‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 106 sur 437 · IS · texte numérisé non relu

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PIERRE .WIlloL. LES PROBLÈMES THÉOLOGIQUES

nécessairement tout le monde à la connaissance de Dieu : Constat quod omnes (/entes et omnis lingua et omnis natio, quœ unquam fi it. est, vel ent, imaginatur àliquan sibi Deum; ergo aliquem Deum esse est per se notum. - - b / C'est une vérité naturellement, universellement admise et connue par soi qu'il faut honorer Dieu. Comme eetle proposition inclut nécessairement l'existence de Dieu, il faut que l'existence de Dieu soit également connue par soi et immédiatement par tous. — c) L'examen du problème de la quiddité de Dieu présuppose l'existence de Dieu. Puisqu'il est établi que tous les peuples ont cherché à comprendre et à pénétrer l'essence de Dieu, ils admet lent tous l'existence de Dieu. Cf. Ben. Lindner, op. cit., p. 91, 104, 134.

Toutefois, du concept même de Dieu, on ne peut point déduire que Dieu existe. Même quand on admet que le concept de Dieu se fonde sur le concept necessc esse, qui inclut l'existence, ou sur le concept quo ma jus eogitari non poiest, il n'est pas évident ni prouvé que ces deux concepts sont possibles et n'incluent aucune contradiction. Ainsi, il est faux qu'un âne, auquel on a mis des ailes, peut voler, bien que le prédicat soit contenu dans le sujet. Même si la proposition quu majus eogitari non potest contenait l'existence, on ne peut pas en déduire que la proposition Deus exislit est évidente dans l'actualité réelle des choses. In I Sent., p. 145 b.

L'homme arrive cependant à la vérité et à l'évidence «le l'existence de Dieu, d'une façon naturelle, par un syllogisme imperceptible et pour ainsi dire inconscient. Nous voyons que les êtres sont meilleurs les uns que les autres, nous voyons que tous les hommes tendent vers le meilleur, le plus parfait. Or, ce meilleur, ce plus parfait, ils l'appellent Dieu. De la sorte, naît le principe admis par tous les peuples : il faut adorer cet être le plus parfait et lui faire des sacrifices : Tertia autem propositio est, quocl hœc propositio (scil. Deus est) vera est ex quodam impereeptibili syllogismo. In I Sent., p. 146 a.

Du concept et du nom de Dieu. Auriol soutient que les peuples originairement se forment, sous le nom de Dieu, un concept confus d'un être déterminé, avec l'exclusion des concepts d'acte pur, d'infini, etc., parce que, par ces derniers concepts, on définit déjà l'essence de Dieu exprimée par le simple nom. Le simple nom de Dieu fait également abstraction de son existence et ne donne qu'une idée confuse et indéterminée d'un certain être appelé Dieu. Par l'intermédiaire d'un syllogisme imperceptible et quasi inconscient on arrive à la connaissance de l'existence de Dieu. Mais la véritable nature divine nous échappe : De Deo milita cognoscimus... per illud nomen (scil. Deus) cognoscimus formando nobis conceptum cujusdam enlis, quod Deus nominatur... Ulterius enirn novimus si est, et démonstrative et ex syllogismo impereeptibili sub ratione cujusdam summi.quid autem rei, quod ml aliud est quam propria ejus natura, distincte et explicite nota, laie inquam quid, nos nescimus. In I Sent., p. 1 18 a. On peut donc arriver également démonstrative à la certitude de l'existence de Dieu.

Auriol rejette cependant la valeur probante de l'argument, tirée de la vérité relative existant dans les hommes, pour conclure à l'existence do la vérité substantielle : Dieu. On ne peut conclure, dit-il, du général à l'existence du particulier. / Sent., p. 146 b. Pour connaître et saisir la vérité communiquée, il ne faut point remonter à l'exemplaire primitif, puisqu'on peut la trouver aussi dans une copie : Nec oportet, si débet inlelligi veritas exemplata, quod recurratur ad exemplur, quia potest legi in libro exemplaio sine reeursu ad librum, unde scriplum est. In I Sent., p. 147 a.

