I. histoire des luttes d'Augustin contre les donat
il histoire du changement de ses opinions sur i -loi des rigueurs contre les bén tiques: et ce chan-
gement est celui de l'Église d'Afrique dont il était l'âme dans ses conciles.
1. Période de douceur et de discussion pacifique. — C'est par des conférences et une controverse amicale que l'évêque d'Hippone aurait voulu rétablir l'unité. Dès 393, au synode d'Hippone, auquel il assista comme simple prêtre, les Pères adoucirent la loi qui ordonnait de ne recevoir les clercs donatistes qu'au rang des laïques : on excepte ceux qui n'ont pas rebaptisé, ou qui ramènent leur paroisse au sein de l'Église. Hefele, Hist. des conciles, trad. Leclercq, t. n, p. 89; Mansi, t. m, col. 921. C'estle moment où Augustin publia son Psalmus co>ilra partem Donati. En 397, le concile de Carthage renouvelle les mesures de 393. Aux avances des catholiques et aux écrits d'Augustin, les donatistes répondent par le silence. Ils ont peur, ils n'osent même signer leurs lettres et opuscules, ils les dérobent aux regards, et refusent tout colloque. Voir ces reproches dans Contra litt. Petiliani, 1. I, c. xix, n. 21, P. L., t. xliii, col. 255. Il n'a pu se procurer la lettre de Pélilien qu'après un an de recherches. Il y eut pourtant deux controverses : en 377 ou 378 une conférence avecFortunius, évèque donatiste de Tubursicum, Epist., xliv, P. L., t. xxxiii, col. 173-180; puis en 398 une controverse épistolaire; à la demande du donatiste Honorât. E/iist., xux, col. 189-191. Il en proposa une troisième (399) à Crispinus, évèque de Calama, mais sans succès. Epist., LI, col. 191-191. En 398-400, dans l'ouvrage perdu Contra partem Donali, il plaidait pour la tolérance et la douceur. Vers iOO, il écrit ses grands traités contre Parménien, Oebaptismo, 1. VII, et en 400-1-02, Contra lilleras Petiliani, etc.
Les conciles d'Afrique, sous l'inspiration d'Augustin, continuent à montrer un grand esprit de conciliation. Le 16 juin 401, le V* concile de Carthage demande au pape Anastase d'autoriser les enfants donatistes à la cléricature. Le 13 septembre 401, le VF' permet de maintenir dans leur ordre les clercs convertis du donatisme, et surtout il décrète d'envoyer des ambassadeurs aux donatistes pour les inviter à rentrer dans l'Église. Hefele, Hist. desconcil.,t. n, p. 126; .Mansi, t. m, col. 771-772 (ce sont les canons 66-69 du Codex Ecclesiœafricanse). Le 25 août 403, le VIF synode de Carthage décide que, par l'intermédiaire des magistrats civils, on invitera les donatistes à envoyer des députés à un colloque. Hefele, /oc. cit., p. 154; Mansi, t. m, col. 787; S. Augustin, Cvnl. Crescon., I. III, c. xi.v, P. L.. t. xi.n, col. 523.
Les donatistes répondirent d'abord par des refus injurieux (à Hippone, Proculeianus déclina tout colloque au nom du parti, Epist., lxxxv;ii, n. 7, P. L., t. xxxm, col. 306; lxxvi, ibid., col. 263-266, appel aux laïques donatistes; à Calama, Crispinus insulta les catholiques, Cont. Crescon., loc. cit., n. 50, col. 523), puis les violences redoublèrent : Possidius, évèque de Calama cl .uni du saint, n'échappa que par la fuite, Cont. Crescon., I. 111, c. xlvi ; l'évêque île Bagaia fut laissé couvert d'horribles blessures, ibid., c. xi. ni; on essaya plusieurs fuis d'attenter à la vie de l'évêque d'Hippone. Possidius, Vita, c. xn. Ces atrocités amenèrent un changement dans les dispositions des Pères d'Afrique.
2. Période de répression rigoureuse. — Saint Augustin a indiqué les deux motifs pour lesquels il approuvai,! rigueur des lois qui lui déplaisait autrefois : Notnlinn expertus eram vel quantum malt eorum auderet impuni tas, velquantum eis in melius mutandis conferre possit diligentia disciplina. La vue des conversions
nombreuses l'encouragea doue, niais ce fut la fureur des eirconcellions qui l'avait d'abord décide.
