‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 251 sur 338 · Paris, 18 i in · texte numérisé non relu

Paris, 18 i in

ncc introduction; les Six livres contre Julien, par l'abbé de

AUGUSTIN (SAINT

Vence, 2 in-12, Paris, 1736. Dubois a traduit les opuscules suivants : De vera religione, 1690; Despir.etlilt., 1700; Deordine, 1701; De doctr. clirist., 1701 ; De util, credendi, 1741. Arnaud a traduit VEnchridion, 1685; le De prxdest. SS. et de dono persev., 1676. On a de Pellissier : Les Soliloques traduits pour la première fois en français, in-12, Paris, 1853. Ils avaient été traduits cependant avec le manuel et les méditations, par La Croix, in-12, 1745-1747.

III. Doctrine. — Quand les critiques cherchent à déterminer « la place d'Augustin dans l'histoire de l'Église et de la civilisation » (titre de l'étude de Feuerlein, voir plus loin), il ne saurait être question d'une inlluence extérieure et politique, telles que l'ont exercée les saints Léon, Grégoire ou Bernard. Reuter l'a justement remarqué, Augustinische Studien, p. 479, Augustin, évèque d'une cité de troisième ordre, n'a guère exercé d'action directe sur la politique; et peut-être, ajoute Harnack, Lehrburch der Dogmengeschichte, t. m, p. 95, n'avait-il pas les qualités d'un homme d'Etat. Toute son influence a été intime et sur les esprits. S'il fait époque dans les destinées de l'Eglise, comme on en convient, c'est dans l'histoire du dogme que son action a son contre-coup; et s'il a une place à part dans l'histoire même de l'humanité, ainsi que l'estiment les penseurs réfléchis comme Rudolf Eucken, c'est en qualité de penseur ayant, même en dehors de la théologie, exercé une action décisive sur l'orientation de la pensée occidentale. Étudier sa doctrine, c'est donc en même temps étudier son action dans le monde. Dans un si vaste sujet, impossible d'être complet: on comprendra que, laissant de coté les questions de détails nous cherchions à fixer avec précision la position d'Augustin dans les grands problèmes augusliniens.

Voici l'ordre que nous suivrons: 1» Rôle doctrinal hors de pair de saint Augustin ; 2° Sources de sa doctrine, en quel sens est-il néoplatonicien? 3° Sa théorie de la connaissance et l'ontologisrne ; 4° Sa doctrine sur Dieu et les œuvres de Dieu ; 5° Le docteur de la grâce : est-il prédestina tien ? 6° Le docteur de l'Eglise et sa théorie des sacrements; 7° Le docteur de la charité ou morale de saint Augustin; 8° Théories eschatologiques il lugustin; 9° Conclusion: caractéristique du génie de saint Augustin.

/. itou: uni miifAL imns de pair. — Comme introduction à l'examen de ses théories particulières, nous voulons mettre en lumière non pas cette vérité incon- • que l'influence doctrinale d'Augustin a été immense, mais cette conclusion plus étonnante, proclapar les plus grands critiques, que celte inlluence esl exceptionnelle et sans rivale, même à coté de Thoiii is d'Aquin, en un mot que l'enseignement d'Augustin marque uni- époque décisive dans l'histoire de la pensée chrétienne, et fait entrer l'Église dans une phase nouvelle. On aurait pu réserver ce fait comme conclusion de l'étude sur sa doctrine: mais pour mieux déterminer le, points précis sur lesquels se fixera l'attention, il esl uiile de montrer: I" le degré d'influence qu'il faut attribuer ., Augustin ; 2° la nature ou les éléments de son action doctrinale; 3° les caractères généraux de sa doctrine.

I le</«/s7,,i juin lamé le plus grand de* f'rres. —

i /'./, les catholiques . — Tel était certainement le sentiment 'i' - contemporains <i Augustin, si l'on en juge par ipressionsde leur admiration recueillies par Stilt i m . < Li ii - Acta tanctorum, loc. c»f.,§ i.v, p. 359-361. Jérôme, entre autres, n'hésitail pasàlui dire: CatholU ci te conditorem antiqum rursut fidei venerantur. Epis t., iaii. adAugust., /'. /.., t. xxn, col. 1180. Mais les contemporains seraient suspects si la postérité n'avait ratifié leur jugement. Les papes ont attribué au il d'Hippone une autorité si exceptionnelle qu'elle mérite une étude à part. Voir pin- lui l'autorité de saint Augustin. La pensée du tout le moyen âge a été parfaite-

ment résumée par Pierre le Vénérable, plaçant Augustin immédiatement après les apôtres: Maximuspost apostolos ecclesiarum instructor. Epis t. ad S. Bern., dans Opéra S. Bernardi, Epist., ccxxix, n. 13, P. L., t. clxxxh, col. 405. Le XVIe siècle exprime la même admiration par deux écrivains de caractère tout opposé : Érasme luimême s'enthousiasme sur ce sujet : quid habet orbis christianus hoc scriptore mugis aureum vel augusliusf dit-il dans la Préface de son édition. Et Sixte de Sienne proclame Augustin le plus grand génie de l'humanité: Doctor super omnes gui ante eum et posl eum hucusque fuerunt mortalcs. Biblioth. sancta, Cologne, 1576, p. 220. Dans les temps modernes, c'est Bossuet, le génie le plus semblable à celui d'Augustin, qui lui assigne sa place parmi les docteurs, la première : il ne l'appelle pas simplement « l'incomparable Augustin », « ce maître si intelligent et pour ainsi dire si maître, » Défense de la tradition, 1. IV, c. XVI, édit. Lebel, t. v, p. 240, mais, l'aigle des docteurs, ibid., 1. IX, c. xiv, p. 501, et « le docteur des docteurs ». Sermon pour la vêture d'une postul. bernardine. — Si un moment l'abus que les jansénistes firent de ses ouvrages, peut-être aussi les exagérations de certains catholiques ainsi que les attaques de certains critiques à la suite de Richard Simon, semblent avoir effrayé quelques esprits, le jugement général n'a pas varié1, et au XIXe siècle Stôckl exprimait la pensée de tous: « Augustin a été à juste titre appelé le plus grand docteur du monde catholique. » Geschichte der christl. Philos, zur Zeit der Kirchenvâter, 1891, p. 365.

2. Au jugement des protestants. — Chose étrange! il semble que les critiques protestants aient été spécialement séduits en ces derniers temps par la grande ligure d'Augustin, tant ils lui ont consacré d'études profondes (Bindemann, Schaff, Dorner, Reuter, A. Harnack, Eucken, Schee), etc., pour ne parler que de travaux allemands). Or leur admiration, pour être froidement raisonnée, n'en est pas moins enthousiaste : et, plus ou moins, ils arrivent à cette formule de Harnack : « Où trouver, dans l'histoire de l'Occident, un homme qui pour l'inlluence puisse lui être comparé? » Lehrbuch iler Dogmengeschichte, 3a édit., t. m, p. 95. Les réformateurs, Luther et Calvin, s'étaient contentés de traiter Augustin avec un peu moins d'irrévérence que les autres Pères. Voir Ph. Schaff, Saint Augustin, 1886, p. 99-101. Mais leurs descendants lui rendent éclatante justice, et cela au moment même où loyalement ils reconnaissent en lui le père du catholicisme romain. Schaff a rapporté leurs conclusions, loc. cit., p. 101-102. Pour Rindemann « Augustin est, au ciel de l'Église, un astre d'un éclat extraordinaire. Depuis les apôtres, nul autre ne l'a surpassé: on peut dire que la première place parmi les Pères de l'Église lui esl due... Il marque le plus haut point de développement de l'Église d'Occident avant le moyen âge. C'est de lui que le mysticisme aussi bien que le scolaticisme médiéval ont reçu la vie. Il forme le plus solide pilier du catholicisme romain ». Il ajoute, il est vrai, que chez lui aussi les chefs de la réforme ont puisé « les principes qui ont enfanté une ère nouvelle ». Le I)' Kurtz, dans s,, n Histoire de l'Église, 9» édit., 1885, appelait Augustin « le plus grand, le plus puissant de tous les Pères, celui dont l'influence est la plus profonde, de qui procède lout le développement doctrinal et ecclésiastique de l'Occident, et à qui le ramené périodiquement chaque irise, chaque orientation nouvelle de la pensée ».

Schaff lui-même n'esl pas d'un autre avis, op. cil., p. 27 :

« Tandis que les autres grands hommes de l'histoire de

l'Église BOnl accaparés ou parles catholiques ou par les proleslanls. lui. il jouit auprès des deux coules, ions d'un respect également profond ri durable. » liudolf

I ucken, plus hardi, a OSé écrire: •■ Sur le terrain propre du christianisme, a paru un seul grand philosophe:

AUGUSTIN SAINT

c'est Augustin. » Die Lebenttu \ender '.'•

Denker, 1902, p. Jlo. Mail Ad. Harnack esl celui qui a le plus souvent insisté -ur <.- rôle unique d'Au tin. Il a étudU la place dam l'histoire du monde d'Augustin réformateur de la piété chrétienne et l'influence du docteur de i I Lehrbuch der l>'>n mengesch., 3» édit., t. m. p. 56-221. Dana son étude sur les Confessions, il y est revenu, p. 7: a Aucun lu, h. Un . tre comparé depuis Paul, i à l'exception de Luther, ajoute-t-il. Encore aujourd'hui noua vivons d'Augustin, de ^ pensée, de Bon esprit; nous sommes, dit-on, les fils de la Renaissance el de la Réforme, mais l'une et l'autre dépendent de lui. Telle est la thèse reprise dans I)<m Weseti der Christentum, 1901, où il expose surtout le rôle d'Augustin dans la formation du catholicisme.

