‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 338 sur 338 · I. KTAT DE LA QUESTION DES A7.VMES A L'ORIGINE DE · texte numérisé non relu

I. KTAT DE LA QUESTION DES A7.VMES A L'ORIGINE DE

LA DISPUTE. — Jusqu'au XIe siècle, époque où lut soulevée la question des azymes eucharistiques, la diversité il ii âge n avait donné lieu à aucune dispute, et les conciles n'eurent a promulguer aucun décret sur cetle matière. Mais lors de la scission consommée par Michel Cérulaire, l'emploi de l'azyme devint le prétexte d'une injuste accusation contre l'Église de Rome : orientaux et occidentaux discutèrent en faveur de la coutume de leurs Égli tives. Les détenseurs du pain fer-

menté donnaient a leurs adversaires l'épithète <i o azymites ,) : xal auTou; aÇuuiTixt iitoxaXûv. Voir Allatius, De libris ci rébus ecclesiasticU grsecorum, Paris, 1646, p. 168, et le Fragmentum disputationit contra grœcos, P. G., t. cm m, col. 1215. Ceux-ci répondaient par l'appellation de « fermentaires » Qui latinos intei cecieru azymitas vocabant,cum ipsi verius fermenlarii

nuncupenlur. Innocent NI, De sacramento altaris, iv, 4, P. L., t. ccxvn, col. 858. De nos jours, les orientaux affirment que le pain levé est la seule matière légitime de la consécration : /.axà to irapi8er,'[j.a to-j 'Ivjffoû Xpicro-j xat Ttiiv 'Anotyzo'kwi, Toutsanv ap-co; svÇuu,oî, xaôapo; y.a't 1% ctcto-j. Catéchisme île l'Eglise orthodoxe catholique orientale, Constantinople, 1845, p. 82. Cf. Baronius, ann. 151 4-, Lucques, 1745, t. xxxi, p. 85. Voir, pour les syriens, Renaudot, Lilurgiarum orientalium colleclio, Francfort, 1847, t. il, p. 6i. Les occidentaux se servent d'hosties azymes, sans condamner, pour les autres rites, l'usage du pain fermenté; mais ils se divisent sur une question secondaire et d'ordre purement historique, les uns voulant que la pratique constante de l'Occident ait été d'employer le pain sans levain, les autres qu'avant le VIIIe siècle, les Églises latines aient aussi consacré le pain levé. Tous les occidentaux, cependant, s'accordent à reconnaître que, depuis le xie siècle, l'azyme au saint sacrifice est seul autorisé dans l'Église latine, tandis que les orientaux (arméniens et maronites exceptés) ayant maintenu l'usage du pain levé, la consécration de cette matière, tout aussi valide en soi que celle de l'azyme, est la seule permise dans leurs rites, ainsi qu'il a été reconnu dans tous les actes et projets d'union.

IL L'exemple du Christ et des apôtres. — Les efforts tentés par des théologiens des deux Eglises pour résoudre le problème par la pratique de Notre-Seigneur et des apôtres n'ont pu faire avancer une question qui est, en réalité, du domaine de la discipline ecclésiastique. Si le Christ institua l'eucharistie le jour des azymes, où, selon l'usage juif, tout levain ou pain levé devait avoir disparu de la maison, pour l'ouverture delà fête pascale, il n'aura pu employer que le pain non fermenté, le même qui avait paru au repas. Si, au contraire, il a devancé la fête légale, il aura pu se servir, à la Cène, du pain levé'. C'est l'opinion des grecs. Voir cependant Le Camus, La vie de N.-S. Jésus-Christ, 6e édit., Paris, 1901, t. m, p. 172-185. Il aura fait de même, plus probablement dans d'autres circonstances décrites par les évangélistes, .foa., xxi, 13, non pourtant lors de la rencontre d'Emmaùs, Luc, XXIV, 31), qui tombait dans la semaine des azymes. Mais quelle qu'ail été la pratique suivie par le Seigneur, il n'est pas dit qu'il en lit un précepte.

Quant aux apôtres et aux fondateurs des premières Eglises, on doit croire qu'ils se servirent de l'élément, pain levé ou azyme, qui se trouvait à leur portée dans les maisons où se tenaient les réunions chrétiennes. Act., ii, il; xx, 7, 11. Grégoire Mammas, Hesponsio contra Marcum Ephesinum,P. ('•., 1. r.t.x, col. 130. Il faut remarquer, à ce propos, que si, dans les circonstances ordinaires, on se procure moins facilement en Occident du pain azyme que du pain levé, sous la république et jusqu'aux Antonins, l'azyme était assez répandu dans le monde romain, surtout dans les familles opulentes, de sorte que l'un et l'autre étaient en usage. Celse, 11,24, 25,28; Pline, xvni, 26; Coelius Rhodiginus, Lect. antiques, ix, 16. Chez les orientaux, principalement parmi les nomades, où chaque famille cuit son pain, il est souvent nécessaire de le préparer rapidement et, pour cela, de faire cuire la pâte des qu'elle est pétrie. Néanmoins le painfermenté est dans ces pays d'un usage courant. De ceci l'on pourrait conclure que dans les premiers siècles on usa indistinctement de l'une et l'autre matière pour la célébration des mystères liturgiques, jusqu'à ce que l'usage se fui Bxé et eût pris force de loi d'employer en Orient le pain levé ci l'azyme

en Occident. Me la sorte, bien qu'elles soient en possession de pratiques différentes et quelles aient cru pouvoir, les unes a II \ autres, se lancer l'a liai heiiie. les Églises orientales et occidentales pourraient se glorifier, en consacrant soit l'azyme soit le pain fermenté, de garder deux usages apostoliques, également vénérables. Sans douie, ou n'attachai! pas plus d'importance à la matière

du pain qu'il n'en est donné dont la pratiqua actuelle à l'usage liturgique du vin M. un- il du vin rouge, a ce propos, il est curieux d'observer '(in-, pour des raisons toutes matérielles el sans qu'il y ait eu de législation Bur ce chapitre, le vin blanc devient parmi nous d'un emploi beaucoup plus fréquent, alors que les orientaux préfèrent se servir de vin rouge. La diversité il u indépendante ici de toute loi, n'a donné lieu, el c'est peut-être pour ce motif, i aucune contestation. On devra consulter sur cet argument Théorianus, Disputatio 1 cuni armeno xir siècle), /'. G., t. cxxxm, col. 191. III. Tradition orientale en favei r du pain kkr-

