AGATHON (LETTRES DOGMATIQUES DE SAINT
mentia, quoniam Dominus et Salvator omnium, cujus fides est, qui fidem Petri non defecturam promisit, confirmare eum fratres suos admonuit; quod apostolicos pontifices, mese exiguitatis praedecessores, confidenter fecisse semper, cunetis est cognitum... Vae mihi erit, si veritatem Domini mei, quam illi sincérité!- prœdicarunt, praedicare neglexero. Vas mihi erit, si silentio texero veritatem quam erogare nummulariis jussus sum, id est, christianum populum imbuere et docere...
Unde et apostolicoe memoriuî meae parvitatis prœdecessores, dominicis doctrinis instructi, ex quo novitatem hoereticam in Christi immaculatam Ecclesiam Constantinopolitanœ ecclesia; proesules introducere conabantur, nunquam neglexerunt eos hortari, atque obsecrando commonere ut a pravi dogmalis haeretico errore, saltem tacendo désistèrent, ne ex hoc exordium dissidii in unitate Ecclesiae facerent, unam voluntatem, unamque operationem duarum naturarum asserentes in uno Domino nostro Jesu Christo.
Hardouin, Acta conciliorum, t. m, col. 1079-1083.
Sauveur, lorsqu'il a parlé ainsi dans les saints Évangiles, au chef de ses disciples : Pierre, Pierre, dit-il, voici que Satan a demandé à vous passer tou* au crible comme le froment; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Et toi, à ton tour, confirme tes frères. Considérez donc, prince très clément, que le Seigneur et Sauveur de tous, de qui vient la foi, ayant promis que la foi de Pierre ne défaudrait pas, l'a averti de confirmer ses frères.
Aussi bien, chacun le sait, les pontifes apostoliques prédécesseurs de mon infirmité, n'ont-ils jamais manqué à ce devoir...
Malheur donc à moi, si je néglige de prêcher la vérité de mon Seigneur, qu'ils ont, eux, prêchée intacte ! Malheur à moi si j'ensevelis dans le silence le trésor que j'ai reçu mission de distribuer à ceux qui le feront fructifier , je veux dire cette vérité que par mes enseignements je dois faire profondément pénétrer dans les âmes des chrétiens... Et c'est pour cela que dès les premiers essais tentés par les patriarches de Constantinople pour introduire dans l'Église immaculée du Christ des nouveautés hérétiques, mes prédécesseurs, d'apostolique mémoire, forts des enseignements du Seigneur lui-même , n'épargnèrent auprès d'eux ni les exhortations, ni les avertissements, ni les prières pour les amener à renoncer à leur doctrine hérétique, ou du moins à garder le silence. Ils espéraient par ce moyen étouffer le germe des divisions dont ces patriarches menaçaient l'Église en n'admettant qu'une seule volonté et une seule opération pour les deux natures dans la personne unique de X' :tre-Seigneur Jésus- Christ.
II. Lettre conciliaire de saint Agathon et des cent vingt-cinq évêques. Extrait sur les deux volontés en
Jésus-Christ.
Hœc est perfecta nostra scientia, ut terminos catholiese atque apostolicœ fidei, quos usque adhuc apostolica sedes nobiscum et tenet et tradit, tota mentis custodia conseivemus...
Unum quippe eumdemque Dominum nostrum Jesum CbristumFiliumDei unigenitum, ex duabus et in duabussubstantiis inconfuse, incommutabiliter, indivise, inseparabiliter subsistere cognoscimus; nusquam sublata difTerentia naturarum propter unitioncm, sed potius salva proprietate utriusque naturœ, et in unam personam, unamque subsistentiam concurrente : non in dualitatem personarum dispertitum vel diversum, neque in unam compositam naturam confusum :
sed unum eumdemque Filium unigenitum, Deum Verbum Dominum nostrum Jesum Clin-
La perfection de notre science consiste, selon nous, à conserver avec un soin jaloux les définitions de la foi catholique et apostolique telle que jusqu'à ce jour le siège apostolique l'a gardée et enseignée avec nous.
Nous reconnaissons donc que NotrcSeigr.eur Jésus-Christ fils unique de Dieu, un en personne, subsiste sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation, dans les deux natures dont il est formé.
