II. ABÉLARD (Articles condamnés par Innocent II
— I. Les documents. II. Vrai sens des articles condamnés et système théologique d'Abélard.
I. Les documents. — De la condamnation de 1121 à Soissons, aucun document ofiiciel n'est resté. D'après Ollion de Freising, De rébus gestis Friderici 1, 1. I, c. xlii, dans Recueil des hist. des Gaides, t. xin, p. 651, on reprochait à Abélard d'enseigner le sahellianisme, et saint Bernard nous apprend que les nouveaux ouvrages proscrits en 1141 reproduisaient le livre brûlé à Soissons. Epist-, cxci, P. L., t. clxxxii, col. 557. Or, sur la condamnation de 1141, nous avons les rescrits d'Innocent II et les Capitula errorum Abailardi.
1. tsesi'Rits d'innocent n. Dans une lettre adressée le 16 juillet 1141 aux archevêques Henri de Sens et Samson de Reims, à leurs sulfragants et à l'abbé de Clairvaux, le pape disait :
Nos itaque, qui in cathedra Nous donc, assis, malgré
sancti Pétri, cui a Domino die- notre indignité, sur la chaire tum est : Et tu aliquando de saint Pierre à qui le Seigneur confirma fratres tuus, licet adit; Et toi un jour confirme indigni residere conspicimur, tes frères, après avoir pris communicato fratrum nostro- conseil de nos frères les évoques rum episcoporum cardinalium cardinaux, en vertu de l'autoconsilio, destinata Nobis a rite des saints canons, nous convestra discretione capitula et damnons les articles envoyés universa ipsius Pétri dogmata parvos soins ettous les dogmes sanctonnncanoniimauctoritate impies de Pierre, ainsi que cum suo auctore damnavimus, l'auteur lui-même, et nous lui eique tanquam hasretico per- imposons, à lui, comms hérépetuum silentium imposuimus. tique, un silence perpétuel. Fniversos quoque erroris sui Nous décidons, en ontre, que sectatoreset defensores a fide- touslessectateursetdéfenseurs liumconsortiosequestrandos et de son erreur devront être sôexcommunicationis vinculo in- parés de la communion des nodandosesse consemus. Jalfé- fidèles etenchainésparlesliens Loewenfeld, lier/esta poiitifi- de l'excommunication. cum Boman., t. i, n. 8148; P. L.. t. il, xxix, col. 515.
Une seconde lellredu même jour mandait aux mêmes
prélats « de faire enfermer séparément clans les monastères qui paraîtraient convenables, Pierre Abélard et Arnaud de Brescia, qui ont fabriqué des dogmes pervers et attaqué la foi catholique, et de faire brûler leurs livres partout où on les trouvera ». Jaffé-Loewenfeld, ibid., n. 8149; P. L., ibid., col. 517.
De ces textes, il ressort : 1° que la doctrine d'Abélard et l'auteur lui-même sont déclarés hérétiques ;2° que ses ouvragessonteondamnés au feu (au moins l'introduclio, le Scilo te ipsiim et V Eœpositio Ejiistolse ad Romanns qui sont formellement dénoncés par saint Bernard, Epist., exc, P. L., t. clxxxii, col. 1061, 1062); 3° que les propositions d'Abélard envoyées à Rome sont spécialement réprouvées sans que la censure qu'elles méritent soit déterminée.
//. articles condamnés. — Aucune liste absolument officielle n'ayant été conservée, nous donnons la plus complète, publiée par d'Argentré, Collectio judiciorum, Paris, 1728, t. i, p. 21, reproduite par Mansi, ConciL, t. xxi, col. 568, et Denzinger, Encfiiridion, 10e édit., n. 368-386. C'est celle qui fut communiquée à Abélard au concile de Sens, puisque, dans sa rétractation, P. L., t. clxxviii, col. 568; édit. Cousin, p. 720, il l'examine article par article (sauf pourtant les 3e et 16e articles qui sont omis). Elle concorde avec la liste publiée par d'Ambo\se,Prœfatioapologetica,P.L., t. clxxviii, col. 79, excepté pour les articles 3 et 15. Enfin la liste envoyée à Rome, découverte par dom Durand, et publiée par Mabillon, Sancli Bernardi opéra, t.i, p. 610; P.L., t. cxcii, col. 1049, était réduite à quatorze chapitres avec des extraits d'Abélard trop longs pour être reproduits ici. Nous marquons donc d'un * les articles 3, 11, 15-19 qui, avant la sentence romaine, ont été retranchés. Dans l'article 14, le texte inintelligible donné par d'Amboise, d'Argentré, Mansi : ad Patnm qui ab animo non est, a été rectifié d'après le texte d'Abélard cité dans la liste romaine. P. L., ibid., col. 1082. La date est aussi rectifiée d'après Jaffé-Loewenfeld, loc. cit.
Capitula Abœlardi a concilia Senonensi a. 1141 et ab Innocentio II (10 jul. 1141) damnata.
1. Quod Pater sit plena potentia, Filius quœdam potentia, Spiritus Sanctus nulla potentia.
2. Quod Spiritus Sanctus non sit de substantiaPatris aut Filii.
3*. Quod Spiritus Sanctus sit anima mundi.
4. Quod Christus non assumpsit carnem, ut nos a jugo diaboli liberaret.
5. Quod nec Deus et homo, neque hœc persona, quœ Christus est, sit tertia persona in Trinitate.