>ii ntk. — 1° Usage le j>h<s répandu. —Ceux des orientaux qui emploient à l'autel le pain levé affirment <pie telle a toujours été parmi eux la matière de la consécration, et cela en vertu de la tradition invariable de leurs Églises. Grégoire Mammas, loc. cit.; Pierre, patriarche d'Antioche, Epis t. ad Dominicain Gradensem, 22, P. '.'., t. cxx. col. 775; Nicétas de N'icomédie, dans Anselme de Havelberg (1154), Dialog., III, 3, /'. /.., t. ci.xxxvui, col. 121-2. Le pain fermenté • si pour eux le plus noble, le seul parfait, Pierre d'Antioche, lue. cit., col. 765, 766; et ils expliquent étymologiquement la signification de pain « Levé » comme propre à ce mot : ïpro« 1% toû oupco. Lettre de Léon d'Achrida à Jean de Tralles (1053), P. G., t. cxx, col. 837 ; Michel Cérulaire, Lettre à Pierre d'Antioche, \i,P. G., t. cxx, col. 794. Cf. Renaudot, Lit. orient., t. n, p. ;&{. Par cet argument, ils excluaient l'azyme et condamnaient les latins. Mais, à rencontre de la preuve tirée de cette étyrnologie, nous trouvons aÇuu.ov i'pTov dans l'Ecriture d'abord, comme le remarque le cardinal Humbert, Advenu» grxcos, P. L., t. cxliii, col. 940, et dans des textes relatifs au pain eucharistique, tels que celui de Philoponus, cité plus loin. Toutefois, avec plus de justesse, les grecs tiennent à marquer la différence de sens, entre la lecture latine du texte : Modicum ferntentum totam massant « corrumpit », 1 Cor., v, (i; Gai., v, 9, et la leçon grecque totam massant « fermentât », Ç-jjjloï. Michel Cérulaire, loc. cit., P. G., t. cxx, col. 794. A l'époque de cette querelle, il y eut, de la part de ceux qui, les premiers, agitèrent cette question, de dures paroles contre l'usage de Rome; et, bien que Pierre d'Antioche, adversaire plus équitable, ait cherché à modérer l'emportement de Michel, Lettre « Michel Cérulaire, P. G., t. cxx, col. 81 1-81 i, cl. col. 777-780, il parait cependant que les attaques de celui-ci irritèrent vivement le cardinal Humbert. Voir Lettre à Michel. P. L., t. cxliii, col. 931-974; Lettre à -Nicétas, ibid., col. 983-1000. Pour Innocent III, la consécration du pain fermenté était une erreur invétérée des grecs : in suo perlinac.es errore , de fermento conficiunt. Sacrant. ait., iv, 4, P. L., t. cc.xvm, col. 855.

A la même époque, les syriens participèrent à la querelle contre les latins, Renaudot. Liturg. orient., t. n, p. 353, mais surtout contre les arméniens. Ce fut, suivant Bar Hébraeus, au sujet d'un écrit du patriarche arménien Grégoire (1116-1168). que Bar Andréas, moine syrien, réfuta, Chronic. ecclesiastic, t. i. p, 88; édit. Abbeloos-Lamy, Louvain, 1872, p. 486. Les nestoriens soutiennent la même tradition par la coutume de mêler au levain destiné' à la préparation du pain d'autel une partie du levain quia servi la fois précédente. Ils gardent cette réserve comme un sacrement et s'imaginenl conserve! ainsi la préparation des saints apôtres eux-mêmes. Quoi qu'il en soit de cette tradition, le fait dénote rattachement à une pratique ancienne. Sans exagérer le caractère d'immutabilité que l'on attribue aux coutumes liturgiques orientales, il \ a cependant en cela une première probabilité en faveur de la haute antiquité de l'usage, parmi les orientaux, du ferment eucharistique.

Une seconde indication nous est fournie par le rite de la division et de la fraction de l'hostie telle qu'elli

pratiquée dam les liturgie* des grecs el

criptioni de l'euchologe s'appliquent m effet a du pain ferment d une certaine épaisseur, dont le ;

enlevé la cioiite au moyen d une- lanc-tte et qu'il découpe en plusieurs parcelles. Or, du fait que le rite actuel se trouve dam liturgiques nous

concluons qu'a l'époque ou ces livres furent écrits on se servait de pain fermenté. Dana ces mêmes htm. cou, m,- d;in.s celles ,j, . syriens el des nestoriens, le rite compliqué de la fraction, de l'intinction de I h de la distribution de la communion, semble sappliquer a la même espèce du pain levé, sans que les manuscrits nous fournissent une date.

S il est vrai aussi que les arméniens adoptèrent au vi» siècle la coutume de consacrer l'azyme, dans le but de se différencier d'avec . il faut croire que

ceux-ci étaient, dès cette époque, dans I u^a-i- île célébrer avec du pain levé-. C'était bien antérieurement |'i. -Miens, comme il parait d'un texte célèbre de 1 bulas, évèque d'Édesse 135 . H adn mellinus,

évéque de Perrhé, un reproche sur le mésusage que faisaient du pain eucharistique des membres de sa communauté : i La particule qu'ils confectionnent, ils la fout fermenter avec excès, ils la salent, niadkin, avec soin et s appliquent à la faire cuire de telle sorte qu'ils s'en font une nourriture, et non plus le sacrement du corps du Christ figuré, metil, dans l'azyme. «Voirie texte dans Overbeck, S. Ephrarm Syri... ahorumque opéra selecla, Oxford, 1865, p. 232. La leçon metekel, Assémani, Bibliutlieca orientais, t. I, p. 409, qui donnerait ce sens : a le corps du Christ, qui est mangé en azyme, » provient d'une surcharge du manuscrit de Rome, opérée dans le but de faire de ce texte un témoiexplicite en faveur de l'azyme au v siècle. Voir M'" .1. David, Antiqua ecclesise stjrochaldaicx traditio, Rome, 1870, p. 103. 11 est nécessaire de signaler aussi, en parlant des syriens, l'allusion à l'usage de l'azyme insérée dans l'Exposition du ministère de l'oblation de saint Jacques, attribuée à llenys Rarsalibi 1171'. Do long fragment en a été publié par Assémani, Codex liturg., p. v. xvi. xix. Mais les doutes émis sur l'authenticité, de ce passage en particulier ne permettent pas pour l'instant de tirer parti de ce texte. Voir M." David, foi. itt.; Abbeloos-Lamy, Barhebr. chron. eedesiatt., t. i, p. 4.s(). note. Nous avons aussi une homélie inédite de Jacques d'Édessi 708} sur l'usage de l'azyme. \V. Wright. Sytiac literature, Londres. I89L p. '

