‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 461 sur 536 · MISSIONS CONFIÉES AUX ANGES DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

MISSIONS CONFIÉES AUX ANGES DANS LE MONDE

Quelles sont donc les missions dont peuvent être chargés les anges en dehors du monde angélique? — Les Pères placent sous la surveillance et la conduite des anges le monde de la matière inorganique et animée, les astres, la terre, les éléments, les phénomènes météorologiques, les plantes, les animaux, les nations, les peuples, l'homme.

1° Le monde en général. — D'après saint Justin, les anges sont chargés du soin de tout ce qui est sous le ciel, ApoL, il, 5, P. G., t. vi, col. 432 ; d'après Athénagore, ils exercent leur pouvoir autour de la matière. Leg., 24, P. G., t. vi, col. 915. Hermas met un ange partout, dans le monde, Simil., vin, 3, P. G., t. il, col. 974; auprès de chaque créature, Vis., m, 4; auprès des bêtes, Fis., IV, lbid., col. 902, 911. Il en donne un aux néophytes, Vis., m, 5, col. 903; à ceux que Dieu a confiés à son Fils. Simil., v, 6; à tout homme, car il déclare que chacun en a deux : l'ange de la justice et l'ange de l'iniquité. Mand., vi, col. 928. Origène prétend qu'il y en a qui président aux éléments, à l'air, au feu, etc., In Jer., homil. x, 6, P. G., t. xm, col. 365; d'autres, à la naissance des animaux, à la croissance des plantes, etc. Cont. Cels., vm, 57, P. G., t. xi, col. 1604; In Num., homil. xiv, 2, P. G., t. xn, col. 680; In Jos., homil. xxiii, 3, P. G., t. xu, col. 937. Epiphanecite lesnuées, la pluie, la neige, la grêle, la glace, le chaud, le froid, les éclairs, le tonnerre, les saisons, etc., parmi les choses soumises à un ange. De mens, et pond., 22, P. G., t. xliii, col. 276. Chrysostome dit que les anges gardent l'univers, les nations, les créatures inanimées, le soleil, la lune, la mer, la terre. Dans Photius, P. G., t. civ, col. 264. D'après Augustin, le monde entier, De lib. arb., m, 32, P. L., t. xxxn, col. 1287; toute vie sans raison, De Gen. ad lit-, vm, 45, P. L., t. xxxiv, col. 390; toute chose

ANGE D'APRÈS LES PËRES

visible, De div. quœst., q. lxxix, P. L., t. xl, col. 90, sont soumis aux anges. — Il en est cependant qui semblent restreindre cette mission universelle des anges; tels Basile, Cont. Eunom., I, P. G., t. xxix, col. 656, et Grégoire de Nazianze, Urat., xxvm, 31, P. G., t. xxxvi, col. 72. Mais, seul, saint Jérôme s'insurge contre cette théorie empruntée au Pseudo-Énoch. Pour les animaux, dit-il, il suffit d'une dispensation générale qui règle l'ordre et le cours des choses... Il serait absurde d'amoindrir la majesté divine jusqu'à faire entrer sa providence dans le même détail de ce qui naît ou meurt de moucherons à chaque instant de la durée... On doit condamner comme extravagant ce livre apocryphe, où il est écrit qu'un ange est commis à la garde des reptiles. In Habac, i, 14, P. L., t. xxv, col. 1286.

