ARNAUD DE VILLENEUVE
ARNAULD
qu'elle a morne pouvoir (ce qui semble une erreur dans la foi, car rien de créé ne peut être égalé à Dieu), — l'autre que l'àme du Christ, à peine unie à la divinité, eut toute la science de la divinité, sinon il n'y aurait pus eu dans le Christ unité de personne, la science appartenant au suppôt individuel et non à la nature (de ces paroles, dit la sentence de condamnation, magna duo dubia insurgunt, car elles attribuent à l'àme du Christ toute la science de la divinité et elles paraissent n'accorder au Christ qu'une science).
3. Le diable a fait dévier tout le peuple chrétien, il régne sur lui ; tous les chrétiens, par leur vie et leurs mœurs, ont renié le Christ ; leur foi est celle des démons, et tous vont en enfer (téméraire et erreur dans la foi).
4. Tous ceux qui vivent dans les cloîtres sont en dehors de la charité et se damnent, et tous les religieux falsifient la doctrine du Christ (téméraire et mensonge manifeste).
5. L'étude de la philosophie est condamnée et condamnés sont encore les docteurs théologiens qui ont mis de la philosophie dans leurs œuvres (téméraire et périlleux dans la foi).
6. La révélation faite à Cyrille est plus précieuse que toutes les saintes Écritures (erreur dans la foi).
7. 8, 9, 10, 11, 12. Une œuvre de miséricorde plaît davantage à Dieu que le sacrifice de l'autel (téméraire et erroné). Établir des chapellenies et faire célébrer des messes après sa mort n'est pas une œuvre de charité et n'est pas méritoire pour la vie éternelle (hérétique). Celui qui connaît des indigents, et emploie son superflu à foncier des chapellenies et des messes après sa mort, tombe dans la damnation éternelle (faux et téméraire, à moins que les indigents ne fussent dans une extrême nécessité). Le prêtre qui célèbre la messe, celui qui la fait célébrer, n'offrent rien à Dieu de ce qui leur appartient, pas même la volonté (faux et téméraire). L'aumône représente mieux que la messe la passion du Christ d'aux et erroné). Dans le sacrifice de la messe Dieu est loué' en paroles, non en acte (faux et erroné).
P5. Dans l'information relative aux béguins et dans les constitutions papales il n'y a de science que d'oeuvres humaines (téméraire, mensonger, et proche de l'erreur, car il y a beaucoup de choses sur les articles de foi et sur les sacrements de l'Église).
14. Dieu n'a jamais menacé de la damnation éternelle les pécheurs, mais seulement ceux qui donnent le mauvais exemple (erroné).
15. L'avènement de l'Antéchrist est prochain (téméraire et erroné, déjà quelques-unes des prédictions d'Arnaud ont été démenties par les faits).
La plupart de ces propositions sont l'écho plus ou moins exact d'erreurs antérieures ou contemporaines. La thèse sur la science du Christ reproduit, en l'aggravant, ce semble, l'enseignement d'Hugues de Saint- Victor, dans le De sapicntia animai Christi an sequalis çum divina fuerit, P. L., t. ci.xxvi, col. 815-856. De tout temps il y eut des esprits pour nier l'utilité de la philosophie et de toutes les sciences autres que la théologie. Les dires d'Arnaud sur l'Antéchrist, sur la pseudorévélation faite à Cyrille, et sur la corruption du christianisme le rattachent au joachimisme outré et en il te contre l'Église. La 13* proposition témoigne de nipatbies pour les béguins dont il prit la défense devant Clément V. De Guillaume de Saint-Amour qui, lui aussi, avait prédit la fin du monde à brève échéance, il a hérité l'hostilité contre les religieux. Par ses affirmations sur le sacrifice de la messe, il donne la main aux sectes diverses qui rabaissaient ou supprimaient haristie et le culte, et préludaient au protestantisme.
Nous ne savons si les doctrines théologiques d'Arnaud «le Villeneuve exercèrent une influence sérieuse. Toutefois, elli nient un contre-coup assez important
pour que deux dominicains d'Aragon n'aient pas jugé inutile de les réfuter, l'un, Pierre Maza, vers 1400, Je second, Sanchez Besaran, vers 1419. Cf. Quélif et Echard, Scriptores ordinis prœdicatorum, Paris, 1719, t. i, p. 721, 771.
