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II. Ses actes au concile de Constance

RAISONS DOCTRINALES DE SA CONDUITE. — Pour bien

juger la conduite de d'Ailly au sein du concile de Constance, pour apprécier les expédients qu'il a parfois employés, il faut être au courant de la doctrine sur l'Église qui était enseignée alors dans certains milieux et que notre auteur lui-même a exposée dans plusieurs de ses traités. Les principes qui ont prévalu au sein du concile avaient cours déjà depuis longtemps dans les écoles de la rue du Fouarre : il importé de remonter à cette source pour s'expliquer l'état d'esprit des Pères de Constance.

Le grand coupable est à notre avis Guillaume Occam, celui que son siècle appelait veuerabilis Incœptor et qui fit régner, dans les écoles de cette époque, ses opinions nominalistes en philosophie et en théologie. Ses faux dogmes sur la constitution de l'r-glise ont été suivis, au xive siècle, par toute une légion de jeunes théolo giens épris de nouveauté ; c'est cet enseignement suspect del'A/flin Mater qui a tout compromis et qui a fait dévier la tradition ; c'est Paris qui a fait Pise et Constance.

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« Le pape est-il vraiment si nécessaire? Est-ce sur Pierre ou sur le Christ que Notre-Seigneur a bâti son Eglise? Ou bien encore est-ce la sainte Ecriture qui en est le fondement? La bâtir sur le pape, n'est-ce poinl l'élever sur une base branlante et qui peut faillir? Quis enim in Pétri infirmitate Ecclesise firmitateni stabi- Uat "? » Recommendatio sacrée Scripturse, traité composé vers 1380. Gerson, Opéra, t. i, col. 604. Telles sont les questions graves que se pose d'Ailly dans une de ses premières œuvres, achevée au moment même où il terminait ses études universitaires, et où l'élection inattendue et funeste de Clément YII commençait à émouvoir et à troubler tous les esprits. « C'est du Christ et non du pape que découle la juridiction des évéques et des prêtres ; le pontife de Rome est la tête de l'Église en ce sens qu'il en est le principal ministre, priticipalis uiter ministros... ministerialiter exercens, adminisiraliter dispensais... » De Ecclesise, conc. gêner, et sum. pontificis auctorilate, Gerson, Opéra, t. I, col. 928, 931. Cf. Petrus de Alliaco,p. 237, 245. « La subordination de l'Église au pape n'est qu'accidentelle. » Ibid., col. 958. « L'Église universelle est seule infaillible. » Ibid., col. 953. Utrum Pétri Ecclesia lege reguletur, etc. Elle a reçu ce privilège du Christ, toute église particulière peut errer, l'Eglise romaine comme les autres. Le souverain pontife n'est pas nécessairement le pontife romain, car la primauté a passé autrefois du siège d'Antioche à celui de Rome, ibid., t. I, col. 668, 669, 690, 691. Le pape peut faillir et, de fait, il s'est trompé plus d'une fois, ibid., t. n, col. 949, 959, à commencer par saint Pierre quand il fut repris par saint Paul. Cf. Petrus de Alliaco, p. 249; ibid., col. 949, 958. Le souverain pontife peut même devenir hérétique. Ibid., t. I, col. 689. Dans toutes les questions qui regardent la foi, le pape est soumis au concile général, qui peut juger sa doctrine et la condamner. Ibid., t. n, col. 951, 953, 959, 960; cf. Hefele, t. vu, § 770. On peut en appeler du pape au synode général en beaucoup de cas. Le concile a même le droit de se prononcer sur sa conduite et de le déposer, s'il passe pour incorrigible. « Ce synode général, selon quelques théologiens, est infaillible. Ce n'est qu'une pieuse croyance, niais à cause de cela il est supérieur au pape qui ne jouit point de ce privilège. » Ibid., t. il, col. 958. D'Ailly s'elïorce de prouver cette supériorité en s'appuyant sur le droit naturel, divin et canonique. Ibid., col. 956. Pour lui, l'Église est, non pas une monarchie, mais une aristocratie. Telles sont les opinions hardies qu'ose exposer un des plus célèbres théologiens de l'époque, celui en qui on a entendu souvent toute l'école de Paris, dit Bossuet. Defensio declar. cleri gallicani, part. 11,1. VI, c. xx. N'est-ce point un écho à peine all'aibli des assertions hétéroclites d'Occam, dans son Dialogue et dans ses Oclo quœstionum decisiones ? Goldast, Monarchia sancti Rom. imperii, t. il, p. 392; Super polestate sunnni pontificis octo quseslionum decisioncs, ibid., p. 313, édition de Francfort, 1614. Gerson ira plus loin et se montrera partisan déclaré du système démocratique et même multitudiniste dans la constitution de l'Église. De potestate écoles, consid.; Sermo de privil. mendicantium; De auferib. papse. Gerson, Opéra, t. n, col. 249, 216,