En .juin iOi, le IX' concile de Carthage députe aux empereurs Arcadius et Honorius, deux évéques, dont l'un est Evodius. ami d'Augustin, pour exposer le refus du colloque, les atrocités des donatistes, et demander l'application des lois théodosiennes. H< fêle, op. cit., t. Il, p. 155; Mansi, t. m. col. 794, I 159. Miis Augustin nous
A.UGUSTIN (S M.N'T)
explique le gens de la pétition : on suppliait l'empereur il appliquer 1 amende de dis livres il or, là seulemi ni où les catholiques auraient souffert des violences des I
I i > t ■ J < I.XXXVin, ii. 7. /'. /.., t. xxxm, col. 306;
■ , i i wv. . ad Bonif., n. 25, col. 804. l □ f< mer 1 « »-~ • . Honorius, avant l'arrivée des députés, informé par ses fonctionnaires des atrocités commises, publie nne série il édits, ordonnant d'enlever li m aux donatistes.
Ceux-ci résistenl et les fureurs recommencèrent. Le 23 août KG, le X* concile iK- Carthage remercie lus empereurs, mais presse uV nouveau les donatistes d'envoyer à un colloque des députés en nombre égal, avec pleins pouvoirs, iioera legalio. En i06,Augustin dut écrire, an nom de tout le clergé d'IIippone, une lettre de proteslationà l'évéque donatiste Januarius, pour se plaindre dis cruautés des circoncellions (tableau à lire pour ji impartialement la conduite des catholiques). Epis t., i.xxxvin, P. L., t. x.xxiii, col. 302; cf. Epist., lxxxix, à Festus, pour demander l'appui des lois, ibid., col. 309. De i07 à 410 il y eut dis alternatives de rigueur et d'indulgence de la part du pouvoir civil. 11 est certain qu'un sérieux mouvement de conversions se manifesta et inila les obstinés. Le 13 juin W7, le XIe concile de Carthage régularisa la situation des églises converties : les évéques qui ont ramené' leurs paroisses avant les édits impériaux peuvent les garder, les autres églises sont réunies aux diocèses catholiques. Diverses lettres d'Augustin justilient les lois rigoureuses, Epist., xcm, cul Vincent. (408), ibid., col. 521-547 (traite la question à fond); Epist., xcvn, à Olympus; Epist., cv, donatistis, il.'til., col. 396-iOi; cf. la correspondance avec Nectaire, païen, sur un sujet analogue, Epist., xc, xci, cm, civ.
II faut remarquer la restriction importante de saint Augustin : il ne veut point qu'on punisse jamais de mort pour hérésie. E/iist. C. Dunato proconsuli Africse, col. 366-367, vos rogamus ne occidatis. Ct. Cont. Crescon., 1. III, c. lv, n. 55, P. L., t. XLHI, col. 526. Sans cesse il rappelle l'invitation à un colloque, tant il compte sur le succès.
3. La conférence de 411. — Un édit d'IIonorius, du 14 octobre 410, ordonnant une conférence entre les évéques catholiques et donatistes, mit fin aux refus de ces derniers. Dans une lettre collective, rédigée par Augustin. Epist., cxxvm, P. L., t. xxxm. col. 487-i9U. les évéques catholiques promirent de céder leurs sièges s'ils étaient convaincus d'erreur, et de conserver aux donatistes leurs évèchés si ceux-ci reconnaissaient leur égarement. La réunion eut lieu à Carthage, les 1, 3, 8 juin 111, cent ans après l'origine du schisme; I séances se tenaient dans le secretarium des thermes, sous la présidence du commissaire impérial Marcellinus. Étaient présents 28(5 évéques catholiques et 279 évéques donatistes : au nom des donatistes parlaient Pétilien de Constantine, Primien de Carthage et Émérite de Cësarée; les catholiques avaient pour orateurs Aurelius et surtout saint Augustin. Les deux premiers jours se consumèrent en misérables chicanes soulevées par les donatistes. Le troisième jour, Augustin parvint à entrer dans le cœur du débat. Sur la question historique, l'innocence de Cécilien et de son consécrateur Félix fut établie par des documents authentiques. Sur la controverse dogmatique, Augustin prouva, par les textes Bcrip-
turaires, la thèse catholique, que l'Église, tant qu'elle est sur la terie, peut tolérer dans son sein des pécheurs pour les ramener, s.ms perdre sa Sainteti . Le
lui M.nvelliiius, au nom de 1 empereur, attribua aux
catholiques victoire sur tous les points. Augustin publia un abrégé des actes a l'usage des fidèles, Breviculus collationis cum donatistis, I'. L., t. xi.m, col. 613-650, avec un appel aux donatistes, et les conversions lurent
nombreuses. Ainsi la visite d'Augustin à Constantine
(Cirtha) amena la conversion de la ville. Epist., CXL1V, 1'. L., t. xxxm, col. 590-592.
