AGNOSTICISME — AGNUS DEI
Nysse, Cont. Eunomium, L XII, P. G., t. xlv; S. Basile, Conlr. Eunomium, 1. I, P. G., t. xxix.
/;. théologiexs. — 1° Théologiens anciens : P. Lombard, Sent,, 1. I, disp. XXII, P. L., t. cxci, et généralement ses commentateurs en cet endroit, en particulier saint Thomas, Parme, 1851, q. i, a. 1, 2; Durand de Saint -Pourcain, q. I, Paris, 1508; Scot, q. i, ri, Paris, 1894; S. Thomas d'Aquin, Opéra omnia, Parme, 1852 : Sum. theol., I", q. XIII, t. i; Contra gentes, 1. I, c. xxiv sq., t. vm; Quœst. disp., de potentia, q. vu, a. 7-9, t. vm; Opusc. lxiii, Super Boethium de Trinitute, q. vi, a. 3, 4, t. xvu; les Commentateurs de la Somme théologique (à la q. XIII ; voir aussi les commentaires de la q. XII, a. 1), spécialement Cajetan, Commentaria, Venise, 1596; Banez, Scolastica commentaria in I" partem, Salamanque, 1584; Molina, Comment, in I" partem, Cuença, 1592; Valentia, Comment, théologien, Ingolstadt, 1591 ; Tanner, Disput. theol. in omnes partes Sunimœ theologicx, Ingolstadt, 1618; Vasquez, Opéra, Lyon, 1631, t. i; Suarez, Opéra, Venise, 1740, t. i; Billuart, Cursus theologim, Wurzbourg, 1758, diss. IV, a. 12.
2* Théologiens modernes : Petau, Theologica dogmata, Paris, 1644; De Deo, 1. I, c. v-xra; 1. VII, c. i-iv; Thomassin, Dogmata theologica, Paris, 1680, De Deo, 1. IV c. vi sq.
3° Théologiens contemporains : Franzelin, De Deo uno, 2" édit., Borne, 1876, sect. n ; Stentrup, Prxlect. dogmaticx, De Deo uno, Inspruck, 1879, th. ix, x, xi; Kleutgen, Institut, theologix, Batisbonne, 1881, t. i, 1. I, q. n; L. Billot, De Deo uno et trino, Borne, 1894, t. i, 1. I, c. m ; L. de San, De Deo uno, Louvain, 1894, 1. 1, part. I, ci; Kleutgen, Philosophie scolastique, trad. Sierp, Paris, 1870; Scheeben, Dogmatique, t. n, trad. Belet, Paris, 1880; M" d'Hulst, Mélanges philosophiques, Paris, 1892; Dict. apologétique de la foi, 1909, t. I, col. 1-76.
A. de la Barre.
AGNUS DEI. - I. Description. II. Origine. III. Histoire. IV. Bénédiction et consécration. V. Distribution. VI. Symbolisme. VII. Vertu et efficacité. VIII. Usage et emploi. IX. Agnus contenant des reliques des saints.
Les Agnus Dei sont des objets de dévotion, bénits et consacrés par le pape et devenus par cette bénédiction un des sacramentaux que l'Église reconnaît et autorise.
I. Description. — Dans la forme qu'il a depuis trois cents ans au moins
l' Agnus Dei est un médaillon ovale de cire blanche, portant d'un côté l'empreinte de l'agneau pascal , couché sur le livre apocalyptique aux sept sceaux, nimbé du nimbe crucifère et tenant l'étendard de la résurrection , et de l'autre, celle d'un ou de plusieurs saints.
Les paroles du précurseur : Ecce Agnus Dei qui tollit peccata mundi, plus ou moins abrégées suivant l'es- 13. — Agnus Dei bénit par Alexandre pace disponible, for- (1662). Il est reproduit avec
ment légende autour
de l'agneau. Au-dessous, on inscrit le nom du pape consécrateur, l'année de la consécration ou celle du pontificat. Quelquefois, on y ajoute les armoiries du souverain pontife. Des légendes latines accompagnent aussi les images des saints, reproduites au revers. Il y a des Agnus de plusieurs grandeurs : les plus petits n'ont que trois centimètres et ressemblent à des médailles; les plus grands mesurent vingt centimètres de hauteur et dix de largeur (fig. 13).
