‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 6 sur 338 · APOLOGÉTIQUE (NOTION ET BUT · texte numérisé non relu

APOLOGÉTIQUE (NOTION ET BUT

la vérité : la dialectique; mais ils envisagent souvent des objets identiques :1e surnaturel, Jésus-Christ, l'Eglise; seulement, tandis que l'apologiste admet le magistère de l'Église à cause de Jésus qui l'a institué, proclame la mission divine de Jésus à cause du témoignage de Dieu lui-même, qui l'a surnaturellement révélée, affirme l'existence et l'autorité' de la révélation à cause des miracles et des prophéties qui lui donnent pour garants la science et la puissance divines, connaît enfin les attributs de Dieu par la raison capable de s'élever des créatures au créateur, le théologien suit un ordre inverse : c'est l'Église, qui est la règle prochaine de sa foi, en lui proposant la révélation divine, et c'est par elle qu'il connaît la personne de Jésus, l'ordre surnaturel et la nature de Dieu.

Il y a donc un rapport évident entre l'apologétique et la théologie, non pas que la première puisse être nommée la source de l'autre, puisque leur raison formelle est absolument différente, l'une procédant de faits expérimentaux et de principes rationnels, l'autre des vérités révélées, mais parce que la révélation n'est certaine et sa transmission assurée qu'après démonstration rationnelle, l'apologétique est tout au moins la condition absolument nécessaire de la théologie. Kleutgen, qui lui attribue ce caractère, Théologie der Vorzeit, Munster, 1853-18/i, p. 553, se refuse à aller plus loin et ne veut pas qu'on l'appelle principe ou fondement de la théologie : elle n'est point principe, puisque les arguments de la science sacrée ne sont pas des spéculations rationnelles; elle n'est pas fondement, car celui-ci n'est pas de même nature que l'édifice dont il est la base. A ces scrupules, qu'ils jugent excessifs, Knoll, Schwetz, Hettinger, Jansen et autres, opposent la distinction qui existe entre fondement et source, principe et germe. Les eaux d'un fleuve sont identiques aux eaux de la source, mais une maison peut être composée d'autres matériaux •que ses fondations, un germe produit un être par un développement naturel, mais on peut légitimement désigner sous le nom de principe tout ce qui concourt à l'existence, à l'évolution ou à la connaissance d'un être. Ces considérations paraîtront plus claires et mieux justifiées dans la suite de cet article, mais, dès à présent, •on peut dire que, si la théologie peut être comparée à un temple, l'apologétique est, à la fois, la base solide sur laquelle reposent les nefs, le sanctuaire, les coupoles, le clocher; les contre-forts extérieurs qui soutiennent les murailles, le porche et le vestibule par où l'on pénètre dans l'édifice de la prière et de la vérité.

IV. L'apologétique est une démonstration du christianisme. — C'est la forme définitive qu'elle tend à prendre de plus en plus; sa fonction principale est une justification : la défense et l'attaque sont les espèces de la polémique, ne sont, que secondaires et presque accessoires, surtout moins rigoureusement scientifiques, En ce premier sens, l'apologétique est dite irénique, expo- Bilive et positive, car elle n'affecte pas les allures du combat, elle définit, elle déduit, et c'est par voie directe qu'elle établit la vérité du christianisme. Son but est de révéler le trésor de la révélation, non de le proléger; sa t iche est accomplie lorsqu'elle l'a enveloppé de lumière et rendu visible à tous les yeux.

Considérée sous cet aspect, l'apologétique est désisous divers noms. C'est, pour un grand nombre de théologiens du xviik siècle suivis par l'erroné, Schouppe, Lahousse, lional. etc., le Traité de la vraie religion; Eigliara la nomme : Propédeutiquc à la doctrine taerée. Les titres : Introduction << la théologie (Thomas Esser, 0. P.), Prolégomènes, ont le même sens, mais ils semblent peu propres à désigner une science distincte et constituée. Il semble que détnonitration chrétienne el démonstration catholique ne conviennent pas absolument, car ces mots ni; distinguent pas suffisamment l'apologétique de la dogmatique, et présentent le grave