De fait, et en réalité, il ne peut exister qu'un seul Dieu, parce que l'essence de Dieu répond adéqua-

tement au concept de l'être et contient éminemment toute réalité exprimée par ce concept, de telle sorte qu'il doit être nécessairement unique et seul dans son espèce; tous les autres êtres peuvent avoir des coindividua, parce qu'ils ne possèdent qu'une partie de la nature spécifique, In II Sent., p. 118 b; In l Sent., p. 166 />. QuodL, p. 58. lui Dieu, l'essence ne se distingue pas de son existence, la faculté de connaître s'identifie avec l'objet connu : In prima forma esse est quidditas ejus; ...quod intclleelus et inlelleetum sunt idem... hoc reperilur simpliciter in prima subslanlia tantum. In II Sent., p. 118 b. Dieu est entièrement simple et exclut toute division; en lui. il n'y a pas de distinction de matière et de forme; en lui, il n'y a pas de puissance, mais rien que l'acte : Sola prima substantia, quœ csl Deus, est simpliciter abstracta a materia et nulla alia... Sola quidditas primée formée est hoc modo denudula ab omni addita ratione... Sola prima forma est libéra simpliciter ab omni materialitate et potentia. Ibid.

Pierre Auriol rejette toute distinction réelle et de raison entre l'essence divine et les attributs divins, ainsi qu'entre les attributs eux-mêmes. Pluralilas quidem ponenda non est absque causa, quia frustra fit per plura, quod fieri potest per paueiora. Sed declaratum es! quod omnia, quœ compctunl allributis, saloari possunl per rationem unicam Deitatis absque omni mulliplieilate intrinseca rei vel ralionis sola multiplicilatc existenle extrinseee et pênes connotatum. Sic solum per unicam rationem Deitatis œque possunl cuncta salvari, ac si ponerelur acervus innumerabilis ralionum, immo mullo eongruentius etdignius hoc fit propter majorera simplicitatem, imitaient et nobilitatem deificse ralionis, quœ una et simpliciter existens eril omnis perfectio, ut declaratum est. In I Sent., p. 1077 a.

Par rapport à la science divine, Auriol affirme : Deum extra se nihil cognoscere lerminalive, sed solum dii'inam essenliam terminare inluitum divinum (Barth. M. Xiberta, (>. Carm., De scriptoribus scholasticis sœculi XI v ex ordine carmelilarum, dans Bibliothèque de la Rev. d'hist. ecclés., fasc. 6, Louvain, 1931, p. 437). Il étend la connaissance de Dieu aux singularia signala et demonstrata, parce que, par la connaissance-du singulier, on connaît les choses telles qu'elles sont, tandis que par le concept universel on connaît seulement les choses telles qu'elles ne sont pas. Ergo nobilius est cognoscere rem individualam et demonstratam, quam eam cognoscere per modum abslraclum et universalem. Ergo Deo, cui nulla deest nobililas, hujusmodi notitia denegari non débet. R. Dreiling, op. cit., p. 192-193. Sur la connaissance de Dieu, on peut voir / Sent., p. 758 sq.

De ce que Dieu possède l'être dans toute sa perfection, il faut lui attribuer l'activité la plus grande et dans le degré le plus grand. Auriol admet comme une vérité de foi et une veritas per se nota que la virtus activa est une perfection et conséquemment doit être en Dieu : Et ideo simpliciter concedendum, quod Deus est virluosissimum omnium entium et maxime activum. In II Sent., p. 965 b, et 982 sq. Auriol rejette aussi la conception d'Aristote, selon laquelle Dieu ne serait pas la cause efficiente, mais seulement la cause finale du monde. H. Dreiling, op. cit.. p. 178.

De plus, Auriol insiste d'une façon spéciale sur l'activité de la volonté en Dieu, qui serait la cause immédiate de toute activité de Dieu ad extra : Quidquid Deus potest facere mcliante sua essenlia, polesl immédiate fier suam voluntatem; cum voluntas divina sit causa prima et immediata omnis motion is .ad extra. Cf. Jos. Kûrzinger, op. cit., p. 121. Auriol, à la suite de Scot, se baserait sur ce principe pour admettre la possibilité d'une certaine connaissance abstractive en Dieu. Ibid.