II. Origine. — L'antiquité des Agnus est incontestable; mais la date précise de leur origine ne peut être déterminée avec certitude. Quelques écrivains, sur la foi d'Anastase le bibliothécaire, l'ont reportée au Ve siècle et attribuée au pape Zosime, 417-418. La première édition du Liber pontifical) s, restituée par M. Duchesne, t. I, p. 87, parle d'un décret porté par ce pape, ut cera bene-
dicatur. La seconde, t. i, p. 225, modifie le texte primitif et remplace la bénédiction de la cire par celle du cierge pascal. Mais au jugement du savant éditeur, ibid., inlrod., p. cxxxm, aucune décrétale connue ne reproduit le décret attribué à Zosime sur le cierge pascal, et la première édition remonte la bénédiction de la cire, destinée à faire des Agnus Dei, à une antiquité beaucoup trop haute. D'autres, comme Mabillon, De liturgia gallicana, n, 41, P. L., t. lxxii, col. 197-198, l'ont rattachée à la bénédiction du cierge pascal, dont les fragments servaient à conjurer les orages et les incursions des ennemis. Mais il n'y eut à l'origine aucun rapport entre les deux bénédictions, puisque la consécration des Agnus Dei a précédé à Rome la bénédiction du cierge pascal. Ménard, Notée et observationes in S. Gregorii magni librum Sacramentorum, P. L., t. lxxviii, col. 338; Duchesne, Origines du culte chrétien, Paris, 1889, p. 241. Benoit XIV, De serv. Dei béatifie, iv, D> pars, 21, n. 12, Opéra, Venise, 1767, t. iv, p. 28i, prouvait l'antiquité des Agnus par la présence d'un de ces objets dans le sarcophage de l'impératrice Marie, fille de Stilicon et femme d'Honorius. Mais il a été démontré depuis que la bulle d'or qui était censée l'avoir contenu, était simplement une boite à parfum. Cf. La bolla di Maria moglie di Onorio imperatore che si conserva nel museo Trivulzio, Milan, 1819. Baronius, Annales eccl., an. 58, Rome, 1593, t. I, p. 551, a prétendu par simple analogie que les Agnus Dei, mis au cou des nouveaux baptisés, avaient remplacé les bulles d'or que portaient les jeunes Romains. Hospinien, De festis cliristianorum, Genève, 1674, p. 104, soutenait arbitrairement que les souverains pontifes ont emprunté ce rit aux païens et que les Agnus ont été substitués aux sigilla, statuettes en terre cuite, distribuées aux fêtes des Saturnales. Les Agnus sont certainement d'origine chrétienne et romaine; maie il n'en est parlé dans aucun
document authentique, antérieur au ixe siècle. Le sacramentaire grégorien ne les mentionne pas, et il en est question pour la première fois dans l'appendice de YOrdoRomanus I, appendice qui est du XIe siècle et qui a été publié par Mabillon, Muséum Italicum, Paris, 1689, t. Il, p. 31- 32, ou P.L.,t. lxxviii, col. 960-961. Amalaire de Metz, De ecclesiasticis of ficus, i, 17, P.
L., t. evi, col. 1033, s'est servi d'un libellus romanus, qui contenait la même cérémonie. Le traité De divinis officiis, 19, P. L., t. ci, col. 1215, attribué à Alcuin, signale le même rit, célébré en souvenir de l'agneau immaculé. III. Histoire. — La bénédiction des Agnus a subi, au cours des siècles, diverses modifications que nous allons relater sommairement. 1° Dans les premiers documents authentiques qui en parlent, elle avait lieu à Rome à la basilique de Latran, le samedi saint. L'archidiacre versait la cire fondue dans un grand bassin propre, y mêlait de l'huile, bénissait le mélange et le répandait dans des formes où la cire prenait, en se figeant, l'empreinte de l'agneau. Ces Agnus ainsi bénits étaient conservés jusqu'à l'octave de Pâques et distribués alors au peuple par l'archidiacre à la messe après la communion. Les fidèles les brûlaient et les réduisaient en fumée., quand ils couraient un danger quelconque. Le même rit se faisait
VII, la septième année de son pontificat les dimensions de l'original.
