‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 332 sur 536 · MOYENNE SUR 10000 HABITANTS · texte numérisé non relu

MOYENNE SUR 10000 HABITANTS

CATHOLIQUES ÉVANGÉLIQUES

Prusse 3349 3453 6497 6389

Saxe 209 373 9755 9.r,:i.r>

Rivière 7123 7073 2761 2823

Wurtemberg. . . 3n','t 2986 6867 6920

Bade 6449 (5128 8359 3695

Hesse 2803 2963 6852 67:13

Alsace-Lorraine.. 7973 598 1744 2172

Nous empruntons ce tableau au livre de .M. P. Pieper, Kirchliche Statistik Deutsclilands, p. 18-19, Leipzig, 1899. On y voit qu'en Prusse, en Saxe, en Hesse, la confession catholique, dans la période de vingt-cinq ans dont l'année 1895 marque le terme, enregistre plus de progrès numériques que la confession protestante; en revanche, dans le duché de Bade, le Wurtemberg, la Bavière et l'Alsace-Lorraine, c'est la confession protestante qui a fait le plus de progrès. On remarquera que Bade, la Bavière, l'Alsace-Lorraine, sont des pays où la majorité est catholique, que la Prusse, la Saxe, la Hesse, sont des pays où la majorité est protestante : ainsi, puisque dans la première catégorie d'États ce sont les protestants qui progressent et que, dans la seconde, ce sont les catholiques, nous pouvons en tirer cette conclusion, que les minorités religieuses ont une vigueur et une élasticité de développement qui font défaut aux majorités. C'est là une règle à peu près générale : dans chaque région, la minorité religieuse s'augmente, proportionnellement, beaucoup plus que la majorité. Parmi les grands États de l'empire, le Wurtemberg seul fait exception : les protestants y ont la majorité, et ils y font, cependant, plus de progrès numériques que les catholiques. Mais si l'on envisage l'ensemble de l'empire allemand (grands et petits États réunis), on découvre que de 1871 à 1890, le nombre des catholiques s'y est accru de 18,88 p. 100 et le nombre des protestants de 21,29 p. 100; ces chiffres, qui sont à l'avantage du protestantisme, c'est-à-dire de la majorité religieuse, sont une nouvelle dérogation à la règle générale que tout à l'heure nous énoncions. Bien de plus délicat, d'ailleurs, que ces questions de statistique et que les inductions qu'on s'efforce d'en tirer : d'ordinaire, ce sont des phénomènes étrangers à la vie religieuse — phénomènes politiques, commerciaux, économiques — qui contribuent à modifier la force respective et la situation réciproque des confessions.

IL Morcellement des confessions et fusion des confessions : vicissitudes de la carte religieuse de l'Allemagne. — Jetons un coup d'œil, en eflet, sur la statistique des conversions individuelles. La conversion, voilà le fait essentiellement religieux qui enrichit une confession et appauvrit la confession voisine; elle représente le facteur religieux, parmi les multiples influences qui modifient la carte religieuse d'un pays. En Prusse (et nous entendons par ce mot tout l'ensemble du royaume), il y a eu, de 1893 à 1897, 16496 catholiques qui ont passé au protestantisme et 1647 protestants qui ont passé au catholicisme. En Saxe, de 1889 à 1897, 1330 catholiques ont passé au protestantisme, 359 protestants au catholicisme. En Wurtemberg, de 1889 à 1897, 403 catholiques ont passé au protestantisme, 452 protestants au catholicisme. En Bade, dans l'année 1897, 53 catholiques se sont faits protestants, 18 protestants se sont faits catholiques. Dans les districts rhénans de la Bavière, de 1889 à 1897, le protestantisme a conquis 714 catholiques et le catholicisme a conquis 1128 protestants; et dans l'ensemble du royaume de Bavière, de 1880 à 1897, le catholicisme a gagné- 1912 âmes sur le protestantisme et lui en a laissé prendre 1184. Tous ces chiffres, en somme, sont assez médiocres : ni de part ni d'autre, on ne peut parler, en aucune région, d'un mouvement de conversions; il y a tout simplement des cas individuels, dont le total, suivant les pays, fait plus d'honneur aux protestants ou bien aux catholiques.

