IV. DEPCIS LE Xir SIECLE JUSQU'À L'ÉPOÙLB COS1EM
PORAIXE. — L'ascétique scientifique passe par plusieurs phases distinctes. Au xni' siècle, avec les grands maîtres de'la scolastique, le bienheureux Albert le Grand, saint Thomas et saint Bonaventure, elle atteint une perfection de doctrine qu'elle ne pourra guère dépasser. Au xtv et au XVe siècle, elle combat les erreurs des pseudo-mvstiquesde cette époque. Du xvi* au XVIII» siècle, elle nous apparaît sous la forme particulière de cours de théologie ascétique ou mystique, où toutes les questions relatives aux trois voies purgative, illuminative et unitive ordinaire ou extraordinaire, sont successivement tra ■■ le plus souvent avec la méthode scolastique. et conformément aux données de la théologie et de la philosophie scolasliques. On y a souvent recours à l'autorité des grands théologiens, particulièrement de saint Thoi sans négliger cependant l'enseignement expérimental des saints, particulièrement celui de sainte Tl. exposé scientifique n'empêche point une certaine polémique contre les pseudo-mystiques de cette époque, particulièrement contre les quiétistes.
111. Principales œuvres ascétiques. — Avant d'indiquer les principaux cours d'ascétique, il convient de mentionner les principales œuvres spirituelles, qui. avoir de vrai caractère scientifique, ont eu, sur la vie chrétienne dans l'Église, une profonde et durable infiuence. Nous ne nous occuperons point de celles qui n'ont eu, directement du moins, qu'une înlluence particulière, restreinte aux ordres religieux. COinmi règles ou constitution- monastiques avec leurs nombreux commentaires; œuvres cependant si remplit
ASCÉTIQUE
l'esprit de Dieu, et bien clignes d'attention, puisque, depuis les premiers siècles jusqu'à l'époque contemporaine, elles ont dirigé la vie religieuse dans l'Église. Elles ont sans doute grandement contribué au bien général de l'Église, en conduisant à la perfection des âmes d'élite qui ont eu, sur leur entourage et même sur leur époque, une inlluence considérable. Mais quelle qu'ait été cette inlluence, des œuvres de ce genre n'en restent pas moins des œuvres spéciales qui demandent à être étudiées à part.
Parmi les œuvres ascétiques qui ont eu sur la vie chrétienne dans l'Église une profonde et durable influence, nous mentionnerons particulièrement les suivantes.
/. l'imitation de jésus-cijmst. — Ce livre, à raison de l'estime universelle dont il a toujours joui dans toute l'Église, a un droit spécial au respect et à la vénération de tous les fidèles. Aussi son enseignement ascétique doit-il être considéré comme conduisant en toute sécurité à la perfection chrétienne.
Les principales notes caractéristiques de cet enseignement sont :
1» D'être essentiellement pratique. On n'y trouve point de thèse doctrinale empruntée à la théologie positive ou scolastique, bien que l'auteur, toujours irréprochable dans sa doctrine, se montre bien au courant de l'enseignement théologique et philosophique de son temps. On ne rencontre point non plus les profondes théories mystiques d'un Hugues de Saint-Victor ou de saint Thomas, quoique l'auteur n'ignore ni les faveurs spéciales faites par Dieu aux âmes contemplatives, ni les épreuves si pénibles qui précèdent ces divines faveurs. Il se contente d'y faire allusion au point de vue immédiatement pratique. Ainsi au 1. III, c. v, la description des admirables effets de l'amour divin ne parait guère convenir, dans tout son ensemble, qu'à la merveilleuse charité produite dans l'âme par la contemplation extraordinaire; et au 1. II, c. ix, l'exilium cordis semble répondre à la nuit obscure de saint Jean de la Croix. Le pieux auteur s'est proposé un but plus accessible à toutes les âmes qui veulent tendre à la perfection : s'unir à Jésus-Christ par une vie fervente entièrement animée de son amour; et dans ce but, lutter généreusement contre soi-même, pour maîtriserses inclinations et les courber entièrement sous le salutaire de toutes les vertus, dont Jésus nous a i é l'exemple. Mortification et abnégation, pratique des vertus chrétiennes, union constante avec Jésus-Christ; tout se ramène à ces trois points qui comprennent toute l'ascétique et conviennent à toutes les âmes.