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dans les cités suburbaines. — 2° Nous constatons, au xne siècle, quelques changements. D'après VOrdo Romanus xr, n. 43 et 53, de Mabillon, Muséum Italie, t. il, p. 138, 144-145, ou P. L., t. lxxviii, col. 1041, 1047, la bénédiction était encore faite le samedi saint par l'archidiacre, aidé d'un acolyte, avec mélange d'huile et de chrême; mais la distribution se faisait le samedi de Quasimodo par le pape lui-même, pendant le chant de ï'Agnus Dei. L'auteur de cet Ordo, Benoît, chanoine de Saint- Pierre, donne trois raisons de cette distribution. La première est le souvenir figuratif de l'agneau pascal; la seconde, le baptême des néophytes qui déposent ce jourlà l'habit blanc; la troisième, la vertu préservatrice des Agnus Dei contre le démon et le tonnerre en faveur de quiconque les conservera dans sa maison et les portera sur soi. L'Ordo Romanus XII, n. 38; Mabillon, loc. cit., p. 202-203, ou P. L., t. lxxviii, col. 1091, fournit des détails nouveaux. Le cardinal Cencius, son auteur, nous apprend que les acolytes pontificaux fabriquaient les Agnus Dei auprès de l'autel de Saint-Pierre et qu'ils recevaient à cet effet dix livres de cire. A }a messe du samedi de Pâques, ils les présentaient au pape, qui les distribuait aux évêques, aux cardinaux, aux clercs et aux laïques. Ils en apportaient une corbeille pleine au souverain pontife pendant son repas, et une autre au camérier pour être distribuée aux familiers du pape. Guillaume Durand, Rationale div. offre, VI, 78, Lyon, 1551, p. 214 v°, nous fait connaître l'usage du xme siècle et il dit que la cire employée était, ou bien de la cire nouvelle qu'on bénissait, ou la cire du cierge pascal de l'année précédente. Il expose aussi le symbolisme de la cérémonie et indique les effets des Agnus qui, en vertu de leur consécration, préservent les fidèles de la foudre et de la tempête. Les mêmes rits de la confection et de la distribution des Agnus Dei, persévèrent au XIVe siècle, ainsi qu'il résulte de VOrdo Romanus XIV, n. 96, 97. Mabillon, op. cit., p. 375-376, ou P. L., t. lxxviii, col. 1221. Les cérémonies de la distribution y sont plus détaillées. Notons seulement que l'acolyte qui apportait les Agnus au palais apostolique, disait trois fois à haute voix et en s'inclinant : Domine, Domine, isti sunt agni novelli, qui annuntiaverunt alléluia, modo veniunt ad fontes, repleti suntclarilate, alléluia. L'Ordo Romanus X v,n. 88- 90, Mabillon, ibid., p. 508-510, ou P. L., t. lxxviii, col. 1334-1336, mentionne que la distribution des Agnus Dei n'a lieu que la première et la septième année de chaque pontificat et ensuite de sept en sept ans. La première fois, le pape est tenu de célébrer la messe; les autres fois, il peut simplement y assister. L'auteur, l'évêque Amélius, relate les circonstances historiques qui se sont présentées en 1350 sous Clément VI et plus tard sous Jean XXII, Benoit XII, Urbain V, Grégoire XI à Avignon et Urbain VI à Borne, en 1378. Cette dernière année, la bénédiction des Agnus avait été faite par l'évêque de Sinigaglia, sacriste. Il mêla de la cire pure et très blanche qui avait été placée sur l'autel de Saint-Pierre et qui lui était présentée par les clercs de la chambre apostolique, avec ce qui restait du saint chrême de l'année précédente et un pou de chrême nouveau. Il fit des Agnus qu'il bénit avec les prières de la bénédiction des cierges à la Chandeleur, en changeant les mots; enfin, il les immergea dans l'eau bénite. Il existe au musée chrétien du Vatican un Agnus Dei de Jean XXII. L'agneau y est représenté debout tenant l'étendard <lr la résurrection et versant son sang dans un calice. On lit en exergue : Agne Dei, miserere met, qui criminel tollis. Barbier de Montault, Œuvres complètes, t. il, Poitiers, 1889, p. 189, 221; Id., Un Agnus de Grégoire XI, découvert dans les fondations du château de Poitiers, Poitiers, 1886. — 3° Des abus s'introduisirent dans la confection des Agnus. On en fabriquait de faux qu'on mettait en vente. Le 7 décembre 1452, Nicolas V infligea pour ce fait des peinos très graves à Jean Urioch et à