Une seconde influence — mi-religieuse, mi-sociale — qui exerce une répercussion plus importante sur le développement numérique des confessions, est celle des mariages mixtes. Ils sont nombreux dans l'empire; et c'est, pour les deux -confessions, une question très importante, que (('Ile-dé l'éducation des enfants issus de mariages mixtes. --Hn Prussë,>en 1895, sur près de

ALLEMAGNE (EMPIRE D:), ÉTAT RELIGIEUX

COOOOO enfants issus de mariages mixtes, la confession protestante en possédait 68299 de plus que la confession catholique. En Bade, les mariages mixtes profitent à la confession protestante : d'après le recensement de 1890, 10275 enfants de mariages mixtes étaient protestants, et 8C74 seulement catholiques. En Hesse, les deux tiers des enfants de mariages mixtes, d'après le recensement de 1885, étaient protestants; Prusse, Bade et liesse réunis ont environ 340000 mariages mixtes, et le nomhre des enfants protestants nés de ces mariages dépasse de 81 600 celui des enfants catholiques. Quant à la Saxe, à la Bavière et au Wurtemberg, les statistiques sont à cet égard insuffisantes; mais il semble que, somme toute, dans les deux premiers États, les mariages mixtes profitent au protestantisme, et que, dans le Wurtemberg, le catholicisme plutôt en bénéficierait légèrement : c'est du moins l'impression de M. le pasteur Schneider, Kirchliches Ja/trbuch auf das Jahr 1900, p. 153. Voir sur la question des mariages mixtes, outre les ouvrages cités de MM. Pieper et Schneider : Braasch, Das Conto zwischen der evangelischen und katlwlischen Kirche auf dem Gebiet der Mischehen in Deutschland, Iéna,

L'immigration, en troisième lieu, exerce une réelle inlluence sur la situation confessionnelle des divers États de l'Allemagne. Munich, Cologne, Fribourg-en-Brisgau étaient au début du siècle des villes purement catholiques; elles comptent respectivement, aujourd'hui, 48000, 34000 et 13000 protestants. Berlin, autrefois, était une cité exclusivement protestante : elle compte maintenant près de 100000 catholiques. Les États héréditaires de Saxe furent longtemps exclusivement protestants; on y comptait, en 1887, 57000 catholiques. C'est la loi sur la libre circulation dans l'empire, Freizûgigkeit, qui, dès le lendemain de l'unité allemande, permit et provoqua ces échanges de populations et amena la dislocation des anciens noyaux confessionnels homogènes. Par surcroit, dans certaines régions, Alsace d'une part, Pologne prussienne d'autre part, la Prusse protestante introduisit systématiquement des éléments protestants ; la Ligue évangélique, l'Association de Gustave-Adolphe, au nom des intérêts communs du protestantisme et du germanisme, secondèrent cette immigration; et c'est ainsi que les combinaisons de la politique, non moins que les exodes spontanés de paysans ou d'ouvriers, ont contribué à un certain mélange des confessions dans les régions mêmes où, depuis la Béforme, l'une ou l'autre confession était à peu près exclusivement maîtresse du terrain.

Voir sur ces divers points : Rebensburg, Festschrift zur Einweihung der evangelischen Christuskirche in Kôln, Cologne, "1894; Rogge, Die Zunahme des Katholicismus in der Pr ovin z Brandenburg, Leipzig, 1893; Riedel, Katholisches Leben in der Mark Brandenburg, Rerlin, 1894; Scheuffler, Der Besitzstand des Katholicismus in Sachsen, 1815 und 1888, Neusalza, 1889; Hermens, Die gemeinsame Gefahr der evangelischen Kirche und der deutschen Nationalitàt in der Diaspora der deutschen Grenzmarken, Leipzig, 1895; Rlondel, Les populations rurales de l'Allemagne, Paris, 1898; Goyau, L'Allemagne religieuse, Paris, 1898.

