‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 100 sur 437 · PIERRE AU MOL. COMMENTAIRE SUR LES SENTENCES · texte numérisé non relu

PIERRE AU MOL. COMMENTAIRE SUR LES SENTENCES

hominis semirini Samaritano isti passivo incredibiliter institutus rotarum septenario congrue comparatur. Ce commentaire constitue one reportatio, II est désigné par cette épithète non seulement dans la liste ries titres des questions du 1. IV, contenue dans le nis. 243 de Toulouse, mais aussi dans les niss. précités, qui donnent le texte de ee commentaire. Le tus. 243 de Toulouse porte, en effet : Explicit liber quartus libri Sentenciarum de reportai ione fratris Pet ri Aureolirecollectus. et le ms. 107 de Vicence finit : Explicit quartus liber Senlenliarum de reportatione fratris Pétri Aurcoli.

Le texte du commentaire conservé dans les mss. concorde avec celui qui a été édité à Rome, en 1605, à la suite des 1. II et III par la Société des libraires de Saint-Thomas-d'Aquin. Il y est dédié au commissaire général des observants, le P. François de Belgioso.

Des extraits rie ce commentaire sur le 1. IV, sont contenus dans le Vat. 943. Ainsi, fol. 51 r°-60 r°, il y a la Qua'stio procemialis : Utrum sacramentis vel sacramenlorum ministris possit eommunicari aliqua lùrtus crealii'ct respectu efjectus sacramentalis, et les q. i et n (jusqu'à l'a. 2) de la dist. I. Au fol. 70 r°-71 v° il y a les art. 1 et 2 de la q. n de la dist. VIII du même commentaire, Circa dist. VIII... Quero utrum hoc (!) sit forma consecrationis : hoc est corpus meum. Cf. A. Pelzer, op. cit.. p. 379-380.

De l'examen précédent, il résulte qu'il existe une double rédaction du commentaire rie Pierre Auriol sur le 1. I et le 1. III des Sentences; et que, dans une rédaction, chacun des quatre livres commence par un texte d'Ézéchiel. dans lequel revient le terme rota; que cette rédaction est désignée pour les quatre livres comme reportatio. Il s'ensuit donc que le commentaire des quatre livres, commençant par un texte analogue d'Ézéchiel. appartient à une même rédaction, dénommée reportatio. De cette reportatio, le 1. I et trois questions du 1. III sont restés inédits; les]. II, IV et le reste du 1. III (jusqu'à la dist. XXIII, q. iv, a. 3 excl.) sont publiés dans l'édition de Rome, en 1605. Une seconde rédaction du 1. I a été éditée à Rome, en 1596, tandis que l'autre rédaction du 1. III est restée inédite jusqu'à la dist. XXIII, q. iv, a. 2 inclus, le reste de cette seconde rédaction du 1. III a été édité à Rome, en 1605.

2. Date et lieu de composition. - - Ici encore les opinions sont divisées. X. Valois, qui admet une double rédaction des quatre livres, part des deux faits suivants : d'abord que le commentaire du 1. IV contenu dans le cod. 243 de Toulouse, qui y est dit avoir été terminé en 1317, pendant qu'Auriol expliquait les Sentences à Paris, doit contenir le texte de la première rédaction, et ensuite que le commentaire sur le 1. II, contenu dans le ms. A. III. 120 (S. Croce, 355) de la bibl. nationale de Florence, qui y est dit avoir été terminé en 1318. également pendant qu'Auriol commentait le livre des Sentences, doit fournir le texte de la deuxième rédaction. Si, en effet ce dernier ms. donnait la première rédaction du commentaire sur le 1. II, il serait impossible, dit Valois, de déterminer la date à laquelle furent terminés les autres livres de la première rédaction et surtout les livres de la seconde rédaction, puisqu'il est établi qu'Auriol devint maître régent en 1318 et ne devait donc plus commenter les Sentences sous la conduite d'un maître. D'après N. Valois donc, la double rédaction du commentaire • sur les quatre livres des Sentences aurait été composée par Auriol, à Paris, entre 1316-1318, alors qu'il y expliquait les Sentences, ou au plus tard entre 1316- 1319. parce que le séjour d'Auriol à Paris ne semble pas s'être prolongé au delà de 1319. Op. cit.. p. IX.") et 500 sq.

Le P. Dreiling n'a pas pu se rallier à cette conclusion. Partant du fait admis a priori que le commentaire

imprimé constitue la seconde rédaction des quatre livres des Sentences, il est parvenu à établir et à prouver, par de nombreuses citations empruntées à chacun des livres, que le 1. IV a été rédigé immédiatement après le 1. 1, cl que le 1. II est antérieur au 1. III, de sorte que les quatre livres auraient été composés dans l'ordre suivant: I, IV, II, III. D'après le témoignage des mss. cités par Valois, le 1. III aurait été composé en 1318, le I. II pendant la seconde partie de

1317 et au début de 1318, le 1. IV en 1317 et le 1. I pendant la dernière partie de 1316 et la première moitié de 1317. La seconde rédaction du commentaire sur les quatre livres des Sentences aurait donc été composée à Paris, entre 1316-1318, pendant qu'Auriol y expliquait les Sentences. Quant à la première rédaction, selon le P. Dreiling, rien ne s'oppose à admettre que Pierre Auriol l'ait composée, soit pendant son lectorat à Bologne vers 1312, soit pendant son professorat à Toulouse, vers 1314, soit dans les deux villes. Op. cit., p. 25-27.

A. Birkenmajer, qui rejette catégoriquement toute double rédaction du commentaire de Pierre Auriol sur les Sentences, prétend d'une façon radicale que ce commentaire fut rédigé par Auriol à Paris entre 1316-1318 et que le copiste qui, dans le cod. A. III. 120 de Florence affirme que le commentaire sur le 1. III fut terminé en 1318, a mal transcrit l'année et qu'il a mis

1318 au lieu de 1317.

Aucune de ces solutions ne peut satisfaire, parce qu'elles partent toutes de principes admis à priori, et ne tiennent aucun compte de la tradition manuscrite. C'est pourquoi, en nous basant sur les données acquises au sujet de la double rédaction du commentaire du maître franciscain, que nous avons développées plus haut, nous tâcherons de déterminer plus exactement le lieu et la date de la composition de ce commentaire, en nous fondant sur sa tradition manuscrite et imprimée. Reconnaissant la valeur des preuves apportées par le P. Dreiling en faveur de l'ordre suivant des livres dans le commentaire de Pierre Auriol, I, IV, II, III, nous adoptons cet ordre pour la rédaction du commentaire-repoW«/;o signalé plus haut, d'autant plus que cet ordre est en parfaite conformité avec les données fournies par les mss. Pierre Auriol, comme nous le savons, fut chargé, en mai 1316, par le chapitre général d'expliquer les Sentences à Paris. Se conformant aux usages, il aura commencé, en octobre 1316, avec le 1. I : Ingrcdere in medio rotarum; au printemps ou à l'été de 1317 il aura commenté le 1. IV : Spiritus vite erat in rôtis; l'année scolaire 1317-1318 il aura commencé son commentaire sur les Sentences par le livre II : Rota una nigra Cherub unum, qu'il aura terminé au début de 1318; enfin, en dernier lieu, il aura expliqué en 1318 le 1. III : Quasi si sit rota in medio rote, qu'il n'aura pu terminer, parce qu'à la suite de la lettre de Jean XXII du 14 juillet 1318 au chancelier de Paris, il a été élevé peu après au grade de magister regens. De la sorte, on explique sans difficulté pourquoi le commentaire-repoWa//o sur le 1. III finit à la dist. XXIII, q. iv, a. 2.