Mais que penser de toutes les hypothèses que rapporte d'Ailly dans ses oeuvres de jeunesse? « Certains théologiens, dit-il. considèrent comme probable que le pape, les évéques et tous les clercs puissent en même temps tomber dans l'erreur : quelques âmes simples ou quelques pieux laïques conserveraient seuls le dépôt de la révélation. C'est ainsi qu'au temps de la passion, la sainte Vierge a été seule à conserver la foi. » .Mais, dans cette

supposition, comment assurer la perpétuité de l'Église?

« En ce cas, ajoute-t-il, Dieu ordonnerait lui-même des

prêtres, des évéques, et ferait connaître à son Église par un mode surnaturel cette ordination extraordinaire. Nier la possibilité d'un pareil fait serait contester la toute-puissance de Dieu. » Traité De resumpta, utrum Pétri Ecclesia rege gubernetur, lege reguletur, fide confîrmetur, jure dominetur. Gerson, Opéra, t. i, col. 669, 689 sq. Cf. fiouix. De papa, t. i, p. 469. D'Ailly, alors jeune docteur, considère comme probables toutes ces hypothèses extravagantes, et ce seul fait montre quel était alors le trouble des esprits par rapport à toutes les questions fondamentales du traité de L'Eglise. Plus tard, à Constance, les opinions du cardinal de Cambrai resteront les mêmes. « Selon quelques grands docteurs, dira-t-il, le concile général peut errer in facto, in jure, et, quod magis est, in fide. » Von der Hardt, Conclusiones card. Camer., t. n, col. 201. Donc, le pape est faillible, le concile s'est trompé bien souvent; seule l'Église universelle, dont il est impossible de connaître la vraie pensée, jouit du privilège de l'infaillibilité. Où recourir en cas de conilit ? Où se trouve la règle de foi vivante?

Les idées de d'Ailly expliquent pourquoi le livre qui parut à cette époque Super reformatione Ecclesise a eu tant de succès dans le monde protestant, soit allemand, soit anglais. Voir la bibliographie. Il avait publié immédiatement avant le concile (1413 ou 1414) son Tractatus vel capita agendorum in concilio generali de reformatione Ecclesise, souvent et si faussement attribué à Zabarella. Ces deux ouvrages sont les plus remarquables de tous ceux qu'il composa ou qu'il inspira au moment du concile.

Nous n'entrerons pas dans le détail des opinions qu'il expose en ces deux opuscules. Qu'il suffise de savoir que son traité Super reformatione, composé, nous l'avons dit, en 1403 (c'est la troisième partie du De materiaconcilii generalis),mais publié seulement le premier novembre 1416, se divise en six chapitres. Dans le premier, il s'agit du corps de l'Église en général et des conciles tant généraux que particuliers. Le second traite du souverain pontife et de la curie romaine ; le troisième des prélats majeurs ; le quatrième des religieux et des religieuses. L'auteur s'occupe dans le cinquième des prêtres séculiers; dans le sixième des laïques et en particulier des rois et des princes. La plupart de ses projets sont sages, et inspirés par un véritable amour de l'Église : ils ont été adoptés par elle dans les conciles subséquents, après avoir été soutenus par de saints personnages comme Barthélémy des Martyrs. Toutefois, certaines propositions de d'Ailly sont sujettes à caution. Son avis sur le trop grand nombre de fêtes religieuses a été reproduit par le curé' Thiers au xvif siècle et par Voltaire au xvme. Quelques-unes de ses maximes, celles par exemple qui sont contraires à l'institution de nouveaux ordres religieux, ont été citées avec éloges par le protestant Charles du Moulin et par nombre de gallicans et de philosophes.

Le défaut capital de toutes ces propositions réformatrices, c'est que d'Ailly ne tient pas assez de compte de l'autorité du pape en ces matières, et il semble préluder par cette exclusion aux innovations sacrilèges et hérétiques du XVIe siècle.

