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III. Différence avec les croix, médailles, images

ET RELIQUES PORTÉES PAR LES CATHOLIQUES. — Les protestants ont taxé de vaine observance la coutume des catholiques de porter sur eux des objets bénits, croix, médailles, images, reliques, agnus Dei, etc. Tout cela, d'après eux, est sous une forme nouvelle, sanctionnée par l'Église romaine, la superstition des amulettes. Voir Jaugey, Dictionnaire apologétique, art. Superstition, Paris, 1889, col. 3012.

Nous répondons : Ce qui constitue le caractère superstitieux de l'amulette, c'est que celui qui la porte lui attribue une efticacité mystérieuse qu'elle ne peut avoir par elle-même, et cherche à obtenir par ce moyen vulgaire des résultats disproportionnés et naturellement impossibles.

Or, que pensent et que veulent les catholiques qui portent sur eux des croix, des reliques ou d'autres objets religieux et bénits? Ils veulent honorer Notre-Seigneur Jésus-Christ mort en croix pour nous et les saints qui, après nous avoir donné l'exemple de la vertu ici-bas, sont maintenant nos patrons dans le ciel. Ils invoquent l'appui de ces protecteurs puissants, et leur adressent .comme une continuelle prière pour obtenir leur défense. Il n'y a pas en cela croyance à l'efficacité d'un moyen disproportionné avec la fin à obtenir; il n'y a qu'une forme spéciale de la prière et de l'invocation des saints. Donc pas de vaine observance; pas de superstition. Et c'est à bon droit que l'Église encourage cette forme de la piété catholique, par les nombreuses indulgences qu'elle accorde à ceux qui portent avec esprit de dévotion des objets bénits. Voir Béringer, Les indulgences, Paris, 1893, t. i, p. 326-418.

Cf. Thiers, Traité des superstitions, I" part., 1. V, Paris, 1741, t. i, p. 327-424; Le Brun, Histoire critique des pratiques superstitieuses, 1. III, Paris, 1741, t. i,p. 365-433; Bergier, Dictionnaire de théologie, art. Amulette, Superstition ; Dictionnaire d'archéologie chrétienne, t. i, col. 1784-1860.

A. Beignet.

AMULON. D'après des notes marginales d'un manuscrit de Bède conservé à la bibliothèque vallicellane à Rome, Amolon ou mieux Amulon, diacre d'Agobard, lui succède le 16 janvier 841. Pertz, Monum. Gernian. scriptor., 1. 1, p. 1 10. Vers 843 il reçoit de Wénilon, archevêque de Sens, et du comte Gérard, une lettre lui demandant d'ordonner Bernus et Godelsadus comme évêques d'Autun et de Chalon. Loup de Ferrières, Epist., lxxxi, P. L., t. exix, col. 5i3. Il préside, à la fin de 448, un concile (à Lyon ?) où le prêtre Godelgarius est déclaré innocent de certaine accusation. Id., Epist., Lxxx,col.541. Ce concile est peut-être le même que le synode de Lyon de 844-846, où on fait des canons qui servirent plus tard pour les capitulaires d'Épernay. Baluze, Capitul., t. n, p. 29. On trouve trois diplômes de LothaireIer restituant à Amulon ou à l'Église de Lyon des biens qui avaient été dérobés à cette dernière. D'Achery, Spicileg., t. xu, p. 107-1 10; 2e édi t. , t. m. p. 339-340. L'archevêque de Lyon mourut en852; les Bollandistes (oct. t. xu, p. 701-702) ont consacré un article à son culte. 11 reste trois opuscules sortis sûrement de la main d'Amulon et deux qui sont douteux : 1° Lettre à Théodbold ou Thiébaut, évêque de Langres, au sujet de certaines reliques de saints inconnus, lettre dans laquelle l'auteur ordonne sagement d'écarter ces reliques douteuses. — 2° Lettre à Gothescalc sur la prédestination; l'archevêque reproche au moine plusieurs erreurs et l'invite à se soumettre. Il y a controverse entre les savants pour savoir si vraiment Gothescalc a enseigné ces erreurs et si Amulon n'a pas plutôt été induit en erreur sur son compte par Hincmar, archevêque de Reims. D'une part les jésuites Sirmond, Opéra varia, t. n; Duchesne, Le prédestinatianisme, et de Buck dans les Acta SS. Bolland., tiennent pour l'hérésie de Gothescalc ; d'autre part Mauguin, Veter. auctor. prxdest., et les bénédictins de l'Histoire littéraire, t. v, p. 107-108, estiment qu'Hincmar a chargé outre mesure et faussement Gothescalc. — 3° Autre traite' sur ta grâce, la prescience, la prédestination, le libre arbitre, l'espoir et l'assurance du salut, traité non signé, mais qui certainement est d'Amulon. D'après Mauguin. loc. cit., et Baluze, Agobardi opéra, t.n.append., p. 150, ce serait la suite de la lettre à Gothescalc. — 4» Recueil de sentences extraites de saint Augustin sur les matières de la grâce et de la prédestination. Comme ces extraits se trouvent dans le manuscrit à la suite des œuvres d'Amulon, il est probable qu'il en est l'auteur. — 5° Traité contre les juifs attribué, par Chifflet, à Raban Maur et, par Martène, à Ilratganus, évêque, mais qui plus vraisemblablement est d'Amulon. L'auteur s'y plaint que la ville où il habite possède une nombreuse colonie de juifs intrigants et il montre le danger pour les chrétiens de relations fréquentes avec ces juifs.