Chez lui, l'union des natures ne supprime pas leur différence, mais toutes deux, entrant ensemble dans l'unité de subsistance et de personne, conservent leur intégrité. Ni il n'est divisé ou séparé en deux personnes, ni il n'est formé d'une nature composée, mais il est à la fois le Fils unique de Dieu, le Dieu Verbe et Notre-Sei-
stum : neque alium in alio, neque alium et alium, sed eumdem ipsum in duabus naturis, id est, in deitate et humanitate, et post subsistentialem adunationem cognoscimus : quia neque Verbum in carnis naturam conversum est, neque caro in Verbi naturam transformata est : permansit enim utrumque, quod naturaliter erat : differentiam quippe adunatarum in eo naturarum sola contemplatione discernimus, ex quibus inconfuse, inseparabiliter, et incommutabiliter est compositus. Unus enim ex utrisque, et per unum utraque : quia simul sunt et altitudo deitatis, et humilitas carnis : servante utraque natura etiam post adunationem sine defectu proprietatem suam, et opérante utraque forma cum alterius communione quod proprium habet : Verbo opérante quod Verbi est, et carne exsequente quod carnis est : quorum unum coruscat miraculis, aliud succumbit injuriis. Unde eonsequenter, sicut duas naturas sive substantias, id est, deitatem et humanitatem inconfuse, indivise, incommutabiliter, eum habere veraciter confitemur : ita quoque et duas naturales voluntates et duas naturales operationes habere, utpote perfectum Deum et perfectum hominem, unum eumdemque ipsum Dominum Jesum Christum pietatis nos régula instruit : quia hoc nos apostolica atque evangelica traditio , sanctorumque patrum magisterium, quos sancta apostolica atque catholicaEcclesia, et venerabiles synodi suscipiunt, instituisse monstratur.
Hardouin, t. m, col. 1119-1122.
gneur Jésus-Christ. Il n'est pas une personne dans une autre personne, ni deux personnes juxtaposées; il est un dans ses deux natures, c'est-àdire dans la divinité et dans l'humanité, et cela après leur union substantielle. Telle est notre foi. Ni, en effet, le Verbe ne s'est changé en la nature de la chair, ni la chair ne s'est transformée en la nature du Verbe ; l'une et l'autre est restée ce qu'elle était, mais l'union est si étroite, que c'est par la seule opération de notre esprit que nous apercevons la dualité des natures dont il est formé sans confusion, sans séparation, sans changement. Un seul Christ formé des deux natures, et les contenant toutes deux dans son unité : en lui se trouvent ensemble et la gloire de la divinité, et l'humilité de la chair : en lui chacune des deux natures garde, même après l'union, toute son intégrité, chacune accomplit, dans l'union de l'autre, les actes qui lui sont propres, le Verbe opère ce qui est du Verbe, la chance qui est de la chair, et l'un fait éclater les miracles alors que l'autre succombe sous les coups. Aussi, de même que nous reconnaissons unies réellement en lui sans confusion, sans division, sans changement les deux natures ou substances, c'est-à-dire la divinité et l'humanité ; ainsi devons-nous pour être dociles à l'enseignement de notre foi proclamer dans la seule et même personne de Notre -Seigneur Jésus-Christ, Dieu parfait et homme parfait, deux volontés naturelles et deux opérations naturelles, car tel est constamment l'enseignement de la tradition évangélique et apostolique, et des saints Pères, recueilli par l'Église apostolique et catholique et proposé par les saints conciles.
Les Pères du sixième concile, au reçu de ces lettres, déclarèrent que Pierre avait parlé par Agathon, ils les admirent comme règle de la foi, et dans la huitième session chaque évêque dut déclarer qu'il y adhérait. Depuis lors elles ont toujours joui d'une égale autorité tant en Orient qu'en Occident, et on peut, sans exagération, dire qu'elles ont porté le coup de la mort au monothélisme, la seule des grandes hérésies orientales qui n'ait pas laissé de traces jusqu'à nos jours.
Les grecs voulurent, au concile de Florence, se servir des lettres dogmatiques de saint Agathon pour établir l'illégitimité du Filioque, qui ne se trouve point au symbole inséré dans la deuxième lettre; mais les latins répondirent victorieusement à tous leurs arguments. Néanmoins, c'est bien à tort, et bieï- inutilement que Pighius et après lui Baronius, Bini et d'autres, s'appuyant sur une réflexion que le cardinal Julien aurait faite à ce même concile, ont prétendu que le Filioque primitivement inséré dans le symbole de cette deuxième lettre en avait disparu par la fraude des grecs. Il n'en est rien, ces mots qui ne sont aucunement nécessaires à l'ortbodoxie de ce symbole ne s'y sont jamais trouvés, et de plus la remarque du cardinal Julien s'appliquait à un
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manuscrit non pas du VIe, mais du VIIe concile. Cf. Session vu, à Florence; Labbe, Concil., t. xn, col. 114.
