‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 380 sur 536 · E. MARIN · texte numérisé non relu

E. MARIN

AMBROSIEN (Rit). — I. Source. II. Origines. III. L'année liturgique. IV. La messe. V. L'office divin. VI. L'initiation chrétienne (baptême, confirmation et première communion). VII. Autres sacrements et rits di. vers. — Les lecteurs sont priés de se reporter à la bibliographie qui termine cet article, pour le titre des ouvrages dont nous nous bornerons à indiquer les auteurs.

I. Sources. — Les textes anciens de la liturgie ambrosienne sont en grande partie inédits. Les principaux

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sacramentaires sont les manuscrits : 1° A 24 bis inf. de la bibliothèque ambrosienne à Milan (xe siècle), ex ecclesia sanctorum Pétri et Pauli quse est Abiaschœ (Biasca), metrocomia in Lepontiis ; 2° A 24 inf., même bibliothèque ambrosienne (xie siècle), ex ecclesia Lodrini in Lepontiis, contenant, outre les oraisons et les préfaces, les épitres et les évangiles ; 3° trésor de la cathédrale de Milan (XIe siècle), paraissant provenir de Saint-Satyre de Milan ; 4° trésor de la cathédrale de Milan (XIe siècle), même type que le précédent (les bénédictins de Solesmes publient, d'après ce manuscrit, l'ordinaire de la messe, Sacram. Bergam., p. 91 sq.); 5° trésor de la cathédrale de Milan (xie siècle), fragmentaire provenant de l'église d'Armio, près du lac Majeur, même type que les deux précédents; 6° bibliothèque ambrosienne, T. 120 sup. (xie siècle), même type que les précédents, partie d'été. Delisle, p. 199-208. A ces manuscrits, on peut en ajouter deux autres du trésor de Monza du xet du xie siècle, Delisle. p. 198, n. lxv et lxviii; un sacramentaire conservé à la bibliothèque de S. Alessandro in Colonna de Bergame, du xe-xie siècle, et dont les bénédictins de Solesmes préparent l'édition. Nous citons ce dernier, Sacram. Bergom., d'après les sept premières feuilles tirées, qui nous ont été gracieusement communiquées. Le texte donné comme messe ambrosienne par Pamélius et reproduit par Daniel et par M. Probst, est une mosaïque sans autorité. Cf. Duchesne, Origines, p. 109, n. 2.

Le pontifical est représenté par les manuscrits suivants : 1° bibliothèque capitulaire de Milanf 1 4 (ix° siècle), contenant les rituels de la dédicace, des ordinations, de la vêture, du couronnement, diverses bénédictions et une série d'oraisons appropriées à la vie quotidienne d'un monastère, publié par M. Magistretti; 2° même bibliothèque 21 (anc. H 9) (XIe siècle), incomplet, contenant notamment un Urdu : Beconciliatio violâtes ecclesise, analogue à ceux de dom Martène III et IV, analysé et publié par M. Magistretti.

L'antiphonaire est publié par les bénédictins de Solesmes, Paléographie musicale, t. v, d'après un manuscrit du XIIe siècle, British Muséum, add. 34209. Le plus ancien hymnaire connu est un manuscrit du Vatican, Beginensis 11, du vie-vne siècle, Ehrensberger, p. 17; cf. p. 1 1.

Un coutumier, Manuale, œuvre de Béroldus, cérémoniaire du XIIe siècle, a été reproduit avec négligence par Muratori, puis, avec plus de soin, par M. Magistretti.

Une source dont on ne peut user qu'avec précaution est le De sacra/mentis du pseudo-Ainbroise, P. L., t. xvi, col. 417 sq . L'ouvrage suppose qu'une partie de la population est encore païenne. D'autre part, l'auteur utilise le De mysteriis de saint Ambroise. Il est donc du commencement du Ve siècle environ. M. Probst et dorn Morin ont émis l'hypothèse que ce livre provenait de notes prises par des auditeurs de saint Ambroise pendant les instructions prêchées par lui aux néophytes. Probst, Liturgie des vierten Jahrhunderls, p. 232; Bévue bénédictine, 1894, p. 76. M. Duchesne pense qu'il a été composé' dans une église de l'Italie septentrionale, où les usages de Rome et de Milan étaient combinés, peut-être à Ravenne, Origines du culte, p. 109. Quand l'auteur parle de la conformité aux usages romains, en un passage où, précisément, il constate une divergence, il y a lieu de tenir cette affirmation pour plus théorique que réelle : Non ignoranvus, guod ecclesia romana hanc consueludinem non habeat, cuius lypum in omnibus seguimur et formai» (III, i, 5). Les ressemblances que l'on a relevées avec la liturgie gallicane, Ceriani, Notitia, p. 02, 65, loin d'être suspectes, doivenl être, au contraire, prises en considération, comme des restes de l'ancien usage milanais. La décrélale d'Innocent Ier à Decentius, évoque d'Eugu-

bium , écrite en 416, nous révèle aussi un certain nombre de particularités propres à cette église et, vraisemblablement, à toute la région. Or, cette région est précisément celle où s'exerçait l'influence de Milan. Il n'est donc pas contraire à la méthode de considérer les particularités blâmées par le pape comme caractéristiques du rit milanais. P. L., t. xx, col. 551. Il faut bien se garder de tirer quoi que ce soit des commentaires du prétendu Ambroise sur saint Paul. Cf. G. Morin, L'Ambrosiaster, dans la Bévue d'hist»et de litt. religieuses, t. iv, 1898, p. 97.

Enfin, d'après Mabillon et M. Ceriani, la liturgie ambrosienne a gardé une certaine fixité pendant tout le cours du moyen âge et les changements auraient été insignilîants après le ixe siècle. La date des manuscrits importerait donc peu, puisque, malheureusement, nous n'en avons pas d'antérieurs au IXe siècle. De même, les livres imprimés, de 1475 à 1548, devraient être considérés comme des témoins assez fidèles. En tout cas, il n'y a rien à conclure de cette fixité générale pour définir les origines et le caractère de la liturgie milanaise; car tel vestige d'un état antérieur différent, conservé dans un manuscrit ancien , et même dans des imprimés, le Vere sanctus, du sacramentaire de Biasca au samedi-saint, par exemple (cf. infra), disparait dans le sacramentaire de la cathédrale de Milan du XIe siècle. Ainsi, le peu que nous savons ne nous autorise pas à dire que cette liturgie n'a jamais évolué, mais nous oblige à reconnaître le contraire. La façon maladroite dont les missels imprimés combinent le Vere sanctus avec le Te igitur romain dans l'exemple cité, dénonce même le caractère artificiel et non primitif de l'état actuel. Cf. Bénédictins de Solesmes, Paléographie musicale, v, Avant-propos, p. 60.