Denis de Molinis. Pour arrêter la fabrication clandestine et la vente des Agnus Dei, Paul II publia, le 21 mars 1470, une bulle qui réservait au pape seul le droit de faire, de bénir et de consacrer ces objets, dont les fidèles se servent avec dévotion, dit-il, pourelïacer leurs péchés, s'exciter à louer Dieu, se préserver de l'incendie, du naufrage, de la foudre, de la grêle, des tempêtes, des attaques du démon, et pour procurer aux femmes enceintes une heureuse délivrance. Il défend en conséquence aux ecclésiastiques et aux laïques de fabriquer des Agnus et de les vendre ou échanger, en public ou en particulier, consacrés ou non, fussent-ils même enchâssés dans l'or, l'argent ou des boites précieuses. Des peines canoniques sont infligées aux contrevenants, et toutes les contrefaçons doivent être remises, dans les huit jours, à l'évêque de Lésina qui indemnisera par une quantité égale de cire ou quelque objet équivalent. Cf. Rullar. ampliss. collect., Borne, 1743, t. m, p. 130-131. Sixte IV renouvela les mêmes défenses l'année suivante. — 4° Le 25 mai 1572, Grégoire XIII décida qu'il fallait conserver aux Agnus Dei leur blancheur symbolique et traditionnelle et défendit sous peine d'excommunication, encourue ipso facto, de les peindre, dorer, couvrir de couleurs et de conserver ou mettre en vente ceux qui auraient été peints ou dorés. Cf. Magnum bullarium Romanum, Luxembourg, 1742, t. n, p. 389. Le cinquième concile provincial, tenu à Milan en 1579 par les soins de saint Charles, après avoir rappelé la constitution de Grégoire XIII, ajoute des règles fort sages pour déterminer l'usage et l'emploi des Agnus Dei. Si on les conserve chez soi, comme c'est la coutume, il convient que ce soit en un lieu décent; si on les porte sur soi, suspendus au cou, il faut les enfermer dans un reliquaire précieux ou convenable pour qu'ils ne soient pas souillés par contact. Les ornements qui les entourent ne doivent être ni profanes, ni inconvenants. Les fabricants de reliquaires ne peuvent les toucher en aucune manière et seul un clerc dans les ordres sacrés doit les enfermer dans les boîtes qui leur sont destinées. Ils ne peuvent y placer la plus petite parcelle de cire bénite pour les vendre plus cher; ils doivent seulement recevoir le juste prix de leur travail. Par respect, personne ne doit enchâsser un Agnus Dei dans un anneau, et ceux qui en portent quelques-uns doivent le faire avec religion. Il ne faut en jeter aucun dans les champs, ni en attacher ou suspendre aux arbres, mais il est permis par une ancienne coutume de les brûler et de les réduire en fumée dans les champs et les vignes pour éloigner un orage ou toute autre illusion diabolique. Cf. Acta Ecclesise Mcdiolanensis, Lyon, 1682, t. i, p. 176-177. — 5° Désirant que les choses saintes fussent traitées saintement, Clément VIII concéda aux feuillants du monastère de Sainte-Pudentienne et du prieuré de Saint-Bernard à Borne, le privilège de confectionner les Agnus Dei, et il fut satisfait du résultat obtenu. Paul V, après Léon XI, confirma à ces religieux ce privilège, le 28 mars 1608. Magnum bullarium Romanum, Luxembourg, 1742, t. m, p. 261-262. — 6» Le 10 février 1623 et le 30 novembre 1624, le cardinal-vicaire au nom du pape Urbain VIII, porta deux édits, interdisant sous peine d'amende et autres châtiments la contrefaçon, la peinture et la vente des Agnus Dei. Il voulait par là empêcher les choses saintes de tomber dans le discrédit et l'avilissement et arrêter le scandale public qui en résultait. Cf. Analecla juris pontifiai, 1865, col. 1509-1511. Le 14 octobre 1716, sous Clément XI, le vicariat pontifical renouvela ces défenses. On permit seulement aux marchands d'exposer et de vendre les reliquaires ou médaillons, dans lesquels on plaçait les Agnus, et d'y arranger ceux qui leur seraient portés par des particuliers. Magnum bullarium Romanum, Luxembourg, 1741, t. vin, p. 259-2(i0, ou Ferraris, Bibliotheca canouica, Venise, 1770, t. I, p. 51-55. Des édits analogues
AGNUS DEI
furent promulgués par ordre de Benoit XIV, le 26 janvier 1750 et le 8 novembre 1753, et par ordre de Pie VI, le 5 mars 1775. Cf. Analecta juris ponti/icii, 1865, col. 1513-1516. — 7° La coutume d'imprimer l'effigie des saints au revers des Agnus n'est pas ancienne. Selon Benoit XIV, De serv. Dei beat., IV, II* pars, 21, n. 12, Opéra, t. IV, p. 284, Clément XI ajouta les saints de l'Église grecque à ceux de l'Église latine. Innocent XIII s'abstint de représenter l'image des bienheureux, bien que ses prédécesseurs l'aient fait. Le choix des saints dépend de la dévotion du souverain pontife. Les feuillants ayant cessé d'exister à Rome, le privilège de confectionner les Agnus a été transmis aux religieux cisterciens de Sainte-Croix de Jérusalem.