2° Les nations. — Étant donné, d'après les Septante, que, lorsque Dieu divisa les nations et sépara les fils d'Adam, il fixa le nombre des peuples d'après celui des anges, Deut., xxxn, 8, et d'après Daniel, x, 13, que Michel lutta contre le prince du royaume des Perses, on en conclut qu'un ange présidait à la destinée des nations. Clément d'Alexandrie, Strom., vi, 17, P. G., t. ix, col. 389; Origène, In Gen., ix, 3, P. G., t. xn, col. 213; Basile, In Isai., x, 240, P. G., t. xxx, col. 540; Adv. Eumom., m, 1,P. G., t. xxix, col. 656; Grégoire de Nazianze, Poem. dogm., vu, 13-26, P. G., t. xxxvn, col. 410; Cyril!.' d'Alexandrie, Cont. Jul., iv, P. G., t. lxxvi, col. 680; Théodoret, In Dan., x, 13, P. G., t. lxxxi, col. 1496; Augustin, In Psal., lxxxviii,3, P.L.,X. xxxvn, col. 1121.

Eusèbe de Césarée, Dem. evang., iv, 10, P. G., t. xxn, col. 272, 277, croit que les anges des nations, voyanl qu'elles ne pouvaient s'élever au culte de l'invisible, leur auraient persuadé de prendre pour objet de leur culte des choses visibles, telles que le soleil, la lune et les étoiles, seul moyen de leur donner une certaine connaissance du créateur. Cette opinion bizarre dépend, vraisemblablement, d'un passage mal compris de Clément d'Alexandrie, Strom., vi, 14, P. G., t. ix, col. 333, auquel fait allusion Origène, InJoan., n, 3, P. G.,t. xiv, col. 112, 113, et d'après lequel le culte des astres empêcherait les hommes de tomber dans l'athéisme complet et les mettrait, en tout cas, au-dessus des vulgaires idolâtres. Quoi qu'il en soit, elle est implicitement condamnée par le Pseudo-Denys qui, avec l'ensemble des Pères, dit que les anges n'ont été placés à la tête des nations que dans le but de les amènera la connaissance et au culte du vrai Dieu. De cœl. hier., ix, 2, P. G., t. m, col. 2C0.

Selon Origène, ce n'est qu'au moment de la dispersion que Dieu donna un ange au peuple et se réserva Israël. In Gènes., homil. ix, 3 ; xvi, 2, P. G., t. xn, col. 213, 248. Cet ange devait guider la nation, recueillir dans son sein comme prémices les hommes les meilleurs par leurs mérites et leurs vertus, pour les présenter à Dieu au jour du jugement, In Num., homil. xi, 4, P. G., t. xn, col. 64-9; mais pliant sous le fardeau, et inférieur à sa tâche, il aurait été relevé de sa fonction par le Christ. In Luc, homil. xn, P. G., t. XIII, col. 1829.

Il est aussi question de l'ange des cités dans Clément d'Alexandrie, Strom., vi, 17, P. G., t. ix, col. 389; Grégoire de Nysse, In Cant. cant., homil. xn, P. G., t. xliv, col. 1033; Grégoire de Nazianze, Poem. dogm., vu, 25, P. G., t. xxxvn, col. 410. Origène parle également de l'ange des Églises. « Je ne doute pas, dit-il, que des anges assistent à notre réunion, non seulement en général à toute l'Église, mais encore à chacune en particulier... D'après la raison et selon l'Écriture, ils se réjouissent et prient avec nous. Et parce qu'ils sont présents dans l'Église, dans celle-là seule qui le mérite et esl du Christ, il a été prescrit aux femmes qui prient d'avoir la tète voilée. » In Luc, homil. xxm, /'. G., t mii, roi. 1863. Voir aussi In Luc, homil. xm, P. G., t. xui, col. 1831, et In Kum., homil. xx, 3, P. G., t. xn,

col. 733. Basile, In Isai., i, 46, P. G., t. xxx, col. 208; Episl., ccxxxvni, P. G., t. xxxn, col. 889; Grégoire de Nazianze, Orat., xlii,9, P. G., t. xxxvi, col. 469 et 492; Cyrille d'Alexandrie, In Joan., vi, P. G., t. lxxiii, col. 1021; Hilaire, In Psal, cxxix, 7, P. L., t. ix, col. 722; Ambroise, In Psal., cxvm, serm. i, 9, P. L., t. xv, col. 1203; Jérôme, In Matth., xvm, 10, P. L., t. xxvi, col. 130. Enfin Tertullien parle de l'ange du baptême, De bapt.,\, P. L.,t. i, col. 206, et de l'ange de la prière. De orat., xvi, P. L., t. I, col. 1174.

