V. Oblkt
1. ATHANASE (Saint), surnommé le Grand, patriarche d'Alexandrie, père et docteur de l'Eglise au IVe siècle. - I. Notice biographique. II. Écrits. LU. Doctrine théologique.
1. Notice biographique. — Athanase s'est trouve si étroitement lié aux grands faits de la controverse arienne que reprendre sa vie en entier serait l'aire double emploi. La présente notice a surtout pour but de résumer l'histoire du saint sur les points déjà développés et de la compléter sur d'autres. Des renvois à l'article Aria- KISME suppléeront à la brièveté de l'esquisse.
1» Période (intérieure à l'épiscopat. — Athanase naquit en Egypte, suivant toute probabilité, à Alexandrie. La date de sa naissance peut se fixer maintenant avec plus de précision qu'autrefois, grâce à un très ancien éloge copte du saint, publié par le D' O. von Lemm. dans les Mémoires de l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, 7« série, t. xxxvi 1 1888 . n. 11 -.Koptische Fragmente sur Patriarchengeschichte Alexandriem, p. 36. D'après ce document, Athanase avait trente-trois ans, lors de son élévation à l'épiscopat, en 326 ou 328; sa naissance doit donc être fixée à l'année 293 "u 295. Les sources primitives ne donnenl aucun renseignement sur les parents el sont très sobres de détails sur l'enfance même du futur docteur. 1. histoire du baptême, administré par Athanase encore enfant a des compagnons de jeu el tenu pour valide par saint Alexandre, a pour premier narrateur liutm. // . /. . i 14, /'. L., t. xxi. col. 187. Outre ce qu il > a détonnant'dans l'a décision de l'évéque. on se heurte a une vraie difficulté chronologique; car Alexandre monta Mule trône patriarcal d'Alexandrie après AchillaS, vers 312
alors qu Athanase était déjà jeune homme. Des auteurs
raves maintiennent cependanl le fond du récit, suivant
en cela Le bollandiste Papebroch, Acta tanctomm, t. i
mali, Anvers, 1680, i
que l'enfant fut redevabl
.1 une éducation ' e humaii
part, mais une part secondaire el subordonnée à l'éi
approfondie des saintes Lettres
Oral., ki, 6, /'. <• , t. ixw, col. I«
Il parait encore certain que. pendant sa • Athanase eut des relations intime»
saint Antoine, soit qu'il ait été quelque temps son disciple, soit plutôt qu'il ait (ail pi.- de lui. dans le désert, des séjoui ngs.
Vita Antonii, praef., P. G., t xxvi, col. 840 I temps il était attaché ,u service de l'église d'Alexandrie; d'après l'éloge copte, loc. cit.,p. 30-32, il dans l'office de lecteur, puis devint le secrétain Alex. nuire. Ce qu'on appelle ses ouvrages de jeuni h-s deux livres Contra '/et, -s et De incarnatit datent vraisemblablement de cette époque. Quand la controverse arienne éclata, entre 3i£ Athanase
n hésita pas Bur le parti à prendre; son nom se trouve parmi ceux des diacres qui souscrivirent à la lettre encyclique envoyée par saint Alexandre à ses collègues dan- l'épiscopat, P. G., t. xvni. col. 58 ' un
fait que la haine implacable des ariens contn Athanase commença dès lors. Apol. contr. ■ 6, P. G.,
t. xxv, col. 257. Bientôt, le jeune secrétaire et con" dler intime suivit son vieil évèque au concile de Ni en 325; il y conquit l'admiration générale, comme le rappelait aux moines égyptiens saint Cyrille d'Alexandrie. Epist., i. P. G., t. lxxvii, col. 16. Sa mission providentielle allait commencer, puisqu'il devait être l'historien et l'incomparable défenseur du credo ni<