2° L'enseignement de l'Imitation, quoique particulièrernenl adressé à des moines, peut s'adapter facilement à tous les états de vie et à toutes les circonstances particulières dans lesquelles une âme peut se trouver. Que ce livre ait été composé spécialement pour des moines, es nous le démontrent évidemment ; plu- Bieurs chapitres même n'ont guère que cet objet immédiat, p.u' exemple 1. I, c. îx, xvn-xx. Cependant l'enil esl donné avec une si profonde connaissance du cœur humain el avec une si sage pondération, qu'il avec quelques modifications faciles à suppléer, s appliquer à toute âme chrétienne, dans les différentes situalions on elle peul se trouver.
3° I. enseignement ascétique de l'Imitation rellète constammenl une tendance que l'on peut appeler principalemenl affective. La pratique de l'amour de Dieu esl
ne la note dominante de tout l'ouvrage, depui paroles du chapitre i" . Vanitas vanilalum et omnia vanilas pi elei amara Deumet illi solisenire, jusqu'au livre IV qui est entièremi ni pénétré d'un ardenl amour envers Jésus dans la sainte eucharistie. <)n connaît les râbles c. vu, vin du I. II, et le c. V du I. III, où l'amour divin esl si fidèlement dépeint. Cette tend affective i remarquable est une des cm -es de ce charme
D1CT. lit THÉOL. CATHOL.
particulier que l'on éprouve à la lecture de l'Imitation.
On a reproché à l'auteur de l'Imitation trop peu d'estime, sinon même quelque hostilité pour Loute science, et en particulier pour la scolastique de son temps. Par un examen attentif de toute sa doctrine, on voit clairement qu'il ne fait que répéter l'enseignement de saint Paul contre la fausse science, I Cor., VIII, 1, en y ajoutant la condamnation de cette scolastique de la décadence dont Melchior Cano a si énergiquement flétri les abus.
On a récemment encore reproché à l'Imitation une préoccupation trop exclusive du salut individuel, qui fait presque oublier l'obligation, cependant si importante, de l'apostolat et des œuvres de charité. C'est perdre de vue le but très spécial de ce livre, immédiatementdestiné aux moines, vivant dans la solitude et le recueillement de leur monastère. Mais n'est-il point facile à une âme chrétienne, à un catholique zélé, à un homme d'œuvres, à un prêtre, de suppléer, pour son usage personnel, les applications particulières qui ne rentraient pas dans le cadre immédiat de l'auteur? Du principe de l'amour divin si admirablement décrit dans beaucoup d'endroits, n'esl-il point facile de déduire les devoirs qui s'imposent à chacun, suivant sa condition et sa situation, d'après la parole du divin Maître : Sidiligilis ma, mandata measervate. Joa., xiv, 15.