C'est par ces trois faits : conversions individuelles, mariages mixtes, déplacements des populations, que s'expliquent les dill'érences survenues au xixe siècle dans la situation confessionnelle de l'Allemagne. Deux cartes nous ont paru nécessaires pour faire mesurer la portée de ce phénomène : la première nous met sous les yeux les divisions religieuses de l'Allemagne en 1555; la seconde nous met sous les yeux les divisions religieuses de l'Allemagne à l'époque contemporaine.

III. La situation juridique des confessions religieuses en Allemagne : les concordats. — De 1555 à 1750, se formèrent définitivement les noyaux religieux,

petits ou grands, que l'Allemagne unifiée par Napoléon Ier, puis par Bismarck, a peu à peu broyés les uns contre les autres. La paix d'Augsbourg, de 1555, garantissait aux souverains ou aux villes libres le droit de professer la religion qui leur plaisait : les sujets dans les États souverains ou les seigneuries, les citoyens dans les villes libres, eurent dès lors leur conscience enchaînée par la religion du prince, du seigneur ou de la ville. Or, cette ancienne Allemagne était une mosaïque d'innombrables souverainetés; et ces souverainetés, souvent, s'enclavaient les unes dans les autres; de là la juxtaposition, très fréquente au xvme siècle, de villages exclusivement protestants et de villages exclusivement catholiques, où l'on retrouve, aujourd'hui encore, des majorités protestantes ou des majorités catholiques. L'état confessionnel de tel village allemand subsiste de nos jours comme l'indice ineffaçable de l'option faite jadis entre les deux confessions par le petit seigneur dont le hasard avait fait le maître de ce village. Ainsi le morcellement politique de la vieille Allemagne eut des conséquences religieuses durables : si le grand-duché de Bade, actuellement, est infiniment divisé au point de vue religieux, c'est que les territoires qui le composent appartenaient, il y a cent cinquante ans. aux possesseurs les plus divers : maison d'Autriche, catholique; margraves de Baden-Durlach, protestants; margraves de Baden-Baden et électeurs Palatins, sans cesse oscillant entre les deux confessions, etc. De même, dans la Prusse orientale, l'ancien domaine de l'évêque d'Ermeland est demeuré catholique, au milieu des terres du duché de Prusse, faites protestantes par Albert de Brandebourg.

Lorsque la Bévolution française et le premier Empire amenèrent un remaniement de la carte de l'Allemagne, la situation religieuse du pays préoccupa tout de suite les diplomates. La diète de Batisbonne, le 25 février 1803, décida que les morceaux de territoires qui, par l'effet des changements politiques, passaient entre les mains d'un souverain d'une autre confession, devraient être respectés dans leur foi; il était désormais permis, d'ailleurs, à tout souverain allemand, d'introduire la liberté de conscience dans ses États. Ce fut la fin du principe : Cujus regio, ejus religio, qui, depuis 1555, livrait l'Allemagne religieuse à l'arbitraire des chefs d'États ou des petits seigneurs.

Le congrès de Vienne, de 1815, consacra les nombreuses sécularisations d'évèchés qui avaient soustrait aux pouvoirs ecclésiastiques de l'Empire toute propriété territoriale : le pape protesta, en principe; mais des concordats conclus progressivement par le pape avec les États allemands pourvurent à la dotation des évêchés dépouillés et réglementèrent à nouveau les divisions diocésaines de l'Allemagne. Le pape traita d'abord avec la Bavière, le 5 juin 1817; puis avec la Prusse (bulle De sainte animarum , du 16 juin 1821); puis avec le Hanovre (bulle Impensa Ramanurum pontificum, du 26 mars 1824); enfin les bulles Provida solersqne, du 16 août 1821, et Ad dominici gregis custodiam, du 11 avril 1827, qui réglaient la situation religieuse de Bade, du Wurtemberg et des Hesses, furent, de 1827 à 1829, successivement acceptées par ces divers États. Telles furent, dans leurs grandes lignes, les assises du nouvel ordre politico-religieux de l'Allemagne. Voir, pour plus de détails, l'article Concordat.