inconvénient de laisser supposer que les dogmes proposés par le christianisme et définis par l'Eglise sont en eux-mêmes un objet de démonstration proprement dite. Le ternie de théologie générale ferait croire qu'elle est un genre dont les divers traités de théologie spéciale, dogmatiques ou moraux, seraient les espèces. Raphaël Pacetti la nomme logique théologique, et l'abbé Jules Didiot logique surnaturelle. Ces auteurs, le second surtout, prétendent établir une relation étroite entre la philosophie et la théologie. La science sacrée se composerait, de même que la science rationnelle, de logique, métaphysique et morale; seulement la première aurait pour objet l'ordre surnaturel, la seconde l'ordre naturel. A ce point de vue, la logique étant l'art d'arriver au vrai, il doit exister une logique surnaturelle qui nous conduit à la vérité révélée. Cette théorie est ingénieuse et juste, mais ce titre est trop général, un peu vague, et désigne surtout un ensemble de règles formelles qui n'enveloppent pas tout le contenu de notre science. La nommer avec Drey, Stôckl et Gutberlet : Apologétique, c'est prendre le genre pour l'espèce, car rien n'est plus dislinct, ainsi que nous allons nous en convaincre, que l'apologétique irénique et l'apologétique polémique. Pour ces motifs, nous préférons le nom de théologie fondamentale (Schwetz, Ottiger). Quœvis sane scientia, dit Knoll, ut rite constituatur, solido fundamento indiget. Cognoscere nimirum oportet in primis illius tunt principium constitutivum seu fontem, tum pravcipium regulativum seu modum , quo veritates pertraclandse hauriri debeanl. — Si autem de disciplinis agatur, quse theologise specialis parles officiunt, harum principiun constitutivum est ipsa revelalio divina, principium autem regulativum primarium est infallibilis Ecclesise auctoritas, et secundarium est ratio humana. lnstitutiones theologix dogmatiese generalis seu fundamentalis, Inspruck, 1852, p. 28. C'est donc une science des fondements de la vraie religion, une théorie des principes qui servent à établir l'existence d'une religion surnaturelle, la vérité de la révélation chrétienne, la légitimité, la nécessité de la forme sociale qu'elles revêtent dans le catholicisme et qui subsiste une et vivante dans l'Eglise de Jésus.

V. L'apologétique défend le christianisme contre ses ennemis. — Historiquement, il en a; psychologiquement et moralement, il doit, en avoir. Repousser leurs attaques est le rôle de l'apologétique polémique, défensive, négative. Elle est plus ancienne, plus générale, plus mobile, plus variée, plus populaire que la théologie fondamentale ; mais elle est éparse el dépourvue de l'unité rigoureuse qui caractérise celle-ci. On comprend, en effet, que les aspects sous lesquels on peut envisager la religion sont innombrables : dogmes, préceptes, rites, suggèrent des difficultés et des objections, renferment des obscurités, présentent des antinomies apparentes qu'il faut dissiper et résoudre. Il n'est point de branche de la science sacrée que l'apologétique polémique ne doive dégager et soutenir. Les solvuntur objecta des traités classiques sont l'indispensable complément de la théologie scolastique; la démonstration d'une thèse exige la réfutation de l'antithèse, et les preuves d'une vérité s'affermissent par les arguments qui repoussent l'erreur. — En théologie positive, l'apologétique doit sauvegarder les text»6 par une sévère méthode critique, permettant de repousser les attaques contre l'intégrité ou l'authenticité d'un témoignage doctrinal ou historique, conlre la sincérité et la compétence de son auteur. — En exégèse biblique, combien de questions naissent et pullulent autour des théories sur la canonicité ou l'inspiration des Livres saints? — En histoire ecclésiastique, combien

de discussions s'élevonl sur l'aposlolirité des Eglises. l'influence ou la sainteté des papes, etc. On voit qu'il est impossible d'assigner des cidres à la polémique religieuse, de prévoir les points de vue auxquels elle

APOLOGÉTIQUE NOl \<>^ ET BUT)

devra se placer, de déterminer ici qu'elle

devra remplir, el lurtoul de la séparer un même de la distinguer de telle ou telle science théologique dont elle (ail partie.