Le vieux Landulfe (xie siècle) raconte dans son histoire des évêques de Milan, il, 10, P. L., t. CXLVH, col. 853, comment le rit ambrosien a été romanisé. Au temps de Charlemagne et du pape Hadrien, se tint à Rome un synode d'évêques. Un certain nombre protestèrent contre la liturgie de saint Ambroise, ils prétendaient que c'était une violation du serment que doivent prêter les évêques. Liber diurnus, m, 7. A la suite de cette protestation, Charlemagne résolut ut quicquid in canlu et ministerio divino inveniret a Bomano diversum, totum deleret, et ad unilateni ministerii romani uniret. En conséquence, il pai'tit à Milan et fit détruire ou envoyer par delà les monts quasi in exsilium, omnes libros Ambrosiano titulo sigillatos quos vel dono vel prelio vel vi habere poluit. L'évèque Eugène, respectueux de la mémoire de saint Ambroise, usa de son influence sur Charlemagne et sur le pape pour les faire revenir à de meilleurs sentiments. On déposa sur un autel les deux manuscrits, du rit romain et du rit ambrosien, et il fut convenu que celui qui s'ouvrirait de lui-même serait conservé et l'autre détruit. Or, tous deux s'ouvrirent en même temps. Eugène partit alors à Milan et rechercha les livres ambrosiens. Mais il ne put retrouver qu'un missel, qu'un prêtre pieux avait caché. Le Manuale fut reconstruit de mémoire par les prêtres et les clercs. Ce bavardage de Landulfe est, comme bien d'autres, fort sujet à caution. Il est possible, cependant, que Charlemagne, dans son zèle pour la liturgie romaine, ait attaqué le rit ambrosien. La destruction des anciens livres de culte a dû avoir, dans l'obédience de Milan, pour cause première un rajeunissement de la liturgie qui a été rapprochée du rit romain. 11 ne faut pas non plus négliger les nombreux incendies qui, à Milan même, ont si souvent détruit des parties de la ville, bien que ces incendies soient plus récents. Cf. Paléographie musicale, v, Avant-propos, p. 2, n. I.

II. Origines. — Le Ht ambrosien est le rit particulier à l'Église de Milan et aux Églises soumises à son influence, Parmi les liturgistes modernes, MM. Probst,

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Ceriani, Magistretti, le rattachent au rite romain; M. Duchesne et dom Cagin, au rit gallican. Les trois premiers pensent que l'autorité des papes a dû étendre à ces pays la liturgie romaine, considérée par ces savants comme la seule primitive. C'est principalement sur des raisons théologiques et sur la primauté du pape qu'ils s'appuient. Il est inutile d'observer que la thèse opposée ne peut embarrasser les théologiens, puisque les liturgies orientales, si différentes de la liturgie romaine, ne sont pas considérées comme une difficulté sérieuse et que les Églises particulières peuvent développer leur discipline d'une façon autonome. On trouvera plus loin, particulièrement au § IV relatif à la messe, diverses preuves de la parenté du rit ambrosien avec l'ancien rit gallican, en même temps que les principales ressemblances du rit ambrosien avec le rit romain.

Il y a aussi dans la théorie de Probst une équivoque sur laquelle dom Cagin a fait la lumière. La liturgie romaine dont on parle est relativement récente. Rien ne s'oppose a priori à ce que le rit ambrosien nous ait conservé fragmentairement des survivances d'un état plus ancien du rit romain. C'est l'hypothèse à laquelle se rallie dom Cagin; il voit dans les différents rits gallicans des spécialisations d'un rit romain ancien. M. Duchesne considère le rit milanais primitif, dont nous n'avons plus que des vestiges, comme la source des rits gallicans; d'après lui, le rit milanais lui-même aurait pour origine une réforme faite par l'évèque Auxence (355-374) dans le sens d'une accommodation des usages byzantins. Quoi qu'il en soit, la part prise par saint Ambroise à la constitution de ce rit ne saurait être déterminée historiquement. Voici tout ce que nous savons à cet égard. Dans un sermon contre Auxence (publié P. L., t. xvi, col. 1017 c), on lit, § 3i : Hijmnorwnx quoque meoruni carniinibus deceptum populum ferunt. Plane nec hoc abnuo. Grande carmen istud est quo nihil potentius quam confcssio Trinitatis quse collidie totius populi ore celebratur? Certalim omnes student fideni fateri, Patrem et Filium et Spiritum sanction norunt versibus prœdicare. Facti sunt igitur omnes magislri qui vix poterant esse discipidi. Ainsi, pour vulgariser la doctrine orthodoxe sur la Trinité, Ambroise composa des hymnes que chantait à l'église tout le peuple, divisé en deux chœurs probablement, certalim. Ce chant à deux chœurs, appliqué aux psaumes, est aussi une des innovations d'Ambroise. Saint Augustin la mentionne avec les hymnes, Confess., IX, vu, 15: Tune hymni et psalmi ut canerentur secundum morem orientalium partium (l'Église de Syrie) ne populus mœroris tsedio conlabesceret institutum est, et il nous donne en même temps la date de cette innovation : c'était au moment où Justine réclama pour les ariens la jouissance de la basilique porcienne (386 ; cf. Ih m, Studia Ambroisiana, p. 359). Enfin le biographe d'Ambroise, le diacre Paulin, lui attribue l'introduction de l'office même de vigiles : Hoc in tempore, primum anliplionse, hymni et vigilise in ecclesia Mediolanensi celebrari cœperunt. Cuius celebritatis devolio usque in hodiernum diem non solum in eadem ecclesia, verum per omnes pœne Occidentis provincias manet. § 13, P. L., t. xiv, col. 31 d. Ces innovations liturgiques sont des importations grecques. On ne doit pas oublier, quand on cherche à déterminer l'influence d'Ambroise, que par sa culture et par ses sympathies il était plus grec que latin, Ad. Harnack, Geschichte der altchristliclien Literatur, t. i, p. lv, quoique sa nature d'esprit et son caractère fussent profondément romains.