Il y a un certain nombre de petits États où la liberté religieuse des catholiques fut longtemps marchandée ou refusée par les autorités protestantes; et malgré l'établissement de l'unité de l'Empire en 1871, le duché de Brunswick et les deux Mecklembourgs peuvent être cités comme imposant, encore aujourd'hui, à la libre pratique du catholicisme, beaucoup d'entraves légales absolument archaïques, — et parfaitement distinctes des mesures de défiance et de vexation qui subsistent encore

ALLEMAGNE (EMPIRE D'), ÉTAT RELIGIEUX

en d'autres États, en Bade par exemple, comme une survivance du Culttarkanipf.

Voir à ce sujet : Vering, Lehrbuch des Kirchenrechts, Fribourg, "1893; Brîick, Geschichte der katholischen Kirche in Deu.tscb.Umd im XIX Jahrhundert, 3 vol., Mayence, 1887-18%; Jul. Bachem, Preussen und die katholische Kirche, Cologne, 1887; Seydel. Bayrrischea Kirchenstaatsrecht, Fribourg, 1892; Heiner, Badisclie Gesetze die katholische Kirche betreffend, Fribourg, 1890; Golther, Der Staat und die katholische Kirche im Kon. Wurtemberg, Stutlgard, 1874; Lesker, Aus Mccktenburg's Verganyenheit, Batisbonne, 188!», et la brochure : Das Verhàltniss des Staates zur katholischen Kirche im Herzogthum Braunschwcig, Francfort, 1891.

IV. Le caractère protestant du nouvel Empire. — Si, remontant à la fin du xvme siècle, nous envisageons l'aspect religieux de cette vaste agglomération de territoires qui s'appelait alors l'Empire et qui avait Vienne pour métropole, et si nous y comparons, du même point de vue, l'empire allemand d'aujourd'hui, dont Berlin est la tète, le caractère nettement protestant de la puissance politique qu'est l'Allemagne contemporaine nous apparaîtra dans son plein relief. Le parti du Centre, sans doute, défenseur des intérêts catholiques, possède au Reichstag une intluence toujours croissante; Bismarck et l'empereur Guillaume II ont achevé de balayer presque toutes les entraves que le Culturkanipf avait mises, en Prusse ou dans l'empire, au libre exercice du catholicisme ; et lorsque l'empereur, en 1898, fit son retentissant voyage à Jérusalem, il donna aux catholiques, avec une générosité quelque peu bruyante, le terrain de la Dormition de la Vierge. Malgré tout, germanisme et protestantisme demeurent des forces solidaires; c'est en protestantisant l'Alsace et la Posnanie qu'on espère les germaniser; les sociétés protestantes qui s'occupent de la dilfusion ou de la conservation de la foi de Luther dans les pays catholiques de l'empire sont très protégées par le pouvoir central; le voyage de Guillaume II à Jérusalem fut salué par l'opinion protestante allemande, comme un nouveau triomphe de Luther, remporté au pied même du Calvaire; et lorsque, en 1881, l'abbé Majunke, dans une brochure qui fit du bruit, dénonça l'unité allemande comme une main-mise du protestantisme sur l'Europe centrale et sur l'idée du Saint-Empire, Majunke fut un prophète, que les faits ont justifié.

Voir en particulier Majunke, Cas evangelische Kaisertum, Berlin, 1881; deux articles de la Quinzaine, iun anonyme, du 15 janvier 1899, sur le voyage de Guillaume II en Allemagne et les intérêts protestants, l'autre de M. Cari Murr, du 15 février 1900, intitulé : Un nouveau Saint-Empire ; Lamy, La France du Levant, Paris, 1900;Pinon et de Marcillac, La Chine qui s'ouvre, c. il, Paris, 1900.

V. Divisions géographiques de l'Allemagne catholique. — Le tableau ci-dessous permet de se rendre compte des divisions géographiques de l'Allemagne catholique et des ressources actuelles de chaque diocèse. Nous l'avons composé d'après les indications du Taschenkalender fur den katholischen Klerus que vient de publier le P. Eubel pour 1900, Munich, Abt.

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