Y a-t-il an Jésus-Christ deux votant i ! La noi elle vraiment un sacrifice? Questions d'apologétique contre les monothélitea, les protestants, mais aussi thèses de dogmatique. — La virginité a-t-elle fait tort ;m mariage? L'Église condamne-t-elle le prêt à iatén i Questions de controverse entre tes théologiens d'une part, les économistes el les historiens d'autre part, mais

auS8i thë8es de morale. — (.'histoire de .louas, les sources du Pentateuque appartiennent au cours d'Écriture sainte, mais elles sont un terrain de combat où se rencontrent avec les catholiques les rationalistes ou les h\pei critiques. — L'Église a-t-clle aboli l'esclavage; a-t-elle entretenu et produit peut-être les ténèbres qui environnaient certaines questions au moyen âge? Le pape Honorius s'est-il trompe'? — A l'historien de l'Eglise qui traite directement ces questions, l'apologiste emprunte les résultats définitifs de ses recherches pour les opposer à ceux qui diraient avec Leconte de Lisle : « Le christianisme n'a jamais exercé qu'une influence déplorable sur les intelligences et sur les mœurs. » Histoire populaire du christianisme, Paris, 1871, p. 140. Ces exemples suffisent pour montrer que les limites sont imprécises qui séparent le domaine apologétique de celui où se meuvent les sciences dont la théologie est la reine.

Quelques auteurs, parmi lesquels M. Duilhé de Saint- Projet, Apologie scientifique de la foi chrétienne, 4e édit., Paris, 1897, p. 78, distinguent l'apologie, la controverse et la polémique. La première est dirigée contre les infidèles ; telles les principales œuvres des Pères des premiers siècles ; on peut rappeler comme un modèle la Cité de Dieu de saint Augustin, cette démonstration de la providence qui agit visiblement par les invasions barbares contre le monde romain oppresseur et corrompu, vainement protégé1 par ses faux dieux ensevelis dans les ruines de la patrie. — La controverse défend contre les dissidents et les hérétiques l'unité et l'intégrité de la foi; telle cette merveilleuse Histoire des variations, où Bossuet dénonce l'inévitable morcellement et la nécessaire confusion des doctrines protestantes. — Enfin, au sein de l'Église, exerçant un droit très légitime et contribuant aux richesses et aux progrès de la théologie, des écoles se sont constituées autour des systèmes élaborés par des hommes de génie pour élucider ou expliquer des problèmes obscurs : telles les discussions sur la manière d'entendre l'efficacité de la grâce entre le dominicain Thomas de Lemos et le jésuite Grégoire de Valentia, pendant les séances des congrégations de auxiliis.

VI. Définition. — Ces considérations suffisent pour nous permettre une définition. L'apologétique est cette partie de la théologie qui traite scientifiquement de la justification et de la défense de la foi chrétienne.

VII. BOT nF. L'APOLOGÉTIQUE. — Kn résumant le dessein de son poème de La religion par ces paroles bien connues :

La raison dans mes vers conduit l'homme a la fol,

Louis Racine exprimait la lin principale de l'apologétique. Elle doit conduire l'homme à l'acte de foi. Nous étudierons au mot loi la nature de la foi surnaturelle et les rapports des motifs de crédibilité, fournis par l'apologétique, avec l'acte de foi surnaturelle. Cependant ceui

qui, ne tenant point Compte du Caractère surnaturel delà

loi divine, considèrent seulement le caractère générique

qui esl commun à la foi divine et aux autres croyances,

nous demandent aussi comment I apologétique produit

la toi. il convient de répondre ici à leur question. Mais «toute action générique ou générale de foi ou de croyance,

pouvant s appliqui r en même temps a la foi catholique, a la loi surnaturelle, i la foi humaine, a la croyance en Dieu, a la loi historique, a la foi de la raison en i Ile-même, etc., toute notion de ce genre est htalen un nid d'équivoques ». P. Gaudeau, / et le besoin de - note I. D