IV. Bénédiction et consécration. — Après avoir été longtemps laissée à l'archidiacre, cette bénédiction a été réservée en 1470 au souverain pontife. Au xive siècle, la formule était la même, sauf quelques mots changés, que celle de la bénédiction des cierges à la Chandeleur. La prière était suivie d'une immersion dans l'eau bénite. Le cérémonial actuel a été définitivement fixé au xvie siècle. La bénédiction des Agnus se fait en deux formes différentes; elle est solennelle ou privée. La première a lieu au début de chaque pontificat, puis se renouvelle tous les sept ans. La seconde se fait au gré du pape et sans solennité, ordinairement aux époques de grande aflluence d'étrangers à Rome, à l'occasion, par exemple, du jubilé ou d'une canonisation. La provision à' Agnus étant épuisée, le souverain pontife peut satisfaire à la dévotion des fidèles par la distribution de ceux qu'il bénit en particulier. Ainsi agirent Léon XII en 1823, Grégoire XVI en 1832 et Pie IX en 1862. Baldassari, I Pontifici Agnus Dei dilucidati, 3e édit., Venise, 1714, p. 44-54, a longuement décrit le cérémonial usité pour la bénédiction solennelle, qui se fait le mercredi de Pâques et les deux jours suivants. Le rite principal consiste dans le bain d'eau bénite, à laquelle le pape a mêlé du baume et du saint chrême. On appelle métaphoriquement cette immersion baptême des Agnus. Les formules de prières sont imprimées dans Hospinien, De festis chrislianorum, Genève, 1674, p. 102-103, et dans les Analecta juris pontificii, 1865, col. 1489-1491. La bénédiction privée a été décrite par Moroni, qui en a été témoin. Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica, Venise, 1840, t. i, p. 130-131.
V. Distribution. — Les Agnus Dei ont toujours été distribués le samedi de Pâques, d'abord par l'archidiacre, guis, dès le xne siècle, par le pape lui-même. Les anciens Ordines romains indiquent les personnes à qui le pape en distribuait et le nombre qu'il donnait à chacun suivant sa dignité. Aujourd'hui, le garde-robe pontifical est chargé de préparer les paquets pour la distribution publique. Ces paquets ne sont pas égaux : les grands, destinés aux cardinaux, contiennent une centaine d' Agnus; les moindres en ont de soixante-dix à quarante. Cette distribution officielle se fait solennellement à ia messe après la communion. Le cérémonial n'en a pas varié depuis le xvie siècle. A. Patrizi, Sacrarum cseremoniarum liber, i, 6, Venise, 1516, p. 277. Les Agnus qui sont de reste sont divisés en deux parts. L'une est confiée au caudataire de Sa Sainteté et exclusivement réservée au pape, l'autre au sous-garde-robe, pour être distribuée aux fidèles qui en font la demande. A toutes les époques, les papes ont envoyé des Agnus aux rois et à de grands personnages en témoignage d'amitié. Plusieurs lettres pontificales, qui accompagnent ces envois, ont été conservées. Urbain V envoya, après 1366, à l'empereur de Constantinople, Jean Paléologue, qui était venu le visiter à Avignon, trois Agnus avec une pièce de onze vers latins qui énonçaient poétiquement les vertus que l'Église attribue à ces objets pieux. Le cardinal Jacques de Pavie adressa, au nom de Paul II, une lettre d'envoi à Elien Spinola. Henri II, roi de
DICT. DE TIIÉOL. CATHOL.