//. sa conduite a CONSTANCE. — 1. Au commencement du concile. — C'est dans ces opinions peu assurées d'elles-mêmes qu'il faut chercher et trouver la cause de toutes les tergiversations île d'Ailly avant et pendant le concile de Constance, au sein duquel il a exercé une si prépondérante influence, l'e là aussi tous ces expédients peu conformes à la tradition et à la doctrine qu'emploie le cardinal de Cambrai, Il prête, par exemple, l'appui de son autorité aux prétentions des

simples docteurs qui veulent avoir' voix délibérative et

définitive in rébus fidei, au sein du concile. Von der Hardt, t. n, col. 224j Mansi, t. xxvil, p. 260; Gerson,

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Opéra, t. ir, col. 941. Il favorise ainsi les tendances démocratiques et multitudinistes que Marsile de Padoue, Jean de Jandun et Occam avaient propagées et que Riclier reproduira plus tard avec Simon Vigor. D'Ailly ouvre par là même la porte à beaucoup de difficultés et fait naître nombre de conllits inutiles ou nuisibles, en permettant à ces trois cents docteurs en théologie, en droit canon ou même en droit civil, d'émettre des suffrages illégitimes. D'après lui, les rois mêmes et les princes ou leurs délégués ne devaient pas être exclus de l'assemblée conciliaire. Ibici. Le cardinal de Saint- Marc, Guillaume Fillastre, défend aussi énergiquement cette opinion fausse de d'Ailly et la fait prévaloir. Cf. Petrus de Alliaco, p. 274.

Un autre moyen non moins périlleux et tout aussi contraire aux saines traditions de l'Eglise fut le vote par nation et non point par tète. Cbacune des nations devait se réunir séparément pour examiner les questions et communiquer ses décisions aux trois autres. Quand toutes se seraient mises d'accord sur un point, on réunirait une congrégation générale des quatre nations, nationalité)'. Celle-ci, après avoir adopté l'article, devait le soumettre à la session générale du concile et le point en litige était alors traité conciliariter. Von der Ilardt, op. cit., t. il, col. 230; t. v, p. 53. Les conciles subséquents ont répudié toutes ces dangereuses nouveautés inventées à Constance pour neutraliser l'influence des prélats italiens et pour nuire à Jean XXIII.

Le pape sentit le coup qu'on voulait lui porter; il s'aperçut bien vite que les Pères du concile lui étaient systématiquement bostiles et il songea à s'enfuir. Il y réussit le 20 mars 1415 et il gagna Schaffouse. On voulut le faire revenir, mais ce fut en vain.

Le trouble était grand au sein du concile. Les délégués français se faisaient remarquer par la violence de leurs écrits, les tendances schismatiques de leur langage, leurs déclamations excessives jusqu'à l'injustice à l'égard du pape et fausses jusqu'à l'hérésie au point de vue de la foi. Voir, par exemple, le placard violent de Benoît Gentian, représentant de l'Université de Paris. Martène et Durand, Thésaurus, t. il, col. 1620; Von der Hardt, ibid., col. 265; J.-B. Schwab, Johannes Gerson, p. 507. Les ecclésiastiques de second ordre se montraient les plus exaltés.

2. Troisième et quatrième sessions. — Sur ces entrefaites, eut lieu la troisième session : le cardinal de Cambrai la présidait. Zabarella lut les cinq conclusions suivantes que les nations avaient déjà adoptées en comité général, nation aliter : « Le concile a été légitimement convoqué, ouvert et tenu à Constance. L'éloignement du pape n'a pu le dissoudre. Il ne peut l'être avant l'extinction du schisme et la réforme de l'Église. L'assemblée ne peut être transférée ailleurs : tous ses membres doivent rester à Constance jusqu'à la fin de ses travaux. » Mansi, t. xxvii, p. 579; Von der Hardt, t. iv, p. 70. Ces cinq points furent adoptés par les cardinaux et tous les membres présents, conciliariter. Cependant d'Ailly et Zabarella crurent devoir déclarer en public qu'ils demeuraient fidèles à l'obédience de Jean XXIII. On le sent, les deux prélats s'effrayaient eux-mêmes de la tournure passionnée et révolutionnaire que prenaient les événements. Les choses s'envenimèrent de plus en plus, quand on crut s'apercevoir que le pape usait de subterfuges et voulait faire de l'obstruction pour arriver à la dissolution du concile.

On décida de tenir sans délai une nouvelle session. Dans l'intervalle, trois nations sur quatre rédigèrent, le vendredi saint, cet 073ns tumidtuarium qui s'est appelé la déclaration gallicane de Constance, aussi célèbre que les quatre articles de 1682 (29 mars 1415).