Sur Amulon, outre les sources citées : Cave, Scriptor. ecclesiast., t. n. p. 29; Ceillier, Hist. des auteurs ecclésiast., 2' édit., t. XII, p. 429-433; Chevalier, Répertoire, t. i, p. 105; Chittlet, Script, veter. upuscula quinque, Dijon, 1656, in-4°; Colonia, Hist. litt. de Lyon, t. Il, p. 127-134; Dupin, Bibliothèque, 1697, t. IX, p. 505; Fabricius, Bill, médise xtatia, 1734, t. i, p. 227- 228; Galland, Biblioth. Patrum, t. XIII, p. xiv; Le Cointe, Annal., t. VIII, p. 650; Mabillon, Acta Bened., t. iv, 2" part.! p. 39; Martène, Thésaurus anecdot., t. v, p. 402; P. L.,t. cxvi, col. 77; Péricauddans, Archives du Rhône, 1825, t. I, p. 355-357.

J.-B. Martin.

AMYRAUT moïse, théologien protestant, né à Bourgueil en septembre 1596, mort à Saumur en juillet 1664. Pour satisfaire aux désirs de sa famille, il étudia le droit à Poitiers; mais dès qu'il eut été reçu licencié, il vint à Saumur pour y apprendre la théologie sous le célèbre Caméron. En 1626, il était pasteur dans cette ville et publia une suite de thèses théologiques qui furent réunies avec celles de ses collègues et amis Louis Cappel et Josué de la Place, dans le célèbre recueil Syntagma thesium theologicarum in Academia Salmuriensi dispulalarum, in-4°, Saumur, 1660. Comme dé-