On peut ajouter à ces indications des témoignai écrits, mais en très petit nombre. Ainsi, nous devons exclure ceux qu'on allègue de saint Justin. Apol., i, 66, /'. '<'., t. vi. col. 138; de saint I renée, Cont. /nrr.. iv, 18. /'. <;., t. vu. col. 1028; de s.,,.,! Grégoire de Nyi Oralio de baptisnm Christi, P. G., t. xlvi, col. 581, où il est fait mention du « pain commun », xpro; xotvéc, comme matière eucharistique. Cf. Tertullien, Ad uxor., n. 5. /'. /... t. i. col. 1296; De corona, m. /'. 1... t. n, col. 80. On n'a pas détint quelle sorte de pain est désignée par cette expression. L'n autre texte de saint Justin. Dial. cum Tryph., il. /'. G., t. VI, col. " pourrait être allégué en faveur de l'azyme. Ce texte fait de l'oblation non fermentée, Lev., n. 1.4, le t\pe de l'eucharistie. Toutefois, comme le remarque Mabillon, une comparais, .n ,1,. celte sorti- n'est pas une preuve décisive, car il n'est pas nécessaire que la ligure réponde en tout à la chose figurée. DistertaHo île asymo et menlato, dans Pétera analecta. Paris. [~ï,\. p. 582.

lue autre s, rie de textes est aussi ;, laisser de côté, parce que la mention des azymes \ est rapportée a lob-

servation des sept jours des azymes . usage judalsant

qui existait encore au l\' siècle dans les chrétientés de

Mésopotamie et de Perse, au témoignage d'Aphra Pair, si/c t. i. col. 522. 535. Aphraatê indique que l'élément de l'oblation, appelée par lui gorbdn, p.

AZYME

est le pain, p. 513, cuit au feu, et non une préparation bouillie, p. 526. Mais le texte ne détermine pas s'il s'agit d'azyme ou de pain levé.

D'autres auteurs, commentant le texte de saint Paul, I Cor., v, 7-9, ne paraissent pas faire allusion à l'usage liturgique. Il importe cependant de citer Origène, affirmant que le ferment n'est pas apporté sur l'autel :

O'JTû) GS y.r^O-t Ç'jp.1 O-J TTpOff^SpeTat £7l'l TÔ ÔucriaiT^piov.

In Matth., tom. xn, P. G., t. xm, col. 989. Il parle peutêtre au sens métaphorique et traite des ofirandes de l'Ancien Testament, quoique l'emploi du présent permette de croire qu'il a en vue le mystère de l'Église. Par contre, saint Jean Chrysostome écarte l'azyme, mais, à la vérité, il ne considère que l'usage juif. Homil. de prodilione Judœ, I, P. G., t. xlix, col. 379; cf. col. 388.

Peut-on alléguer aussi en laveur du lerment le témoignage de saint Épiphane, reprochant aux éhionites d adopter l'azyme et le calice d'eau pur dans la célébration des mystères qu'ils solennisent chaque année (sans doute la semaine juive des azymes), « à l'imitation des saints [mystères] de l'Église? » Muo-rripca 8è ôr^sv teXouo-i xarà (jLtjjLyjtrtv tcôv àyitov iv t>, âxxXv^cx àjib èviauxoO eî; èviauTÔv ôià à£'j(j«ov, xa'i tô aÀXo (jl£oo; toO [x'jTTriptou 6t' •ucaroç ndvou. Hœr., xxx, 16, P. G., t. XLI, col. 432. Il se pourrait que le reproche n'ait pour objet que l'emploi de l'eau pure.

Il y a plus à conclure de la remarque de Jean Philoponus (vi° siècle). Selon lui, le Christ fit la Cène eucharistique avant l'ouverture des sept jours azymes. S'il l'avait célébrée avec du pain sans levain, « cet usage subsisterait de nos jours : » oùSs a^vu-ov aprov «vcrroirov toO !S;cej crûjxaTo; to'.ç âauTO-j u.a9ïiTar; k'ô'wxev 6 XpiOToç. âyiveTO yàp âv xal fl/pt vjv. Voir Galland, Biblioth. vet. PP., t. xn, p. 610. Le raisonnement est faux, mais le fait est attesté de l'emploi du terment dans la liturgie grecque.

Si ces textes ne sont pas absolument efticaces pour démontrer l'universalité de l'emploi du ferment dans l'antiquité ecclésiastique orientale, ils suffisent du moins à faire voir combien on serait mal fondé à prétendre que le pain levé a servi aux grecs du xie siècle, pour accentuer leur séparation d'avec les latins. Les grecs, en accusant les latins de « judaïser », et les syriens en reprochant aux arméniens d'observer une coutume judaïque, voir Bar Andréas, dans Bar Hébroeus, Chron. eccles., I, 88, p. 488, attestent en même temps l'antiquité des deux usages liturgiques, dont la diversité n'a pu se produire qu'avant qu'une pratique fixe fût devenue une loi. En effet, plusieurs prescriptions conciliaires, antérieures au vie siècle, détendent aux chrétiens de recevoir des juifs l'azyme pascal. Quoiqu'il ne soit pas question en ceci de l'oblation liturgique, il semble pourtant, d'après le commentaire de Balsamon sur le canon 71 des apôtres, que les prohibitions analogues ont servi primitivement à éloigner les Églises orientales de l'emploi <h' l'azyme eucharistique, P. G., t. cxxxvn, col. 182; on envisagea différemment la conception symbolique de l'oblation et l'on préféra l'élément plus noble, selon l'usage grec, du pain fermenté. ■>

2" Exceptions en Orient. — Toutefois, l'usage du pain levé n'a point prévalu dans tout l'Orient, sans qu'il se soit manifesté des exceptions qui seront sans intérêt si proviennent de relations tardives avec les occidendau\, mais qui apporteront un élément nouveau à la solution, si elles sonl dues à la conservation de quelque coutume particulière.