Le commentaire-/rporta/(o aurait donc été composé à Paris entre 1316-1318, pendant que Pierre Auriol y expliquait les Sentences : les 1. I et IV pendant i'année scolaire 1316-1317, les 1. II et III (ce dernier inachevé) pendant l'année scolaire 1317-1318. Ce commentaire n'a pas été composé par Auriol lui-même, mais il constitue une reportatio, c'est-à-dire une copie immédiate, faite par un étudiant, du commentaire fourni par Auriol pendant ses leçons à l'université, ou même du commentaire écrit par le maître franciscain en vue de ses leçons. Cette dernière conclusion semble devoir être adoptée pour plusieurs parties du commentaire, surtout du I. I, qui sont rédigées avec

PIKUliK AUlilOL. COMMENTAIRE SUR LES SENTENCES

beaucoup de soin. Cf., à ce sujet, Fr. Pelster, op. cit.,

Quant à la deuxième rédaction du 1. I : Expandit librurn coram me, celle de l'édition imprimée en 1596, elle doit être postérieure à celle du commentaire-reportatio. Et d'abord elle porte une dédicace au pape Jean XXII, qui ne fut élu souverain pontife qu'en 1316 ; ensuite Auriol était entièrement pris entre 1316- 1318 par la préparation de ses leçons à l'université de Paris. Il est donc très probable qu'il n'a pas composé cette seconde rédaction avant d'être maître régent. Après son élévation au doctorat, il se sera proposé d'écrire, comme il l'affirme lui-même dans sa dédicace à Jean XXII, un commentaire sur les quatre livres des Sentences. Il n'aura pas pu mener ce projet à bonne fin à cause de sa nomination, le 27 février 1321, à l'archevêché- d'Aix et de sa mort prématurée, au début de janvier 1322. De ce commentaire, il n'a achevé que le 1. I. entre 1318-1320, et il l'a dédié à Jean XXII probablement en reconnaissance de son intervention pour son élévation au doctorat.

Pour ce qui concerne la rédaction du 1. III, dont la première partie est inédite, tandis que la dernière a été publiée à Rome, en 1605, elle ne, peut avoir été composée entre 1316 et 1318. Elle n'a pas non plus été rédigée entre 1318-1320. Cette rédaction, en effet, est une reportalio, une copie, faite par un élève, du cours professé par Auriol. Or, après son élévation au grade de maître régent, il est très probable qu'Auriol ne commente plus les Sentences. Cette rédaction doit donc avoir été composée antérieurement au commentaire-reportatio complet de Pierre Auriol, c'est-à-dire antérieurement à 1316. On est autorisé à croi.e qu'elle a été faite vers 1312, alors que le maître franciscain enseignait à Bologne, ou plus probablement vers 1314, quand il fut lecteur à Toulouse. Cf. Fr. Pelster, op. cit., p. 473-474.

3. Méthode suivie. — Qu'il suffise de faire remarquer qu'Auriol prend à cœur d'exposer longuement sa propre manière de voir et ses propres opinions; il tâche de les expliquer, de les prouver, de les défendre, contre les attaques d'adversaires réels ou imaginaires. Il s'applique également à donner un exposé développé, une critique approfondie des théories d'un grand nombre de ses adversaires, de sorte qu'une glose marginale dans l'ouvrage In quatuor libros Sententiarum (Venise, 1504, fol. 2 r°) de François de Meyronnes (t 1327) affirme que, si l'on veut avoir des renseignements plus amples sur les opinions de ceux qu'il cite lui-même, il faut lire le commentaire de Pierre Auriol. C. Puban et Th. Pègues, O. P., dans leur édition des Dejensiones theologiœ divi Thomse Aquinatis de J. Capréolus, t. i, Turin, 1900, p. xxn, soutiennent que ce dernier cite très souvent les arguments des auteurs, non pour les avoir trouvés dans leurs ouvrages, mais pour les avoir lus dans le commentaire de Pierre Auriol.

En ce qui regarde le contenu du commentaire de Pierre Auriol, nous nous contentons d'attirer l'attention sur le fait que, dans ses thèses, le docteur franciscain prend, le plus souvent, position contre Duns Scot, Thomas d'Aquin, Bonaventure et, en général, contre tous les scolastiques et même quelquefois contre ses auteurs préférés : Aristote, Averroès et saint Augustin. Le commentaire de Pierre Auriol se caractérise encore par une dépendance étroite vis-à-vis d'Aristote et de son commentateur Averroès et par une défense, souvent serrée, de ces deux philosophes contre les attaques de nombreux scolastiques. Toutefois, l'impression dominante, éprouvée à la lecture du commentaire de Pierre Auriol, est que le docteur franciscain veut se frayer une voie personnelle, conserver •son autonomie dans toutes les questions traitées et ne

dépendre formellement, dans ses théories et ses doctrines, d'aucun autre philosophe ou théologien. Il se délecte, en effet, et se fait gloire d'avancer, dans toutes les matières traitées, sa propre opinion, qu'il s'attache à justifier et à défendre.

6° Compilatin brenis super quœstiones quatuor librorum Sententiarum. — Cet ouvrage, qu'il ne faut point confondre avec un autre également attribué à Pierre Auriol et intitulé Compendiurn librorum quatuor Sententiarum, dont nous parlerons col. 1843, a échappé jusqu'à ces derniers jours à tous les bibliographes. A. Pelzer l'a décrit le premier, op. cit., p. 387-388, et le P. Fr. Pelster le cite également, op. cit., p. 464. Cette Compilatio, qui est contenue dans le Vat. lat. 946, fol. 41 v°-87 r° (xive siècle), n'est pas l'œuvre d 'Auriol, mais, à l'exception du 1. III, un abrégé du commentairereportatio du docteur franciscain, rédigé au xive siècle, par un auteur, probablement un frère mineur, encore inconnu. Les rubriques au début et à la fin de cette compilation, sont explicites à ce sujet : Quedam compilatio brevis facta super quesliones quatuor librorum Sentenciarum secundum oppinionem domini Pétri Aureoli archiepiscopi condam aquensis et sacre théologie magistri precipui. Il débute : Circa prologum primi libri Sentenciarum queruntur 5 questiones, et finit : in quantum appetunt privari experientia mali, a qua experientia mali Christus nos preservet et ad summum bonum nos perducat qui in secula seculorum vivit et régnai. Amen.

Les questions de la compilation correspondent aux questions parallèles du commentaire-repoWa/f'o. Ainsi, dans l'un et l'autre de ces ouvrages, la q. i, du prologue du 1. I est : Utrum natura dei (diuina = commentaire) compacialur in se et ex natura sua (sui ratione =commentaire) scientifleam perscrutacionem, tandis que, dans le commentaire imprimé, la première question est : Utrum ex studio theologiœ solo naturali ingenio aliquis habitus acquiratur alius a fide. Semblablement la q. i de la dist. I, du 1. II est la même dans l'abrégé et dans la réportation : Utrum secundum opinionem Arislotelis mundus de facto sit productus ab eterno (réportation) et Utrum opinio Aristotelis jueril quod mundus fuerit productus ab eterno (abrégé). La q. i de la dist. I, du 1. III de l'abrégé, ne correspond point à celle qui se trouve dans le commentaire-réportation, qui est imprimé, mais à celle qu'on lit dans la première rédaction inédite. Tandis que le commentaire-réportation lit : Utrum possibile sit aliqua sic uniri quod inter illa non sit alia unitas nisi hypostatica, la rédaction inédite et l'abrégé lisent : Utrum possibile fuerit verbum incarnari. Il y a encore identité entre la q. i du 1. IV du commentaire-réportation et celle du 1. IV de l'abrégé : Utrum sacramentis seu sacramentorum ministris communicari potuil virtus aliqua creativa respectu sacramentalis efjectus.

De cet exposé, il est évident que l'auteur de la compilation a abrégé les questions du commentaire-réportation de Pierre Auriol. On peut y trouver une confirmation du fait que la rédaction inédite du 1. I fait partie du même commentaire que la rédaction publiée du 1. II et IV. Quant au 1. III, l'auteur de la'compilation a abrégé le commentaire de la rédaction inédite, probablement parce que le commentaire édité, qui appartient au commentaire-réportation, était resté inachevé, tandis que celui de la première rédaction était terminé.

Par rapport à l'auteur de cette compilation, le P. Fr. Pelster (op. cit.. p. 464), se basant sur le fait que, dans les nombreux épigraphes aux noms de François, Antoine, Claire, Louis, est joint celui de Gérald, pense que l'auteur de cet abrégé doit être un 'frère mineur français du nom de Gérald. Quoi qu'il en soit, il est certain que cette compilation fut terminée au xive siècle, vu que le manuscrit qui la contient est de cette époque. Une partie en doit même être datée de l'année 1338.