2» Athanase évèque. — Saint Alexandre mourut le 17 avril 328. date généralement admise aujourd hui et fondée sur lavant-propos syriaque des lettres pas. P. G., t. xxvi, col. 1351. Quelques auteurs maintiennent l'ancienne date de 326, en invoquant divers témoignages qui attribuent à saint Athanase quarante-six ans pleins d'épiscopat, et surtout un passage de ['Apologia contra arianos, 59, P. ff.,t xxv. col. 356-357, qui, dans son naturel, semble placer la mort d'Alexandre cinq I après le concile de Nicée. Voir A. von Gutachmid, Kleine Schriften, Leipzig, 1890, t. u, p. 127 sq F. Loofs. ait. Athanasius, dans RealencyMopâdie protest. Théologie and Kirche, 3* édit.. Leipi t. II, p. 195-496. Cette divergence est s;m.. importance pour la suite de l'histoire. Athanase fut ordonné évèque d'Alexandrie le S juin. Comment s'était faite l'élection, il est difficile de le démêler clairement dans les récits divergents des anciens auteurs. Saint Épiphane se trompe certainement, quand il donne, pour successeur à saint Ahxandre. Achillas, iï*r.,Lxix,ll,P. G., t.xui, col est-il croyable, comme le veut E. Fialon, Saint Athanase, Taris. 1877, p. 107 sq.. quand il ajoute qu ne 1, tiens profitèrent de l'absence de celui qu'ils redoutaient pour faire élire un certain Théonas. mort au bout de trois mois, lln-r.. i.xvm. 7. loc. cit., col. 195? Plus vraisemblable est le récit de Sozomène, //. E., n. 17. /'. (.'., t. ixmi. col. 976 sq. ; Athanase absent fut désigné par le patriarche mourant, le peuple acclama ce choix, ,1 les évèques orthodoxes le confirmèrent malgré l'opposition déterminée d'un fort parti mélétien et arien. C'est sans doute la pression morale, exercée par le peuple sur les prélats électeurs, qui donna lieu aux deux versions ariennes d'une prétendue ordination irrégulière et clandestine. Sozomène, loc. cit.;Philostorge,H.£.,n, 11, /'. '.'.. t. i xv, col. « T • . On a le droit de s'en tenir a la déclaration formelle des évèques égyptiens, affirmant plus tard qu'ils avaient été eux-mêmes, comme toute la province ecclésiastique, témoins de l'unanimité laquelle les fidèles avaient demande Athanase poui leur. ApoL d'iitr. arian., 6, /'. (.'.. t. xxv. col M.ns cette circonstance, jointe a la jeunesse relative de
ATHANASE (SAINT
l'élu, explique les efforts d'Eusèbe de Nicomédie auprès de l'empereur Constantin, pour faire infirmer la nomination d'un redoutable adversaire à un siège aussi prépondérant que l'était alors celui d'Alexandrie.
Le nouveau patriarche s'occupa d'abord de fortifier ses ouailles dans la foi et la vie chrétienne ; c'est l'objet unique de ses premières lettres pascales. P. G., t. xxvi, col. 1360 sq. L'avant-propos syriaque nous le montre aussi visitant successivement les diverses parties de son diocèse, la Thébaïde, la Pentapole et l'Ammoniaque, puis les régions inférieures, col. 1352. Beaucoup d'évêques et des foules nombreuses l'accompagnaient; comme il se dirigeait vers le Saïd, saint Pacôme vint à sa rencontre avec ses religieux. Des liens de mutuelle estime el d affectueuse charité s'établirent entre eux; le grand législateur de la vie cénobitique vit dans le « père patriarche » un saint, « l'homme christophore, » qu'il glorifia souvent; il s'associa désormais à ses joies et à ses épreuves, l'appelant « le Père de la foi orthodoxe du Christ » et le faisant saluer par ceux de ses fils qui allaient à Alexandrie. Histoire de saint Pakhôme et de ses communautés, Documents coptes et arabes inédits, publiés par E. Amélineau, dans Annales du musée Guimet, Paris, 1889, t. xvn, p. 384-386, 589-590, 642-643, 678; 143, 267-268. C'est probablement encore au début de son épiscopat que saint Athanase ordonna Frurnence évèqrie d'Axuma et lui confia la mission d'évangéliser l'Abyssinie. Rulin, H. E., i, 9, P. L.,t. xxi, coi. 479; S. Athanase, Apol. ad Constant., 31, P. G., t. xxv, col. 636.