2° De quelle nature esl l'influence d'Augustin? — Nous pouvons distinguer une triple action :

1. // résume el condense dans ses écrits les trésors intellectuels du monde ancien el les transmet au monde nouveau. — Il est remarquable, en effet, «pie précisément à l'heure où les migrations des peuples allaient ensevelir la civilisation sous les ruines du monde romain et où les nations nouvelles devaient se nourrir des traditions du monde ancien, un homme de génie tel qu'Augustin se soit trouvé là pour recueillir dans une vaste synthèse l'héritage de la pensée antique dans ce qu'elle a de plus élevé, et surtout les développements de ki pensée chrétienne opérés dans les deux derniers siècles, pour l'infuser au monde nouveau comme un ferment salutaire qui dans ces natures encore grossières mais riches ferait lever la philosophie religieuse de l'avenir. Cf. Bohringer, p. i'2't. La mission providentielle d'Augustin apparaît nettement. Harnack va jusqu'à dire que « l'existence misérable de l'empire romain en Occident n'a été prolongée jusque-là, semble-t-il, que pour permettre l'action exercée par Augustin sur l'histoire universelle ». Précis de l'hist. des dogm., trad. liane., p. 2Ô.">. C'est pour remplir cette immense tâche que la providence l'a mis en contact avec les trois mondes dont il doit transmettre la pensée : avec le monde romain et latin au milieu duquel il a vécu, avec le monde oriental que l'étude du manichéisme lui a révélé en partie, avec le monde grec que les platoniciens lui ont manifeste''. En philosophie, il a été initié à tout le contenu et à toutes les subtilités des diverses écoles qu'il a parcourues, mais avec indépendance, sans se donner à aucune. En théologie, c'est lui qui initia l'Église latine au grand travail dogmatique accompli en Orient pendant le ive siècle et au commencement du v : il en vulgarisa les résultats en leur donnant la forme plus nette et plus précise du génie latin. — Mais cette science du passe, Augustin ne la résume pas à la I d'un scolastique éclectique, par une synthèse froide et impersonnelle, analysant, classant, combinant toutes les idées, mais sans leur imprimer un cachet propre de manière (pie dans l'édifice nouveau, on reconnaît encore l'origine de chaque élément. Eucken a bien dit, op. cit., p. 210: g Toutes les influences du passé, comme toutes les impulsions de son temps, Augustin les fait siennes, les ramasse en lui seul pour en faire quelque chose de grand et de nouveau. Bien qu'enraciné dans un milieu latin, il subit de fortes influences grecques et orientales. Iiu christianisme primitif et du néoplatonisme il opère un mélange nouveau dans lequel prédomine, avec ..h i.i li te. Tel, nient chrétien et dont le

produit pourra être discuté mais dominera toute l'his-

toire du christianisme, i

2. // </ été pour /<• développement et le progrès du dogme le plus puissant instrument de la providence.

— Ici le danger n'a pas été de nier ce progrés,

mai'- de l'exagérer. On l'a souvent dit, la mission matique d'Augustin rappelle (dans m, bien

inférieure, el l'inspiration mi celli de •

■ t- ■ h - la prédication évangélique. Aussi a-t-il éti en hutte aux mémi enta de la critique. Comn

a voulu (aire du paulinisme la i e du chi

nisme actuel qui aurait étouffe1 le germe primitil I Evangile de Jésus, on a imaginé, sou- le non tinisme, je ne sais quel syncrétismi des idées di i et du néoplatonisme, qu'Augustin aurait installé d i qui serait une déviation, déplorable d'a| les m, . fort heureuse d'après h-* autres, de l'an christianisme. Ces fantaisies ne résistent pas à la turc des textes et Harnack lui-même montre dans Augustin l'héritier de la tradition qui le d'autre part, faudra -t-il, comme on l'a fait par identifier touti meeptions avec les vues des

écrivains, en particulier des es, dont il

le successeur? Son ouvre doctrinale se borneraitelle a une simple question de synthèse, de métl d'ordonnance meilleure ou d'expression nouvelle'.' Non certes, on ne doit pas méconnaître la part d'invention et d'originalité dans le développement du dogme, que la providence réservait à cet incomparable génie, fallût-il cà et là consulter, dans des questions spéciales, d« faillances humaines. Plus que tout autre l'ère, il a lise pour les dogmes ce progrès qu'exprimait si bien Vincent de Lérins, son contemporain, dans une : que certains ont cru dirigée contre lui: c'est le développement d'un germe vivant jusqu'au plein épanou ment de la vie; de la graine presque imperceptible au grand arbre, quel changement! C'est pourtant le même être. Ainsi grandit la parole évangélique fécondé» par les génies providentiels dont jusqu'ici Augustin semble le plus grand.

a) En général, toute la dogmatique chrétienne lui doit des théories nouvelles pour mieux justifier et expliquer la révélation, des aperçus nouveaux, plus d<

teté et de précision. Les luttes multiples auxquelles il fut mêlé, et aussi la nature spéculative de son esprit, ne laissèrent à peu pus aucune question en dehors d recherches. Toujours sur la brèche, il eut à combat!; ennemis de toutes les vérités chrétiennes depuis les infidèles et les manichéens jusqu'aux semipélagiens, ces catholiques d'ailleurs si fervents. Esprit subtil et pénétrant, rompu à toutes le- finesses de la dialectique, il sut démasquer les sophismes, et dissiper les équivoques. D tre part, esprit profond et ingénieux, dans chaque question qu'il aborda, il découvrit des démonstrations lumineuses, des rapprochements nouveaux: par sa man même de poser les problèmes, il les marqua de son empreinte, si bien qu'il n'est pour ainsi dire p.iproblème où l'étude de sa pensée ne s'impose au théologien.

b) En particulier, il développa certainune telle ampleur, il il gagi a avec tant de clarté de l'enveloppe traditionnelle le germe fécond de ces

que plusieurs ont été (à tort, selon n sous le nom d'augustinisme ; Augustin n'en est point l'inventeur, mais !<• premier il les a mis, s ,n pleine lumière. Ce sont avant tout les dogmes de la chut la réparation, de la grâce et de la prédestination

l 'apparition d'Augustin dans l'histoire du di dit Schaff, o/>. cit., p. 97, fait époque surtout en ce qui

,1e les doctrines anthropologiques ques, auxquelles il lit faire un progrès immense, el qu il porta à un degré de clarté el d( n avaient pas eu pisque-la dans la conscience de

l'Église, i Mais il n'esl pas seulement k

de la grâce, il est aussi le docteur d<

luttes de Mngt ans .[\f-c le donastisme ont abouti i une

dogmatique complète de 1 i gtise, grande œuvi

mystique du Christ el \r.n noyau

r.'.ie pour le salut, de l'efficacité intime de

ineiils. ('.est sur . e point, comme sur le centre de la

théologie augustinienne, que Reuter a concentré ses Augustiniche Studien (la plus savante étude récente sur Augustin, d'après Harnack). — Les controverses manichéennes l'ont aussi amené à préciser les grandes questions de l'Etre divin, de la nature du mal, et on pourrait aussi l'appeler le docteur du bien, ou du bon principe de toutes choses. — Enfin, nous le verrons, le caractère même de son génie et la direction pratique, surnaturelle et divine qu'il imprimait à toutes les spéculations de sa pensée, ont fait de lui le docteur de la charité.

c) Un dernier progrès dû aux œuvres d'Augustin, est celui qu'il accomplit dans la langue théologique . Pour une grande part il contribua, sinon à la créer, du moins à la fixer définitivement. Elle lui doit une foule de ces formules lapidaires, d'une profondeur «gale à la concision, que la scolastique dégagea plus tard de l'ensemble de son œuvre. Le latin d'ailleurs, plus bref, plus précis que le grec, moins llottant dans ses formes, se prêtait merveilleusement à cette œuvre : Augustin en a fait la langue dogmatique par excellence et c'est sur lui que se sont formés les Anselme et les Thomas d'Aquin. — Aussi a-t-on essayé parfois de lui attribuer le symbole pseudo-athanasien. Sans doute il est postérieur, mais Ponifas, Hist. des dogmes, 1. 1, p. 21, 78, il llaag, llxst. des dogmes chrét., t. I, p. 476, ne se trompaient pas, quand ils en cherchaient l'inspiration dans les formules du 73e Trinitate. Quel qu'en soit l'auteur, voir col. 2184-2186, il a connu Augustin et a puisé dans ses œuvres. C'est sans doute ce don des formules précises, aussi bien que sa charité, qui lui a fait attribuer si souvent le mot célèbre : In necessariis uni tas, in dubiis libertas, in omnibus chantas ; il n'est pas de lui, mais respire son esprit. Cf. dom Morin, dans la Revue d'hist. et de Un. relig., 1902, p. 147-149.

3. Il est le grand inspirateur de la pensée religieuse dans les siècles suivants. — Pour raconter l'influence d'Augustin sur la postérité, un volume ne suffirait pas : à l'article AuGUSTINISME, nous toucherons aux points principaux. Ici nous signalons simplement les faits en indiquant leur portée :

1er fait : Avec Augustin le centre du développement dogmatique et théologique se déplace et d'Orient passe à l'Occident et à ce point de vue encore Augustin fait époque dans l'histoire du dog-me. « Jusque-là, remarque justement lionifas, op. cit., p. 21, l'influence prépondérante avait appartenu à l'Église grecque, l'Orient avait été la terre classique de la théologie, le grand atelier de l'élaboration du dogme. A partir d'Augustin, l'influence prépondérante tend à passer du côté de l'Occident... L'esprit pratique et réaliste de la race latine succède à l'esprit spéculatif el idéaliste de l'< trient et de la Grèce. »

2e fait : Il est également l'inspirateur, au sein de I I lise, de deux courants qui semblent contraires l'un .i I autre, la scolastique et le mysticisme. De Grégoire le Grand aux Pères de Trente, son autorité théologique, la plus haute suis contredit, domine tons les penseurs. Les représentants de la scolastique, Anselme, Pierre Lombard, Thomas d'Aquin, les représentants du m\siicisme, Bernard, Hugues de Saint-Victor, Tauler, ont également fail appel à son autorité, se sont nourris de i ils el pénétrés de son esprit.