I n un i. mn I es furent reprises eontp donatistes. lue loi de ill alla même jusqu'à punir de moi t leurs conventicutes. Augustin, en plusieurs circonsl immanda plus de douceur. Epist., cxxmv
il:!', au proconsul Apringius. haussa lettre CLXXW au comte Boniface (417), col. 792-815, il exprime
Complète sur la répression. Voir .Iules Martin, i
-tin. 1904, p. 373-388, excellente élude sur la t.jlérance dans les ouvrages du saint docteur.
l.e donatisme décrut peu à peu, mais ne disparut complètement qu'après l'invasion des Vandales. Kncore en 119. Augustin, se trouvant à (. ujourd'hui
Cherchell), eut une conférence publique avec Ém< l'un des orateurs de Carthage. Sermo a ml. plebem Enierilo pressente habitas, P. L., t. xliii, col. 689-698; De geslis cum Emerito Cxsareenti <i tistiuuiii episcopo, ibid., col. 698-706. Kn 420. à la prière de Dulcitius, tribun impérial, il réfute un opuscule de l'évéque donatiste Gaudentius. Cf. Epist., cciv. Dulcitio, P. L., t. xxxm, col. 939; Contra Gaudenlium libri il un. Mais à celte époque le pélagianisme réclamai activité-.
4° Lotte contre le pélagianisme. — 1" phase : De l'origine à la condamnation par Inn — C'est vers it)0 que vin! en celte
gan . moine, mais non pas pn h. . surnommé leBi en réalité d'origine irlandaise ou • par Rulin le Syrien, disciple de Théodore deMopsm il attaqua le dogme de la grâce, et s'indigna un jour en entendant un évéque citer le da i/uod jubés et jubé ijuod vis d'Augustin. Cf. Dniono persev., c. xx. n. 53, /'. L., t. XLV,col. 1026. Célestius, ancien avocat devenu moine, se lit le propagateur de cette doctrine. Apri s U0, les deux hérésiarques, fuyant Rome, prise par Alaric, arrivèrent en Afrique. Pelage y séjourna peu, il se rendit auprès de Jean de Jérusalem. Augustin nous apprend. De gestis Pelagii, n. 46, P. L., t.XLiv, col. 346, qu'on lui en avait parlé avec éloge. Il n'était pas à Hipponcquand il y passa ; il le vit à peine à Carthage, au mooù la conférence avec les donatistes l'absorbait il! ; et, comme Pelage lui écrivit une lettre respectu Augustin lui adressa une réponse amicale dont I I siarque se prévaudra plus tard à Diospolis. E CXLVi, P. L., t. xxxtll. col. .>'.Hi. sans vouloir remarqu er la leçon qu'elle contenait, d'après le De gestis Pelagii, n. ôt. col. 347.
Mais dès III. Célestius fut démasqué' à Carthage et le concile réuni en cette ville (III ou, d'après QuesneL. M2) condamna six propositions dénoncées par le i! Paulin de Milan. Cf. M. Mercator, Comnionitoriutn super nomine Cœlestii, P. L., t. xlviii, col. 69, lli; Mansi, t. iv, col. 290; Hefele, t. il, p. Iô8; S. àugu De grat. et pecc. orig., I. II, c. n-iv, P. L., t. xuv, col. :$SG-:iS7. Célestius. ayant refusé de se rétracter, fut excommunié; il en appela à Home. mais, au lieu d rendre, il se retira à Ephèse, où il fut assez habile pour obtenir l'ordination sacerdotale.