Bientôt commença pour le patriarche cette vie militante qui ne fut plus désormais qu'une alternative incessante d'exils et de demi-tranquillité. Les attaques contre la validité de son élection furent comme un prélude ; après son refus de recevoir à la communion ecclésiastique Arius et ses partisans, la lutte s'engagea. Les mélétiens d'Egypte, alliés d'Eusèbe de Nicomédie, lancent contre le saint toute une se Vie d'accusations mensongères et perfides : il a chargé les Égyptiens d'une sorte d'impôt en les obligeant à fournir des linges de fil pour l'église d'Alexandrie, empiétement sur les pouvoirs impériaux ; il a même trempé dans un crime de haute trahison en faisant don d'une cassette remplie d'or à un rebelle nommé Philomène. Un délégué de
lievèque, Macaire, se rend chez un certain Ischyras, feux prêtre qui usurpait les fondions sacerdotales, pour le rappeler au devoir; bientôt on invente une scène de violence brutale, où Macaire aurait renversé l'autel, brisé le calice el brûlé les saints Livres. Athanase dut se rendre à Nicomédie, vers la fin de 330; il y resta quelque temps el fui même souffrant, comme on le voit par le débul de la seconde lettre pascale. P. G., t. xxvi, Col. 1377; Chronicon, ibid., col. 1352. La justification h, complète, el l'accusé repartit pour Alexandrie avec une lettre où Constantin l'appelait un « homme de Dieu ». Apol., 62, P. G., i. xxv, col. 362. Mais les mélétiens ne se tinrent pas pour battus; ils reprirent l'affaire d'Isrh\ ras, et suscitèrent un autre ras, beaucoup plus grave : Athanase avait fait assassiner un des leurs, Arsène,
[ue 'I Hypsélé; une main coupée, qu'ils promenaient
ut, étail la pièce à conviction. L'empereur chargea
i nseur Dalmatius, sou neveu, de faire une enquête;
n'eut pas de suite, car le prétendu mort avait été pa tecusateurs pour se cacher dans un monas-
tèi Uhana recul de Constantin une lettre bienveillante, et ce triomphe lui valut la soumission extérieure et momentanée du chef «le- mélétiens, Jean Arcaph, el d'Arsène, le mort déterré, Apol , 65 sq., P. ('•., t. \w. col. 365 sr(. La lutte n'était que suspendue.
i'i 1 1 juillel 335 au 23 novembre 337.
— Après une tentative infructueuse pour faire compa-
;i un synode tenu à Césarée en 334, les
ent à obtenir de l'empereur la convo-
DICT. DE TI1ÉOL. CATIIOL.
cation d'une nouvelle assemblée à Tyr; l'évêque d'Alexandrie reçut l'ordre formel de s'y rendre, et partit le 11 juillet. Au synode, les eusébiens se posèrent en juges, et les mélétiens en accusateurs; presque toutes les anciennes charges furent reprises, en particulier l'assassinat d'Arsène, ce qui valut au saint un nouveau et dramatique triomphe. Rufin, H. E., i, 17, P. L., t. xxi, col. 490. On regarde généralement comme douteux ce que cet historien ajoute touchant une accusation d'incontinence et sa piquante réfutation ; il n'en est question ni dans le récit de saint Athanase, ni dans les actes du synode. Sozomène, H. E., il, 25, P. G., t. i.xvii, col. 1004 sq.; Montfaucon, Animadv., IX, P. G., t. xxv, p. clxviii. Devant le parti pris de la majorité eusébienne, Athanase partit pour Constantinople, afin de faire appel à la justice de l'empereur. Il fut condamné à Tyr d'abord par défaut, puis définitivement, soit à Tyr soit à Jérusalem, après le retour des commissaires envoyés en Egypte. Défense lui fut faite de rentrer dans Alexandrie. Le succès se compléta bientôt. Arrivés auprès de Constantin, les chefs du parti eusébien produisirent contre Athanase un nouveau grief; il aurait menacé d'affamer la ville impériale, en arrêtant le transport annuel des blés d'Alexandrie à Constantinople. Sans accepter les dénégations de l'accusé, l'empereur l'exila dans les Gaules, mais ne permit pas qu'on lui donnât un successeur. Voir Arianisme, col. 1803 sq.