3e fait : Il n'est pas jusqu'aux courants plus modernes qui ne dérivent de lui, dans ce qu'ils ont de vérité ou de sentiment profond de la religion. De savants critiques tels que Harnack, Lehrbuch der Dogmengesch., t. m, p. 100, etSeil./l utder Geschichte der Chris tentum, 1888, p. i3, ont appelé Augustin le premier homme moderne; et de fait il a tellement façonné le monde latin, que c'est lui ;m fond qui ■! fail l'éducation des esprits modernes. Mais sans aller jusque-là, on peut ciir t (eiie parole d'Eucken, n\>. cit., p. 2i i . ■ I le n'esl peul 'lie pis un paradoxe dédire que si notre temps veut reprendre et traiter

d'une façon indépendante le problème de la religion, il ne doit pas tant se reporter à Schleiermacher ou à Kant, ni même à Luther ou à saint Thomas, qu'à Augustin... Et en deçà de la religion, le monde moderne trouvera plus d'un point par où il se rattache à Augustin, du moment que, laissant de côté la forme souvent étrange, nous pénétrons jusqu'au fond des choses... Il est des points sur lesquels Augustin est plus moderne qu'Hegel et Schopenhauer. »

3° Caractères généraux de la doctrine d' Augustin. — Nous n'en signalerons que trois : 1. Elle s'est formée progressivement dans son esprit : le docteur d'IIippone n'est pas parvenu d'un seul coup au plein développement de sa pensée. C'est par étapes, aidé souvent par les circonstances et les nécessités de la polémique, qu'il est arrivé à la précision de chaque vérité et à la vision nette du rôle de cette vérité dans l'ensemble de la révélation: Aussi exige-t-il de ses lecteurs qu'ils sachent « progresser avec lui ». L'étude des œuvres de saint Augustin dans l'ordre historique s'impose donc, si on ne veut point se méprendre, et cela s'applique tout spécialement, nous le verrons, à la doctrine de la grâce.

Mais ici encore, il y a un excès à éviter : on est exposé à trop prolonger les périodes d'hésitation ou d'erreur. Ni les jansénistes autrefois, ni les critiques protestants d'aujourd'hui n'ont su éviter cet écueil. Harnack, à propos de la christologie d'Augustin, abuse d'un aveu des Confessions, 1. VII, c. xxv. Augustin reconnaît là qu'au début il ne distinguait pas très bien la doctrine catholique de l'Incarnatiou, de l'erreur adoptienne de Photin; il ne voyait en Jésus-Christ qu'un homme inspiré et un docteur. Harnack, Dogmengeschichte, 3e édit., t. ni, p. 121, en profite pour affirmer que ce qu'il n'avait pas saisi alors, il ne le comprit bien jamais, et que sa christologie a de profondes affinités avec celle de Paul de Samos;tte et de Photin. Or, dans le texte des Confessiotis, les mots atiqitauto posterius limitent ce moment d'hésitation à un temps très court dont le point de départ précède même la scène de la conversion au jardin. C'est donc plutôt une étape de son retour à la foi qu'une phase de sa pensée déjà chrétienne. Dès 388 il exprime dans le De libéra arb., 1. I, c. xi, n. 5, P. L., t. xxxil, col. 1224, l'idée la plus catholique du Fils de Dieu engendré égal à son Père. Quant aux prétendues affinités persistantes avec Photin, elles sont démenties par les textes les plus formels, par ceux-là même qu'allègue le critique allemand. De peccal. mer., 1. II, n. 27, P. L., t. xliv, col. 168; De corr. et (//•., c. xi, 30, ibid., col. 934.

2. Cette doctrine est essentiellement théologique, et a Dieu pour centre. — a) Sans doute Augustin est un grand philosophe, et Fénelon a pu dire de lui dans ses Lettres sur divers suji'ts il)- métaphysique i'l de religion, lettre iv, Œuvres, édit. Lebel, 1820, t. i, p. 393 : « Si un homme éclairé ramassait dans les livres de saint Augustin les vérités sublimes que ce grand homme y a répandues comme par hasard, cel extrait, fait avec choix, serait très supérieur aux Méditations de Descartes. » Ce recueil a même été fait. Voir plus loin. Il y a donc une philosophie de saint Augustin, Mais chez lui, elle est si int iineiiient liée à la théologie, (pie l'on ne peul les séparer, Aussi n'étudierons-nous pas à part le théologien el le philosophe : aussi bien celui-ci intéresserait-il moins les lecteurs de ce dictionnaire. Augustin n'est pas un homme que l'on puisse couper en deux. Il n'\ ;i jamais eu pour lui qu'une vérité, et cette

vérité il la saisil, il l'| mbrasse de toute SOn :'tme. elle est pour lui comme une émanation de Dieu et devient la lui de ^iin être. Un exemple : Augustin est un psychodes plu- profonds et des plus pénétrants, un pgycholoi ne par goût, pur passion : Noverim me, a-t-il dit après avoir dit à Dieu : Noverim te; Dieu et l'âme,

voilà ce qu'il veut savoir, Kl de f:iit dans l'élude des

rouages si compliqués, si impénétrables de notre âme,

AUGUSTIN. SAINT'

il esl allé bien pi u-^ avanl que h i psychologue de reiiuin : mais, pour lui, cette i tude di 1 aime eal une étude

ieuse, inspirée par li di ùi de connaître le mystérieux i de Dieu dans notre âme el de notre âme historiens protestants, eus aussi, ont remarqué ce cachet des écrits il Augustin. Le monde, dit Eucken, op. cit., p. 223 (trad. franc, dans Ann.de phil. chrét., 1889, p, 625), l'intéresse moins que l'action de Dieu dans le monde et particulièrement en nousmêmes : Dieu et l'âme, tels sont les seuls sujets dont la connaissance nous doive passionner. Tout savoirdevient un tin',), moral religieux, ou plutôt une conviction morale religieuse, un acte de foi de l'hommese donnant tout entier. > Et avec plu d'énergie encore, Bôhringer a dit : o L'axe sur lequel se meuvent le cœur, la vie et la théologie d'Augustin, c'est Dieu. tAurelius Augustinus, 2* édit., 1877, p. lli. Voir encore Dorner, Augtutinus, sein theologischea System, etc., 187:!, p. 324.

b) Li;ms sa théologie même, il est remarquable qu'Augustin met toujours en saillie la connaissance de Dieu, taudis que les discussions orientales sur le Verbe avaient forcé Athanase el les Pères grecs à placer au sommet de la théologie la fui au Verbe et au Dieu-Homme qui nous délivre. La révélation s'était développée dans tout le iv- siècle comme doctrine du Christ. Augustin lui aussi place au centre de l'œuvre divine l'Incarnation, mais il l'envisage connue la grande manifestation historique de Dieu à l'humanité : l'idéede Dieu domine tout, de Dieu considéré en son essence (De Trinitate), dans son gouvernement [De civitate), ou comme le terme de toute vie chrétienne [Enchiridion de /idc, spe et cantate; De agone ckristiano, etc.).

3. La doctrine d'Augustin est essentiellement catholique, opposée <u< protestantisme. — Il importe de constater ici ce fait, d'abord pour n'avoir pas à y revenir à propos de chaque dogme en particulier, mais surtout à cause du changement d'altitude de la critique protestante à l'égard de saint Augustin : rien n'est plus digne d'attention que cette évolution, si honorable d'ailleurs pour l'impartialité des derniers écrivains. — a) La thèse des protestants d'autrefois. — Les tentatives ne manquèrent pas pour accaparer Augustin et en faire un réformateur avant la Réforme. Luther sans doute dut avouer qu'il ne trouvait pas chez lui la justification par la foi seule, ce principe générateur de tout le protestantisme, et il s'en consolait, au dire de Schaff, Saint Augustin. ISSU, p. IIK), en s'écriant : « Augustin s'est souvent trompé, on ne peut se fier à lui. Tout bon et saint qu'il est. il s'est souvent mépris sur la vraie foi, tout connue les autres Pères, i Mais en général la Réforme n'en prit pas si aisément son parti et il fut longtemps d'usage d'opposer au catholicisme le grand nom d'Augustin, La Confession d'Augsbourg, a. 20, osait lui attribuer la justification sans les œuvres, cf. Concordiu. Libri synibolici, etc., édit. de Berlin, 1857 (reproduisant celle de 1584), p. 17, et Mélanchthon invoquait son autorité dans son Apologia confessionis, a. t, ibid., p. 6t-fi.>. 80, 92, etc.

b) Les aveux récents. — Depuis trente ou quarante an', tout est changé, et les meilleurs critiques protestants proclament à l'envi le caractère éminemment catholique de la doctrine aii-ii-linienne. Ils l'exagèrent même, par un excès contraire, lorsqu'ils prétendent trouver en lui le fondateur du catholicisme. Voici comment II. Reuter conclut ses études si importantes sur le docteur d'Hippone, Augustinische Studien, p. 187

« Augustin est pour moi le fondateur du catholicisme ro

main en Occident... Ce n'est point là une découverte

nouvelle, comme Kattenbusch parait le croire, mais uni'

reconnue depuis longtemps pal' .Valider. .Iulius,

Kôstlin, Dorner, Schmidt, etc. d Et se demandant ensuite -i i l'évangélisme d se trouve chei Augustin :