Augustin n'avait pas assisté au concile de Carthage (Hippone appartenait à la province de Numid à la prière des fidèles et surtout de Marcellinus. il réfuta les erreurs de Célestius: en 112 dans li catorum mentis et reniissione, De spiritu et lit: en il."j dans le De perfectione justiliœ. Le nom de Pelage n'y parait pas. Augustin nous apprend. De gestis l',L. C. XXII-XXUl. /'. /... t. XI IV, Ce! ju'il
voulait le ménager. Mais, en 115. il réfuta vi§
nient, sans nommer encore Pelage, un de ses livres sur
la nature, dans son Dr natura et gratin. In n
temps, il envoie .ï .brome, Paul Orose, son ami, i
arrêter avec lui le progrès de l'erreur a Jérusalem.
Pelage avait dans I évéque ban un habile pi
En juin 115, la question fut débattue dans un syl
diocésain. Jean dirigea les d. bats de manière à i
AUGUSTIN (SAINT
triompher Pelage. Six mois après (décembre 415), un concile de quatorze évêques se réunit àDiospolis(Lydda) pour juger Pelage, officiellement dénoncé par deux évoques des Gaules, Héros d'Arles et Lazare d'Aix. Mais par l'influence de Jean de Jérusalem, et en l'absence des accusateurs, le synode se contenta trop facilement des dénégations hypocrites ou des explications ambiguës de Pelage, et l'admit à la communion catholique. Doctrinalement, rien n'était compromis, mais l'effet fut déplorable, et saint Jérôme appelait ce concile miserabilis synodus. Epist., cxliii, P. L., t. xxn, col. 1181.
Aussi en 416, dès que le synode de Cartilage (63 évêques) eut appris de la bouche d'Héros et de Lazare les événements de Diospolis, il renouvela la sentence de 411, «t envoya au pape Innocent une lettre synodale très détaillée. Cf. S. Augustin, Epist., clxxv, P. L., t. xxxiu, col. 758, Mansi.t. iv, col. 321. La même année, Augustin avec 60 évëques assistait, à Milève, au synode de Numidie qui prit les mêmes décisions. Voir la lettre synodale à Innocent, Epist., clxxvi, col. 762; Mansi, t. rv, col- 334; de plus, une autre lettre particulière d'Augustin, d'Aurèle et de trois autres évêques informait le pape du bruit répandu en Afrique que Rome favorisait la doctrine pélagienne, et demandait une condamnation. Epist., clxxvii, col. 754-772; Mansi, t. iv, col. 337. . Le 27 janvier 417, Innocent Ier examina la question dans un synode romain : trois réponses aux lettres d'Afrique louèrent les évêques en confirmant l'excommunication de Pelage et de Célestius, jusqu'à rétractation de leurs erreurs. Jaffé, n. 321-323; Mansi, t. III, col. 1071-1081; S. Augustin, Epist., clxxxi -clxxxih, P. L., t. xxxiii, col. 779-787. Cependant, pour arrêter les mauvais effets du synode de Diospolis, Augustin ■écrivait au prêtre Hilaire, Epist., clxxviii, col. 772, à Jean de Jérusalem, pour lui demander les Actes du concile, sur lesquels il composa son De gestis Pelagii in synodo diospolilano (au début de 417).
2* phase : Intrigues sous Zozime et seconde condamnation. — Pelage avait adressé à Innocent Ier un Libellus fidei qui ne lut reçu que par Zozime, son successeur (mars 417). S. Augustin, De grat. Christi, 1. I, n. 32, 35, 36 ; 1. II, n. 19, 24, P. L., t. xliv, col. 1715-1716. Ce son côté, Célestius, chassé d'L'phèse, s'était rendu à Constantinople, où il fut condamné encore par l'évêque Atticus. S'étant rélugié à Rome, il présenta lui aussi à Zozime un Libellus fidei ambigu. Fragments dans P. L., t. xli, col. 1718. Tout contribua à tromper Zozime : protestations mensongères de Célestius, caractère suspect des accusateurs Héros et Lazare, enfin une apologie de Pelage par Praïle, successeur de Jean de Jérusalem. Le pape l>la donc l'appel, interrogea, dans un synode romain, Célestius qui n'hésita pas à condamner tout ce que condamnait Innocent I". Deux lettres de Zozime aux évêques africains (la seconde est de septembre 417) reprochent aux Pères d'Afrique trop de précipitation, approuvent les déclarations de Célestius et de Pelage, et demandent qu'on envoie à Rome ses accusateurs. P. L., t. xi v. col. 1720-1721.
