‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 419 sur 536 · C. Sommervogel · texte numérisé non relu

C. Sommervogel

AMINTA Philippe, dominicain italien. On a de lui : Epitome absoluta ac novissima de locis theologicis, ad theologise candidatorum institutionem scitu necessaria, Macerata, 1819; — L'Ebraismo sema replica e sconfttto colle stesse armi, con 100 parafrasi délie profezie avverate in Gesù Christo, Rome, 1823.

P. Mandonnet.

AMMIEN MARCELLIN, historien de valeur, était un Grec originaire d'Antioche. Il s'adonna de bonne heure aux études, sans négliger pour cela la carrière des armes. Il servit sous Constance, sous Julien l'Apostat en Perse, et dans différentes guerres sous ses successeurs. Retiré à Rome où il mourut vers l'an 400, il écrivit une histoire romaine en trente et un livres : Rerum gestarum libri XXXI, pour faire suite aux Annales de Tacite, depuis l'année 96 après J.-C. (Nerva) jusqu'à la mort de Valens en 378. Les treize premiers livres sont perdus. Les dix-huit derniers, les plus intéressants parce qu'ils traitent la période contemporaine de l'auteur, sont conservés et constituent l'une des sources les plus sûres et les plus abondantes pour l'histoire du IVe siècle depuis l'élévation de Gallus, frère de Julien l'Apostat, au rang de César. L'ouvrage d'Ammien Marcellin n'a pas de valeur littéraire; la lecture en est rendue pénible par l'emphase du style, la recherche de tournures poétiques, la bizarrerie et l'obscurité des constructions. L'auteur avait de la lecture et citait ou imitait servilement et tour à tour ses auteurs favoris . Virgile, Horace, Ovide, Lucain, Plaute, Térence, Cicéron, Aulu- Gelle, Salluste, César, Tacite, etc. Le fruit de son labeur est une marquetterie un peu confuse, où le mauvais goût de l'époque se double des défauts personnels à l'auleur. En revanche il a créé une mine de renseignements historiques, géographiques et archéologiques. Ses informations sont ordinairement très sûres, la droiture de son jugement et l'impartialité de ses récits inattaquables.

Ammien Marcellin a parlé du christianisme en plusieurs rencontres, avec tant d'égards, que certains critiques en ont conclu jadis qu'il était chrétien (Claud. Chifllet). Le contraire est certain. Lui-même ne se donne nulle part pour chrétien, bien qu'il écrive à la lin du ive siècle (vers 390) sous des empereurs chrétiens, à une époque où aucun retour de fortune ne pouvait plus galvaniser le paganisme. Lorsqu'il parle de choses chrétiennes, de martyres ou de synodes, il introduit des explications, des bouts de commentaire qui trahissent une plume païenne, écrivant un ouvrage destiné à des lecteurs païens qui n'ont qu'une connaissance vague et superficielle du christianisme. Au contraire, il parle avec aisance, naturel et déférence des usages païens, des auspices et des augures, xxi, 1. Il est trop éclairé pour croire à un grossier polythéisme; plus détaché que Julien lui-même des formes religieuses du paganisme, il appartient à cette classe de païens qui étaient arrivé à

une sorte de monothéisme assez analogue au déisme rationaliste. La croyance en une divinité supérieure, fatum, numen, directrice des destinées du monde, vengeresse des crimes, rémunératrice des bonnes actions, se manifeste clairement chez Ammien dans le récit de l'assassinat de Gallus par Constance, parmi une grande abondance d'images païennes : vigilavit utrobique superni numinis œquitas... xiv, 11, 24-26.