III. L'année liturgique. — Elle commence à la Saint- Martin. Ce fait s'explique par la durée de l'Avent. Il y si six dimanches de l'Avent. Si Noël tombe le dimanche (coïncidence nécessairement supposée dans la distribution de l'année), le 1er dimanche se trouve reporté au 13 novembre. Comme les samedis sont numérotés

d'après le dimanche suivant, le 12 novembre est le 1er samedi de l'Avent. Les anciens livres ne séparaient pas le propre des saints du propre du temps, mais plaçaient les fêtes de saints en tête des époques liturgiques correspondantes. La fête de saint Martin (11 novembre) était donc une date naturelle pour le début du cycle. Le dimanche avant Noël était consacré à la Vierge : Doniinica VI Adventus; item ad Sanclam Mariant. L'office de ce jour était festal, avec vigiles. Cette couleur spéciale correspond à la fête de la sainte Vierge que dans certains pays gallicans on plaçait avant Noël, le 18 décembre, en Espagne, depuis le concile de Tolède de 656. Or dans l'hypothèse de Noël tombant un dimanche, le dimanche précédent porte la date du 18. C'est notre fête de VExpectatio. D'ailleurs ce dimanche d'avant Noël et toute la semaine s'appellent dans le rit ambrosien ante Nalivitatem Domini scu de exceptato (sic). Les fêtes après Noël sont de saint Etienne, de saint Jean, des Innocents et de l'ordination de saint Jacques. Cette dernière, dont l'office ramène par un jeu de mots continuel le nom de Jacob, est intéressante. En Orient et dans le rit gallican, le 27 décembre était d'abord commun aux saints Jacques et Jean. A Rome, on le consacrait seulement à Jean. Le rit ambrosien a adopté, ici comme ailleurs, un compromis. Dans l'hypothèse d'une semaine complète après Noël, il reste deux jours pour lesquels existent les offices du samedi et du dimanche après Noël. La fête du l,r janvier est appelée simplement l'octave de Noël. Puis viennent l'Epiphanie avec cinq dimanches subséquents, et ensuite les dimanches de la septuagésime, de la sexagésime, de la quinquagésime. Le dimanche suivant s'appelle dans l'antiphonaire : in capite quadragesimse, désignation analogue à celle de in capite ieiunii. C'est que le jeûne commençait alors seulement et non au mercredi précédent; de plus, du moins au temps de saint Ambroise, on ne jeûnait pas le samedi, de même qu'en Orient et en Gaule. Ambroise, De Elia et ieiunio, x, 34. P. L., t. xiv, col. 708. Les dimanches suivants sont numérotés I, II, III de Quadragesima (correspondants à nos 2e, 3e et 4e dimanches) et de même les jours de chaque semaine précédente. Le 1er (2e) porte aussi, d'après l'Évangile, le nom de De Samaritana; le 2e (3e) De Abraham; le 3e (4e) celui de De cseco; le 4e ou dimanche avant les Rameaux, De Lazaro; le dernier s'appelle Dom. in ramis palmarum. Ce jour-là, d'ailleurs, on ne lisait pas l'évangile de l'entrer à Jérusalem, qui était assigné au 4e dimanche de l'Avent; mais il était fait mention de l'entrée de Notre- Seigneur à Jérusalem dans la préface. Sacramentarium Bergomense, p. 58, n. 465. La Benediclio cineris et cilicii est placée après la messe du samedi de la 2e semaine, avant le dimanche De Abraltam. Les désignations de ces dimanches, si on les compare aux indications du Liber comicus de Tolède (édit. Morin, 1893), nous révèlent une transposition : le 2e (3e) dimanche était dans le rit mozarabe celui de l'aveugle né et le 3e (4e) Mediante die festo, Joa., vu, 14. C'est que le rit ambrosien a introduit dans l'économie de son évangéliaire une péricope romaine, Joa., vm, 31-59, d'où est tiré aujourd'hui l'évangile de la Passion. Dans l'ordre actuel, la Missa in mediante die festo est placée entre le 3e et le 4e dimanche après Pâques. Cf. Sacramentarium Bergomense, p. 78. Durant la semaine pascale, le rit ambrosien a gardé l'usage gallican des deux messes quotidiennes, la première in ecclesia minore (ou « hiemali ») pro baptizatis (cf. la rubrique du Missale gallicanum vêtus : Missa matutinalis, per totam Pascham pro parvulis qui renati sunt, mature dicenda), et la seconde, in ecclesia maiore. Les Rogations avaient lieu immédiatement avant la Pentecôte. C'était un jeûne de trois jours. Sacramentariinn Bergomense, p. 83, n. 706. Il y a là peut-être une adaptation d'un usage nouveau à une ancienne litanie célébrée en Espagne, au jeûne de la

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Pentecôte (concile de Girone en 517, c. n), adaptation antérieure à une solennité de l'Ascension distincte de celle de la Pentecôte. Paléographie musicale, loc. cit., p. 102, 103. C'est sans doute l'explication du jeûne qui, plus tard, fut établi dans les dix jours qui séparent l'Ascension de la Pentecôte et qui est constaté dés la fin du ive siècle. Philastrius, User., cxlix, P. L., t. xn. col. 1287 Les 25 dimanches qui suivaient la Pentecôte jusqu'à l'Avent étaient ainsi répartis : 15 dimanches après la Pentecôte, 5 dimanches après la Décollation de saint Jean-Baptiste (29 août), 1" dimanche d'octohre, dimanche avant la Dédicace, 3 dimanches après la Dédicace. Cette ordonnance est simplifiée dans le sacramentaire de Bergame qui compte 22 dimanches après la Pentecôte, un dimanche avant la Dédicace et les trois suivants, p. 103, 104. Il est à noter que l'interposition de la Dédicace introduit une perturhation dans la distribution des pièces de chant, tandis que rien ne trahit un désordre dans la partie euchologique. Ce fait pourrait conduire à conclure l'antériorité du règlement de l'antiphonaire sur celui du sacramentaire. Paléographie, t. v, p. 112. C'estaprès l'octave de la Pentecôte qu'est placé l'ordinaire de la messe dans les sacramentaires.

