C. Constantin
AFRICAIN Jules. Voir Jules.
AFRIQUE. Nous consacrerons un premier article à l'état religieux de l'Afrique. Nous y laisserons de coté le catholicisme et ses missions dont nous nous occuperons dans un second article.
I. AFRIQUE (État religieux de I'). — I. Animisme et fétichisme. II. Islamisme. III. Parsisme. 1V< Brahmanisme. V. Judaïsme. VI. Christianisme. VIL Iles africaines.
D'une façon générale, on peut dire que l'Islam et le fétichisme se partagent le continent africain : l'Islam au nord de l'Equateur, parmi les populations se rattachant à la race blanche; le fétichisme au sud, parmi les tribus de race nègre, avec, aux frontières indécises de ces peuples et de ces religions, des infiltrations plus ou moins considérables, de fétichisme chez les blancs apparentés aux noirs, et surtout d'islamisme chez les noirs mêlés aux blancs. A ces deux groupements généraux il faut ajouter, mais dans des proportions bien moindres, le bouddhisme, le parsisme et le judaïsme. Le christianisme y est représenté par les Coptes et les Abyssins, les grecs schismatiques, les protestants, lescatholiques.
Mais poursefaire une idée complète de l'état religieux de l'Afrique, il est nécessaire de passer en revue lesdivers peuples qui l'habitent : nous verrons en même temps à quelles religions ils se rattachent.
Parce qu'on lui donne souvent le nom de continent noir, on est assez porté à croire que l'Afrique n'est habitée que par des nègres — avec quelques Arabes au nord — et que ces nègres, tous semblables, sont uniformément plongés dans une sorte de léthargie sociale, religieuse, intellectuelle et morale, dont on ne peut fixer le commencement, dont on n'entrevoit pas la fin. En réalité, les populations africaines présentent des éléments très complexes; et, plus peut-être que partout ailleurs,
elles ont été et restent soumises à îles révolutions, des
migrations, des changements continuels. Elles ne sont sans histoire que parce qu'elles n'uni pas trouvé d'historien. En étudiant donc l'ethnographie africaine, on arrive
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à conclure que les races, les familles et les groupes divers qui se rencontrent là, sont venus s'y déposer ou s'y former comme autant de couches successives, encore aujourd'hui reconnaissables dans leurs principaux éléments.
I. Animisme et fétichisme. — 1° Négrilles ou Pygmées. — Avant tout, nous trouvons les Négrilles ou Pygmées d'Afrique, déjà signalés par les anciens et retrouvés de nos jours. C'est une petite race, bien distincte et nettement constituée comme telle, non seulement par l'exiguité de sa taille (lm,20, 1 m ,30, lm,40), mais par son type général et tout un ensemble de caractères ethniques. Inégalement répandus par faibles groupes au milieu des autres tribus, dans presque toute l'Afrique équatoriale et méridionale, ils ne vivent que de ce que leur donnent spontanément la terre et les hommes, sans culture ni élevage, sans habitations permanentes, sans rien qui rappelle ce que nous honorons du titre de civilisation. Ils portent différents noms ou surnoms, suivant les pays qu'ils habitent; mais, quoique toujours errants, ils se considèrent eux-mêmes et sont regardés par les autres tribus comme les premiers habitants du continent, comme les « maîtres de la terre ». A ces Négrilles (Akka, Akôa, Watvva, etc.), se rattachent les Saan ou Bushmen (hommes de la brousse), qui habitent, mêlés ?ux Hottentots, les régions semi-désertiques du sud. Quelle peut bien être la religion de ces petits hommes, qui semblent être actuellement les représentants les plus inférieurs de l'humanité? Chose curieuse : il s'est trouvé que, comme leurs congénères, les Négritos des îles Andaman, de la Malaisie et de quelques îles océaniennes, les Négrilles africains ont une conception plus claire de la divinité que beaucoup de races supérieures au milieu desquelles ils vivent. Cette divinité parait même être pour eux un être personnel et souverain auquel on adresse des prières et à qui l'on offre des sacrifices, celui, particulièrement, des fruits nouveaux. Mais les Négrilles en ont peur, et quand l'un des leurs est mort dans le campement : « Fuyons, disent les autres, car Dieu nous a vus ! » Par ailleurs, ils ont des cérémonies pour accompagner la naissance, la puberté, le mariage et la mort de leurs semblables; celles de la sépulture impliquent la connaissance ou le pressentiment d'une vie future. Point ou presque point d'idoles et de ce qu'on est convenu d'appeler « fétiches » et « amulettes ». Quant aux objets et aux pratiques de sorcellerie, c'est pour eux moins une affaire de religion que de sciences. Les Négrilles sont en effet partout réputés pour connaître la vertu secrète des choses; et s'ils usent, par exemple, d'un procédé magique pour se rendre invisibles ou pour trouver du gibier, c'est à peu près au même titre qu'un chasseur européen qui a ses secrets, lui aussi, au même titre qu'un guérisseur de nos campagnes qui a ses mystères.
2° Hottentots. — Au-dessus des Négrilles et des Bushmen viennent, au point de vue ethnographique, diverses tribus dispersées dans le bassin de l'Orange, Nama-Kwa, Gri-Kwa, Korana, etc., que les premiers colons européens ont confondus sous le nom, qui ne signifie rien, de Hottentots. Ils sont grands, bien faits, de couleur claire tirant sur le jaune, à crâne dolichocéphale. Contrairement aux Bushmen, ils mènent la vie pastorale; leur langue, caractérisée par la présence de sons particuliers, sorte de claquements ou clics, est agglutinative et à suffixes pronominaux. Parce que, chez eux, les fétiches et les amulettes sont rares, et qu'ils aiment les danses nocturnes — plus encore que la plupart des noirs — les voyageurs ont cru qu'ils n'avaient d'autre religion que le culte de la lune! En réalité, les Hottentots ont surtout le culte des morts. Les inhumations, chez eux, sont très solennelles, ils invoquent leurs ancêtres dans les circonstances graves de la vie et attribuent à leurs mânes une inlluence certaine, soit pour le bien soit pour le mal. Au-dessus de ces
ombres, d'ailleurs, ils reconnaissent une Puissance surnaturelle, « Tsu-Goab, » expression que les missionnaires ont adoptée pour traduire le mot « Dieu ».
3° Bantuus. — Depuis le bassin de l'Orange jusqu'à celui du Congo, du Haut-Nil et du Tana, de l'une à l'autre côte ou, si l'on veut, du 4e degré nord jusqu'au 27e sud environ, le continent africain est occupé par un ensemble de tribus plus ou moins importantes, formant la grande famille linguistique des Bantous (Ba-ntu, les Hommes). Le nom de « Cafres », sous lequel ils sont connus dans la région du Cap, de Natal, du Mozambique, vient de l'arabe « kafir », « mécréant, » que les musulmans leur ont d'abord appliqué, comme du reste ils ne manquent pas de le faire aux Européens eux-mêmes. La langue originelle des Bantous, agglutinative à préfixes pronominaux variables, s'est subdivisée en autant d'idiomes qu'il y a de tribus, mais on reconnaît facilement leur parenté de l'un à l'autre océan.
En prenant pour base les caractères ethnographiques et linguistiques, on distingue les Bantous en trois grandes sections, les occidentaux, les orientaux et les méridionaux. Au physique ils sont généralement bien faits; mais on trouve chez eux une grande variété de types provenant du mélange avec les Négrilles, les premiers habitants qu'ils ont rencontrés sur le continent africain, avec les Hottentots, avec les Nigritiens, avec les Éthiopiens, ou même, en une faible proportion, avec les Sémites. Il y a lieu pareillement, pour la formation du type, de tenir grand compte de l'habitat, de la nourriture et du genre de vie. En général ils sont sédentaires, agriculteurs, chasseurs, pêcheurs, pasteurs, suivant le pays qu'ils habitent, souvent guerriers, mais paraissant incapables de se former en organisation durable et encore moins de constituer un obstacle sérieux et prolongé à une invasion étrangère. Des voyageurs, n'ayant pas les moyens d'investigation suffisants et dépourvus des connaissances philosophiques et religieuses nécessaires, ont pu trouver que telle tribu, à travers laquelle ils passaient, était dénuée de toute idée surnaturelle, ou simplement adonnée à « un grossier fétichisme ». Or les pratiques religieuses, représentées surtout par leurs deux éléments principaux, la prière et le sacrifice, font partie de la vie quotidienne des Bantous. Il n'est pas du reste aisé d'exposer en quelques lignes ce que l'on pourrait appeler leur « religion ». D'abord, nulle part on ne voit chez eux de théodicêe régulière, organisée en système et fidèlement transmise par la famille ou la société. Ils n'ont ni livres, ni écoles, ni enseignement officiel d'aucune sorte : ce qu'ils savent paraît être une sorte de dépôt, gardé par tout le monde, et transmis sans préoccupation supérieure, ici plus complet, là plus restreint, ailleurs compliqué de cérémonies extérieures, partout dénaturé, suivant le tempérament, l'intelligence et l'organisation des peuples. Au reste leur esprit est essentiellement pratique et peu porté à personnifier, comme on l'a dit parfois, les forces naturelles. Ce sont là des conceptions asiatiques et européennes, le noir ne les connaît pas. Pour lui, la pluie est la pluie, le vent est le vent, le tonnerre est le tonnerre, et rien de plus.