France, reçut des Agnus de la part de Jules III, et Janus Vitalis, poète de Palerme, célébra ce cadeau pontifical en élégants vers latins. Le 20 avril 1586, Sixte V envoya au doge de Venise, Pascal Cicogna, un bref qui est un véritable traité sur les Agnus. Le 4 janvier 1630, Urbain VIII écrivait à son neveu, Thaddée Barberini, qui avait donné à la reine de Hongrie un Agnus consacré par saint Pie V. Par une faveur spéciale, le pape accordait à cette princesse une indulgence plénière à gagner, à l'occasion de cet Agnus et moyennant des conditions déterminées, les dimanches et fêtes de précepte. Mgr le sous-garde-robe donne, sur simple présentation d'une demande apostillée, les Agnus, dont il a la garde et qu'il conserve dans son oratoire privé. La donation est entièrement gratuite. On y joint une feuille imprimée qui expose sommairement, en latin ou en italien, la nature et les vertus des Agnus. Nous connaissons une formule imprimée en 1662 par la chambre apostolique. Celle qu'on distribue aujourd'hui a été éditée pour la première fois en 1752 par ordre de Benoit XIV ; elle a probablement été composée par ce pape luimême. Elle reproduit des vers latins, attribués au jésuite André Frusio, sur les effets produits par les Agnus. Benedicti XIV Bullarium, Venise, 1768, t. m, p. 253-254. Cette formule est réimprimée par la chambre apostolique, chaque fois que des Agnus sont bénits par le pape. On en trouve la traduction française dans Béringer, Les indulgences, leur nature et leur usage, Paris, 1890, t. i, p. 416-418.
VI. Symbolisme. — D'après les documents précédemment mentionnés et d'après les prières mêmes de leur bénédiction, les Agnus Dei ont, dans la pensée et suivant la volonté de l'Église, une signification symbolique qui leur donne une importance spéciale. Tous les éléments dont ils se composent ont été choisis et déterminés à dessein en vue de représenter les mystères de l'agneau sans tache. La cire naturelle, produite par les abeilles, figure le corps, la chair, l'humanité du Sauveur. Elle doit être pure, blanche et vierge, afin de rappeler la conception immaculée de Jésus dans le sein de Marie, qui était vierge et mère tout ensemble. On y imprime la forme de l'agneau pour représenter à la fois l'agneau offert par Abel, le bélier substitué à Isaac, les agneaux immolés chaque jour en holocauste dans l'ancienne alliance, l'agneau pascal, qui étaient tous des figures de l'agneau de Dieu, occis pour le salut du genre humain. Aussi l'agneau, dont l'empreinte se voit sur la face principale des Agnus, est nimbé, parce qu'il est saint; son nimbe est en forme de croix, parce qu'il est l'Homme-Dieu crucifié; lui-même est vivant et debout, parce qu'il est l'agneau vainqueur, ou couché comme agneau du sacrifice, mais ressuscité et portant l'étendard de la victoire. Sous ses pieds, se trouve le livre fermé et scellé, dont lui seul peut ouvrir les sceaux. Les Agnus sont plongés dans l'eau bénite pour les purifier et en faire des choses saintes. Le baume et le saint chrême sont mêlés à cette eau pour signifier, le premier, le parfum des vertus dont Jésus-Christ a été le modèle accompli, et le second, la charité, et pour faire des Agnus des objets, non seulement bénits, mais consacrés. Cette immersion fait encore des Agnus le symbole des nouveaux baptisés, devenus, par la vertu du sacrement, blancs et sans tache comme des agneaux, vainqueurs aussi de la mort et du péché et pouvant chanter le joyeux alléluia de la résurrection. C'est pour cela que la consécration de ces Agnus a lieu d'ordinaire dans la semaine de Pâques et que leur distribution est faite au jour auquel les néophytes déposaient autrefois les habits blancs, symbole de l'innocence baptismale. Enfin, les Agnus Dei portent au revers l'image des saints, parce que les saints ont imité les exemples de l'agneau, qu'ils partagent son triomphe, forment sa cour au ciel et sont devenus nos modèles.