Comme les actes du sixième concile dont elles font partie, les lettres de saint Agathon nous sont parvenues sous la triple forme d'un texte grec et de deux textes latins présentés par les éditeurs comme d'antiques versions et différant l'un de l'autre, quoique non essentiellement. Une étude attentive de ces trois textes permettra de reconnaître non pas la meilleure traduction, mais bien le texte original de saint Agathon dans l'antique version des actes du concile dite du temps de Sergius Ier et publiée pour la première fois en 1524 par Merlin au tome n de ses Conciles. C'est ce texte que nous avons suivi plus haut. Il a été reproduit avec des variantes plus ou moins nombreuses par tous les collecteurs des conciles. Voyez Labbe, t. vi, col. 630-709; Ha rdouin, t. m, col. 4074-1142; Mansi, t. xi, col. 231-315 et P. L., t. lxxxvii, col. 1161-1214, 1215-1218. Le texte grec a été donné pour la première fois en 1612 par l'édition romaine des conciles généraux, t. ni, p. 26-69. On le trouvera également aux endroits indiqués ci-dessus. Enfin, l'autre texte latin, qui est seulement une traduction de la version grecque, a été publié par Hardouin, t. m, col. 1485- 1514, et reproduit par Mansi, t. xi, col. 745- 776. Tous les auteurs qui ont traité de la condamnation d'Honorius et de l'histoire du sixième concile, troisième de Constantinople (voir Honorius, Constantinople), ont étudié les lettres de saint Agathon.
H. Quentin.
AGDE (Concile d'). Ce concile, Agathcnse concilium, se tint au mois de septembre 506 sous la présidence de saint Césaire d'Arles. Trente-cinq évèques y assistèrent. Les actes portent (au moins dans certains manuscrits), que ce fut avec la permission d'Alaric, roi des Visigoths. Les canons du concile d'Agde sont précieux pour nous faire connaître la discipline de l'Église des Gaules à cette époque. Ils sont au nombre de 71 ; les 47 premiers et le 71e se trouvent seuls dans les meilleurs manuscrits. Les autres ont donc été ajoutés postérieurement et sont empruntés pour la plupart au concile d'Epaone. A la suite de ces 71 canons, on en lit encore divers autres, attribués à tort au concile d'Adge, soit par Gratien, soit par Burchard, soit par quelques manuscrits. Les 48 canons authentiques du concile d'Agde ont d'ailleurs été aussi reproduits par Gratien dans son Décret. Ils se rapportent à l'irrégularité de bigamie (can. 1), aux fautes des clercs et aux peines à leur infliger (can. 2, 8, 39, 41), aux excommunications trop facilement portées par les évoques (can. 3 ), aux biens des églises (can. 4, 5, 6, 7, 22, 26, 33, 45), au célibat ecclésiastique et aux moyens de le garder (can. 9, 10, 11), à la consécration des autels (can. 14), à la pénitence (can. 15, 43, 44), à l'âge des ordinations (can. 16, 17), à l'obligation de communier à Noël, à Pâques et à la Pentecôte (can. 18), à l'âge où les religieuses pouvaient recevoir le voile (can. 19), aux oratoires établis en dehors des paroisses (can. 21), à la préférence qui doit être accordée aux clercs suivant leur âge (can. 23), aux maris qui abandonnent leurs femmes (can. 25), aux monastères et aux moines (can. 27, 28), aux affranchis (can. 29), à l'ordre de l'office divin (can. 30), aux ennemis qui refusent de se réconcilier (can. 31), aux causes des clercs portées devant les tribunaux civils (can. 32), au catéchuménat à imposer aux juifs (can. 31), à la convocation des conciles (can. 35), aux honoraires des clercs (can. 36), aux homicides et aux faux témoins (can. 37), aux clercs et aux moines vagabonds (can. 38), aux rapports avec les juifs (can. 40), à la divination (can. 42), aux fugitifs (can. 16), à l'obligation d'assister â la messe jusqu'à la fin (can. 17), à la tenue annuelle du synode (can. 71).