Les fêtes de saints sont plutôt particulières à Milan qu'au rit lui-même. Elles ont un caractère local. Là on peut saisir l'inlluence directe de saint Arnbroise. On sait quelles découvertes de corps saints eurent lieu de son temps à Milan et de quelle pompe il entoura leurs translations. Mentionnons les fêtes du baptême de saint Arnbroise (30 novembre), de l'ordination de saint Ambroise (7 décembre), de saint Sévère, évèque de Ravenne, mort en 390 (Ier février), de la depositio de saint Ambroise (5 avril), de la translation de saint Nazaire (10 mai), des saints Protais et Gervais (18 juin), des saints Nazaire et Celse (28 juillet), de la depositio de saint Simplicien et de la translation des saints Sisinnius et Alexandre (17 août). Au culte des saints, se rattachent les comrnémoraisons du canon de la messe, longues listes de noms, ordinairement disposées en colonnes (cf. Delisle, p. 200, 202, 203, surtout 207); des listes moins longues étaient lues au Nobis guoque et au Libéra nos. Jbid., p. 201-207, On a \ ait une dévotion particulière à saint Benoit, dont on célébrait la fête le 21 mars. Il avait une messe particulière avec une préface très laudative : Hic est ille coelestis negotii mercator egregius per quem ad viam salutis multorum corda conversa sunt, quique monachorum innumerabilium pater existons, quos verbis imbuerat adstruebat exemplis : ut non solum exanimalis redderet corporibiis vitam, sed erroris obscurilate detersa, animas ressusataret multorum . Cette préface a déjà disparu du sacramentaire de Bergame. Le nom de saint Benoît se lisait aussi au canon de la messe quotidienne, à la fin de la liste des noms. Ces traces de culte ont été effacées dans les temps modernes. Cf. Mabillon, Observaliones, p. 108.

La prétention de l'Église de Milan de remonter à saint Barnabe s'affirme dans la messe particulière de la fête que contiennent les missels imprimés depuis celui de 1500. Son nom ne figure cependant pas dans le canon. Il n'y a rien de tout cela dans les manuscrits anciens et saint Ambroise ignore cette « tradition » dans son sermon contre Auxence. P. L., t. xvi, col. 1012 c, n. 18.

IV. La messe. — 1° La messe ambrosienne. — Elle était, comme ailleurs, divisée à l'origine en deux parties que séparait le renvoi des catéchumènes. Les livres liturgiques postérieurs nous ont conservé les formules de congé de la missa cathecumenorum, bien qu'ils les adaptent à d'autres usages liturgiques. La formule la plus complète esl la suivante : .Si qnis Iudœus, procédât. Si guis paganus, procédât. Si guis hsereticus, procédai. Cuius cura non sit, procédât. Cette formule était dite par le diacre le samçdi avant les Hameaux, in tradilione symboli. On chaulait ensuite, avec les en-

fants : Venite filii audite me, timorem Domini docebo vos, etc. Mabillon, Observ., p. 108, pense que cette cérémonie était le prologue de la Tradilio symboli, à laquelle pouvaient assister seulement les fidèles et les élus. Cette conjecture ne s'accorde pas avec l'ordre supposé par saint Ambroise pour l'époque ancienne. Ejiist., xx, n.4; cf. infra. On trouve encore : Procédant compétentes, ou simplement : Ne quis ealhecumenus. Cf. Beroldus, Manuale, p. 82 ; antiphonaire, p. 150-151 et 265 du manuscrit. Procedere a ici le même sens que recedere. Encore aujourd'hui, le prêtre dit à la fin de la messe, avant de se retirer : Procedamus in pace. Ri. In nomine Chrisli.

On prêchait presque chaque jour, et cela dès le temps d' Auxence. Adv. Aux., 26, P. L., t. xvi, col. 1015 b. L'évêque prêchait au moins le dimanche, omni die dominico, S. Augustin, Confess., VI, m, 4, P. L., t. xxxu, col. 721 ; les autres jours, ce ministère était accompli par les prêtres à défaut de l'évêque, in sacerdotum traclatibus. S. Ambroise , Epist., LXIII, ad Vercellenses, n. 10, P. L., t. xvi, col. 1192 A. Le sermon s'appelait tractalus : post lectiones atque tractatum, dimitlunlur catechumeni. S. Ambroise, Epist., xx, n. 4, P. L., t. xvi, col. 995. Les catéchumènes y assistaient donc, comme aussi quiconque voulait entrer et écouter. Les portes de l'église étaient fermées seulement après. Le sermon roulait sur l'une des trois lectures faites auparavant : prophétique, apostolique ou évangélique.

Pour la suite de la messe, voici, au surplus, l'ordre des cérémonies d'après le missel actuellement en usage. Avant les lectures (voir plus bas, 2° Ressemblances, 2 ), aussitôt après Ylngressa, le prêtre a dit une première oraison : Oratio super populum. Après les lectures et le Pacem habete du diacre , on étend un voile sur l'autel et le prêtre dit ïOratio super sindonem. Puis, se succèdent la cérémonie des Vecchioni (voir plus bas), l'offertoire (la prière Suscipe Sancta Trinitas est plus longue que dans le rit romain et comporte des variantes suivant les fêtes et les temps de l'année), le Credo, VOratio super oblata équivalent de la secrète romaine, et enfin la préface suivie du Sanctus. Telle est la seconde partie de la messe. Mais si le cadre général est le même que dans la messe romaine, les formules offrent quelques différences.

De plus, un rit caractéristique a lieu encore aujourd'hui à l'Offertoire. L'église métropolitaine nourrit dix vieillards laïcs, appelés Vecchioni, et dix vieilles femmes. Ils portent un costume traditionnel spécial. Au moment de l'offertoire, deux vieillards, enveloppés de serviettes blanches, les famines, s'avancent vers les degrés du presbyterium. Ils tiennent d'une main l'oll'rande, de l'autre une fiole de vin. Le prêtre reçoit le tout dans des vases d'or. Deux vieilles femmes font la même cérémonie.

