à Edimbourg, en qualité de chapelain, le trésorier d'Ecosse, comte de Dumbar, el l'aida par ses conseils à rétablir dans le pays la hiérarchie épiscopale. Ce succès valut à Georges Abbot la bienveillance du roi d'Angleterre, qui le fit successivement évèque de Lichfield (1609), de Londres (1610), et enfin archevêque de Canlorbéry (1613). Indulgent envers les puritains, il fut intolérant pour les catholiques. « Tout son christianisme, dit Clarendon (Michaud, Biographie universelle), consistait à détester et à avilir la papauté. Dans ce genre, plus on montrait de fureur, plus on lui inspirait d'estime. » Lorsque Marc-Antoine de Dominis, archevêque apostat de Spalalro, vint chercher un refuge en Angleterre, Abbot l'accueillit avec faveur et reçut de lui en échange le manuscrit de l'histoire du concile de Trente, de Fra Paolo Sarpi. Georges Abbot finit par perdre les bonnes grâces du roi ; il mourut le '(■ août 1633. Laud, un de ses adversaires les plus décidés, lui succéda sur le siège de Cantorbéry. Les œuvres de Georges Abbot sont presque toutes écrites en anglais. Ses principaux traités théologiques sont : 1° Quœstiones sex, totidem prselectionibus in schola Iheologica O.ronise pro forma habitis, discussœ et disceplalse anno 1597, in quibus e sacra Scriplura et Patribus quid statuendum sit definitur, in-4°, Oxford, 1598; 2° Persécution of the protestants in the Valteline, in-fol., Londres, 1631; 3° Judgment on Bowing at the name of Jésus, in-8°, Hambourg, 1632; 4° une réfutation du Dr Th. Ilill qui avait abandonné l'anglicanisme pour rentrer dans l'Eglise romaine.

Lingard, Histoire d'Angleterre, trad.de Roujoux, Paris, 1834, t. îx ; Niceion, Mémoires, Paris, 1731, t. xv ; Michaud, Biographie universelle; WetzeretWelte, h'i)-clie)ilexikon;2 "édit.,Fribourg,1882; Hauck, Iiealencyclopàdie, Leipzig, 1896, art. Abbot.

ABDELMELIAS-ELMECHINI. Nous n'avons que très peu de renseignements sur ce personnage. Nous savons seulement que c'était un moine copte, prêtre du monastère de Sainl-Macaire dans le désert de Nitrie, près de la grande pyramide et non loin de la ville de Gizeh actuelle. Il publia une députation de Gabriel, patriarche d'Alexandrie, au pape Clément VIII, et une profession de foi qui fut donnée à Rome le li janvier 1595, et qui se trouve à la fin des Annales de Liaronius. V. Ermom.

1. ABDIAS, l'un des douze petits prophètes, nous a laissé une très courte prophétie (21 versets) contre l'Idumée. D'après le texte même, 11, cette prophétie a été écrite après une prise de Jérusalem par des enne-

ABDIAS - ABDIESU

mis. Mais quels ennemis? Si Abdias est antérieur a Jérémie, il s'agit, d'après l'ensemble du texte, de l'invasion des Philistins sous Joram; s'il est postérieur, de celle de Nabuchodonosor. 11 y a une analogie frappante entre Abdias, 1-7, et Jérémie, xlix, 7-22. Lequel des deux prophètes a imité l'autre? Plusieurs critiques modernes pensent que c'est Jérémie qui a imité Abdias. Jérémie a, en effet, souvent imité les prophètes qui l'ont précédé, en particulier dans ses oracles contre les nations. D'ailleurs, l'unité de la prophétie d'Abdias, ainsi que les expressions originales qu'il emploie, semblent prouver qu'il ne s'est pas inspiré de Jérémie. Voir Trochon, Les petits prophètes, Paris, 1883, p. 194,Cornely, Introductio in utriusque Teslamenti libros, Paris, 1887, t. h, 2e part., p. 552; Knabenbauer, Commentavins in prophetas minores, Paris, 1880, p. 339; Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, Paris, 1891, t. i, col. 20, et Manuel biblique, Paris, 1885, t. H, p. 634. Cf. H. Weiss, DeselalequaObadjavaticinalus est, Brunswick, 1873. Cependant, d'autres critiques pensent qu'Abdias, a imité Jérémie et que sa prophétie a eu pour occasion les premières attaques des Arabes contre les Iduméens au Ve siècle. Ils choisissent donc comme date approximative de sa composition les environs de l'an 500. Yan Hoonacker, Les douze petits prophètes, Paris, 1908, p. 2S5-297. Sur l'unité d'Abdias, voir Condamin, dans la Revue biblique, 1900. p. 261 sq.