Auriol attribue à Dieu la potentia activa, \'<nnni potentiel, mais semble cependant douter qu'on la puisse

PIERRE AU II loi,. LA TRINITÉ

prouver scientifiquement. La causalité elliciente de Dieu ne peut point être démontrée «lu fait que Dieu a créé le monde, ni de ce qu'il est la cause finale de tous les êtres, mais seulement de ce qu'il constitue une substantiel riobilissima et la forma exemplaris prima de tous les êtres, in I Sent, p. 17!» />. La potentia activa, ou l'efficience, doit donc être attribuée à Dieu; bien plus, ce semble être une vérité admise par tous les peuples et per se nota, que par Dieu il faut entendre quelque chose d'infiniment puissant. Ibid., p. 180 a.

Cependant, Dieu, par son omnipotence, ne peutproduirc ad extra qu'un effet limité et fini. Cf. Fr. Ebrle, Der Sentenzenkommentar Pèlera von Candia, des Pisaner Papstes Alexanders Y., dans Franzisk. Studien, suppl. 9, Munster, 1925, p. 68. Auriol soutient néanmoins que la toute-puissance divine s'étend à plusieurs choses, qui incluent une répugnance de second ordre : infinitas virtutis divimv, seeundinn ea quœ tenemus ex fide, exlendit se ad milita, quœ includunt repugnantiam in secundo modo dicendi per se. In IV Sent., p. 5 b; In I Sent., p. 982 a, 988 a, 991 a, 11)35 a. Le maître franciscain distingue en etïet deux sortes de répugnances formelles, l'une qui existe dans l'essence même d'un être : ainsi, il répugne qu'un homme ne soit pas raisonnable, parce qu'être raisonnable appartient à l'essence de l'homme; l'autre, qui n'appartient pas proprement à l'essence d'un être : de cette seconde façon, il répugne qu'un homme soit dépourvu de quantité ou d'organes. Bien que la quantité et les organes n'appartiennent pas à l'essence de l'homme, cependant il y a répugnance à ce qu'un homme en soit dépourvu, quia homo ex sua forma, quœ est anima, determinavit sibi corpus organicum proportionaliter et quantum. Dieu, par sa toute-puissance, peut produire des êtres dans lesquels on trouverait une répugnance du second ordre, non du premier. De plus, par son omnipotence, Dieu peut réunir ou séparer ce que l'intelligence ne peut point réunir ou séparer : Deus virtule sua infinita potest aliqua componere, quœ intellectus non potest componere, et multa separare, quœ intellectus non potest separare, loquendo de inlelleclu direclo, quamvis non de aclu arguitivo. Ibid. Auriol allègue ensuite un certain nombre d'exemples empruntés à la christologie. à la mariologie, aux sacrements et à l'eschatologie.

3. La sainte Trinité. — Dans les théories trinitaires, Auriol occupe une position particulière. Comme d'habitude, il attaque toutes les opinions et, dans l'exposé de sa doctrine, reste complètement indépendant de toutes les tendances. Cependant, au fond, dans les principes essentiels de sa doctrine trinitaire, il reste plus attaché, à la tradition que ne le laisserait supposer sa critique générale de tous les systèmes. 11 reprend, en effet, les principes de la psychologie trinitaire de l'école augustinienne. L'exposé, cependant, et l'argumentation sont personnels. Malgré la forme nouvelle, dans laquelle elle est présentée, sa doctrine, au sujet de la constitution des personnes divines, se rattache étroitement à l'enseignement de l'école augustinianofranciscaine. Les personnes divines sont constituées par des origines expliquées et présentées d'une façon psychologique. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont les différents modes de possession de l'essence divine unique, qui sont produits par différentes activités spirituelles.