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7° Compendium Bibliorum ou Compendium sensus titteralis totius sucra- Scripturœ. — De tous les ouvrages de Pierre Auriol, celui qui a eu le succès le plus éclatant est sans conteste ce Compendium ou Breviarium Bibliorum. Ce succès, d'ailleurs, est attesté par le nombre | considérable d'exemplaires manuscrits qui en subsistent, dont la plupart remontent au xiv siècle et dont .on peut trouver la liste détaillée dans N. Valois, op. cit., p. 510. Il en existe aussi beaucoup d'éditions : s. 1. n. d., mais à Strasbourg, avant 1475 (J.-II. Sbaralea. op. cit., t. il, p. 326); Venise, 1507, 1508, 1571; Paris, 1508 (Rcs. A. 6646 de la Bibliothèque nationale de Paris), 1505, 1585. 1010, 1013; Louvain, 1017; Rouen. 1590, 1649 (Rés. A. 6648 delà Bibl. nationale et n. 23 306 de la bibl. Mazarine de Paris). N. Valois fait une mention spéciale de l'édition qui parut à Strasbourg en 1514, précédée d'une épître que le célèbre Jacques Wimpfelirig adressait à Jean Eck, à cette époque professeur d'Écriture sainte au gymnase d'Ingolstadt, dans laquelle il confesse que l'exemple d'Auriol lui paraît apte à réfuter ceux qui reprochent aux philosophes de négliger l'Écriture sainte. Cet ouvrage, enfin, a été édité, en 1896, par le P. Philibert Seeboeck, O. F. M., à Quaracchi. La plus grande variété apparaît dans les titres que les copistes ou les éditeurs assignent à cet ouvrage : Breviarium Bibliorum, Compendium sacrée Scripturœ, Compendium sensus titteralis totius divinœ Scripturœ, Compendium sacrœ Scripturœ secundum sensum litteralem, Compendium super Bibliam, Compendium super sacramenta Scripturarum, Epilome sacrœ Scripturœ, Divisiones librorum ulriusque testamenti in VIII partes distinclœ cum prolegomenis, Tractatus totius Bibliœ exposilorius, etc.

Les auteurs admettent généralement l'année 1319 comme date de composition de cet ouvrage; cela se dégagerait du texte même de ce Compendium, dans lequel, vers la fin, on lit : Sedit aulem Silvester anno CCCX VI qui si lollanlur ab Mis, qui hodie compulantur, rémanent mille et très. Éd. Seeboeck, p. 548. Pierre Auriol composa donc ce Compendium à Paris, après sa promotion au grade de maître régent (1318), et le termina en 1319. Cet ouvrage contient les leçons données par le docteur franciscain à ses élèves et constitue un commentaire court et condensé sur tous les livres saints. En preuves de cette assertion, on peut alléguer la répétition continuelle de studentes ou studiosi iheologi et des expressions comme: «demain nous traiterons plus longuement ces questions ». Éd. citée, p. 7, 21, 23. Le prologue du Compendium fait ressortir l'amour et le zèle déployés par Pierre Auriol dans l'étude des livres sacrés; les conseils, donnés à ses élèves et distribués dans l'ouvrage tout entier, démontrent combien il avait à cœur de rendre son jeune auditoire enthousiaste d'une étude scientifique de la sainte Écriture. Éd. cit., p. 11-13, 45, 555, etc.

Une des notes caractéristiques de ce Compendium est qu'à la division traditionnelle des Livres saints, admise dans les écoles à cette époque, et consistant à distinguer les livres historiques, doctrinaux et prophétiques, Pierre Auriol substitue une nou%'elle distribution des Livres sacrés, beaucoup plus compliquée, mais fondée, comme la précédente, sur la distinction des diverses méthodes employées par les auteurs sacrés pour instruire les hommes. Il divise l'Écriture sainte en huit parties principales : une partie politique et législative (Pentatcuque); une partie historique (Josué Juges, Ruth, Rois, Paralipomènes, Esdras, Tobie, Judith, Esther, Macchabées); une partie poétique (Psaumes, Lamentations, Cantique des cantiques); une partie dialectique (Job, Ecclésiaste) ; une partie prophétique (Prophètes); une partie morale (Proverbes, Sagesse, Ecclésiastique); une partie testimoniale (Évangiles); une partie épistolaire (Épîtres,

Actes des apôtres, Apocalypse). Il y introduit ensuite des sous-divisions, quelquefois factices et arbitraires. Ainsi il distingue trois sortes de poèmes : les chants de joie, les élégies et chants dramatiques et range d'une façon arbitraire les psaumes dans la première classe de ces poèmes. Il est cependant exagéré et faux d'admettre, comme on l'a fait, qu'Auriol a sacrifié habituellement le sens littéral au sens métaphorique.

Auriol décrit brièvement les premiers livres, tandis qu'il expose plus longuement les autres et donne des développements étendus aux Lamentations et surtout aux Actes des apôtres et aux Épîtres. Dans son exposé des livres prophétiques, il s'applique à distinguer ce qui semble s'y rapporter au peuple juif de ce qui parait être en relation avec l'avènement du Christ. Le commentaire de l'Apocalypse constitue la partie la plus intéressante de ce Compendium, parce qu'il s'attache à interpréter les âges de l'Apocalypse en fonction des différentes périodes de l'histoire de l'Église. Chacune des visions se rapporte à une période de l'histoire : la première correspond à la période qui va jusqu'à Julien l'Apostat; la seconde à celle qui se termine à Justinien ou à Maurice; la troisième à celle du Bas-Empire; la quatrième à celle qui commence avec Charlemagne et finit à l'empereur Henri IV; la cinquième à celle qui s'étend jusqu'à la venue de l'Antéchrist; la sixième à celle de la persécution organisée par l'Antéchrist. Auriol reprend ensuite l'examen de chaque trait des visions successives de l'Apocalypse et le rapporte à quelque événement connu de l'histoire de l'Église. Les idées émises par Auriol dans son interprétation de l'Apocalypse intéressaient au plus haut point ceux qui cherchaient à supputer l'époque de la fin du monde. Aussi ne manquèrent-elles pas d'avoir un grand retentissement dans l'École.

Signalons encore un trait caractéristique de cet ouvrage, à savoir que la méthode, suivie dans le Compendium, trahit le philosophe. D'après la thèse de Pierre Auriol, l'Écriture sainte doit procurer aux hommes une somme déterminée de vérités surnaturelles. Il s'ensuit que, dans chaque Livre saint, il cherche à découvrir une vérité surnaturelle- particulière, qui y est enseignée par l'écrivain sacré. Considérant la vérité surnaturelle contenue dans chaque livre comme une conclusion, conclusio probanda, et le contenu du livre comme la preuve, ratio, de cette vérité, Pierre Auriol regarde chaque Livre saint comme un grand syllogisme et la sainte Écriture entière comme une chaîne de syllogismes liés logiquement les uns aux autres. Bien que le syllogisme ne se ppésente pas toujours sous une forme extérieure correcte, il est cependant à la base de tout l'ouvrage et, dans plusieurs livres, comme par exemple dans les Évangiles, il est présenté en toute rigueur de forme. Chaque évangile, en effet, aboutit à une conclusion et, pour ce faire, se divise en majeure, mineure et conclusion, que l'on peut y retrouver facilement. Pierre Auriol développe la somme complète des vérités contenues dans la Bible en un polysyllogisme grandiose et il n'est pas sans intérêt de voir les plus hautes vérités naturelles et surnaturelles, coulées dans une forme mathématique et syllogistique.

Il faut mentionner encore quelques extraits et abrégés de telle ou telle partie du Compendium. Ainsi, le Paris, lat. 14 796, fol. 1-11 (xve siècle) contient, sous le titre : Divisio sacrœ Scripturœ Pétri Aurcoli, de courts extraits, une sorte de résumé sec et froid de l'ouvrage du maître franciscain, à partir du c. in jusqu'au prophète Malachie. Ce ms. débute : Considerandum est quod Scriplura diuina potest dividi in V 1 1 1 parles principales. —Un morceau du Compendium est aussi conservé dans le ms. 15, fol. 276-280 (xvc siècle) du New Collège d'Oxford; il a comme titre : Bibliorum

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sacrorum omnium argumenta secundum Petrum de Aureolo. Le traité des psaumes du Compendium est

également contenu dans le ms. 346, fol. 108-109, de la bibliothèque de Bourges. Il y est intitulé : Petrus Aureoli super libro psalmorum et présente quelques additions. D'après J.-H. Sbaralea, op. cit., t. n, p. 328, le Liber Apocalypsis de Pierre Auriol, contenu dans le ms. 409, fol. 150 sq.,de la bibliothèque de Tours, serait peut-être aussi un extrait du Compendium. Comme ce ms. porte comme litre : Secundum Aureolum liber Apocalypsis, il n'est pas exclu que ce soil un commentaire fait par un autre que Pierre Auriol, mais d'après l'exposé de l'Apocalypse fait par le maître franciscain. 8° Postilla super Isaiam prophetam. - D'après J.-H. Sbaralea, op. cit., t. n, p. 32(5, et X. Valois, op. cit., p. 516, le ms. S. Croce, Plut. 32, dext. 10 (xive siècle) de la bibliothèque Laurentienne de Florence renfermerait un exemplaire, malheureusement mutilé à la fin, d'une Postilla super Isaiam, qui porte le nom de Pierre Auriol et occupe 166 feuilles à deux colonnes. Il commence Doctrinam quasi prophetiam efjundam et relinquam illam quœrentibus Sapientiam (Eccl., XXIV, 46). Quia eximii prophela Isaiœ vaticitiivun..., et finit : Quod iste Ezechias haebbat in polestale sua infinilos.