Pour le théologien, l'intérèl de la prophétie d'Abdias se concentre dans l'oracle qui la termine, 17-21, et qui annonce le salut en la montagne de Sion, le triomphe complet sur Édom et le règne du Seigneur. Et ascendent Salvatores in montent Sion judicare montent Esau;et erit Domino regnum.

De nombreux commentateurs expliquent cette prophétie de la victoire des Juifs sur les Iduméens en particulier, au temps des Machabées, I Mach., v, et sur les peuples païens, dont ils étaient les vasseaux. Au jour du grand triomphe, Juda soumettra Esaii à ses ennemis et l'empire appartiendra à Jahvé, Van Hoonacker, op. cit., p. 308-311. Ils pensent qu'elle n'est messianique qu'au sens spirituel. Que le prophète ait eu en vue les victoires futures de son peuple, cela ne fait pas le moindre doute. Mais Édom représente tous les peuples païens, qui seront soumis par le Christ et les apôtres du Christ. Ici comme ailleurs, Is., il, 2; Mich., iv, 1, la montagne de Sion est l'Église, dans laquelle se réalise sur la terre, en attendant une réalisation plus complète, le règne de Jahvé : et erit Domino regnum. Cf. Dan., vu, 14-27; Mich., iv, 7.

La prophétie d'Abdias a été remarquablement commentée, au sens mystique, par Hugues de Saint-Victor, P. L., t. clxxv, col. 37. Parmi les commentateurs modernes, outre les interprètes de la Bible eu général, et en première ligne Cornélius a Lapide, dom Calmet et Knabenbauer, on peut citer comme auteurs spéciaux, Martin delCastillo, Commentarius in Abdiam prophetam, Salamanque, 15ÔG; Louis de Léon, Commentarius in Abdiam prophetam, Salamanque, 1589; A. Joannes, Commentai' zu der Weissagung des Propheten Obadja, Wurtzbourg, 1885. J. de Kernaëret.

2. ABDIAS, évoque de Babylonc. Eusèbe,i7. £.,1,13, /'. G., t. xx, col. 127, rapporte d'après la légende de saint Thaddée que ce disciple guérit à Édesse, en présence «lu roi Abgar, un malade nommé Abdos, fils d'Abdos. 11 est question dans Socrate, H. E., vu, 8, P. G. I. i.xvn, col. 751, des premières missions chrétiennes chez les Perses à la lin du iv« siècle. Il dit comment elles furent conduites par Maruthas, évoque de Mésopotamie, et par nu Abdas dit évêque de Perse; mais la lecture Abdas est incertaine. Ce même nom d'Abdias a été popularisé en Occident par un recueil de légendes sur les

apôtres, portant le titre de Historiaccrtaminis apostolici ou encore Historiée apustolicx, divisé en dix livres et contenant les Actes des apôtres Pierre, Paul, André, Jacques, fils de Zébédée, Jean, Jacques, fils d'Alphée, Simon et Jude, Matthieu, Barthélémy, Thomas, Philippe. Les manuscrits n'indiquent pas de nom d'auteurs : mais les Actes de Simon et Jude parlent d'un compagnon des deux apôtres, appelé Abdias, et fait par eux évêque de Babylone; or en tête du recueil figure une préface qui se donne comme composée par Africanus (Jules l'Africain, le ebronographe, contemporain d'Origène), et dans laquelle cet Africanus prétend que les actes qu'il va publier ont été composés en hébreu par Abdias, évêque de Babylone, traduits de l'hébreu en grec par Eutropius, et traduits du grec en latin par Africanus : autant de fables. Une fois débarrassée des assertions de cette préface, la critique se trouve en présence du recueil lui-même, qui est sûrement latin d'origine, puisqu'il dépend de la Vulgate hiéronymienne. On distingue deux stades dans la formation de ce recueil : on a réuni d'abord une collection de passions des douze apôtres, passions dérivées de la collection dite de Leucius pour les apôtres Pierre, Paul, Jean, André, Thomas, ou dérivées de documents indépendants pour les autres. Puis à cette collection de passions on a ajouté, avec la préface sus-mentionnée, des récils de miracles ou virtutes, notamment en ce qui concerne saint André et saint Thomas, au sujeldesquels notre compilateur a pour source Grégoire de Tours. Ainsi constitué, le recueil du faux Abdias parait avoir été connu de Fortunat (f C09) dans son poème sur la virginité (vs 137 sq.) et aussi de l'auteur de la recension auxerroise du martyrologe hiéronymien, à la fin du vie siècle. « Grégoire, Fortunat, la recension auxerroise du martyrologe hiéronymien, tout cela représente un même milieu littéraire, le monde ecclésiastique franc de la fin du VIe siècle. Tel est le pays d'origine et la date de la collection dite d'Abdias, quel que soit d'ailleurs l'âge, quelle que soit la patrie de chacune des pièces qui y sont entrées. » L'intérêt propre du pseudo-Abdias est de nous renseigner sur les légendes qui, dans le monde franc du VIe siècle, avaient cours sur les apôtres, et de nous avoir conservé, en des relations bien dérivées, il est vrai, quelques-uns des Actes apocryphes les plus anciens.