Le plus ancien sacramentaire ambrosien, celui de Biasca, nous offre, sous le titre de Missa canonica, une messe quotidienne qui contient le canon. C'est une sorte de messe-type, correspondant à la Missa romensi$ colidiana d'autres sacramentaires. Le canon a été publié parCeriani, Xotitia; Magistretti, Liturgia, t. i, p. 194; Ebner, p. 76. Cette messe est placé au milieu du volume, après la semaine de la Pentecôte; dans le sacramentaire de Bergame, entre le IVe et le Ve dimanche après la Pentecôte,

Le canon du missel imprimé' comprend les pièces suivantes : Te igitur ; Mémento, Domine, famuïorum tuorurn (prière pour les vivants) ; Communicantes, Hanc igitur, Quam oblatiohem-. Apres celle dernière prière,

le prêtre va au coin de l'épitre et se lave en silence le bout des doigts. I.a consécration a lieu par le récit de l'institution «le l'eucharistie. Le canon ne diffère donc

pas du canon i lain. Il comporte seulemenl quelques

variantes de rédaction : 1" à la lin du Te igitur, après les

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mentions de I'évêque et du prince, on a : Nec non et pro famulis N. N.; 2° Quani oblalionem quant pielati tuse o/ferimus, lu, Deus, in omnibus, etc. ; 3° Qui pridie quant pro nostra et omnium salute pateretur accipiens panem elevavit oculos ad cselos ad te, Deum, Patrem suum omnipolentem... dicens ad eos :... Simili modo posteaquam cenatum est, accipiens calicem elevavit oculos ad cœlos ad te, Deum, Patrem suum omnipotentem, item tibi grattas agens, f benedixil, tradidit discipulis suis dicens ad eos : Accipile et bibile ex eo omnes ; hic est enim calix sanguinis mai, novi et seterni Testamenti (sans mysterium fidei, déjà introduit au XIe siècle dans le sacramentaire du trésor de la cathédrale), qui pro nobis et pro multis effundelur in remissionem peccatorum ;mandans quoque et dicens ad eos : lime quotiescunque fecerilis in meam commemorationem facietis, morlem meam prsedicabitis, resurrectionemmeam adnunliabilis , adventum meum sperabitis, donec iterum de cselis veniam ad vos. Une finale de ce genre se retrouve dans la liturgie mozarabique et les liturgies orientales. Cette formule développée est un souvenir de saint Paul, I Cor., xi, 26. Les variantes 2° et 3° sont données ici d'après le sacramentaire de Biasca; la variante 1° se trouve dans le sacramentaire du trésor, mentionné plus haut, I, 4°. Toutes ces variantes ont disparu des missels imprimés qui ont le texte pur du canon romain.

Après la consécration, le missel actuel donne : Unde et memores, Supra quse propilio, Supplices te rogamus, Mémento eliam (prière pour les morts), Nobis quoque peccaloribus. Ici encore le missel actuel reproduit le texte du missel romain. Les manuscrits au contraire ont quelques variantes : 1° Unde et memores sumus, Domine, nos lui servi sed plcbs tua sancta Domini noslri Ihesu Chrisli Passionis nec.non et ab inferis mirabilis Resurreclionis sed et in cœlos gloriosissintœ- Ascensionis, offerimus prseclarse maiestati tuée de luis donis ac dalis f hosliam puram j- hostiam sanctani j- hostiam ininiaculalam, hune panem sanctum vilse seternse et calicem salutis perpétuée ;2° Supra quse... munera iusti pueri tui...; 3° Supplices... ante conspectum tremendse maiestatis tuse, ut quotquot ex hoc altari sanctificalionis, sacrosanctum Corpus et Sanguinem Domini nostri Ihesu Christi sumpserimus...; 4° Mémento eliam et eorum, nomina qui nos prœcesserunt... Istis et omnibus... ; 5° Nobis quoque minimis et peccaloribus famulis tuis de multitudine misericordise tuse sperantibus...

La prière de la fraction de l'hostie est la suivante : Per quem hsec omnia, Domine, semper bona créas ■f sanclificas f vivificas f benedicis et nobis famulis tuis largiler prsestas, ad augmentum fidei, ad remissionem omnium peccatorum nostrorum et est tibi Deo Patri omnipotenti ex ipso et per ipsum et in ipso, omnis honor, virtus, laus, gloria, imperium, perpetuitas et potestas in unilate Spiritus Sancti per infinita smcula sseculorum. Amen. Dans le missel imprimé, le texte romain a remplacé cette clausule solennelle. Le prêtre met ensuite le fragment d'hostie qu'il vient de détacher dans le calice, en disant, d'après le missel imprimé : Corpus tuum frangitur, Christe, calix benedicitur; sanguis luus sit nobis semper ad vitam et ad salvandas animas; — et d'après les manuscrits : Commixtio consecrati corporis et sanguinis Domini nostri Ihesu Christi, nobis edenlibus et sumentibus, in vitam œternam. Amen (ou, d'après le ms. de Biasca, sumentibus proficiat ad vitam et gaudium sempiternum). On chante (ou on lit) alors le Confractorium : voir plus bas.

Aussitôt après la fraction, se place le Pater. Le Libéra nos suit, sans variante notable (sans aucune variante dans 1 imprimé). La paix est donnée dans la forme suivante : Pax et communicatio Domini nostri Ihesu Christi sit semper vobiscum. r). Et cum spiritu tuo. Et le diacre

DICT. DE THÉOL. CATHOL

dit ensuite : Offerte vobis pacem. Ici l'imprimé et les manuscrits concordent. Dans l'usage actuel, ÏAgmis Dei n'est chanté qu'aux messes de morts, et l'on passe aussitôt aux trois prières avant la communion. Ces prières manquent dans les manuscrits.

La formule de la communion du prêtre est, dans l'imprimé, la suivante : Corpus Domini nostri lesu Chrisli proficiat mihi sumenli et omnibus pro quibus hoc sacrificium attidi ad vitam et gaudium sempiternum. La communion est distribuée aux fidèles avec la simple formule Corpus Christi, à laquelle on répond Amen.

On peut conjecturer que, du temps de saint Ambroise, on conservait dans l'église l'eucharistie. Il la reçut au moment de sa mort. Dans une lettre à Félix, évêque de Côme, Epist., iv, n. 4, P. L., t. xvi, col. 890, il dit à propos de l'autel d'une basilique nouvellement consacrée : lbi arca Testamenti undique auro tecta, id est doctrina Christi, doctrina sapienlise Dei. lbi dolium aureum habens manna, receptaculum scilicet spirilalis alimonise et divinse prompluarium cognilionis. Ce texte peut s'appliquer aux Écritures, malgré l'avis contraire de Mabillon, Observât., p. 105.

Après la pièce de chant appelée Transitorium , le prêtre dit la postcommunion. Il y a donc quatre oraisons fondamentales dans la messe ambrosienne : Super populum, Super sindonem , Super oblata (secrète), Postcommunion. Aussitôt après la postcommunion, on dit : Dominus vobiscum. r). Et cum spiritu tuo. Kyrie eleison (3 fois). Benedicat et exaudiat nos Deus. r|. Amen. Le diacre dit : Procedamus cum pace. r). In nomine Christi. Cette forme de congé est encore usitée. On y a ajouté la prière Placeat, la bénédiction et l'évangile de saint Jean du missel romain d'aujourd'hui.