Sources anciennes. — Les œuvres d'Arnaud ont paru, en un volume in-folio, à Lyon en 1504, à Paris en 1509, a Venise en 1514, à Bàle en 1515, à Lyon en 1520 et 1532, à Baie en 1585. Mais ces éditions ne contiennent ni les œuvres théologiques ni tous les traités scientifiques. Sur toutes ces œuvres imprimées et inédites, cf. Hauréau, Histoire littéraire de la France, t. xxvm, p. 50-126, 487-490. Dans son Ensayo, M. Menéndez Pelayo a publié quelques-uns des textes théologiques, et réédité l'acte de condamnation des quinze propositions par l'inquisiteur Jean Llotger publié par J. Villanueva, Viage literario a las iglesias de Espafia, Madrid, 1851, t. xix, p. 321-328 (le résumé de Nicolas Eymeric, Directorium inquisitorum, éd. Pegna, Rome, 1578, p. 198-199, 225, est insuffisant et quelque peu inexact). On trouve dans Denifleet Châtelain, Chartularium universilalis Parisiensis, Paris, 1881, t. Il, sectio prior, p. 87-90. l'acte d'appel d'Arnaud à Boniface VIII, et, p. 86-87, 90, 155, le résumé de quelques documents inédits.
Travaux modernes. — M. Menéndez Pelayo, Arnaldn de Vilanova, médico catalan del siglo xm, ensayo historico segicido de tres opuscolos inéditos de Arnaldo, Madrid, 1879; et Historia de los heterodoxos Espanoles, Madrid, 1880, t. 1 ; B. Hauréau, Histoire littéraire de la France, Paris, t. xxvm, p. 26-126, 487-490. Voir, pour l'indication des autres ouvrages beaucoup moins importants, U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-bibliographie, *col. 167-168, 2424-2425.
F. Vernf.t.
5. ARNAUD MONTANERI, franciscain du milieu du XIVe siècle, né à Puix Cerdan, au diocèse d'Urgel, en Catalogne. On l'accusait de soutenir les quatre propositions suivantes : 1° Christum et apostolos nil habuisse nec in proprio née in communi; 2° Qitod nullus possit damnari qui déferai habitum sancti Francisa; 3° Quod sanclus Francisais semel in anno deseendat in purgatorium et exlrahat inde animas eorum qui sub suis militarunt institutis; 4° Quod cjusordo durabit in perpétuant. L'inquisiteur Nicolas Rossclly exigeait une rétractation de ces erreurs; mais le franciscain s'enfuit en Orient. Nicolas Eymerich, successeur de Rosselly, d'accord avec l'évêque d'Urgel, le condamna comme hérétique et le pape Grégoire XI, qui avait été consulté, ordonna à Armand, vicaire de l'ordre des frères mineurs, de faire amener le fugitif enchaîné aux tribunaux apostoliques. On ignore ce qu'il advint d'Arnaud Montaneri.
Eymerich, Directorium inquisitionis, part. Il, q. Xi;Wading
Annales minorum, 2* édit., Rome, 1733, t. VIII, p. 245-247; Raynaldi, Annales eccles., an. 1370, xix, Lucques, 1752, t. VII, p. 240: Kirchenlexikon, 2* édit., Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. i, COl. 1423-1424.
E. Mangenot.
ARNAULD Antoine, docteur de Sorbonne, le chef et l'oracle, durant cinquante ans, du parti janséniste, qui l'appela le « grand Arnauld », naquit à Paris, le «février 1012. Il fut le dernier des \ini;i enfants d'Antoine Arnauld, avocat, et de Catherine Marion, fille d'un avocat général au Parlement de Paris. La famille Arnauld était originaire d'Auvergne, d'où l'aïeul du docteur était venu s'établir à Paris, environ l'an 1547. Cet aïeul appartint quelque temps au calvinisme, avec ses enfants. Antoine Arnauld le père brilla au ban-eau, mais se rendit fameux surtout par son plaidoyer virulent pour L'université de Paris contre les jésuites, en 1594.