AMYRAUT — ANABAPTISTE

légué de la province d'Anjou , il assista en 1631 au synode de Charenton et fut chargé de présenter à la cour les plaintes des protestants sur les infractions faites aux édits royaux rendus en leur faveur. Sa modération dans cette circonstance et son zèle pour maintenir ses coreligionnaires dans l'obéissance au roi lui valurent l'estime de Richelieu. Deux ans plus tard il était admis à enseigner la théologie et en 1634 publiait un livre sur la Prédestination qui souleva de vives protestations parmi les calvinistes. Le système développé par Amyraut dans cet ouvrage a reçu le nom d' universalité hypothétique et est une réaction contre l'étroitesse du dogme calviniste, en faveur des droits de la liberté morale. Il eut à défendre ses doctrines devant divers synodes : il triompha facilement de ses adversaires et le synode de Loudun (1659-1660) le chargea de donner une nouvelle et définitive édition de La discipline des églises. Les nombreux écrits d'Amyraut, quoique ayant eu pour la plupart diverses éditions, sont devenus très rares. Nous citerons : Traité des religions contre ceux qui les estiment indifférentes, in-8°, Paris, 1631 ; Traité de la prédestination, in-8°, Saumur, 1634; Echantillon de la doctrine de Calvin, in-8°, Saumur, 1637; De la justification contre le sentiment de M. de la Milletiire, in-8°, Saumur, 1638; De providentia Dei in malo, in-4°, Saumur, 1638; De l'élévation de la foi et de l'abaissement de la raison en la créance des mystères, in-8°, Saumur, 1641 ; Defensio doclrinœ Joannis Calvini de absolulo reprobalionis décréta adversus scriptorem anonymum, in-4°, Saumur, 1641 ; Disscrtatwnes theologicse : ia De œconomia trium personarum, 2a de jure Dei in creaturas, 3a de gratta universali, 4a de gratia parlicidari, 5a ad II Corinth., c. A/, 3, de serpente tentatore, in-8°, Saumur, 1644; Paraphrase sur l'Epitre aux Romains, in-8°, Saumur, 1644; Paraphrase sur l'Epitre aux Hébreux, in-8", Saumur, 1644; Paraphrase sur l'Epitre auxGalates, in-8°, Saumur, 1645; Observations sur les Épitres aux Colossiens et aux Thessaloniciens, in-8°, Saumur, 1645 ; Considerationes in epistolani ad Ephesios, in-8°, Saumur, 1645; Paraphrase sur l'Epitre aux Pliitippiens, in-8°, Saumur, 1646; Paraphrase sur les Epi 1res catholiques de saints Jacques, Pierre, Jean et Jude, in-8°, Saumur, 1646; Exercitatio de gratia universali, in-8°, Saumur, 1646; Discours de l'état des fidèles après la mort, in-4°, Saumur, 1646; Declaralio fidei circa errores arminianwrum, in-8n, Saumur, 1646; Apologie pour ceux de la religion, in-8", Saumur, 1647; De secessionc ab ecclesia romana deque pace inter evangelicos in negotio religionis constituenda, in-8°, Saumur, 1647, écrit à l'occasion des nombreuses divisions des protestants; Disputatio de libéra hominis arbitrio, in-12, Saumur, 1647; Considérations sur les droits par lesquels la nature a réglé les mariages, in-8°, Saumur, 1648; Considerationes in cap. vu Epist. D. Pauli ad Bomanos, in-12, Saumur, 1648; Spécimen antmadversionum in exercilaliones de gratia universali, in-4", Saumur, 1648; Spécimen ammadversionum in easdem e.rercitaliones, in-8°, Saumur, 1648; Paraphrase sur les Epitres aux Corinthiens, in-8°, Saumur, 1649; Traité de la vocation des pasteurs, in-8°, Saumur, 1649; l'araphrase sur les Actes, in-8", Saumur, 1li.r>0; Discours de la souveraineté des rois, in-4°, Paris, I650; Paraphrase sur l'évangile de saint Jean, in-8°, Saumur, 1651; Morale chrétienne, 6 in-8°, Saumur, 1652-1660; Du gouvernement de l'Eglise contre ceux qui veulent abolir l'usage et l'autorité des synodes, in-8", Saumur, 1653; Thèses de peccalo in Spit-itum San- Ctum, in-'i", Saumur, 1668; Exposition des chap. VI et t // de l'Epitre aux Domains et du chap. \ V de la lrc aux Corynthiens, in-12, Charenton, 1659; Apologie de saint Etienne à ses juges, in-8°, Saumur, 1660; De mysterio TrinitalU deque vocibus ac parapkrasibus qiii/>us tam in Scriptura quam apud patres explicatur, dissertatio

septem parlibus absoluta, in-8°, Saumur, 1660; De peccato originis, in-8°, Saumur, 1660; Eïp^vixov sive de ratione pacis in religionis negotio constituendœ consihum, in-8", Saumur, 1662; Paraphrasis in psalmos Davidis una cum annotationibus et argumentis, in-4°, Saumur, 1662; In oralionem dominicam exercitatio, in-8°, Saumur, 1662; In symbolum Apostolorum exercitatio, in-8°, Saumur, 1663.