Aussitôt les évêques d'Afrique réunis en concile à Cartilage (fin de 417 ou début de 418) écrivent au pape pour l'avertir des fourberies pélagiennes, et le supplient de maintenir ladécisiond'Innoccnt. Mansi. t. IV, col. 376, 378; S. Augustin, De pecc. orig., c.vi, vu, n. 7, 8,P.L.. t. xi. iv, col. 588; Cont. duou epist. Pel., I. II, c. m! ibid., col. 573-575; Libellus Paulinidiaconi, envoyé au par l'accusateur de Pelage, /'. /,., t. xi.v, col. 1721- Ï7'J.">. Dans une troisième lettre (21 mars ils), Zozime répond aux évêques d'Afrique qu'il veul traiter l'affaire de qu'il a laissé toutes choses en l'état. /'. /.., t. xi.v, col. 1725-1726; Jaffé, n. 312. Cette lettw reçue, le D' mai ils. le synode général de Carth composé de plus de 224 évoques (d'après Photius, /'./.., t. xi.v, col. 17J0J, rédigea huit (ou neuf; canons contre
la doctrine pélagienne : ils ont été insérés dans le Codex can. Eccl. africanœ, n. 110-127, Mansi, t. ni, col. 810-823, cf. Denzinger, Enchiridion, n. 65-72, et ont été faussement attribués au IIe concile de Milève en 416. Hefele, Conciliengeschichte, 2e édit., t. il, p. 113; trad. franc., t. n, p. 184.
Cependant à Rome, Zozime avait reconnu la fourberie de Célestius : celui-ci, cité à comparaître de nouveau au synode romain pour un jugement définitif, s'enfuit de Rome, et le pape prononça la condamnation des deux hérésiarques. Jaffé, ann. 418. Bientôt après (été de 418), le pape exposa la doctrine catholique dans une lettre circulaire (tractoria) qui reçut les souscriptions des évêques du monde entier. Cf. Hergenrother, Hist. de l'Église, trad. franc., t. Il, p. 16i; Jaffé, n. 3i3. Ce document est perdu, mais par les fragments conservés dans S. Augustin,' Epist., exc, n. 23, S. Prosper, Lib. cont. collât., n. 15, 57, cf. P. L., t. xlv, col. 1730-1731, nous savons que le pontile sanctionnait les décrets des conciles d'Afrique, condamnait Célestius et Pelage, définissait en particulier le dogme du péché originel et la nécessité de la grâce pour tout bien, omnia enini bona ad auctorcm suum referenda sunt, unde nascunlur. S. Prosper, loc. cit., n. 15.
Pendant cette période d'hésitations du pape, le rôle d'Augustin s'était trouvé très délicat. C'est lui qui rédigea la lettre des évêques africains à Zozime, et inspira les huit canons de Carthage. D'autre part, comme les pélagiens se vantaient d'abord d'être soutenus à Rome par le pape et les prêtres de son entourage (surtout par Sixte, plus tard le pape saint Sixte III), et, après la condamnation, accusaient Rome de s'être donné un démenti, l'évêque d'Ilippone éclaira Sixte par des lettres aussi habiles que pressantes. Epist., cxci, P. L.,t.xxxm, col. 867, 874-891. Il prit ensuite la défense de Zozime. Séparant la question dogmatique de la question de personne, il démontra que le pape n'avait jamais approuvé la doctrine pélagienne, mais seulement avait accepté provisoirement les protestations de Célestius promettant se omnia damnai urum quœ sedes aposlolica damnarel. De pecc. orig., c. vu, n. 8, P. L., t. xliv, col. 389. Le rôle prépondérant d'Augustin dans la condamnation des pélagiens est mis en relief par une lettre de saint Jérôme, S. Augustin, Epist., CCII, P. L-, t. xxxm, col. 928, et par la mission que lui confient les empereurs Honorius et Théodose d'obtenir la souscription des évêques à celle condamnation. Epist., CCI, ibid., col. 927.
3e phase : Après la condamnation par Zozime. — La Tractoria de Zozime, souscrite par les évêques et confirmée par les lois des empereurs (cf. décret de Constance, père de Valentinien, en 421, P. L., t. xi.v, col. 1750), marque le déclin du pélagianisme. Mais longtemps encore il essaya de résister. Trois faits sont plus saillants dans celte nouvelle phase des luttes de saint Augustin : L'entrée en lice de Julien, la rétractation de Léporius, la naissance du semipélagianisme.