« Sur ce point, dit-il, p. 511, on a raisonné' bien dille-

r imment autrefois et d,- t Les phi

• !•■ 1830 a 1870 . .1 ug tisme évangélique, Pelage est le / ne te lisent plus aujourd'hui que rarement connu depuis qu'elli - s., nt insoutenables, bien qu renferment une particula i Pli. Schafl

p. 98, arrive aux mêmes conclusions. Et Dorner a dit, lui aussi, <liii> la Rel ■ Édiml

l)sx;. art. Augustin, t. i. p. 17'i

prêtera Augustin les idées qui ont inspiré la Réforme. » Hais nul n'a mis en lumière cette idée avec autant d'insistance que Harnack. Tout récemment, dansur l'essence il" christianisme, il romaine par Irois éléments dont le troisièm

itisme, l'esprit et la piété de saint A gustin, en effet, a exerce sur toute la vie inl l'Eglise, vie religieuse et pensée religieuse, un fluence absolument décisive, i Dos W'esen des Cl tentums, II- leçon, I'.ahi. p. loi. Au dit-il,

p. 100, à l'heure ou l'Église héritait de l'empii elle avait en elle un homme d'un génie extraordin ment profond et vigoureux : de lui elle a pris i : jusqu'à l'heure actuelle elle n'a pu s'en détach Cf. trad. franc., p. 'J7I. 1 Ki n - son Lehrbuch der h .geschichte, 3- édit., t. m, p. -21«i-Jl.S. cf. Précis, trad. franc., p. 291-294, le même critique énuiiieie en détailles idées par lesquelles Augustin appartient a ce qu'il apj « le catholicisme vulgaire . c'est : ! VÉglit institution hiérarchique avec autorité doctrin. mérites de la vie éternelle et la méconnaissance de U thèse protestante du salut par !a foi, « c'i par cette confiance constante en Dieu qui la certitude du pardon des péchés, a / 281 .

3° le pardon des péchés dans l'Église et par l'Es, 4° la distinction entre les préceptes et les con- — entre les péchés légers et les péchés échelle des hommes bons et des hommes mauvais, — échelle de félicité céleste selon la mesure des mi ! .> on l'accuse « de renchérir sur lieuses » de ce catholicisme vulgaire; sur le prix infini de la satisfaction du Christ. — sur le salut comme jouissance de Dieu dans le ciel, — sur l'efficacité mystérieuse des sacrements

sur l'idée de la virginité- de Marie, même dans l'enfantement, — sur ■ l'idée de sa pureté et de sa Coi tion. uniques en ce genre . llarnarck dire

formellement qu'Augustin ail enseigné l'Immaculée Conception; mais Schaff, lui, n'hésite pas Augustin, dit-il, op. rit., p. 98, est responsable de plusie erreurs de I Eglise romaine;... il a anticipé- le dogme de l'Immaculée Conception, et son mot prophêliqu locuta esl, causa fini ta esl, peut au moins i ti laveur du décret du Vatican sur l'infaillibilité p ficale.

La théorie des contradictions. — On se tromp toutefois si on pensait que les protestants mod crifient entièrement Augustin. Il- veulent que ce docteur, malgré un fond catholique, ait inspiré Luth

vin. La thèse nouvelle est donc que les deu peuvent tour à tour se réclamer de lui. La forum I Burke, rapportée par Schaff, op. cit., p. 102,

téristisq Chez Augustin le- idées anciens

dénies se mêlent, et l'Église papale a autant de d d'en appeler à son autorité' que les | me. • Aucun ne marque plus nettement i dic-

tion que LoofS, Ll'Ufadt'n ZUUI StlldllllK

geschichte, & édit.. p. 196; après avoir dit qu'A accentué les éléments caractéristiques du clin-: occidental (catholique), qu'il en est devenu le | les âges suivants et que i l'ecclesi isijcisine du cisme romain, la scolaslique, la mystiqu prétentions de la papauté au gouvernement sont fondés sur la direction qu'il a impi

AUGUSTIN (SAINT

firme qu'il est le docteur et le trait d'union de tous les réformateurs, et conclut par cet (''(range paradoxe : « L'histoire du catholicisme romain est l'histoire de l'élimination progressive de l'augustinisme. » Cette facilité à supposer des contradictions flagrantes chez un génie comme Augustin, étonne moins chez ces critiques quand on se rappelle qu'avec Reuter, op. cit., p. 514, ils justifient cette théorie par cette réllexion : « Chez qui trouvera-t-on des contradictions plus fréquentes que chez Luther! » D'autres, avec Harnack, prétendent que dans un génie comme Augustin, il y a comme plusieurs individualités dictinctes qui tour à tour expriment la pensée dominante du moment. On trouvera les prétendues contradictions d'Augustin énumérées par A. Harnack, Lehrbuch der Dogmengesch., t. m, p. 90-94 ; cf. Précis, etc., trad. franc. Nous montrerons, à propos de la doctrine sur la grâce, — et c'est là surtout qu'on a voulu voir la contradiction, — que ces théories des critiques reposent sur une fausse interprétation de la pensée de saint Augustin : or très souvent on s'est mépris sur sa pensée, parce qu'on ne s'est point assez familiarisé avec sa langue et sa terminologie.

//. SOURCES DE LA DOCTRINE DE SAINT ÂVGTJSTIIi

ET INFLUENCE DU NÉOPLATONISME. — 1° Le fait. —

1. La réalité de cette influence ne peut être sérieusement discutée par qui a lu les œuvres d'Augustin, en particulier celles des premières années qui ont suivi sa conversion. Elle a été reconnue par Beslmann lui-même, qu'on accuse de l'avoir niée dans sa thèse, Qua ratione Augustinus notiones philosophiez graeese ad dogmata anthropologica describenda adhibuerit, Erlangen, 1877. Pour être convaincu, il suffirait de voir les passages de Plotin et de saint Augustin, mis en regard sur deux colonnes, par M. Grandgeorge, Saint Augustin et le néoplatonisme, 1896, p. 70-8i, 117-147. Les Ci», fessions, 1. VII, c. i.x, xx-xxi, P. L., t. XXXII, col. 740. 7i(J, décrivent l'enthousiasme allumé en lui par les livres platoniciens. Et cet enthousiasme vivra longtemps au cœur d'Augustin, source d'éloges magnifiques et répétés. Cont. aead., 1. III, c. XVHI ; Epist., cxvui, n. 20-3i, P. L., t. xxxin, col. 441-448; De vera rclig., c. xu, paitcis mutalis, christiemi fièrent ; De eivit. Dei. I. VIII passim, c. i, iv, v, x. — 2. Cette influence fut exclusive : nulle autre philosophie n'a imprimé une direction sérieuse sur l'esprit d'Augustin. On pourrait hésiter pour Pythagore ou plutôt les pythagoriciens dont la doctrine est appelée venerabilis ae prope divina, De ordine, I. II, n. 53, P. L, t. xxxil, col. 1020, éloge trouvé excessif dans les Ré tract., 1. II, C. III, 43. Mais un ne voit pas qu'il leur doive autre chose que des recherches trop subtiles sur l'allégorie1 des nombres. D'après Grandgeorge, op. cit., p. 31, Aristote n'est cité que trois fois par Augustin, et malgré le i il lui reconnaît, De ewu., I. VIII, c. xu, il le juge fort inférieur à Platon. Les stoïciens et les épienriens, quoique cités plus souvent (vingt-trois et vingtdeux fuis), ont toujours été très sévèrement jugés par lui. — 3. Sources platoniciennes où puisa Augustin : il esl certain que le Timée fut directement connu par Augusiin qui le rit,.. /;,■ eivit., I. X,c. xxxi, /'. /.., t. xi.i, col. 31 l;l.X,c. xxx, il compare l'enseignement de Platon ■lui 'l' Porphyre, h. m, ]<■ De beata rita, c. iv, il dit Lectis mil, -m Platonis paucissimis libris, et i

tout ce qu'on peut accorder: encore cinq manuscrits don ii.ii t ils : Lectis autem Plotini, Augustin lisail peu le i Platon n'étaient pas tra-

duites en latin comme celles de Plotin l'avaient été par Victorinus. Cf. Conf.,\. VIII, c. u. L'influence fut donc exercée par les néoplatoniciens plutôt que par Platon: aminé bien, on constatera que l'empreinte I dans l'âme d'Augustin vienl plutôt du fond pla-

'M que des idées spéciale nt néoplatoniciennes.