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VII. Vertus et efficacité. — Les Agnus Dei ne sont pas seulement des symboles religieux, ils ont reçu, de par leur consécration, une vertu particulière et peuvent produire en ceux qui s'en servent avec de bonnes dispositions, des effets salutaires de l'ordre spirituel et temporel. L'Église les a placés au nombre des sacramentaux. A ce titre, ils sont capables d'exciter dans les âmes de pieux sentiments qui augmentent la cbarilé et portent à devenir meilleur; d'ellacer ainsi les fautes vénielles et de remettre la peine temporelle des péchés déjà remis, enfin de fortifier le regret des péchés mortels et de développer le désir d'en faire pénitence. Leurs effets spéciaux qu'ils tiennent des prières de leur bénédiction et de l'intention formelle du pape qui les consacre, sont de mettre en fuite les démons, de délivrer de leurs tentations et de leurs illusions, de préserver de la mort subite et imprévue, de faire éviter les périls et les malheurs, de protéger dans les combats, de délivrer du poison, de garantir contre les maladies, notamment l'épilepsie, la peste et toutes les épidémies, de dissiper les orages et d'éloigner les tempêtes, particulièrement la grêle, d'écarter la foudre, d'éteindre l'incendie, de protéger contre les pluies torrentielles, les débordements et les inondations, enfin de conserver la mère et l'enfant pendant la grossesse et au moment de la délivrance, dont ils calment et abrègent les douleurs. Ces heureux effets ont été résumés en vers latins ou français à plusieurs reprises. Nous avons déjà signalé quelques pièces latines. Nicolas Turlot, Thrésor de la doctrine chrestienne, 5e édit., Paris, 1641, IIIe part., c. i, leçon Xe, p. 51, a cité de naïfs et gracieux vers français, dont il pourrait bien être l'auteur. La formule imprimée en 16G2 en reproduit d'autres, plus simples, qui sont la traduction libre des vers latins adressés par Urbain V à Jean Paléologue. Sixte V et Benoît XIV ont assuré que \es Agnus avaient opéré de vrais miracles. Plusieurs écrivains ont recueilli les récits de prodiges, dus à l'emploi de ces objets de piété. Castano, De maxinia supernalurali Agni Dei virtute, Venise, 1669; Jérôme Bertondelli, Miracoli operati dell' onnipotenza divina per mezzo degli Agnus Dei Papali benedetti dalla s. m. d'Innocenzo XI, in-12, Venise, 1691. Certains de ces miracles produits par l'application d'Agnus contenant des reliques de saint Gaétan ou consacrés par saint Pie V et le vénérable Innocent XI, ont soulevé dans les causes de béatification et de canonisation de ces saints personnages la difficulté suivante : A quoi faut-il attribuer le miracle? est-ce à la vertu de Y Agnus ou à l'intercession du saint? Benoit XIV, De servorum Dei beati/icatione et canonisatione sanctorum, iv, I» pars, 5, n. 9-15, Opéra, t. iv, p. 25-27, a résolu en ce sens cette question : Les Agnus, malgré leur puissante efficacité, ne peuvent pas produire de miracles proprement dits; ils obtiennent seulement des grâces spéciales, des faveurs extraordinaires, un secours particulièrement utile. Il n'appartient qu'aux saints de se signaler par de vrais miracles. Dans les cas discutés, les circonstances du miracle peuvent seules faire connaître s'il faut le rapporter à Y Agnus ou à une autre cause. Or dans les exemples cités, le miracle provient directement, non de YAgnus qui n'a joué qu'un rôle secondaire, mais de la présence des reliques de saint Gaétan ou de l'invocation spéciale de Pie V et d'Innocent XI, à l'occasion d'Agnus qu'ils avaient consacrés. Pour que le miracle fût produit par YAgnus, il faudrait que celui-ci fut seul employé, tandis qu'il a été constalé dans les exemples rapportés qu'une cause supérieure et déterminante s'est ajoutée à l'influence réelle du sacramental,
VIII. Usage et emploi. — Les Agnus étant bénits par L'Église pour les besoins spirituels et temporels des fidèles, c'esf à elle à régler la manière de les employer et d'en user. L'Église, d'abord, regarde les Agnus après leur bénédiction comme des choses saintes et consacrées.