A Trêves, où il arriva le 6 novembre 336, Athanase fut accueilli avec la plus grande bienveillance par Constantin le jeune et l'évêque saint Maximin. Papebroch, dans sa Vita Alhanasii, c. x,a signalé les récits légendaires qui se rattachent au séjour dans les Gaules du noble proscrit. Acta sanctorum, loc. cit., p. 202. Malgré la distance, celui-ci restait étroitement uni, par la correspondance comme par l'affection mutuelle, à ses amis et à ses fidèles d'Alexandrie; la dixième lettre pascale, écrite en 332, avant le retour du saint, montre avec quels sentiments de foi, de tendresse et d'héroïsme chrétien le pasteur exilé soutenait et encourageait son troupeau. P. G., t. xxvi, col. 1397 sq. Et le troupeau fut fidèle au pasteur légitime; les efforts tentés par les eusébiens pour imposer Arius aux Alexandrins échouèrent devant l'hostilité menaçante de ces derniers; l'hérésiarque mourut à Constantinople en 336. L'empereur n'en resta pas moins inflexible à toutes les instances qu'on fit auprès de lui pour obtenir le retour du patriarche. Sa mort, arrivée le 22 mai 337, fut le signal de la délivrance. Peu de temps après, Athanase quittait Trêves, porteur d'une lettre louangeuse, adressée par Constantin le jeune aux Alexandrins et datée du 17 juin. Il lit son voyage à travers la Pannonie, eut une audience de l'empereur Constance à Vitninacium, en Mésie, puis passant par la S\rie, rentra dans Alexandrie, aux acclamations du peuple, le 23 novembre. Son absence avait duré deux ans et quatre mois. Voir Gwatkin, Studies of .1 rmiiism , 2" édit., Cambridge, 1900, p. 140-142, note sur le retour d' Athanase en 337.
L'année suivante, au mois de juillet, saint Antoine vint à Alexandrie, pour se prononcer ouvertement contre les ariens el donner au grand défenseur de la foi orthodoxe un témoignage public de son estime el de son affection. Chronicon syriaeum, /'. (;., t. xxvi, col. 1353; Vita s. Antonii, 69-71, P. .;., t. xxvi, col. 942 sq, Les mélétiens el les ariens, excités par l'attitude éni rgique que dut prendre le patriarche et encoui par l'élévation d'Eusèbe de Nicomédie au siège épiacopal de Constantinople, recommençaient en' effet les hostilités. Non contents de reprendre les anciens griefs, ils en formulaient de nouveaux, ceux-ci en particulier : Athanase avait occasionné' des troubles et l'effusion du tang par iitn'e dans Alexandrie; il étail remonté, sur son \ être autorisé par un jugement préalable de
lige. Sociale, //. A.'., Il, 3, /'. G., t. l.wil, COl, 190. Les
ATHANASE SAINT
eu* bieni allèrent même jusqu'à faire ordonner comme Uexandrie l'arien Pistus; puia, rare la Dn de rent une ambassade au pape lulei i l„,u'r lui présenter leuri accusations contre Athanase 1 1 solliciter la >■• • onnaissance officielle de leur candidat. Le dossier comprenait les procès-verbaux de la eomnui sion que le synode de Tyr avait envoyée dans la Maréotidr le pape en donna communication à l accusé. Celuici réunil aussitôt à Alexandrie un concile de pn centévéques; dans un document précieux, ils mirent pleinement à jour l'inanité des accusation» et 1 l'innocence du patriarche. Apol., 3-19, P.G., t. xxv, col. 252 sq. Alors, le pape Jules convoqua les deux partis a un synode romain, ou l'affaire serait instruite.