Ammien professe une véritable estime pour le christianisme dont il se sent rapproché par sa croyance en un numen cseleste, œternum, divinum, perpetuum, xxvii, 3, 15, summum, cfficax, xiv, 11, 25, et par le sérieux de la conduite morale. Tout en louant chez Julien la science philosophique, les qualités d'homme d'État et de général, il relève le contraste de ses efforts pour « faire revenir sur terre la justice exilée au ciel » avec l'iniquité de ses défenses à l'égard des chrétiens : illud aulem erat inclemens obruendum perenni silentio, quod arcebat docere magislros rhetoricos et grammaticos ritus christiani cullores, XXII, 10, 7; il fait à Jovien une sorte de mérite d'avoir été christianse legis studiosus, xxv, 10, 15; il laisse entrevoir son estime pour les vierges chrétiennes : inventas... alias quoque virgines christiano rilu cullui divino sacratas, custodiri intactas et religioni servire solito more, nullo vêtante, prœcepit (il s'agit de Sapor, roi des Perses), xvm, 10, 4. De même il parlait avantageusement des chrétiens qui deviare a religione compulsi pertulerc cruciabilcs pœnas, ad usque gloriosam mortem intemcrata fide progressi, et nunc martyres appellantur, xxn, 11, 10. Enfin Ammien ne ménage pas les éloges, aux clercs chrétiens, surtout aux clercs qui vivant aux champs répandaient l'édification par la régularité et l'austérité de leur vie, xxvn, 3, 15. Si Ammien est bien disposé à l'égard des chrétiens, il n'est pas des leurs : il regarde le christianisme avec sympathie sans en redouter les succès, mais sans en pénétrer les principes, sans en approfondir les doctrines, sans se passionner ni même s'animer pour les controverses. Son éloge des clercs champêtres a pour pendant la critique des mœurs du clergé de Rome, vivant dans le luxe, les plaisirs, recherchant les honneurs et les largesses des matrones, briguant le siège épiscopal. Il avait assisté aux luttes sanglantes que se livrèrent les partisans du pape Damase et de son compétiteur Ursinus et il en rapporte quelques traits : constat in basilica Sicinini, ubi ritus Christiani est conventiculum, uno die centum triginta septem reperta cadavera peremplorum, xxvn, 3, 13. De même qu'il ne soupçonne pas l'intérêt que prennent les chrétiens à la légitimité de leurs évêques, de même il ne saisit guère les nuances des doctrines qui mettaient aux prises les fidèles. C'est à propos du rôle de Constance dans les querelles ariennes qu'Ammien écrit ces paroles souvent citées : Ckristianam religionem absolutarn et simplicem anili superstitione confundens in qua scrutanda perplexius qtiam componenda gravius excilavit discidia plurima; quse progressa fusius aluit concertatione verborum ut catervis antistitum junientis publias ultro citroque discurrentibus per synodos, quas appellant, dum ritum omnem ad suuni trahere conantur arbitrium, rei vehicularim succideret nervos, xxi, 16, 18. Il est peu croyable que l'historien ait appliqué l'expression de religio absoluta et simplex au christianisme orthodoxe et prétendu stigmatiser l'arianisme comme une superstitio anilis. Il est très vraisemblable que le christianisme qu'Ammien a en vue est un christianisme philosophique, tel qu'il se le ligure, et plus ou moins conforme à son propre déisme, et que la superstition qu'il reproche à Constance de favoriser ce n'est pas tant une secte chrétienne que les subtilités dogmatiques elles-mêmes. En tant qu'homme d'État, il réprouve les disputes interminables d'évêques jaloux de plier tous leurs coreligionnaires à leur ma-

AMMIEN MARCELL1N — AMORT

nière de voir et ces innombrables synodes qui désorganisent le service des postes impériales.

La même réprobation se trouve exprimée indirectement par Aminien Marcellin, sans distinction d'orthodoxes ni d'ariens, lorsqu'il raconte que Julien l'Apostat rappela les exilés (parmi lesquels se trouvaient beaucoup de catholiques) afin de ranimer les querelles théologiques : « Il savait, dit l'historien, que les chrétiens étaient pires que des bêtes féroces quand ils disputaient entre eux, » xxn, 5.

Ammien Marcellin est un sage, dont la philosophie religieuse, réduite à quelques principes très simples, porte encore le vêlement des formes et des images païennes. Il fréquente une société très mêlée, où païens et chrétiens commencent à se souffrir les uns les autres. Il reste à l'extérieur du christianisme; il le voit par le dehors; mais il le juge bien, avec impartialité et indépendance, autant qu'il est possible à un écrivain qui reste étranger au détail de la doctrine et au mécanisme des institutions. Le témoignage qu'il leur rend est toujours indirect, mais d'autant plus précieux à recueillir qu'il n'est point influencé par un esprit de parti.