9° Expositio epislolarum S. Hieronymi ad Paulinum et ad Desiderium. — N. Valois, op. cit., p. 517, a attiré le premier l'attention sur cet écrit qui, d'après lui, ligure, sous le nom d'Auriol, à la suite du Compendium sacrœ Scripturse, dans le ms. IX. 165 (xive siècle) de la bibliothèque Antonienne de Padoue. Il commence : Frater Ambrosius, etc. Ad evidentiam hujus epistolœ. Auriol y commente d'abord l'épître de saint Jérôme à saint Paulin, dans laquelle le grand docteur traite de l'étude de l'Écriture sainte. Cette épître de Jérôme a servi de préface, au Moyen Age, à un grand nombre de Bibles. Cf. Sam. Berger, Les préfaces jointes aux livres de la Bible dans les mss. de la Vulgate, dans Mémoires présentés par divers savants à V Académie des inscriptions et belles-lettres, Ire sér., t. xi, Paris, 1904, p. 21. Auriol cite lui-même cette épître dans son Traclatus de conceptione, c. i et, comme il s'intéressait beaucoup aux études bibliques, rien ne s'oppose à ce qu'il ait fait un commentaire sur cette épître.

Le même traité comprend aussi le commentaire de Pierre Auriol sur l'épître de saint Jérôme à Didier, qui n'est autre que la préface de Jérôme à sa traduction du Pentateuque. N. Valois, op. cit., p. 517.

10° Postilla lilleralis in Pentateuehum — Cité? par les continuateurs de J.-H. Sbaralea, op. cit., t. n, p. 328, elle serait conservée dans le ms. IX, 165, de la bibliothèque Antonienne de Padoue, à la suite du commentaire précité d'Auriol sur les épîtres hiéronymiennes. Elle débute : 7/7 principio creavit Deus, etc. Circa librum Genesis ista sunt. Comme nous n'avons pas pu contrôler cet ouvrage, nous n'oserions point affirmer que ce commentaire constitue un traité distinct du commentaire de Pierre Auriol sur la lettre de Jérôme à Didier. ou s'il faut l'identifier avec lui, d'autant plus que N. Valois ne le cite pas.

11° Recommendalio sacrœ Scripturœ. — Cet ouvrage, qui, jusqu'à N. Valois, a échappé à tous les bibliographes et qui est distinct du Compendium sacrœ Scripturœ, est conservé et attribué à Pierre Auriol dans le Paris, lat. 11 566, fol. 2-7 (xive siècle). Le titre qu'y porte cet ouvrage (fol. 184 v°) est cependant inexact. Il y est dénommé : Recommendalio et divisio sacrœ Scripturœ. Or, cet opuscule ne fournit aucune classification ni division des Livres saints, et il n'en contient que l'éloge, la recommendatio. Il débute : In me omnis spes vitœ et virlutis. Eccli., XXIV. Dicit Gregorius, omelia vil super Ezechielem : Divina eloquia cum legente crescunt, et finit : et foras non egredietur amplius,

sed in elernum regnabit cum Christo, quod nobis conceilnl Jésus Christus... Auriol y développe les avantages que nous relirons de la lecture de la Bible. L'un des avantages, comme le résume X. Valois, op. cit., p. 515- 516, est de guérir l'aveuglement qui résulte de la chute originelle : la lumière recommence à luire au milieu des ténèbres où nous étions plongés. La grande Ourse n'est pas la plus brillante des constellations; cependant, à cause du voisinage du pôle nord, c'est d'elle que ies marins se servent pour diriger leur course. Le pôle, c'est le Christ; la grande Ourse, c'est la Bible, dont tout le développement gravite autour du Christ. Et, de même que la grande Ourse se compose de sept étoiles principales, dont quatre forment une figure et trois une autre figure, l'Écriture sainte traite spécialement de sept vertus, parmi lesquelles il y a quatre vertus cardinales et trois vertus théologales; de ces dernières, c'est la charité qui se rapproche le plus du Christ, semblable à l'étoile de la grande Ourse la plus rapprochée du pôle. Auriol poursuit dans le même style imagé sa démonstration. En somme, il ne considère la Bible qu'au point de vue moral : tota enim sua intentio est ut, relicto bono commutabili, ad bonum incommutabile convertamur, fol. 2 v° b. Joseph enseigne la continence, Judith la modestie, Job la pauvreté. De la sorte, toutes les vertus sont préconisées dans les Livres saints.

D'après J.-H. Sbaralea, op. cit., t. n, p. 328, et N. Valois, op. cit., p. 516, note 2, il faudrait rapprocher de l'ouvrage précédent le ms. 12 4 (xive siècle) de la bibliothèque d'Erfurt, qui, aux fol. 142-164, contient une compilation ainsi décrite dans le catalogue de W. Schum (Beschreibendes Verzeichniss der Amplonianischen Handschriften-Sammlung zu Erfurt, Berlin, 1887, p. 383) : De peccatis sexualibus, de temptationibus Christi, de auctoritatibus Bibliœ, de turri virtutum, de commendatione sacrœ Scripturœ secundum doctrinam Pétri Aureoli.

12° Quodlibetum, conservé dans les mss. : Paris. lat. 14 566 (xive siècle), fol. 7-81, 15 867 (xive siècle), fol. 141-208, 17 485 (xive siècle), fol. 3-84; les mss. 180,-iol. 129 sq., 739, fol. 189 sq., 744, de la bibl. de Toulouse; le ms. 109 (xive siècle), fol. 23-90, de la bibl. de Clermont-Ferrand; le ms. Plut. 32, dext. 12, (xive siècle), fol. 95-137, de la 'Laurentienne de Florence; le ms. 136 (xive siècle), fol. 58-111, de la bibliothèque communale d'Assise; le Borgh. 123 (xive siècle), fol. 199 r° «-268 v° b, de la bibliothèque vaticane. Il faut noter que la copie du Paris, lat. 14 566 a été terminée au mois de mars 1349, que le ms. 739 de Toulouse remonte à 1335 et a été copié à Pérouse par un étudiant du nom d'Etienne de Villa, qui fut ensuite religieux dans le couvent de Montflanquin. X. Valois, op. cit., p. 504. Ce Quodlibet a été édité à Rome, en 1605, à la suite des IIe, IIIe et IVe livres des Sentences, par les soins de la Société des libraires de Saint-Thomasd'Aquin. Cette édition est dédiée au général des jésuites, Claude Aquaviva. Remarquons encore qu'il n'y a qu'un seul Quodlibetum avec seize questions et nullement seize Quodlibeta, comme plusieurs auteurs semblent l'admettre. Il débute : Proposai in animo meo investigare et quererc sapienter. Eecles., i, et ter-, mine : sieut partes continui suo modo sunt una quantitas indivisa in aetu.

Ce Quodlibet doit avoir été terminé en 1320. Pierre Auriol doit l'avoir composé après la seconde rédaction du commentaire sur le 1. I des Sentences, auquel il renvoie entre autres dans ce passage : De hoc tamen difjusius dictum est in prima quœslione 'de unitate Dei, dist. II (cf. Quodlibet, éd. cit., p. 131). Or, nous savons que cette seconde rédaction doit avoir été terminée vers 1318-1320. Ensuite, comme Auriol est devenu archevêque d'Aix le 27 février 1321 et qu'il est mort

PIERRE AURIOL. OUVRAGES AUTHENTIQUES

au début de janvier 1322. il doit avoir terminé sou Quodlibet avant son élévation à l'archevêché d'Aix. Tout porte doue à admettre qu'il l'acpmposé en 1320.

C'est d'ailleurs ce que confirme le Paris, lai. 17 4s:>, qui assigne 1320 comme date de composition. Xous y lisons, en effet : Explicit Quodlibet magistri Pétri Auriuli, ordinis fratrum minorum, editum et completum anno gratie MCCCXX. Fol. 84 v° b.