,,,, ,,,,/, du 16 avril 339 au 21 octobre 346. - Entre temps les eusébiens avaient marché de 1 avant et. dans une réunion tenue à Antiocl.o. vers la fin de janvier ou le commencement de février 339, constitué Grégoire de Cappadoce évoque d'Alexandrie. Les préparatifs de l'intrusion donnèrent lieu aux violences racontées dans l'article ARIANISME, col. 1808 sq. Athanase put s'échapper, le 19 mars, quatre jours avant l'arrivée de Grégoire, et resta quelque temps caché aux environs d'Alexandrie; il rédigea son Encyclica ad episcopos epistola, P. G., t xxv col 219 sq., puis partit pour Rome aussitôt après la fête de Pâques (15 avril). Aussi des auteurs récents, comparant la date certaine du retour avec la durée que VHistoria acephala attribue au second exil, font commencer celui-ci au 1G avril. Voir A. Robertson, Select writings and lelters of Athanasius, Oxford et New- York 1892, Prolegomena, p. i.xxxn. Admis a présenter sa défense devant un synode romain, tenu vers la fin de 340 l'archevêque d'Alexandrie eut la consolation devoir son innocence proclamée après une enquête soigneuse et détaillée. De leur côté, les eusébiens réunis a Antioche, dans l'été de l'année suivante, firent confirmer dans le synode in encœniis la déposition d'Athanase; les canons 4 et 12 eurent spécialement pour but d'empêcher à tout jamais sa réintégration. Voir ARIANISME,
col. 1809 sq.
L'exilé passa trois ans à Rome. Il y trouva de hautes sympathies, en particulier de la part d'Eutropium tante de l'empereur d'Orient. Apol. ad Comt., 6, >. Cx., t xxv col. COi. Son séjour dans la capitale du monde chrétien fut fécond, car les occidentaux s'attachèrent de plus en plus a la grande cause qu'ils voyaient en quelque sorte personnifiée dans Athanase. En outre, la présence de deux moin,- que le patriarche avait amenés avec lui devint comme le point de départ de la vie monastique en Occident. Comme saint Jérôme le rappelait a la vierge Principia, Epist., cxxvn. 5, P- L., t. xxn, col 1090 Marcella entendit alors, pour la première fois, parler des saints Antoine et Pacôme, comme des.! Il,, la Thébaïde. Cf. Grùtzmacher, Pachomim und dus atteste Klosterleben. Ein Beitrag iw Mônschgeschichte, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 56. En même temps, Athanase recevait d'Alexandrie des lettres tout a la fois affligeantes et consolantes, affligeantes par les tristes nouvelles de persécution arienne qu'elles apportaient. mais consolantes par la fidélité et le dévouement dont elles témoignaient du côté des orthodoxes. De la correspondance du saint, il nous reste une noie a Sérapion de Thmuis et deux lettres pascales. P. G .. t. xxvi. col. 1412-1422.
En avril ou mai 342, Athanase fut appelé a Milan par l'empereur Constant; il apprit le projet qu'avait formé ce prince d'obtenir de son frère I une grande
réunion d'évêques des deux chrétientés. Au début de 343 le saint alla en Gaule conférer avec Osius, et tous deux partirent en-noble pour le concile de Sardique.
| , après entière révision de huit ce qui avait été dit
,- ou contre h,,, saint Athanase fut pleinement innocenté par la majorité orthodoxe. Pour notifier ce juge
ment, deux lettre* fi ,,u\ fidèles il Alexandi de Libve. Apol., 37-43, P. '■
iens, retirée .. Philippop
,, rent l'anathème c
déposés et leurs fauteurs. La pei
orthodoxes ne fit que - accroître en Ori
obtinrent de I emp.