La messe comporte les pièces de chant suivantes : Ingressa, ou introït (sans psaume ni Gloria Patri ni répétition); Psalmellus, répons qui suivait la leçon prophétique (et plus tard l'épitre); un verset alléluiatique après la leçon apostolique; les jours de fête, comme Noël, une antienne avant l'évangile, une antienne après l'évangile, qui accompagnait la procession de l'oblation ; YOffercnda, qui suivait immédiatement, quand les vases sacrés étaient déposés sur l'autel sous le voile; le Confractorium, antienne exécutée pendant la fraction du pain; le Transitorium , pendant la communion.

Parmi les archaïsmes de ce rit, comptent les messes vespérales des veilles de grandes fêtes, Noël, l'Epiphanie. Nous ne connaissons plus de ce type aujourd'hui dans le rit romain que celle du samedi saint. Voici ce que nous trouvons indiqué Ad vesperum , par exemple, pour la veille de Noël : une antienne, lucernarium, suivie d'un responsorium archidiaconile et de quatre psalmelli avec leurs leçons et leurs oraisons. Pendant le dernier commence la messe sans ingressa; elle comporte comme pièces de chant un offertoire, un confractorium, un transitorium. L'office s'achève par deux antiennes avec leurs psaumes et par le Magnificat précédé de son antienne.

Mabillon conclut d'un passage de saint Ambroise, Epist., xiv, n. 15, P. L., t. xvi, col. 998, qu'il célébrait la messe tous les jours.

Des comparaisons précédentes se dégage un fait. Le missel ambrosien a subi, du xi« siècle au temps de la découverte de l'imprimerie, des changements. Ces changements ont eu pour but de le ramener à une plus grande ressemblance avec le missel romain. Il n'y a donc rien à conclure de ces ressemblances, soit pour l'historien soit pour le théologien. Nous allons voir que ces changements ne sont rien en comparaison de ceux qui ont dû être opérés plus tôt. Le canon de la messe ambrosienne n'est pas le canon primitif. Il a pourtant, dans sa forme la plus ancienne, celle des mss. du XIe siècle, son intérêt. Si vraiment il est une importation romaine mise à la place d'une forme inconnue, ce canon nous donne

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ou peut nous donner un texte ancien du canon romain. Mais cela n'est qu'une conjecture. La seule notion sûre, c'est que le canon ambrosien n'est pas pur et primitif. On ne peut donc l'alléguer comme témoin dogmatique que pour la date des manuscrits qui nous en ont conservé le texte. Cette appréciation va se préciser et se justifier par les considérations suivantes.

2° Ressemblances de la messe ambrosiennè avec la messe romaine et la messe gallicane. — Dans l'état que nous présentent les documents, la messe ambrosiennè est un mélange de cérémonies propres aux rits romain et gallican.

Parmi les traits communs avec la liturgie romaine ou inspirés par elle, il faut mentionner : le salut du commencement de la messe avec la formule Dominus vobiscum (et non Dominus sit semper vobiscum) ; le Gloria in excelsis ; la préparation de l'oblation et l'offrande après l'évangile; la teneur du canon; la fraction du pain suivie immédiatement de la commixtion (ordre établi à Rome par Grégoire le Grand).

Il y a des « gallicanismes » évidents dans l'office ambrosien du jeudi saint et du samedi saint. Le jeudi saint, après le récit de l'institution de l'eucharistie, au lieu des prières du canon romain Unde et memores, jusqu'à Nobis quoque inclusivement, on lisait une formule d'épiclèse : Hsec facimus, liœc celebranius, tua, Domine, prœcepla servantes et ad communionem inviolabilem hoc ipsuni quod corpus Domini sumimus morlem dominicam .nunliamus. Muratori, Lit. Rom. vêtus, t. i, p. 133. Cette formule est le pendant de la collecte Post pridie des sacramentaires gallicans. A la messe du samedi saint, une formule également unique reliait directement au Sanctus le commencement du récit de l'institution : Vere sanctus (début commun aux liturgies orientales et gallicanes), vere benedictus dominus noster Iesus Chrislus, filius tuus. Qui cum Deus esset maiestatis descendit de aelo, formant servi qui primus percerai suscepit et sponte pati dignalus est ut eum quem ipse fecerat liberaret. Vnde et hoc paschale sarri/icium tibi offerimus pro his quos ex aqua et Spiritu sancti) regenerare dignatus es, dans eis remissionem omnium peccatorum, ut invenires eos in Christo Iesu domino nostro ; pro quibus tibi, Domine, supplices fundimus preces ut nomina eorum pariterque famuli tui imperatoris scripla habeas in libro viventium. Per Christum dominum nostrum, qui pridie... Duchesne, Origines du culte, p. 20Ô-206. Si l'on réunit ces deux particularités, on a un type de messe sans canon; c'est précisément le type gallican. 11 y a de plus, au jeudi saint, un autre témoin de cet état primitif de la messe milanaise, de sorte qu'à lui seul l'office de ce jour suffirait pour nous reporter à un temps où le canon romain ne faisait pas partie du service. Dans plusieurs manuscrits, on a avant le récit de l'institution de l'eucharistie une formule : Tu nos, Domine, participes Filii tui..., publiée par Gerbert, 1. 1, p. 73, Pamelius, 1. 1, p. 339, Muratori, P. L., t. lxxiv, col. 943. Cette pièce n'est qu'un Post Sanctus gallican, équivalent du Vere sanctus cité plus haut. Mais quand on voulut la conserver après l'adoption du canon romain, on hésita et on l'intercala tantôt à l'intérieur du Communicantes, tantôt après le Communicantes immédiatement avant liane igitur. Ces hésitations suffisent à dénoncer la combinaison. Cf. Paléographie musicale, t. v, avant-propos, p. 63 sp.

Le jour de Pâques, le missel ambrosien présente le prologue gallican du Pater : Divino magisterio edocti et salutaribus monilis insliluti audemm dice.re.