Pierre Auriol se propose dans ee Quodlibet de répondre à diverses questions qui étaient agitées à cette époque. Elles sont au nombre de seize et se rapportent à divers sujets métaphysiques, théologiques et psychologiques. Les titres de ces questions ont été édites par N. Valois, op. cit., p. 504-505. Les questions i-ii traitent de sujets communs à Dieu et aux créatures; m-v, de l'unité de Dieu et de la distinction à admettre entre les personnes divines; vi-vii, de l'âme rationnelle et intellective; vm-x, de la vision béatifique: xi-xv, de la vertu morale; xyi, de la forme des corps mixtes. Ce Quodlibet constitue donc en grande partie une collection de monographies qui se rapportent aux théories de la connaissance et à la métaphysique, à la psychologie et à la philosophie naturelle, à l'éthique et à la morale, à la théodicée et à la dogmatique.

Très souvent les problèmes qui sont traités dans ce Quodlibet se rattachent de manière étroite au commentaire de Pierre Auriol sur les Sentences, et y renvoient souvent d'une façon explicite. Cf. éd. citée, p. 23, 25, 26, 36, 40, 49, 104, 125, 131, 146, etc. De plus, le maître franciscain dirige les diverses questions de son Quodlibet non seulement contre des adversaires anonymes, comme le prouvent plusieurs formules employées, telles que : determinatioquœslionum nuper propositarum, disputatio, quœrebatur, etc., éd. cit., p. 1 et 4, etc., mais il attaque bien souvent de front des adversaires, qu'il cite par leur nom. Parmi ces derniers, il faut nommer le chancelier de Londres, Thomas de Wilton, appelé dans le Quodlibet Thomas Anglicus, p. 16, 113, 138, Noël Hervé, q. n, Henri de Gand, p. 100, Thomas d'Aquin, p. 89, 96, Godefroid de Fontaines, p. 90, et principalement Duns Scot et les scotistes, q. m, p. 33, 42; q. iv, p. 46; q. v, p. 54; q. x; cf. aussi p. 2 et 89. Pierre Auriol consacre toute la ire question à la réfutation de la doctrine scotiste touchant la distinctio formalis ex natura rei et les formalitates. Dans la q. xv, il réfute les attaques, menées par Thomas de Wilton, contre les considérations développées dans le prologue de la seconde rédaction de son commentaire touchant les rapports qu'il faut admettre entre la science et la théologie.

Signalons enfin que la ire question du Quodlibet : Ctrum in aliqua re formalitates et realitates distinguante, est contenue aussi dans le Vat. lut. 901, fol. 13 r°- 15 r° (xive siècle): cf. A. Pelzer, op. cit., p. 290. De plus, la q. ix, a. 4, correspondrait à la q. xi du Quodl. I de Sibert de Beka, de l'ordre des carmes. Seulement, l'exposé d'Auriol (cod. Borgh. 123) serait plus court et serait disposé autrement. Barth. M. Xiberta, De scriptoribus scholasticis sseculi Xiv ex ordine carmelitarum, Louvain, 1931, p. 149.

13° Quodlibetum abbreviatum ou Epitome quodlibeti. — A la suite de la Compilatio brevis super quœsliones quatuor librorum Senlenliarum, dont nous avons parlé, col. 1834, se trouve dans le Vat. lat. 9 Pi (xive siècle), fol. 87 v°-91 v°, un abrégé des questions du Quodlibet de Pierre Auriol. Le prologue étant omis, cet abrégé débute : Primo igitur querebalur utrum in aliqua re formalitates et realitates distinguantur et finit : sicui partes conlinui suo modo sunl una quantilus indivisa in actu. A la fin, on lit : Explicit quodlibetum abbreviatum domini fralris Pétri Aureoli archiepiscopi Aquensis et sacre théologie doetoris eximii. Ce ms. four-

nit l'abrégé de quelques questions du Quodlibet de Pierre Auriol, signalé plus haut. Nous disons « quelques questions », car, bien qu'au début de cet abrégé nous lisons : Incipit quodlibet magistri Pétri Aureoli a 17 distinction queslionibus, on ne trouve de fait que l'abrégé des questions ir,\ ne, mc, vie, vme, xi°, xve et xvie; les autres questions y sont omises. Cet abrégé du Quodlibet, comme la Compilatio brevis super qusestiones quatuor librorum Sententiarum, n'a pas été composé par Pierre Auriol lui-même, mais par un autre auteur, probablement un frère mineur, du xive siècle, appelé Gérald, d'après le P. Pelster, dont nous avons cité l'opinion plus haut.

14° Quœstiones diversœ. — A la suite d'un fragment du commentaire de Pierre Auriol sur le 1. II des Sentences, signalé plus haut, le ms. 63, du Balliol Collège d'Oxford, contient, fol. 19,20, et 86, sous le nom d'Auriol, trois questions philosophiques, qui n'appartiennent à aucun des ouvrages connus du maître franciscain. N.Valois, op. cit., p. 507. Ces trois questions sont : 1. Utrum virtus in quantum virtus sit ens per accidens, (et nullement : Utrum verilas sit ens per accidens, comme le dit N. Valois, ibid.); 2. Utrum aclio différai a forma agentis, tanquam res alia; 3. Utrum videns Deum videat omnia que in ipso representantur? Ces trois questions sont attribuées explicitement à Pierre Auriol. Au début de la q. i, on lit : Ejusdem (Pétri Aureoli) determinatio ; avant la q. n : Pétri Aureoli, et avant la q. m : Pétri Aureoli questio. Ces trois questions débutent tour à tour : Quia sic, quod includilur; Quod non, quia modus rei non est; Quod sic, videns représentons necessarium. Ensuite, après l'énoncé de la ire question, on lit : contra Thomam de Wyllon. La q. i vise donc Thomas de Wilton, qui, à son tour, prend Auriol à partie dans une question conservée dans le même ms., fol. 19 v° : Thomœ de Wylton utrum habitus theologicus sit practicus vel speculativus contra Aureolum. Ce Thomas de Wilton est souvent cité et réfuté par Jean Baconthorp, dans Quœstiones in libros Sententiarum, In II Sent., dist. XIX, q. i, a. 2, et dist. XXIV, q. i, a. 1, dans l'édition de Crémone, t. n, 1618, p. 585, 602, etc. Il fut chancelier de Londres, séjourna à l'université de Paris et obtint, à cet effet, une dispense du pape le 20 août 1320. Chart. univ. Paris., t. n, p. 240. Il dut rencontrer Auriol à Paris et il est l'auteur que ce dernier attaque et réfute bien souvent dans son Quodlibet, sous le nom de Thomas Anglicus, comme nous l'avons exposé plus haut. La ne question argumente contre Noël Hervé et la me contre les scotistes.

Notons toutefois que Pierre Auriol a traité ces mêmes arguments dans trois questions de son Quodlibet; à la q. xi : Utrum virtus in quantum virtus sit ens per accidens; à la q. n : Utrum actio agentis différât realiter ab agente; à la q. x : Utrum videns divinam essentiam videat necessario quidquid represenlatur per eam. A lire les titres de ces questions du Quodlibet on est enclin à considérer les trois questions citées comme extraites du Quodlibet. Les continuateurs de J.-H. Sbaralea affirment cependant qu'elles en sont complètement distinctes et plus étendues. Op. cit., t. il, p. 328. Comme nous n'avons pas eu l'occasion d'instituer la comparaison entre ces questions, nous ne pouvons nous prononcer avec certitude. D'après N. Valois (op. cit., p. 508), les trois questions citées feraient peutêtre partie d'un recueil, perdu jusqu'ici, mais cité par Jean Baconthorp sous le titre de Parvœ quœstiones. In III™ Sent., dist. II, q. il, a. 1, éd. citée, t. il, p. 20-21.

15° Sermones. — Le récit des fait s survenus à l'occasion d'un sermon de Pierre Auriol, prononcé le 8 décembre 1314, ci-dessus, col. 1813, démontre que le maître fran ciscain devait jouir, vers cette époque, d'une renommée assez étendue comme orateur et prédicateur. De plus, d'après le témoignage de Wadding, op. cil..