La quatrième session s'ouvrit le 30 mars. D'Ailly se dit malade et n'y assista point. Mansi, t. xxvn, col. 584; Von der Hardt, t. v, p. 89, 97; Tosti, Storia del conci-

lio di Costanza, t. 1, p. 247. On y lut trois articles assez différents de ceux qui avaient été adoptés nalionaliter, au grand mécontentement des ennemis acharnés du pape et surtout des docteurs de Paris.

Sur ces entrefaites, Jean XXIII partit de Schaffouse pour Laufenbourg : il s'éloignait ainsi de plus en plus de Constance. Les nations protestèrent avec une nouvelle énergie et résolurent de ne plus rien ménager en faisant sentir immédiatement au pontife combien le concile lui était supérieur. Elles se réunirent donc en session générale (la cinquième) et reprirent les décisions violentes rédigées ab irato le vendredi saint. Elles approuvèrent alors ces fameux articles sur la supériorité du concile, qui produisirent de si funestes effets dans les siècles suivants.

D'Ailly n'assista pas non plus à cette séance scandaleuse et douta toujours de la valeur de ces décisions schismatiques. Nous en trouvons la preuve dans ces deux phrases d'un traité composé en octobre 1416, plus d'un an après les décrets que nous venons de mentionner : Qum deliberatio (quatuor nationum, excluso rardinalium collegio), exclusa deliberatione dicti concilii et non facta in communi sessione collatione votorum,videtur mullis non esse censenda deliberatio concilii generalis conciliariter facta. De Ecclesise, concilii generalis et Rom. ponti/icis auctoritate, Gerson, Opéra, t. 11, col. 940. Plus loin, après avoir tâché de démontrer la supériorité du concile sur le pape, il ajoute : quse tamen non définitive determinando, sed doctrinaliter suadendo posita sunt ; nani hujus rei definitionem sacri concilii determinationi submitto. Ibid., col. 968, ad finem. Donc, le cardinal ne reconnaît pas aux décrets d'avril 1415 un caractère dogmatique et définitif, puisqu'il veut provoquer une autre décision sur ce point. Il est piquant de constater le cas que faisait de cette célèbre décision celui qu'on a nommé parfois le père du gallicanisme, celui que Bossuet appelle sancli conventus lumen et in dogmalibus explicandis facile princeps. Defensio declar. cleri gallicani, c. xxx. On vient de lire comme il explique que les articles de Constance ne sont point des dogmes. L'opinion du cardinal rappelle Vabeat quo libuerit ista declaratio de l'évêque de Meaux après les quatre articles de 1682. Ce sont peut-être les meilleures appréciations et les commentaires les plus sûrs des décrets gallicans du XVe et du XVIIe siècle.

3. A la fin du concile. — Les opinions déjà connues du cardinal se reflètent dans les discussions finales de l'assemblée. D'Ailly demande que les synodes soient convoqués plus fréquemment et que les réformes soient décrétées avant l'élection du nouveau pape. Le roi des Romains et les Allemands s'y opposent, mais ils finissent par être battus et cinq décrets réformateurs sont définitivement acceptés. Hefele, t. vu, § 773. La discussion des autres fut remise après l'élection du souverain pontife. Quand Martin V eut été couronné, on posa plusieurs cas juridiques et en particulier la question des annates. Fallait-il les conserver ? D'Ailly avait d'abord répondu négativement, mais, vu la détresse des finances pontificales, il juge qu'il faut les tolérer momentanément comme un mal nécessaire. De Ecclesise, concil. gen. et Rom. ponlificis auctoritate, Gerson, Opéra, t. 11, col. 948. Il admet d'ailleurs les droits du pape sur la collation des bénéfices majeurs, ibid., col. 945; cf. Jungmann, Dissert, sel., t. vi, p. 220, mais il voulut régler les expectatives dans le sens d'une meilleure justice. Von der Hardt, t. 1, col. 523; cf. Dissert. Schmidt, De eo quod circa expectativas... dans Mayer, Thésaurus juris eccles., t. 1, p. 219.