Dieu est connu, et partout il a un nom équivalent à ceux-ci : « le Grand, » « l'Ancien, » « le Céleste » ou « le Lumineux », « le Maître de la vie et de la mort, » parfois même « l'Organisateur » ou « le Créateur «.Cette idée d'un être souverain est parfois très distincte, parfois très obscure, mais en général on reconnaît que sur lui ou contre lui l'homme ne peut rien : c'est pourquoi presque nulle part l'homme ne s'en occupe. Notre prière ne l'atteint pas; notre plainte expire à ses pieds. Dans plus d'une tribu, d'ailleurs, son nom se confond avec celui du ciel, c'est-à-dire de cet espace immense et lumineux où se font les nuées, les pluies et les tonnerres. Tout cela c'est Lui, non pas qu'il fasse corps avec ces phénomènes, mais il est derrière, très près ou très loin,
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quoique toujours inaccessible. Que veut-il de nous? Que nous réserve-t-il ? La vie a-t-elle un but, et quel est-il? Cela, on ne le sait pas, et on ne se le demande point. L'homme se trouve être sur terre — c'est un fait — comme y sont les singes et les oiseaux; il y vit, il s'y reproduit, il y fait ce qu'il peut, et il est probable qu'il y mourra, quoique la mort n'arrive presque jamais que par le fait d'un maléfice accidentel. Toute moralité n'est pas absente de sa conduite, loin de là : il connaît le bien et le mal, bien que ce ne soit pas toujours ce que nous estimons tel. Mais celte moralité ne lui paraît pas commandée par le pouvoir supérieur dont il ne conserve que le souvenir lointain. — Le noir est-il donc sans culte? Non pas, mais ce culte s'adresse presque uniquement aux influences surnaturelles qui peuvent avoir prise sur lui et sur lesquelles il a prise. Tel est d'abord, en bien des tribus du moins, l'Esprit de la Terre, celui qui paraît être « le Prince de ce Monde », comme Dieu est le Maître du Ciel; tels sont les esprits ■divers, les uns plutôt favorables, les autres simplement malins, les autres naturellement méchants, dont l'univers est plein. Telles sont surtout les ombres des morts, qui llottent désemparées sans pouvoir retrouver leur pauvre corps désorganisé, qui reviennent volontiers aux lieux connus et aimés, qui apparaissent dans le sommeil, qui agitent le corps des enfants et que, pour avoir la paix, il est nécessaire de fixer dans leurs crânes, dans leurs tombeaux, dans des grottes, dans des arbres particuliers, dans des bois sacrés, dans des statuettes, etc. A ces esprits, à ces génies, à ces ombres , on adresse des prières et on fait des sacrifices — les deux vont ensemble — et c'est là le fond de la religion des Bantous : bonorer les mânes des ancêtres et les esprits pour se les rendre favorables ou tout au moins les empêcher de nuire. Ce culte est privé ou public, selon qu'il s'agit d'une requête personnelle, d'un anniversaire de famille, d'une maladie à prévenir ou à guérir, d'un voyage à faire, d'une chasse à entreprendre, d'une fortune à réaliser, ou d'un événement intéressant le village ou la tribu : calamité publique, guerre, sécheresse, épidémie, famine, saison nouvelle, anniversaire de la mort d'un chef, etc. L'importance du sacrifice varie pareillement avec celle de la fortune, de la faveur à obtenir, de l'esprit invoqué: c'est une pièce d'étoffe, un peu de nourriture, quelques grains de maïs, de la bière, quand on s'adresse à l'ombre d'un mort. Mais les cérémonies publiques sont plus solennelles; et, généralement, des invocations, des prières, des processions, des danses, avec costumes spéciaux, accompagnent l'immolation de la chèvre, du mouton, du bœuf... ou de l'homme. Presque toujours on participe à ces sacrifices d'une façon ou d'une autre, en y mettant quelque chose de soi, par exemple en y mêlant sa salive ou en se l'assimilant de quelque manière, en buvant le sang de la victime, en se frottant de ses cendres, en mangeant de sa chair. Telle parait bien être l'origine de l'anthropophagie, pratiquée encore chez bon nombre de tribus bantoues, chez les Fans ou Mpawins du Gabon, les Manywéma du Haut Congo, les Bondjos de l'Oubanghi : c'est une communion, communion généralement provoquée, d'ailleurs, par le sentiment de la vengeance contre un ennemi réel ou supposé, ou par le simple désir de multiplier les fêtes et les repas de haut goût. Ces sacrifices sont préventifs, destinés à préserver d'un malheur, à ('carter une maladie, à réussir dans une entreprise, un pillage, un vol, un commerce, à avoir des enfants, etc.; ou expiatoires, pour éloigner le malheur et ramener la prospérité, satisfaire aux exigences d'un esprit, se débarrasser d'une possession, se purifier d'une souillure, accomplir un vœu, apaiser ou venger ses morts, etc.
Ainsi, dans la pensée du noir, le monde a été organisé par une puissance supérieure pour marcher régulièrement. Abus pourquoi ces désordres partiels, ces ma-
ladies, ces morts, ces pestes, ces sécheresses, ces inondations, ces famines, ces épidémies? Eh bien ! toutes ces choses inexpliquées sont le fait d'une action ténébreuse que les « voyants » sont chargés de trouver et qui ne peut être neutralisée que par des procédés spéciaux, très nombreux et très divers, dont le sacrifice est la base. C'est à cette idée générale qu'il faut aussi ramener la croyance partout répandue qu'il y a, pour chaque individu ou chaque famille, une chose sacrée ou défendue, le tabou des Maoris, à laquelle on ne peut toucher : c'est un arbre, un fruit, un poisson, un animal quelconque. C'est à cette idée encore que se rapporte l'usage des amulettes, composées de choses aussi rares que bizarres : en certaines tribus on en trouve pour tout et contre tout. C'est à cette préoccupation enfin que répondent les sorts jetés sur les champs, le bétail, les personnes, et les moyens mis en œuvre pour les conjurer ou les neutraliser. L'épreuve judiciaire destinée à faire connaître le coupable, joue pareillement un rôle considérable dans la justice africaine. Les possessions, variables suivant les esprits qui en sont les auteurs, sont fréquentes, et chaque genre de possession exige un traitement particulier. La divination, la seconde vue, les philtres, les enchantements, les horoscopes, les présages, sont (''gaiement connus; mais toutes ces pratiques, qu'on remarque plus peut-être que le reste, ne constituent en somme que la partie superstitieuse et accessoire de la religion fondamentale des noirs.