D'après Auriol, il pourrait être démontré que Dieu subsiste en trois personnes. De celles-ci, la première est certainement réelle, tandis que, pour les deux autres, il n'est pas aussi clair qu'elles sont également réelles ou seulement intentionnelles. Les philosophes admettent la seconde alternative, les catholiques la première qui est plus raisonnable que la seconde. En 'Dieu, en effet, il faut admettre toutes les perfec-

I ions. Dr, un être réel est plus parlait qu'un être inteut ionnel.

l fade dicendum est juxta illud, quod vfdetur esse verum, quod etiam potest demonstrari, quod primum principium subsistit in tribus suppositis, uno quidem reali et duobus intentionalibus vel quod in omnibus tribus existentibus realibus; ci hoc patel ex propositionibus duabus. Prima quidem quod omnis intelligens se et complacens vel amans se necessario in tribus subsistentibus triplicatur. Secunda vero quod, cum Deus intelligens sit, quamvis utraque pars potest eli^i. quod ista supposita sint realia vel quod sint intcnlionalia quoad duo, reale vero tantum unum... Dicendum quod tria supposita vel realia vel intentionalia est simpliciter demonstratum, quod autem omnia sint realia, etsi demons Ira lu m non sit, est tamen multo rationalius et probari possibile satis efficaci ratione. In l Seul., dist. III, q. i, a. 3 et 5.

Dans tous les êtres, on trouve le vestige de la sainte Trinité, principalement dans les substances, mais aussi dans les accidents. In I Sent., dist. III, q. il, a. 2.

Le maître franciscain soutient que l'essence divine ne peut être, en aucune façon, engendrée ni subjectivement, ni objectivement. Il ne peut exister un terme Ionnel de la génération divine, puisqu'en dehors de l'essence et de la génération passive, par exemple Ja filiation, il n'existe aucune autre réalité produite par l'acte de génération. Le Fils est engendré générât ione passiva formililer absqae omni alio jormuli termina acquisito. In I Sent., dist. V, q. i, a. 2, 3. Auriol affirme que l'autorité de Pierre Lombard en cette matière est plus grande que celle de n'importe quel autre auteur, parce que le Maître des Sentence; a été approuvé par l'Église. Ibid., a. 4. Le docteur franciscain rejette toute puissance de génération en Dieu, entendue dans le sens traditionnel. D'après lui, la puissance de génération de l'essence divine consiste dans l'actualité et la nécessité de la génération. In I Sent., dist. VII, a. 1.

Pierre Auriol fournit une explication psychologique de la génération, qui se rattache à la conception augustinienne. Quant à l'exposé de l'opinion, d'après laquelle la génération peut être connue et ne dépasse pas la puissance cognitive, il suit une voie personnelle.

II distingue une double activité, celle par laquelle l'être intentionnel, l'être objectif, la rei conceptio est produite, et Vinlelligere. La formation d'une chose dans l'être intentionnel, l'apparition d'une chose dans l'intelligence est un acte de génération au sens véritable du mot. On peut considérer la génération comme un acte de la nature, puisqu'elle tend à une identification de l'intelligence avec la chose. La volonté se complaît dans la génération. Auriol applique ensuite ces données psychologiques à la génération divine, comme on peut le voir dans les textes cités par M. Schmaus, op. cit., p. 152-154, qui les emprunte à la première et à la seconde rédaction du commentaire sur les Sentences.

Par rapport à la production du Saint-Esprit, Auriol considère comme vaines et inutiles les questions de savoir si la puissance de spiration doit être attribuée a la volonté ou à la nature, ou aux deux ensemble, ou à la volonté subordonnée à la nature, parce que toutes ces considérations procèdent du faux principe que l'acte de spiration lui-même est un produit. Le Saint- Esprit procède per modum voluntatis, c'est-à-dire per modum amoris. Mais la volonté, l'amour, ne peuvent pas être considérés comme des principes producteurs, mais comme un acte qui ne se distingue pas de sou objet. Dans les créatures, le sujet aimant est mû, porté par un acte d'amour vers l'objet aimé et lui est donné. A cause de l'imperfection de l'amour terrestre, cette motion, cette donation ne peuvent être qu'intentionnelles, non réelles. En Dieu, toutefois, à cause de son infinie perfection, elles sont réelles et ont un être réel. Le Saint-Esprit est donc Dieu in esse dato seu impulso. In I Sent., dist. X, a. 3. L'acte de spiration