L assertion constante des arméniens est que leur coutume remonte aux fondateurs de leur Église. La liturgie arménienne dérive de celle de Césarée. Dans son état actuel, elle représente, malgré les modifications postérieures, un stade ancien du rite byzantin. Le premier évéque arménien avait été formé à Césarée; il reçut dans cette ville l'ordination épiscopale et porta les usages grecs aux arméniens convertis. Or, si l'allégation des

DICT. DE TIIÉOL. CATIIOI..

arméniens au sujet de l'azyme était prouvée historiquement, il s'ensuivrait que les grecs auraient employé l'azyme au ive siècle. Si, au contraire, les grecs ne connaissaient que le pain fermenté, il faut admettre que les arméniens y auraient substitué le pain sans levain. On rattache ce fait à la circonstance suivante : lorsque l'Église arménienne se fut séparée définitivement des grecs de Constantinople en refusant d'adhérer au concile de Chalcédoine (vers 520, voir Th. Ardzrouni, il, 2, dans Brosset, Collection des historiens arméniens, Saint- Pétersbourg, 1874, t. i, p. 72-74), elle accentua sa division et l'affirmation de la foi monophysite par des changements liturgiques, dont les principaux auraient été l'emploi de l'azyme (inauguré ou seulement maintenu?) et la consécration du vin sans eau. Voir Nicéphore Calliste, H. E., xvm,5i, cf. 53, P. G., t. cxlvii, col. 444; et. col. 4i2. Ces pratiques auraient été sanctionnées par le patriarche Nersès, au deuxième concile de Dovin (Tewin) en 526 (527 d'après Brosset, Chronologie de Samuel d'Ani, op. cit., t. Il, p. 388). Ce que nous connaissons de ce concile laisse supposer tous ces détails, sans les exprimer explicitement. Mais peut-être serat-on plus près de la vérité en assignant à l'origine de cette pratique une époque où, en l'absence de règle ecclésiastique sur la matière de la consécration du pain, il était permis de regarder comme indifférent l'emploi de l'azyme ou du pain levé. Il est remarquable que le concile in Trullo (692), en condamnant la pratique arménienne de supprimer l'eau dans le calice, le choix de certains mets pendant le carême, l'addition au trisagion de qui crucifixus es, enfin certaines oblations particulières, voir can. 32, 56, 81, 99, dans Pitra, Juris ecclesiasliei oreecorum, Borne, 1868, t. il, p. 39, 40, 52, 62, 70, n'ait pas un mot de blâme pour l'emploi de l'azyme. Au XIIe siècle, après l'ouverture de la querelle des azymes, l'empereur Manuel demandait l'union des arméniens sur les points dogmatiques et disciplinaires qui les différenciaient des grecs, spécialement sur le pain fermenté, bien que l'on reconnût que toutes les diversités d'usages (celles du calendrier et l'emploi d'huile autre que l'huile d'olive) n'avaient pas la même importance. Théorianus, Disp. II cum armeno, P. G., t. cxxxiii, col. 270. Le traité contre les arméniens attrilmé à Nicon, moine arménien du Xe siècle, dans Mabillon, Disquisilio deaztjmo, p. 533; Cotelier, J^alres aposloliei, 1. 1, p. 237, P. G., t. I, col. 655, les condamne sur ce point. Mais cet ouvrage est postérieur au X* siècle, voir Cotelier, Vet. moment., t. ni, p. 439 et vraisemblablement contemporain de la querelle de Michel Cérulaire. Ceci amène à conclure (pie la profession de foi imposée parles grecs aux arméniens, mentionnant le ferment, est postérieure, elle aussi, au ix1' siècle. Voir col. litôti. Les maronites sont ('gaiement en possession de consacrer l'azyme. Ils veulent que cette différence entre leur pratique et celle des autres liturgies de type syrien provienne d'un usage immémorial. On ne possède, il est vrai, aucun témoignage direct; et si le terme de « pain simple », Sehîmô. qui se lit dans certaines liturgies syriaques, Benaudot, Liturg. orient., t. Il, p. 313, désignait l'azyme, il faudrait condamner les syriens, qui, sous ce même nom, se servent de pain levé. D'autre part, il n'y a pas lieu, croyons-nous, de rattacher celte coutume à l'erreur monophysite, pour lui donner, comme chez les arméniens, une portée dogmatique, tendant à signifier l'unité de nature. Doit-on chercher, au contraire, l'origine de cel usage au temps où la nation maronite se rapprocha des latins (1182)? Corblet, Hit' i,,ire du sa< tentent de l'eucharistie, Paris, 1885, t. i, p. 172, assure que le rite de l'azyme fut effectivement

introduit à cette époque. Cela ne ressort pas explieilemenl des expressions de l'historien : Seorsum saera-

menta conficerent sua... ail unitatem ecclesim reverri

sunl... parati romanis Ecclesim traditione» cum otuni

2GTj9

AZYMK

veneratione atnpleeti et observare. Bistoria rerum trantmarinaruni, xxn. 8, P L t. ca, col. 85ti. En tous cas, les ai t- - éch in \ et le patriarche

de* maronitea (1511 et 1516), quoiqu'ils traitent àet sacrements, el spécialement de l'eucharistie, ne soulèvent pas la question de l'azyme. Voir Baronins, Annal ecclet.,1 xxxi, |». 87. 123. L'hostie en usage chez les maronites au xvnr dé< rite par Volney comme

i un petit pain rond, non levé, «'pais du doigt et un peu plus large qu'un écu de six livres. Le de-sus porte un cachi t qui est la portion du célébrant. Le ri coupe en petits morceaux, que le prêtre met dans le calice avec le vin et qu'il administre à chaque personne au moyen d'une cuiller qui -ert à tout le monde . Voyage en Syrie et en Egypte pendant les année» 1783, 1784 et 1785, Paris. [787, t. n. p. 19. Cf. Renaudot, Liturg. orient., t. n, p. 63. C'était, moins le ferment, la même forme d'hostie que celle des syriens. Les maronites ont adopté, depuis, l'hostie de Jérusalem, c'est-àdire la formule du rite latin.