VII. L'ange gardien. — Chaque homme a-t-il un ange gardien ? Oui, pensaient la plupart des païens. Or, à entendre les Pères nous parler très souvent d'un tel ange, de son intervention dans la vie humaine, de sa protection et de son aide, de son rôle d'intermédiaire entre l'homme et Dieu, offrant à Dieu les prières de l'homme et portant à l'homme les bienfaits de Dieu; à lire les titres qu'ils lui donnent de gardien, de compagnon,de pédagogue, de précepteur, de pasteur et d'évêque, il semble que le doute ne soit pas possible: les Pères ont admis l'existence d'un ange gardien pour chaque créature humaine. Nous avons déjà vu les témoignages de saint Justin et d'Hermas; nous pouvons y ajouter celui de Clément d'Alexandrie ; c'est une croyance qu'il partage, puisqu'il cite en sa faveur des passages d'Orphée et de Ménandre, Strom., v, 14, P. G., t. ix, col. 133, 189, 192, bien que plus bas il la formule d'une manière dubitative. Strom., vi, 17, P. G., t. ix, col. 389. Origène est très affirmatif. « Les anges des petits, qui ont donné leur nom à l'Église, voient la face du Père, dit-il, tandis que les anges de ceux qui ne sont pas de l'Église n'osent lever leur regard vers Dieu. » In Luc, homil. xxxv, P. G., t. xm, col. 1890.

I Origène, étudiant le rôle des anges auprès de l'homme, croit d'abord que c'est aux anges qu'est dévolu le soin d'introduire l'âme dans le corps, en tant que ministres de Dieu, mais sans prétendre trancher une question d'un examen si délicat et si difficile, In Joan., xm, 49, P. G., t. xiv, col. 490; il croit ensuite qu'un ange préside probablement à la sortie de l'âme du corps qu'elle animait, In Joan., xix, 4, P. G., t. xiv, col. 554 (Philastrius aussi, Hœr., cxxiv, P. L., t. xn, col. 1249) ; et sûi'ement à son introduction da ns la gloire, In Num., homil. v,

3, P. G., t. xn, col. 606, Lazare ayant été conduit par les anges dans le sein d'Abraham, In Levit., homil. ix,

4, P. G., t. xn, col. 512; il croit enfin, ce qui n'est que l'application de sa fausse théorie sur l'état actuel des anges, qu'au jugement dernier les anges gardiens comparaîtront avec leurs protégés pour qu'il conste à qui incombe la responsabilité des fautes humaines, In Num., homil. xi, 4, P. G., t. xn, col. 647, et qu'ils seront récompensés de notre persévérance ou châtiés de nos défaillances. In Num., homil. xx, 14, P. G., t. xn, col. 735.

Mais il y a encore pour l'homme la naissance et la vie. Or Origène se pose la question de savoir si l'homme a un ange gardien dès sa naissance ou dès son baptême. Il cite des textes scripturaires en faveur des deux opinions. Mais il en signale une troisième, qui est la sienne, car elle découle de ses principes, d'après laquelle l'ange, commis à la garde de l'homme dès sa naissance, a pu être un ange mauvais, qui s'est ensuite transformé dès le baptême de son protégé, et est ainsi devenu l'un de ceux qui voient toujours la face du Père céleste; de sorte que la prédestination de l'homme à la foi, son baptême, sa sainteté, semblent être la cause au moins occasionnelle de la transformation et même du salut de l'ange gardien. In Matth,, xm,27 et 28, /'. G., t. xm, col. 1165 sq. De plus, après avoir affirmé que tout homme, sans distinction, a un ange gardien, il semble ne plus accorder ce privilège qu'aux seids baptisés : Adest unicuique nostrum etiam minimis qui sunt in Ecclesia Dei, angélus bonus, angélus Domini, qui regat, qui moncat,