On s'étonnera, sans doute, de n'avoir, en cette étude, encore rien appris des sorciers, des fétiches, des pratiques barbares ou abominables du paganisme africain, rien non plus des manifestations extraordinaires provoquées au cours de ces cérémonies... Nous y arrivons. Par « sorcier » ou « féticheur », on entend d'ordinaire en français tous ceux qui, à un degré et d'une façon quelconque, sont les agents de la religion ou de la superstition africaine. Il y a là une confusion et une erreur que les noirs ne commettent jamais. Le vrai « sorcier » est le « jeteur de sorts », celui qui, en relation avec les puissances occultes du mal, envoie les maladies, détermine la mort, ensorcelé ses ennemis et va, de nuit, sous la forme d'une boule de feu, d'un oiseau ou d'un autre animal, répandre ses maléfices : ces sorciers sont redoutés et haïs. Plusieurs ont recours à eux pour se débarrasser de leurs ennemis; mais malheur à eux s'ils sont découverts! Ils le sont par les « devins » ou les « voyants », qui ont à chercher les auteurs de la maladie ou de la mort. Si c'est Dieu, il n'y a rien à faire; si c'est un esprit, il lui faut un sacrifice; si c'est le sorcier, sur la suggestion d'un ennemi, il faut trouver l'un et l'autre. On les trouve, on leur inflige une amende, on les brûle, on les mange : le tout dépend des usages. Une pratique aussi très répandue, surtout parmi les Bantous occidentaux, est celle de l'envoûtement, et il est curieux de retrouver, au centre de l'Afrique, les mêmes pratiques de sorcellerie signalées dans notre Europe, non seulement au moyen âge, mais encore à la fin du xix« siècle. Peut-être est-il utile d'ajouter ici que ces sorciers et ces sorcières ne sont pas toujours condamnés injustement : en laissant de côté leur rôle surnaturel, il est certain que plusieurs sont de très habiles et de très authentiques empoisonneurs. Le « devin » ou le « voyant » découvre aussi les objets perdus, conseille les Jamilles, interprète les sorts ; c'est un homme écouté, respecté et influent. Souvent il est « médecin » : il traite, et, quelquefois même, il gin rit. Mais il est, de plus, « magicien, » et c'est lui qui prépare les amulettes; il est « pharmacien », et à ce titre il dispose des remèdes, des simples, des secrets, des recettes merveilleuses gui enlèvent ou prévien nent les maladies, qui parent aux accidents, qui rendent heureux. Souvent il devient « exorciste », traite les possédés et force l'esprit à déguerpir. Mais nous revenons
Letouzey et Ane.. Paris.
ttip. Itufrénoy. Pc
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ici à l'acte religieux, car on ne chasse l'esprit que par l'offrande de la victime que l'esprit lui-même réclame par la bouche du possédé. Enfin si le « prêtre » n'existe pas au sens propre du mot, il y a celui qui en remplit la fonction : c'est celui qui prie et sacrifie pour la l'amille ou pour la tribu, qui veille à l'accomplissement des cérémonies de la naissance, de la puberté, du mariage, de la sépulture, des services anniversaires, qui se préoccupe de détourner les iléaux, etc. En général, ces fonctions sont assumées par le chef de la famille, du village ou de la tribu. La circoncision doit ici figurer comme pratique familiale, mais non essentiellement religieuse, dans un grand nombre de tribus bantoues; les Hottentots l'ont aussi, et la plupart des Nigritiens.
Ce n'est pas tout. Outre la religion et ce qui s'y rattache de plus ou moins loin, on trouve, surtout dans les tribus de l'Afrique occidentale, de vraies sociétés secrètes qui ont leur organisation, leurs épreuves, leurs rites, leurs mystères, leur hiérarchie : il y en a pour les hommes, et il y en a pour les femmes. Le but réel de ces sociétés parait être de maintenir par la terreur les lois et les pratiques de la tribu, en même temps que d'exploiter les faibles, les simples et les « profanes »,au profit des anciens et des initiés. C'est là qu'on décide les empoisonnements, les meurtres, la suppression de ceux qui gênent, l'impunité des collègues, tous les mauvais coups; c'est là que se passent les scènes les plus dégradantes'; c'est là qu'on fait ripaille, aux dépens du peuple, sous prétexte que l'esprit veut manger; c'est de là enfin que sortent les manifestations extraordinaires... Mais tout cela est strictement fermé, et nul mieux que le noir ne garde le secret de ses mystères : c'est pourquoi il est si difficile à l'Européen de les connaître.
Qu'est-ce que le « fétiche » africain? On entend généralement par là (du portugais fetivo, « idole, objet enchanté »), certaines statuettes de bois ou de terre, certains arbres, certains objets, etc., « auxquels les nègres attribuent un pouvoir propre et surnaturel, et qu'ils adorent. »
Avant tout, il y a là une grande distinction à faire entre les Bantous de la cote orientale et ceux de la côte occidentale d'Afrique. Livingstone a écrit le premier que les noirs apparaissent plus superstitieux et plus idolâtres à mesure qu'on s'enfonce davantage dans les pays de forêts : cette remarque est juste. Les notions de religion précédemment exposées s'appliquent dans leur ensemble à toutes les tribus de la famille; mais celles qui habitent les pays plus ou moins découverts du versant de l'océan Indien seraient à ranger plutôt parmi les animistes, et celles du versant de l'Atlantique parmi les fétichistes proprement dits. Chez les premiers, en effet, la croyance aux ombres et aux génies ne produit pas de ces statues grotesques et répugnantes qu'on rencontre sur la côte occidentale, dans de véritables petits temples ouverts au milieu des villages, ou dans des sanctuaires domestiques. Mais quels que soient les fétiches que l'on ait, statuettes, ossements d'hommes ou d'animaux, figures quelconques, pierres sacrées, c'est une erreur des anthropologistes de croire que le nègre « adore » en eux la matière ellemême et lui attribue un pouvoir surnaturel. En réalité, le fétiche n'a d'inlluence que par la vertu spéciale que le féticheur y a fixée. Aussi, beaucoup de ces statuettes, de ces arbres sacrés ou de ces pierres reposent sur des crânes et des ossements ; beaucoup renferment des débris humains, beaucoup sont enduits de sang ou frottés de cendres, et nul n'a de pouvoir que s'il est régulièrement consacré.
En résumé, on peut donc dire que chez les Bantous, comme partout en Afrique, si l'on peut trouver des individualités qui paraissent être sans notions religieuses, nulle tribu n'en est dépourvue. Ces notions comprennent en général l'existence d'un principe supérieur céleste, inaccessible à l'homme; celle d'un génie de la terre, qui
est le vrai dieu des sociétés secrètes; celle d'une quantité d'esprits, bons, indifférents ou méchants, dont l'influence peut être utilisée ou neutralisée, et dont le pouvoir est, pour ainsi dire, localisé, par les tribus de la côte occidentale, dans des statues et des statuettes de toute nature; celle enfin des mânes, ombres ou larves des morts, à qui va le culte familial. Par ailleurs, beaucoup de superstitions particulières, de pratiques vaines, ridicules, obscènes, cruelles, de cérémonies privées ou publiques, simples ou compliquées, transmises par la coutume ou nées d'une inspiration particulière, le tout reposant sur la prière et le sacrifice, dans le but de se procurer un bien, de conjurer un mal ou de mettre fin à un fléau. La religion ne commande point chez les noirs bantous une morale qui lui soit propre, et la préoccupation des récompenses ou des châtiments de la vie future n'apparaît, chez eux, presque nulle part.
4° Nigritiens ou Soudanais. — Toutes ces notions et ces pratiques religieuses sont plus ou moins celles que l'on retrouve parmi les populations étrangères à la famille des Bantous et auxquelles on applique le nom générique de Nigritiens ou Soudanais : ce sont, par exemple, sauf de nombreuses infiltrations, la plupart des habitants des vallées du Sénégal, du Niger, de la Gambie, de la Volta, du Chari, etc. Tous ces noirs forment des tribus parfois puissantes, de types, d'origines, de mœurs et de caractères qui sont loin d'être identiques; mais en général on trouve chez eux un état d'organisation plus sérieux que parmi les Bantous, plus d'industrie, plus de travail, plus de ressources de toutes sortes. Tous les genres de vie, pastorale, commerciale, agricole, et tous les genres de gouvernement, république, monarchie et même anarchie, se trouvent représentés dans ce monde des noirs.
Là, encore, nous avons à faire la différence déjà constatée : d'un côté, vers l'est et en pays plus ou moins découverts, la religion tend plutôt vers l'animisme, avec peu ou point d'idoles, d'amulettes et de pratiques extérieures; de l'autre, à l'ouest, dans les régions peuplées, fertiles, arrosées et boisées, le fétichisme classique se montre, au contraire, dans tout son épanouissement hideux. D'ailleurs, les idées fondamentales restent les mêmes. La notion de Dieu, d'un Dieu distinct et souverain, parait plus claire chez ces populations : plusieurs même, comme les Malinkés, les Bambaras, les Songhaïs, les Serêres, les Achantis, etc., en ont une idée très nette : Dieu est pour elles un être souverain, créateur du monde et qui, dans une autre vie, punit les méchants et récompense les bons. Ils admettent l'existence de bons et de mauvais esprits. L'àme de l'homme est impérissable; mais, après un certain temps de jouissance ou de souffrance matérielle, elle revient parmi nous commencer une nouvelle vie : c'est une sorte de métempsycose. Quant au monde, il est gouverné par des génies, sorte d'êtres intermédiaires entre Dieu et l'homme. Mais le vrai culte reste quand même aux âmes des morts, et, chez quelques tribus, il a déterminé ces horribles sacrifices humains qui ont rendu le Dahomé célèbre. A ce culte vient s'adjoindre naturellement celui des esprits. Chez les Achantis, les Volofs et ailleurs, chaque individu, chaque famille ou chaque village a même son génie tutélaire auquel on rend ses devoirs. D'autres esprits habitent les eaux, les bois, les rochers, et on se les concilie par des offrandes et des cérémonies. Souvent ils s'emparent du corps des mortels et il faut les en faire déguerpir; ils se mêlent à notre vie, ils causent des maladies, ils se jouent des vivants, et ainsi, derrière tout fait inexpliqué, le noir découvre volontiers l'action d'un être surnaturel. Les féticheurs jouent ici un plus grand rôle, généralement, que dans la partie méridionale de l'Afrique, et il y a des pays où ils ont un véritable pouvoir avec lequel il faut compter.