A la suite de ces faits, nous devons citer l'Église éthiopienne, où l'on aurait consacré du pain sans levain le jeudi-saint, en conformité avec Notre-Seigneur célébrant la cène avec de l'azyme. Lebrun, Explication de la messe, Paris, 1778, t. iv, p. 558, et les Églises d'Alexandrie et de Jérusalem, qui l'auraient fait quelquefois, au rapport même de Michel Cérulaire, qui pourtant assure n'avoir pu vérifier le fait et ne le connaître que par ouïdire. Ainsi demanda-t-il à Pierre d'Antioche de s'en informer. Lettre à Pierre d'Antioche, 14, P. G., t. cxx, col. 790. Celui-ci n'en parle point dans sa réponse, à moins qu'il ne faille voir ce fait indirectement rejeté avec les « vaines calomnies » par où l'archidiacre de Michel trompait son maître. Lettre à Michel, 3, 19, P. ('.., t. cxx, col. 798, 810.

Michel Cérulaire fut, semble-t-il, le premier à condamner l'usage de l'azyme liturgique, dans les textes auxquels nous avons renvoyé. Le plus ancien traité écrit ex proposito en Orient sur le ferment eucharistique est celui de Ihn Botlan, médecin arabe de Bagdad. Ce livre date de 1053 et fut écrit pour Michel Cérulaire. Voir Renaudot, Liturg. orient., t. n, p. 65, 353. Des textes liturgiques auraient subi à la même époque de rares interpolations, destinées à affirmer l'emploi du pain fermente'', détail que les textes plus anciens passent complètement sous silence. Ibid., p. 262, 272. Jusque-là, les latins. comme les orientaux, ne voyaient aucun inconvénient a employer l'une ou l'autre matière, lorsque des grecs ou des syriens siégeaient sur le trône pontifical, ou que les relations ecclésiastiques amenaient les évéques ou les prêtres de rite différent à concélébrer, ce qui ne pouvait se faire sans que souvent les uns ou les autres fissent exception a leur pratique ordinaire. C'est le sujet de l'interrogation de Michel Cérulaire citée plus haut. P. G., t. cxx. col. 790. Photius. moins audacieux ou mieux instruit, n'avait pas mentionne ce grief entre ceux qu'il oppose aux latins, non que les occidentaux aient ignoré jusqu'au vin* siècle l'emploi de l'azyme, ou que les grecs n'aient jusque-là prêté aucune attention a leur usage, car Photius le constate peut-être indirectement lorsqu'il montre la diversité des pratiques liturgiques et des cérémonies dans les Églises d'Egypte, de Grèce, de Rome et des chrétiens de l'Inde, diversité que l'on ne peut attaquer, dit-il, sans ('■branler la reli jusqu'aux fondements. Quœst.cc 1 ad Amphiloch.,P G t. ci, col. 949, 950. Nie. -tas de Nicomédie semble remonter la querelle au temps de Charlemagne. Voir An -cl me de Havelberg, Dialog., m, ii, P. L.,t. clxxxviii,

Col. 1231 ; quoique rien ne prouve par ailleurs uni' ai lion t'misc en termes vagues.

iv. Tradition ocodi mm i in favei r de l'azyme. — Quoique les témoignages directs fassent défaut lorsqu'il S'agit de démontrer la pi rpétuité, parmi les occiden-

taux, de l'n«age du pain n. b*<! eonjoctur

les indications semblent iltat. L'inti

tion en est rapport) t a la fondation mém Rome, par l'a|

du ferment. Pierre d'Antiochi ette tradition,

tout en la tenant pour une concession a l'usage juif. Lettre i Michel Cérulaire, 15, bv. /'. G., t. < vx. col 81o. Lettr.- a Dominique di G

780. Elle est exposée principalement par Innocent 111, Sacram. ait., iv. l. p. l. , t. ccxvn, col. -i ne ut principal se fonde sur l'absence de texte qui indiquerait à une époque quelconque la substitution de l'azyme au ferment. A l'encontre de cette assertion. Si*mond émit, au xvir siècle, l'opinion singulier.-, reçue par la plupart des liturr tants. que. jusqu'au

\tir siècle, les latins connurent exclusivement 1 du pain fermenté, et que 1 introduction de l'azyme lieu qu'à l'époque OÙ ce rite fut discuté par les grecs. Disquisitio de azymo, Paris, 1700. Mabillonvint prouver, à son tour, que les Eglises d'Occident ont universellement employé le pain azyme, à l'exemple du Christ, tandis que les [ • . de -'éloigner

davantage des pratiques du judaïsme, pr< férèrentle pain fermenté. Disquisitio de ■ fermentato, dans

Vetera analecta, Paris, 172:;. p. 522-547. Il existe une opinion intermédiaire soutenant que si les orientaux, en se servant communément de pain levé, ont quelquefois, ainsi qu'on vient de le lire, emplové l'azyme, les Kglises occidentales n'auraient p.i> méconnu, durant les dix premiers siècles, l'usage du pain fermenté-. Voir ISona, De rébus liturgicis, I. x.xiii. Turin. 1729, p. 111- 210. Cf. Nicétas de Nicomédie, P. L., t. clxxxviii. col. 1230. Benoit XIV mentionne cette opinion en même temps que celle de la perpétuité de l'azyme, lnter inulla onera (1747), Opéra, Prato. 18W. t. xvi. p. 216.