ANGE D'APRES LES PERES

qui gubernet, qui pro actibus nostris corrigendis et rniseralionibus exposcendis, quotidie videat fac'tem Patris,quiincœlis est, In Num. , homil. xx,3, P. G., t. xn, col. 733, ou seulement aux convertis, Cont. Cels., v, 57, P. G., t. Xi, col. 1272; aux fidèles De princ, 1. II, c. x, 7, P. G., t. xi, col. 2i0; aux chrétiens qui se conduisent bien, c'est-à-dire aux justes, aux saints, qui doivent être sauvés, In Ezech., i, 7, P. G., t. xm, col. 674; In Num., homil. v, 3, P. G., t. xn, col. 606; d'où cette conclusion que les non-baptisés, les infidèles et les chrétiens pécheurs n'ont pas d'ange gardien. Enfin il admet que le monde et l'homme ont en même temps un démon et un ange. De princ, 1. III, c. n, 4, P. G., t. xi, col. 309-310; 7n/os.,homil.xxin,3, P. G.,t.xn, col. 937; InLuc, homil. xn, xxxv, P. G., t. xni,col. 1829; Inepist. Boni., i, 18, P. G., t. xiv, col. 866.

Sur la plupart de ces points, qui n'avaient pas été tranchés par l'autorité ecclésiastique et ne se trouvaient pas dans la règle de foi, Origène s'est trompé. Il a subi l'influence des idées platoniciennes, du Pseudo-Énoch, du Pseudo-Barnabe, d'Hermas; mais il n'a engagé que sa responsabilité personnelle ; ces problèmes se présentant à son esprit, il les a résolus comme il a pu, en prenant soin de déclarer qu'il ne prétendait pas à l'infaillibilité et qu'il ne donnait pas le fruit de sa pensée comme un dogme défini. Mais ses téméraires spéculations, sans s'imposer dans leur ensemble, furent loin de passer inaperçues.

Les Pères, en général, se bornent à indiquer le rôle ■de l'ange gardien. Pour Eusèbe de Césarée, l'ange gardien est un tuteur et un curateur, Dem. evang., iv, 6, P. G., t. xxii, col. 268; pour Hilaire, un intermédiaire qui préside aux prières des fidèles et les offre à Dieu par le Christ Sauveur, In Malth., xxm, 5, P. L., t. ix, col. 1020; pour Basile, un aide pacifique, un compagnon •de route, Epist., xi, P. G., t. xxxn, col. 273; pour Grégoire de Nazianze, un guide, qu'il demande au Christ, pour être à l'abri des dangers du jour et de la nuit, pouvoir rentrer sain et sauf et obtenir une fin heureuse, Poem. dogm., xxxvi, 20-25, et Poem. de seipso,iu,5-8, P. G., t. xxxvii, col. 519, 1020; pour Grégoire de Nysse, un bouclier semblable à celui qui entoure et protège la tour, In Cant. cant., homil. vu, P. G., t. xliv, col. 933; pour Siméon Métaphraste, un mur d'enceinte opposé de tous côtés aux assauts de l'ennemi, Serm., vu, 2, P. G., t. xxxn, col. 1198; pour l'auteur des Dialogues attribués à saint Césaire, un médecin qui cautérise les plaies, un agriculteur qui arrache les mauvaises herbes, un vigneron qui prend soin de la vigne, Dial, i, q. xliv, P. G., t. xxxvin, col. 913; pour Cyrille d'Alexandrie, un précepteur qui nous enseigne le culte et l'adoration que nous devons à Dieu. Cont. Julian., iv, P. G., t. lxxvi, col. 689. En un mot, c'est l'ange gardien, tel que nous le connaissons, toujours prêt à nous défendre, à nous protéger, à nous condrire, à nous conseiller, etc.