Si le lils tenait ainsi, de ses origines mêmes, une Certaine
prédisposition à son rôle futur, bien plus décisive encore fut l'impulsion qu'il reçut du fameux Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, l'ami infime de Jansénius et le premier apôtre des idées jansénistes m France. C'est à la suggestion de Saint-Cyran que Catherine Marion, qu'il dirigeait, engagea son plus jeune Bis a quitter l'étude 'lu droit, déjà commencée, pour
ARNAULD
celle de la théologie. El c'est Missi «or le conseil de Saint-Cyrao que 1 1 lève i n lli oloj ie lui saint Augustin beaucoup plus que le* ' miei ! '''' ïea I"'"1' Sorbonne. Le mattri ofllcieui rit ses vœux comblés : les thèses de la tentative qui valul à Antoine Arnauld le ilauréat en théologie, en 1636, formaient une manière il .1 avant la lettre [l'Augustinus de Jansénius parut en 1640 . Tandis qu'il préparait sa licence et alors que Saint-Cyran était enfermé ;i la Bastille par l'ordre de Richelieu, en 1038, le jeune théoli sr mil plus étroitement encore sous la direction spirituelle de l'austère abbé. Ce fut sans doute ce qui empêcha le cardinal de sanctionner son admission dans la maison et société de Sorbonne, où il ne put entrer qu'après la mort du grand ministre, en l*ï V3. Antoine axait été reçu docteur, non sans éclat, dés 1641; et, la même année, il s'était fait ordonner prêtre.
L'occasion se présenta bientôt, et il la saisit avec ardeur, d'affirmer bruyamment les doctrines de son directeur et de prendre contact avec les adversaires qu'il com- 1j.iI I ra sans trêve jusqu'à son dernier jour. A un écrit de Saint-Cyran contre la communion fréquente, qu'on se passait de main en main dans le monde faisant profession de piété, le P. de Sesmaisons, jésuite, avait opposé une instruction en sens différent, qui circulait de nu nie. Inaugurant hardiment la méthode, qui réussira si bien au jansénisme, de porter devant le grand public les controverses même les plus épineuses, les plus délicates, Arnauld attaqua l'écrit du directeur jésuite avec un gros in-4° intitulé: De la fréquente communion: Où les sentiments des Pères, des papes et des conciles, touchant l'usage des sacrements de pénitence et d'eucharistie sont fidèlement exposés, Paris, 16't3. Ce livre lit grande sensation: sans parler de l'attrait qu'il tenait de son caractère polémique, il séduisait les lecteurs sérieux par le zèle affiché à chaque page pour l'antique discipline, pour la pureté' primitive du christianisme ; et les autres par l'agrément, austère encore, mais très réel, d'une langue qu'on n'était pas accoutumé à entendre parler aux théologiens. Vivement combattu, néanmoins, et de divers cotés, l'ouvrage ne fut pas expressément censuré à Rome; mais le pape Alexandre VIII a condamné trois propositions qu'on y retrouve à peu près textuellement et qui en résument les doctrines fondamentales. Ce sont la 18e, la 22e et la 23,; des 31 proscrites le 7 décembre 1690 : Comuetudo moderna quoad administralionem sacramenti pœnitentiœ, ctiamsi eam plurimorum hominum sustentet auctoritas et multi temporis diuturnitas confimiet, nihilominus ab Ecclesia non habeturpro usa sedabusu. — Sacriler/i siott judicandi, qui jus ad communionem percipievdani prœtendunt, antequam condignam de delictis suis pmnitentiam egerint. — SimUiter arcendi sunt a sacra communione, guibus nondum inest anior Dei purissimu» et omnis mixtionii expers. Saint Vincent de Paul a constati' et déploré en termes très forts la diminution considérable dans l'usage des sacrements, produite par la lecture du livre Dr la fréquente communion délires du 25 juin et du Ht septembre 1648). Plus près de nous, sainl Alphonse de Liguori n'a pas craint d'écrire: a Tenez-vousen garde contre Antoine Arnauld, qui f.iii étalage de sainteté el semble ne chercher que pureté et perfection pour s'approcher de la communion,
tandis qu'il n'a d'autre intention que d'éloigner les Bdèles de ce sacrement, l'unique soutien de notre faiblesse. > Tannoja, Mémoires sur sainl .1 Iphonse, trad. franc., l'a ris. 1842, t. n, p. 197. Que, iln reste. Arnauld ait explicitement visé ce but ou non, certainement la rigueur outrée des conditions, qu'il exigeait pour la réception des ments de pénitence el d'eucharistie, ne pouvait qu'éloigner les fidèles de ces sources de la grâce, aussi, quoi que I "n pense de la réalité du i projet de Bourgfontaine . c'est-à-dire du plan qui aurait été concerté entre J
Saint-Cyran et Antoine Arnauld, pour établir le n les ruines du chii~ti.ciiismr.iir.nit!
naître que l'oeuvre de ces trois nouveaux réformateurs du dogme et de la morale tendait, par le fait, à rendre le christianisme intolérable et impossible pour la grande majorité des hommi -.