R. A. Lipsius. Die apokryphen Aposteltjeschichten, Brnnswick, 1883, t. i, p. 117 sq. ; L. Duchesne, Les anciens recueils de légendes apostoliques (Compte rendu du congrès scientifique international des catholiques, Bruxelles, 1894, sect. v, p. 74). On trouvera le texte du pseudo-Abdias dans Fabricius, Codex apocryphus Novi Testamenti, Hambourg, 1700, p. 402 sq.

P. Batiffol.

ABDICATION des évêques, desprêtres, desdiacres et des moines dans l'Église russe. La loi civile ou le code russe permet aux évêques, aux prêtres, aux diacres et aux moines d'abdiquer ou de renoncer aux saints ordres et à l'état monastique pour rentrer dans l'état civil. Après leur abdication, les évêques doivent se retirer dans un couvent et restent moines. Les prêtres et les diacres se dépouillent de l'habit ecclésiastique et ont le droit-de se remarier, ce qui est d'ordinaire le motif de leur abdication. Les moines sont déliés de leurs vœux et dégradés des ordres qu'ils ont reçus. La loi ecclésiastique ou Nomocanon ne permet pas cette abdication. Mais c'est le code civil qui est suivi par le saint sjnode et qui en pratique l'emporte.

N. Toi.stoy.

1. ABDIÉSU ou EBEDJÉSU, de son nom d'après la transcription d'Assémani, de son nom syriaque, 'awdïSû' bar bërïkhâ, occupe parmi les nestoriens une place égale à celle que les jacobiles ont donnée à Bar- Hébraeus, Il naquit à Djezirah (Go/.arta), dans la seconde moitié du xme siècle. Protégé par le roi Maru et par le patriarche Yahballaha, qui l'encouragea à écrire, il