rn: i;ui«; auiiiol la thinitk

est libre; cela ne signifie cependant pas qu'il pourrait aussi ne pas être. L'acte d'amour et de complaisance de ^a nature est libre, pou importe s'il est nécessaire ou contingent. Ibid.. a. I et .">. Souiller et engendrer se distinguent entre eux et par eux-mêmes, même quand ils n'ont qu'un esse diminution et fictitium, à plus forte raison en Dieu, dans lequel ils ont un être réel. Souiller et engendrer se tondent dans le l'ère sur l'unité de la nature, comme souiller et être engendré dans le Fils. Cependant, être souillé et engendre sont deux choses différentes, tandis que souiller et engendrer ne sont pas réellement distincts et possèdent la même ralio. In 1 Sent., dist XIII, a. 2 et 3.

Pierre Auriol rejette le fondement rationnel de !a production du Saint-Esprit par le Fils, basé sur la ressemblance, sur la summa germanitas, sur le principe que seules les relations d'origines sont distinctes; il récuse aussi l'argument de Scot. S'il existe un argument de raison en faveur de la production du Saint- Esprit [Kir le Fils, il ne peut provenir que de l'analogie de l'esprit humain. Quand l'âme se pense et se représente à elle-même comme telle dans un être intentionnel, elle sera portée vers elle-même par l'amour qui résultera de la vision d'elle-même. Par cette motion vers elle-même, l'âme est placée ;'/! esse lato et egresso. Sans la représentation actuelle d'elle-même dans un être intentionnel, l'âme ne peut se trouver in esse lato et egresso. Il en est de même en Dieu. L'auto-représentation actuelle de l'essence divine dans un être connu et contemplé constitue le fondement de la production de l'essence in esse lato et egresso, à. savoir du Saint- Esprit. In 1 Serti., dist. XI, a. 1.

Le Fils se distingue du Saint-Esprit personaliter et non par l'acte de spirare. Une personne ne se distingue personaliter d'une autre que par ce à quoi elle doit sa personnalité. Or, le Fils n'est pas une personne par la spiration active; de même, le Fils ne se distingue pas prœcise du Saint-Esprit par sa filiation. Il se distingue d'une autre personne uniquement par ce prœcise, par lequel il est constitué prœcise. Or, cela ne peut pas être la filiation, parce que, dans ce cas, la spiration active devrait être considérée comme un accident ajouté au Fils déjà constitué. Il faut plutôt accepter qu'à la constitution du Fils contribuent à la fois être engendré, spirare et essence. Il en résulte que, si le Saint-Ksprit ne procédait pas du Fils, il n'en serait pas distinct personaliter. non dans ce sens qu'il constituerait avec le Fils une seule personne, car le Saint-Esprit continuerait à exister comme personne, mais plutôt dans le sens que le Fils cesserait d'être une personne, parce qu'un élément constitutif du Fils, à savoir la spiration active, ferait défaut. Quand le Saint-Esprit ne pourrait se distinguer personaliter du Fils, il resterait néanmoins une différence réelle entre le Saint-Esprit et le Fils, puisque, même après la suppression de la spiration active dans le Fils, il resterait une réalité qui est incompatible avec les propriétés personnelles du Saint-Esprit, à savoir la génération passive. In I Sent., dist. X I. a. '■'. Auriol rejette toute priorité f prias ) dans l'acte de la spiration de la part du Père et du Fils, car celui-ci coexistait naturali coexistentia et intelligentia. De même, on ne peut soutenir que le Saint-Esprit soit postérieur au Père et au Fils, puisque la spiration active est un élément constitutif du Père et du Fils. la / Sent., dist. XII, a. 2 et cod. Borgh. /-' 3, fol. 63 r- 65 r°, où Auriol soutient que la proposition : a Le Saint-Esprit procède aussi du Fils est une vérité de foi et que .Jean Damascène n'est pas un hérétique, comme beaucoup l'affirment.

