APOLOGÉTIQUE (HISTOIRE JUSQU'A LA FIN DU XVII* SIÈCLE
cipaux mystères, mais les trois premiers traitent des préambules de la foi : Dieu, les êtres créés, les rapports entre Dieu et le monde. Sans doute, cet ouvrage diffère sensiblement de nos théologies fondamentales, mais je ne sais s'il n'est pas, à certains égards, le plus « moderne » des ouvrages de saint Thomas et celui qui répond le mieux aux préoccupations de nos contemporains. Les rapports de la science et de la croyance, la nécessité morale de la révélation, le rôle exact des motifs de crédibilité ne sont nulle part mieux définis. L'exposition lucide et sereine tient plus de place que la controverse, le grand docteur pense, avec raison, que l'affirmation de la vérité est la condition et la partie essentielle d'une apologie efficace. Il ne fut guère suivi dans cette voie et les titres des ouvrages laissent deviner combien les préoccupations des erreurs contemporaines déterminaient le choix des matières et les procédés des apologistes : Propugnaculum fidei adversus deliramenta Alcorani ; c'est l'œuvre de frère Ricold, enfant de Saint-François; Ilebraeomastix, vindex impietatis et perfidise jw>aicse; l'auteur est Jérôme de Sainte-Foi (Josua Lorki), talmudiste converti; un autre, Juif de nation et chrétien par le baptême, Paul de Burgos, publiait vers le même temps (première moitié du XIVe siècle) le Dialogus Sauli et Pauli contra Judseos. Très répandu, ce livre amena de nombreuses conversions parmi les compatriotes de l'auteur, mais il ne dispensa pas, au siècle suivant, le mahométan Abdallah, devenu chrétien, d'écrire la Confusio sectx mahommetanse, ni le franciscain Alphonse de Spina décomposer son Fortalitium fidei contra Judteos, Saracenos, aliosque chrislianse fidei inimicos, Nuremberg, 1487. Glaives, boucliers, forteresses,... c'est à l'art de la guerre que nos apologistes militants empruntent leur terminologie belliqueuse ; d'allure assez différente et vraiment caractéristique est le volume de Pedro de la Cavalleria :Rationes laicales contra idiotas, quse docent fideni christianam veram et necessariam esse, 1487. C'est ce qu'on appellerait aujourd'hui une apologie à l'usage des gens du monde et l'auteur, faisant appel à leur réflexion, envisage moins la religion dans les preuves extérieures qui en démontrent la crédibilité, que dans sa structure intime et dans son excellence.
Nous ne serons pas surpris si, de la chute de l'empire romain à la Renaissance, l'apologétique est relativement incomplète et médiocre. Outre l'ignorance des premiers siècles du moyen âge, il faut attribuer à des raisons spéciales le niveau peu élevé de la polémique : à cette époque d'organisation sociale et doctrinale, le christianisme sentait le besoin de construire plutôt que d'attaquer; relativement dispensé de se défendre, d'abord toléré, ensuite protégé, enfin dominant en maître, il profita des circonstances favorables pour édifier le temple de cette science sacrée dont les cathédrales étaient le symbole. Malgré des attaques partielles, il était obéi, vénéré comme une religion surnaturelle, et cela dura jusqu'à la transformation de l'Furope par la Renaissance, jusqu'à la révolte de la Réforme.
Dom CeDIier, Histoire des auteurs sacrés, 2' édit., 14 in-4", Paris, 1808-1863; Schwane, Dogmengeschichte : Vornicànische m-8-,2' ('dit., Friliourg-en-Biisgau, 1898; Patrittische Zeit, in-8-, 2" c!dit., ibid., 1895; Mitllere Zeit, in-8", ibid., 1882; Hurter, Xomenclator literarius, in-8', Inspiuck, 1892, t. IV, pour les années 1 109 I i63 Inrlionnaire apologétique, t. 1, col. 191-20.Y