particulièrement rigoureu rd d'Athan
plus dévi u niaient d
dans Alexandrie, on devrail l< ' les mettn
mort. Dans ces conjonctures, 1 évèque proscrit ne pouvail pa à rejoindre son troupeau. De Sarde:
il -c- rendit à Naïssus en Mésie. ou il célébra Pâques de 311. puis à Aquilée, ou Constant lavait app Chronicon lyriaamt, P. G., t. xxvi, col. 1354 Les Pères de Sardique avaient envoyé à 1 1 Constance deux légats qui devaient solliciter la d'Athanase dans son diocèse. La conduite ind d'Etienne d'Antioche à leur égard, surtout une lettre menaçante de Constant dont ils étaient porteurs, el inquiétudes que la guerre de Perse lui causait alors, déterminèrent enfin Constance à céder. La mort de ire de Cappadoce, survenue le 26 juin 345, favorisa encore la solution; mais il fallut trois invitations successives pour triompher des hésitations du saint. Celuici, quittant enfin 'Aquilée. alla d'abord visiter à li l'empereur Constant, son protecteur, puis il se rendit a Rome, où le pape Jules, heureux de son rappel et voulant lui donner une marque de sa haute estime, lui remit pour les Alexandrins une lettre des plus flatb Mhanase fit route par le nord, ver- le milieu de l'été 3i5, passa par Andrinople et atteignit Antioche. vit Constance. L'entrevue fut gracieuse; le prince i au saint pour les évêques d'Egypte et la communauté alexandrine, pour le préfet Nestorius et les autres fonctionnaires, des lettres bienveillantes qui annulaient toutes les mesures prises auparavant contre le patriarche. Pendant ce séjour à Antioche, celui-ci ne voulu! communiquer avec 1 "évèque arien Léonce ; il prit ) dans une maison particulière, aux offices des eustalh L'empereur l'ayant prié de céder une église aux ariens ' d'Alexandrie, il eut assez d'habileté pour ne pas fro, le prince et éluder la demande, en mettant comme dition qu'on ferait de même à Antioche pour lest thiens, condition que les ariens ne jugèrent pas pru d'accepter. Maxim.' de Jérusalem présidait un synode de seize évêques. quand le saint passa par cette ville; il l'accueillit avec honneur et lui remit une lettre de félicitations, destinée aux Alexandrins. Apol.. 51-57, P. G., t. xxv. col. 341 sq. Enfin, le 21 octobre plus
de sept ans d'absence. Athanase rentrait dans sa ville épiscopale. Le peuple et les magistrats étaient allés loin à sa rencontre: il fut reçu comme personne ne l'avait jamais été. Chronicon si/riarimi, P- G., t. I col. 1355; S. Grégoire de Nazianze, Orat.. w /'. G., t. xxxv. col. 1114. Saint Pacôme était mort l'intrus Grégoire, le 9 mai :>'•-"<: mais saint An'
ore et. vovant des moine- de Tabenne qui se .l.iient a Alexandrie, il les chargea de porterai! patriai un message de bienvenue. Acta sanctorum, t. III Anvers, 1680, | "«'<'* rf" musée Guitnet,
cit.. p. 656 sq.
5 Les dix grandes années d'épi* La lettre pascale pour l'année 347 débute par un .
nnaissanee : Benedictus Drus Pater /< ini '
Ce fut. en effet, après l'exil et 1 tion une période de calme relatif qui dura dix ans ej dont le saint archevêque sut admirablement profil réunil d'abord un svnode pour faire confirn crets de Sardique, puis il poursuivit résolument une politique de ferme surveillance et de prudente c liation, dont les effets furent désastreux pour le parti
ATHANASE (SAINT1
arien. Deux ou trois ans après, il était en communion avec plus de quatre cents évêques; des adversaires signalés, tels que Valens et Ursace, voulurent même rentrer en grâce avec lui. Hisl. ariah., 26-28, P. G., t. xxv, col. 724 sq. Des écrits importants, comme ['Apologie contre les ariens et le traité sur les Décrets de Nicée, se rapportent à cette période. 11 y eut aussi chez les Alexandrins, après le retour de leur père bien-aimé, un mouvement intense de ferveur religieuse qui porta beaucoup de monde vers la vie ascétique et monastique. Athanase le favorisa; plusieurs fois, il prit des moines pour auxiliaires, en les faisant monter sur le trône •épiscopal, et la lettre que, dans une occasion de ce genre, il écrivit à Draconce, reste profondément instructive à plus d'un titre.