Kn même temps que paraissait le ti iilé De la frrquente communion, VA par
Urbain VIII liiîl . agitait de plus en plus les écoles théologiques. Le docteur Habert, théologal d futur évéque de Vabres, ayant cru devoir le combattre du haut de la chaire de Notre-Dame, Antoine Arnauld publia deux Apologies de M. ' où il --outint
notamment les thèses les plus sombres de d'Ypres contre la grâce sufli>ante et sur la réprobation positive (1613-1614). Ensuite, comme Nicolas syndic de la faculté' de théologie, travaillait à ! censurer cinq propositions qu'il avait extraites de ! guslinus et qui sont bien, comme le reconnaîtra Bossuet, la quintessence de ce livre, Arnauld publia Considérations sur cette entreprise qui, dit-il, est dirin réalité contre la doctrine de saint Augustin (I649). Puis vient une Apologie pour les saints Pérès de l'Église, défenseurs de la i/i e les urs qui leur sont - (1651), qui n'est qu'une nouvelle apologie de Jansénius. Cependant les cinq propositions, déférées au pape par les évêques de France, sont condamnées comme hérétiques par Innocent X, le 31 mai 1653 ; et cette condamnation est acceptél'assemblée du clergé de France, au mois de juillet suivant, et enregistrée en Sorbonne le 1" août. Les partisans de Jansénius, qui avaient fait les derniers ellorts pour sauver les cinq propositions, n'osent attaquer de front le jugement rendu, mais travaillent à le rendre illusoire par la fameuse distinction du fait et duV Le droit, c'est la censure d'une doctrine: on l'accepte ; le fait, c'est l'attribution de cette doctrine au livre de Jansénius : là-dessus on refuse son adhésion, sous texte que l'Église n'est pas infaillible dans les questions de fait. Arnauld soutint cette distinction dans ses Lettres à un duc et pair, écrites au sujet du refus d'absolution infligé par M. Picoté-, de Saint-Sulpice, au duc de ! court, à cause de ses liaisons avec les jansénistes il655- 1656), l 'eux propositions, tin es de la seconde de et dont l'une contenait cette distinction, furent défén la Sorbonne. qui les censura le 30 janvier 1656. Antoine Arnauld. ayant refusé de souscrire à la censure, fut exclu de la faculté de théologie. Cet incident fait le sujet des premières Lettres à un provincial. Ce n'est qu'à partir de la cinquième que Pascal, quittant la a nsure et l'exclusion d Arnauld et les questions de la grâce, se jeta sur la morale des jésuites, où il trouva SOU grand succès. Les deux dernières Provini 17 el 18 reviennent sur la distinction du fait et du droit Grâce à cet artifice, pire que toutes les subtilités de casuistique flagellées par le pamphlétaire janséniste, on continuait à lire sans scrupule le livre prosci I saint-siège ne pouvait laisser détruire ainsi tout l'effet île ses décisions : le 16 octobre 1656, Alexandre VU définit et déclara que les cinq propositions condan par Innocent X étaient extraites de I ; - de Jansénius et avaient été condamnées dans le sens e Buteur. Par une nouvelle constitution, donnée a la demande du cierge de France et du roi. le 15 février 1665, le même pape prescrirait un formulaire s signer par les ecclésiastiques et condamnant les cinq propositions dans le -eus de Jansénius. l'n édit royal, en date du •J'.i avril 1665, enjoignit la signature à toutes I, a -•unes ecclésiastiques et religieuses, même aux « moniales ». Le monastère de Port-Royal des Champs, peuplé el gouverne par les sœurs et les nièces d'An Arnauld, était, depuis le temps île Saint-Cyran, comme la citadelle du jansénisme. Invitées à signer \e formule
ARNAULD
en 1665, les religieuses refusèrent obstinément de le f;iire, à moins qu'on ne les laissât joindre à leur signature une réserve sur le fait de Jansénius. Arnauld, qui avait inspiré cette résistance, composa ou aida à composer une quantité de factions pour la justifier. L'affaire des « quatre évêques » et la paix de Clément IX, qui la termina (1668), l'occupèrent également; et, dans les négociations qui amenèrent la conclusion de cette paix, sa sincérité ne brille pas plus que celle des évêques jansénistes. A ce moment, néanmoins, il était le maître de commencer une carrière nouvelle, où il aurait eu pour lui les sympathies et les éloges du monde catholique tout entier. Il parut d'abord le vouloir, en s'appliquant avec ardeur à écrire contre les protestants. En particulier, le grand ouvrage de la Perpétuité de la foi de l'Eglise touchant l'eucharistie (lequel, à la vérité, est surtout l'œuvre de Nicole) lui valut les félicitations des papes Clément IX et Innocent XI, et lit classer son nom parmi ceux des plus éminents défenseurs de la foi catholique.