5° Habitants du nord de l'Afrique. — Plus au nord
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encore, et souvent enclavés dans les populations nigritiennes, se sont développas d'autres éléments ethniques, de nature et de physionomie supérieures. Mais ici, plus encore que précédemment, il est difficile de proposer une classification précise. Cependant, en mentionnant les groupes nubien (Foulahs, Foulbès ou Peuls, nègres nilotiques, habitants du bassin du Tchad, etc.), hamitique ou éthiopien (Gallas, Somalis, Massai, etc.), berbers (Kabiles, Twareg, anciens Égyptiens), et sémite (Juifs, Abyssins, Arabes), nous aurons indiqué les populations principales qui, dés l'époque la plus reculée, ont occupé le continent africain. Avec ces populations, dont la couleur reste souvent noire, du moins dans les groupes nubiens et hamitiques, mais dont le type général se rapproche de plus en plus du nôtre, nous ne rencontrons plus de fétiches proprement dits : pas de statuettes, pas de temples, peu ou point d'amulettes. Mais la religion et la superstition n'en sont pas pour cela bannies. Dieu est très connu, et son nom, à chaque instant invoqué, est mêlé à tout, comme celui du grand maître de qui tout dépend et dont l'action se retrouve partout : c'est la notion que, par exemple, on a de Ngaï, chez les Massas, de Waka, chez les Gallas : à lui le ciel, à lui les forêts, à lui les eaux. On lui adresse des prières fréquentes et on lui oll're des sacrifices; mais ces offrandes sont ordinairement prises parmi les produits de la nature, quelques brins d'herbe, un peu de miel, du vin de palme. Dans les circonstances solennelles, guerre, peste, épizootie, on immole des animaux. Entre Dieu et les hommes, on admet des intermédiaires, qui constituent une sorte de sacerdoce et inspirent généralement grande confiance et grand respect. Ces peuples ont aussi la notion de l'àme qui survit à la dissolution du corps, mais on ne s'occupe pas ou l'on ne s'occupe guère de ce qu'elle peut devenir au delà de cette vie. Avec cela, beaucoup de préjugés, de terreurs vaines, de pratiques superstitieuses et de ridicules observances.
Comme tous les Massas et les tribus congénères répandues au sud de l'Abyssinie, la plupart des Gallas sont païens. Mais l'Islam, qui a déjà passé en fortes infiltrations parmi les Soudanais, les Nigritiens et les Guinéens, englobe toutes les tribus soinalies, en même temps que l'élément berber et sémite, à l'exception des Juifs et des Abyssins.
II. Islamisme. — Celte extension ininterrompue de l'Islam en Afrique, depuis le vne siècle jusqu'à nos jours, est un des faits les plus remarquables de l'histoire : la religion de Mahomet embrasse en un seul tenant presque tout le nord du grand continent africain, sans compter l'Arabie, la Turquie, la Perse, l'Afghanistan, le Béloutchistan, la Caucasie, la Sibérie méridionale, une partie de l'Inde, de la Malaisie, et même de l'Empire chinois, où elle compte plus de 20 millions de fidèles : de Lagos à Batavia, un musulman peut aller partout sans sortir de chez lui. Cette diflusion prodigieuse tient à plusieurs causes. D'abord, l'Islam possède essentiellement l'esprit de prosélytisme, et son prosélytisme peut disposer et dispose en effet de tous les moyens : en principe tout est permis contre le « mécréant ». Tout musulman est apôtre, et tout homme gagné à l'Islam, ne fut-ce que par la circoncision qu'il adopte, le nom qu'il prend et l'habit qu'il porte, reste fidèle à l'Islam. L'illusion profonde de quelques Européens, seule, a pu faire dire que l'Islam est un premier pas des peuples païens vers le christianisme : l'Islam n'est pas un degré que l'on gravit, c'est un mur où l'on s'arrête. Ce n'est lias seulement et simplement, d'ailleurs, une doctrine religieuse : c'est une doctrine religieuse embrassant tout ce qui a rapport aux intérêts et aux préoccupations de l'homme, vie sociale, politique, commerce, industrie, mode; elle se présente comme une civilisation supérieure; elle s'arroge tous les droits vis-à-vis de l'infidèle ; elle s'impose par la force, la persuasion, l'esprit d'imi-
tation, et elle marche ainsi à la conquête de l'Afrique, soutenue d'ailleurs et encouragée par la politique aussi naïve que dangereuse de la plupart des gouvernements européens. Il faut convenir aussi que l'Islam, si simple dans son dogme, si clair dans ses prescriptions, si indulgent dans sa morale, s'adapte merveilleusement à la nature africaine. D'un autre côté, ses prédicants, dont les plus zélés sont les Toucouleurs, les Eoulbés, les Haoussas et les Swahilis, sont d'autant plus ardents que leur apostolat, au lieu de leur coûter, leur rapporte, d'autant plus écoutés que, par leur origine, ils peuvent se mêler plus facilement et plus intimement aux populations. Enfin, l'Islam, si intolérant pour les personnes, ne l'est pas du tout pour la doctrine : il s'accommode volontiers des superstitions ambiantes et se laisse envahir par quantité de pratiques fétichistes, surtout chez les populations nouvellement conquises.
Le fanatisme musulman est soigneusement entretenu, d'ailleurs, par nombre de confréries religieuses dont les membres, ou khouans,sont partout répandus et ont une énorme influence. La principale est celle des sénoussya, qui exige de ses affiliés d'être entre les mains de ses chefs « comme le cadavre entre les mains du laveur des morts ». Chaque jour, son inlluence grandit et domine l'immense pays que limite au nord la Méditerranée, de Gabès à Alexandrie, et qui s'étend, au sud, au delà du Liaghirmi, jusqu'au bassin du Congo. Ce que cherchent ces confréries, c'est en réalité le panislamisme, et, chose singulière, il s'est trouvé nombre de gouverneurs et d'administrateurs de nos colonies pour favoriser cette propagande, comme au Sénégal et au Soudan, en imposant au nom de la France des chefs musulmans et des écoles musulmanes à des populations fétichistes qui n'en voulaient pas ! Naturellement et profondément hostile à l'Européen, l'Islam sait en effet se plier merveilleusement aux circonstances : « Baise la main que tu ne peux couper, » dit un de ses proverbes, et c'est pourquoi tant de fonctionnaires, de voyageurs et d'écrivains, victimes naïves de cette hypocrisie profonde, ont cru dompter l'Islam en se faisant ses serviteurs. Ils n'ont abouti qu'à augmenter son orgueil et son mépris.
1° Apportée par les Arabes au vne siècle, la nouvelle religion se répandit rapidement parmi les sémiles et demi-sémites qu'ils rencontrèrent sur la terre d'Afrique. C'est ainsi qu'elle a pénétré chez les Maures, les Kabiles, les Twareg, les Berbers, les Foulbés, pour descendre aux Nubiens, gagner les Somalis, se répandre chez les Nigritiens, et commencer l'attaque des Bantous. Actuellement, l'Islam occupe en grande partie la vallée du Sénégal, le cours supérieur du Niger et de la Bénwé, le bassin du Nil, celui du Tchad, avec les puissants États du Soudan : le Ilaoussa, le Sokoto, l'Adamawa, le Bornou, le Kànem, le Baghirmi, le Wadaï, le Darfour, le Darbanda, le Kordofan, etc. Par le Fouta-Djalon, il envahit la Guinée française, il esta Sierra-Leone, à Libéria, dans le Ilaut-Dahomé, au Yorouba, au Noupé, etc. La ville de Lagos comptait 800 musulmans en 1863; elle en a plus de 20(200 aujourd'hui.