III. Sa. doctrine. — On a vu combien de lacunes, d'erreurs ou d'inconséquences se rencontrent dans ce qu'on pourrait appeler le Traité de l'Église de Pierre d'Ailly. Sa doctrine est en général plus saine dans les

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autres parties de la théologie ; mais quelle méthode de décadence, que de théories hasardées, de délinitions peu adéquates, de distinctions puériles, d'objections peu sérieuses dans les arides discussions scolastiques des Qusestiones in Sentenlias ! En voici quelques exemples :

1. Dieu. — Pour d'Ailly, les notions de l'existence et de l'unité de Dieu ne sont pas évidentes, ni évidemment démontrables ; il ne les trouve que naturellement probables. Deum esse sola fuie tenctur. Qusest. in Sent., q. il, a. 1, f. lvii; q. III, a. 1, f. lxxix et lxxx; q. XI, a. 2, f. clxiv, édit. Bruxelles, 1478. Occam avant lui, Biel et Huet après, ont aussi défendu cette opinion aujourd'hui condamnée par le concile du Vatican. Il n'est pas évident non plus pour .'ui que le créateur soit libre, actif, tout-puissant, quod Dcus cognoscit alla a se, quod solo Deo est fruendum. Quœst., q. XI, a. 2; q. n, a. 1.

2. Trinité. — Les formules que d'Ailly emploie pour exposer le mystère de la sainte Trinité sont ambiguës, prêtent à la critique et sont contraires à la tradition. Exemple : Una res simplicissima est très irs et quœlibet earum. Pater et Filius producunt Spiritum Sanctum. Ibid.,q. v, a. 1, f.xci; cf. Petrus de Alliaco,p. 213.

Il affirme en outre que la doctrine de la Trinité ne se trouve pas d'une manière évidente dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Ibid., q. v, a. 1, f. xcm. Il contredit la thèse de saint Thomas sur cette question : Utrum creatura rationalis sit vcstigium Trinitatis? Il suit, en ce point, comme en bien d'autres, l'opinion d'Occam et des nominalistes, q. iv, a. 1, f. lxxxv. D'Ailly nie en outre que les personnes divines soient constituées et distinguées par leurs relations. Utrum Trinilas personarum in una natura créatures sit incommunicabilis. Gerson, Opéra, t. i, col. 624.

3. Morale. — Quand il s'agit de questions morales, il reproduit cette fameuse assertion : Nullum est ex se peecatum, sed prœcise quia lege prohibitum. Princip., in I Sententiarum, f. iv. Donc rien n'est mal iti se, mais telle chose est péché parce que Dieu l'a défendue. Le créateur aurait pu permettre le blasphème ou le mensonge s'il l'avait voulu. Pas d'acte essentiellement méritoire ou déméritoire : tout mérite provient de la libre areeptation ou du libre refus de Dieu. Qusest., IV, q. ix, f. CXL et cxlii; q. xn, f. clxxiii. C'est du protestantisme anticipé. Puis il cite Occam : Voluntas creata potest mevitorie Deum odire, quia Dcus illud potest prsecipere, quum potest quidquid fieri non implicat contradictionem. Princip., 31 concl., f. vu; q. xiv, a. 3, f. ccxn. Cette proposition pseudo-mystique avait été condamnée, trente ans auparavant, dans les thèses de Jean de Merouria. D'Argentré, Collect. judic, t. I, part I, p. 344. D'Ailly semble l'ignorer.

4. Fin dernière. — Il ajoute enfin ces propositions aussi contraires à la raison qu'à la foi : Il n'est pas évident qu'il y ait une fin dernière, que l'homme doive ordonner ses œuvres vers une autre fin que luimême, etc. Ibid., q. il, a. 2. Le lecteur comprendra dès lors le mot cruel du rationaliste Paul Tschackert qui reproduit ces énormités théologiques : « Si l'Église à cette époque n'a point perdu sa conscience morale, ce n'est pas la faute des grands docteurs qui étaient alors chargés de l'éclairer. « Peter von Ailli, p. 325.

5. Sacrements. — Son opinion sur la causalité1 des sacrements ne diffère pas de celle d'Occam, de Durand de Saint-Pourçain, de Marsile d'Inghem, de Biel et des autres nominalistes. Quœst.q. xrv, a. l,f. ccxxv. Cf.Occam, 1 VSent. ,dist. [, q. i.Sa définition de la transsubstantiation est absurde, et voici ce qu'il trouve à dire sur l'impanaiioii : Patet quod Me modus est possibilis, nec répugnât ralioni nec auctoritati Biblise : immo est facilior ml intelligendum et rationabilior <juam aliquis aliorum. Ibid., q. vi,a. 2, f. cclxv. C'est le systèmepro listant de Luther autrefois, De caplicilale Dabijlouiva,

et de Pusey de nos jours, The doctrine of real présence as contai ned tn the Fathers, 1885. D'ailleurs les réformateurs du xvie siècle ont puisé un bon nombre de leurs erreurs dans les livres de d'Ailly. Le docteur de Wittemberg l'avoue et il se vante de savoir par cœur toutes les œuvres du cardinal de Cambrai; Luther, Mélanchthon et bien d'autres réformateurs sont comme lui des nominalistes très avancés. Nous le savons, la fausse philosophie peut conduire aux pires erreurs théologiques.