Mais, à la suite d'Origène, saint Basile, In Psal., xxxm, 5; xlviii, 9, P. G., t. xxix, col. 363, 453; Cont. Eunom., ni, 1, P. G., t. xxix, col. 656; saint Cyrille d'Alexandrie, De adorât, in Spir., iv, P. G., t. lxviii, col. 314, 326; In Gènes., iv,4, P. G., t. lxix, col. 190; In Isai.,l, orat., iv, P. G., t. lxx, col. 181, et Siméon Métaphraste, Serm., su,

2, P. G., t. xxxn, col. 1198, limitent la faveur de l'ange gardien aux fidèles, exclusivement. Cette resiriction ne ■se trouve ni dans Tertullien, De anima, 37, P. L., t. il, col. 713; ni dans l'auteur des Questions aux orthodoxes, q. xxx, P. G., t. vi, col. 1277, ni dans Grégoire de Nysse, Vita Moysis, P. G., t. xliv, col. 337, ni dans Théodoret, InGenes.,c. m, P. G., t. lxxx, col. 81. Saint Chrysostome semble lui être favorable, In Malth., homil. lix, 4, P. G., t. lviii, col. 579; InCol., homil. m,

3, P. G., t. lxii, col. 322; mais sa pensée est que tout homme a un ange gardien; elle ressort du langage qu'il tient. De laud. S. Pauli, homil. vu, P. G., t. L, col. 509;

DICT. DE THÉOI.. C/VTIIOL.

In Act. Apost., homil. xxvi, P. G., t. lx, col. 201; In Hebr., homil. xiv, P. G., t. lxiii, col. 116.

Parmi les Pères latins, saint Augustin enseigne que les anges ont une action sur la vie sensitive, sur toute volonté, De Gen. ad litt., vin, 23, 44, P. L., t. xxxiv, col. 390; sur les puissances aériennes, In Psal., oui, serm. iv, 9, P. L., t. xxxvn, col. 1385; sur les peuples étrangers à Israël, In Psal., lxxxvih, serm. i, 3, P. L. t. xxxvn, col. 1121 ; qu'ils agissent comme intermédiaires et ministres de Dieu, De civ. Dei, vu, 30, P. L., t. xli, col. 220; mais quant à dire quel est leur mode d'action, il avoue l'ignorer. De Gen. ad Ut., ix, 16, 29, P. L., t. xxxiv, col. 405. On a prétendu, qu'à cause de sa théorie sur la grâce, grâce portant au bien par un attrait irrésistible, saint Augustin n'avait admis de la part des anges auprès des hommes que des messages passagers, transitoires, n'indiquant aucune relation privée et permanente; et on a signalé certains passages de ses œuvres qui semblent, en elfet, permettre de le conclure : De civ. Dei, vu, 30, P. L., t. xli, col. 220, et In Psal., lxii, 6, P. L., t. xxxvi, col. 751. Cependant, bien que nulle part ne se trouve l'affirmation catégorique que tout homme a un ange gardien, il est difficile de nier qu'elle ne se dégage de l'ensemble de sa doctrine. Il nous apprend, en effet, que du sein du bonheur ils veillent sans cesse sur nous pendant notre terrestre pèlerinage, In Psal., lxii, 6; qu'ils offrent nos prières à Dieu, In Psal., lxxviii, 1, P. L., t. xxxvi, col. 1009; qu'ils nous sont envoyés, De civ. Dei, ix, 23, 3, P. L., t. xli, col. 276; qu'ils nous aident, De div. qusest., q. lxvii, P. L., t. xl, col. 69; que le précepte concernant l'amour du prochain regarde aussi ces esprits a quibus tarda nobis misericordise impendunhir officia, De doct. christ., i, 30, 33, P. L., t. xxxiv, col. 31; enfin qu'ils sont chargés de restituer notre àme à Dieu. Collât, cum Max., 9, P. L., t. xlii, col. 727. Un tel langage ne permet pas de ranger Augustin parmi ceux qui refusent à l'homme un ange à titre personnel et permanent.