Cependant, après dix ans de trêve, en 1679, Louis XIV, irrité de voir que Port-Royal demeurait toujours un centre de coterie, sinon d'opposition, lui lit sentir de nouvelles rigueurs. Arnauld, averti qu'on était aussi mécontent pour les « assemblées » qui se tenaient chez lui à Paris, et pour l'influence qu'on lui prêtait sur des évêques incommodes, crut devoir assurer sa liberté, en quittant volontairement la France. Il en sortit, en juin 1679, pour n'y plus rentrer jusqu'à sa mort. Durant les quinze années de retraite presque solitaire qu'il passa en divers lieux des Pays-Bas espagnols etde la Hollande, il déploya une activité île plume plus féconde que jamais. Ses écrits de cette période, anonymes pour la plupart, afin de forcer moins malaisément l'entrée de la France, touchent à toute sorte de sujets : défense de la traduction port-royaliste du Nouveau Testament, dite « de Mons », et plaidoyer en faveur de la lecture de l'Écriture sainte en langue vulgaire ; réfutation de plusieurs pamphlets de ministres protestants français; invective contre Guillaume d'Orange, « nouvel Absalon, nouvel Hérode, nouveau Cromwell; » critique du système philosophique de Malehranche sur les idées et de héories sur la -race, etc. A ces publications, où l'on rencontrait bien des parties recommandables, s'en ajoutèrent malheureusement beaucoup d'autres, prouvant (pie l'exilé restait toujours chef de secte. Entre les d" ce dernier genre, celui dont il était lui-même le plus content et dont il espérait de grands résultats, fui le Phantôme du jansénisme (1686). Le but était, comme il le dit dans sa correspondance, de « justifier les prétendus jansénistes en montrant que le jansénisme n'était que fantôme, parce qu'il n'y a personne dans l'Église qui soutienne aucune des cinq propositions condamnées, el «pi il n'es! point défendu de discuter si ces cinq propositîonsonl été enseignées par Jansénius ». Lettre du 20 septembre KiWi. Le dernier point était sur quoi il insistait le plus et, pour l'établir, il cherchait à faire croire que, lors des négociations pour la paix de Clément IX, <■ le Baint-siège avail reconnu que l'Église n'était pas infaillible .i l'égard du fail de Jansénius et qu'elle n'en pouvait exiger la créance par voie de commandement. » Rien de plus faux. La vérité esl que, si le saintn ,i jamais émis d'affirmation théorique sur ['infaillibi lité de I l -h <■ quant .m lad de Jansénius, s'il n'a pas inscrit la cro anci .i cette infaillibilité parmi les condition- de l.i h paix de Clément IX »,il a toujours affirmé, théoriquement et pratiquement, son droit d'exiger la ince du fail en question. Rien de plus net, dans ce restitutions d Innoci ni X et surtout d'Aindre VII el que le formulaire imposé par ce dernier. Quant a Clément IX. il a clairement déclaré, avant et après i ion de l'accommodement qui porte
son nom, qu'il iii.Miiien.nl pleinement les décisioE de
ses deux prédécesseurs, et qu'il n'accordait la « paix » aux quatre évêques et à Arnauld lui-même, que sur les assurances formelles, données en leur nom, de leur soumission sincère à ces décisions. Au surplus, Arnauld n'ignorait rien de tout cela; mais il avait des ressources de dialectique particulières, qui lui permettaient de prouver mathématiquement que les papes ne voulaient pas dire ce qu'ils disaient, et de formuler mieux qu'euxmêmes leur vraie pensée. Sainte-Beuve constate aussi que « l'obstination à savoir mieux que les papes ce que ceux-ci pensent et définissent, est la thèse favorite des jansénistes à partir d'Arnauld ». Port-Royal, 1. III, c. vin. L'assemblée du clergé de France, en 1700, sur le rapport de Bossuet, condamna cette proposition : Le jansénisme est un fantôme, comme « fausse, téméraire, scandaleuse, injurieuse au clergé de France, aux souverains pontifes, à l'Eglise universelle », enfin comme « schismalique et favorisant les erreurs condamnées ».