Éditions : L. XIV-XXVI, par Sabinus, Rome, 1474; 1. XIV- XXX, par Gelenius, Baie, 1533 ; 1. XTV-XXXI, Fr. Lindenbrog, Hambourg, 1609 ; Henri et Adrien Valois, Paris, 1G3G et 1C81 ; Jacques Gronovius, Leyde, 1693 ; Ernesti, Leipzig, 1773 ; Wagner, Leipzig, 1808; Eyssenhardt , Berlin, 1871; Gardtliausen, 2 vol., Leipzig, Bibl. Teubner, 1874 sq. — Cf. Claud. Chifflet, De Ammiani M. vita et libris rerum gestarum rnonobiblion , Louvain, 1627; G. A. Cart, Quœstiones Ammianese, Berlin, 1868; Teulïel, Histoire de la litt. romaine,traduction Bonnard et Pierson, t. m, Paris, 1883, p. 183 sq.

IL Hemmer.

AMOLAZ (de) François, secrétaire de Jean d'Autriche, publia Deiparse triumphus ab originali, in-4°, Barcelone, 1655.

Hurter, Nomenclator literarius, 2" édit., Inspruck, 1892, 1. 1, col. 382.

A. Vacant.

AMOLON. Voir Amulon.

AMORT Eusèbe, né à Bibermuhle, près de Tolz, en Bavière, le 15 novembre 1692, entra fort jeune chez les chanoines réguliers de Pollingen, y fit profession et enseigna tour à tour, dans ce même couvent, les diverses branches de l'enseignement ecclésiastique, hilosophie, théologie et droit canon. Sa vive et brillante intelligence, ne pouvant se confiner dans cet horizon d'études abstraites, s'appliquait alors simultanément à la culture des lettres et des sciences naturelles. C'était d'ailleurs de ce côté que devait un jour briller la gloire du jeune et zélé professeur qui, pour faire partager à ses élèves ses goûts littéraires et établir parmi eux un courant d'émulation, institua une sorte d'académie, destinée à être plus tard le modèle de celle qui se fonda à Munich et dont il fut nommé membre en 1735. Sa réputation naissante le désigna au choix du cardinal Leccari qui se l'attacha comme théologien, l'emmena à Borne et lui donna ainsi la facilité de compléter ses vastes connaissances dans les riches et célèbres bibliothèques de cette ville, aussi bien que dans le commerce des hommes les plus instruits de son temps. C'est là qu'il noua d'intimes relations avec ce que Borne avait de plus remarquable en science et en dignité, comme le témoignent ses échanges de lettres intimes avec les papes Benoit XIII et Benoît XIV, avec les cardinaux Leccari, Galli, Orsi, etc., et les éminents théologiens Concilia et Alphonse de Liguori. De retour dans sa patrie en 1735, après une absence de deux ans, Amort fut élu doyen du couvent de Pollingen et employa tout son temps et tout son savoir à faire (leurir en Bavière une sorte de renaissance littéraire et scientifique dont il devint comme le centre d'action. 11 défendit aussi avec énergie l'auloiilé du pape et publia, jusqu'à sa

mort, 5 février 1775, une foule d'ouvrages de tous genres : poèmes, hypothèses astronomiques, philosophie, théologie, mystique, critique et droit canon, qui, réunis ensemble, formeraient comme une vaste encyclopédie. On comprend dès lors que son savoir soit moins profond qu'étendu encore qu'il reste très estimable et qu'il soit digne des éloges que Benoit XIV et saint Alphonse de Liguori lui ont prodigués. En morale, Amort enseigne le probabilisme avec beaucoup de chaleur et de logique, tout en gardant dans la pratique un peu trop de sévérité. Voici ses principaux traités : Theologia eclectica moralis et scliolastica, 4 vol. in-fol., Augsbourg, 1752, et Bologne, 1753, revue par Benoît XIV avant d'être imprimée; — Ethica cltristiana, in-8°, Augsbourg, 1758; Theologia moralis inter rigorem et laxitatem média, 2 vol. in-4°, Augsbourg, 1739; — Systema doctrinal circa duo prœcepta spei et caritatis, in-8°, Augsbourg, 1749;