Il a été dépense- dans cette controverse beaucoup d'érudition; pourtant la question ne parait pas définitivement résolue. L'usage apostolique, disais-je. a pu être de célébrer les mystères avec le pain qu'on avait le plus facilement à sa portée. Ce fait est surtout admissible si l'on envisage des réunions tenues à l'improviste dans le secret des maisons particulières, encore que les t des auteurs païens sur la diffusion à Rome du pain azyme laissent croire que l'on pouvait s'en procurer dans ces circonstances. Re plus, les text, ~ des Pères des premiers siècles sont en somme favorables à l'azyme. bien qu'ils ne précisent pas l'exclusion du ferment, et ils doivent trouver leur interprétation dans la perpétuité- de la tradition latine. C'est ainsi que la plus ancienne allusion à la mature de l'eucharistie, celle de saint Cyprien, représente le pain comme coni| si de farine et d'eau, sans exprimer ni exclure le ferment: Sic cero calix Domini non est agita sola aut vinum solum, nisi utrumquesibi miscealw : quomodo née corpus 1> mini potest esse farina sola, aut aqua sola, nisi utrwnque adunatum fuerit et copulatum, et panis unius com\ solidatwn. Epist.,ixiu, a,i Cœcilian um, dans i script, eccles. latines, Vienne, 1868, t. m, fasc. 1". p. 712. Saint Augustin parle en termes analogues delà farine et de l'eau composant le pain eucharistique. Sert»»., ccxvii, P, /... t. xxxviii, col. 1010. Saint Grégoi jette

le ferment, peccati ferment um, mais par interprétation mystique, sans allusion à la liturgie. In Evang., homil. XXIII, P. /-.. t. îxxvi. col. 117'.». On trouve à la vérité dans |e sermon xm. faussement attribué- à saint Ambi

du ferment. /'. I. . t. xvil, col. 628-630. Ma développement de la parabole de l'Évangile n'a d'allusion à l'eucharistie, ni même aux offrai

i, Nou< avons, dans le même sens, le témoigi plus précis de Dacius de Milan ,vr siècle», selon qui saint Ambroise, a qui suivit en beaucoup de points

aurai) affecté, dans les grandes solennités, de consacrer leur oblation fermentée en même

AZYME

temps que notre azyme ».DansMabillon, op. cit., p. 531. Si ce texte était authentique, il nous fournirait un double témoignage; malheureusement il est suspect. Par contre le missel ambrosien de Pamélius offre cette rubrique, dont nous n'avons pas la date : Oblatio panis azymi cum patena.

Au vne siècle, à côté du texte où saint Isidore reproduit le passage cité de saint Cyprien, P. L., t. lxxxiii, col. 755, le XVIe concile de Tolède, dans son 6e canon, reprend des prêtres qui négligent de préparer pour l'autel un pain spécial, mais découpent dans les pains fabriqués pour l'usage commun un petit morceau de croûte qu'ils arrondissent en forme d'hostie pour l'offrir à l'autel : Non panes mundos et studio prseparatos... sed... de panibus suis usibus prœparatis crustulam in rotundilalem auferant... Non aliter panis proponatur nisi integer et nitidus qui et studio fuerit prsaparatus, neque grande aliquid, sed modica tantum oblata, secundum quod ecclesiaslica consuetudo relenlat. Labbe, Concilia, t. VI, col. 1340,1341. Ce texte a été interprété au profit des deux opinions opposées. Il prouve pour le ferment dans Sirmond et pour l'azyme dans Mabillon. Sans doute il n'est pas démontré que le « pain commun » soit ici l'azyme plutôt que le pain fermenté, ni que les Pères de Tolède veuillent commander l'emploi de l'azyme. On blâme seulement l'inconvenance avec laquelle ces prêtres faisaient servir à la consécration eucharistique un morceau pris d'un pain ordinaire. Il y aurait un témoignage précis pour l'azyme dans la lettre d'Isidore à Rédemptus, P. L., t. lxxiii, col. 906. Mais indépendamment des autres motifs que l'on a de rejeter ce document, il se trouve au début une allusion directe aux reproches des grecs, ce qui implique une date postérieure.

Saint Bède le Vénérable, au VIIIe siècle, établit sans conteste l'usage de l'azyme : «La loi prescrit de célébrer la Pàque en mangeant le pain azyme. Pour nous, nous faisons comme une pàque perpétuelle. » Comment, in Luc.,x\u, P.L., t. xcn,col.593. « En mangeant la Pàque avec ses disciples, Jésus-Christ offre le sacrement très pur de son corps et de son sang, consacré sur l'autel de la croix, comme Yazyme de la terre promise. » Ibid., col. 595. Plus loin il résume le passage cité de saint Cyprien, col. 597. Si la portée de ce texte ne va pas à prouver l'universalité de l'azyme en Occident, c'est du moins une présomption très sérieuse en ce sens. Au siècle suivant, Amalaire (836) reproduit, sans y ajouter, le même texte de saint Cyprien. (Jff. eccles., III, 19, P. L., t. cv, col. 1131, en même temps que les légats d'Adrien donnent aux Anglais une prescription analogue à celle du concile de Tolède : Que les oblations des fidèles soient des pains et non un morceau de croûte : ut panis sit, non crusla. Labbe, t. vi, col. 865. La coutume générale en Occident de recevoir à la messe les offrandes du peuple aura pu amener, dira-t-on, à consacrer du pain lermenté. Il est difficile de croire que les fidèles, les pauvres surtout, offraient autre chose que le pain fabriqué pour leur usage. Voir Lesley, Missale mixtum, P. L., t. l.xxxv, col. 339, noie. Outre que l'usage de l'azyme dans l'Église mozarabe montrerait qu'il est antérieur à la conquête mauresque, il resterait à prouver que le pain apporté en oilrande servit à la communion plutôt qu'à l'eulogie ou seulement au bénéfice des clercs et des pauvres de la communauté. Nous venons de voir que le concile de Tolède exigea pour l'eucharistie un pain fabriqué spécialement. Plusieurs ordonnances conciliaires rappelèrent dans la suite l'obligation de ne destinera l'usage liturgique que des pains blancs confectionnés par les prêtres ci les clercs eux-mêmes ou par des religieuses et de pieuses femmes. Concile de Coyanza (Oviédo), 1050, can. 3, Labbe, t. ix,p. 1064. Cf. Hnmbert, Besp. adv. grœcos, cxxix. /'. /,., t. csi.ni, col. 949,950, lo.",:;. Les orientaux ont le même usage, du moins hors des villes, parce qu'ils ne préparent pas à l'avance le pain

du sacrifice. Ils continuent à donner la~communion au moyen de parcelles détachées d'une grande hostie, comme on le fit en Occident jusqu'au XIe siècle. Alors seulement s'introduisit, en commençant par l'Espagne, la coutume de consacrer plusieurs hosties et de distribuer aux fidèles des hosties entières de toute petite dimension.

