C. Toussaint
9. ALPHONSE TOSTAT naquit à Madrigal (Vieille- Castille) au commencement de l'année 1400. Dès son enfance, il étudia les lettres à Salamanque et reçut au collège de Saint-Barthélémy une instruction complète dans toutes les branches du savoir humain. Il s'adonna spécialement à la philosophie, à la théologie et au droit civil et canonique; il connaissait le grec et l'hébreu. Doué d'une mémoire surprenante, il retenait tout ce qu'il lisait et il acquit ainsi une érudition prodigieuse. Après avoir pris à vingt-deux ans ses grades en théologie, il entra dans l'état ecclésiastique et fut pourvu d'une chaire à Salamanque. L'éclat de son enseignement lui attira de nombreux disciples et le lit nommer, par Eugène IV, à la charge d'écolàtre de la cathédrale de Salamanque. Malgré sa jeunesse, il fut député au concile de Baie. Après la clôture de cette assemblée, étant à Sienhe, en 1443, il soutint pendant deux jours devant Eugène IV et devant toute la cour pontificale vingt et une conclusions ou thèses, exercitandi ingenii causa, sicut cseteris scholasticis viris solitum est in hac sacra curia. Epist. ad Papam Eugenium, dans Opéra, Cologne, 1613, t. xn, IIIa pars, p. 16. Trois de ces conclusions, qui avaient été affichées dix jours à l'avance suivant la coutume, rencontrèrent, avant la soutenance même, des contradicteurs qui cherchèrent à indisposer le pape contre le théologien espagnol. Dès le lendemain de la discussion, Tostat écrivit à Eugène IV pour l'assurer de l'orthodoxie de ses sentiments et de sa doctrine. Il présenta à ses juges un écrit contenant une courte exposition et une confirmation des propositions attaquées avec la réfutation des objections qui lui avaient été faites. Cet écrit est reproduit au chapitre vu du Defensorium. Les juges ne voulurent ni l'approuver ni le condamner. Cependant, le cardinal Jean de Torquemada.dans un traité inédit contre ces trois propositions, rapporte qu'elles ont été qualifiées par une députation de trois cardinaux et d'autres savants théologiens. C'est pourquoi, Tostat rédigea plus tard, pour se justifier, une Défense de ses trois propositions. De retour en Espagne, le docteur de Salamanque obtint la première dignité de la collégiale de Pincia; il
fut aussi membre du conseil royal et grand référendaire de la Castille. En 1449, sur le désir du roi Jean, Eugène IV le nomma évêque d'Avila ; c'est pourquoi ce théologien est souvent cité sous le nom latin A'Abulensis. Il mourut le 3 septembre 1455, à Bonilla de la Sierra, près d'Avila. Il fut inhumé clans le chœur de sa cathédrale, et l'épitaphe, gravée sur son tombeau, célèbre son savoir universel par ce vers :
Hic stupor est mundi qui scibile discutit omne.
Ses principaux ouvrages latins ont été imprimés à Venise, 13 in-fol., 1507; 1547; 17 in-fol., 1596; 24 in-fol., 1615; 27 in-fol., 1728, et à Cologne, 13 in-fol., 1613. La plupart sont des commentaires longs et diffus, composés de 1436 à 1449, sur les livres historiques de l'Ancien Testament, depuis la Genèse jusqu'aux Paralipomènes, et sur l'Évangile de saint Matthieu. « Ce docte évêque, dit Richard Simon, Histoire critique des commentateurs du Nouveau Testament, Rotterdam, 1693, p. 488, a rempli son ouvrage d'un si grand nombre de questions théologiques à propos des paroles de son texte, que ce n'est plus un simple commentaire. » Quelques-unes de ces questions nous paraissent oiseuses et singulières, mais elles étaient dans le goût du temps. D'ailleurs, à peu près toutes les matières dogmatiques et morales sont exposées dans les commentaires de Tostat suivant la méthode scolastique, et à l'aide de l'Index, qui forme le treizième volume de l'édition de Cologne, il serait facile de constituer une somme complète de théologie. Ainsi, le chapitre xix de saint Matthieu fournit au fécond exégète l'occasion d'écrire un beau traité de la grâce. Cf. Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, Rotterdam, 1685, p. 423; Calmet, Bibliothèque sacrée, IVe part., a. 4, dans le Dictionnaire de la Bible, Paris, 1730, t. iv, p. 353; R. Cornely, Introductio generalis, 2e édit., Paris, 1894, p. 688-689. Tostat a fait aussi un commentaire sur le f. 14 du chapitre vu d'Isaïe : Ecce Virgo concipiet, etc. Le t. xn des Opéra, Cologne, 1613, contient plusieurs opuscules théologiques composés en latin. — 1° Paradoxa quinque, dédiés à la reine de Castille. Tostat y expose les applications, diverses et contradictoires en apparence, de l'image du vase à la sainte Vierge et celles des titres de lion, d'agneau, de serpent et d'aigle donnés à Jésus-Christ. Dans ce cadre un peu étrange on trouve une bonne partie des traités de l'Incarnation et de la Rédemption. —2° Defensorium trium conclusionum. Cette apologie comprend deux parties. La première, adressée à l'archevêque de Tolède, explique et justifie la proposition suivante : Licet nullum peccatum cujuscumque conditionis et pro quocumque slutu irremissibile sit, a pœna tamen aut a culpa Deus non absolvit,nec aliquis absolvere potest, que Jean de Torquemada déclarait erronée et hérétique. Tostat ne niait pas le dogme de la rémission des péchés, pas plus que le pouvoir d'absoudre légitimement exercé par le pape et par les prêtres, mais il prétendait l'expliquer dans un sens plus strict que les autres théologiens. Distinguant dans le péché huit éléments, l'acte lui-même, la coulpe. l'offense, la tache, les ténèbres, la peine et l'inclination au mal, il soutenait que l'acte lui-même et son défaut de rectitude, qui constitue la faute, étant passagers, cessent d'exister avant la rémission et l'absolution et ne peuvent être par conséquent ni remis ni absous. L'offense, si on la considère dans son effet, dans l'indignation que Dieu garde contre le pécheur, et la tache, demeurant au contraire, après l'acte, Dieu en fait la remise, quand il rend la grâce au pécheur repentant. Les ténèbres ou la privation de la lumière divine, si on les distingue de la tache, disparaissent elles aussi à l'infusion de la grâce. Il y a d'une certaine manière absolution de la peine, due au péché. Dieu absout le pécheur repentant de l'obligation de subir la peine éternelle; le pape, en accordant une indulgence plénière, l'absout de l'obliga-
ALPHONSE TOSTAT — ALTING
tion de subir au purgatoire la peine temporelle; mais les prêtres n'en donnent pas l'absolution, ils enlèvent partiellement l'obligation de la subir. Ces distinctions sont bien subtiles et l'explication du pouvoir d'absoudre telle que Tostat la donnait, s'écarte singulièrement de l'enseignement commun des docteurs. La seconde partie du Defensorium a été écrite par ordre du cardinal ■de Saint-Ange. Tostat justifie les deux propositions que •ses adversaires avaient qualifiées de téméraires et de scandaleuses : « 1. Jésus-Christ a souffert sa passion au commencement de la trente-troisième année de sa vie; — 2. Par conséquent, il est mort, non pas le 25 mars, comme on le croit communément, mais le 3 avril. » — 3° Opusculum de sanctissima Trinitate. L'auteur démontre l'existence du mystère de la Trinité par les preuves scripturaires; celles qu'on prend dans l'Ancien Testament ne lui paraissent pas convaincantes; elles ne sont que persuasives. — 4. De statu animarum post liane vitam. Tostat y prouve, d'après Aristote, la survivance des âmes, y réfute la métempsycose et y établit que l'enfer ne peut être que dans les entrailles de la terre. — 5. De optima politia, d'après Aristote. — 6. Contra clerieos concubinarios, comprenant quatorze conclusions. Parmi les ouvrages que Tostat rédigea en langue espagnole, nous citerons : Tratado de los dioscs de la gentil idad o las calorze quaestiones, Salamanque, 1506; Burgos, 1515; Anvers, 1551. Une de ces questions est celle-ci : « Pourquoi les écrivains sacrés qui parlent si souvent de saint Jean-Baptiste et des Apôtres, mentionnent si rarement la Mère de Dieu?» — Confessional en cl quai despues de haver tratados de todos los peccados, pone en fin los casos al obispo y siono pontifice pertenecientes, in-4°, Logrono, 1529; in-8°, 1545. — Arles y instruction para todo fiel Chris tiano conio lia de dezir Missa y su valor, in-4°, Saragosse, 1503.
Possevin, Apparatus sacer, Cologne, 1608, t. I, p. 46-47; Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, xv" siècle, Paris, 1698, p. 313-316; Viera y Clavijo, Elogio de Alonso Tostado, in-4% Madrid, 1782; Michaud, Biographie universelle, Paris, 1826, t. xlvi, p. 307-308; Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1866, t. xlv, p. 518-519; Hurler, Nomenclator literarius, Inspruck, 1899, t. iv, col. 762-766.