Mais ce qui a occupé Arnauld plus que tout, durant ses quinze dernières années, c'est la guerre contre les jésuites. 11 n'est point de professeur obscur, dans un collège lointain, qui puisse laisser échapper une thèse critiquable, sans que l'exilé en soit averti et lance du fond des Pays-Ras une dénonciation retentissante, où, suivant la tactique des Provinciales, Tordre tout entier est rendu solidaire des opinions de chaque membre. Parallèlement à ces attaques de détail, il poursuivit avec une application extrême l'entreprise plus vaste de la Morale pratique des Jésuites représentée, en plusieurs histoires arrivées dans toutes les parties du monde. Un premier volume avait paru sous ce titre en 1069, et avait été suivi d'un second en 1683 ; l'auteur anonyme des deux était M. de Pontchàteau, l'un des plus fameux solitaires de Port-Royal. Les missionnaires jésuites y étant particulièrement attaqués, le P. Le Tellier, futur confesseur de Louis XIV. répliqua par la Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la Chine, du .In lion el des Indes (Hii-w). C'est alors qu'intervint Arnauld, d'abord pour « justifier » les deux premiers volumes de la Morale pratique, puis pour ajouter de nouvelles « histoires » à celles que Pontchàteau axait racontées. Il publia ainsi, d'année en année, de 1690 à 1093, cinq nouveaux volumes, et en tenait prêt, quand il mourut, un sixième auquel il donnait pour titre particulier : De la calomnie; ce dernier volume parut en 1695. C'est surtout dans la correspondance d'Arnauld avec Louis du Vaucel, l'agent du jansénisme à Rome, qu'on peut remonter aux sources de la Morale pratique et suivre les voies secrètes par lesquelles le grand ennemi des jésuites recevait ses pièces. Il a su ires habilement exploiter les contestations que les jésuites ont pu avoir avec des prélats el d'autres prêtres ou religieux, principalement dans les pays de missions. Toul
le monde sait iment de- quen Iles de ce genre, où
les deux partie--, souvent, obéissent à d'excellents mobiles et peut-être ont également raison a des points de
vue différents, peuvent influencer des esprits pieux, honnêtes, jusqu'à les rendre témoins peu sûrs et rapporteurs inconsciemment infidèles de ce qu'ils oui vu
ou entendu, ou cru voir et entendre. Cette observation
d'expérience suffit pour infirmer la valeur des autorités
les plus sérieuses qui appuient les accusations de la Mi, mie pratique; inutile de parler des , mires. On ne veut pas dire par là que toutes les <. histoires s d eros pamphlet soient fausses; mais pour savoir ce qu'elles contiennent de vrai, il raiidr.nl pratiquer, beaucoup plus que ne l'a fait Vrnauld,le principe : Audialur ei altéra pars. La vie inquiète du vieux docteur jansés'acheva dan- cette âpre polémique. Il mourut à Bruxelb -, le o août Iti'.ii. âgé de plus de quatre-vingttrois ans. Son cœur lut rapporté a Port-Royal
Champ ,el i ne moire lut célébrée par de nombreuse-
ARNAI'I.l) - ARNO
épitaphes, dont les plus célèbre» «ont de Santenil t\ de
Boileau.