C'est pourquoi elle a défendu, sous des peines très graves, de les vendre; aussi les théologiens et les canonistes ont tenu cette vente pour une simonie réelle. En tirer un profit, en effet, en raison de leur bénédiction, serait estimer à un prix temporel une faveur purement spirituelle. Mais il est permis de vendre leur entourage, le cadre ou la cassette qui les renferment ; ces ornements étrangers ont une valeur réelle estimable et appréciable en elle-même, indépendante du contenu. La cire, employée comme matière, est en quantité si minime qu'elle ne peut être taxée au prix ordinaire. La donation est gratuite et le commerce des Agnus est formellement interdit. Cf. Bonacina, Opéra, Lyon. 168i, t. i, p. 677; t. n, p. 147; t. m, p. 176-177. Si dans les lieux de pèlerinage, comme à Lorette et à Paray-le- Monial, on met en vente de petits reliquaires, contenant des Agnus entiers ou des parcelles d'Agnus, le prix qu'on en retire ne correspond qu'à la valeur des reliquaires qui sont plus ou moins richement ornés. Quelques anciens théologiens soutenaient qu'il était défendu aux laïques et aux clercs non constitués dans les ordres sacrés de toucher les Agnus Dei, en raison de leur consécration par le saint chrême. Bonacina, Opéra, t. n, p. 147. Mais Ferraris, Bibliotheca canonica, t. i, p. 5't, observait déjà que l'usage contraire avait prévalu et que tous pouvaient les toucher, surtout par piété et dévotion. D'ailleurs, il faut toujours traiter avec vénération et respect ces objets bénits, soit qu'on les porte sur soi, soit qu'on les garde dans sa maison. Il serait convenable de les déposer dans une chapelle ou de les conserver dans des cadres ornés ou des cassettes précieuses, selon la recommandation des souverains pontifes. Si on les porte suspendus à son cou et placés dans ses vêtements, il convient de les envelopper dans du métal, de la soie ou toute autre matière qui les préserve de la souillure d'un contact et d'un frottement perpétuels. On peut les baiser, les appliquer sur un membre malade, les opposer au danger qui menace, en ajoutant l'invocation à l'agneau de Dieu, empreinte sur la cire. Ainsi, en 1620, l'évêque de Quimper jeta un Agnus dans le feu pour éteindre un incendie. On peut aussi en placer dans les champs et dans les étables pour protéger les récoltes et les animaux. Des fidèles les plongent dans de l'eau qu'ils boivent ensuite, ou bien en avalent des parcelles comme remèdes. Les fragments d'Agnus ont, en effet, la même propriété que les Agnus entiers. Mais dans tous ces usages, il faut éviter avec soin tout ce qui serait de la superstition. Les Agnus n'ont pas une vertu propre, qui s'exerce infailliblement. Ils ne doivent leur efficacité qu'aux prières de l'Église et ils n'agissent que ex opère operantis, c'est-à-dire en raison des dispositions de celui qui les emploie avec confiance et respect. Si l'effet espéré ne répond pas aux désirs, il faut l'attribuer à la faiblesse de la foi ou de la dévotion. Voir le mot Sacramental.
IX. Agnus contenant des reliques des saints. — Depuis longtemps, on a coutume à Borne de mêler à de la cire du cierge pascal, la poussière des ossements de martyrs inconnus, exhumés des Catacombes. Cette poussière, qui est une véritable relique de corps saints, donne à la cire une couleur jaunâtre et foncée. Ce saint mélange est connu sous le nom de Pâte de martyrs. Les Agnus de celte nature ne sont pas plongés dans le bain d'eau bénite; la poussière d'ossements qu'ils contiennent leur sert de consécration. Ils sont cependant bénits par le souverain pontife, et ils acquièrent ainsi la double valeur de reliques saintes et d'objets bénits. Aussi les tient-on en plus grande estime et leur rend-on un culte spécial. On en accorde à tous les fidèles qui en font pieusement là demande. Le sous-garde-robe du palais apostolique, charge'' de la distribution, remet en môme temps un feuillet imprimé sur lequel sont indiquées l'origine, la nature de cette pâte sacrée, et la vé-