Quoi qu'il en soit, saint Jérôme a parlé clairement quand il a dit : Magna dignitas animarum ut unaquseque habeatab ortu nalivitalis in custodiam sui angelum delegatum ! In Malth., xvm, 10, P. G., t. xxvi, col. 130. Et Cassien, qui a été son disciple et le disciple de saint Chrysostome, n'est pas moins formel. Coll., vin, 17 ; xm, 12, P. L., t. xlix, col. 750, 929. Il n'avait pas à sauver la doctrine des anges gardiens : il n'a été qu'un écho de l'enseignement de ses maîtres et de la croyance de son temps.

Signalons, avant de terminer, l'opinion de saint Basile, d'après laquelle l'ange gardien fuit le pécheur comme l'abeille fuit la fumée, In Psal.,\xxui, 5, P. G., t. xxix, col. 363; opinion qui fut aussi celle de saint Jérôme, In Jerem., xxx, 12, P. L., t. xxiv, col. 869, et de Siméon Métaphraste. Serm., vu, 2, P. G., t. xxxn, col. 1197. Signalons également celle de saint Ambroise d'après laquelle Dieu nous prive quelquefois de notre ange sardien pour nous laisser combattre seuls, In Psal., xxxvn, 43; xxxvin, 32, P. L., t. xiv, col. 1031, 1054; et enfin celle d'Hermas, qui donne à chaque homme un ange bon, ou de justice, et un ange mauvais, ou d'iniquité, Mand., vi, 2, 1, P. G., t. n, col. 928, opinion que nous retrouvons dans saint Grégoire de Nysse, De vita Moysis, P. G., t. xliv, col. 337, 340, et dans Cassien, Coll., vin, 17, P. L., t. xlix, col. 750.

Nous avons déjà vu que le Pseudo-Denys met la troisième hiérarchie, et plus spécialement le dernier ordre, celui des anges, en relation avec le monde : il l'appelle, en effet, iuptxô<T[Aioi;, et dit que les anges sont à la tète de chaque nation, xaô' é'xokttov s'ôo;, Decsel. hier., ix, 2, 3, 4, P. G., t. m, col. 260, 261, en relation avec les hiérarchies humaines, tocï; àvOptoTOc'au; kpap/t'acç. Ibid. La loi a été donnée par les anges; quant à nos pères, ceux d'avant la loi et ceux d'après, les anges les condui-

ANGE D'APRES LES PÈRES

saient à Dieu, soit en leur exposant ce qu'ils avaient à faire, en les retirant de l'erreur et de la vie profane pour les remettre dans la voie droite de la vérité, soit en leur manifestant les ordres sacrés, les visions voilées des mystères suprasensibles ou quelques-unes des divines prédictions, ou encore le mystère divin de l'humanité de Jésus. De cœl. hier., iv, % 4, P. G., t. m, col. 180, 181. Mais y a-t-il un ange particulièrement chargé de remplir auprès de chaque homme le rôle que le dernier ordre de la hiérarchie céleste remplit auprès des peuples en général ? Le Pseudo-Denys n'en parle pas, bien qu'il signale telle ou telle mission spéciale.

Comme le Pseudo-Denys, saint Grégoire le Grand parle de la mission des anges, de leur rôle auprès des hommes en général, mais il est muet sur la question de l'ange gardien. Quel que soit le motif de ce silence, il ne saurait infirmer l'enseignement de l'Évangile et de la tradition.

VIII. Culte des anges. — On lit dans la Bévue d'histoire et de littérature chrétiennes, t. m, p. 550 (1898), article Angélologie, par M. J. Turmel, cette phrase : « Pendant les cinq premiers siècles, les docteurs réprouvèrent tout culte des anges. » Est-ce exact ? Nous ne le pensons pas, et voici pourquoi.