En vertu de la définition de l'Église et des affirmations des saints, il faut accepter, selon Pierre Auriol, que les personnes divines sont distinctes per modos cxistenili relatives et per modos originum. On peut trou-

ver également des arguments tic raison pour établir celte assertion. Auriol emprunte la première preuve à la vie de L'âme humaine, qui est triple : l'âme végétative, animale et raisonnable. Quant à la manière dont les modi existendi relativi contribuent à constituer des personnes distinctes, Auriol se sépare de toutes les explications données. Il soutient qu'à la constitution d'une personne in esse personali et suppositali doit contribuer non seulement la relation, mais aussi l'essence ou la nal ure, parce que la nature apla nota est à fonder avec la relation, la perseitas. l.a nature et la relation constituent la personne non per modum eflec las formalis, mais per modum cujusdam resultationis, comme les parties constituent la maison. Que les personnes ne puissent être constituées per modum efjectus, il le prouve de la part de la nature et de la part île la relation, qui ne peuvent point contribuer à la constitution de la personne per modum effeclus. Les personnes sont donc constituées par l'essence ou la nature divine et la relation per modum resultationis. La relation, cependant, exerce cette fonction non en tant que relation divine, mais en tant qu'elle constitue une relation déterminée, exprimée par les concepts dicere, dici, spirare, spirari. C'est seulement dans ce sens que la relation peut fonder la perseitas.

D'après Pierre Auriol, l'essence divine possède des modi inlrinseci existendi. D'abord, elle existe per modum concipienlis. De l'essence et du mode d'être per modum concipienlis, inséparable de l'essence, résulte le suppositum distinct du Père. L'essence existe ensuite per modum conceptus et dicti. De l'essence et de ce mode d'être résulte le suppositum du Fils. Enfin, l'essence existe per modunï spiritus. De l'essence et de ce mode d'être résulte le suppositum du Saint- Esprit. //! / Sent., dist. XXVI, a. 3; cod. Borgh. 123, fol. 112 v.

Quant à la relation à admettre entre les propriétés et l'essence, le docteur franciscain enseigne que les propriétés sont l'essence per omnimodam indistinctionem rei et rationis. Entre l'essence et la propriété, il n'existe donc aucune distinction ni réelle, ni de raison. Cependant, elles peuvent être distinguées -conceptibiliter quantum ad concipi in recto. On peut en effet se former un concept distinct de l'essence et de la propriété. Si l'essence et la propriété étaient parfaitement identiques, il ne serait pas possible de se former de chacune d'elle un concept distinct. Elles se distinguent donc conccplibililer. La distinction, toutefois, ne consiste qu'en ceci, à savoir que, dans le concept de l'essence, elle est pensée directement, la propriété seulement indirectement; et que, dans le concept de la propriété, celle-ci est pensée directement, l'essence seulement indirectement. Il faut comprendre de la même façon la relation entre la personne et la propriété que la relation entre l'essence et la personne. //; / Seul.. dist. XXXIII. Le maitre franciscain soutient que les relations personnelles désignent el signifient une per fection infinie. Cf. M. Schmaus, op. cil., p. 562. D'après Auriol, le Père n'est point constitué par l'innascibilité, mais plutôt par le generare actuale et spirare. L'essence ne se détermine point à generare et spirare, au contraire, l'essence, le generare et le spirare sont des realitates omnino ad se et simplicité/- primée et aussi bien l'essence que le generare et le spirare si ml une res prima non habens preecisam unitatem sed apta nota est eum reliqua jundare unitatem. Chacun esl déterminé par lui-même au premier suppositum el ainsi le complexus de l'essence, du generare et du spi rare constitue le suppositum primum. In I Seal.. dist. XXVIII, a. 3.

Pierre Auriol considère le Verbe comme ce qui e I in esse quodam objectiva. En Dieu, le Verbe esl Deus positus in esse conspicuo objectiva et apparenti. C'est

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