La mort de l'empereur Constant, en janvier 350, priva l'évèque d'Alexandrie d'un puissant protecteur et raviva l'ardeur des eusébiens. Des mesures énergiques prises contre des ariens ou des mélétiens, quelques ordinations laites par Athanase dans des diocèses dont il était le métropolitain supérieur, fournissaient un facile prétexte à de nouvelles accusations. Socrate, H. E., n, 2't, P. G., t. lxvh, col. 263. Toutefois Constance, que la crainte de l'usurpateur Magnence portait à prendre des ménagements, n'entra pas alors dans ces vues; il écrivit même au patriarche pour le rassurer : « Nous voulons, disaitil en terminant, que, conformément à notre décision, tu sois en tout temps évêque dans ton église. » Et d'une autre main : « Que la Divinité te conserve pendant de longues années, Père très aimé! » Apol. ad Constant., 23, P. G., t. xxv, col. 624.
Mais, après la défaite de Magnence, en septembre 351, une nouvelle coalition se forma contre l'évèque d'Alexandrie; Léonce d'Antioche, Acace de Césarée, Valens et Ursace en étaient les principaux chefs. Athanase essaya vainement de conjurer l'orage en députant à la cour Sérapion de Thmuis, accompagné d'évéques et de prêtres égyptiens; Constance était trop prévenu contre l'accusé, et la mort de Magnence, en août 353, le laissa enfin libre de satisfaire sa rancune longtemps comprimée. On profitait, du reste, de tout pour l'irriter, comme nous le voyons par l'Apologie qui lui fut adressée plus lard par saint Athanase. Celui-ci avait eu des relations amicales avec l'empereur Constant; on l'accusait d'avoir excité ce prince contre son frère Constance. Un envoyé était venu à Alexandrie de la part de Magnence, qui désirait gagner à sa cause le grand évêque; on dénonçait ce dernier comme complice de l'usurpateur, malgré sa conduite loyale en toute cette affaire. Plus tard, en 354, dans un cas de force majeure, le patriarche permet la
ration du service divin dans une église construite sur un terrain impérial et u'étanl pas encore consacrée;
un nouvel empiétement ci une profanation, On allait même au delà des accusations; on tendait des pièges pleins de perfidie, comme de remettre à l'empereur une lettre fabriquée, où l'évoque d'Alexandrie était censé lui demander la permission de se rendre à la coin-. L'autorisation une fois accordée, le reins d'Athanase de fuie une démarche qu'il n'avait pas voulue et qu'il savait être un piège, devenait un grief de plus. A Rome, I.- pape Jules, ce fidèle défenseur el .uni du saini patriarche, était mort le 12 avril 352; le 22 mai, Libère était monté sur le trône pontifical. On ne saurait retarder comme authentique la lettre Student pari, o mrait, dis son avènement, invité Athanasi i com
tre devant lui, et, sur son refus, l'aurait retranché communion; mai-- il est certain que les eusébii n lui transmirent lem ntrel évêque d'Alexandrie.
En revanche, quatre-vingts évêques parlèrent en sa faveur dans un mémoire justificatif, envoyé a Rome, qui suivent se rapportent .i l'interven lion de l'empereur Con tance el es procédés violents, d'abord à l'égard des évoques occidentaux dansie lynode
d'Arles, vers la fin de 353, et celui de Milan, au printemps de 355, puis à l'égard d'Osius de Cordoue et du pape Libère, pour les amener à son double objectif : la condamnation d'Athanase et la communion ecclésiastique avec les prélats orientaux de son parti. Voir Arianisjie, col. 1819 sq.