— Moralium actionum régula in opinabilibus, in-4°, Venise, 1756; — Traduction latine du Dictionnaire des cas de conscience, de Pontas, épuré des doctrines gallicanes et rigoristes de son auteur, 2 vol. in-fol., Venise, 1733; — Controversiœ morales ou justification du précédent écrit, Augsbourg, 1739; — Disquisitiones theologicœ de controversiis in theologia morali insignibus, in-8°, Venise, 1745; — ldea amoris divini, dissertation sur le premier commandement, in-8°, Augsbourg, 1739; — Responsio ad scrupulos G. Linhard primi ac maximi mandati : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, Augsbourg, 1746.

Il a laissé en droit canon, Elementa juris canonici veteris et moderni, 3 vol. in-4°, Ulm, 1757; Ferrare, 1763, défense de la juridiction ecclésiastique contre les tentatives agressives des politiciens de son temps; — Reflexiones et principia meliora de jurisdictione ecclesiaslica, in-i», Francfort, 1757, sans nom d'auteur : c'est une réponse au livre de P. de la Borde, Principes sur l'essence des deux puissances ; — Velus disciplina canonicoruni regularium et secularium d'après des manuscrits inédits, 2 vol. in-4°, Venise, 1748; — enfin une réfutation anonyme des arguments de von Lochstein contre l'immunité ecclésiastique, Verschiedene Fragen ùber Ver. von Lochstein Grande, Strasbourg, 1766. — En philosophie nous avons de lui : Philosophia pollingana, 4 vol. in-12, Augsbourg, 1730; — Wolfiana judicia de philosoplda et leibnitiana pltysica, in-4°, Francfort, 1746.

— Quant aux ouvrages de dogme et d'apologétique, il faut citer : Demonstratio critica religionis catholicx nova, modesta,facilis, in-fol., Venise, 1744; — Abliandlung von Anrufung der Heiligen, in-8°, Venise, 1756, apologie du culte des saints; — De origine, progressu,valore et f'ructu indulgentiarum accurata notilia historica, dogmalica, critica, in-fol., Augsbourg, 1735. Notons aussi qu'il combattit les doctrines jansénistes.

Il a enrichi la mystique d'un précieux travail : De revelalionibus, visionibus et apparitionibus privalis régulai lutse ex Scriptura, Conciliis, Sanclis Patribus aliisque oplimis auctoribus collectée, explicatse atque exemplis illustratae, 2 vol. in-4°, Augsbourg, 1744. A signaler également ses recherches sur le véritable auteur de l'Imitation de Jésus-Christ : Scutum Kempense, in-4°, Cologne, 1725; Plena et succincta informatio de statu totius controversise, in-8°, Augsbourg, 1725; Ccrtitudo moralis pro Th. Kempensi , in-4°, Batisbonne, 1764. Toutes ces dissertations, dirigées contre les gersénistes, sont d'une rare érudition et d'une très judicieuse critique. Amort s'est encore illustré dans plusieurs questions scripturaires. Voir Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, 1892, 1. 1, col. 512. Ses observations astronomiques sont consignées dans : Nova philosophia planetarum et artis critica: systemata, in-i", Nuremberg, 1723, et ses œuvres littéraires dans Parnassusboicus, in-4°, Munich, 1722. On a gravé son portrait avec cette inscription : Lillerarunt, maxime sacrarum, per Bavariam restau-

AMORT — AMOS

ralor. Il passait pour un homme sage, modeste et profondément savant.

Feller, Biographie universelle, Paris, 1845, t. m, p. 45; Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, 1811, t. il, p. 59; Glaire, Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, t. I, p. 90, Paris, 1868; Wettzer et Welte, Kirchenlexikon . 1' édit., t. I, col. 754; Baader, Das gelehrte Bayern, Nuremberg, 1804, t. I, p. 20; Von Savioli-Corbelli, Ehrendenkmal des Eus. Arnort Gedàchtnissrede in einer offcntl. Versammlung der Akademie der Wissenschaftcn 4777 zu Mùnchen gehalten; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1895, t. m, col. 201.