//. LES ŒUVRES SPIRITUELLES DE SAINTE TBÉItÈSE. —
1° Le premier caractère de l'enseignement ascétique de sainte Thérèse est d'êlre spécialement destiné aux âmes appelées à la vie contemplative. C'est dans ce but que la sainte fondatrice explique avec soin comment on doit se préparer à la réception toute gratuite des faveurs divines, en éloignant de son âme les obstacles les plus habituels. C'est encore dans ce but qu'elle indique en détail les différentes sortes d'oraison ou contemplation extraordinaire, les dispositions que l'on doit y avoir, les peines et les difficultés que l'on peut y éprouver, la conduite que l'on doit y tenir et les faveurs inestimables que Dieu y communique si abondamment. — 2° Cet enseignement si relève1, fruit de l'expérience personnelle des communications divines les plus extraordinaires, a puissamment contrihuéau développement de la science mystique, en donnant une classification plus nette des dillérentes sortes d'oraison extraordinaire, en complétant la description particulière de chacun de ces étals, et en traçant les règles pratiques les plus propres à diriger les âmes contemplatives dans chacune de ces phases. L'influence de cet enseignement de sainte Thérèse s'est surtout fait sentir dans l'admirable école mystique du Carmel qui, du xvi* au xvill« siècle, a produit de remarquables traités de mystique. — 3° £n même temps que les écrits de sainte Thérèse oui fait avancer la science mys tique, ils ont aussi produit d'admirables fruits de sain teté dans l'ordre du Carmel, dans les autres communautés religieuses, et même dans l'Eglise entière. Ils soni imprégnés d'un tel amour pour Dieu, d'une si grande estime pour la perfection et d'une sagesse si céleste, qu'une âme bien disposée ne peul les lire sans éprouver au moins un peu de celle ardeur pour les choses célestes. — 'r Une autre note caractéristique de l'enseignement de sainte Thérèse, c'est un zèle ardenl pour le salul des âmes, et l'insistance avec laquelle elle prie et fait prier continuellement, pour les ministres de Dieu, occupés aux nobles m. lis périlleux labeurs de l'apostolat. Cf. Chemin de la perfection, c. ni. A la lumii re de cel en« seignement, on comprend mieux le rôle social des ordn s contemplatifs; on .i aussi une intelligence plus complète de la véritable source de 1 1 fficac té de l'apostolat, ainsi qui- des conditions sans lesquelles cette efficacité ne p. -ut -,■ produire. En fait, le ri sullat de cel enseignement parait avoir été considérable dans l'Église, en orientant vers I apostolat, d une manière plu- directe et plus habituelle, las préoccupations de» ordres contemplatifs.
ASCETIQUE
lit. f.F.« EXBBCKBB 8PIRITUBM r>r tAIST IGNACE. —
gi tu raux de l'enseignement ascétique de sain! Ignace dans ses
1 C'est un ci ni éminemment pratique, d
de la rie relii i point question d'oraison <■■ traordinaire nid( j rDieu. Saint Ignace
inde surtoul l'abnégation, le renoncement, le d lâchement de soi-même et de toute chosi Le but
de ce renoncement, c'est que l'âme, ainsi délivrée de toute affection déréglée, puisse s'attacher entièrement et parfaitement à Dieu, sa un dernière, et obtenir ain salut éternel. C'est en toute chose et toujours, que nous devons pratiquer ce renoncement, pour ne pas nous di tourner de notre fin et pour ne pas manquer à notre p d'imiter Jésus-Christ. Mais, suivant la même doctrine de saint Ignace, quelles que soient la nécessité et 1 importance du renoncement, ce n'est point la perfection, ce n'est qu'un moyen d'y tendre.
2° Parmi les moyens indiqués par saint Ignace pour faciliter la pratique de ce renoncement, deux méritent une mention particulière : l'oraison et l'examen particulier, faits suivant la méthode recommandée par le saint fondateur. La méthode d'oraison, minutieusement tracée dans tous les détails, a simplement pour hut de diriger dans l'oraison ordinaire ou commune. Ce qui y est le plus saillant, c'est le rôle important assigné à la volonté aidée par la grâce, et l'orientation toute pratique, donn le à ces actes de la volonté. Nous en sommes avertis des la première annotation préliminaire, qui définit les exercices spirituels : une manière de préparer et de disposer l'âme, à écarter d'elle-même toutes les affections déréglées, puis à chercher et à trouver ce que Dieu demande d'elle. La même idée est encore exprimée par le titre même des exercices : exercices spirituels, pour que l'homme se vainque lui-même et règle sa vie, sans se déterminer par une alfection qui ne soit pas bien ordonnée. Dans le cours des exercices, qu'il s'agisse des préludes, des considérations ou des colloques, les actes de la volonté sont toujours signalés, avec une insistance particulière, comme le bul vers lequel tout converge; et ces actes ont toujours pour objet la réforme de soimême, et la pratique parfaite des vertus dont Jésus nous a donné l'exemple, surtout des vertus pénibles à la na- .ture, comme le détachement, l'humilité, la pauvreté, la patience, et même l'amour des humiliations et des souffrances, Cette direction si pratique de la volonté1 est d'ailleurs basée sur une solide conviction qui s'acquiert par une considération attentive des vérités propos* par île sérieux retours sur soi-même, considération et retours auxquels l'auteur des exercices exhorte fréquemment. A l'oraison ainsi faite, on doit joindre l'examen particulier, en lui donnant la même orientation pratique contre un péché ou un défaut particulier.