Les partisans du pain fermenté prennent un argument dans le texte du Liber pontificalis et des Ordos romains. D'après ces documents, le pape envoyait aux prêtres des églises titulaires une parcelle consacrée à la messe célébrée parle pape lui-même, et lorsque le pontife allait célébrer la messe stationale, il joignait à son oblation un fragment de pain consacré provenant d'une messe précédente. Or cette parcelle prend le nom de fermenlum dans les notices de Melchiade et de Sirice. Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1886, t. i, p. 168, 217; Ordo rom., i, 22, dans Mabillon, Musseum ilalicum, t. il, p. 16; Innocent Ier, Epist. adDecentium, 5, P. L., t. lvi, col. 516, 517; Jaffé,n.311.0n a cherché par diverses significations symboliques à expliquer cette désignation. Baronius, Annal., ann. 313, n. 49, d'après Anselme de Havelberg, Dialog., m, 15, P. L., t. cr.xxxvm, col. 1232, représente ce fermenlum comme une simple eulogie ; mais le plus grand nombre des lilurgistes l'appliquent à l'eucharistie. Si plus tard l'azyme fut ainsi envoyé sous ce nom de ferment, qui représentait la charité et l'union : fermenti vicem... unionis vinculum, Sirmond, loc. cit., les grecs en concluent que Sirice et Melchiade, au ive siècle, puis sans doute les papes grecs et syriens, employaient le pain fermenté. Nicétas de Nicomédie, dans Anselme, Dialog., m, 13, col. 1229.

Ces Ordos romains nous conduisent jusqu'au IXe siècle. A cette époque Alcuin, Paschase Radbertet Raban Maur nous sont présentés comme les témoins de l'usage de l'azyme. Le troisième seul est suffisamment explicite. Ainsi Alcuin réprouve la coutume de quelques églises d'Espagne, de mettre du sel dans le pain d'autel ; puis il ajoute que ce pain doit être abaque fermcnlo ullius alterius infectionis... mundissimus. Epist. ad fratres Lugduncnses, P. L., t. c, col. 289. De l'usage du sel il n'y a rien à conclure pour ou contre l'azyme. Quant à la qualification du ferment, ullius alterius infectionis, les partisans du pain levé peuvent y voir l'exclusion de tout autre levain que celui de pure farine de blé, par exemple le levain de farine d'orge ou de farine non éinondée, ou celui où, au lieu d'eau, il entre du ferment de bière, de lait aigri ou tout autre levain impur. De leur côté, les défenseurs de l'azyme entendent ces mots de la suppression de toute espèce de levain impur.

Radbert (vers 860) semble n'indiquer que l'azyme : Hsec est namque vera cl nova conspersio sincerilatis et veritatis, ut simus azymi sine fermenta malitiœ et nequitise. Liber de corpore et sanguine Domini, xx, P. L., t. cxx, col. 1331, 1332.

Le texle de Raban Maur est démonstratif à l'égal de celui de Bède. Il exprime clairement le pain sans levain : Panem infermentatumetvinumaqua mixtum... sanctificari oportet. Quod autem panem sacrificii sine fermento esse oporteat... Tnstit. clericorum, i, 31, P. L-, t. cvn, col. 318, 319. Nous ne voulons pas voir simplement dans les mots oportet, oporteat une tendance à généraliser l'azyme, mais bien le fait d'une coutume établie au ix" siècle dans les églises d'Allemagne.

On apporte aussi, comme un indice probable de l'usage des azymes, les types de fers à hoslic- en usage a celte époque. Les spécimens anciens moulaient des hosties épaisses, Corblet, llixi. du sacrement <!<• l'eucharistie, t. i, p. 281, semblables pour la qualité à l'hostie maronite décrite plus haut. Mais on ne peut affirmer que ces instruments ne soient propres qu'à fabriquer des pains s;ins levain : la paie levée cuite dans nos moules

;i lioslies donne des pains seniblaliles à nos a/\mes, moins la linesse et la blancheur.

A.ZYME

\ l.\ LÉGISLATION Ai M' SIÈCLE. — D'aprèi ''' 'I11'

précède, on \ • •• t que si l'usage en Occident du pain azyme, antérieurement au i\ siècle, n'est pas prouvé ites, il > a du me m- en i e sens de i

pai le fait que l Occident, en affirmant sa tradition, ne fournil pas des textes certains favorables au pain fermenté, non plus que d'exemples

exc< pi m i du pain li » . analogues à et un que nous

trouvons p: i mi les 01 où il se trouw jiis.|h

jour deuxi me. Le silence des anciens

écrivains latins et grecs sur l'azyme, alors qu'ils parlent souvent du pain eucharistique et du mélange de vin et

, l'absence de tout décret ancien sur cette mal alors qu'il en esl tant sur d'autres détails du sacrifice, nous ont amenés à cette conclusion, que l'une et l'autre