2° L'Islam a relativement peu pénétré les peuples bantous. Il s'arrête presque partout à la limite des grandes forêts équatoriales où les populations du nord n'aiment pas à s'engager. Cependant la côte orientale ayant été depuis des siècles colonie arabe des princes de Mascate, avec Zanzibar pour centre, il est descendu depuis le cap Guardafui jusqu'au Mozambique el même au pays zoulou ; il a complètement occupé les Comores et une partie de .Madagascar; puis, parlant de- Lamou, de Malindi, de Mombassa, de Pangani, de liagamoyo, de Dar-ès-Salaam, de Kilwa, de Lindi, de Mozambique de Kilimani, etc., les trafiquants arabes et swahilis l'ont
porté sur les routes des caravanes jusqu'aux rives de:;
grands lacs de l'intérieur et même au delà : à Tobora, centre commercial de l'Ouny amwézi ; dans l'Ouganda
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par où il rejoint les musulmans du Haut-Nil; à Oudjidji, sur le Tanganyika ; plus au sud, sur les rives du Nyassa; enfin, Nyangwé, sur le Haut-Congo, forme aussi le centre d'une importante et dangereuse colonie musulmane. Cependant il est juste d'ajouter que cette propagande a perdu beaucoup de son activité depuis que l'Afrique orientale a été partagée entre l'Angleterre et l'Allemagne.
III. Parsisme. — Il faut mentionner en Afrique, ne fût-ce que pour mémoire, la petite colonie de parsis qui se trouve à Zanzibar et à Mombassa. Descendant des anciens Perses et venus de Bombay sur la côte d'Afrique, ils s'y livrent au commerce ou exercent des fonctions libérales, mais s'abstiennent de toute propagande religieuse. On sait que, chassés de la Perse par les invasions musulmanes des vne et VIIIe siècles, les parsis ont gardé, avec une merveilleuse solidarité et une grande pureté de race, l'ancienne religion de Zoroastre. Ils vénèrent dans le feu, et par conséquent dans le soleil, le représentant le plus fidèle de la divinité; mais, tout en gardant beaucoup de pratiques anciennes, relatives surtout à la purification, ils voient peu à peu la religion dualiste d'Ormouzd et Arihman se transformer en un déisme plus ou moins vague, celui des Européens qu'ils fréquentent.
IV. Brahmanisme. — A Zanzibar encore et sur les points les plus commerçants de la cote orientale, depuis Suez jusqu'au Cap, on trouve, à côté des Indous musulmans de la secte d'Ali, les Banyans, originaires de Karatchi, de Kàtch et de Bombay (Inde anglaise). Ils appartiennent à la caste des marchands et se livrent au commerce avec une intelligence et un succès remarquables. Ils représentent le brahmanisme en Afrique, mais, pas plus que les parsis, ils ne se préoccupent de faire des prosélytes.
V. Judaïsme. — Les juifs sont passés en Afrique dès les temps les plus anciens. On les trouve établis sur toute la côte méditerranéenne, depuis l'Egypte jusqu'au Maroc. En Abyssinie, ils forment, au nombre de 200000, dit-on, la population des Falachas, qui fait remonter son origine au roi Salomon et à la reine de Saba; mais, d'après Joseph Halévy, il est plus juste de voir en eux les descendants des juifs du Yémen emmenés en captivité parle roi chrétien de l'Ethiopie Améda, au VIe siècle. On estime que les juifs sont 8000 en Egypte (presque tous à Alexandrie, à Port-Saïd, à Suez et au Caire); près de 6000 en Tripolitaine; 55000 en Tunisie; environ 40000 en Algérie, sans parler de ceux qui vivent parmi les tribus nomades; 100000 au Maroc ; 10000 sur les confins du Sahara. Enfin, les mines d'or et de diamant du Cap ne pouvaient manquer d'en attirer un certain nombre : on en compte environ 1500 dans ces parages. Ce qui porterait à peu près à 420000 le nombre total des juifs en Afrique.
VI. Christianisme. — Malgré les énormes avantages qu'ont sur lui, au point de vue purement humain, les religions adverses, le christianisme a résisté en Afrique à toutes les révolutions et à toutes les attaques, il s'y est maintenu, et il s'y développe. Les Berbers de l'Atlas y sont revenus quatorze fois avant d'être, de force, fixés dans l'Islam.
1° Grecs schismatiques. — Pour commencer, mentionnons les grecs schismatiques qui dépendent du patriarche de Constantinople. Ils ont trois églises au Caire et une à Port-Saïd. Voir Alexandrie (Eglise d').
2" Levantins. — De plus, sous la dénomination générique de Levantins, l'Egypte comprend un élément de population considérable — environ 80000 — réunion de toutes les nationalités méditerranéennes : les Levantins sont chrétiens, mais chrétiens de diverses confessions. On les retrouve d'ailleurs, mais en petit nombre, en Tripolitaine, en Tunisie, en Algérie, et, maintenant, sur toute la côte orientale.
3° Coptes. — En Egypte, les descendants des anciens
indigènes se sont partagés en deux catégories : les fellahs, qui sont devenus musulmans, et les coptes, qui sont restés chrétiens. Mais la grande majorité de ces derniers ont été englobés depuis le VIe siècle par le schisme d'Eutychès et sont monophx sites. Ils ne reconnaissent par conséquent qu'une seule nature en Jésus- Christ, « la nature divine et la nature humaine s'étant réunies dans sa personne pour former un seul et unique centre d'opérations. » On les appelle encore jacobites, du nom d'un disciple d'Eutychès, Jacob, qui, en 535, répandit parmi eux l'hérésie condamnée au concile de Chalcédoine en 451. Leur chef, au spirituel comme au temporel, est un patriarche choisi parmi les moines. Il réside au Caire, quoique la ville métropolitaine soit Alexandrie. Au-dessous de lui, la hiérarchie se compose du métropolitain des Abyssins, de douze évoques, de prêtres, de diacres, de moines. Le recensement de 1880 a porté leur nombre à 400000. Voir Coptes.
4" Abyssins. — Introduit en 330 en Abyssinie par saint Frumentius, le christianisme ne tarda pas à tourner à l'hérésie et, depuis le v8 siècle, il forme, avec les coptes d'Egypte, ce qu'on appelle quelquefois « l'Église alexandrine », par opposition à l'Église grecque et à l'Eglise romaine. C'est que, en effet, les fonction* de grand prêtre de l'Église éthiopienne (l'abouna) sont toujours dévolues à un moine copte envoyé par le patriarche d'Alexandrie. Il réside à Gondar. Il existe en outre un grand nombre d'ordres religieux, comprenant environ 12000 moines. Les efforts des jésuites portugais étaient parvenus, en 1624, à faire rentrer officiellement l'Abyssinie dans la communion catholique. Mais, huit ans plus lard, une révolution changea tout, et les Abyssins revinrent à leur ancienne loi. Voir Ethiopie.
5° Missions protestantes. — N'oublions pas les efforts de la propagande protestante en Afrique : ils sont considérables. Dès l'année 1736, les frères Moraves avaient commencé un établissement sur la Côte-d'Or : il ne dura que trente ans. En 1765, une mission anglaise fut fondée en Guinée. Plus tard, une autre s'établit à Sierra-Leone, et c'est de là que peu à peu le protestantisme a pris possession d'une grande partie de la côte occidentale. Les principales missions à citer sont celles de la Société missionnaire de l'Église, de Londres (Church missionary Society), à Sierra-Leone et à Bathurst; des sociétés américaines à Libéria; des wesleyens ou méthodistes dans le Yorouba et le Niger, où l'on cite un évêque indigène, mort dernièrement, le bishop Crowther; de la société de Bàle à la Côte-d'Or et au pays des Achantis; des presbytériens dans la rivière de Kalabar ; des luthériens allemands au Cameroun.
Au Congo français, dans la région du Gabon, nous retrouvons, établis depuis 1841, les presbytériens d'Amérique; seulement, en ces dernières années, ils. ont cédé leurs deux missions de l'Ogowé aux Missions évangéliques de Paris.
Dès 1878, un an après que Stanley avait fait sa célèbre traversée de Zanzibar à Borna, quatre missionnaires baptistes se rendirent à San Salvador, y fondèrent un poste et de là gagnèrent le Pool où ils arrivèrent en 1881. Mais, à mesure que s'est ouverte l'immense artère du Congo, les protestants anglais, américains et suédois s'y sont jetés avec énergie et y ont fondé de nombreux établissements. Parmi ces missionnaires, il convient de citer le bishop Taylor, qui y a organisé des stations indépendantes, le docteur Sims à Léopoldville, et MM. Comber et Grenfell qui s'y sont fait un nom comme explorateurs.