"n Irou ' i indiquées avec précision par Grand

george,o/). cit., p. 41, Iesparties des ouvrages de Plotin et de Porphyre qu'Augustin a cités ou du moins a connus. •Tamblique lui est resté étranger, il ne le cite jamais et le nomme à peine une fois. De cie., 1. VIII, c. xn,P.L., t. xli, col. 237.— 4. Méthode qui préside à l'étude des néoplatoniciens par Augustin. : c'est la règle imposée par la foi d'Augustin qui va déterminer la mesure de l'influence subie. On a répété qu'il fut longtemps un néoplatonicien adoptant des formules chrétiennes. C'est le contraire qui est la vérité. Déjà à Cassiciacum et plus tard encore, il était un néoplatonicien devenu chrétien très sincère, mais cherchant encore à revêtir ses dogmes des expressions néoplatoniciennes. — a) La formule de cette méthode nous est donnée dès le début dans une de ses notes autobiographiques qui sont l'histoire de son esprit. Dans Cont. acad., 1. III, c. xx, il nous avertit qu'il y a deux voies pour aller à la vérité : l'autorité et la raison. Or, ajoute-t-il, « en fait d'autorité, j'ai choisi pour maître le Christ dont je ne m'écarterai jamais. » Quant à la philosophie, voici sa règle: Quod autem subtUissima ratione persequendum est,ita jam sum affectas, ut quid sit verumnon credendo solum, sed eliam intelligendo apprclienderc impatienter desiderem ; apud platonicos me intérim quod sacris litteris nostris non repugnet reperturum esse confido. Ainsi il croit au Christ, mais il va chercher et il est sûr de trouver chez les platoniciens une philosophie qui s'adapte à l'explication de sa foi. — b) Les dispositions d'esprit sont donc absolument celles d'un croyant : il est prêt, non à condamner l'Évangile au nom de Platon, mais à l'expliquer par sa philosophie. M. Grandgeorge, op. cit., p. 155, a fort bien conclu en ces termes : « Donc, tant que sa philosophie concorde avec ses doctrines religieuses, saint Augustin est franchement néoplatonicien ; dès qu'une contradiction se présente, saint Augustin n'hésite jamais à subordonner sa philosophie à la religion, la raison à la foi... Il fut avant tout un chrétien: les questions philosophiques se trouvèrent dans son esprit (et toujours davantage) reléguées à l'arrière-plan. » Cette observation suffit à démontrer combien Dorner, dans son Augustinus, p. 32G sq., a exagéré l'inlluence néoplatonicienne. — c) La méthode était pourtant dangereuse : cherchant ainsi de parti pris l'accord entre les deux doctrines, il croira, sans fondement, trouver le christianisme dans Platon, ou le platonisme dans l'Evangile. Tour à tour il exagérera ce que nous pouvons emprunter aux platoniciens, et ce que les platoniciens doivent à la révélation : il rendra ceux-ci tributaires de l'Écriture, et, dans les Rétractations, 1. II, c. iv, n. 2, P. L., t. xxxn, col. 632, il devra corriger cette affirmation du De doct. christ.. 1. II, C XXVIII, n. 43, /'. /,., t. xxxiv. col. 56, que Platon s'était inspiré de Jérémie. Augustin s'en est si bien aperçu, que des l'an 400, dans les Confessions, 1. VII, c. xiv, n. 20, P. L., I. xxxn, col. 744, il remerciait Dieu d'avoir connu les Écritures seulement après les platoniciens, parce qu'ainsi il a pu constater qu'il puisait dans les saints Livres de grandes vérités et de nobles sentiments que nul platonicien n'avait pu lui inspirer. S'il avait éprouvé ces sentiments avant de lire les platoniciens, il se fût imaginé que ceux-ci les excitaient à leur tour, tandis que, les ayant lus auparavant, il a constate'1 leur impuissance et cette expérience précédente l'a détrompé pour toujours. Dans le De eivit., 1. XXII, c. xxvm, /'. /.., t. xli, col. 79."). il blâmera cette tendance des penseurs chrétiensà trouverleurs dogmes chez Platon : Amantes Platonem, dicunt eutn aliquid simile nobis eliam de resurrectione sentisse, El h"- Rétractations, l. I, c. m, n. 2, /'. /.., t. xxxn, col. 588, contiennent l'aveu qu'il n'a pas toujours évité cet écueil.

2" Les résultats. — N'epoiivant taire une élude détaillée, nous signalerons, en quatre séries.les points de contact du platonisme et du christianisme dans saint Augustin,

AUGUSTIN SAINT

1. TMo\ lit à tort trouver chez les platoniciens. a La plus célèbr

la doctrine du Verbe. Quand on lit, Confess., I. VII. c. mu, qu'il .1 lu l'iui le prologue de Bainl Jean dans ces livres platoniciens, hoc idem omnxno, même sa génération divine, sedea Deo natut est, pour s'expliquer ces exagérations, il ne faut pas oui, h. p son état il âme ■< cette époque : nu Dieu immatériel était encore pour lui "•< vable. Le monde intelligible de Platon le séduit t : aussitôt il > entrevoit tous nos mystères. Même en 116, dans son Tractatut II m Joa., a. i, P. /.., t. xxxv, col. 390, il croit lire chi'z ses philosophies, quia genitum habet hais, per quem simt otnnia. D. Dei,\. X,c. iii,n. l,P. /,.. t. xi. i, col. 280, et Plotin, i Ennéade,]. I. trad. Bouillet, t. h, p. 561. — b) Sur la Trinité, Augustin a été moins enthousiaste du platouisme : en il'.), il déclare formellement que ces philosophes n'ont point connu le Saint-Esprit, sine Spiritu s, nu tu philosophati sunt, quamvis </<■ Pâtre et Filio non tacuerint. Qusest. m Heptat., 1. H, q. xxv, /'. /.., t. xxxiv, col. 27. Dans le De civit.,\. X, c. x\ix, P. L., t. xi.i, col. 307, il est inoins catégorique et dit à Porphy re : Prœdicas Patremetejus Filium,quem vocas paternum intellectum seu mentent; et horum médium, quem putamus te dicere Spiritum Sanctum, et more vestro appellas très deos. Mais il avertit, ibid., c. xxm, col. 300, que la ressemblance n'est qu'apparente, que Plotin et Porphyre ne s'entendent point sur la place de cette àme dans leur Trinité, qu'enfin la pensée de Porphyre reste obscure. — c) Une autre ressemblance imaginaire est signalée dans les Rétract., 1. I, c. ni, n.2, P. L., t. xxxn, col. 558. Dans les mots : Regnum meum non est de /un- mundo, il avait aperçu la théorie platonicienne du monde intelligible des idées, opposé au monde réel !

2. Théories platoniciennes qu'Augustin a toujours approuvées et adaptées à ses explications dogmatiques. — Ces théories constituent la part d'influence réelle exercée par les platoniciens sur Augustin, et, par lui, sur la philosophie chrétienne en Occident : le grand nombre d'ailleurs fait partie de cette philosophie sage et vraie que Leibnitz appelait la peretmis philosophia, seulement l'expression et l'aspect même de la pensée sont empruntés aux néoplatoniciens.

A. La conception de la philosophie chez Augustin e-t toute empruntée aux platoniciens. 11 leur prend : a) la notion même de la philosophie, amor sapientiae, lie ord., 1.1, c. xi, n. 3-2, /'. L., t. xxxn, col. 993, définition qui met déjà la doctrine augustinienne à l'abri de tout intellectualisme sec et froid, cf. De civil.. 1. VIII, c. il; De Trinit., I. XIV, ci;— h) Vobjet de la philosophie, et cet objet est ce qu'il y a de plus grand au monde : Dieu et l'àme, notre origine et notre nature. De ord., 1. II, c. xviii. n. 57, ibid., col. 1017; — c) le but de la sagesse : elle conduit au vrai bonheur, si bien qu'Augustin identilie, même avec une exagération qui sera signalée, la philosophie et la vie heureuse; tout le De beata vita développe cete idée; voire, i, ibid., col. 959; ct.Deciv., I. XVIII. c. xi. i ; — d) l'estime et l'amour enthousiaste de celte sagesse qui est le vrai trésor de l'àme; elle est si grande qu'il faut lui sacrifier tout, honneur-, plaisirs, l><' beata vita, n. i. ibid., col. 961 ; Cont. academ., 1. Il, c. n. n. .">. tint/., col. 921; — e) la distinction essentielle entre Vintellection, connaissance <leschoses éternelles qui seule mérite le nom de sagesse, el

la connaissance raisonnée des choses temporelle-, qui

constitue la science, Soliloq., 1. 1, c. ni, n. >s. P. 1 , i. xxxn, col. 873; cf. Cont. acadetn., 1. III. c. xi ; De magistro, c. xn. n. 39; .iules Martin. Saint Augustin, p. 1-6; — f) la nécessité de refréner l'imagination pour comprendre, el pour arriver à la perception de l'incorporel, qui lui avait été si longtemps impossible. Ce fut une des grandes lumières reçues du platonisme, de con-

eorpt; cf. Confest . I. VII, c. x, i, 16, /'. /-• .i. xxxn. c.,|. 742; Dt Trinit ,1 K c. vil /' /... t. xi n. col. 979, I. VIII. c il, n 3, De Genesi ad litt., I. XII, c. zxxvi, n. 69, P La n col. 84; — g) les degrés par lesquels on b'< contemplation «le la vérité divine, De quant c. xxxiii, n. 70-70. /'. L., t. xxxn. col. 1075-1077; — Ai i livins de la réi Ile et im-

muable. De ord., 1. II, c. xix ; De immort. anin De lib. arb., I. II, c. vni-x ; De doct. christ., I. 1. c. vin. Cf. André Martin, Philosophia S. Aug., part. II, c. i.