les anciens traité- de logique, la f..i était ladle •

à une vérité ou à un l'ait sur l'autorité d'un témoin. Aujourd'hui on dirait plus volontiers avec M. Paul Janet : i J'entends par crovance toute forme de conviction qui ne dépend pas exclusivement de la raison et de l'examen, et qui esl l'œuvre commune du sentiment, de la raison et de la volonté que et de psy-

chologie, Paris, 1887, p. 7-2. C'est a peu près en sens qu'il faut entendre le mot Glauben dans la philosophie kantienne. La foi est opposée à la sce comme la raison pratique a la raison pure, et M. Ch I nouvier cite en l'approuvant, en l'admirant, la définition de ce philosophe : ■ La foi est un état moral de la raison, dans l'adhésion qu'elle donne aux ch inaccessibles à la connaissance, i Phil. analytique de l'histoire, Paris, 1897, t. m. p. il7. D'où la tendance d'un grand nombre de nos contemporains à soustraire les motifs de la foi au jugement intellectuel. « La foi D allaire ni de raisonnement, ni d'expérience. On ni montre pas la divinité du Christ, on l'affirme ou on la nie : on y croit ou on n'y croit pas, comme à l'immortalité de l'âme, comme à l'existence de Dieu... On croit parce que l'on veut croire, pour des raisons de l'ordre moral, parce que l'on sent le besoin d'une règle et que ni la nature ni l'homme n'en sauraient trouver une en eux. » F. Rrunetiere, La science et la réligû 1893, p. 59, et note de la p. 62. A son tour, M. E. Faguet dit : « L'idéal ne se prouve en aucune façon; on ne l'aime qu'en y croyant, sans aucune raison d'y croire, ce qui est proprement un acte de foi. L'acte de foi consiste à dire : Je crois parce que j'aime. » La religion de nos contemporains, dans la Reçue bleue, 11 janvier 1896. Avant lui, M. J. Lemaitre : « La vérité de la religion catholique ne se démontre pas. Car s'il des dogmes et des m; stères, on ne saurait croire au surnaturel pour des motifs rationnels : cela implique contradiction. Et s'il s'agit de la révélation considérée comme un fait historique, j'ai rencontré des ecclésiastiques qui reconnaissaient que, pour un esprit muni de critique et non prévenu par la grâce, il peut y avoir, à la rigueur, autant de raisons de rejeter ce fait que de l'admettre. » Les contemporains, Il« série : /--' P. M sabré, Paris, 1891, p. 128. On reconnaît la doctrine tideiste de Lamennais : « Quand la vérité se donne, l'homme la reçoit: voilà tout ce qu'il peut, encore faut-il qu'il la reçoive de confiance et sans exiger qu'elle montre ses titres, car il n'est pas même en état de les vérifier. « Pensées diverses. Paris, 1841, p. 488. A ces affirmations, il faut répondre avec le cardinal Pie : < Qu'une chose doive être crue, ce n'est pas la foi qui le voit, c'est la raison. • Seconde instruction synodale sur les erreurs du temps présent. Discours et instructions ■aies. Poitiers. 1860. t. m, p. 209, note, et avec M ■"• d'Hulst : « La foi est... un assentiment donné a la parole de Dieu... mais avant de se donner, le rrov.int a besoin de s'assurer que Dieu a vraiment parle que Dieu enseigne, je dois le croire; mais la question de savoir si Pieu a enseigné est une question de fait, et l'enquête que j'institue pour la résoudre est d'ordre rationnel. » lier. <lu cierge français, l,r fév. 1805, p

la traduction des paroles si souvent r: décisives du docteur angéliqne : ///<• qui crédit... non crederet msi viderai ea [que crédit denda, te/

propter evidentiam signorum, vel propter alùjuid ejut-

modi. Surn. theol.. Il» II*, q. I. a. i. ad 8»". Mais il importe de fixer le sens du mol : videret. De quelle vision est-il question ici? L'apologétique produit-elle l'évi-

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