G. Toussaint.

AMOS (hébreu: 'âmôs; Septante: 'AfAÔ>;,« idest pasrâÇtov qui apud latinos povlans dicitur, » S. Jérôme, Prsef. in Joël., P. L., t. xxv, col. 9i, ou bien forme abrégée du nom Amasias, « Yahveh le soutient, » après l'ellipse fréquente du nom divin), le troisième des petits prophètes dans la liste de l'hébreu comme dans celle des Septante et de la Vulgate. — I. Le prophète. II. Ses prophéties. III. Division du livre. IV. Prophétie messianique. V. Texte, versions et commentaires.

I. Le prophète. — D'après sa prophétie il était berger et son troupeau est appelé so'n, petit bétail : c'est donc au sens large que les Septante le nomment [îoxôXoç, armenlarius boum. Km., 1, 1; vu, 15. Il avait de plus une occupation agricole, ibid., vellicans syconwros, faisant l'incision aux ligues des sycomores, pour les faire mûrir, — ou tout simplement les cueillant, cette figue servant de nourriture aux pauvres. Sans autre préparation, sous les rois Ozias de Juda et Jéroboam II d'Israël, Dieu l'envoya à Béthel prophétiser la ruine du royaume d'Israël et de la dynastie de Jéhu.. Amasias, grand-prêtre du sanctuaire royal, essaya de lui imposer silence et le fit renvoyer dans le royaume de Juda. C'est en effet à Thécué de Juda, à six milles au sud de Bethléem, qu'Amos était berger, soit qu'il en fût originaire, soit qu'il y soit seulement venu après son expulsion du royaume d'Israël, i, 1. A ces renseignements bibliques sont venues s'ajouter certaines traditions assez incertaines dont nous ne nous occuperons point.

II. Ses prophéties. — Ses prophéties sont datées du règne d'Ozias de Juda et de Jéroboam (II) d'Israël : le premier aurait régné de 807 à 757, le second de 824 à 772 d'après la chronologie adoptée dans le Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux; la partie simultanée des deux règnes va donc de 809 à 772. U. Schrader, pour accorder les textes assyriens avec le récit hébreu, propose d'autres dates assez généralement acceptées : 777-736 pour Ozias, 782-741 pour Jéroboam II. Maspero place l'apparition d'Amos en Israël « plus près de 760 que de 750 », Histoire de VOrient, t. m, p. 136, n. 3, et donne à Jéroboam II les dates de 781-7M). Ibid., p. 123, 151. La Bible date, en outre, la prophétie d'Amos de « deux ans avant le tremblement de terre >;, i, 1. Zacharie, xiv, 5, fait à cet événement une sorte d'allusion archéologique, mais rien ne nous permet d'en fixer l'année exacte. Selon Josèphe, Anl. jud., IX, x, 4, et saint Jérôme, In Amos, i, 1, P. L., t. xxv, col. 995, il aurait eu lieu quand Ozias porta la main à l'encensoir et fut frappé de lèpre : mais outre que cette tradition n'est pas certaine, cela peut créer de nouvelles difficultés chronologiques. Il suffit de savoir qu'Amos prophétisa sous la seconde partie du régne de Jéroboam II. Le prophète confirme ce que nous savons par ailleurs sur ce règne qui fut l'apogée de la monarchie d'Israël : Israël a repris ses plus extrêmes limites aux dépens des rois de Syrie et de Juda, de Moabel de la Philistie ; il semble même atteindre au midi jusqu'au torrent du désert ou d'Egypte, cl. 'Arabah ou cl. Arisli, par Bersabée. Une civilisation luxueuse et raffinée à l'excès accompagne cette prospérité politique; mais les descriptions d'Amos n'ont rien d'exagéré, elles sont confirmées par celles qu'Isaïe fait un peu plus tard pour Juda. Ce luxe effréné amène un grand relâchement des mœurs, et est soutenu par une