B. En Ihéodicée, Augustin tait '/•■ ciens de lui avoir inspiré deua grandi

notion le Dieu considéré en lui-même dans ses attributs inlinis. Dan- la Cité de Dieu, 1. VIII. c. VI, / t. xli, col. 231, il les félicite d'avoir compris nullun pus esv. Deum..., etc., c'est-à-dire de * être élevés audi --n- de tout le sensible jusqu'à l'incompréhensible, l'ineffable simplicité de celui en qui être, -avoir, aimer, vivre, sont tout un. Cette extrême simplicité de l'Un préme le saisit vivement et il en fait la base de sa théodicée. Cf. De Trinit., I. VI. c. vi. n. S. /-. L., t. xm, col. 928, simplex et multiplex tll<i substantia. Cl. / Joa., tr. XXIII, n. 9, P. L.. t. xxxv. col. 1587; De cm/., I. XI, c. x. P. L., t. xi.i, col. 325; De Trinitate, 1.1. c. i, n. 2, P. L., t. xi. n. col. 912 Voir Gr;e op. al., p. 59-68; — b) la synthèse du triple rôle de Dieu principe des choses. En Dieu, cause suprèn première, tout a sa source : voilà qui est platonicien, mais vulgaire. Voici, sur cette causalité de Dieu, une théorie platonicienne profonde, peu remarquée, et qui éclaire singulièrement la doctrine d'Augustin : I' dit-il, est principe des choses par une triple inllue: il est : 1° source de l'Etre des choses, comme créateur; 2" source de la Vérité des choses comme lumière intellectuelle; 3° source de la Bonté (morale -. par sa grâce. Ainsi il ramène à l'unité trois grandes thi de sa théologie : la théorie de la création; la théorie du Verbe source de toute vérité, du vrai en I qu'il n'est autre chose que l'idéeéternelle divine, du vrai dans 1rs êtres, puisque ce monde présent n'est qu'une copie des idées divin-. /' div. qusest. LXXXIII,q. xi vi. De ideis, n. 2. P. L., t. XL, col. 30; du vrai i nous, puisque le Verbe est le soleil des intelli. seul maitre. De magistro, en entier. P. /... t. xxxn. la lumière qui nous met en communication avec les tés, voir plus loin, sur la connaissance, col. 2334 sq. : enfin la théorie du Bien suprême, à la fois objet de : béatitude, et, par sa grâce, principe de la sainteté qui nous y conduit. On ne comprendra ni la théorie auf tinienne de la connaissance, ni celle de la grâce, si on les considère isolément, en dehors de cette synthèse du triple rôle de Dieu auquel le saint docteur revient

Un passage capital est celui où. exposant les motif- de son admiration pour les platoniciens, il d loppe ce triple rôle de Dieu. De ri.it.. I. VIII. c. i\-\ /'. /... t. xi.i. col. 234-236, spécialement c x. n. uno vero Dru atque optimo, et naturam nobis esse qua faeti ad ejus imaginent similis, et doctrinam i/ua eum nosque noverimus,et gratiam, qua illi a similis... Les platoniciens, continue-t-il. ont connu q Dieu était causa constitutif uuuersitiitK.et I piendss veritatis, et fons bibendm felicitatit lection de formules analogues dans Philosophi ^ par A. Martin, p. Km;. Saini Augustin a fond. triple influence de Dieu la division de la philos physique, logique el morale, science de l'Être, do I et du Bien. De civit., 1. VIII. c. x. n 2. /'. I col. 235.

C. Sur In nature <lu momie créé, il dut au platonisme de connaître le bien et le mal dans II

— a) La bonté de tous les êtres fut un axi : lof;

ils -ont bons i n eux-mêmes pu leur tond, par leur

AUGUSTIN (SAINT

origine (imitation des idées éternelles); bons dans leur destinée, puisque tout être loue Dieu. Confess., 1. VII, c. xnt, n. 18, 19, P. L., t. xxxn, col. 743. — 6) La nature du mal lui fut expliquée par les platoniciens et ce fut le grand service rendu à son esprit troublé. Aussi, avec eux, il enseigna que le mal n'est point un être, mais une privation, une limite, Confess., 1. VIII, c. xm; 1. VII, c. xii ; cf. IIIe Ennéade de Plotin, 1. II, c. vu; — que Je mal sert à l'ordre général du monde, qu'il est un facteur du progrés, De libero arb., 1. III, c. ix; cf. IIIe Enn., 1. Il, 5 ; De online, 1. II, c. iv, cf. IIIe Enn., 1. II, 11; —que le mal moral a sa source dans la liberté humaine. De lib. arb., 1. III, c. i; cf. IIIe Enn., 1. II, 7; Enchirid., c. xxm, P. L., t. xl, col. 2i't.

D. En cosmologie, il emprunta aux néoplatoniciens leur théorie compliquée des rationes sentinelles, mais il la modifia si profondément qu'elle semble être une théorie personnelle. Voir plus loin.

E. La psychologie spiritualiste des platoniciens l'habitua à concevoir un être incorporel et le préserva de l'erreur où sont tombés d'autres Pères d'attribuer à l'âme même une subtile enveloppe corporelle. Confes., 1. VIII, c. xxvi.

F. Le fond et les formules de leur morale si noble passèrent dans les œuvres d'Augustin, par exemple : leur théorie de la béatitude dans la contemplation de Dieu, cf. De bcata vita, — leurs lois fondamentales de 1? perfection : — o) Le vrai sage est celui qui imite Dieu. le connaît et l'aime, De civil., 1. VIII, c. v, P. L., t. xi.i, col. 229; — b) Pour ressembler à Dieu, il faut se détacher de toutes les choses temporelles et passagères. Ibid., 1. X, c. xix, n. 2, col. 308.

3. Théories néoplatoniciennes toujours rejetées par saint Augustin. — A. Il a toujours reproché aux platoniciens d'ignorer ou de repousser trois grands dogtnes chrétiens: — a) L'Incarnation est absente de leur philosophie, Conf., 1. VII, c. ix, n. 13, P. L., t. xxxn, col. 740; elle est même déclarée impossible, non verum est, leur dit Augustin, De civil., 1. IX, c. xvi, P. L., t. xu, col. 269, guod idem Plalonicus (Apulée) <ni dixisse Platonem : nullus Deus miscetur homini. — h) La personne même du Christ, le mystère de la croix, les abaissements ineffables du Fils de Dieu et la grande leçon d'humilité' qui en émane, tout cela leur est également inconnu. Epis!., cxvm, n. 17, et passim, P. L., t. xxxin, col. 440 sq. (toute cette lettre au païen Dioscore résume les impressions d'Augustin sur les diverses écoles de philosophie). — <•) Ils ignorent aussi la grâce qui donne la vertu. Conf., 1. VII, c. xxi, n. 27, P. L., t. xxxn, col. 748. Ils donnent de sublimes préceptes de morale, aucun secours pour les réaliser.

lî. Dans leur cosmogonie <<» histoire de la création il réfutait six graves erreurs. — o) Leurs dieux inférieurs espèces de démiurges placés entre Dieu et les créatures, et chargés de produire les animaux inférieurs. h civit., 1. XII, c. xxn, xxiv, xxvi; 1. II, c. vil. — b) Le principe créateur n'était pour eux qu'une des trois hypostases dont ils composaient leur triade; Augustin ni' que la créatiou est l'œuvre des trois personnes. h,- vera relig., c. xiv; De Genesi ad lut.. I. IX, c. xxvi. — n Dieu produit le monde, par génération ou émanation, d après les platoniciens. Augustin a toujours défendu la vraie création ex nihilo. De vera relig., c. xxxv; t'.nntra Secundin. manich., c. iv, /'./.., t. xi.ii, col. 580; De .uni Felice mon., I. II, c. xvm, ibid., col. 547; Acta m, n. Fortun., n. 13, ibid., col. 117, — d) La création est nécessaire, d'après eux; pour Augustin, elle est toujours un acte de la libre volonté de Dieu. AdOros. cont. / >'/., '■ i, n. 2; c. ix, /'. /,., t. xi.ii, col. 070-671. — i création est éternelle, d'après les platoniciens; en particulier, ils veulent que l'âme soit coéternelleâ Dieu; tin rapporte et réfute leur argument : si pet ex atemitate seniper fuiuei >» pulvere, seniper ei suints-

set vestigium, etc.. De civil., 1. X, c. xxxi, P. L., t. xli, col. 311. Il n'hésite pas à repousser même la possibilité de la création éternelle : le temps commence avec la créature, et le temps, étant mesuré, est essentiellement fini. De civit., 1. XI, c. iv-vi, ibid., col. 319- 322: I. XII, c. xv-xx, col. 363-370, surtout c. xvi, col. 365, où se lit la formule si énergique : non tanicn dubito niiiil omnino créature Creatori esse coseter* num. Et il s'agit du droit autant que du fait. Au c. xv, n. 2, col. 364, il avait donné la preuve dans ces deux principes : l'un que les anges ont une durée successive, puisque les actes succèdent aux actes, l'autre que toute durée successive est finie : tempus, quoniatn mutabilitate Iranscurrit, seternitati immutabili non potest esse coseternum. — f) Ajoutons que dans la création néoplatonicienne semble être impliqué un panthéisme dynamique, comme l'a établi Zeller. Or, le système d'Augustin, tel que les textes déjà cités le présentent, protestent contre les accusations de Lœsche, De AugustitiL plotinizante, p. 55, et de Ritschljil repousse avec énergie toute espèce de panthéisme. Cf. Retract., 1. I, c. xv, P. L., t. xxxn, col. 608; c. xi, n. 4, col. 602; De civit., 1. VII, c. xxm ; 1. IV, c. xu. Grandgeorge l'a reconnu, op. cit., p. 111.

C. En psychologie, Augustin rejetait deux doctrines platoniciennes : — o) La métempsycose qui lui faisait horreur, bien que la préexistence des âmes ne l'étonnàt point. Cf. De civit., 1. X, c. xxx, P. L., t. xli, col. 312. — b) Les platoniciens attribuaient tous les vices de l'âme à l'inlluence du corps. Augustin croit que l'âme a ses imperfections propres. De civit. ,1. XII, c. xxvi; 1. XIV, c. v; De anima et ejus orig., c. xu, xix. Au moyen âge, chose curieuse, la thèse platonicienne sera reprise par saint Thomas et ses disciples.

D. Enfin, dans la vie des platoniciens, Augustin stigmatisait l'idolâtrie et le polythéisme pratiques, dont ils faisaient profession avec le peuple, malgré leur doctrine tout opposée. De vera relig., c. I, P. L., t. xxxiv. col. 722: scholas habebant dissentientes et templa communia. Cf. C. v; De civil.. 1. X, c. I, n. 1. P. L., t. XI. I, col. 277; 1. VIII, c x-xn ; De consensu Evang., 1. I, c. VIII.

4. Théories néoplatoniciennes, d'abord adoptées, puis rétractées par Augustin. — Cette série nous est fournie par le 1. I des Rétractations, où sont corrigés les ouvrages écrits avant l'épiscopat : c'est en effet la période de ferveur néoplatonicienne.