6° Troisième exil, du 9 février 356 au 21 février 362. — Depuis longtemps, une action décisive se préparait contre Athanase. Peu à peu diverses mesures vexatoires avaient été prises contre sa personne ou contre ses amis et ses ouailles. Une première fois, dans l'été de 355, le notaire impérial Diogène, puis, le 5 janvier de l'année suivante, le général Syrianus étaient venus pour faire partir l'évèque, mais celui-ci, fort de la parole donnée après la mort de Constant, attendait un ordre écrit de l'empereur. Apol. ad Constant., 22, P. G., t. xxv, col. 624. Le dénouement fut le coup de main exécute par Syrianus, dans la nuit du 8 au 9 février, contre l'église de Théonas, où le patriarche se trouvait avec une nombreuse assistance. Ce fut comme par miracle que le saint, resté jusqu'au bout à son poste, put être soustrait par une poignée de prêtres et de moines aux cinq mille soldats qui avaient fait irruption dans l'église ou qui la cernaient. Vainement les catholiques d'Alexandrie protestèrent contre ces violences et les excès sans nom dont elles furent accompagnées ou suivies. Constance passa outre, et lança un édit pour faire rechercher Athanase et enjoindre à tous les évêques de quitter sa communion. Le siège patriarcal fut donné à l'arien Georges de Cappadoce, dont l'intrusion n'eut lieu que plus tard, le 24 février 357.
Après s'être caché quelques jours dans Alexandrie ou dans les environs, Athanase s'était enfui au désert. 11 y composa son Apologia ad imperatorem Constantium, P. G., t. xxv, col. 593 sq. Ne pouvant croire à la complicité formelle de l'empereur en tout ce qui venait de se passer, il caressa d'abord le projet de se rendre à la cour, et mémo il se mil en route; mais quand il eut appris les dispositions réelles et les desseins sanguinaires de Constance, il retourna dans le désert. Comment y vécut-il et qu'y lit-il? Dans beaucoup de récits qui se rapportent à cette période, la légende s'est évidemment mêlée à l'histoire, comme le remarque Montfaucon, Vita Athanasii, an. 356, n. 10, P. G., t. xxv, p. ('xxix sq.; mais, au fond de tout cela, il reste (pie, poursuivi à outrance par lis émissaires de l'empereur, le fugitif courut de grands dangers el dut souvent changer de retraite. Les moines et les solitaires de la Haute Egypte, tout dévoués à celui que saint Pacome avait tant de fois glorifié et auquel saint Antoine mourant avait légué sa tunique, furent le principal instrument de la providence dans la conservation du grand proscrit; plusieurs se laissèrent torturer plutôt que de le trahir. Acta sanctorum, t. m niaii, Anvers, 1680, p. 330; Annales du musée Guimet, t. xvii, p. 679 sq. Mais,
c me on l'a remarqué dans l'histoire de l'arianisme,
toujours fugitif et toujours poursuivi, le grand champion de la foi de Nicée n'en resta pas moins l'âme du mouvement de résistance à l'hérésie triomphante et montée sur le trône impérial. Il sufiii de jeter un coup d'œil sur la listede ses ouvrages et leur date, pour comprendre quel parti le sain) docteur tira de ce séjour forcé au désert. « C'est de là qu'Athanase encourageait quelques évêques d'Egypte zélés pour sa cause ; qu'il adressait des lettres apostoliques à son église d'Alexandrie; qu'il répondait savamment aux hérétiques; qu'il lançait desanathèmes contre les persécuteurs... Mu fond de sa cellule,
il était le patriarche invisible de l'Egypte. » Yillemain,
Titiilci-Di de l'éloquence chrétienne <<>< tx* siècle, 21 édit.,
1849, p. 102. L'avant-propos syriaque des lettres
pascales nous apprend quelque chose de plus. Athar
ne craignit pas de se rendre à Alexandrie, peut être
le départ de l'intrus Georges (2 octobre 358), el d'y