ABDIESU

devint évêque de Senjar, puis, avant 1291, métropolitain de Soba (Nisiba). Il mourut en 1318. Lui-même a dressele catalogue de ses œuvres. Assémani, Bibliotheca orientalis, t. ni a, p. 325, sq. ; Badger, The Neslorians and their rituals, Londres, 1852, t. n, p. 379. Plusieurs sont aujourd'hui perdues. Il indique:!0 ses Commentaires sur l'Ancien et le Nouveau Testament ; 2° le ktàbâ qaloliqos, sur l'économie de l'incarnation; 3° le klâbà skolastiqos, contre les hérésies; 4° le Livre de la Perle, sur la vérité de la foi chrétienne, œuvre théologique importante, en cinq sections, qu'il écrivit en 1298, et traduisit en arabe en 1312; analysée dans Assémani, B. O., t. m a, p. 352-360; A. Mai, Scriptorum veterum nova collectio, t. x, p. 317-366; Badger, The Neslorians, p. 380-422; 5° Collection de canons synodaux ou Nonwcanon, analysée dans Assémani, B. O., t. m a, p. 332-351 ; Mai, loc. cit., p. 1-388 ; 6° Douze traités sur toutes les sciences ; 7° Commentaire de la lettre d'Aristote à Alexandre sur l'alchimie ; 8° le Jardin des délices, Paradisus Eden, collection de quinze poèmes, où il imite en syriaque le genre des Séances de Hariri (édité par G. Cardahi, Beyrout, 1889); 9° le sah marwarid, la Perle du roi, composé en arabe, et qui serait le livre des gestes du roi Maru, ou bien la traduction arabe du Livre de la Perle, suivant W. Wright, A short history of Sijriac literalure, Londres, 1894 p. 285-289 ; Encyclopsedia britannica, t. xx, p. 855; 10° le Traité des mystères de la philosophie grecque; enfin des antiennes et prières pour diverses circonstances, des lettres, énigmes, problèmes et paraboles. Nous avons encore de lui l'Exposé de la foi neslorienne (Bibl. nat., fonds syriaque, n. 315, p. 72-74), la Confession de foi orthodoxe des nestoriens, qu'il aurait écrite en 1298 (Badger, loc. cit., p. 49-51), un Poème sur le calendrier ecclésiastique (Bibl. nal., ancien fonds, n. 104), des homélies sur divers sujets et sur les défunts, et le Catalogue des livres, nomenclature des auteurs ecclésiastiques de l'Orient et de l'Occident. Badger, p. 361-379. Cet important ouvrage forme la base du troisième volume de la Bibliotheca orientait* d'Assémani. On peut regretter qu'Abdiésu se soit contenté d'une brève énumération, sans fournir de détails sur les ouvrages qu'il mentionne et sur leurs auteurs. Bans ses ouvrages poétiques, on peut lui reprocher des obscurités de sens et des recherches d'expression, nécessitées sans doute par le genre de composition qu'il adoptait, à l'imitation de ses modèles arabes, genre sinon en harmonie avec nos goûts, du moins très en faveur parmi les Orientaux. Quoi qu'il en soit, Abdiésu a démontré par son propre exemple que la langue syriaque n'est dénuée ni de grâce ni de souplesse.

En théologie, son exposé doctrinal est remarquable autant par la précision logique que par la concision el la simplicité relative de l'argumentation. Beaucoup de points de son enseignement sont irréprochables; d'autres pèchent par inexactitude ; d'autres enlin, en petit nombre, sont manifestement erronés. Il se sépare de la vérité catholique sur le point capital de la distinction ■de deux personnes en Jésus-Christ. Imbu dès l'enfance de cette erreur, Abdiésu la fait paraître dans tous ses ouvrages, soit qu'il en traite ex professo, soit qu'il applique logiquement à d'autres sujets les conséquences de ses principes théologiques.

Sa doctrine sur l'existence de Dieu, les attributs divins et la Trinité, dans la première section du Livre de la Perle, est la doctrine catholique : « Tous les chrétiens s'accordent, dit-il, à recevoir le concile de Nicée. » Il conclut le quatrième chapitre de cette première section par cette sentence : « Lorsque nous disons de Dieu qu'il est invisible, incompréhensible, immuable, nous faisons voir non ce qu'il est, mais ce qu'il n'est pas. » Mai, p. 320.

La négation de l'union hypostatique, à plusieurs reprises insinuée dans les œuvres d'Abdiésu par des expres-