A. En général, il blâme l'admiration excessive de la philosophie et des philosophes. Ainsi il rétracte : —a) Les éloges exagérés des platoniciens au LUI, Cont. acad., c. XVII, n. 37, P. L., t. xxxn, col. 954; voir Retract., 1. I, c. i, n. 4, ibiil., col. 587 : tautum extuli, quantum impios homines mm oportuit. Dans le I. II, De civit., c. xiv, n. 2, il avait déjà dit : N(js Platonem nec prophétie, nec apostolo... née cuiquam christiano comparamus. — h) Le rôle trop beau attribuée la philosophie, comme si elle pouvait donner le bonheur complet. Retract., 1. I, c. n. — c) L'affirmation du I. I, Soliloq., c. i, n. 2, que la science est toujours réservée à la vertu. Cf. Retract., 1. I, c. iv, n. 2.

I!. En particulier, la théorie néoplatonicienne du bonheur l'avait séduit : il avait cru lui aussi, quand il faisait son rêve de vie philosophique, que la science de Dieu donne le vrai bonheur, dès cette vie : illusion qui renverse l'ordre de nos destinées. Il rectifie dans les Retract., I. I, c. iv, n. 3, col. 5(10. et surtout c. xiv, n. 2, col. 606. Le bonheur : ci n'est qu'en Dieu connu et aimé, mais b) dans la vie future seulement, et c) une seule voie y conduit, le Christ.

C. La démonologie platonicienne lui avait inspiré' drs doutes, des hésitations, des erreurs même sur le rôle des anges, Par exemple, Retract., I. I. c. xi. n. V, col. 602, il corrige la terminologie néoplatonicienne,

fr,°>i

qui confond angi - el Ames; ''"•/., r. iv, n. 7. ool mi. il raconte ses hésitations Bur )■• nature d tentateurs sont-ils bons 'son! ils inférieurs a I homme? De duabut aniiiiabut <../-/. mai,., c. nui, n. 20, P. /... i. u n. col 108.

li. La . platonicienne lui a liait adopter au

di btil la fi use th< se de l'âme universelle qui lait du

monde un immense animal. De mttsica, I. VI, c. irv n. il. /'. /. . t. xxxii, col. H86; De immort, aninu, c. xv, n. 24, ibid., col. 1033. Mais dans les Retract., I. I. c. m. ii. î. ibid,., col. 602, sans condamner absolument l idée, il avoue qu'elle est Bans preuves, temere dit him. Cf. De consentit Evang., I. I. c. xxm, n. 35, P. L., t. xxxiv, col. 1058; DeGenesiad litt. l.imperf., c. îv, n. 16-17. ibid., col. 226.

E. Dans la psychologie platonicienne il avait été trop indulgent pour deux grandes erreurs : — a) L'idéologie des platoniciens, pour qui toute science est une réminiscence, fut d'abord adoptée. Sans doute, Augustin n'a jamais admis une vie précédente dont les péchés seraient punis dans celle-ci. Cf. De Genesi ad litt., I. \. c. vil, n. 12, /'. /... t. XI. iv, col. 413. .Mais il recourait à la mémoire pour expliquer l'origine des idées, Soliloq., 1. II, c. xx, n. 35 ; De quantit. anim., c. xx, n. 34, P. L., t. xxxii, col. 905, 1055, et il a réfuté cette erreur. Retract., 1. I, c. iv, n. 't; c. vin, n. L2, ibid., col. 587, 594; De Trinit., 1. XII. c. xv, n. 24, 7'. L.. t. xlii, col. 1011; De civit., 1. X. c. xxx; Epist., ci.xiv. n. 20, P. L., t. xxxm, col. 717.-6)11 admit aussi des doutes sur une question non inoins grave : V a-t-il une seule âme pour tous, une distincte pour chacun? Cf. De quantit. anim., c. xxxm, n. 69, ibid., col. 1075; Epist., clviii, n. 5, /'. L., t. xliii, col. 695; réfutation dans De lib. arb., 1. II, c. IX, n. 27, P. L., t. xxxii, col. 1255; c. vu, n. 16.

F. Dans l'eschatologie platonicienne il avait puisé deux erreurs: — a) une fausse théorie sur la résurrection : les platoniciens exagéraient l'horreur que nous devons avoir pour le corps, au point de rendre la résurrection impossible, et dans les Soliloq., 1. I, c. xiv, n. 2i, il avait adopté le principe. Cf. Retract., 1. I, c. IV, n. 3, ibid., col. 590. De même il avait cru que les corps ressuscites n'auraient plus ni membres, ni chair, ni os. De fuie et symb. (393), c. x, n. 23. P. L., I. XL, col. 19i; cf. Retract., 1. I, c. XVII. col. 613. Idée anal dans De musica, 1. VI, c. iv, n. 7. rétractée dans Re tract., 1. I, c. xi, n. 2. col. 601. Voir étude complète, /;-■ civit., 1. XII, c. xxvi; I. XIII, c. xvi. xix. — b) La thèse platonicienne de l'évolution des choses amenant la réintégration dans l'état primordial avait séduit Augustin, 111a formule vaguement, De morib. manich., \. II, c. vu, n. 9, P. L., I. XXXII, col. 1349, et en montre le danger (l'origénistae), Retract., I. I, c. vu. n. 6, ibid., roi. 593. Cf. De civit., 1. XII. c. xm, P. A., t. M.i.col. 360-362.

;//. LA CONNAISSANCE RELIGIEUSE D'APRÈS SAINT AUGUSTIN. — 1° La certitude et ses limites. — Ici surtout Augustin apparaît moderne, par ses préoccupations et par le caractère sage ri tempéré de ses afflrmations.

1. // combat le scepticisme de la nouvelle académie ei revendique pour l'intelligence mie vraie certitude. — a) D'abord la certitude dis vérités premières et fondamentales: du principe île contradiction. Cont. academ., 1. III, c. x, n. 23, /'. /... t. xxxii. col. 946 : Certum

cm m Indien oui u u u m es**1 m u ud u m, aut non unum;...

die istas disjunctiones.., falsas esse .• — des vérités mathématiques : ter terna novem esse... necesse est. génère humano stertente, sit verum, ibid., c. m. n. 25. col. 947; il constate que ces vérités sont éternelles, De liber, arbit., 1. M. c. vin. n. 21. /'. /... t. xxxii, col. 1252; certitude des fondements de la

dialectique, Vont. <!.(«/., 1. 111. C. XIII, II. 29, Col. 949.

— h' Puis, devant anl 1 1 pour

arriver a l objectivité d' nos coni

la psychologie, de la conscience du moi qui

pense et qui vit Cf. '.'«;</. «<a</., 1. III. col. 917 (étude d'- la sensation ave< ii. .n du rêve). Le doute lui-même liuemei devient une base solide de la certitude d'abord ; que ce doute, connu par la conscience, devient première vérité, //■ ra relig., c. xxxix, n. 73. D t. , t. xxxiv. col. 154-55: Omnit m,, te dubitantem ■•< um inlelligil, ri a,- hoc ,*■ quam - est, etc.; puis parce que ce doute demi I existence : si non esses, falli mm, nu, lib. arbit., I. II, c. m, n. 7, /'. L., t. xxxii. col. et dans YEnchiridion, c. xx, n. 7. P. L.. t. il, col. 242-243 : quoniam... etiam , afin,

puce que nul ne doute qu'en vertu d'une certitude précédente qui lui montre le danj-er d'une assertion prématurée. De Trinit., 1. X. c x. n. 1 S. P. L., t. xlii, col. 981 : Etiam si dubitat, lubxtat,

dubitet meminit ; si dubitat, ■ I ubi-

lut, cogitât; si dubitat, scii ■■: *i dubitat,

judicat non se temere eonsentire oportere.

2. U assigne <i la certitude intellectuelle ses limite* et revendique pour la volonté une gronde influ sur hs affirmations de l'esprit. — 11 s'agit de d miner la position du grand docteur dans le probb si agité de nos jours (comme autrefois entre les scotistes et les thomistes) : les démonstrations d religieuses sont-elles si claires, si évidentes qu'elles entraînent nécessairement l'adhésion, ou bien la volonté peut-elle exercer-un rôle actif? La doctrine d'Augustin bien comprise nous parait de nature à concilie i esprits, en montrant ce qu'il y a de vérité dans les deux opinions extrêmes : il est à égale distance de l'intellectualisme exagéré de ceux qui ne veulent reconnaîtra d'autre certitude que celle qui s'impos ment à l'esprit par la force d'une évidence logique absolument irrésistible, et du mysticisme sentimental qui voudrait, sans preuves certaines el sur de sio probabilités, imposer une adhésion complète et in ealde.

A. D'une part il reconnaît que, par les créatures, nous nous élevons à Dieu et que notre raison se convainc de son existen. ssi clairement que l<

montre à nos yeux. • Soliloq., i. I. c. VI, n. 12. P. L . t. xxxii, col. 875: Promittit enim ratio quœ tecum loquitur, ita se démons traturu m Deum tuse menti, ut oculis sol demonstratur. Cf. De Gen. ad litt.. 1. IV, c. xxxii, n. 59. /'. L., t. xxxiv. col. 316. Il n'est don exact de comparer la théorie d'Augustin au fameux pari de Pascal, ainsi que l'a fait M. .Iules Martin. Sailli Augustin, p. 28, à propos du D,' utilitate crexlc. vin. n. 20, P. L.. t. xi. iv, col. 79. Jamais il n'a sup-

que les preuves ne donnent que des probabi et qu'il faut une bonne fois faire un saut dans l'inconnu, dans une croyance sans motiis certains.