Walch, Biblioth. thaologica, Iéna, 1757 sq., t. I, p. 239, 254, 271, etc.; t. Il, p. 494, 496, 541, etc.; Ch. Ed. Saigey, M. Amyraut, sa vie et ses écrits, in-8% Strasbourg, 1849; Gtilestin Port, Dictionnaire géographique et biographique de Maine-et-Loire, t. I, p. 18.

B. Heurtebize.

ANABAPTISTE. On désigne sous le nom d'anabaptistes (àvà, Pa7rTKT|x6ç) les hérétiques qui rebaptisent les adultes passant dans leur société religieuse, parce qu'ils regardent comme nul ou illégitime le baptême administré aux petits enfants. Historiquement, ce nom s'applique surtout aux ardents sectaires du xvie siècle qui ont associé à cette erreur particulière d'autres doctrines religieuses, sociales et politiques, fort avancées. En fait, I les anabaptistes ont été avec les sociniens, quoiqu'à un titre tout différent, les radicaux de la Réforme protestante. Les sociniens ont abondé dans le sens rationaliste; les anabaptistes ont poussé jusqu'à l'extravagance le principe de l'individualisme mystique; ils ont en outre aspiré à renverser tout l'ordre de choses existant de leur temps.

Nous distinguerons quatre périodes dans l'histoire de l'anabaptisme et nous étudierons successivement : 1° la tentative des prophètes de Zwickau et leurs prédications à Wittenberg, 1521-1522; 2° le mouvement révolutionnaire dirigé par Thomas Mùnzer et la guerre des paysans, 1522-1525; 3° le mouvement révolutionnaire dirigé par Matthys et Jean de Leyde, la fondation et la ruine du royaume théocratique de Munster, 1533-1535; 4° la formation des sectes pacifiques qui ne gardèrent de l'anabaptisme que certains principes religieux.

I. Première période : la tentative des prophètes de Zwickau et leurs prédications a Wittenberg, 1521- 1522. — Luther avait fait dépendre la justification de l'homme uniquement des mérites de Jésus-Christ que le chrétien s'appliquait par la foi. Selon lui, les sacrements ne justifiaient donc point : c'était la foi de celui qui les recevait. Un des disciples de Luther, le foulon Nicolas Storch, conclut de ce principe que le baptême des enfants ne pouvait les justifier et qu'il fallait rebaptiser tous les chrétiens, puisque, lorsqu'ils avaient été baptisés, ils étaient incapables de former l'acte de foi par lequel le chrétien s'applique les mérites de Jésus-Christ.

Luther avait prétendu que l'unique source de la doctrine est la sainte Écriture; or, disait Storch, loin que l'on trouve dans l'Écriture qu'il faille baptiser les petits enfants, il y est dit : Qui CREDIDERIT et baptizalus fuerit, salvus erit. Marc, XVI, 16. L'enfant ne peut croire; donc, en vertu du texte de l'Ecriture, il ne peut être baptisé. Ceux qui ont été baptisés dans l'enfance n'ont point en réalité reçu le baptême; donc il faut les rebaptiser.

Luther avait dit qu'il était directement inspiré par l'Esprit-Saint; Juste Jonas écrivait que « Dieu lui-même semblait, comme au temps du Christ, enseigner directement son peuple par un souflle ardent et soudain de l'Esprit ». Storch affirma que le Saint-Esprit ne refusait à aucun de ceux qui les demandaient ces lumières particulières et extraordinaires, qu'il leur communiquait ainsi non seulement la connaissance de la vérité, mais aussi ses ordres; de telle sorte (pie l'inspiration du Saint-Esprit était pour chaque fidèle la règle de la foi et la règle de la conduite.

Ce ne fut là, tout au début, qu'une doctrine d'école : elle fut prêchée à Zwickau, en Saxe, par Storch et par le prédicant Thomas Mùnzer.

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