Mansi, Concil, t. vm, col. 319-34C ; Hefele, Histoire il, s conciles, trad. I.eclercq, Paris, 1909. S 222, t. n, p. 073-1(p02; Diction, d'archéol. chrél., t. i, col. 8T1-S77. A. Vacant.
AGE. Voir Enfants, Ordination, Jeûne.
AGE DE L'HUMANITÉ. Voir Homme.
AGE DU MONDE. Voir Hexaméron, Création, Genèse.
AGELIUS Louis, frère mineur qui vivait dans la seconde moitié du xvme siècle, composa un recueil de cas de conscience sous ce titre : ResohUiones qusestionum moralium, Trente, 1776.
Hurter, Nomenclator literarius, t. m, col. 213.
Edouard d'Alençon.
AGGEE. Après une étude générale sur le livre d'Aggée, nous consacrerons un article spécial à la prophétie du chapitre n, 7-10.
I. AGGÉE (Le livre d'). — I. Aggée et sa mission. IL Sa prophétie. III. Commentaires.
I. Aggée et sa mission. — Aggée (hébreu : IJaggai; Septante : 'Ayi-aïoç ; Vulgate : Aggœus), dont le nom pourrait se traduire en latin par festivus ou mieux peut-être par peregrinus, est l'un des douze petits prophètes. On ne sait avec certitude que peu de chose sur l'histoire de sa vie. D'après les uns, il serait né en Judée, avant l'exil, et aurait vu de ses yeux le temple de Salomon; d'après les autres il naquit un peu plus tard en Chaldée, d'où il vint à Jérusalem en compagnie de Zorobabel. Des auteurs pensent savoir qu'Aggée fit partie de la grande synagogue, qu'il mourut à un âge fort avancé, après l'achèvement du second Temple. On l'aurait enseveli avec beaucoup d'honneur dans l'endroit réservé à la sépulture des prêtres. Toutes ces conjectures reposent uniquement sur des traditions dont la valeur est contestable.
Ce que le texte biblique nous apprend de certain, c'est qu'Aggée prophétisa à Jérusalem et que les oracles, dont se compose son livre, ont eu lieu dans un espace de quatre mois environ. Voici dans quelles circonstances. Seize ans s'étaient écoulés depuis le retour de l'exil et c'est à peine si les Juifs revenus de Babylone avaient relevé l'autel des holocaustes et jeté les fondations du nouveau Temple. Les tracasseries des Samaritains n'étaient pas la seule cause de cette lenteur; il y avait encore de l'indifférence religieuse. Les choses en étaient là quand, la seconde année de Darius, fils d'Hystaspe (520), les prophètes Aggée et Zacharie se levèrent pour faire entendre à Zorobabel, au grand prêtre Josué et au peuple des paroles de reproche et d'encouragement. I Esdr., iv, 24-v, 3. La reconstruction du Temple : tel fut l'objet de la mission d'Aggée.
Cette mission avait une portée considérable. Le Temple était pour les Juifs, surtout après l'exil, le centre de la vie religieuse et nationale. Tant qu'il n'était pas rebâti, on ne pouvait pas songer sérieusement à reconstituer le culte et la cité. Le véritable caractère, comme aussi l'avenir de la restauration entreprise par Zorobabel, dépendait donc du zèle et de la célérité que le peuple mettrait à relever de ses ruines le seul édifice où il fût permis de sacrifier à Jéhovah.
IL Prophétie d'Aggée. — La prophétie d'Aggée se divise tout naturellement en quatre oracles distincts, prononcés à des époques liés rapprochées les unes des autres.
I" La seconde année de Darius, le premier jour du sixième mois (Elûl = août-septembre), Aggée adjure publiquement Zorobabel el Josué de ne pas tarder davantage à poursuivre avec diligence le relèvement du Temple. Qu'on ne prétexte pas le manque de ressources, car elles ne font jamais défaut quand il s'agii d'élever des maisons lambrissées. Seul, le sanctuaire de Dieu resterai! en ruines? La sécheresse et la disette sont un juste châtiment de l'indifférence du peuple. Le vingt-
quatrième jour du même mois, on se met à l'œuvre sous la direction de Zorobabel, i, 1 ; n, 2.