1. Julien, fils de l'évêque Memorius et de l'illustre chrétienne Juliana, ancien ami d'Augustin, jusque-là très estimé' pour sa science et ses immenses aumônes, promu par Innocent I" à Pévéché d'Kclano en Apulie, devient tout à coup le chef du parti pelagien. Esprit vif et pénétrant autant qu'opiniâtre dialecticien vraiment redoutable, il supplée Pelage et Célestius qui disparaissent a peu [ires de la scène. Iles ils il entraîne 17 évêques d'Italie à refuser avec lui de signer la Tractoria, cl ils adressent au pape leur protestation, avec appel au concile plénier. /'. L., t. xi.v, col. 1732-1730. Ils lurent tous déposés canoniquemenl et bannis par l'empereur. Julien, exilé d'Italie en 521, continua d'écrire pamphlet sur pamphlet contre Augustin, qu'il appelle injurieu e ment manichéen el chef des traduciens. Cf. Opus imperf. cont. lui, m,., 1. 1. n. 1, 2, T., 9. 27. 32. 86j I. III. n. Ht, 98, 165, etc. Sa doctrine nous est connue par les citations
A (CI STIN SAINT)
étendues que rapporta saint Augustin, par Marius Ifei cator, Liber nibnotalioi rba Juliani, /'. !..
i. xi vin. col. 109-174; cl. t. xxv, col. 1731-1739. s. mit Augustin publia contre lui. vers M 9, le /-. // cupiscentia, défense sommaire du livn l que Julien avail ittaquédana un ouvrage en quatre li vers 120, Contra dvas epist. Pelag. (. IV, répon deux manifestes, l'un de Julien, l'autre des 18 évoques
contre la sentence de Zozi vers 121, Contra Jul.
g. i. VI, réplique plus détaillée au grand ouvi de Julien. Celui-ci ayant répliqué au /.. // de nuptiis, par un écrit en huit livres adressé à Florus, autre évéque pélagien, l'évéque d'Hippone, en 129, semîtà le réfuter
point par point, mais surpris par la mort, il ne pul
achever «pic les six premiers livres. Julien s'obstina dans son hérésie : il essaya vainement avec Célestius de
renouveler ses intrigues s le pape Célestin I"; il
mourut dans la misère en Sicile en i.Vi.
2. La rétractation de Léporius en 126. Ce moine gaulois l'tait à la l'ois pelvien et nestorien. Chassédes Cailles en vertu des lois impériales il s'était réfugié en Afrique, OÙ il fut converti par saint Augustin. I.e concile de Cartilage en 4-2U reçut le Libellut emendationis, <>u rétractation de Léporius, et le renvoya lui-même aux évéques des Gaules, avec une lettre de recommandation. Mansi, t. iv. p. ."> 1 S ; Cassien, De incarn., 1. I. c. u, m, P. L., t. i.. col. 18-23; Tillemont, l. an, p. 883-KK>.
3. Lutte contre le semipélagianisme naissant. Il n"est pas douteux que la doctrine de l'évéque d'Hippone, et surtout ses formules parfois trop absolues, aient troublé bon nombre de catholiques : la grâce qui donne le vouloir et l'agir semblait détruire la liberté. La première attaque vint d'un couvent d lladruinetum, en 420 ou 427 : les moines étaient choqués de la lettre adressée à Si\le. Epist., CXCXIV : il est injuste de nous reprocher no- fautes, disaient-ils, puisque c'est la grâce qui nous a manqué. Augustin écrivit pour eux les traités Dégrada et libéra arbitrio ; De correptione et gratta, et diverses lettres à l'abbé Valent in, qui, semble-t-il, ramenèrent le calme. E/iist., ccxiv, ccxv, et réponse de Valentin, ccxvi, P. L., t. xxxin, col. 968-978. Cf. Hadrimi rr. (Moines d').
A la même époque, un certain Vitalis de Carth probablement moine, lui aussi, gardait quelque chose du venin pélagien : l'acceptation de la foi est l'œuvre de la liberté' seule et mérite les grâces suivantes. Augustin lui adresse un véritable traité, Epist., ccxvn, ibid., col. (.C8- 989, et s'appuie spécialement sur des textes de saint Cyprien, dont Vitalis invoquait l'autorité.