PIKKRK YUKIOL. OUVRAGKS DOUTKUX

p. 185, de Trithème, De scriptoribus ecclesiaslicis, col. 544, de Du Boulay, Historia uniuers. Paris., t. iv, p. 985, du Gallia christiana, t. i, col. 321, il aurait existé un recueil manuscrit de Sermones de tempore de Pierre Auriol, conservé jadis dans la bibliothèque du couvent des frères mineurs de Sécz. Un recueil analogue, commençant au dimanche de la Sexagésime pour se terminer au jour des morts, est contenu de nos jours dans le ms. 522 (xv siècle) de la bibliothèque communale d'Assise. Cette collection, intitulée Sermones fr. P. Aureoli, débute : Cum lurba plurima convenirent et de civitatibus properarenl. Un autre recueil de 92 Sermones de tempore, depuis l'Avent jusqu'au xxive dimanche après la Pentecôte, attribués à un certain Pierre; frère mineur, est conservé dans le cod. lut. VI, 36 (fol. 7-70) de la bibliothèque Martienne de Venise. Les auteurs,, toutefois, sont fortement divisés au sujet de l'identification de ce frère Pierre. Tandis que les uns y voient Pierre Auriol, d'autres l'identifient soit avec Pierre de Padoue, Pierre aux Bœufs, Pierre de Blansaco, Pierre de Colle, Pierre de Saxe, soit enfin avec Pierre de Lille. Cf. J.-H. Sbaralea, op. cit., t. ii, p. 328 et 355. Enfin, dans l'édition des sermons de saint Bonaventure, faite à Bâle, en 1502, neuf sermons de Pierre Auriol seraient intercalés entre ceux du Docteur séraphique, mais attribués explicitement à Auriol. De ces neuf sermons, il y en a un pour la Nativité, fol. 11-14, un pour l'Epiphanie, fol. 16-19, un pour le lundi saint, fol. 45-47; un pour le jeudi saint, fol. 53; deux sur l'eucharistie, qui doivent avoir été prononcés également le jeudi saint, fol. 54-57 et fol. 57-60; un pour le samedi saint, sur la compassion de la Vierge, fol. 87-90, et deux pour la fête de l'Ascension, fol. 119-122 et 122-125 (cf. S. Bonaventurœ opéra omnia, t. ix, Quaracchi, 1901, p. xi et xm). D'après les continuateurs de J.-H. Sbaralea, op. cit., t. n, p. 328, les deux derniers sermons sur l'Ascension seraient probablement aussi contenus dans l'ouvrage du P. Mathias Bellintani, O. M. Cap., intitulé : In sermones doctoris S. Bonaventurse et in evangelia de tempore a Paschate usque ad Advenlum scripturales introductiones, Venise, 1588, col. 188-206.

Selon N. Valois, op. cit., p. 517-518, « le ton des sermons de Pierre Auriol est sérieux, pieux, quelquefois touchant. On n'y trouve aucune de ces saillies ou de ces vulgarités qui ont été signalées chez Jacques de Lausanne, non plus qu'aucun de ces traits de mœurs, qui rendent si instructive la lecture de certains sermonnaires de l'époque antérieure. La philosophie s'y révèle à peine par de rares citations d'Aristote. Par contre, la subtilité et le mauvais goût, dont on a rencontré maintes traces dans les traités d'Auriol, se reconnaissent en plusieurs passages. Ses discours devaient être interrompus parfois par des chants sacrés. C'est ainsi qu'au milieu d'un des sermons du jeudi saint se lisent deux strophes du Lauda Sion, suivi d'une hymne, où l'on reconnaît des emprunts au Pange lingua (cf. édit. citée, fol. 53). » Ce jugement de Valois n'est basé que sur les neuf sermons imprimés d'Auriol.

Quant aux Sermones de immaculala conceptione, que J.-H. Sbaralea mentionne et qu'il affirme, sur le témoignage d'E. du Pin, avoir été imprimés à Toulouse, en 1514, les continuateurs du même Sbaralea pensent qu'il faut identifier ces sermons avec le Tractatus de conceptione, qui, dans le cod. 428 de Chartres est intitulé : Sermo de conceptione Virginis, et avec le Repercussorium. Sbaralea, op. cit., t. n, p. 328.

//. OUVRAGES DOUTEUX ET APOCRYPHES. — 1° Ex-

planatio epislolx sancti Bernardi ad canonicos Lugdunenses. — Jusqu'à ces derniers temps, cet opuscule a été généralement attribué à Pierre Auriol : on le trouvait dans les mss. et les éditions, à côté d'autres

ouvrages du maître franciscain et, d'autre part, l'on confondait Pierre Auriol et Pierre de Verberie. Ainsi, le cod. 1049 de la bibliothèque de Troyes, à côté du commentaire de Pierre Auriol sur le 1. I des Sentences, contient également ce petit commentaire sur la lettre de saint Bernard. Il y est toutefois anonyme. De même, dans le cod. lat. 24 835 de la bibliothèque de Munich se lit, avec le Tractatus de conceptione, VExplanatio epislolse sancti Bernardi, qui y est également anonyme. L'édition incunable de Mayence du Tractatus de conceptione, contient aussi le commentaire sur la lettre de saint Bernard, attribué cette fois à Pierre de Verberie, au début : Declaratio sententiie beati Bernardi de hac re Pétri de Verberia, et à la fin : Ista scripsil et compilavit fr. Petrus de Verberia anno 1338. Enfin, les Monumenta antigua seraphica pro immaculata conceptione B. M. V., de Pierre de Alva et Astorga, imprimés à Louvain en 1665, en dehors du Tractatus de conceptione et du Repercussorium de Pierre Auriol, ainsi que In IIIam Sent., dist. III, q. i, donnent également le petit commentaire sur la lettre de saint Bernard avec la mention : Declaratio sententisc beati Bernardi de hac re Pétri Aureoli de Verberia, et avec la finale : Ita scripsit et compilavit f rater Petrus Aureoli de Verberia anno 133 8. Depuis lors, on a confondu généralement Pierre Auriol avec Pierre de Verberie; on a fait naître Pierre Auriol à Verberie-sur-Oise, en Picardie; on lui a attribué la Declaratio epistolie beati Bernardi. Le petit commentaire sur la lettre de saint Bernard, attribué à Pierre de Verberie, étant intimement uni aux traités sur l'immaculée conception de Pierre Auriol, et Pierre de Verberie étant un théologien inconnu et ignoré, on aura considéré ces deux Pierre comme un seul et même individu et on les aura confondus dans la personne du plus célèbre des deux, à savoir dans celle de Pierre Auriol, tout en croyant que la dénomination Pierre de Verberie désignait le lieu d'origine de Pierre Auriol.

Cependant, VExplanatio epislolse beati Bernardi, dans laquelle saint Bernard s'oppose à la célébration de la fête de la Conception de la sainte Vierge et engage les chanoines de Lyon à s'abstenir de cette célébration, ne peut être attribuée à Pierre Auriol. Dans cette Explanatio, les objections et les attaques de saint Bernard contre la célébration de la fête de l' Immaculée-Conception sont réfutées. Auriol, il est vrai, s'est préoccupé également de la réfutation de ces difficultés dans les c. iv et vi du Tractatus de conceptione, mais il le fait dans des termes complètement différents de ceux qu'on lit dans VExplanatio epistolas beati Bernardi.

Ce commentaire doit probablement être considéré comme une œuvre de Pierre de Verberie de l'ordre du Val-des-Écoliers, qui aurait vécu vers 1334. D'après Denifle-Chatelain, Chart. univ. Paris., t. n, p. 428 sq., Pierre de Verberie est cité parmi les vingt-neuf maîtres en théologie de Paris qui, le 2 janvier 1334, envoyèrent une lettre à Philippe VI, roi de France, au sujet de l'état des âmes après la mort. Bien ne s'oppose — ni la tradition manuscrite, ni la tradition imprimée, ni les dates biographiques et bibliographiques — à l'attribution de ce commentaire à Pierre de Verberie. L' Explanatio epistolœ beati Bernardi, en effet, est anonyme dans les mss. que nous en connaissons; elle est attribuée explicitement à Pierre de Verberie dans l'incunable de Mayence; la date de composition de 1338, fournie par le cod. lat. 24 835 de la bibliothèque de Munich et par l'édition de Pierre de Alva et Astorga, s'accorde parfaitement avec les dates connues de la vie de Pierre de Verberie. Rien ne s'oppose donc qu'en 1338 il ait composé ce commentaire sur la lettre de saint Bernard aux chanoines de Lyon.

2° Postilla super Job. — Ce traité, dont le prologue

IMKKRK WKlOL. OUVRAGES DOUTEUX

débute : Sicut in rébus quse naluraliter generantur, et le commentaire : Vir erat in terra H us, doit être attribué à saint Thomas d'Aquin. Tous les anciens catalogues considèrent ce commentaire comme un ouvrage du Docteur angélique; en 1562, il fut imprimé à Home sous le nom de saint Thomas et, à partir de celle époque, il a toujours été réédité parmi les œuvres authentiques du Docteur angélique; cf. édition Vives, t. xvm, Paris, 1875, p. 1-227. Voir Quétif-Échard, Scriptores ordinis prwdicalores, t. i, p. 323; Oudin, Scriptor. eccles., t. m, col. 310-311 ; Pierre Mandonnet, Des écrits authentiques de saint Thomas d'Aquin, dans Revue thomiste, t. xvn, 1909, p. 170-171, 682, et dans la 2e édition revue et corrigée, Fribourg (Suisse), 1910, p. 105 et 124.