E. Mangenot.
ALSTED Jean Henri, théologien protestant, né à Vallersbach, près de Herborn (duché de Nassau), en 1588. Il professa la philologie, puis la philosophie et enfin la théologie à l'université de Herborn. Député au synode de Dordrecht par l'Église du Nassau en 1618, il souscrivit à la condamnation d'Arminius. En 1629, il passe à l'université nouvellement fondée de Yeissembourg (Transsylvanie), et meurt en 1638. Ecrivain d'une étonnante fécondité, il a publié sur les sujets les plus divers une multitude d'ouvrages dont on peut voir la liste au xne tome des Mémoires de Nicéron. Nous ne signalerons que les principaux de ses traités théolo- :i(|iies : 1° Lexicon tlteologicum, in-12, llanau, 1612; — ■2° Theologia naturalis... adversus athseos et sopfiislas hujus temporis, in-i", Francfort, 1615; — 3" Theologia casuum conscientiie, in-1", llanau, 1616; — 4" Theologia catechelica, in-1", llanau, 1616; — 5° Theologia scholastica didactica, in-4°, llanau, 1618; — 6" Theologia polemica, exhibens prœcipuas hujus sévi in religionis ■negolio controversïas, in-i", llanau, 1620; — 7° Theologia vrophelica (scil. homiletica), in-4°, Hanau, 1022; — 8° Diatribe de mille annis apocalypticis, in-8°, Francfort, 1627; Alsted y soutient les théories millénaristes et fixe à l'an 1694 le commencement du règne de Jésus- Christ sur la terre; — 9° De manducalione spirituali, transsubstantiatione, sacrificio missse dissertatio; item de ecclesia ejusque parlibus et proprietatibus adversus Ilellarminum, in-fol., Genève, 1629; — 10° Loci communes theologici perpetuis simililudinibus illustrati, in-12, llanau, 1641. Tous les ouvrages d'Alsted qui trai-
tent de religion ont été mis à l'index par décret dt 10 mai 1757.
Nicéron, Mémoires, t. xli, Paris, 1740 ; Bayle, Dictionnaire liistorique et critique; Hauck, Realencyclopœdie. Leipzig, 1896.
Y. Oblet.
ALTAMURA (de) Ambroise, de son nom A. del Giudice, né à Altamura, royaume de Naples, le 16 novembre 1608. Dominicain, maître en théologie et régent des études au studium général d'Andria. Mort vers 1676. — i.Il Melchisedech, overo Lczzioni in Iode delSS.sacramento dell' Eucaristia divise in tre ottave, Rome, 1653, in-8°; — 2. Panagion, seu SS. Dominicanorum quorum per annum ubique in ordinis Prmdicatorum Ecclesiis solonniaceh'brantur clogia. Pars prima, Naples, 1671, in-8°; — 3. Bihliolhecœ Dominicanse accuratis collectionibus primo ab ordinis constitutione iisqite ad annum 1000 productse hoc seculari apparatu incremenlum et prosecutio, Rome, 1677, in-fol.
Quétif-Echard, Scriptores ordinis Prxdicatorum, Paris, 1721, t. il, p. 600; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1893, t. h, col. 239.
P. Mandonnet.
ALTENSTEIG ou ALTENSTAIG Jean, écrivain catholique, né à Mindelheim (Souabe), vivait dans la première moitié du XVIe siècle. Il est l'auteur d'un Lexicon Iheologicum, in-fol., Haguenau, 1517, et Anvers, 1576.
Moreri, Grand Dictionnaire, supplément, Bàle, 1748; Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1855.
ALTHAMER André (1198-1560), pasteur luthérien, connu encore sous les noms de Palœosphyra, son nom grécisé, et de Brenlius, de Brenz, en Souabe, où il naquit. Humaniste, exégète, théologien, il est surtout connu pour ses travaux scripturaires. Comme théologien, aux conférences de Berne sur l'eucharistie (1527- 1528), il défendit contre les catholiques et les zwingliens la thèse luthérienne de la consubstantiation. On a de lui un Catechismus, où il expose par demandes et par réponses l'ensemble de la doctrine chrétienne selon Luther. Ce catéchisme, publié pour la première fois en 1528, a été réédité récemment par Kolde, Erlangen, 1895.
Voir l'article Allhamer, dans Bayle, Dictionnaire historique et critique; Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, t. i, Paris, 1892; Hauck, Realencyclopœdie, Leipzig, 1896.