rapacité extrême, une véritable oppression des classes inférieures, avec la connivence des rois et des juges. Au point de vue religieux, Amos reproche à Israël de persévérer « dans le péché de Jéroboam fils de Nabat », c'est-à-dire non pas le polythéisme ou l'idolâtrie proprement dite telle que le culte de Baal, mais l'adoration du vrai Dieu sous une représentation matérielle, sous la forme du veau d'or, établie officiellement dans les temples de Dan, Béthel et Galgala : on y proscrivait ce qui était suspect de tendance hiérosolymitaine, prophète ou nazaréen, on y employait des prêtres étrangers à la race d'Aaron, mais pour le reste on se rapprochait le plus possible de l'ancien culte, dîmes, offrandes, sacrifices avec substitution du pain levé aux azymes, pèlerinages dans toutes les localités célèbres par des souvenirs d'histoire patriarcale et entachées d'un culte plus ou moins superstitieux; mais en tout cela même on se contentait du rite extérieur, sans se mettre en peine des sentiments du cœur, religion, justice et charité : c'est ce que Dieu leur reproche par la bouche du prophète Amos.

III. Divisions du livre. — A défaut de la coupe des chapitres qui donne une division toute factice, la forme extérieure suffit pour établir des divisions logiques dans la prophétie d'Amos. Le premier oracle comprend les chapitres i et il, soit huit strophes ayant chacune le même commencement : « Ainsi dit Yahveh : Pour trois et quatre crimes... (c'est-à-dire : pour ses crimes multiples) je ne reviendrai pas sur ceci : etc. » Le deuxième oracle comprend les chapitres ni, iv et v, 17, en trois parties commençant chacune par ce début : « Écoutez cette parole. » Le troisième, v, 18- vi, 14, comprend deux parties parallèles, chacune commençant par une menace « Malheur à ceux » et se terminant par une annonce de la captivité « au nom de Yahveh, Dieu des armées ». Le quatrième, formé de quatre visions en strophes parallèles, vu-vin , 3; la portion vu, 10-17, est une simple note historique en prose, sans parallélisme, relative à la discussion d'Amos avec Amasias, appelée par le contenu de la troisième vision. Le cinquième et dernier oracle comprend vin, 4-ix, 15, en deux strophes de développements parallèles, commençant par l'image de la destruction d'Israël sous la figure d'un tremblement de terre et de la croissance et du déclin des eaux du Nil, vin, 8; ix, 5; se continuant par ces mots : « en ces jours-là, » vin, 9; ix, 11, et s'achevant par cette formule : « Voici que des jours viennent, dit Yahveh. » De ces cinq oracles, le premier forme une introduction véritable, qui porte la menace divine sur sept peuples différents, du plus lointain au plus proche, comme dans la table ethnographique de la Genèse : Damas, la Philistie, la Phénicie, Edom, Ammon, Moab, Juda, pour aboutir à Israël, qui sera désormais l'unique objectif du prophète. Des quatre oracles qui suivent, deux sont des discours, deux des visions, allant toujours en se précisant. Le premier discours entremêle les reproches et les menaces de destruction pour le royaume des dix tribus : le second annonce clairement qu'Israël sera emmené captif plus loin que Damas, v, 27, qu'il sera écrasé depuis l'entrée d'Hamath, à la frontière septentrionale, jusqu'au torrent. d'Egypte au midi, par une nation dont il sait le nom, vi, 14, mais qu'Osée déclarera bientôt être l'Assyrie. En effet les Assyriens s'emparèrent de Samarie et en déportèrent les principaux habitants en Mésopotamie, au delà de Damas, mirent fin au royaume d'Israël, en 722, vingt ans à peine après le règne si brillant de Jéroboam II. Viennent ensuite les deux oracles en vision : le premier annonce sous quatre symboles que si Dieu a pu commencer par se laisser toucher, il sera désormais sans pitié : il faut que les sanctuaires schismatiques d'Israël soient détruits, la maison de Jéroboam II exterminée, le peuple d'Israël anéanti. Le second et dernier oracle à vision est cepen-

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