2° Le vingt-et-unième jour du septième mois (Tisri = septembre-octobre), le septième jour de la solennité des Tabernacles, nouvel oracle; ce sont des paroles d'encouragement, spécialement à l'adresse de ceux qui, ayant vu le Temple de Salomon, ne peuvent aujourd'hui considérer, sans pleurer, les chétives dimensions de celui qu'on rebâtit. Qu'ils sachent que la gloire future du Temple sera bien supérieure à celle d'autrefois. Le nouveau sanctuaire ne disparaîtra pas avant d'avoir vu se réaliser la promesse messianique; de tous les points du monde les peuples y apporteront un jour le tribut de leurs présents, n, 2-11.
3° Le vingt-quatrième jour du neuvième mois (Kislev = novembre-décembre), le prophète pose aux prêtres deux questions sur la pureté et l'impureté légales, pour avoir l'occasion d'avertir le peuple qu'aussi longtemps que le Temple ne sera pas rebâti, Dieu les traitera comme des gens impurs. Qu'on se rappelle les fléaux dont récemment encore ont souffert les fruits de la terre. Le jour est proche où Dieu va répandre ses bénédictions, n, 11-21.
4° Le même jour, Dieu déclare solennellement qu'au temps où, faisant justice du monde entier, il renversera les trônes et brisera la force des puissants, cf. il, 7, 8, ses regards s'arrêteront avec complaisance sur Zorobabel, dont il prendra soin comme un maître fait de son propre sceau, n, 21-24. Ce dernier trait est à rapprocher de I Par., m, 17, et ,1er., xxii, 24.
S;ms avoir l'éclat d'Isaïe, l'énergie d'Amos et de Joël, le style d'Aggée ne manque pas de pureté, ni même d'une certaine élégance. Sa prose est coupée par endroits de ce parallélisme rythmique un peu lâche, dont les prophètes aiment à se servir. Quelques répétitions, comme celle-ci : ponite corda vestra super vias vestras, I, 5, 7; il, 16, 19, trahissent une langue assez pauvre, si toutefois elles ne sont pas l'effet de l'artifice oratoire. Mais il ne faut pas s'exagérer la portée de cette appréciation littéraire, faite sur un morceau de si peu d'étendue.
Inutile de s'attarder à établir l'authenticité et la canonicité de la prophétie d'Aggée, qui n'ont jamais été sérieusement contestées. On en trouve d'ailleurs des témoignages explicites dans la Bible elle-même. I Esdr., t, 1; vi, 14; Eccli., xlix, 13; cf. Agg\, n, 24; Hebr., xn, 26; cf. Agg., n, 7. Le texte et les versions n'appellent aucune remarque spéciale.
III. Commentaires. — S. Jérôme, P. L., t. xxv, col. 1387-1416; Théodore de Mopsueste, P. G., t. lxvi, col. 474-494; Théodoret de Cyr,P. G., t. lxxxi, col. 1860- 1874; S. Cyrille d'Alexandrie, P. G., t. lxxi, col. 1021- 1063; Haymon d'Alberstadt, P. L., t. cxvii, col. 211-221 ; Rupert, P. L., t. clxviii, col. 683-700; Albert le Grand. Tous les scolastiques de la renaissance qui ont donné un commentaire continu des petits prophètes. Ribera, S. J. (f 1591), et Sanctius, S. J. (f 1628), méritent une mention spéciale. Ils avaient été précédés d'Eckius, Comment, super Haggœum prophet., Sehgensladt, 1538; L. Reinke, Der prophet Haggai, in-8°, Munster, 1868; Knabenbauer, In proph. min., t. n, p. 174-210 (1880); Trochon, Les petits Prophètes, p. 373-391 (1895); Yan Hoonacker, Les douze petits prophètes, 1908, p. 538-576. Rosenmùller, Schol. in V. T., t. vu, p. 92, énumère les •commentaires protestants parus de 1550 à 1822. Il convient d'y joindre Ivohler, Die Weissagung Haggaïs, \ Erlangen, 1860; Pusey, Comment, on the minor Prophets, Oxford, 1889, in-4°; Perowne, Haggai and Zechariah, in-12, 1888; Tony André, Le prophète Aggée, 1895.