3° Cet enseignement ascétique de saint Ignace a exercé une très grande influence dans l'Église, par toute une littérature ascétique, livres de méditations. île lecture spirituelle et de direction, entièrement pénétrés do l'esprit du maître et qui ont fait bénéficier un très grand nombre d'âmes de ses sages conseils, spécialement pour l'oraison et l'examen particulier. Cet enseignement a
aus-i inspiré' et guidé les Ira- aux apostoliques de nombreux prédicateurs, confesseurs et directeurs, qui y ont trouvé un excellent moyen de produire dans bs âmes
des fruits plus sérieux et plus durables. Il eSl mêttl devenu comme la règle habituelle <les retraites de communautés religieuses ou de personnes du monde d'ailleurs à ce même enseignement que l'on doit, en partie du moins, la fréquence beaucoup plus considérable de ces retraites, surtout pour les personnes du monde: retraites si utiles pour se préserver de l'influence du monde et pour se retremper dans la Ici \eiir de 1 apostolat.
On a récemment reproché a I enseignement ascétique ut Ignace trop d in que I on a ap-
pelé les vertus passives, et particulièrement sur l'o tance. On n'a pas craint d'ajouter qu'une telle direction, boum- peut-être poui d'autres époq .i notre temps, h désireux de jouir d.- sa libre a' pei sonnelle, et de se dévouer, san des œuvres plus importantes pour le -..dut de la so<
Sans palier .1 - doctrinal.- ((.lit. loi- dans
de telles assertions, il \ a. de fait, injustice ré( lie a inr ainsi la doctrine de saint lrii
Aucun maître de la vie spirituelle n'insiste plus que lui sur le rôle de la volonté dan- l'œuvre d.- i lilication personnelle, rôle nécessairement actif d la nature même de la volonté et d'.ipi. - [ui lui
sont demandés. Qu'} a-t-il en effet de plus actif que cette lutte constante contre toutes ses inclinations, pour les
; soumettre entièrement a la puissante iniluence de l'amour divin; lutte où la volonté, dirigée par de fort, s convictions intellectuelles et aidée par la grâce, doit faire des ellorts constants, non seulement pour ne p
I laisser entraîner vers le mal. mais encore pour tendre
j positivement vers une perfection de plus en plu- grande .' D'ailleurs, pour saint Ignace, ces vertus de morlilica-
i tion. d'abnégation, d'humilité et d'obéissance, en n temps qu'elles sont d'excellents moyns d'acquérir la perfection individuelle, nous aident aussi très effl ment à maintenir et à développer en nous le véritable amour des âmes, réellement surnaturel, parfait. . taéreux, et toujours prêt a -.- dévouer entièrement et sans réserve pour la gloire de Dieu, le bien de 11 et le salut des âmes. Lu même temps, ces vertus, suivant le saint fondateur, assurent à tous les actes du mini une efficacité- surnaturelle toute particulière : car la [ di\ine est donnée plus abondamment à l'apôtre qui ne se recherche aucunement, et qui, en tout et tonj conforme généreusement toutes ses dispositions in: à celles de la divine victime du Calvaire. L'histoir l'apostolat dans 1 I glise prouve d une manière irréfutable la Vérité de cette doctrine de saint Ignace, qu
(bailleurs celle du divin Sauveur lui-même. Joa-, XII, 21, 25.