Saint Paul avait mis les Colossiens en garde contre la religion des anges. Col., u, 18. Il condamnait avec raison les tendances d'origine juive ou païenne qui portaient les esprits vers un culte exagéré, superstitieux, idolàtrique, des anges. Après lui, les Pères durent s'appliquer à conjurer les dangers de la gnose, qui, en introduisant dans sa théogonie des séries d'éons, leur attribuaient des rôles fantastiques, capables de mettre en péril la foi des simples; ils eurent aussi à prémunir les gentils convertis contre l'éventualité possible d'un retour au faux culte des génies. Aussi, toutes les fois qu'ils traitent du culte, ont-ils soin de spécifier que les anges sont exclus de celui qui n'est dû qu'à Dieu. Mais leur réserve prudente, sur la manière dont on peut honorer les esprits célestes, ne permet pas d'affirmer qu'ils réprouvèrent tout culte des anges.

En effet, saint Justin, pour prouver que les chrétiens ne sont pas des athées, signale le culte qu'ils rendent au Père, au Eils, à l'armée des anges, et à l'esprit prophétique. / Apol., vi, P. G., t. vi, col. 336. Athénagore, après lui et comme lui, repousse la même accusation d'athéisme. Légat., x, P. G., t. vi, col. 909. Eusèbe de Césarée constate le culte des anges. U existe, écrit-il, au service de Dieu des serviteurs puissants, des vertus qui sont des ministres, et, bien que nous leur rendions un culte convenable, xoaà Ttpo<jr)xov TiuûvTeç, c'est Dieu seul que nous adorons. Prsep. evang., vu, 15, P. G., t. xxn, col. 553. Parmi les esprits célestes, plusieurs, grâce à une salutaire dispensation, sont envoyés par Dieu auprès des hommes : nous avons appris à les connaître et à les vénérer, à raison de leur dignité et selon leur grade, tout en réservant à Dieu seul l'hommage de notre adoration, hem. evang., m, 3, P. G., t. xxn, col. 193. Saint Ambroise dit formellement qu'il faut prier les anges. Obsecrandi sunl angeli pro nobis, qui nobis ad praesidium dali sunl. De vidui,, ix, 15, P. L., t. xvi, col. 251.

« Saint Irénée, dit M. J. Turmel, est fier de pouvoir dire aux gnosliques que l'Eglise n'invoque pas les anges. » Loc. cit., p. 550. Voici le texte de saint Irénée, tel que nous le possédons dans la version latine : JVec invocationibus angelicis aliquid facit Ecclesia, nec incantationibus,necreliquapravacuriositate...Cont. hser., 1. III, xxxn,5,P. G., t. vu, col. 830. De quels anges est-il question? Des anges au sens gnostique ou au sens chrétien? Dans le premier cas, Irénée a raison : l'Eglise n'invoque pas les éons. Dans le second, il imporledesavoir, par le contexte, à quel propos il tient ce langage. Les gnostiques, par leurs prestiges, en imposaient aux simples.

Irénée leur oppose les miracles chrétiens. Or ceux-ci, remarque avec insistance Irénée, ne sont opérés qu'au nom de Jésus-Christ. II s'agit donc de l'intervention du nom de Jésus-Christ dans l'accomplissement des miracles. En pareil cas, l'Église n'a pas recours à des invocations angéliques : c'est tout ce que dit Irénée. Grabe, dépassant le sens du contexte, a eu tort de prétendre que, d'après ce passage, les invocations des anges n'étaient pas usitées dans l'Église. Il aurait dû ne pas recourir à une interprétation que rien n'autorise, s'en tenir au sens obvie, se contenter de dire que l'Église n'invoque pas les anges pour l'accomplissement des miracles et qu'elle n'a pas recours, comme les gnostiques, à des incantations ou à tout autre moyen condamnable; car c'est la pensée de saint Irénée : Sed munde, et pure, et manifeste oraliones dirigens (Ecclesia) ad Dominum, qui omnia fecit, et nomen Domini nostn Jesu Christi invocans, virlutes ad vtilitates hominum, sed non ad seduclionem, perjicit. Ibid.