A. Durand.
II. AGGÉE, II, 7-10. A s'en tenir aux termes de la Vulgate, une des dernières prophéties messianiques se lit dans Aggée, n, 7-10. Le passage entier, qu'on intitule d'ordinaire la gloire du second Temple, se résume assez
bien dans l'incise du verset 8* : Et veniet desideratas cunclis goilibus. Ce « Désiré de toutes les nations » serait le Messie. C'est là une traduction et un commentaire que des exégètes, même catholiques, contestent aujourd'hui. Voyons ce qu'il en est. La marche de cette étude est toute naturelle : I. Critique des versions et du texte. IL Exégèse du passage. III. Conclusion.
I. Critique des versions et du texte. — 1° La Vulgate actuelle, c'est-à-dire la version hiéronymienne porte, sans variante de quelque importance :
7. Quia hsec dicit Dominas exercituum : Adhuc unum modicum est, et ego commovebo csduni, et terra»), et mare, et aridam.
8. El movebo omnes gentes : et veniet desideratds cunctis gentibvs : et implebo domum islam gloria, dicit Dominus exercituum.
9. Meum est argentum, et meum est aurum, dicit Dominus exercituum.
10. Magna erit gloria dom.ua istius novissimœ plus quam primai, dicit Dominus exercituum : et in loco islo dabopacem, dicit Dominus exercituum.
2° Jusqu'à la fin du ive siècle, les Pères latins ont lu dans Vantique Vulgate latine ou version préhiéronymienne, vulgairement appelée ilala, une variante considérable, puisqu'elle concerne précisément le verset 8e, qui semble décisif. Au lieu de veniet desideratus cunctis gentibus, saint Ambroise, Epist., xxx, 12, P. L., t. xvi, col. 1064 : ut introirent electa genlium; saint Augustin, De civ. Dei, xvm, 45, 48, P. L., t. xr.i, col. 606, 611; Ad Donat. p>ost collai., P. L., t. xliii, col. 671 : renient quse electa sunt Domini de cunclis gentibus. Cette dernière leçon se rencontre encore dans saint Jérôme, qui la donne comme étant celle des Septante, in h. L, P. L.,i. xxv, col. 1402. Aussi bien dom Sabatier, Bibl. s. version, ant. lat., in h. L, rétablit-il comme il suit la version latine primitive : et venient omnia electa gentium. Peut-être eût-il mieux fait d'écrire : et venient electa omnium gentium. Quoi qu'il en soit, il a fort justement omis le mot Domini lu par saint Jérôme et saint Augustin; c'est manifestement une glose latine, répudiée par le texte et les autres versions.
3° Nous ne citons des Septante que le passage utile : "Eti anaÇ iyio aeiaco tôv ouf,avbv xai tyjv y^iv y-°" TV 6â),a<raav xa\ tïiv ijïjpâv, xa\ <rjvo-£Î<Ta> îiâvra Ta s6vy|, x«\ v^Çei ta èxÀExrà 7tâvTuv ràiv èôvùv... c'est-à-dire et venient optima omnium gentium, ou encore : optimse inter omnes gentes. La leçon grecque se présente uniformément dans tous les textes et les œuvres des Pères.
4° Version syriaque : « Encore un temps, hedd zeban, j'ébranlerai le ciel et la terre et le continent; et j'ébranlerai toutes les nations et elles apporteront le désir, regtà, de tous les peuples, et je remplirai cette maison de gloire, dit le Seigneur tout-puissant. » — La paraphrase chaldéenne traduit exactement de la même manière, excepté qu'au verset 8b elle porte : et venient desiderium omnium gentium. D'après Galatin, Opus de arcan. cathol. veril., p. 211, Rabbi Akiba (ne siècle) traduisait : et adducam desiderium omnium genlium,
5° Version arabe : et venient selectissima quœque omnium gentium.
6° Texte hébreu massore'tique.
Car ainsi parle Jéhovah Sabaoth : Encore une fois —[ce sera
[bientôt,] Et moi j'ébranlerai les cieux et la terre, et la mer, et le con- Et j'ébranlerai tous les peuples, [tinentjl
Et viendront les trésors de toutes les nations ; Et je remplirai cette maison de gloire :
dit Jéhovah Sabaoth !
A moi l'argent et à moi l'or :
oracle de Jéhovah Sabaoth !
Plus grande sera la dernière gloire de cette maison que la
dit Jéhovah Sabaoth ! [première :]
Et en ce lieu-ci je donnerai la paix :
oracle de Jéhovah Sabaoth !