tions telles que « methgalyûthâ d-babsar », apparitio in carne, « nésîbûthâ d-rïsïthan, » adsumptio primiliarum nostrarum, est défendue dans l'Exposé de la foi nestorienne, la Confession orthodoxe et le Livre de la Perle, m, 1. « L'union peut se faire par mélange ou confusion : telle l'union de l'eau et du vin; artificiellement ou par construction comme l'union du bois ou du fer dans la fabrication d'un outil; par volonté ou affection : ainsi s'unissent un souverain et son lieutenant pour porter un commandement ou une défense [de telle sorte que quiconque désobéit à l'un désobéit à l'autre] ; par adhérence ou connexion: telle est l'union de l'homme et de la femme dans le mariage, selon l'expression de l'Ecriture. Gen., il, 24. Or, pour les jacobites, l'union se l'ait par mélange, dans la personne et dans la nature. Selon les melchites, les romains et les francs, l'union est dans la personne, non dans la nature; c'est l'union de construction. Mais dans la foi nestorienne, l'union de la chair créée et du Verbe qui l'habite, Perle, in. 1, Mai, p. 324, consiste en union d'adhérence. Elle nous est représentée par la lumière du soleil éclairant une perle parfaite : celle-ci devient pareille au soleil qui l'éclairé, sans qu'il reçoive aucune diminution. Le Verbe éternel, et l'humanité prise de la vierge Marie constituent les deux natures, kyânë, l'une éternelle, l'autre temporelle; les deux personnes, qnùmln, la personne divine et la personne humaine, s'unissent en une seule volonté, un amour, une puissance, une seule gloire, un seul Fils, un seul Christ, l'unique parsùpà, 7rpoaa)7tciv, du Fils. C'est en vertu d'une distinction basée sur les termes de la langue syriaque que les nestoriens ont toujours soutenu qu'ils ne reconnaissent pas en Notre-Seigneur deux personnes distinctes. Le mot qnùmâ signifie « individu, personne, lui-même », et aussi, comme ùnoa-tueic, « substance. » La théologie orientale l'a emprunté au Nouveau Testament, Joa., v, 26; Hebr., i, 3; parsùpà, transcription de 7tpô(ico7rov, signifie, en terme de théologie et de grammaire, « personne, personnalité >>. « De ce que la langue grecque, dit Abdiésu, n'a pas la distinction de ces deux termes, le concile de Chalcédoine fut amené à déclarer qu'il y a dans le Christ non seulement une seule parsùpà, upda-tonov, mais une seule qnûniâ. >> Perle, m, 4, Mai, p. 328. Mais la nature et la personne divine sont, avant comme après l'union, un esprit éternel et sans composition ; la nature et la personne humaine sont un corps temporel et composé. Comme l'union ne détruit pas les attributs distinctifs de la nature et de la personne, qnùmà, le Christ existe en deux natures et deux personnes, qnùmin, unies dans la seule parsùpà du Fils.

Dans un remarquable chapitre sur la division des confessions chrétiennes, Perle, ni, 4, Abdiésu proteste contre l'usage fait de l'appellation de nestoriens. Les Syriens orientaux n'ont nullement changé leur foi pour recevoir celle de Nestorius, qui ne fut jamais leur patriarche, mais celui de Byzance, et dont au surplus ils ignoraient la langue. Mais entendant parler de son enseignement, ils le reconnurent conforme à la foi qu'euxmêmes avaient toujours gardée, et refusèrent d'analhématiser Nestorius. Ils ne marchèrent cependant pas à sa suite, car c'est lui plutôt qui les suivit. Mai, p. 329.

L'énumération des sept sacrements, ou mystères, râzë, Perle, IV, ne présente en réalité que cinq des sacrements de l'Église. —1° Abdiésu met en première ligne le sacerdoce, qui opère et distribue tous les autres. Il distingue les neuf ordres hiérarchiques des patriarches, métropolitains, évèques, archidiacres, périodeutes, prêtres, diacres, sous-diacres, lecteurs, en corrélation avec la hiérarchie angélique; mais par les canons conciliaires et les textes d'ordination des nestoriens, il est certain que les ordres de l'épiscopat, de la prêtrise et du diaconat ont été seuls institués par le Christ; les autres sont des fondions ou des titres qui se confèrent sans