(Euvrt - de Venir* Ani \» irnauht, docteur de la mal-
ftlur: ' el m vend à Lau»uine,
ch« Sigi8mond d'Arnaj et C", 1775-1783,421 <"->;■
«volume contei I la Vie de Vessire Antoine Arnauld
!au.M pubUée a part en 2 In*, la même année 1783), ew ,„.,, balioni el éloge» obtenu» par le» d'Arnauld) el la Table généraU des matières. Ces 42 tomes ne comprennent pae la Perpétuité de la foi, qui, ajoutée ., [a BU|te élève le chiflreà46ou 18 tome» ln-4*. Cette édition, où piosieure écrit» Inédits sont Joints a ceux qui étaient déjà publié», est due aux s„ins de l'abbé Dupac de BeUegarde; la \ <e a été rédigée par Noël de Larrière. Des Préfaces historiques, auxquelles a travaiUé aussi l'abbé Goujet, précédent lesdifli classes (huit classes, sans compter la correspondance) ouïes écrits d'Arnauld sont distribués, et exposent longuement loccasion et le but de chaque ouvrage, avec les polémiques qu il a suscitées. Les quatre premiers volumes sont remplis par la correspondance d'Arnauld, comprenant surtout les lettres qu il a écrites depuis sa sortie de France et une partie de celles qu il a reçues. Les lettres d'Arnauld, où se révèle le mieux son caractère, avaient déjà été partiellement publiées en 1/27 (Nancy, 8 in-12)et 1743 (9* volume). Les originaux sont à la Bibliothèque nationale à Paris, où l'on trouve encore un certain nombre de lettres inédites, sans grand intérêt. - On peut consulter a» Correspondance de Pasqùier Quesnel, qui vient d'être publn e (incomplètement) par M" Albert Le Roy, 2 in-8-, Paris, 1»"'. Le P Quesnel passa avec Antoine Arnauld les dix dernières ai de sa vie et hérita de ses papiers. On a également de Quesnel plusieurs publications historiques et polémiques, relativesa la vie et aux ouvrages d'Arnauld, notamment : l- Question curieuse si il/ Arnauld docteur de Sorbonne est hérétique, in-12, Cologne, 1G90- réédité en 1695 et en 1697, avec des additions, sous le titre : Histoire abrégée de la vie et des ouvrages de M. Arnauld; 2- Causa Amaldina, gros in-8-, Liège. 1699, recueil des écrits publiés en latin par Arnauld et ses amis contre la censure de la Sorbonne (1656), avec une préface de Quesnel ; 3- Justification de .1/ Arnauld contre la censure d'une partie de la Faculté de Paris recueil des écrits français d'Arnauld et de ses partisans sur ce sujet également précédé d'une introduction « historique et apologétique » de Quesnel, 3 in-12, 1702. - Naturellement Antoine Arnauld tient une grande place dans tous les ouvrages traitant de Port-Royal et du jansénisme. Voir cet article. De morne que Quesnel et Larrière, Fontaine, Du Fossé, l'abbé Bacine et les autres historiens jansénistes ne parlent de lui que sur le ton du panégvrique. Sainte-Beuve, Port-Iloyal, 3' édit., 6 in-8*, Pans 1867 malgré ses sympathies pour le parti, aboutit à un jugement plutôt sévère et presque juste sur son chef. Pour ce qui concerne, en particulier, le rôle d'Arnauld dans l'importante affaire de la « paix de Clément IX », on peut voir, à rencontre du Phanlome du jansénisme, mentionné plus haut, outre les Mémoires du P Bapin, publiés seulement de nos jours. l'Histoire des cinq propositions de Jansénius (par Dumas». 2 in-12. Liège, 1700, a laquelle répliqua Quesnel par la Paix de Clément l.\ ou Démonstration des deux faussetés capitales avancées dans l Histoire des V propositions, in-12, Chamberrl, 1700; puis, Lettre de M l'archevêque de Cambray (Fénelon) au P. Quesnel tauchant la Relation du cardinal Rospiglicsi, in-12, s. ., 1710; enfin, Vie de M. Pavillon, évêque d'Alet, 3 in-12, Saint-Miel, 1738 et L'trecht, 1739, ouvrage janséniste, mais où l on trow documents et des aveux précieux. - A consulter encore, sur les ouvrages d'Antoine Arnauld et les condamnations qu'ils ont le Dictionnaire des livres jansénistes, du P. de Colonie, augmenté par le P. Patouillct et reproduit, as le nouvelles additions dans ['Encyclopédie théologique de Migne, t. xn. et Der Index der verbotenen Éûcher, du D' H. Reusch, In*, Bonn. 1885 i n p 446 »q. (Ne pas oublier que cet auteur est f vieuxcatholique »■) - Sur la famille Arnauld, voir I.i écrite sur les Arnauld complétée à l'aide de leur a mas Inédite, par Pierre Varin, 2 in-8', Paris, 1847. v .lus. Brucker.