Voici encore un certain nombre de détails communs aux rits ambrosien et gallican : le triple chant du Kyrie eleison, sans lien avec la litanie diaconale (cependant il faut reconnaître que le chant du Kyrie est, semble-t-il, plus ancien à Home et à Milan qu'en Gaule : concile de Vaison, c. ni); l'hymne des trois

jeunes gens dans la fournaise, exécuté à certains jours avant l'Évangile; la récitation des diptyques, avant la préface (lettre de saint Innocent à Decentius), disparue de bonne heure par suite de l'adoption du canon romain; la récitation du Pater après la fraction du pain; la bénédiction solennelle d'avant la communion, si caractéristique de la messe gallicane. Pour d'autres points, nous n'avons que des débris ou des amorces de l'ancien ordo de la messe milanaise. 1° Un trait gallican nous a été conservé dans une rubrique du sacramentaire de Bobbio : la Collectio post Prophetiam. On entendait par Prophetia le cantique Benedictus Dominus Israël, exécuté après le Kyrie dans la liturgie gallicane; il a disparu de la liturgie ambrosiennè en laissant ce souvenir. 2° La leçon prophétique ne se rencontre plus aujourd'hui qu'aux messes du carême, du saint sacrement, d'après la Pentecôte; à Pâques, à l'Ascension et à la Pentecôte, elle est remplacée par une lecture des Actes. On avait encore l'habitude au XIe siècle de lire les Gesta sanctorum à la messe des fêtes de saints, transformation de la leçon prophétique entièrement perdue plus tard. Cf. lettres de Paul et Gebebard, Mabillon, Musseum italicum, I, il, p. 97. Cette lecture des Gesta aux messes des saints est elle-même un trait gallican. Paléographie musicale, t. v, avant-propos, p. 186-187. 3° A Milan, le baiser de paix était placé autrefois après VOrat io super sindonem , prière du voile, équivalent de la secrète romaine. Cette place du baiser de paix est ancienne, puisque Innocent se plaint à Decentius, en 416, de ce qu'on le donne avant la consécration, ante confecla mysteria. Le diacre disait : Pacem habete. Erigile vos ad orationem: on répondait : Ad te Domine, réponse semblable à celle des liturgies grecques : Doî, KOpie. Dans la liturgie gallicane, le baiser de paix a lieu après la lecture des diptyques et la collecte « post nomina ». On sait qu'il se donne dans la liturgie romaine avant la communion. Aujourd'hui encore, le diacre chante avant YOratio super sindonem : Pacem habete, et l'on répond comme plus haut, tandis que le baiser de paix se donne après le Pater. La formule mutilée est restée, sans le rit correspondant. 4° On sait que dans la liturgie romaine, la prière des fidèles, qui avait lieu après l'évangile, a entièrement disparu, de sorte qu'une invitation à prier, Oremus, reste sans réponse. Dans le rit gallican, cette prière existe et commence par une litanie diaconale. A Milan, il n'en subsiste que des restes : 1. après l'évangile de toutes les messes, la triple invocation Kyrie eleison; 2. la litanie des dimanches de carême, mais transportée au commencement de la messe.

Ainsi, quand on sépare les deux espèces d'éléments, la partie gallicane se révèle à nous comme primitive. C'est la qu'on retrouve des perturbations, des coupures, des traces d'arrachement. La messe ambrosiennè est une messe gallicane romanisée. Cette transformation est ancienne. Elle est antérieure à nos plus anciens documents qui sont du v siècle. Elle a dû se faire progressivement. M. Duchesne, Origi>tes du culte, p. 8i, conjecture que le temps de la plus grande influence romaine doit être celui de la retraite de l'archevêque de Milan à Gênes, entre le temps de l'invasion lombarde (.">70) et la prise de Gênes par Rotharis (6il); c'est le temps du pontificat de Grégoire le Grand.

V. L'OFFICE iiivin. — L'office, tel que nous le fait entrevoir l'antiphonaire, comportait, à matines, des stations à l'oratoire de la Croix et au baptistère, à vêpres, une station au baptistère. Voici la disposition des pièces de chant pour les matines d'un dimanche de l'A vent: l'tj. post hyninuni, trois antiennes, ad lectiones il. I et 2; ant. ad cant. « Cantemus Domino », ant. in « Benedictus », ant. in « Laudate », Capitulum , Psallenda in baptisterio, lî). in bapt., ant. Psall. in alio. Les veilles de fêtes se passaient presque tout entières m chants et en lectures. Ainsi le (i« dimanche de l'Avent, consacré à la Vierge,