Origène, que M. Turmel ne cite pas, a le droit d'être entendu. En réponse à certaines objections de Celse, il affirme d'abord l'existence des anges; puis, parlant de leur rôle, il ajoute : s'ils montent au ciel, c'est pour y porter nos prières; s'ils en descendent, c'est pour nous en rapporter les dons que Dieu nous envoie selon nos mérites. Et bien qu'ils soient parfois appelés dieux dans l'Écriture, il n'existe cependant nulle part un commandement qui nous oblige à leur offrir le culte dû à Dieu. Cont. Cels., v, 5, P. G., t. xi, col. 1185. Il n'est pas raisonnable de les invoquer, àyyéXouç yàp /aXéuat... oùx e-j'Xot-ov. Car nous ne devons offrir nos prières qu'à celui qui suffit à tout, à Dieu, par notre Sauveur, le Fils de Dieu. Ibid. Remarquez qu'il ne s'agit ici que de l'intermédiaire officiel et autorisé entre Dieu et l'homme, et que cet intermédiaire n'est autre que Jésus-Christ. Ainsi précisée, la question ne saurait avoir d'autre solution que celle que lui a donnée Origène. Mais ce culte dû à Dieu, et qui doit passer par Jésus-Christ, exclut-il tout autre culte, d'ordre inférieur, vis-à-vis des anges? Nullement; car Origène constate que même les anges offrent nos prières à Dieu. Le culte des anges qu'il interdit, celui qu'il réserve à Dieu seul, est celui de la Ôpedxet'a, Cont. Cels., vm, 13, P. G., t. xi, col. 1533-1536, celui de la npoax'jvvjiTc;, de la Xarpeta. Cont. Cels., vm, 57, col. 1601. Le culte qu'il reconnaît, c'est celui de la Oepa- •TTEia, et encore faut-il bien l'entendre. Ces anges, préposés qu'ils sont aux fruits de la teire, à la génération des animaux, nous les louons, nous les proclamons bienheureux, vl>yrl\Lovu.zv xa\ u-axapî^op-ev; car Dieu leur a confié ce qui est utile à notre espèce; mais nous leur refusons le culte qui n'est dû qu'à Dieu. Ibid., col. 1603. Origène admet donc un certain culte des anges : ce n'est pas, ce ne peut pas être celui qui est réservé à Dieu; mais c'est un culte de louange, de gratitude, légitimé par leur sainteté, par le rôle qu'ils remplissent auprès de Dieu en notre faveur, les services qu'ils nous rendent, les bienfaits qu'ils nous apportent. Et c'est pourquoi Origène lui-même a soin d'invoquer l'ange du baptême. In Ezech., homil. i, 7, P. G., t. xm, col. 675.

« Au ive siècle, ajoute M. Turmel, un concile de Laodicée condamne solennellement les pratiques de dévotion en l'honneur des anges. » Loc. cit., p. 550, et, en note, le canon 35. Malheureusement la citation de ce canon est écourtée. A Laodicée (entre 343 et 381), dans cette partie de la Phrygie, où les esprits étaient encore si enclins à un faux scepticisme et couraient risque, en exagérant l'hommage rendu aux anges, de glisser dans l'idolâtrie et de perdre de vue le Christ, le canon 35 condamne, en effet, sous peine d'anathème, le chrétien qui abandonne l'Eglise, s'en détourne pour invoquer les anges et tenir des réunions. Mais le motif? Il est assez caractéristique pour ne pas l'omettre. C'est parce que, en agissant de la sorte, le chrétien se rend coupable d'une

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