3° Logica conservée dans le Vat. lat. 946, fol. 1-15 ixiv siècle). Ce traité y commence : Ad rudium erudiclioncm (l)el mei exercitationem opusculum super logieam componendum decrevi, agrediens quidem rem michi nmnino difjicilem atque lam michi quam ceteris parvulis lacté indigentibus utilem, et finit : débet dicere quod est albus et non musicus et sic de similibus est dicendum. Et hec de fallaeiis dicta su/Jiciant. Explicit traclatus super logicam. Deo gracias. Amen. Il comprend trois parties dont la Ire traite des termes en quatre chapitres, la IIe des propositions en six chapitres, la IIIe des arguments en quatre chapitres. Ce traité y est anonyme et le nom d'Auriol n'y figure que dans un titre ajouté plus tard, par une main du xvie ou du xvne siècle. Rien n'autorise donc à attribuer ce traité à Pierre Auriol. D'après A. Pelzer, op. cit., p. 385, il devrait très probablement être attribué au même frère mineur anonyme, qui, dans le même ms., a composé des abrégés de plusieurs ouvrages de Nicolas Bonet, à savoir Epitome philosophise naturatis, metaphysicx, theologiœ naturatis. Ibid., p. 386-387.

4° Compendium librorum quatuor Sententiarum, contenu dans le ms. 38 de Nîmes; le Vat. lat. 944, fol. 1 r°-20 v°; le ms. 259 (294) de Chartres; le cod. .Edil. 69 de la bibliothèque Laurentienne de Florence. Le premier ms. commence avec emphase : Pelrus Aureolus, imitator S. Thome, compilavit hoc opus ad honorem Francisci, palris eius, librorum I V Sententiarum compendium, quod p(r questiones (lacune) et conclusiones veridicas féliciter incipit. Après ce titre, le Compendium débute : Cupientes aliquid de penuria ac de lenuilate nostra cum paupercula in gazophilalium domini millere, Luc, il, ardua scandere opus ultra vires noslras agere presumpsimus, et termine : L'nde ignis itle erit turbidus et fumosus et jetulentus a quo nos libère! dominus noster Jésus. L'explicit du Vat. 944 est aussi emphatique que le début du ms. 38 de Nîmes et est plein d'éloges pour ce Compendium : Explicit lectura Pétri Aureoli sacre tehologie (!) professoris ordinis minorum super primo, 11°, III" et IV0 libris magislri Sententiarum et per consequens super loto, que quidem leclura lola est aurea, quia brevissimo verborum ornatu omnium doctorum antiquorum opiniones récitât et maxime beuti Thome et beati Bonavenlure approbando verissimis ralionibus semper veriorcm. Laus Ueo. Amen. A la lin de chaque livre, on lit : Explicit leclura Pétri Aureoli super I" (11° 111°) libro Sententiarum, que est nurca. A la fin du cod. 259 (254) de Chartres, se trouve l'explicit significatif : Conclusiones fralris Bonavenlure de ordine jralrum minorum super IV0T libros Sententiarum, optimum opus. tandis qu'au début du ms. de Florence une seconde main a ajouté : Ilinerarium S. Thome seu Bonevenlure, et à la fin : Explicit ilinerarium S. Thome, secundum alios Bone venture... anno Domini 1442.

Jusqu'ici, ce Compendium a universellement été attribué à Pierre Auriol, qui l'aurait composé avant sa venue à Paris, en 1316. R. Dreiling, op. cit.. p. 27-29.

D1CT. DE THÉOL. CATHOL

et Fr. Pclster, op. cit., p. 465, ont émis des doutes au sujet de l'authenticité de ce commentaire. A notre tour, nous ne pouvons admettre l'attribution de ce Compendium à Pierre Auriol. D'abord, le titre OU I'i'ncipit du cod. de Nîmes ne peut venir d'Auriol. Le nom du Docteur angélique y est précédé du qualificatif de « saint ». Or, Thomas d'Aquin ne fut canonisé qu'en 1323, donc après la mort du maître franciscain. Ensuite, l'épithètc d'imilalar S. Thomiv ne convient nullement à Pierre Auriol qui, dans tous ses écrits, s'est comporté en adversaire acharné du Docteur angélique, même dans ses premiers ouvrages, le Traclatus de principiis et le Bepercussorium. Dans l'explicit du Val. lat, ->44, on affirme que l'auteur du commentaire s'est complu à développer spécialement les théories de Thomas et de Bonaventure. Or, de la lecture des œuvres de Pierre Auriol, il résulte que Bonaventure n'y occupe que la troisième place, tandis qu'il réserve la première à Duns Scot. Notons encore que les derniers exemplaires manuscrits cités sont anonymes et que les rubriques ajoutées considèrent ce Compendium comme un abrégé du commentaire de Bonaventure sur les Sentences. Cette opinion est également partagée par les éditeurs des œuvres du Docteur séraphique; cf. S. Bonavenlurœ opéra omnia, t. i, Quaracchi, 1882, p. lxvilxvii. Ensuite, le zèle avec lequel l'auteur du Compendium expose et embrasse les opinions de saint Thomas et de saint Bonaventure ne concorde point avec l'impression dominante, qui se dégage de la lecture des autres ouvrages de Pierre Auriol, même des premiers. Dans toutes ses œuvres, le maître franciscain veut se frayer une voie personnelle, conserver son individualité et son opinion personnelle dans toutes les questions qu'il traite et ne dépendre formellement d'aucun autre philosophe ou théologien. Il se fait gloire, dans tous ses autres écrits, d'avancer sa propre opinion qu'il s'attache à justifier et à défendre. Enfin, ce commentaire diffère entièrement et se sépare complètement du texte des autres commentaires connus de Pierre Auriol, et l'énoncé des questions exposées dans le Compendium ne concorde en rien avec les mêmes questions des autres commentaires du docteur franciscain. Ainsi, il n'y a aucune concordance entre la q. i, citée plus haut, du commentaire de Pierre Auriol sur les quatre livres des Sentences et la q. i des quatre livres de ce Compendium, qui, pour le 1. I écrit : Utrum prêter doclrinas philosophicas jsit necessaria doclrina Scripture sacre; pour le 1. II : Utrum sint plura principia vel unum tantum; pour le 1. III : Utrum juerit congruum deum incarnari; pour le 1. IV : Utrum sacramentel fuerint necessaria. N. Valois, qui avoue avoir comparé plusieurs questions du Compendium avec celles du commentaire imprimé de Pierre Auriol, reconnaît luimême qu'il n'a pu découvrir aucune ressemblance. Op. cit., p. 507. Il persiste néanmoins à attribuer ce Compendium à Pierre Auriol et à le considérer comme une œuvre de sa jeunesse. Quant à nous, pour toutes les raisons exposées plus haut, nous croyons plutôt que ce Compendium constitue un commentaire abrégé des Sentences, se rapprochant de celui de saint Thomas et surtout de celui de saint Bonaventure et composé probablement vers la fin du xive ou au début du xve siècle. Le cod. .Edil. 69 de la Laurentienne de Florence porte 1442. .Mais cette dernière date peut aussi être l'année à laquelle le commentaire a été copié.

Du fait que le ms. 38 de Nîmes et le Vat. lat. 944 attribuent ce Compendium explicitement à Pierre Auriol et que, même à la fin de chaque livre du Vat. lat., on lit : Explicit lectura Pétri Aureoli, le P. Fr. Pelster émet l'hypothèse que, peut-être, ce commentaire fut composé à la fin du xive siècle par un autre Pierre Auriol, plus récent que le maître franciscain. Cette hypothèse, dit-il, ne présente rien de singulier, parce

r* i j-; u u i-; auhiol. doctkim-:

que le nom d'Auriol était très répandu au sud de la France. Op. cit., p. 465. Cette opinion, toutefois, ne dépasse guère la valeur d'une hypothèse.