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comportait, de la veille au soir jusqu'au lendemain : 1° des vêpres; 2° l'office proprement dit de vigiles (l'antiphonaire porte : fi1, subdiaconile, ant. double [avec y.], cantique, Ri., ant. double, Rj., ant. double, Psallenda, Ri., Psallenda, Kyrie eleison, Gloria, Ecce ancilla); ces deux premières parties sont portées au compte du samedi; 3° matines, à peu près comme plus haut, suivies d'une messe de l'aurore, dont l'antiphonaire n'a plus au XIe siècle que Yingressa et le psalmellus, 4° l'ofiice du matin intitulé Marie, comportant 32 psaumes avec leurs antiennes, où l'on retrouve les antiennes 0 (le nombre des psaumes varie suivant l'importance du saint : 6 pour saint Babylas, 9 pour saint Sébastien, 11 pour saint Jean, 12 pour saint Etienne, etc.); cet office se termine par Kyrie, Gloria, une antienne et parait destiné à remplir l'intervalle entre la première messe et la messe solennelle. Nous pouvons nous faire par là une idée de la façon dont on avait combiné l'antique office de vigiles avec les innovations de l'ascétisme, vêpres et matines. Ce type est commun aux fêtes sanctorales seulement. Les jours de Noël et de l'Epiphanie, il n'y a ni vigiles, ni office du matin, mais les premières vêpres avec la messe (voir plus haut) et les matines. Celles-ci, en revanche, sont beaucoup plus longues, divisées en trois nocturnes appelés turmee. Suivant une conjecture vraisemblable de M. Magistretti, ce terme suppose que, lorsque de tels offices étaient encore fréquents, tout le clergé n'y assistait pas à la fois, mais qu'il y paraissait en groupes successifs. Voiries tableaux schématiques du même auteur. La Liturgia, 1. 1, p. 119- 187. Signalons seulement les restes de l'ancien usage où le peuple réuni à l'avance pour les grandes synaxes s'y préparait par la lecture des leçons alternée avec le chant des psaumes. Dans la pratique actuelle, les psaumes sont réduits en psalmelli, représentatifs des psaumes complets. On a les leçons suivies de psalmelli aux premières vêpres de Noël, de l'Epiphanie, du jeudi saint et de la Pentecôte. Aux vêpres du vendredi de la première semaine de carême, on trouve aussi la rubrique : In choro post. R|. singulis sextis feriis, canuntur lectiones quattuor cum suis psalmellis et orationibus. Cette réduction a pris une autre forme dans la Psallenda, qui est aussi le dernier débris d'un psaume avec antienne. Un exemple de ces réductions se trouve encore dans les laudes actuelles de Noël et de l'Epiphanie, où la Psallenda secunda sert d'antienne aux sept derniers versets du Benedictus divisé en deux moitiés par le Rj. in baplisterio. Magistrelti, Liturgia, t. I,p.l69. L'ordre des leclures a subi des changements depuis le temps de saint Ambroise. Il nous apprend que le lundi saint on lisait Job, et le mercredi, .lonas. Epist., xix, n. 14, 25, P. L., t. xvi, col. 998 a, 1001 c. Aujourd'hui on lit, ces deux jours-là, Jérémie à l'office et Isaïe à la messe; une longue lecture de Jonas est placée en revanche le jeudi saint. Du temps de saint Ambroise d'ailleurs, d'après Mabillon, une partie des lectures était déterminée par la continuité du texte divisé en péricopes successives. Il en résultait que la lecture de telle partie n'était pas fixée d'avance et mise en rapport avec la solennité, mais simplement prise au point où l'on en était resté. Il n'existe pas d'indications de péricopes antérieures au vni"- IXe siècle. Elles se trouvent en marge d'un manuscrit plus ancien des évangiles, bibliothèque ambrosienne C 39 inf. Cf. Bugati, Memorie di S. Celso, p. 90. Il n'y a pas d'évangéliaire avant cette date, par exemple, le manuscrit de la bibliothèque ambrosienne A 28 inf. Cf. Bugati, p. 96, et Dozio, Esposizione délie cerimonie délia Missa, append. I, p. 116. L'office de laudes se terminait anciennement par une longue prière, Magna laus angeloruni, qui avait des parties communes avec notre Gloria in excelsis, le Te Deum et la prière matinale des Constitutions apostoliques, vu, 47. Voir le texte, Paléographie musicale, t. v, p. 267 du ms.

VI. L'initiation chrétienne (baptême, confirmation, première communion). — Des diverses cérémonies sacramentelles, celle sur laquelle on peut signaler le plus de particularités, est l'initiation chrétienne. On est cependant assez mal renseigné sur les scrutins qui précédaient le baptême dans le rit gallican et qui étaient destinés à vérifier la préparation des candidats et à les présenter aux fidèles. Une rubrique de l'antiphonaire ainbrosien, p. 150, nous apporte quelques indices. Dans la première semaine de carême, les compétentes se présentaient chaque jour à matines aux regards des fidèles. Le dimanche suivant, ils donnaient leurs noms. Le premier scrutin parait avoir eu lieu le deuxième samedi de carême. On récitait sur les catéchumènes diverses prières, ils recevaient la bénédiction du prêtre, après quoi ils se retiraient. Anliphon, ambr., p. 150, 151 du manuscrit. La rubrique leur donne le nom de compétentes dans les deux premières semaines, et de catecumini dans les deux suivantes. Le jour des Rameaux, avait lieu la Traditio symboli, S. Ambroise, Epist., CCIV; aussi le samedi précédent s'appelle-t-il In tradilione symboli. Ici encore, le rit ainbrosien concorde avec le rit gallican. D'après les livres ambrosiens du moyen Age, il y avait trois scrutins au lieu des sept de l'usage romain.

Le baptistère était séparé de la basilique d'après le récit même de saint Ambroise. Les fonts étaient bénits dans la veillée de Pâques, avant le moment de donner le baptême. Le sacramentaire de Biasca nous a conservé deux formules qui se retrouvent aujourd'hui dans le pontifical romain, 1. Il, De consecr. Eccl. Il y a de nombreux points de contact entre ces formules et un passage de saint Ambroise. In Luc., x, 48, P. L., t. xv, col. 1815 B.

A Milan, le rit de YEffela était renvoyé au samedi saint, comme à Rome; mais il n'avait pas lieu dans une cérémonie spéciale et était pratiqué au moment même du baptême. De plus, on se servait de l'huile sainte et non de salive, usage de type gallican. Rev. d'hist. et de litt. rel., 1897, t. n,p. 74. Puis, chaque catéchumène, entièrement nu, laplizalus toto corpore, S. Ambroise, In Ps. CXVM, xvi, 29, P. L., t. xv, col. 1434, renonçait diabolo et operibus eius, mundo et luxuriie eius ac voluptatibus. Le baptisant était alors tourné vers l'Occident. Ici .'je plaçait un rit fort curieux : la sputation. Le baptisant crachait vers l'Occident, où le diable était supposé se tenir (d'après une conjecture probable de dom Morin, dans la Revue bénéd-, t. xvi, 1899. p. 414, sur Demysteriis, n, 7, P. L., t. xvi, col. 391 : cui renuntiando m os sputarcs). Ce rit existe encore en Orient. Il n'a pas laissé d'autres souvenirs en Occident. Il se tournait ensuite vers l'Orient, ad orientent converteris : qui enim renuntiat diabolo ad Clirislum convertilur, De myst., H, 6, 7, P. L., t. xvi, col. 391, descendait dans la piscine et confessait sa foi en réponse aux questions posées. Le sacramentaire de Biasca nous donne ici un texte semblable à celui du rituel romain. Après le baptême, avait lieu le lavement des pieds, comme en Gaule. Cet usage existait déjà au temps de saint Ambroise, qui applique aux néophytes le souvenir évangélique : Mundus erat Parus sed plantam lavare debebat. De myst., vi, 32, P. L., t. xvi, col. 398 C.

La confirmation était conférée après le baptême. Saint Ambroise, De myst., vu, 41-42, ibkl., col. 402, nous a conservé le sens général de la formule, analogue à celle du sacramentaire gélasien. On rentrait ensuite à l'église, inter lumina neophytorum splcndida, inter candidatos regni cœlestis. La messe interrompue s'achevait et les nouveaux baptisés étaient admis à la sainte table, mais non à l'offerte; ce n'était que le huitième jour, du moins au temps de saint Ambroise, qu'ils se mêlaient aux fidèles dans l'offrande. C'est, du moins, le sens le plus naturel d'un passage obscur de saint A m-

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