IV. Bibliographie de ses principales œuvres. — Le cardinal de Cambrai a laissé 154 ouvrages distincts : presque tous ont été imprimés, et pour la plupart plusieurs fois. On a mis à son actif plus de trente traités dont il n'est pas l'auteur. Les deux plus importants de ces apocryphes ont été écrits par Thierry de Niern et ont pour titre : De difficultate reformationis in concilia gcnerali et De necessilate reformationis in capite et in membris. Cf. Hergenrœther, Histoire de l'Eglise, t. iv, p. 5i3; Georg. Erler, Dietricli von Nieheim, p. 453 sq., Leipzig, 1887. D'autres ont été imprimés, sous le nom de Gerson, dans l'édition d'Ellies Dupin. Gerson, Opéra, t. n, col. 24.

Nous choisissons ici les plus importants en chaque genre et ceux qui intéressent davantage la théologie :

/. sciences. — 1° Imago mundi avec figures, Louvain, .1. de Westphalte, 1480 ou 1483. - 2° De legibus et sectis contra superstiliosos astronomos. Gerson, Opéra, édit. Ellies Dupin, 1705, t. I, col. 778. — 3° De falsis prophelis tractatus duo. Ibid., col. 489. — 4° Yigintiloquium de concordia astronomicœ verilatis cum tlieologia, Venise, 1494, in-i°, etc. Dans toutes ces œuvres, il s'inspire surtout de Roger Bacon et le copie souvent sans le nommer.

//. théologie. — 1° Principium in cursu Biblise. Gerson, Opéra, t. I, col. 610. — 2° Abbrcviatio dialogorum Okam, Bibl. nat., Mss. latins, 14579, f. 88. — 3° Qusesliones super primum, terlium et quartum Sententiarum, traité imprimé d abord par les Frères de la vie commune à Bruxelles en 1478, puis par Barbier sans lieu ni date, à Strasbourg en 1490, à Venise en 1500, enfin la même année par l'Allemand Nicolas Wolf, sans indication de lieu. — 4° Quœstio vesperiarum : Utrum Pétri Ecclesia lege reguletur. Gerson, Opéra, t. I, col. 662; Brown, Fasciculus rerum expelendarum el fugiendarum, t. il, Londres, 1680. — 5L Quœstio de legitimo dominio : Utrum Christi gerens potestalem solus in hominibus juste dominetur (Aulica). Gerson, Opéra, t. i, col. 641. — 6° Quœstio de resumpta : Utrum Pétri Ecclesia rege gubernetur, lege reguletur, fide confirmetur, jure dominetur. Gerson, Opéra, t. i, col. 672; Brown, ibid. — 7° Utrum indoctus tn jure divino possit juste prœesse in Ecclesiœ regno. Gerson, Opéra, t. I, col. 6i6. — 8° Utrum Trinilas personarum in una natura creaturœ sit incommunicabilis (Responsio in Sorbona). Gerson, Opéra, t. I, col. 617, ex codice Navarrico. — 9° Pétri de Alliaco ad eamdem qnœstionem de tribus suppositis in una natura responsio. Gerson, Opéra, t. I, col. 625. — 10° De libertate creaturœ rationalis ante et post lapsutn. Gerson, Opéra, t. i, col. 630, ex codice Navarrico. —11° Utrum conscientia erronea creuset a culpa. Gerson, Opéra, t. i, col. 636 sq. Id., ex codice Navarrico. Besponsio in Sorbona juxta Bulœum. Hist. Univ. Paru., t. iv, col. 980. — 12» Liber sacramentalis, vel Sacramentelle,

rel de Sacramentis Ecclesiœ, vel Libellus Sacramoitalis, rel tandem Tractatus theologicus de sacramentis, Louvain, per Egidium van der Heerstraten, 1481, i486, 1487, in-4<>, goth.,.92 fol.; Paris, 1488. - 13» Tractatus pro Carthusiensibus quod rationabiliter abstinent ab esu carnium. Opuscule envoyé au frère Joh. de Gonnehans, chartreux; incomplètement édité par le docteur Tschackert, Peter von Ailli, Appendix vm, p. 25.

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