5° Compendium théologies veritaiis, qui, au eours des siècles, a été attribué tour à tour à Thomas d'Aquin, Albert le Grand, Bonaventurc, Hugues de Saint-Cher, Thomas de Sutton, Pierre de Tarentaise, Gilles de Rome, Pierre Thomas, etc., et que Pelbart de Temesvar a cité, par mégarde, sous le nom de Pierre Auriol, Aureum sacrée theologiœ rosarium, t. il, Brescia, 1590, fol. 1 b, 318 b, 319 a. il a été restitué définitivement à Hugues Ripelin de Strasbourg, O. P. Voir Quétif-Échard, op. cit., 1. 1, p. 470-471; Fél. Lazard, dans Histoire littéraire de la France, t. xxi, Paris, 1847, )). 157-163; L. Plleger, Der Dominikaner Hugo von Slrassburg and das Compendium theologicie veritatis, dans Zeitschr. fur kathol. Theol., t. xxvm, 1904, p. 429- 440; M. Grabmann, Sludien ùber Ulrich von Slrassburg, ibid., t. xxix, 1905, p. 321-330; A. Hauck, Hugo Ripelin, dans Zeitschr. fur Kirchengeschichle, t. xxxn, 1911, p. 378-385.

6° Compendium theologiœ in VIII libros parlilum, attribué à tort par L. Wadding, Scriptores O. M., Rome, 1906, p. 185, à Pierre Auriol. Le Compendium theologiœ Pétri Aureoli, qui, selon Sbaralea, était conservé dans la bibliothèque Antonienne de Padoue, n'y existe pas (cf. Ant. M. Josa, / codici mss. délia biblioteca Antoniana di Padova, Padoue, 1886); Cas. Oudin, op. cit., t. m, col. 857, l'identifie avec le Compendium bibliorum qui est conservé dans la bibliothèque Antonienne.

7° De decem prœceptis, conservé dans trois mss. de la bibliothèque Bodléienne d'Oxford : le Bodl. 400, fol. 1-49; le Bodl. 687; XeDigby 173, fol. 10-59, et dans le cod. 13, fol. 103-150, de Magdalen Collège d'Oxford. A la fin du Bodl. 400, on lit de la même main que le texte : Explicii tractatus de decem preceplis secundum Petrum de Aureolis. Les trois autres copies de ce traité sont anonymes. Le Bodl. 400 débute : Non habebis dcos alienos. Exod. XX. In hoc primo mandato, sicut liquet ex glosis, precipilur unius solius Dei veri cullus, et il finit : ausus est presumere divinitatem ut, quia celeros vidit injeriores, seipsum profert ut Deum. A défaut de preuves apodictiques, nous préférons reléguer ce traité parmi les écrits incertains de Pierre Auriol. Un ancien catalogue attribuait ce traité à Robert Grossetête. G.-D. Macray, Catalogi codicum mss. Angliœ et Hiberniœ, t. i a, Oxford, 1697, p. 117, n. 2231.

8° Un De baptismo, d'après J.-H. Sbaralea, op. cit., t. il, p. 325, serait conservé dans le cod. 522 de la bibl. municipale d'Assise, avec les sermons de Pierre Auriol. De fait, il ne se trouve pas dans ce ms. et n'est pas signalé non plus dans le catalogue de L. Alessandri et G. Mazzotini, Invcnlario dei manoscrilti délia biblioteca dei convenlo di S. Francesco di Assisi, Forli, 1894, p. 84. « A vrai dire, écrit N. Valois, l'incipit, reproduit par Sbaralea : Ad regenerationem Xristi mgsterium contemplandum fuit facta questio : utrum baptismus, quo Xristus fuit baptizatus, fuerit eiusdem rationis cum baptismo, quo nos baplizamur, donne l'idée d'une « question » relative au baptême, plutôt que d'un traité complet, et la question est une de celles auxquelles Auriol a répondu dans son commentaire des Sentences, In IV"'" Sent., dist. II, a. 3, éd. citée, p. 37 b, De baptismo Joannis, utrum fuerit verum sacramentum. » Op. cit., p. 519.

9° Rosœ distinctiones. - - D'après L. Wadding, Scriptores ord. minor., Rome, 1906, p. 185, un exemplaire de ce traité était conservé de son temps dans le couvent des frères mineurs de Séez, et il y aurait, dans la Summa angelica de Ange de Clavasio, de fréquents renvois à ce livre. N. Valois, op. cit., p. 519, fait remarquer toutefois qu'il a cherché en vain ces renvois men-

tionnés par Wadding et qu'il n'a pu découvrir, dans l'ouvrage de Ange de Clavasio que des citations du commentaire de Pierre Auriol sur les Sentences. D'après N. Valois (ibid.), il serait difficile d'assimiler, comme l'a fait J.-H. Sbaralea, op. cit., t. n, p. 325, ce traité à la Posa distinclionum Pétri cardinalis, qui aurait existé autrefois à la bibliothèque Santa Croce de Florence, mais qui, dès le temps de Sbaralea, en avait disparu. Il est encore plus invraisemblable de supposer avec F. Stanonik, op. cit., p. 496, que ces Rosœ distinctiones sont un extrait de la question v du Quodlibel de Pierre Auriol, parce que, dans un passage de cette questionne maître franciscain prend l'exemple de la rose (éd. citée, p. 58 a) : Primus [conceptus J individui signati de hac rosa concipilur; secund'js vagi, dum concipilur rosa qu.edam; terlius naturœ spécifiées, dum concipilur rosa simpliciter... C'est d'ailleurs un passag- très court qui ne peut point constituer le traité Rosœ distinctiones.

10° Diœta salutis. — Cet ouvrage, qui a été attribué à saint Bonaventure dans l'édition de 1496, à Lyon, et a été souvent, réimprimé dans la suite, sous le nom du Docteur séraphique, est attribué à Pierre Auriol dans le cod. /;', / V, -5 de la bibliothèque de l'université de Cambridge. N. Valois, op. cit.. p. 520. C'est le seul ms. connu qui l'attribue au maître franciscain. Dans les autres mss., cet ouvrage est ou bien anonyme (par exemple Bodl. 400, fol. 50-66, incomplet), ou bien attribué à Guillaume de Lanicia, O. F. M. (par exemple, le cod. 168 de la bibliothèque universitaire d'Utrecht, loi. 1 r° a-87 v° b). Ce traité commence : Hec est via, ambulate in ea, neque ad dextram, neque ad sinistram. Ysa., xxx. Magnam misericordiam fecil qui erranti viam ostendit et maxime de nocte, et finit : Omnes enim peccaverunt et egent gloria Dei, i. e. misericordia que est infinita, ad quam gloriam nos perducat et participes efficiat doctor illius choree Jhesus Xrislus, filius virginis Marie cui cum Deo Pâtre et Spiritu Sancto uni soli Deo vivo et vero est honor et imperium et maiestas per infinita secula seculorum. Amen. Il est divisé en dix chapitres qui traitent tour à tour des vices et des péchés, de la pénitence, des préceptes, des conseils, des vertus, des dons, des béatitudes, des fruits du Saint-Esprit, du jugement, de l'enfer et du ciel. Aujourd'hui, on s'accorde généralement, sur la foi du plus grand nombre des mss., à attribuer cet ouvrage au frère mineur Guillaume de Lanicia. Hanréau, dans Hist. litt. de la France, t. xxvi. p. 552-555; S. Bonavenlurœ opéra omnia, t. x, Quaracehi, 1902, p. 24; J.-H. Sbaralea, op. cit., t. i, Rome, 1908, p. 163. 11° Computus fratris P. ad episcopum Claromontensem, conservé dans le cod. 174 de la bibliothèque communale d'Assise, fol. 95-101. Il débute : Verbum abbreviatum quod feci super compulum vobis pater et domine domine A. dei gratia episeopo Claromontcnsi. Plusieurs auteurs ont identifié le frère P. de la dédicace avec Pierre Auriol et lui ont attribué cet ouvrage. D'après F. Stanonik, op. cit., p. 498, il serait difficile de déterminer à quel évêque de Clermont cet écrit 'est dédié, puisque, entre 12S6 et 1336, on en connaît trois dont le nom commence par A. : Adhémar ou Aymar (1286- 1297), Aubert (1307-1328) et Arnaud (1328-1336). Ces . trois noms, cependant, n'offrent aucune difficulté pour l'attribution de ce traité à Auriol, comme Stanonik le suppose, puisque l'évêque Aubert seul peut être désigné, dans le cas où il faudrait attribuer cet ouvrage à iPerre Auriol. Il n'existe cependant pas de preuves positives pour considérer avec certitude le maître franciscain comme l'auteur de ce traité.

III. Position doctrinale. -- Quel que soit le nombre de traités attribués indûment ou sans raison suffisante à Pierre Auriol, il reste néanmoins, comme nous l'avons exposé, l'auteur incontesté d'un nombre

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