ce de pain était reconnue comme propre à la coi cration. La première affirmation solennelle, sanctionnant la « tradition apostolique de l'azyme •> dans l'Église romaine, fut celle de Léon IX répondant à Michel Cérulaire(1053etl05t) Epist., c, en, P. L., t. cxliii, col. 7 47, 77j; Jaffé, n. 4302, 4332. 11 faut y voir la preuve de la perpétuité du dogme, la consécration authentique de l'usage latin, mais non l'universalité du rite et la condamnation de l'usage oriental, que 1 Église romaine accepte. Voir en outre, pour le xi* siècle, Dominique de Grade à Pierre d'Antioche, 2, 3, P. <•., t. cxx, col. 753, 7,Vi. Nicétas de Nicomédie, dans Anselme, Dialog., in, 19, P. L., t. ci.xxxvm, col. 1239, prévient la législation postérieure, qui, en reconnaissant comme valide la consécration du pain azyme et celle du pain levé, demande que chaque église suit maintenue d'un mutuel consentement dans sa pratique. Dès les premières années du xir siècle, cette législation trouva son application dans le cas d'un prêtre angevin, qui, manquant d'hostie, avait célébré avec du « pain commun » (1112). Hildebert du Mans, renvoyant ce prêtre à Reynaud d'Angers, son évêque, voit dans ce fait « une négligence qui a étonné' le peuple, mais où la coutume est engagée plutôt que la loi ». Plus tard, la législation devint plus stricte. Remarquons que l'opposition entre le « pain de l'hostie » et le » pain commun », avec lequel ce prêtre avait fait l'oblation « à la manière grecque », qui maie grœcalus est, fixe le sens de jjanis communis, que les textes précédents ne déterminaient pas. Il esl vrai que ce fait est de soixante ans postérieur à l'ouverture de la querelle de l'azyme. A l'origine de celle-ci, des abus regrettables furent commis de part et d'autre, lorsque latins et grecs se trouvèrent en présence. Les croisi méprisèrent la consécration grecque en pain fermenté, et Nicéphore, sacellarius de Michel, avait ioulé aux pieds l'hostie azyme. Michel Cérulaire, Édit synodal, P. G., t. cxx, col. 743, 7'di. Ci. Fragmentum disputationis contra grœcus, P. L., t. cxliii, col. 1214-1215. Mais les papes et les légats entendaient respecter l'usage grec. Au texte déjà cité du cardinal llumbert, nous ajouterons en preuve ce\\\ de Grégoire VII : Nos vent... azymum nostrum defcnderites, ipsorum fermentation non vituperemus, Lettre à Grégoire de Synnada (1080), P. /-., t. cxlviii, col. 573; Jaffé, 5172; et deGuibert de Nogenl : (Juin/ eeeta chu) fuie gerilur, materialis ferment! admislione mm Iseditur : quod île panibus fermenlatis sacramenta conficiunt, i onvenienti aut verosimili ratiocinatione defenditur. Gesta Dei per Francos, 1,2, P. L., i. i.i \ i, col. 687, De leur côté, les grecs bien intentionnés reconnaissaient la consécration latine. Théophylacte d'Achrida déclarait que l'on ne devait pas être trop sévère sur cette question vis-à-vis de ces latins inflexibles, car on ne peul faire adhérer par force une écaille à une autre écaille : il faut les agglutiner au moyen d'une substance molle. Au reste, ajoute-t-il, l'homme instruit dans l'histoire ecclésiastique sait que toute différence de

Coutume n'implique pas scission, et ce point ne toiiclie

pas au dogme, M Hsquorum Lalini incusanlw, n. 15,

Théorianus, que nous eit. plus haut

i ivait a Michel qu alin d tout perdre, il convenait d'abandonner comme ind la qui stion de 1 azyme, /'. <>., t. ■ col. 81 l-M I is de Nicomédie d< i tarait au . de Lothaire, Anselme, que, s'il manquait de pain mente el qu'il eûl de I az> me à sa poi U e, il le consacrerait en toute confn ■. Anselme de llavelberg, Dialog.,

ni. l'J. 1'. L., t. clxxxviii, col. 1239. Dans cet ou\r Nicéta —eut, comme un adversaire instruit et

loyal, et le Dia • crits, utile à

consulter sur la querelle du xr siècle. Les décisions postérieui neiles et des papes

i tirent en lois li : espectifs d

latins, s il \ eut des modifications apportées à une pratique plus ancienne, ce fut en vertu du pouvoir que l'Église a re< o du Christ pour définir les choses de loi gler les points de disciplin clé—

siastiques placent en dehors du domaine de la controverse religieuse de- points qui pourraient, comme la présente question du pain eucharistique, n'étn solus historiquement. Suivant l'accord lait auconci: Florence 1439 . le pain azyme et le p. un lermenté son' l'un et l'autre la matière propre de la consécration, le premier dans l'Église occidentale, l'autre dans d'Orient. Acte» </« concile de Florence, dans la 7. de l'Orient chrétien, 1896, p. 313. Benoit XIV renouvela cette législation dans la constitution Etsi patloralis (1742), défendant, sous peine de suspense perpétu aux prêtres du rite latin «le consacrei le pain fermi comme aux grecs de célébrer avec l'azyme, et aux lid de recevoir, sauf exceptions prévues, la communion d'un prêtre d'un autre rite, soit sous I crées par lui, soit avec la réserve sacramentelle du rite auquel appartient ce fidèle. Par la letti ium

1894 . Léon XIII confirma et amplifia ces dispositions au profit des orientaux. Il convient donc de rendre hommage à l'Église, qui a eu soin, pour enlever, au sujet de ces points accessoires, tout .-ouci de préoccupation doctrinale, de maintenir i li les orientaux les

pratiques particulière- de leurs rite> non iuce: tildes avec le dogme. Non seulement I damne pas l'usage liturgique du pain levé, mais elle fait aux orientaux la même obligation de l'employer qu'aux latins de se servir d'azyme. En retour, elle exige, et c'est justice, que les orientaux reconnais la validité de la consécration du pain sans levain el la limité de la tradition latine. Ainsi l'unité apparaîtra dans la coniession de l'intégrité du sacrement que tous invoquent et auquel tous communient. 'Il : iiuparvEtai v.a rfj< <rvi[i<pâ>vo-j 6(io).oy:a; ?r; ttitt:'.»; xxt

rfjç i. npotTEU/aî; /.-x- li-jcTr.oi'oi; xoivom'a;. Catéchisme de V Église orthodoxe, p. 65.

,1. Mal. Ml' n. Diss. de azymo et \ ■ <"»*•

lecta, ■ . i t.. Paris, I" azymo d m? Opéra, V< nise, t. p /7<;„, ss. VI. /'. C. t v i\.

\her,Photius, t.lll.p.187, 248. ra," '"«se.

lerung (ter Streitfrage iiber den Gebranch der Amman,

Mule Cf. I

cul. 28 d'archéologie chrétienne, t i. co

J. Pa!w> AZZONI Dominique, jésuite tchèque, né a Prague le 6 i.oniei 1728, admis dans la Compagnie le 9 novi 1743, enseigna six ans la théologie morale et deui la controverse. 11 mourut après 1772. 1 miern advenus recentiorescuniprimis ht pro-

atte, in-8°, Prague, 1771. i parties.

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