.Mais dans le midi de la Gaule, à Marseille surtout,
l'ouvrage De correptione et gratia suscita une opposition
plus vi\e. qui se prolongea durant tout un siècle. Plusieurs prêtres et moines de .Marseille (à leur tête était le
célèbre ahhe de Saint-Victor. Cassien, Collât., XIII, C. IX-xviii; XVIII, c. xiv, ouvrage compose avant 42(1), ne pouvant admettre la gratuité absolue de la prédestination, cherchèrent une voiemoyenne entreAugustin et Pelage : il Caut, disaient-ils. que la ^ràcesoit donnée à (eux qui la méritent, refusée aux autres : sans cela,
liieu serait-il juste? La bonne volonté précède donc, elle désire, elle demande, et Dieu récompense. Denx disciples du saint évéque, Prosper d'Aquitaine et Hilaire, laïques
Zélés et instruits, l'informèrent en 128 OU 129 des p] ,
tte doctrine. Epist., ccxxv, ccxxvi, ibid., col. 1002-
1012. I.e saint docteur exposa de nouveau dm- les deux
ouvrages Deprsedestinatione sanctorum el Dedono severantite, comment les premiers désirs du salut étaient eux-mêmes dus à la grâce de Dieu, qui est ainsi malin absolu de notre prédestination.
.i Dernières années. Luttes contre l'arianiitne. — I u 126, te s. uni évéque, figé de 72 ans, voulant épargner fille les troubles d'une élection après sa mort, lit acclamer pai li clergéel le peuple le choix du d.
Ib i.k lim comme auxiliaii esseur. et il lui remit
I administration exU rieure. Récit ofliciel d
par Augustin. Epist . a au, P. L., t. xxan, col
afin goûté un peu de repos, -i la disgrâce imméritée el li révolte du comte Boniface 1 ;T . n'eut boule- ] Afrique. Les Goths envoyés pai l'impératrice Pl*cidie pour combattre Boniface, aussi bi< n que les Vanappelés par lui, étaient ariens. Maximil arii n. entra dans llippone avec les troupes impéri
nt docteur délendit la foi dans une conférence puhliqu , :- et dans divers écrits. Cf. Collatio (uni
Maximino; ('.nuira Maximinum arianum libri duo, P I. ., i. \i.ii. col. 709, 814; Serni., cxl, P. L., t. xx.win, col. 773-775.
l)i\ ans auparavant, l'évéque d'Hippone, à la prière de lèles, avait réfuté un sermon arien dont on n . dait des copies parmi le peuple. Cf. Contra semii ■ arianum, /'. L , t. xi.n, col I
Cependant le- saint évéque, désolé par la dévastation de l'Afrique, travailla à réconcilier le comte Bonifai l'impératrice. Epist., ccxx, P. L., t. xxxni, col. (t'.t7. La paix se lit en effet, mais non a ■ ic le
roi vandale. lioniface vaincu se- réfugia dans llippone, ou s'étaient déjà retirés de nombreux évéques. Celle place alors très forte allait souffrir les horreurs d'un siège de dix-huit mois. Dominant - s. le saint
vieillard continuait sa réfutation de Julien d'Lclane, quand des le début du siège il se sentit frappé' à mort, et après trois mois de patience admirable et de fervente- pi i il quitta ce monde le 28 août 430, âgé de soixante-seize
Le corps du saint évéque fut déposé avec honneur dans la basilique de Saint-Ltienne. -Mais llippone, d'abord délivrée, succomba après de nouvelles défi et lut la proie îles flammes: la bibliothèque d'Augustin échappa providentiellement au désastre. En 186, saint Fulgence et d'autres évéques d'Afrique, exilés par la persécution des Vandales, emportèrent avec eux en S daigne le corps vénéré de leur grand docteur. I siècles plus tard, les Sarrasins s'étant emparés de l'Ile, Luitprand, roi des Lombards, racheta les i relique-, qui furent déposées dans l'église de Saint- Pierre à Pavie. C'est là qu'en 1695 on prétendit les avoir uvées dans un sarcophage en marbre; nuis après Muratori (voir la bibliographie), le P. Rottmanner, Histor. Jahrbuch, 1898, p. 897, ne croit dite
de la découverte. Aujourd'hui, sur les ruines d'Hipp s'élève, construite parle cardinal Lavigerie, une magnifique ba-ilique, à la gloire de son immortel docteur.