ABDIÉSU — ABEL

1 invocation du Saint-Esprit, ni l'imposition des mains. Voir Mai, p. 100, 107. — 2" Le second sacrement est le baptême, dont Abdiésu distingue plusieurs espèces. Outre l'ablution commune, l'ablution légale, l'ablution traditionnelle des vases ou ustensiles, l'auteur indique le baptême de Jean, celui du Sauveur, le baptême du sang et celui de la pénitence ou des larmes, d'après la tradition des Pères. <i La matière du baptême est l'eau pure ; la forme est le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, conformément aux paroles du Sauveur. » —3° Le chrême de l'onction, qui est de tradition apostolique. La matière est l'huile d'olive pure; la forme, la bénédiction apostolique. Perle, iv, 4. Il semble rapporter cette onction à la cérémonie du baptême, IV, 1 ; mais, dans la pratique des nestoriens, l'onction précède l'immersion et le baptisé n'est confirmé que par l'imposition des mains; à leurs yeux, le sacrement de confirmation, confondu avec le rite baptismal, en est devenu simplement une partie subsidiaire, un rite apostolique, et non plus un sacrement d'institution divine. — 4° L'oblation du corps et du sang du Christ. D'après le texte de notre auteur, la transsubstantiation s'opère par les paroles du Christ et la descente du Saint-Esprit. — 5" L'absolution et la pénitence, par laquelle des pécheurs reçoivent des prêtres la guérison spirituelle. Il condamne ceux qui, « par avarice, ont fait de cette grande chose un commerce et une source de profit pécuniaire. » — C° Le saint ferment. L'auteur expose la tradition suivant laquelle Thomas, Barthélémy, Addaï et Maris donnèrent aux Eglises d'Orient fondées par eux le ferment destiné à entrer dans la composition du pain eucharistique. Il loue son Église d'avoir conservé cette tradition, tandis que les autres Églises l'ont perdue, avec beaucoup d'autres institutions apostoliques. Lorsqu'il remarque que les Églises qui ne connaissent pas le sacrement du ferment comptent pour septième sacrement le mariage selon l'institution du Christ, il avoue implicitement la substitution faite par son Église d'un simple rite qui n'a ni forme ni efficacité sacramentelle, à l'un des sacrements authentiquement reconnus par tous les chrétiens. De même, à l'extrême-onction les nestoriens substituent dans leur nomenclature le signe de la croix, « tradition apostolique, sauvegarde des chrétiens, par lequel les autres sacrements sont scellés et parfaits. » Perle, IV, 1. Le signe de la croix n'est pour nous qu'un sacramental. Au surplus les rituels nestoriens, non plus que les auteurs anciens, ne confirment pas cette énumération.

Entre autres erreurs contenues dans les écrits d'Abdiésu, il faut signaler encore la condition des damnés après la résurrection : il les place sur la terre, dans l'obscurité, dévorés par le feu de la douleur et le remords de leurs mauvaises œuvres ; mais il ne mentionne pas l'existence d'un feu matériel. Perle, v, 7. En maint passage de ses œuvres, Abdiésu fournit d'importants témoignages à la doctrine catholique, et la lecture de ses savants écrits sera d'un grand secours pour la connaissance de l'enseignement théologique et de la discipline des nestoriens, dont il peut être considéré comme le représentant le plus autorisé. ,1. Parisot.

2. ABDIÉSU DE MOSSOUL, Abu Sa'id 'abdïsù' bar Bahriz, auteur nestorien du xi" siècle, abbé du monastère de Saint-Elie, à Mossoul, puis métropolitain de Mossoul, recueillit les canons ecclésiastiques et les décisions conciliaires. On possède aussi de lui un traité sur la division des héritages, et des commentaires liturgiques. Cet auteur est cité dans le Catalogue d'Abdiésu. Ses ou Mages ne nous sont connus que par la mention qu'en fait Assémani, Bibliolh, orientalis, t. m a, p. 279; cf. p. 2U7. Assémani lui attribue à tort, ibid., notes 3 et 4, une œuvre de Georges d'Arbèles, qui appartient à la seconde moitié du .v siècle. J. PARISOT.

ABÉCÉDAIRES. On a donné ce nom à une secte d'anabaptistes qui affectaient un mépris absolu pour toute science humaine. Ils soutenaient que Dieu éclairait intérieurement tous ses élus et leur donne, par des visions ou des extases, la connaissance des vérités nécessaires. Ils rejetaient tout autre moyen de s'instruire et prétendaient que, pour être sauvé, il faut ignorer jusqu'aux premières lettres de l'alphabet ; de là leur nom. Aussi considéraient-ils comme une espèce d'idolâtrie l'étude de la théologie et comme des falsificateurs de la parole de Dieu les savants qui se mêlent de prêcher l'Évangile.

Ce fut à Wittemberg, vers le commencement de 1522, que Nicolas Storch (Pelargus) et les illuminés de Zwickau se mirent à prêcher cette doctrine, mêlée d'ailleurs à beaucoup d'autres erreurs. Carlostadt se laissa gagner à ces théories singulières; pour les mettre en pratique, il abandonna son titre de docteur et se fit portefaix ; pendant quelque temps il prêcha dans ce sens au peuple et aux étudiants de Wittemberg.

Voir Meshovius, Htstoriœ anabaiitisticœ libri VU, 1. I, n. 1, Cologne. 1017; De Bussiéres, Les anabaptistes, introduction, Paris, 1853; Janssen, L'Allemagne, trad. Paris, t. il, l. IF, Paris, 1889.

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