B. D'autre part nul docteur n'a marqué avec une pareil Je insistance les limites de nos démonstration!

le mystère qui surgit à côté, au plutôt au centre de nos meilleures preuves, même dans l'ordre purement philoique et en dehors des dog qu'on

touche à Dieu, le mystère nous enveloppe, effraie l'intelligence, etl'empêche d'être irrésistiblement par les preuves, si la volonté- ne vient y joindi'i empire. Aussi peut-on due en ce sens qu'Augustin e~t le docteur de la volonté', el qu'il lui accorde u lit laine primauté sur l'intelligence. — a) A la ! théorie, il pose en principe qu< morales du cour, l'esprit n'atteindra pas la véi une loi providentielle que Dieu D'accord ceux qui la cherchent pie, caste et ■< anima, c. xiv. n. 24, /'. /... I. xxxii, col. 1019. De

même, De vera rrlig., c. x, n. 20, P. L., i. xxxiv, col. 131 : Intende igitur diligenter et pie, quantum potes: taies enim adjuvat Dcus ; De moribus Eccl., passim, mais surtout 1. I, c. I, n. 1, P. L., t. xxxn, col. 1311 : neque omnes qui qussrunt discere digni sunt ; et diligentia et pietas adhibenda est ; Epist., cxl, c. xviii, n. 48, P. L., t. xxxni, col. 558: tanto fructuosius cogilabis, quanto magis pie cogilaveris. D'après le De online, 1. II, c. xix, n. 51, P. L., t. xxxn, col. 1019, « la vision du vrai est l'apanage de celui qui vit bien, qui prie bien et qui étudie bien. » — En particulier l'orgueil de l'esprit est le grand obstacle à la conquête de la vérité, et si les philosophes ne se rendent pas aux preuves de la foi, c'est qu'ils persistent dans cet orgueil, in superhia et invidia rémanentes, est-il dit. De vera relig., c. iv, n. 6, P. L., t. xxxiv, col. 126. — b) Une raison de cette loi, c'est que la vérité religieuse se présente à l'homme, non comme un froid théorème à contempler, mais comme un bien qu'il faut embrasser de toute son à me pour en faire la règle de sa vie. Le grand docteur ne dit pas (comme certains aujourd'hui) : La religion n'est point une doctrine, elle est une vie, » mais il dit fort bien : « La religion n'est pas seulement une doctrine, elle estime vie de notre âme. » Déjà dans \eCont. acad., 1. II, c. m, n. 8, P. L., t. xxxn, col. 723, il exige que toute l'âme se donne à la vérité: ipsum verum non videbis, nisi in philosophia rorus intraveris. Dans le De morib. Eccl., 1. I, c. xvn, n. 31, ibid., col. 132 i, il dit énergiquement de la vérité révélée : amore pctitur, amore qussritur, amore pulsatur, amore revelatur, amure denique in eo quod revelatum fucrit, permanetur. Enlevez l'amour, c'est-à-dire l'influence d'une volonté toujours libre, les démonstrations ne retiendront plus. Cf. 1. II, c. n, n. 4, col. 1319 (tableau de ceux qui cherchent, non la vérité, mais des objections à la vérité). — c) Aussi ne craint-il pas d'affirmer que la connaissance de la vérité est le fruit de la vertu, non sa cause. Cont. Faust, manich., I. XXII, c. lu, P. L., t. x l 1 1 , col. 433 : Prior est in recta hominis 'ilione labur operandi quœ recta sunt, quant vptas intelligendi quse vera sunt. Voir aussi au début des Soliloques, 1. I, c. I, n. 3, P. L., t. xxxn, col. 872, la belle prière : Dcus,... quem nemo invenit, nisiplene purgatus ;etle passage très significatif,/;*' util. cred., c. xvi, n. 3't-, P. L., t. xi.n, col. 90, où il formule cette loi. si étonnante à première vue : chercher h vérité pour purifier l'âme, c'est illusion et désordre; il faut au contraire purifier l'âme pour voir la vérité; n'eu m lie ut anitnum purges, eum ideo purgetur m videos, perversum certe atque prseposterum est. Mais le caractère de toute démonstration religieuse qui explique le mieux la part de liberté qu'elle laisse, c'est, d'après Augustin, le mystère qui pénètre toute conception de Dieu, de l'infini, de l'éternel. Il n'est pas de ceux qui ne veulent en philosophie religieuse que des évidences absolues et croient résoudre toutes les difficultés. Il décrit l'étal d'âme de ces esprits trop dogmatiques, au début du De Tfinit., 1. I, c. i, n. 3, /' /,., t. xi.ii, col 821 : il prend pour exemple la conciliation de l'immutabilité divine avec la création, qui, pour lui, est mi insondable mystère; « mais quand on parle ainsi à certains, ils s'indignent, etc. i II reconnaît que ce fut son erreur, avant sa conversion, d'exiger des preuves d'une évidence absolue et pour ainsi dire mathématique, Confess., I. VI, c. iv,n.(S, /». L., t. xxxn, col. 722: volebam enim ,■<,,-, ,,,, ,/(, , lèvent, ita

i fieri, ut certus essem quod septem et tria deeem tint. Il conclut que notre science de Dieu est toujours mystérieuse, cujus (Dei) nulla scientia est ,,< ire quomodo eum nesciat. lie on/., I. Il, c. xviii, n. 17, ibid., col. 1017. - e) Bien plus, dans la philosophie naturelle, Augustin retrouve ce caractère mystérieux, qui, sans détruin la valeur de nos preuves,

laisse dans l'esprit une certaine indétermination et à la volonté la liberté de l'adhésion. Ainsi l'union de l'âme et du corps lui parait, et non sans raison, un mystère impénétrable. De civil., 1. X, c.xxix, n. 2, P. L.,X. xli, col. 308. Et à propos de l'origine de l'âme, il adresse à Vincentius Victor, représentant les intellectualistes exagérés, cet avis précieux : inleUigc quid non intelligas, ne totum non intelligas. De anima et ejus orig., 1. IV, c. xi, n. 15, P. L., t. xliv, col. 333.

2° Théorie augustinienne de la connaissance intellectuelle. — Ce problème est d'une importance capitale, non seulement par sa difficulté (Augustin a reconnu que cette connaissance est un mystère, Epist., eux, ad Evod., n. 2, P. L., t. xxxni, col. 699), ou à cause des interprétations diverses si souvent tentées au XIXe siècle, et récemment renouvelées, mais surtout à cause du rôle que joue cette théorie dans le système augustinien : ce n'est pas un problème isolé, c'est une partie, un aspect du grand problème général de notre dépendance de Dieu. Pour Augustin, l'intelligence a besoin de la lumière de Dieu, son soleil, pour la vérité, comme la volonté «V la grâce île Dieu, bien suprême, pour la vertu. Bien des interprètes ont fait fausse route pour n'avoir pas remarqué cette ressemblance entre le rôle de l'illumination et celui de la grâce.

A. La théorie et ses formules d'aprcslcs œuvres de saint Augustin. —A. Préliminaires à supposer. — a) Il s'ayit d'expliquer l'origine des idées intellectuelles qui, d'après Augustin, sont séparées par un abîme des connaissances inférieures données par les sens. Celles-ci ne constituent que la science: il cherche l'origine de la sagesse. — /^Primitivement, Augustin avait admis l'idéologie de la réminiscence néoplatonicienne, il l'a rejetée. Voir col. 2331. — c) Nul ne doute que saint Augustin n'ait admis le monde intelligible de Platon ; seulement, de ces idées qui sont la-vérité en elle-même, il fait, non un monde réel hors de Dieu, mais les idées mêmes de la sagesse divine. Il s'agit de savoir comment nous parvenons à les atteindre.

B. Voici, par ordre chronologique, les principales formules d'Augustin et les sources île sa doctrine:

a) Dieu, soleil de l'âme. Dés 387, dans Solil., 1. I, c. VIII, P. L., t. xxxn, col. 877, il dit des vérités intellectuelles, ea non passe intelligi, nisi ab alio quasi suo suie illustrentur. Cf. c. i, n. 3; c. xm. — b) Dieu le seul maître, et maître intérieur de l'âme. En 389. /><• magistro, document exceptionnel, et (avant 391) Epist., xm, a<l Nebrid., P. L., t. xxxin, col. 78, il ajoute que l'âme comprend, Deum consulendo. — ci Dieu est la lumière de notre âme dans laquelle nous voyons tout, De Gencsi ad lUteram (3915), 1. XII, à propos de la vision de saint Paul, passage liés difficile, c. xxxi, n. 59, P. L., t. xxxiv, col. 479. cf. même théorie dans De pecc. mer., 1. I, c. xxv, n. 38, P. L., t. XLIV, col. 130. « L'âme est l'œil, Dieu est la lumière. » — Dans le De civil, (après il 5), I. X, c. il, /'. L., t. XLI, col. 279, il développe l'idée que le Verbe est cette lumière de toute âme (il parle de la connaissance naturelle). — d) I, 'âme a dans sa nature une relation intime avec le monde intelligible quelle voit in quadam luce sut generis incorporea. De Trinit, (415), I. XII, c. xv, n. 24, P. L.. t. xi.ii, col. 1011; Betrat. (426427), 1. I, c. vin, n. 2, /'. L., t. xxxn, col. 594. Dans ces deux passages, Augustin essaie d'éviter les métaphores pour être précis.

On peut creuser les citations savamment réunies par André Martin, .S. Augustini philosophia, part. II, c.xix-i.iv, 1865, p. 176-277, et .Iules Martin. Saint Augustin, 1- I, p. 51 sq., on n'en tirera que celte assertion : « nous voyons la vérité immuable, »e1 cette métaphore: « nous la voyons à In lumière divine. » Or quel est le sens de celle nelapliore'.'

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