Mais c'est dans l'Afrique du Sud que le protestantisme a remporté ses plus beaux succès et reste le plus solidement établi. D'abord, une colonie néerlandaise s'y était fondée dès 1652 ; mais les événements politiques qui se succédèrent de 1793 à 1815 y amenèrent l'Angleterre, et, pour garder leur liberté, les Hollandais s'enfoncèrent
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dans l'intérieur, où ils se constituèrent en républiques, les ileux républiques sœurs de l'Orange et du Transvaal. Ce sont des calvinistes intransigeants, mais ils ne font que peu ou point de propagande parmi les noirs, qu'ils méprisent profondément. La première mission du Cap fut fondée en 1730, comme à la Côte-d'Or, par les frères Moraves, qui s'établirent à Genadendal (le Val de Grâce). En 1799, parut la Société missionnaire de Londres à laquelle ont appartenu les célèbres explorateurs Moll'at et Livingstono. Trente-trois ans plus tard, arriva la mission écossaise dont l'école professionnelle de Lovedale (1811) acquit une grande réputation. D'autres sociétés de France, d'Allemagne, de Hollande, de Norvège, de Finlande, sont venues se joindre à ces premières et, du Conéné au Zambèze, dans l'Ovampo, chez les Damaras, les Héréros, les Hottentots, les Betchouana, les Basouto, les Zoulous, les Bamangouato, les Matébélé et les Barotsi, tout le pays est occupé par des missions protestantes.
Au nord de l'Afrique, au nord-est et au centre, le protestantisme n'est pas non plus resté inactif. Sans parler des quelques missions anglaises, dont la plus ancienne remonte à 1881, établies au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Tripolitaine, nous retrouvons la Church missionary Society en Egypte dès 1826, en Abyssinie dès 1829. Contraint de quitter ce dernier pays en 1844, un de ces missionnaires, le D1' L. Krapf, de nationalité allemande, vint à Zanzibar et de là à Mombassa, où deux ans plus tard il fut rejoint par son compatriote Bebniann : les deux ont fait dans l'intérieur des voyages remarquables. Ce fut Bebmann qui, en 1848, découvrit le Kilima-Ndjaro. La Mission des Universités, fondée à Oxford sous l'inspiration de Livingstone, envoya d'abord ses missionnaires au Zambèze en 1859, mais cinq ans plus tard, elle transférait le siège de ses opérations à Zanzibar. Ses principaux établissements restent néanmoins dans la région du Nyassa, où opèrent également les sociétés écossaises : on cite avec éloges leurs fondations de Bandawé et de Blantyre.
Les explorations de ces dernières années ouvraient l'Afrique à toutes les entreprises : les missionnaires protestants ont été des premiers à en profiter. Pendant que la London missionary Society s'établissait au Tanganyika, la Church missionary Society, sur un appel de Stanley racontant sa réception chez Mtésa, roi de l'Ouganda, réunissait en quelques jours 600000 francs de souscription et envoyait une expédition qui arriva le 30 juin 1877 à Boubaga, capitale du pays. La mission, dont le membre le plus actif a été le Rév. Mackay, a passé par des phases de succès et de revers; elle a eu ses martyrs, comme les catholiques, lors de la persécution de 1885-1886; le bishop Hannington a même été assassiné par ordre du roi Mouanga, fils et successeur de Mtésa. .Mais aujourd'hui que l'Est africain, depuis Zanzibar et Mombassa jusqu'au lac Victoria, est devenu pays anglais, la pax brilannica lui est assurée. Dans 1rs contrées allemandes, à Dar-ès-Salaani, dans l'Ousamb=ra, m kihmi Ndjaro, les sou t s ,\ :ng;.hques se sont pareillement établies et cherchent à faire près des indigènes une propagande de plus en plus étendue.
En résumé, le protestantisme déploie en Afrique une activité considérable, secondé qu'il est par l'appui des gouvernements, par la générosité magnifique de ses Gdèles, par le coneours de tous. Il est impossible, dans un article de cette nature, d'indiquer toutes les sociétés protestantes qui s'occupent des missions africaines, les stations qu'elles occupent, le personnel qu'elles emploient, les fonds dont elles disposent, encore moins le nombre des néophytes qu'elles prétendent avoir groupés autour d'elles : les chiffres que l'on pourrait citer' varient suivant les documents que l'on consulte; chaque année apporte dans ceiio statistique des divergences singulières, et, sous couleur de précision, on s expose à des
erreurs évidentes. Voici cependant quelques données : En 1891, M. B. N. Cust, secrétaire général du Comité des missions de Londres, comptait 55 sociétés protestantes se livrant à l'évangélisation de l'Afrique : 22 anglaises, 14 américaines, 10 allemandes, 3 des colonies britanniques, 2 suédoises, 1 norvégienne, 1 finlandaise, 1 suisse, 1 française (société des Missions évangéliques). j La traduction de la Bible avait été faite en 67 langues indigènes. Pour donner maintenant une simple idée du budget dont elles disposent, disons seulement que les recettes de la Société' de Bâle, en 1897, se sont élevées au chiffre de 1,260,423 francs, dont 373,300 francs fournis par la Suisse. La population de la pauvre Norvège (2 millions d'habitants) donne par an pour ses diverses missions (Zoulous, Madagascar, etc.), une somme dépassant un million de francs. Les Missions évangéliques de Paris ne restent pas en arrière : on a calculé que chacun des protestants français donne en moyenne
0 fr. 60 pour la propagation de sa foi, au Sénégal, au Congo français, au Lessouto, au Zambèze, à Madagascar.
VIL Iles africaines. — Nous n'avons rien dit encore des iles africaines. Aux Açores (260000 h.), la population est catholique; il en est de même à Madère (134 000 h.), aux Canaries (280 000 h.) et aux îles du Cap-Vert (environ 100 000 h.). A Fernando-Pô (30 000 h.), les indigènes, appelée Boubis, sont à classer, sauf quelques chrétiens, parmi les fétichistes les plus dégradés. Les noirs de l'île du Prince (3 000 h.) aiment à se dire catholiques, ainsi que plusieurs de ceux qui habitent Sào-Thomé. Dans l'océan Indien, la population créole de la Béunion, de Maurice et des Seychelles est catholique, à l'exception d'un petit nombre de protestants et de l'immense majorité des immigrants indiens et chinois, qui sont bouddhistes. Toutes les Comores (45 000 h.) sont musulmanes.
Quant à Madagascar, on estime que la population y est de 4 000 000 d'habitants, parmi lesquels les Hovas comptent pour 1 million et les Betsileos pour 600 000. Ce sont les deux races principales, qui, ethnographiquemenl, se rattachent à la race malaise; les autres sont d'origine africaine. Le fétichisme ou plutôt l'animisme, reposant sur le culte des morts, avec son cortège de pratiques superstitieuses, d'honneurs rendus aux pierres sacrées, de foi aux amulettes et à la divination, est la religion primitive de la population malgache. Sur la côte nord-ouest cependant, beaucoup de Sakalaves sont islamisés. Mais il faut se hâter d'ajouter que Madagascar, et surtout le pays hova, a été dans ce siècle un des principaux champs d'action du protestantisme. Quatre grandes sociétés y ont pris successivement position, dont trois anglaises : les indépendants (L. M. S.), aussi appelés méthodistes (1820), qui étaient parvenus, avant la conquête française, à se faire reconnaître comme Église d'Etat les anglicans, et les quakers ou « amis »; puis viennent les luthériens de Norvège et d'Amérique. Enfin, depuis la conquête, les Missions évangéliques de Paris ont envoyé à Madagascar un certain nombre de représentants pour prendre la direction officielle des principales é'coles et couvrir leurs coreligionnaires étrangers. En 1892, on comptait, dans les missions anglaises : 68 missionnaires anglais dont 2 médecins; 0 110 auxiliaires, choisis parmi les chefs et les notables du pays, employés comme pasteurs, prêcheurs ou instituteurs; 92 316 élèves dans les écoles; 310313 adhérents ou disciples; 1333 temples; 3 imprimeries ; 2 hôpitaux;
1 léproserie. Le budget était à peu près d'un million. Les missions norvégiennes comprenaient 44 missionnaires, dont 2 médecins; I 130 auxiliaires indigènes ;37 487 élèves; 47 681 adhérents, etc.