ARNDT Jean, un des rares mystiques luthériens, naquità Ballenstedt (Ànhalt), le 27 décembre 1555. Dès sa jeunesse, il lui les ouvrages îles mystiques catholiques, saint Bernard, Tauler, l'Imitation de Jénu-Chnsl n abandonna la médecine pour se livrer .. la théologie, ou'il étudia à Helmstadl (1576), ■ Wittemberg (1577), a Strasbourg el à Baie (1579). Revenu, en 1581, au heu de sa naissance, il j fol instituteur. En 1583, il devinl pâleur a Badeborn; il en lut chasse en 1590, pour avoir
n rusé d obéir au ducd'Anhall disait les images dans l< de son duclu
i . mploi de la formule d'exorcisme dan» la célébrai du baptême. Il publia a ce sujet son premier ouyi Tconographia, 1596, traitésur le légitime usage et I abiw des imagi s. pasteur a Quetlimboure 1590 , puisa Brunswick 1599), il fit paraître, en 1606, le premier livre du Wahren Chrùtenlums. Cette publication suscita à auteur de graves difficultés el le mit, selon son ei| Bion, dans i une fournaise ardente . . Appelé, en 16 Eisleben, il put faire imprimer, I année su trois
autre- livres de son Vrai Chrislianimu Les [uatre livres furent réunis, Magdebourg, 1610. Le» édition- suivantes contiennent un cinquième et un sixième livres. Aucun ouvrage humain, si on excepte l'Imitation, n'a été plus souvent impriméque le Vrai Christianisme de Arndt. En 1687, il a été traduit en latin et a paru \ nom d'auteur; il s'est répandu sous celte forme parmi les catholiques. Une version française, par de Zinzendorf, a été- publiée, 3 in-8», Paris, 1725 Dans une hure écrite le 29 janvier 1021 au duc de rirunsvuck, Arndt a exposé le but de son livre : il a voulu détourner les étudiants et les pasteurs de la théologie polémique, qui redevenait une theologia scolaslica, rai chrétiens de la foi morte à la foi vivante, les faire pa de la science théorique à une piété pratique el féconde, leur montrer, enfin, que la véritable vie chrétienne, il parable de la vraie foi. consiste à augmenter la foi lui faireproduiredesfruits.il recommandait la formation de l'homme intérieur par la vie d'union avec J Christ. Ses tendances mystiques se manifestent dans ses sermons sur les Evangiles et le Petit Catéchisme de Luther et dans un recueil de prières qu'il publia, en 1012. sous ce titre : Paradiesgârtlein aller christUehen Tug'enden. 11 a donné une édition de V Imitation et de la Deutsche Théologie. Toutes ces œuvres ont été ré-unies parJ.-J. Rambach, in-fol., Leipzig et Gôrtitz, 173». Arndt qui était devenu surintendant à Celle, en 1611. mourut le 11 mai 1621. Ses idées ont été vivement discutées par les protestants de son vivant et après sa mort : il I accusé de papisme et de diverses hérésies. Son IVai Christianisme a joui néanmoins d'une grande popularité' et a exercé une heureuse influence sur les pitants d'Allemagne, en particulier sur les piétistes.
F. Arndt. ./oh.. Arndt. fin biographischer Versuch, Berlin Periz. De Joanne Arndtio ejusque libris qui inscribuntur « de vero christianismo », Hanovre. 1852; Encyclopédie des sciences religieuses. Pari-. 1877, t. i. p. 610-612; Kirche-
2- édit., Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. i. col. 1411-14 Healenoïkloynuh- fur protestant. Théologie und huche, S- édit, Leipzig. 1896, t. n. p. 108412.
E. Mangknot.
ARNO ou ARNON, chanoine régulier de Rcicl berg, en Bavière, très télé pour la reforme des chanoines réguliers et pour la défense de la doctrine de l'Église, mort le 30 janvier 117.".. Il était le frère puiné du célèbre Gérhoh, prévôt de Reichersberg I nom. Il étudia la théologie sous la direction de son aîné et lui succéda, le 29 juin 1169, dans la charge de pi âpre- avoir été doven du couvent. On a de lui : l« Scu-
. anonicorum regularium, P. L., I i xerv, col. I 1528 ouvrage digne d'intérêt par la connaissance qu il non- donne de' la vie canoniale, vers le milieu du u, siècle; - Apologelicus contra Folmarum, dont le prologue et un fragment avaient été édit art.
Sylloge veterum scriplorum, p. 2Uf; P. L.. t. cxciy, col 1527-1538, el qui ;> ' ll' Publié on entier Par XN " chert, Leipzig, 1888. Ce traite, long et prolixe, est une réfutation de Folmar, prévôt deTriefenstein, qui pr dail quod in Chrutum Jesum tanquani in Dcnm credendum non sit; quod homo ille m Deum assumpttn, Dei Patris naturalis et proprius Filins non sit ; q in plenitudinem pqternmglorix.obedientia morttê