L. Salembier
G. ALEXANDRE VI. Rodrigue Borgia, le futur Alexandre VI, naquit à Xativa, près de Valence, en 1430 ou 1431. Il était neveu de Calixte III, l'un des papes qui pratiquèrent le plus le népotisme. Le 20 février 1456, Calixte donna la pourpre à Rodrigue, et l'année suivante, il le lit vice-chancelier de l'Église romaine. Auparavant et dans la suite, Rodrigue entra en possession d'un grand nombre de bénéfices, ce qui, joint à sa fortune personnelle, lui procura d'immenses ressources; bientôt il fut l'un des membres les plus riches du Sacré- Collège, l'un de ceux dont le train de vie était le plus luxueux.
En outre, sa vie privée était fort répréhensible. Jusqu'à sa promotion au cardinalat, l'on n'a aucun témoignage précis contre ses mœurs, mais le 11 juin 1460, Pie II lui écrivait pour lui reprocher la légèreté de sa conduite. Vers 1470, il commença à entretenir des relations avec une femme mariée, Vanozza de' Catanei. Elle lui donna quatre enfants : Juan (1474), César (1475), Lucrèce (1478) et Jofré (1480-1481). On connaît au cardinal deux autres enfants, nés probablement d'une autre mère : Pedro Luis (1460?) et Girolama. Avant son élévation au souverain pontificat, Rodrigue chercha à ses enfants des établissements en Espagne.
Sous Pie II (1458-1464), il eut peu d'influence, mais sous Paul II (1464-1471) el Sixte IV (1471-1484), son prestige alla en augmentant. A la mort de Sixte IV, parmi les candidats à la tiare, il était l'un des plus en vue. Malgré ses intrigues, il ne put se faire élire. A la mort d'Innocent VIII (1492), ses tentatives eurent un meilleur succès : aux récalcitrants, il promit de l'argent, des terres ou- des bénéfices, et par ces pratiques simoniaques parvint au souverain pontificat (10 août 1492).
Cette élection fut généralement accueillie avec satisfaction. Évidemment, l'en n'ignorait pas les désordres di- la vie privée du cardinal Rodrigue; mais à l'époque, on était sur ce point d'une tolérance incroyable. L'estime pour le nouvel élu augmenta lorsqu'on apprit qu'il voulait travailler à ramener la paix dans l'Eglise et le bon ordre dans ses Etals. Mais bientôt la pensée d'assurer la grandeur de sa famille devint son idée fixe et l'emporta sur toutes ses autres préoccupations.
Les deux premières années du pontificat (1492-1493) furent occupées surtout par des hostilités et des négociations avec le royaume île Naples. En même temps, le cardinal Julien de la Rovère, le futur .Iules II, commençait contre Alexandre une lutte ouverte qui devait durer pendant tout le pontificat.