Faut-il ajouter que ces chiffres sont loin d'être l'expression de la réalité? Depuis que le gouvernement français a été obligé de proclamer la neutralité religieuse, des
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défections se sont produites par milliers, et chaque jour, pour ainsi dire, amène une nouvelle statistique. On peut cependant, par les chiffres cités plus haut, se faire une idée des forces énormes dont dispose le protestantisme à Madagascar, comme partout.
Récapitulation. — Telle est, dans son ensemble, la situation religieuse de l'Afrique. Mais, comme nous l'avons dit pour le protestantisme, il est difficile et il serait trompeur de la faire apprécier par des données précises reposant sur des chiffres. Toutes les statistiques publiées à cet égard, si elles ne sont pas fantaisistes, sont certainement fautives.
• Que si, pourtant, à titre de simple indication, on veut des chiffres, voici ceux que donnait, il y a dix ans, M. E. Fournier de Flaix, Statistique des religions, Rome, 1890 :
Chrétiens
Animistes, Fétichistes
Musulmans
Juits
Église d'Abyssinie ... 3 000 000
Protestants 1744080
Catholiques 2 655 920
Total.
Pour montrer combien ces chiffres sont peu sûrs, ajoutons que les statistiques les plus récentes évaluent la population de l'Afrique à 200 millions d'habitants, G0 millions de plus que Fournier de Flaix. Mais, dans le supplément du Dictionnaire de Géographie unirersellc de Vivien de Saint-Martin, M. Louis Rousselet (1897) revient au chiffre de 164000000, en faisant justement remarquer qu'il ne. repose que sur des calculs de densité relative qui sont peut-être loin de la réalité.
Nous n'avons pas à mentionner ici les ouvrages qui s'occupent de l'Afrique en général ou de telle et telle contrée africaine au point de vue spécialement géographique; nous nous contenterons d'indiquer quelques-uns de ceux qui peuvent donner des renseignements relatifs aux questions visées par cet article. — Vivien de Saint-Martin, Nouveau Dictionnaire de Géographie universelle, Paris, 1879, 7 vol. in-4° ; Louis Rousselet, même ouvrage : Supplément, Paris, 1897; Elisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle (Afrique), Paris, 1887; A. de Quatrefages, Introduction à l'histoire des races humaines, Paris, 1 vol. grand in-8% 1887; M5' Le Roy, Les Pijgmées (dr.ns les Missions catholiques, de Lyon, 1896); Henri Junod, Les Ba-Ronga (dans le Bulletin de la Société neuchaleloise de géographie, t. x, 1898); Robert Brown, The Story of Africa and its Eocplorers, Londres, 1894, 4 vol. grand in-8"; F. Schrader, Prudent et Anthoine, Atlas de Géographie moderne, Paris, 1 vol. jn-4% 1890; R. Hartmann, Die Nigrilier, Berlin, 1876, I, 1 vol. gr. in-8°; du même, Volkcr Afrikas (trad. franc. Les peuples de l'Afrique, Paris, 1 vol. in-8% 1884); Ch. Paulitschke, Ethnographie Nordost Africas, Berlin, 1 vol. 1893; R. N. Cust, Africa rediviva, Londres, lvol. in-8', 1891; G. Kayser, Bibliographie d'ouvrages ayant trait ù l'Afrique en général dans ses rapports avec l'exploration et la civilisation, Bruxelles, 1887, in-8"; Oppel, Die religiosen Verhàltnisse von Africa (Bulletin de la Soc. de géographie de Berlin, 1887, xxn, n. 3-4); E. Blyden, Christianity, Islam, and the Negro Race, Londres, 1887, in-8*; F. Barret, Afrique occidentale, Paris, 1888, 2 vol. in-8°; Philibert, La conquête pacifique de l'intérieur africain, Paris, 1889, in-8*; A. de Préville, Les Sociétés africaines, Paris, 1894; de Castries, L'Islam, Paris, in-12, 1890; A. J. Wauters, L'État indépendant du Congo, Bruxelles, in-18; P. Morcelli, S. J., Africa christiana, Brixen, 1816; Henrion, Histoire des missions catholiques, Paris; Marshall, Les missiotis chrétiennes (trad. de l'anglais), Paris; B°° L. de Béthune, Les missions catholiques d'Afrique, Lille, 1894, in-4' ; Louvet, Les missions catholiques au xix° siècle, Lille, in-4° 1894; cardinal Pitra, Vie duvén. Libermann, Paris, in-8% 1885; abbé Durand, Les missions catlioliques françaises, Paris, in-12, 1874 (avec atlas); O. Werner, S. J., Orbis terrarum catholicus, Fribourg, in-4% 1890; O. Werner et Groffier, Atlas des missions catholiques, Lyon, in-4°, 1886; Grussenmeyer, Documents sur le cardinal Lavigerie, Alger, in-8% 1888; P. Meillorat, C. S. Sp., Carte ecclésiastique de l'Afrique, Paris, 1891; Le.-.' Missions catholiques (revue périodique, 1. von) A consulter surtout le relevé officiel des missions catholiques qui se publie à
Rome environ tous les trois ans : Missiones calholiese, cura S. C. de Propaganda Fide descriptx, A. 1898, Rome, in-12.
A. Le Roy.
II. AFRIQUE (Missions catholiques de l>). — I. Egypte. II. Ethiopie. III. 'Pays barbaresques. IV. Le reste de l'Afrique jusqu'à la première moitié du xixe siècle. V. Reprise des missions d'Afrique. VI. De 1848 à 1861. VII. Développement des missions de l'ouest. VIII. Développement des missions du sud et de l'est. IX. Missions dans l'intérieur de l'Afrique. X. État sommaire des missions catholiques d'Afrique.
La terre d'Afrique, dont tout le nord faisait partie de l'empire romain, fut des premières à recevoir la Donne Nouvelle : deux évangélistes, saint Marc à Alexandrie, et saint Matthieu en Ethiopie, y ont prêché et y sont morts; des Pères de l'Église, à citer parmi les plus célèbres, y ont développé et défendu la foi ; des milliers de martyrs y ont versé leur sang; et il fut un temps où l'on comptait 800 sièges épiscopaux groupés autour de l'Église patriarcale d'Alexandrie et de la métropole de Carthage. Les invasions successives qui ont passé sur ces terres historiques y ont amené les dissensions religieuses du Ras-Empire, puis les schismes et les hérésies, et enfin, pour tout engloutir dans un abîme commun, l'Islam. L'histoire détaillée de ces antiques Églises, Ethiopie, Egypte, Tripolitaine, Tunisie, Algérie, Maroc, mérite des articles spéciaux. Voir Alexandrie, col. 786- 801, Ethiopie. Disons seulement ici que douze siècles d'oppression et de violences n'ont pas réussi à abattre l'Église catholique dans l'Afrique du nord.
I. Egypte. — L'Egypte, en particulier, avec l'organisation compliquée de ses communautés distinctes, se présente à nous comme un reste toujours vivant d'un long passé glorieux. Chez ces populations, la religion et la nationalité, le rite et la langue, se sont fondus intimement, et c'est grâce à cette conception, qui nous étonne parfois, que l'Islam les a trouvées irréductibles. Longtemps ces pauvres chrétiens, dont malheureusement plusieurs sont séparés de l'unité catholique, ont vécu dans une situation fort précaire. Mais à mesure que l'Europe reprenait une place plus considérable sur la terre des Pharaons, elle amenait avec elle, et par le seul fait de sa présence, une part toujours plus grande de tolérance et de liberté. Aujourd'hui, on trouve en Egypte les juridictions suivantes :
1° Le vicariat apostolique pour les latins, confié aux Pères franciscains de Terre-Sainte ; il s'étend sur toute la Rasse-Égypte, à l'exception du Delta.
2° Le vicariat apostolique pour les coptes, dont s'occupe également la préfecture apostolique de la Haute- Egypte. Ces coptes catholiques sont de 25 à 30000, perdus, hélas! au milieu de 4 à 500000 de leurs frères monophysites. Les Pères jésuites de la province de Lyon ont pour eux un séminaire au Caire et deux collèges, l'un au Caire, l'autre à Alexandrie.
3° La préfecture apostolique du Delta, cédée depuis 1877 aux Missions africaines de Lyon.
4° Les communautés des rites unis : rite arménien, rite grec-melchite, rite syriaque, rite maronite, rite chaldéen.
En résumé, le P. Louvet (Les missions catholiques au A7A'e siècle, Desclée, Paris) comptait en 1894 : latins, 45 000; coptes, 22 000; arméniens, 1200; grecs -melchites, 800; syriens, 6 000; maronites, 4 500; chaldéens, 5 000. Total, environ 80 000 pour toute l'Egypte. Mais, depuis 1894, ce chiffre a certainement augmenté et ne doit pas être inférieur à 100 000.
II. Ethiopie. — De l'Église d'Alexandrie, la foi catholique rayonna surtout vers l'est.
Au ive siècle, Frumence, disciple de saint Athanase, passa en Ethiopie et y trouva la trace de la prédication de saint Matthieu et de l'eunuque de la reine Candace, baptisé par saint Philippe. Malheureusement, cette Église
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suivit sa métropole dans l'hérésie d'Futychès, et ni les jésuites portugais, aux xvie et XVIIe siècles, ni les franciscains au XVIIIe, ni les capucins au commencement tlu XIXe, n'ont pu la faire rentrer dans la vérité. Cependant en 1839, M. de Jacobis, prêtre de la Mission, avec quelques la/aristes ses confrères, avait à son tour pénétré en Abyssinie. En 1846, le Saint-Siège partagea le pays en deux vicariats : celui de l'Abyssinie, qui resta à la congrégation de Saint-Lazare, et celui des Gallas, qui fut confié aux capucins français.
Mais la situation restait toujours difficile, lorsque l'Italie se sentit poussée à faire la conquête du pays. Cette tentative, dont on sait les malheurs, a eu les deux résultats les plus contraires aux prévisions de la politique : la constitution en un seul empire des divers royaumes d'Abyssinie, l'Amhara, le Tigré, le Choa, sans compter les régions du sud-est, occupées par les Gallas; une liberté beaucoup plus grande et qui parait désormais assurée, accordée à l'action des missionnaires catholiques.
Néanmoins, l'Italie a pu garder un petit territoire longeant la mer, avec le port de Massa wa : c'est l'Erythrée. Cette colonie a été érigée en préfecture apostolique par décret du 1er septembre 1894 et cédée aux capucins italiens.
III. Pays barbaresques. — A l'ouest, l'antique Église de Carthage rivalisait autrefois d'éclat avec celle d'Alexandrie. Tombée en 698 au pouvoir de l'Islam, la grande ville vit ses 20 basiliques converties en mosquées, et peu à peu le christianisme ne fut guère représenté dans les États barbaresques que par les esclaves européens capturés par les musulmans et abandonnés à leur sort par les princes chrétiens : à certaines époques, on compta, rien qu'en Tunisie, plus de 200 000 de ces malheureux. A la suite de l'expédition de saint Louis, une mission fut cependant fondée à Tunis, et grâce au dévouement des grands ordres de saint Dominique, de saint François, des Trinitaires, de la Merci et, plus tard, des fils de saint Vincent de Paul, la lumière de la foi ne s'éteignit jamais complètement sur ces plages.
Cette situation lamentable ne devait changer qu'à partir du jour où la France reprenant, sans le savoir et sans le vouloir, l'œuvre des croisades, s'empara d'Alger (1830) et fut forcée, pour sauver l'honneur, de le garder, de s'y fortifier et de s'étendre toujours davantage, jusque aujourd'hui.
Aujourd'hui donc, grâce au zèle et à l'activité du grand cardinal Lavigerie, le siège de Carthage, fondé au Ier siècle de l'ère chrétienne, a été rétabli par une bulle de Léon XIII, en date du 10 novembre 1884. L'archevêque porte le titre honorifique de primat d'Afrique et réside à Tunis. D'un autre côté, la province ecclésiastique d'Algérie comprend l'archevêché d'Alger (évêché fondé au XIe siècle, rétabli en 1838, érigé en archevêché en 1866), et les deux évêchés de Constantine et d'Oran, établis en 1866.
A l'est des possessions françaises, la régence de Tripoli, dépendant de l'empire turc, forme une préfecture apostolique, confiée aux frères mineurs italiens; à l'ouest, le Maroc, également préfecture, est évangélisé par les franciscains de Compostelle. Seule, la place espagnole de Coûta, en face de Gibraltar, a été réunie à l'évèché de Cadix.
IV. Lk reste de l'Afrique jusqu'à la première moitié Du xi.v SIÈCLE. — Le reste de l'Afrique était tombé, en la première moitié de ce siècle, dans le même étal de langueur et d'abandon. C'est que le Portugal qui, le premier, avait parcouru ces côtes, à l'ouest et à l'est, s'en était réservé l'évangélisation exclusive et que, en effet, après avoir organisé des missions en Guinée, au Bénin, au Congo, dans l'Angola, au Mozambique, etc., tout fut supprimé- par la politique aussi inepte que sectaire du marquis de Pombal, en 1759, et de ses
imitateurs de 1834. Hélas! en désorganisant les ordres religieux qui se livraient à l'apostolat et en ne permettant à personne autre de les remplacer, le Portugal a, du même coup, ruiné sa puissance coloniale et perdu son importance politique. La France d'alors n'avait pas d'ailleurs fait mieux dans celles des possessions africaines qui lui appartenaient, et, pour compléter le tout, la Hollande et l'Angleterre, dans leur fanatisme protestant, avaient achevé sur ces côtes ce que la Révolution avait épargné.
Au Sénégal cependant, l'évangélisation avait été entreprise par deux prêtres de l'ancienne congrégation du Saint-Esprit, MM. Bertout et de Glicourt, qui en se rendant à la Guyane, firent naufrage au cap Blanc, furent retenus en esclavage par les Maures et parvinrent enfin à fonder la préfecture apostolique, en 1779.
Quelque prêtres de San-Iago du Cap-Vert passaient de temps à autre sur la côte et visitaient les comptoirs de la Guinée portugaise: on en trouvait aussi parfois aux îles de Sâo-Thomé et du Prince, qui forment un évêché dépendant de la métropole de Lisbonne; mais, en fait, il n'y avait plus, sur toute la côte occidentale, en 1845, que 1'évèché de Saint-Paul de Loanda, avec 8 à 10 prêtres, 36 paroisses et 700000 catholiques, dit une statistique, mais qui n'avaient et n'ont encore de « catholique » que le nom.
Au Cap, un vicariat apostolique, établi en 1837, embrassait toute l'Afrique méridionale.
Sur la côte occidentale, le Mozambique avait été érigé, par une bulle de 1612 du pape Paul V, en prélature nullius relevant directement du Saint-Siège et comprenant sous sa juridiction tout le pays situé entre le cap de Bonne-Espérance et le cap Guardafui. Mais là, comme sur l'autre côte, à la prospérité avait succédé l'irrémédiable décadence. Par les soins de Pombal et de ses successeurs, les jésuites, les dominicains et les capucins avaient été remplacés par des déportés de droit commun et le silence s'était fait sur ces pays abandonnés.
V. Beprise des missions d'Afrique. — Cependant, la providence préparait une ère nouvelle pour le grand continent noir: en même temps que les puissances d'Europe allaient se le.partager, il fallait que de nouveaux apôtres surgissent pour les précéder ou pour les suivre. Ce mouvement,qui allait marquer la fin du XIXe siècle, fut des plus modestes à son origine et partit du séminaire de Saint- Sulpice, à Paris. Il y avait alors en cette maison deux jeunes créoles, MM. Frédéric Le Vavasseur, originaire de l'ile Bourbon, et Tisserand, d'Haïti. Ayant vu de près le lamentable abandon dans lequel vivait la race noire, ils firent part de cette situation à un de leurs aines, M. Libermann, né à Saverne en 1803, et récemment converti du judaïsme à la foi chrétienne. Peu après, une nouvelle congrégation se fondait (1841) : la soeit Hé du Saint-Cœur de Marie, qui, réunie plus tard à celle du Saint-Esprit (1848), a depuis porté ce double titre. Le premier soin du fondateur, mort en 1852 et depuis déclaré vénérable, fut d'ëvangéliser les noirs des colonies, alors encore soumis à l'esclavage, et de les préparer doucement à la liberté : l'apostolat du P. Laval à lile Maurice est resté particulièrement célèbre. Plus lard, par les soins du P. Libermann, les colonies françaises (la Réunion, la Martinique, la Guadeloupe) furent érigées en diocèses, et la nouvelle société lit son entrée sur la terre africaine.
Excité par l'activité des protestants d'Amérique, qui venaient de fonder Libéria, Ma1 England, évêque de Charlestown, avait appelé, dès 1833, l'attention de la Propagande sur cet état de choses et le concile de Baltimore avait appuyé sa démarche. Sept ans après, un vicaire général, M. Barron, visita lui-même la côte d'Afrique et fut nommé, à son retour, vicaire apostolique des Deux-Guinées. Mais où trouver des missionnaires?
de Théologie
Letouzey et Ane.. Paris.